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#71 18 May 2022 18:09

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE MEURTRE DE L'HOMMONDE

Le final de la campagne solo Millevaux / Trilogie de la Crasse par Damien Lagauzère ! Une série de meurtres rituels commis dans différentes réalités va mener l’enquête de Black Rain jusqu’à -presque- résoudre un mystère concernant les dangereux portails qui résident entre les mondes.

(temps de lecture : 38 min)

Joué le 10/07/2019

Le jeu principal de cette séance : Psychomeurtre, par Thomas Munier, les meilleurs des profilers contre les pires des serial killers

Cette partie a été jouée surtout avec Perfect, Cold City, Psychomeurtre et Grey Cells. il y a aussi des bouts de Millevaux (Bois-Saule) et Silent Hill et quelques Vertiges Logiques

Avertissement : contenu sensible (détail après l’illustration)

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ghoguma film, cc-by

Contenu sensible : viol, zoophilie


Parties précédentes de la campagne Millevaux / Trilogie de la Crasse :

1. [La Trilogie de la Crasse] La Reine de la Crasse
Premi√®re partie d‚Äôune nouvelle campagne Millevaux solo-multisyst√®mes, en crossover avec la mythologie de la Trilogie de la Crasse et la ville crapoteuse et hallucin√©e de Mertvecgorod n√©e sous la plume de Christophe Si√©bert. O√Ļ un simple ex√©cutant s‚Äôentiche pour la victime qu‚Äôil doit convoyer et tente l‚Äôimpossible pour la retrouver.

2. [S’échapper des Faubourgs] Tuer Précieuse
Une incursion dans un sous-monde o√Ļ √† la fois l‚Äôunivers de CŇďlacanthes et le th√®me des femmes au destin tragique envahissent tout.

3. [Grey Cells] Le co√Ľt d‚Äôentr√©e
L‚Äôagent-mouche d√©cide de partir dans Millevaux pour sauver le monde m√™me si tout le monde s‚Äôen fout‚Ķ et quoi que √ßa puisse lui co√Ľter.

4. [La Trilogie de la Crasse] La poubelle du multivers
D√©savou√©, l‚Äôagent-mouche Haze se la joue en solo et part en enqu√™te √† l‚Äôaveuglette dans les recoins les plus sordides du multivers, o√Ļ Millevaux progresse toujours plus.

5. La porte de la ruine
Alors que Millevaux a envahi Mertvecgorod, Haze se retrouve baby-sitter d’une femme qui s’avère être une porte entre les mondes… 5ème épisode de la campagne solo multisystèmes Millevaux / Trilogie de la Crasse par Damien Lagauzère. (temps de lecture : 12 min)

6. [Remember Tomorrow] Safe orbit
Quand Millevaux a colonisé toute la planète, une station orbitale aseptisée semble être le refuge idéal… ou pas. Ça vous tente, un saut dans le futur ?

(un √©pisode jou√© sans Millevaux avant ce final, √† retrouver ici¬†: √Čpisode 10, jou√© avec Back to the Beginning et Queen Killer)


L’histoire :

    Berlin, le 29 avril 1952. Il est 20h35. Une pluie fine tombe sur ce qui reste de la Flakt√ľrme de Friedrichshain. Une Pluie Noire, dans le secteur des Rouges. Le d√©but de l'Entropie. Le d√©but de la Fin.
    La victime est un homme entre 50 et 70 ans. √Ä vue de nez, je dirai autour de la soixantaine. Il a les yeux crev√©, le nez et les oreilles arrach√©es. Il baigne dans son sang. Son pantalon et son slip sont baiss√©s jusqu'aux chevilles. Il y a le cadavre d'un porc √† c√īt√©. Les agents de la RPA ne le savant pas encore mais la victime a √©t√© viol√© par ce porc. Les agents de la RPA ne le savent pas non plus mais, pour chaque meurtre, il y a un t√©moin. Je dois le trouver.
    Je m'appelle Corso. Je travaille comme m√©decin l√©giste pour une organisation nomm√©e Black Rain dont le principal boulot consiste √† recueillir un maximum d'informations sur les meurtres comme celui-ci, sur le meurtre m√©taphysique, sur le meurtre de l'Hommonde. J'ai √©t√© envoy√© dans le Berlin de ce monde pour int√©grer en toute discr√©tion l'agence internationale connue sous l'acronyme de RPA (Reserve Police Agency). La mission officielle de la RPA¬†? On s'en fiche un peu. Sa v√©ritable mission consiste √† nettoyer Berlin des Horreurs qu'ils ont invoqu√©es pendant la guerre. Ici, dans ce Berlin, les recherches occultes men√©es par les nazis √©taient s√©rieuses. Ils ont ouvert des portes vers d'autres mondes et des choses vraiment d√©gueulasses en ont profit√© pour venir nous dire bonjour. Mais quand les nazis ont d√Ľ fuir ou ont √©t√© arr√™t√©s, ces trucs l√† sont rest√©s. En r√©alit√©, selon la RPA, il y a trois types d'Horreurs¬†: celles qui ont √©t√© invoqu√©es et viennent d'un autre monde¬†; les mutants, tristes r√©sultats des exp√©riences nazies et les ST (Spezialeinsatztruppen) soit les soldats morts-vivants de l'arm√©e allemande. Et toutes ces joyeuset√©s hantent toujours les ruines de Berlin. Les chefs de la RPA pensent que c'est une de ces choses qui a tu√© cet homme. Mais ils se trompent.
    Black Rain a bien fait les choses. J'ai ici la double casquette de l√©giste mais aussi d'ancien militaire qui me permet de justifier d'un grade et commander les agents de base. Aussi, je leur donne quelques consignes afin, surtout, d'avoir le champ libre sur la sc√®ne de crime. Par d√©finition, je connais d√©j√† cette sc√®ne de crime. Elles sont toutes pareilles. Mais je cherche... le truc en plus, ce truc dont je ne peux d√©voiler l'existence √† mes coll√®gues de la RPA.
    Le tueur a utilis√© un couteau de boucher. Mais on a aussi trouv√© des traces d'explosif √† proximit√©. Est-ce que le tueur avait pr√©vu de s'en servir¬†? A-t-il √©t√© d√©rang√©¬†? Ces explosifs lui appartiennent-ils vraiment¬†? Je fais le tour de la sc√®ne de crime. Je rep√®re des empreintes de pas dans la boue. Il est facile de tendre une embuscade dans ces ruines. Si c'est le cas, cela peut signifier que le tueur connaissait la victime. Il avait d√Ľ la rep√©rer, rep√©rer ses allers et venues. Son acte est pr√©m√©dit√©, √©videmment. La victime ne connaissait pas forc√©ment le tueur. En tout cas,il semblerait qu'elle ait eu quelques habitudes qui ont permis au tueur de voir en elle la cible id√©ale. √Ä moi, donc, de retracer non seulement le portrait du tueur mais aussi celui de la victime. Peut-√™tre que je trouverais l√† aussi des informations utiles.
    Et je me pose cette question, ce crime a un sens √©norme pour moi car je suis un agent de Black Rain mais en a-t-il autant pour le tueur¬†? Sait-il vraiment ce qu'il a fait¬†? Sait-il vraiment qu'il a reproduit l√† meurtre de l'Hommonde, pr√©cipitant ainsi sa r√©alit√© dans l'Entropie¬†? Va-t-il recommencer¬†? Je cherche un indice, un indice √† double sens. Je veux un indice qui me permette d'envoyer les agents de la RPA, mes hommes, sur une v√©ritable piste. Mais je veux aussi un indice qui ait du sens quant au meurtre m√©taphysique.
    Et dans un coin, dans l'ombre, je trouve des restes de nourriture. Le tueur devait donc bien √™tre en planque ici et depuis un moment. Il connaissait donc bien les habitudes de sa victime. Mais peut-√™tre savait-il aussi que l'attente durerait un moment. Pourquoi¬†? Est-ce que quelqu'un l'aurait rep√©r√© s'il √©tait venu se cacher plus tard¬†? En tout cas,il est prudent et pr√©voyant. Selon la cat√©gorisation traditionnelle, je crois pouvoir dire que j'ai √† faire √† un tueur organis√©.
    Je me rel√®ve. J'appelle mes gars pour qu'ils jettent un Ňďil √† ses restes de nourriture. Je commence √† donner des consignes pour que tout √ßa, et le corps, soient √©vacu√©s et ramen√© au si√®ge de la RPA. Je compte bien autopsier le corps moi-m√™me. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que ce tueur-l√† ne s'est peut-√™tre pas born√© √† reproduire le meurtre de l'Hommonde. J'ai le pressentiment qu'il a voulu y ajouter sa touche personnelle. Je dois la trouver. Et alors que je me rel√®ve,je vois comme une ondulation dans l'air, des vaguelettes verticales, un mouvement r√©gulier. On dirait un voile invisible. J'avance la main et la vois traverser ce voile invisible. J'ai la naus√©e. Je suis pris d'un Vertige... Logique...

Avec toutes ces conneries de changements d'univers, de Multivers et de voyage dans le temps, je ne sais plus ce qui est vraiment arriv√©, si c'est vraiment arriv√© et o√Ļ et quand c'est peut-√™tre arriv√©. Mais ce que je sais, c'est qu'il y a au moins un lieu et un moment o√Ļ Haze a tu√© la Reine. Mais comme je ne sais pas quand il l'a r√©ellement tu√©e, je ne sais pas si mes souvenirs d'elle sont r√©els. S'agit-il de souvenirs,de fantasmes, de r√™ves¬†? En v√©rit√© je n'en sais rien. Selon le moment o√Ļ Haze l'a tu√©e, il est possible que je ne l'ai jamais rencontr√©e. Je ne l'aurais donc vu que sur un √©cran d'ordinateur. Non¬†! Pour √ßa, il aurait fallu que je tra√ģne sur des sites d√©go√Ľtants et c'est pas mon genre. Et... et... on ne peut pas vraiment dire que la WIFI fonctionne tr√®s bien √† Berlin en 52. Alors, d'o√Ļ me viennent ces souvenirs, ces visions d'elle¬†? Je ne sais pas si ces images dans ma t√™te sont r√©elles mais je sais que la Reine, finalement, je tenais √† elle.

    Jeudi 4 juillet 2019. Le ciel est bleu. Il est 10h47 du matin et je m'appr√™te √† proc√©der √† l'autopsie de cet homme dont on a toujours pas trouv√© l'identit√©. Je mets un peu de gel sous mon nez¬†; le corps commence √† sentir mauvais. Il fait frais et je remercie l'inventeur du climatiseur. Ici, √† Los Angeles, √† cette heure de la journ√©e et en cette saison, le soleil tape d√©j√† fort.
    Je suis d√©j√† au parfum, c'est le cas de le dire, d'une partie des √©l√©ments que je vais trouver. Personne ici, au si√®ge du LAPD, ne le sait mais ce meurtre est une reproduction du meurtre de l'Hommonde et comme bien des victimes dans bien d'autres univers parall√®les cet homme proche de la soixantaine a √©t√© retrouv√©...
    ...√† Berlin en 1952, les yeux crev√©, le nez et les oreilles arrach√©s, baignant dans son sang. Son pantalon et son slip √©taient baiss√©s jusqu'aux chevilles. Il avait de plus √©t√© viol√© par le porc dont on avait retrouv√© le cadavre sur la sc√®ne de crime.

    Comme pr√©vu, je trouve sur le corps de la victime des traces de ph√©romone de truie¬†; celles qui ont servi √† ¬ę¬†motiver¬†¬Ľ le porc. Les blessures ont √©t√© effectu√©es √† l'aide d'un couteau de chasse ou de boucher. Je prends les mesures de chaque plaie afin d'essayer de d√©terminer la taille de l'arme et, peut-√™tre, son mod√®le. Cela me permettra par la suite √©galement, en fonction de l'angle, d‚Äô√©valuer la taille du tueur par rapport √† sa victime. D√®s √† pr√©sent, je peux dire que le tueur est plus petit. Mais la victime √©tait un homme de grande taille. Aussi, je peux en d√©duire que le tueur est un homme de taille moyenne qui a certainement frapp√© plusieurs fois la victime afin de la faire tomber. Ensuite seulement il s'est acharn√© sur le visage. Puis, alors que la victime √©tait toujours vivante mais plus en √©tat de se d√©fendre, le tueur a fait venir le porc.
    Sachant que les coups ont √©t√© port√©s par un homme de taille moyenne √† l'aide d'un couteau de chasse ou de boucher, la profondeur des plaies me permet aussi de d√©terminer la force mise en jeu par le tueur. Or, il appara√ģt que les plaies sont moins profondes que je ne m'y attendais. Il semblerait donc que le tueur n'a pas c√©d√© √† quelque pulsion sauvage. Il aurait m√™me plut√īt tent√© d'√™tre... efficace. Je retrouve l√† l'esquisse d'un tueur organis√©. L'homme sait ce qu'il fait.
    Je cherche sous les ongles de la victime d'√©ventuelles traces de cheveux ou de poils. Pour son √Ęge, cet homme √©tait plut√īt vaillant et bien portant. Il a certainement tent√© de se d√©fendre. Rien¬†! Soit la victime a √©t√© √† ce point prise au d√©pourvu qu'elle n'a pas pu se d√©fendre, soit le tueur a bien pris soin d'effacer toute trace. Ce dernier point apporterait de l'eau au moulin de la piste d'un tueur organis√©. Mais, si celui-ci s√©lectionne effectivement sa proie, il aurait pu choisir une victime plus ¬ę¬†facile¬†¬Ľ. je pense qu'il a choisi cet homme en fonction de ses habitudes et de ce trajet qui le faisait passer pr√®s d'un lieu propice √† une embuscade mais est-ce vraiment l'unique crit√®re¬†? Je reste de plus convaincu que ce tueur m√©taphysique se diff√©rencie des autres. Lui, il ne cherche pas seulement √† reproduire le meurtre de l'Hommonde. Il veut poser sa marque, sa signature. Il pense qu'il vaut mieux que √ßa, mieux que les autres. Il n'est pas une marionnette du destin et il veut le montrer √† tous. C'est pour √ßa que je suis convaincu qu'il va recommencer. Mais pour en √™tre s√Ľr, je dois trouver cette signature. Et celle-ci se trouve quelque part sur ou dans ce corps.
    Je prends un peu de recul. √Ä tout hasard, je cherche √† voir si toutes ou certaines des plaies forment un motif. Merde¬†! C'est bien le cas¬†! Et ce motif c'est... la rune Hshl¬†! Ce type n'a pas frapp√© qu'au hasard. Il a reproduit sur le dos de la victime le motif d'une rune Hshl. Comment conna√ģt-il ce symbole¬†? Est-ce un ancien agent de Black Rain¬†? Normalement, seules les Mouches peuvent percevoir la pr√©sence de ce motif qui indique l'existence d'un passage entre plusieurs mondes. Les Mouches peuvent alors emprunter ce passage. Moi, c'est un peu diff√©rent. J'utilise un jeu de runes pour acc√©der √† la dimension du Voyeur. De l√†, je peux espionner les autres mondes et m'y rendre. Mais bon, bref... Normalement, la rune pr√©existe. On ne dessine pas une rune Hshl pour cr√©er un passage. On la trouve puis on trouve le passage.
    Je continues √† pratiquer l'autopsie en mode automatique. Je pense √† autre chose. Je me demande ce que cherche √† prouver le tueur avec cette marque. Est-ce vraiment un ancien agent de Black Rain¬†? S'agit-il seulement d'un ennemi, de quelqu'un qui aurait eu vent de l'existence de notre organisation et qui voudrait nous... provoquer¬†? Est-ce un apprenti sorcier qui pense pouvoir ouvrir un portail vers un autre monde¬†? Si c'est le cas, le pauvre type n'a rien compris. En tout cas, je revois mon jugement le concernant. Je pensais au d√©part √† une sorte d'¬†¬ę¬†artiste¬†¬Ľ voulant montrer sa sup√©riorit√©. Je pense maintenant qu'il en sait plus que je le soup√ßonnais. Et s'il pensait profiter du fait d'√™tre l'instrument du destin dans cette reproduction du meurtre de l'Hommonde pour en retirer quelque chose pour son propre compte¬†?
    Je repense aux 7 arch√©types, stigmates et mobiles recens√©s par Black Rain. Mon tueur pourrait donc bien √™tre un tueur en s√©rie. Quant au mobile, peut-√™tre est-il inspir√© par une sorte de rituel satanique ou de d√©lire schizophr√©nique. Il s'agit peut-√™tre d'un toxicomane. Les deux peuvent aller ensemble. Cela ne me dit pas comment il a eu connaissance de l'existence de la rune mais il est fort probable que je me trouve effectivement face √† un tueur en s√©rie organis√© en proie √† un d√©lire de type ¬ę¬†satanique¬†¬Ľ, ou en tout cas occulte, d√Ľ √† une pathologie mentale et/ou la consommation de stup√©fiants. L'homme est visiblement de taille et de corpulence moyenne, je peux donc √©liminer celui des stigmates concernant justement sa taille et son poids excessifs, dans un sens comme dans l'autre.

    Je termine l'autopsie, recouds le corps et le rend aussi pr√©sentable que possible. Je nettoie et range mes outils. Je m'occupe de la paperasse et m'appr√™te √† remettre mon rapport √† l'inspecteur charg√© de l'enqu√™te. J'en ai √©galement fait une copie pour les dossiers de Black Rain.
    Qu'est-ce qui s'est pass√© ici¬†? Il y a eu un d√©g√Ęt des eaux. Les murs suintent. Les plaques au plafond sont molles √† cause de l'humidit√©. J'attire l'attention d'un agent en uniforme passant par l√† et lui demande ce qui s'est pass√©. Il √©clate de rire et poursuit son chemin. Il me prend pour un rigolo, un blagueur. Je ne comprends pas. Je remonte jusqu'au rez-de-chauss√©. Pareil¬†! Je touche le papier peint et celui se d√©colle en partie √† cause de l'humidit√© ambiante. J'interroge l√† encore les agents au comptoir de l'accueil. Ils me regardent puis se regardent, dubitatifs. Ils ne disent rien mais n'en pensent pas moins. L'un d'eux tend la main dans ma direction et me demande si je veux qu'il remette le rapport √† la personne concern√©e. Je lui tends le dossier et quitte le commissariat.
    Dehors, la rue est d√©serte. On y voit pas √† 10 m√®tres √† cause du brouillard. Il n'y a pas un bruit. Je fais quelques pas et me retourne. Je fais face au commissariat de Silent Hill. Je fais de nouveaux quelques pas mais, finalement, renonce √† entrer dans le b√Ętiment.

J'erre au hasard dans les rues de... Silent Hill. Il fait gris. Je n'y vois rien. Il n'y a pas un bruit. Par moment, j'ai l'impression d'apercevoir des ombres au loin mais je n'ose pas m'approcher ni appeler. Au bout d'un moment, je me retrouve dans une ruelle. L√†, sur un tas d'ordure, le corps d'un homme qui doit avoir entre 50 et 70 ans. Il a les yeux crev√©, le nez et les oreilles arrach√©s. Il baigne dans son sang. Son pantalon et son slip sont baiss√©s jusqu'aux chevilles. Il y a le cadavre d'un porc √† c√īt√©.

    Tout est l√†¬†! M√™me le porc¬†! La rue est vide, √©videmment. Pourtant, dans ce monde l√† aussi il doit forc√©ment y avoir un t√©moin. Silent Hill, comme ai-je atterri l√†¬†? On dirait une ville abandonn√©e, une ville fant√īme. Aussi, je ne m'attends pas √† tomber sur des flics et ne me pr√©occupe pas de pourrir la sc√®ne de crime. Je retourne le cadavre. Je cherche et je trouve la rune Hshl repr√©sent√©e √† coups d'entailles dans le dos. La rune indique la pr√©sence d'un passage. Je n'ai trouv√© aucune trace du t√©moin √† Berlin. Est-il possible que, bien que ce soit plus qu'improbable, cette rune indique aussi un passage qu'aurait pu emprunter le t√©moin ou le tueur¬†? Je fouille au hasard. √Čvidemment, je ne trouve rien. Soudain, une sir√®ne retentit. Tout se met √† tourner autour de moi. Le sol devient liquide et s'√©coule √† travers le grillage constituant maintenant la chauss√©e. Les murs d√©j√† d√©cr√©pis s'effondrent par plaques et laissent la place √† de la t√īle rouill√©e. Les cadavres de la victime et du porc sont toujours l√†.
    Cet homme n'est pas celui de Berlin. Je le fouille. Je ne trouve pas ses papiers d'identit√© mais il poss√®de une petite toupie. Et je repense √† ce film, Inception. La toupie de la sc√®ne finale avaient fait pas mal parler √† l'√©poque. Et si je la faisais tourner¬†? Mais j'entends un raclement. Une silhouette √©trange se dessine au loin. Elle se pr√©cise √† mesure qu'elle approche. L'homme, ou la femme, avance comme au ralenti. Ses membres oscillent comme s'ils √©taient plastiques. Il est coiff√© d'une esp√®ce de cr√™te, comme les punks. Mais son √©pingle n'est pas fich√©e dans son oreille. En fait, un √©norme pic noir et tordu est enfonc√© dans son abdomen. Cette chose noire agite les bras dans tous les sens. Ses yeux et sa bouche sont deux trous blancs. J'ai vu des trucs bizarres dans ma vie, notamment depuis que je bosse pour Black Rain. Ce truc en fait partie.
    On dirait que √ßa parle, que √ßa tente de parler. Mais je ne comprends rien. J'entends mal. C'est comme si le son de sa voix √©tait couvert par autre chose, sauf qu'il n'y a aucun autre bruit parasite. Je me concentre et tente de saisir des bribes de phrases.

    ¬ę¬†...la performance de l'ostracisme s'√©vade... des vapeurs du maelstr√∂m... guette la pointe de l'esprit...¬†¬Ľ

    OK, je ne vais m√™me pas faire semblant de chercher. Ce truc raconte n'importe quoi. Comme il est lent, j'ai encore le choix. Je peux m'enfuir et abandonner le corps, en esp√©rant pouvoir revenir, ou essayer de buter cette chose et poursuivre mon investigation de la sc√®ne de crime. Je ne sais pas si c'est tr√®s rationnel mais j'ai envie de me la coller avec ce truc. Je sens que je peux me le faire. Et puis, de toute fa√ßon, je suis d√©j√† mort.
    Je ne suis pas mort mais je fais bien semblant. Les mains de la chose ont chang√©. Elles sont devenues squelettiques et le monstre est devenu bien plus vif et agressif qu'au d√©but. Quand j'√©merge, j'ai mal partout et je suis crev√©. Et je me sens tr√®s con. Au moins, ce truc est parti. Je regarde autour de moi et constate que rien n'a chang√© au niveau de la sc√®ne de crime. Je doute de trouver ici de quoi autopsier la victime. Je l'examine sommairement et tente de reconna√ģtre les angles des entailles. Je veux m'assurer qu'il s'agit bien du m√™me tueur, ou au moins qu'il a la m√™me corpulence. Et √† vue de nez, c'est le cas. Cette victime est plus petite que celle de Berlin. Et les diverses entailles tendent √† confirmer la taille moyenne du tueur. Je n'y crois pas beaucoup mais peut-√™tre qu'ici il a laiss√© quelque chose permettant de l'identifier.
    Et il ne faut jamais cesser d'y croire. Ce doit √™tre la toupie d'Inception. Je suis dans un r√™ve. Et dans un r√™ve, les indices tombent finalement. Pas la toupie. Et √ßa, c'est un des stigmates recens√©s du tueur. Ce masque de cuir avec des cornes de cerf. Que fait-il ici¬†? L'a-t-il oubli√©¬†? L'a-t-il abandonn√© volontairement¬†? A-t-il √©t√© contraint de le laisser l√†¬†? Il est possible que lui aussi ait √©t√© surpris par le truc avec le pic dans le bide¬†? Dans ce cas, contrairement √† moi, il se sera tir√© en vitesse, perdant ou oubliant de r√©cup√©rer son masque. En tout cas, ce masque est une b√©n√©diction car autant il prend soin d'effacer toute trace sur le corps de la victime et la sc√®ne de crime, autant je doute qu'il ne passe son propre masque au peigne fin. Et l√†, justement, je suis quasiment certain de trouver des traces d'ADN. √Ä condition de pouvoir quitter cette ruelle rouill√©e et trouver un laboratoire avec l'√©quipement suffisant.

Je range le masque dans ma poche. Il sera plein de mes propres empreintes mais je saurai faire la différence. Puis, ce rapport ne sera pas destiné aux forces de l'ordre mais à Black Rain. Quand je lève les yeux, la pierre a remplacé l'acier rouillé. Je ne suis plus à Silent Hill. Je suis de nouveau à Berlin. Une nouvelle scène de crime.

    C'est bien ce que je croyais. Ce type est un tueur en s√©rie. Il a recommenc√©. Et si je ne le trouve pas rapidement, il recommencera. Je donne des ordres aux agents de la RPA qui sont avec moi. Je parcours la sc√®ne de crime. Une fois de plus, je reconnais la rune Hshl dans les plaies inflig√©es au dos de la victime. En r√©alit√©, je fais semblant d'inspecter cette sc√®ne de crime car je la connais d√©j√†. Je la connais par cŇďur. En fait, je rassemble mes id√©es.
    L'assassin semble donc √™tre un tueur en s√©rie de ceux qu'on consid√®re comme ¬ę¬†organis√©s¬†¬Ľ. Il est de corpulence et de stature moyenne. Il choisit ses victimes en fonction de la facilit√© √† leur tendre une embuscade. Il doit les espionner pendant plusieurs jours avant de passer √† l'attaque. Ensuite, il reproduit le meurtre m√©taphysique et laisse sur le dos sa propre marque, la rune Hshl. Cherche-t-il par-l√† √† ouvrir un portail vers un autre monde¬†? Est-ce une provocation √† l'encontre de Black Rain¬†? Peut-√™tre les deux, mais j'ai tendance √† croire qu'il agit sous l'emprise d'un d√©lire mystique inspir√© par une pathologie mentale (schizophr√©nie¬†?) et ou une drogue quelconque (la Bille ?). Sur une pr√©c√©dente sc√®ne de crime, j'ai trouv√© des restes de nourriture. Y a-t-il ici, encore, des traces de sa pr√©sence¬†? Est-il encore √† proximit√©¬†?
    Je regarde autour de moi si le corps a √©t√© tra√ģn√©. Il est possible que le tueur lui soit tomb√© dessus un peu plus loin. Aucune trace significative. Pour autant, rien ne prouve que la victime a √©t√© agress√©e l√† o√Ļ on l'a trouv√©e. Je cherche autour de moi le meilleur endroit d'o√Ļ on peut espionner les environs sans √™tre rep√©r√©. Il y a bien une sorte de cache dans des ruines mais je n'y trouve aucune trace de pr√©sence r√©cente. Le tueur sait-il que je suis sur sa piste¬†? A-t-il pris plus de pr√©caution¬†? Et le t√©moin¬†? Il y a toujours un t√©moin. A-t-il, lui, laiss√© des traces¬†? J'√©largis le cercle de mes recherches et finis par trouver des empreintes dans la boue. Sont-ce celles du tueur ou du t√©moin¬†? Je peux peut-√™tre le rattraper.

    Je me mets √† courir aussi vite que je peux en tentant de ne pas perdre cette pr√©cieuse et infime piste. Je ralentis quand j'aper√ßois une silhouette filant aussi discr√®tement que possible. Du moins le croit-elle. Je m'√©carte du milieu de la rue et continues ma filature. Je suis tent√© de le suivre jusqu'√† sa planque mais ce serait prendre le risque de le perdre. Aussi, je lui tombe dessus sans pr√©venir¬†!
    L'homme ne semble pas surpris. Il se d√©fend m√™me. Je pense qu'il m'avait rep√©r√©. Mais heureusement, j'ai le dessus et le tra√ģne jusqu'√† la sc√®ne de crime et mes coll√®gues de la RPA qui l'embarquent sous bonne surveillance. Alors que je le vois s'√©loigner, encadr√© par deux agents de la RPA, j'ai un doute. Je le trouve un peu... petit. Est-ce vraiment le tueur ou est-ce le t√©moin¬†? J'esp√®re au moins qu'il s'agit bien de l'un des deux.

    Les magouilles administratives de Black Rain me permettent de mener l'interrogatoire bien que je ne sois que l√©giste. Plus je le regarde et plus j'ai un doute quant au fait qu'il s'agisse bien du tueur. Il se gratte la t√™te de mani√®re compulsive. Il a pourtant quelque chose d'hostile dans le regard.  Je ne le sens pas de l'accuser de front. Je commence donc plus simplement en lui demandant de d√©cliner son identit√© et de m'expliquer ce qu'il faisait l√†.
    Jasper F√ľnf a 32 ans. Il √©tait coiffeur avant la guerre. Il perd alors une bonne partie de sa contenance et explique s'√™tre retrouv√© l√† parce qu'il cherchait quelque chose, n'importe quoi, qu'il aurait pu √©changer contre de l'alcool. Il confesse un probl√®me de boisson. √áa a commenc√© avec la guerre mais il reconna√ģt aussit√īt que, selon lui, les germes de son alcoolisme sont ant√©rieurs au d√©but du conflit. Il est mari√© mais il vit seul. Son √©pouse est retourn√© aupr√®s de ses parents. Officiellement, il s'agit de prendre soin d'eux. Mais, en r√©alit√©, elle a fui son mari alcoolique et Berlin en ruine. Je suis de plus en plus convaincu qu'il s'agit du t√©moin. Il a vu quelque chose et je dois savoir quoi.
    Je ne lui pose pas la question. J'affirme qu'il a vu quelque chose aujourd'hui. Je lui confirme que ce n'est pas le fruit de son imagination. Il n'avait pas trop bu. Il a vraiment vu un homme avec un masque de cuir et des cornes de cerf agresser un vieil homme. Et il y avait un porc. Mais je veux en savoir plus. Et l√†, √† ma grande surprise, il s'effondre. Il se met √† pleurer. Et je me demande si certes il est un t√©moin mais est-il r√©ellement LE T√©moin¬†? Pourtant, il √©tait l√†. Il a vu le meurtre. Il doit pouvoir me dire quelque chose sur le tueur.
    Je ne devrais pas divulguer trop d'informations sur l'affaire mais j'enfonce le clou en lui disant que ce n'est pas le premier meurtre, ni le dernier¬†! Je dois savoir ce qu'il a vu¬†! Il a forc√©ment quelque chose √† m'apprendre sur le tueur. N'importe quoi, n'importe quel d√©tail qui me mettra sur sa piste. Il sait et je dois savoir¬†!
    Jasper sanglote. Je lui propose un caf√© et une cigarette. Il refuse le caf√© mais accepte la cigarette. Il se reprend, un peu. Je me calme aussi. Je m'excuse si j'ai pu para√ģtre un peu... agressif, mais cette affaire est tr√®s grave. Il fait signe qu'il comprend. Alors, a-t-il quelque chose √† me dire¬†?
    Jasper l√®ve les yeux vers moi. Il a entendu le tueur parler. Il ne sait pas s'il parlait √† la victime ou s'il parlait tout seul. Il n'a pas bien entendu car il √©tait trop loin mais, √† un moment, le tueur a cri√© un pr√©nom¬†: Eurydice. Il y avait comme de la col√®re dans sa voix mais pas seulement. De la tristesse aussi.
    Eurydice... √ßa ne peut pas √™tre un hasard.

Je ne sais pas comment je suis arrivé là. Mais si je suis là, c'est que je suis mort. Le Tas de Merde, la Plage des Cafards. Là, on charrie des ordures pendant toute la journée. Et ça dure des jours, des semaines, des mois... On perd le fil du temps.
Au début, je cherchais un moyen de m'enfuir mais la merde s'étend à l'infini. La seule chose qui nous barre la vue, ce sont ces espèces d'usines qui ressemblent à des temples grecs. C'est là que nos gardes nous guident, les cafards géants.
Je ne sais pas ce que je fous là. Je ne cherche même plus à le savoir.
Je fais mon job et puis c'est tout.

    Los Angeles, le 7 juillet 2019. Environ 11 heures du matin. Je suis appel√© sur une sc√®ne de crime. Derri√®re un fast-food, alors qu'il allait jeter des sacs poubelles, un employ√© a remarqu√© le cadavre d'un porc. Et en s'approchant, il a remarqu√©...

    C'est dingue. C'est la m√™me configuration qu'√† Berlin. Il y a tout juste un instant, j'√©tais en 1952 avec le t√©moin, Jasper F√ľnf. Et l√†, √† peine l'interrogatoire termin√©, je suis sur une nouvelle sc√®ne de crime, la m√™me, √† Los Angeles, en 2019. OK, je ne me pose pas de questions. Enfin, je ne me pose celle-l√†, celle de savoir le pourquoi du comment. Les questions que je dois me poser concernent les indices que je peux trouver ici. Et ici, y a-t-il un Jasper F√ľnf ou un autre indice¬†? Contrairement √† Berlin, en 1952, ici il y a des cam√©ras de surveillance. J'ordonne qu'on les mette de c√īt√©. Je fais mon boulot sur la sc√®ne sans vraiment y penser. Je sais exactement ce que je vais trouver, jusqu'√† la rune Hshl qu'on devine dans les entailles pratiqu√©es sur le dos de la victime. Je pourrais taper mon rapport √† l'avance. En fait, je pense √† ces vid√©os. Je suis plus que press√© de les visionner. J'esp√®re que, m√™me s'il est intelligent et pense √† beaucoup de choses, le tueur aurait n√©glig√© la pr√©sence de cam√©ras de s√©curit√©. Voyageant entre les mondes, il aura peut-√™tre, je l'esp√®re, oubli√© ce d√©tail. Et puis, c'est un des traits caract√©ristiques des tueurs en s√©rie. √Ä force de ne pas √™tre pris, ils se croient tellement sup√©rieurs qu'ils en commettent l'erreur fatale. Je fais donc mes pr√©l√®vements, m√©caniquement, et garde √† l'esprit que le tueur, peut-√™tre, tue et grave la rune pour voyager entre les mondes et retrouver Eurydice. Cela ne change rien au fait qu'il est peut-√™tre un toxicomane et/ou un malade mental en proie √† un d√©lire √©sot√©rique mais, en tout cas, il est bien inform√© pour conna√ģtre l'existence d'Eurydice. Que lui veut-il¬†?

    De retour au LAPD, je fonce au local visionner les bandes. Enfin, ce ne sont pas des bandes car aujourd'hui, tout est num√©rique. Bingo¬†! Le tueur a commis l'erreur que j'esp√©rais. On le voit tra√ģner les corps, celui du porc et de la victime. Le meurtre a eu lieu ailleurs, un peu plus loin. Pas tr√®s loin mais dans un endroit plus discret. Ce n'est qu'ensuite que le tueur a d√©plac√© les corps afin qu'on les trouve. En fait, comme un vrai tueur organis√©, il a op√©r√© dans un lieu o√Ļ il se savait en s√©curit√© le temps de faire ce qu'il avait √† faire. Il savait qu'on ne l'interromprait pas. Par contre, il a besoin qu'on trouve les corps. Or, ce moment l√† ne fait plus partie du rituel. Aussi, il a enlev√© son masque, celui en cuir avec les cornes de cerfs. Je zoome autant que possible sur son visage. Je fais venir en toute urgence un technicien sp√©cialis√© pour qu'il me rende l'image aussi nette que possible. Qui est cet homme¬†?
    Je crois que je le tiens. C'est effectivement un homme de stature moyenne. Cela appara√ģt sur la photo imprim√©e par le technicien, il porte un collier, comme un collier de chien, comme ceux que portent les sadomasos. Ces crimes, ses crimes, seraient-ils commandit√©s par quelqu'un d'autre¬†? Aurait-il finalement un complice¬†? Je pense √† Ant√©ros. Haze a eu affaire √† lui et le SM serait bien son genre. Objectivement, je ne peux rien affirmer mais c'est une piste √† creuser.

La Plage des Cafards. Ça fait combien de temps que je suis là ? Je ne sais plus. J'ai l'impression que ça fait des siècles. Des rumeurs courent. On dit qu'on peut s'enfuir. On dit qu'il y a des Passeurs, des gens qui savent comment faire pour se tirer d'ici. Mais s'ils savent, pourquoi ils ne se tirent pas eux-mêmes ?
Au loin, une sirène de chantier ou d'usine se fait entendre...

    Il pleut. Il y a du brouillard. Je ne suis plus √† LA, ni √† Berlin. Il y a un instant, j'√©tais dans un local du LAPD √† visionner des bandes. Et maintenant, je suis sous la pluie, la Pluie Noire, face √† une nouvelle sc√®ne de crime. C'est toujours la m√™me sc√®ne. L'homme √Ęg√©, le pantalon aux chevilles, le porc, mort, √† c√īt√©. Par acquis de conscience, je retourne le cadavre et retrouve la rune taillad√©e dans le dos. Je ne suis pas une Mouche. Je ne sais pas vraiment comment √ßa marche. Moi, pour voyager entre les mondes, j'utilise mes propres runes. Mais, toutefois, je ne crois pas que la rune Hshl fonctionne comme √ßa. Je ne crois pas que graver une rune Hshl ouvre un passage. Pour ce que j'en sais, le motif de la rune est d√©j√† pr√©sent et indique un passage. Graver un rune n'est pas sens√© ouvrir un passage. Pourtant, j'ai bien l'impression que mon tueur pense que √ßa marche ainsi. Et on dirait que pour lui... √ßa marche¬†! J'ai d√©j√† fouill√© une sc√®ne de crime et n'ai pas trouv√© de passage. Est-ce que √ßa vaut vraiment le coup ici¬†? Il pleut et la pluie a certainement d√©j√† effac√© la plupart des indices que j'aurais pu relever. En plus ici, je suis seul, pas d'√©quipiers du LAPD, pas d'agents de la RPA. Il n'y a m√™me pas de commissariat en r√©alit√©. Mais il y a peut-√™tre un t√©moin et un passage, malgr√© tout. Un t√©moin... Et si ici, √† Silent Hill, je trouvais un Jasper F√ľnf¬†?
    Je sors de la ruelle en courant. Je crois apercevoir une silhouette. Je ne cries pas pour ne pas l'effrayer ou attirer son attention. Je veux juste lui tomber dessus. Je cours. Le paysage d√©file autour de moi. L'air siffle √† mes oreilles, comme une sir√®ne d'usine. Autour de moi - effet de la vitesse¬†? -,  le bitume s'effrite et s'envole en nu√©e de limaille de fer. La pluie devient cendre. Mes pas r√©sonnent sur le sol. √áa sonne creux. Je cours sur des dalles d'acier. Autour de moi, tout devient rouge. Les murs se couvrent de rouille et de t√Ęches brun√Ętres que je sais √™tre du sang. Je rattrape la silhouette. Je veux m'arr√™ter net mais je suis emport√© par mon propre √©lan. Je reconnais ce truc. C'est le truc noir avec le pic dans le ventre. Il tourne vers moi sa figure noire avec ses trous blancs √† la place des yeux et de la bouche. Emport√© par mon √©lan, j'ai peur de m'empaler sur son pic. Mais, je me laisse emporter et lui saute dessus, poings en avant.
    Le truc m'accueille √† bras ouverts et... je m'empale litt√©ralement sur son pic. Je ne crains pas la mort puisque je suis d√©j√† mort mais √ßa fait mal quand m√™me. Et √ßa fait chier. Il me serre fort. Je suis trop mal pour r√©agir. Il me fixe de ses yeux vides et je vois.

Nous sommes chez Haze. Tous les trois. La Reine n'est pas l√†. La Reine est morte. Haze nous a fait venir car il veut savoir qui l'a tu√©e. Et il veut savoir qui de nous va la remplacer. En effet, il s'est av√©r√© que la Reine avait un r√īle √† jouer dans toutes cette histoire avec le Seigneur des Recoins et les Homosantos. Nous ne le savions pas √† l'√©poque mais c'√©tait pour rejoindre Kid et Eurydice qu'elle avait quitt√© la RIM. C'√©tait avant que Haze ne la retrouve et la remette aux Soars qui l'ont ensuite remise √† Lewis-Maria.
Haze est convaincu que c'est l'un de nous qui a tué la Reine. Il a raison. Je le sais car je sais que c'est lui qui l'a tuée. Et je crois qu'il sait que je sais. Je ne sais pas si le Cafard le sait. Peut-être... Après tout, il a violé la mémoire de la Reine. Il y a peut-être trouvé des choses qu'elle et lui seuls savent.
Lors de notre petite r√©union, je n'ai rien dit. J'ai laiss√© entendre √† Haze que je savais mais je n'ai rien dit. Je ne sais pas pourquoi. Nous ne savons pas qui est sens√© reprendre le r√īle de la Reine. Ce n'est pas Haze, √ßa c'est s√Ľr. Alors qui¬†? Le Cafard ou moi¬†?
C'est le moment de choisir. Mais de choisir entre Lewis-Maria ou moi. C'est le moment de choisir entre ces trois dernière scènes de crimes.
Empalé sur le pic du truc noir aux yeux blancs, je suis pris de Vertiges... Logiques ! Avant de m'écrouler, de sombrer dans l'inconscience dont je reviendrai, je le sais, en parfaire santé, je choisis...
Merde¬†! Je choisis quoi¬†? Berlin et son Jasper qui affirme que le tueur a hurl√© le nom d'Eurydice ou  Los Angeles et sa vid√©o laissant penser que le tueur est un maso et que son dominant est peut-√™tre le commanditaire des crimes ou son complice¬†?
Me regard se voile. Je suis de nouveau sur la Plage des Cafards. Je revois le moment o√Ļ j'ai acquis mes premi√®res runes, celles qui me permettent d'acc√©der √† la dimension du Voyeur. S'il y a une raison pour laquelle le Cafard serait plus digne que moi de reprendre le r√īle de la Reine, c'est pour √ßa¬†!

    L'id√©e que le tueur soit anim√© par une sorte d'√©lan romantique, qu'il tuerait pour trouver Eurydice, ne me satisfait pas compl√®tement. Mais qu'il s'agisse d'un masochiste tuant sur ordre de son dominant me satisfait encore moins. Je r√©fl√©chis et finis par penser que s'il reproduit la rune Hshl, ce n'est peut-√™tre pas pour tenter de trouver ou ouvrir un passage vers un autre monde. C'est peut-√™tre pour montrer qu'il sait quelque chose. Et s'il cherche Eurydice, ce n'est peut-√™tre pas motiv√© par un sentiment amoureux. Par quoi¬†? Pourquoi¬†? Je ne le sais pas encore. Mais peut-√™tre qu'en reproduisant le meurtre m√©taphysique, que ce soit √† Berlin, Los Angeles ou Silent Hill, et en marquant sa victime de la rune, il souhaite attirer l'attention d'Eurydice. Il a quelque chose √† lui dire ou √† lui demander. La rune n'est pas une provocation contre Black Rain. Il veut montrer √† Eurydice qu'il est s√©rieux.
    Eurydice, c'est la Reine qui, la premi√®re d'entre nous a fait sa connaissance. Et finalement, que Haze l'ait tu√©e avant ou apr√®s l'avoir remise aux Soars ‚Äď plus rien n'est s√Ľr aujourd'hui ‚Äď √ßa, √ßa ne change pas. La Reine a et aura toujours crois√© la route d'Eurydice et de Kid. Et la menace des Homosantos plane toujours.
    OK, je choisis Berlin¬†!
    Comme la question de l'√©tat du chat de Schr√∂dinger, toutes les possibilit√©s s'√©croulent alors que j'ouvre la boite (de Pandore?) qui me ram√®ne √† Berlin en 1952.

    Mon tueur est un sorcier, un mystique et peut-√™tre bien aussi un malade mental et un toxicomane. Mais il est aussi bien inform√© quant √† la r√©alit√© des choses. Il ne conna√ģt pas tous les secrets (mais qui les conna√ģt?). Il n'est pas aussi bien inform√© que peuvent l'√™tre les agents de Black Rain, les Cafards et les Soars mais il sait des choses et veut en savoir plus. C'est pour √ßa qu'il cherche Eurydice, j'en suis convaincu maintenant. Il ne tue pas par plaisir sadique. Instrument de l'Entropie, il a d√©j√† fait son job. Non, il continue de tuer pour attirer l'attention de celle dont il pense qu'elle a les r√©ponses √† ses questions.

    Et il ne s'arr√™tera pas tant qu'il n'aura pas ses r√©ponses. La preuve¬†? Cette nouvelle sc√®ne de crime. Je regarde, j'observe et donne des consignes. Rien ne me laisse penser qu'il est encore dans les parages. A-t-il eu ce qu'il voulait¬†? Eurydice s'est-elle montr√©e¬†? Arr√™terait-il de tuer si elle se montrait¬†? Accepterait-elle de se montrer si elle savait que cela stopperait cette s√©rie de meurtres¬†? Et si je la cherchais, elle¬†? Mais o√Ļ est-elle dans cette r√©alit√©¬†? Comment la trouver¬†? Comment attirer son attention¬†? Ou comment faire savoir, faire croire au tueur que j'ai compris et que je sais o√Ļ la trouver¬†?
    Alors, je donne de nouvelles consignes. Je ne lance pas les agents de la RPA sur la seule piste du tueur mais aussi sur celle d'Eurydice. Et de nouveau, devant moi, la r√©alit√© ondule. Je la vois comme √† travers une sorte de voile invisible mais agit√© par une brise l√©g√®re. Les silhouettes de mes coll√®gues ondulent elles aussi. J'avance prudemment. Je lis sur leurs visages d√©form√©s que l'expression de mon visage les questionne. Bien que ma vision se trouble, je les entends parfaitement. Ils me demandent si √ßa va, comment je me sens. Je ne sais pas ce que je veux leur r√©pondre. Je ne sais pas comment je me sens.

    J'ai chaud. Il fait d√©j√† tr√®s chaud ce matin √† Los Angeles. On est dans un squat. Une nouvelle sc√®ne de crime. Une nouvelle victime. Un nouveau porc. Une nouvelle rune. Nous sommes le 8 juillet 2019. La victime du 7 n'existe pas puisque j'ai choisi celle de Berlin. D'ailleurs, ce serait int√©ressant de v√©rifier dans les archives s'il y a eu des meurtres √† Berlin en 1952. Normalement non,  mais...
    Je ne peux rien dire √† mes coll√®gues mais j'ai une nouvelle piste¬†: Eurydice. Je fais mon travail de l√©giste, comme d'habitude. Je ne n√©glige rien mais j‚Äôavoue que mon esprit est ailleurs. Comment utiliser cette information pour tendre un pi√®ge au tueur¬†? Et si je pouvait trouver Eurydice avant lui¬†? Et j'ai un flash¬†! Il sait qu'Eurydice existe. Il conna√ģt la rune Hshl. Il sait certainement que d'autres mondes existent et qu'on peut les atteindre. Il est aussi tr√®s probable qu'il se drogue. Dans ce dernier cas, consomme-t-il de la Bille ou de la Noix¬†? Cela expliquerait bien des choses. Aussi, je cherche des traces de ces drogues sur les lieux. Et je trouve... des coquilles de Noix. Et je me rappelle √©galement qu'il y en avait sur une des sc√®nes de crimes berlinoises. J'avais pens√© qu'il ne s'agissait que de nourriture, pour patienter. Mais non¬†! Il est aussi fort probable que le tueur ait pris de la Noix. Et dans ce cas, o√Ļ la trouve-t-il¬†? Il doit √™tre en contact avec la Magicienne. C'est la principale dealeuse de Noix.
    J'ai maintenant deux nouvelles pistes, si on veut appeler √ßa comme √ßa. Je dois trouver Eurydice et la Magicienne. Je demande √† Black Rain s'ils ont des informations sur Eurydice. Non, mais elle doit forc√©ment √™tre pr√©sente dans ce monde-ci. On ne veut pas me dire le pourquoi du comment mais mon interlocuteur affirme qu'Eurydice est l√†, √† Los Angeles. Il ne peut rien me dire de plus si ce n'est que, si je la cherche, je finirais bien par la trouver.
    J'aurais peut-√™tre plus de chance avec la Magicienne. Dealeuse, elle a peut-√™tre d√©j√† eu √† faire avec la police. Aussi, je me mets √† √©plucher les archives. Rien¬†! En v√©rit√©, je ne sais pas si je dois m'en √©tonner.
    Retour √† la case d√©part¬†? Pas tout √† fait. Pas encore.

Elle est là et j'ai toujours su qu'elle était là. Dans ce monde, dans les mondes... La Reine est morte mais pas elle. Elle, elle est folle. Rendue folle par ses visions, la Bille et la Noix.
Si je la cherche, je finirais bien par la trouver. C'est ce qu'a dit le gars de Black Rain. Et je n'ai pas eu √† chercher bien loin en v√©rit√©. Je l'ai finalement vite trouv√©e. J'ai pens√© faire le tour des h√īpitaux et des centres de d√©sintox ou des foyers pour sans-abris. Mais c'est finalement dans un squat pourri que je l'ai trouv√©e.
Elle √©tait l√†, au milieu des ordures. Ordures humaines et m√©nag√®res. D√©chet parmi les d√©chets. Rong√©e par la Bille, la Noix et ses visions. Alors, je l‚Äôai prise  dans mes bras et je l'ai ramen√©e chez moi. Eurydice...
Elle n'est pas folle. Elle croit qu'elle est folle mais je sais que ce n'est pas le cas. A-t-elle rencontré Kid et la Reine dans cette réalité ?
Elle me fait de la peine. Elle est juste submerg√©e, bouff√©e non pas par la drogue mais par le poids de ses visions. Comme la Reine, comme nous tous finalement, elle a un r√īle √† jouer. Mais le sien est √©crasant. Quel √©tait le r√īle de la Reine par rapport √† elle¬†? Est-ce finalement moi qui doit remplir ce r√īle maintenant¬†?
Je n'ai pas fait que ramener Eurydice chez moi. J'ai aussi ramen√© le squat, le caniveau de son √Ęme. Et mon salon, mon appartement tout entier se mettent au diapason de l‚Äôinconscient d'Eurydice.
Pas besoin de la sir√®ne de chantier pour savoir o√Ļ je suis maintenant.

Silent Hill...

    De retour √† Silent Hill, je m'attends √† ce que ce truc avec le pic dans le ventre me tombe de nouveau dessus. Mais si cette ville et son double rouill√© sont des √©manations de la psych√© d'Eurydice, que repr√©sente cette cr√©ature pour elle¬†? Est-ce son ¬ę¬†croquemitaine¬†¬Ľ¬†? ou alors, est-ce une sorte de protecteur¬†? Contre qui¬†? Le tueur¬†? Moi¬†?
    Cet √™tre noir avec ce pic ressemble √† une sorte de poup√©e vaudou. Un truc maudit...Et si je lui √ītais ce pic, qu'est-ce qui se passerait¬†? Est-ce que √ßa aiderait Eurydice √† sortir de sa catatonie¬†? Je m'assure qu'elle va aussi bien que possible et sors. Je n'ai aucune id√©e de comment faire mais j'esp√®re que ce truc vaudou va me trouver. L'espace d'un instant je me surprends √† penser que ce serait peut-√™tre bien lui mon tueur, mais √ßa ne tient pas debout. Mais ce ne serait pas la premi√®re fois que la v√©rit√© ne tiendrait pas debout. Finalement, qu'est-ce qui fait que toute v√©rit√© n'est pas bancale¬†? C'est peut-√™tre parce qu'elle nous permet √† nous de rester stable. Mais si on prend une b√©quille, elle est incapable de rester debout toute seule. Pourtant, gr√Ęce √† elle, nous pouvons tenir debout. C'est peut-√™tre √ßa la v√©rit√©, une b√©quille incapable de tenir debout mais qui nous permet de le faire. En fait, nous nous appuyons autant sur la v√©rit√© qu'elle s'appuie sur nous. Mais ce ne sont pas ces genre de pens√©es qui vont me conduire au truc.
    Je me rappelle l'avoir vu dans une ruelle. Aussi, je quitte au plus vite les grandes avenues brouillardeuses pour m'enfoncer dans un r√©seau de petites rues encore plus sombre. J'entends des bruits √©tranges. Des cliquetis m√©talliques, des raclements, des g√©missements, des cris. Tout √ßa a l'air √† la fois tr√®s proche et tr√®s loin. J'aper√ßois des silhouettes, des ombres √† travers le brouillard. Elles bougent d'une mani√®re √©trange. Leurs mouvements sont saccad√©s. J'ai par moment l'impression d'assister √† une chor√©graphie de danse Buto. Mais je reconnais pas de silhouette avec un pic dans le ventre. Est-ce que ce truc sait que je le cherche¬†? Se cacherait-il¬†? Pourtant, il m'a d√©j√† battu.
    Et il me vient une id√©e compl√®tement d√©bile. √Ä un moment, ses mains sont devenues celles d'un squelette. Un squelette, c'est un mort. Je suis mort. Si ce truc est sens√© √™tre le croquemitaine ou le protecteur d'Eurydice, que se passerait-il si moi, un mort, je me plantais un pic dans le ventre¬†? En v√©rit√©, √ßa ne me tuerait pas. J'ai presque envie d'essayer. Presque... En m'enfon√ßant dans l'entrelacs de ruelles obscures, je cherche quoi que ce soit qui pourrait faire office d'arme. Rien √©videmment. Rien sauf... cette sir√®ne. Et le monde change. Apr√®s avoir √©t√© rong√©e par l'humidit√© ambiante, c'est maintenant la rouille qui s'empare des rues. Et avec la rouille vient le truc.
    Je n'ai pas d'arme. Il m'a d√©j√† laiss√© pour mort. Autant dire que je ne pars pas gagnant. Pourtant, je ne compte pas me d√©filer. Je veux savoir ce qui se cache derri√®re les trous blancs de ses yeux. Je veux savoir ce qui se passe quand on lui retire son pic. Alors, je n'attends pas et me jette sur lui. J'essaye de m'emparer de son pic justement. Au mieux, j'arrive √† le lui retirer d'un coup. Au pire je dois pouvoir le tourner et lui faire assez mal pour qu'il ne riposte pas. Enfin √ßa,c'est si je l'atteins.
    Rien n'est gratuit dans la vie. J'empoigne le pic mais le truc se saisit de moi et m'enserre. Impossible de me d√©gager. Pour autant, je ne veux pas l√Ęcher ma prise. J'essaye de tourner le pic mais il me serre trop fort et je ne parviens √† impulser le mouvement que je veux. Alors, je plonge mes dents dans son cou et tente de lui arracher un bout de chair. C'est caoutchouteux et cendreux. Le truc n'a aucune r√©action et continue de me serrer contre lui. Au moins, cette fois je ne suis pas empal√©. D'une certaine fa√ßon, pour l'instant j'ai de la chance. Mais √ßa ne va pas durer. Aussi, malgr√© tout, je tente de faire glisser, coulisser le pic. √áa vient petit √† petit mais le truc resserre sa prise. √áa fait mal mais √ßa veut dire qu'il n'aime pas. Alors, je continue. Je tente de forcer la chance et ma vue se brouille alors que l'√©tau se resserre. J'entends, je sens mes c√ītes craquer. Je l√Ęche ma prise. Il ne l√Ęche pas la sienne. Est-ce que cette saloperie peut parler¬†? Je sens que je vais bient√īt perdre connaissance. Alors, je joues ce que je pense √™tre un ultime va-tout. Je l√Ęche le nom d'Eurydice en esp√©rant qu'il comprenne et me rel√Ęche.
    Et √ßa marche¬†! Il desserre son √©treinte et me repose doucement par terre. Il me fixe de ses grands yeux blancs mais je n'arrive pas √† comprendre ce que ce regard peut bien exprimer. Alors je continues. Je dis que je connais Eurydice, que je sais o√Ļ elle est et esp√®re pouvoir observer une r√©action qui aurait du sens. Et il se passe un truc de dingue¬†! Sa bouche et ses yeux se mettent √† grandir. Ils deviennent √©normes. Et les trous se rejoignent pour n'en former plus qu'un qui envahit tout son visage, toute sa t√™te. Et sa t√™te devient √©norme. Le trou blanc devient √©norme. De l'autre cot√©, c'est blanc et √©clatant. Je repense √† cette sc√®ne de Fight Club, quand le personnage incarn√© par Edward Norton explore sa caverne int√©rieure. Il y croise un pingouin qui lui dit ¬ę¬†Glisse¬†!¬†¬Ľ. Et j'ai envie de glisser moi aussi dans ce grand trou blanc et √©clatant. O√Ļ √ßa va me mener¬†? Le Multivers est infini mais il y a deux mondes o√Ļ je n'ai pas envie de tomber. Millevaux et Manto√Įd. Et comme on ne peut pas dire que je sois le type le plus chanceux de la Terre. Faites au moins que ce ne soit pas les deux en m√™me temps...

    Gagn√©, perdu, je ne sais pas. Je suis dans Millevaux, pas de doute. Il y a des arbres partout. Mais je suis aussi perdu en montagne. Le sol est escarp√© et rocheux. √Ä travers les arbres, je vois le soleil se lever. Il tombe une pluie fine. L'air de rien, √ßa fait du bien. J'ai encore mal partout apr√®s ce que m'a fait subir le truc dans Silent Hill. Finalement, j'ai perc√© un de ses secrets mais pas celui que j'esp√©rais. Je voulais savoir ce qui le liait √† Eurydice et je vois qu'il est une sorte de porte vers Millevaux. Peut-√™tre qu'il est aussi une porte vers plein d'autres endroits. Mais moi, il m'a envoy√© √† Millevaux. Et je comprends vite pourquoi. Je fais quelques pas et d√©couvre une nouvelle sc√®ne de crime. La m√™me, toujours. Comme √† Berlin. Comme √† LA. Comme √† Silent Hill. Il y a tout. Le type avec le pantalon aux chevilles, le porc, la rune Hshl taillad√©e dans le dos. Tout √ßa a forc√©ment du sens. C'est juste que je suis trop con, trop fatigu√© ou juste trop humain pour comprendre. J'ai besoin de repos. Mais c'est vraiment pas le bon moment. Mes pas font un bruit d'√©ponge en s'enfon√ßant dans des plaques de mousse imbib√©es d'eau de pluie. Je regarde autour de moi. Alors que j'√©tais s√Ľr de rien trouver, je vois¬†!
    Une tablette de bois. Elle n'est pas tr√®s grande. C'est vraiment un coup de chance que je l'ai remarqu√©e. Il me la faut. Je m'en saisis. Elle est couverte de signes que je ne connais pas, mais j'en comprends pourtant le sens. Il y a des symboles g√©om√©triques et des chiffres qui ne trompent pas. C'est un sort. Et je dois pouvoir le reproduire avec les runes que je poss√®de d√©j√†. Mais quels en sont les effets¬†? C'est √ßa que je ne comprends pas.
    Bon, je suis assez stupide pour tenter une combinaison de runes sans en conna√ģtre les effets. Mais je ne suis pas assez stupide pour associer n'importe quelle divinit√© de ce cycle √† cette combinaison. Aussi, je choisis Mantorok, le Gardien. Quel que ce soit ce sort, ses effets devraient m'√™tre b√©n√©fiques. Alors¬†?
    Un voile pourpre (la couleur du Gardien) teint la for√™t autour de moi. Et je vois¬†! J'ai vu¬†! Mais mon cerveau n'a pas imprim√©. Il n'a pas voulu imprimer. Je ne sais pas ce que j'ai vu. Le Gardien a-t-il voulu me pr√©server de la folie qui me fut r√©v√©l√©e¬†? J'ai vu quelque chose que je n'√©tais pas sens√© voir. Et il ne m'en reste aucun souvenir quand les effets du sort s'effacent. M√™me si la montagne et la for√™t semblent d√©sertes autour de moi, il y a ici quelque chose de dangereux. Je dois partir. Je lance un nouveau sort, celui qui me donne acc√®s √† la dimension du Voyeur. Je m'enfuis. Je fuis Millevaux.

J'explore la dimension du Voyeur. Je peux maintenant me rendre √† peu pr√®s o√Ļ je veux. Berlin, Los Angeles. Je peux m√™me retourner √† Silent Hill. Alors, que se passe-t-il l√†-bas.
Et je me vois à LA, en train de tester ce nouveau sort avec chacune des trois autres divinités. Mantorok a voulu me préserver dans Millevaux. Les autres ne prendront pas ces précautions. Que je périsse ou devienne fou les comblera de joie au contraire.
Puis, je suis à Berlin, dans les égouts. Qu'est-ce que je fais là ? Je suis en train de tenir tête à un militaire ; un français on dirait. Est-ce en rapport avec le meurtre métaphysique ? Est-ce qu'une nouvelle piste berlinoise me mènerait dans les sous-sols ?
Je ne m'attends pas √† trouver quoi que ce soit d'int√©ressant √† Silent Hill. Ou plut√īt, je m'attends √† forc√©ment voir l√† quelque chose de dangereux. Alors¬†? Alors c'est le monde √† l'envers. On dirait bien que c'est l√†, finalement, que je suis le plus en s√©curit√©. En fait, je me vois prendre du repos et r√©cup√©rer de mes blessures. Eurydice n'est pas l√† mais je sais que je sais qu'elle va bien. Cette version du futur est tentante. Un peu trop m√™me. Certes, je suis au calme pour l'instant, mais qu'est-ce qui m'attend ensuite¬†?
Je suis tr√®s tent√© d'aller √† LA pour en savoir plus sur ce nouveau sort. Mais je pense plut√īt me rendre √† Berlin. Si je suis dans les √©gouts, c'est forc√©ment qu'une piste m'y a conduit. Si je suis l√†, c'est que je suis sur la piste du tueur. Cet abruti de Fran√ßais me fait perdre du temps mais, sachant cela, je peux peut-√™tre l'√©viter.

    Berlin, 1952, le secteur fran√ßais, une nouvelle sc√®ne de crime. Je n'attends pas. Je n'attends rien. Je cherche imm√©diatement la bouche d'√©gout la plus proche. Elle est ferm√©e mais des traces montre qu'on la boug√©e r√©cemment. Je le tiens¬†!
    Les √©gouts sont sombres mais j'ai pens√© √† prendre une lampe. Je suis tent√© de me mettre √† courir mais je veux d'abord √™tre s√Ľr de prendre la bonne direction, mais aussi de ne pas me jeter dans la gueule des Fran√ßais.
    Je sais maintenant que le tueur est accro √† la Noix. Aussi, je cherche quelques coquilles qui pourraient tra√ģner et indiquer sa pr√©sence. Je sais aussi que taillader la rune Hshl sur le dos de la victime ne cr√©e pas un passage entre le monde. Sinon, il l'aurait utilis√© pour fuir.
    La chance est avec moi. Je rep√®re des traces de Noix. Je cours dans cette direction mais ne per√ßois √† aucun moment quelque signe de sa pr√©sence. A-t-il d√©j√† quitt√© les souterrains¬†? La Noix lui a-t-elle permis de quitter notre r√©alit√©¬†? √Ä moins que... Je sors mes runes et la tablette trouv√© dans la for√™t. Peut-il se rendre invisible¬†? Si oui, c'est peut-√™tre de lui, de sa vue, que Mantorok a voulu me prot√©ger¬†? Mais il est le tueur m√©taphysique. Aussi, pour cette fois, je m'en remettrai √†  Ulyaoth, la divinit√© li√©e √† la magie et √† la spiritualit√©. Un voile bleu recouvre mon champ de vision. Et je le vois¬†! Il est loin. Je me mets √† courir. Le voile bleu s'estompe. La silhouette du tueur aussi. Mais c'est trop tard... pour lui¬†! Je l'attrape par l'√©paule et le retourne pour qu'il me fasse face. Il ne porte plus son masque de cuir. Je ne le connais pas, √ßa me rassure. Je lui flanque une droite en plein visage. Il s'√©croule.
    Personne √† la RPA ne sait que je viens de l'arr√™ter. Aussi, je fonce vers les locaux de Black Rain. Je l'enferme dans un petit bureau et le laisse mariner le temps de n√©gocier les termes de l'interrogatoire avec mes sup√©rieurs. On le tient. Il ne tuera plus. Mais je veux savoir pourquoi il continuait √† tuer et ce qu'il veut √† Eurydice. Il n'est pas non plus exclu que son comportement soit li√© √† sa consommation de Noix. Aussi, la Magicienne est peut-√™tre derri√®re tout √ßa. En fait, j'explique √† mes chefs qu'il n'est pas impossible qu'elle l'ait rendu accroc √† la Noix pr√©cis√©ment pour le pousser √† agir ainsi. Je leur demande donc l'autorisation de piocher dans nos maigres stocks de P√©trol'Magie afin de le contraindre √† parler. Et on pourrait m√™me en profiter pour le gu√©rir de son addiction. Ensuite, il pourrait devenir le 8√® prisonnier de la prison de Spandau, donnant ainsi corps √† la l√©gende. Mes chefs acquiescent.

    J'entre dans le petit bureau accompagn√© de deux autres agents de Black Rain. Ils poussent devant eux une esp√®ce de carcan sur roulette. C'est une structure en m√©tal avec des lani√®res en cuir et de fins tuyaux en caoutchouc. Ils soul√®vent le tueur et l'attachent au carcan. Il se retrouve ainsi d√©bout, reposant inconfortablement sur la pointe des pieds. Son cou est enserr√© par un large collier en acier. Cela contribue √† maintenir son corps dans une posture d√©sagr√©able. De plus, il ne peut d√©tourner le regard quand il voit l'un des agents remplir une poche plastique de liquide noir et y ficher le bout d'un des petits tuyaux. Je lis dans son regard qu'il comprend qu'on va lui injecter ce liquide qu'il ne sait pas √™tre du P√©trol'Magie. Pourtant, il parvient √† se retenir de crier. Je ne sais pas s'il est toujours sous l'influence de la Noix. Il y a un vrai risque d'overdose et, sur le coup, ni mes chefs ni moi n'y avons pens√©. C'est trop tard maintenant. Je dois aller jusqu'au bout. Mais avant, quand m√™me, je lui pose mes questions. Je ne lui demande pas qui il est. Dans l'imm√©diat, cela n'a aucune importance. Je veux savoir pourquoi il cherche Eurydice. √Čvidemment, il garde le silence. Je m'y attendais. Je fais un signe de t√™te et le liquide noir commence √† couler dans le tuyau. Ce n'est pas de l'angoisse que je lis dans son regard. C'est plut√īt une sorte d'h√©b√©tude. J'esp√®re qu'on ne va pas lui griller le cerveau avant de savoir.
    L'effet du P√©trol'Magie est imm√©diat. Le tueur convulse. Je jette un regard inquiet aux deux agents. Mais ils restent calmes. Le tueur tend son cou au maximum et scrute le plafond. Son teint devient jaune. Malgr√© tout, je garde mon calme et repose mes questions. Que veut-il √† Eurydice¬†? Quels sont ses liens avec la Magicienne¬†? Il prend alors un air myst√©rieux. Je me retiens de lui flanquer un coup de poing. Je sens qu'il lutte contre la drogue. Derri√®re lui, de sorte √† ce qu'il ne puisse pas le voir, un des agents me fait signe de patienter. Cela ne devrait plus trop durer.
    Alors, est-ce la Magicienne qui lui a fourni la Noix¬†? Il r√©pond que oui mais que ce n'est pas ce que je crois. La Magicienne n'a jou√© que le r√īle de fournisseur. Elle n'a rien √† voir dans sa qu√™te d'Eurydice.
    Et alors, pourquoi chercher Eurydice¬†? Son regard devient soudain tr√®s triste et il dit ¬ę¬†‚Ķ pour faire cesser les voix dans ma t√™te...¬†¬Ľ Les voix¬†? ¬ę¬†‚Ķ les Abeilles... les bourdonnements...¬†¬Ľ

    L'interrogatoire se poursuit. J'alterne des questions banales sur son identit√©, sa planque, ses relations, ce qu'il faisait avant la guerre, pendant la guerre. Il n'a pas √©t√© victime des exp√©riences occultes men√©es par les nazis. C'est toujours √ßa de pris. Je reviens ensuite sur son mode op√©ratoire. Pourquoi reproduire ce meurtre¬†? Pourquoi ce ¬ę¬†dessin¬†¬Ľ taill√© dans le dos de ses victimes¬†? Et √† chaque fois, c'est la m√™me r√©ponse. Les Voix. Les Abeilles.
    Ce type est un pauvre type. Il n'a vraiment pas eu de chance. Il s'est retrouv√© instrumentalis√© par l'Entropie pour reproduire le meurtre m√©taphysique. Puis, dans la foul√©e, les Homosantos se sont servis de lui pour mettre la main sur Eurydice. Mais Eurydice va bien, je le sais. Elle est en s√©curit√© √† Silent Hill. Cette ville est d√©gueulasse mais je sais qu'un truc bizarre avec un pic dans le ventre veille sur elle. Je repense √† la derni√®re fois o√Ļ j'ai vu Haze et Lewis-Maria. On se demandait qui devait reprendre le r√īle de la Reine. Je ne sais pas si c'est moi. Je ne sais pas si c'est ce r√īle que j'ai jou√©. Mais en tout cas, pour le moment, j'ai quand m√™me r√©ussi √† prot√©ger Eurydice des Homosantos. Pour combien de temps¬†? Je n'en sais rien.


Commentaires de Thomas :

A. Forcément, je suis obligé de faire un lien entre le début de ce CR, un Psychomeurtre / Cold City joué à Berlin, avec L’Idole de Berlin, un de tes premiers CR joué avec mes jeux (mais sans Millevaux dedans, à l'époque). La boucle se boucle !

B. J'adore la bascule entre le cadre Berlin 1952 et Los Angeles 2019, sur la même histoire. Bon effet de vertige logique.

C. Ce masque de cuir avec des cornes de cerf. Que fait-il ici ? L'a-t-il oublié ?
Millevaux se fait discret dans ce dernier épisode. Ce masque en est le premier indice.

D. ¬ę¬†Et le monde change. Apr√®s avoir √©t√© rong√©e par l'humidit√© ambiante, c'est maintenant la rouille qui s'empare des rues. Et avec la rouille vient le truc.¬†¬Ľ
De ce phénomène très silent-hillien, on pourrait aussi lire une prémisse de Millevaux : avec la rouille vient la pourriture, puis l'humus...

E. ¬ę¬†Je dois partir. Je lance un nouveau sort, celui qui me donne acc√®s √† la dimension du Voyeur. Je m'enfuis. Je fuis Millevaux.¬†¬Ľ
Passage hyper rapide dans Millevaux, systématiquement fui par les personnages : soit on se dit que le multivers est une fausse bonne idée parce qu'il permet de quitter rapidement les univers les plus horrifiques, soit on se dit que la rareté de Millevaux en fait sa qualité d'univers-croquemitaine qui serait plus menaçant que les autres.

F. ¬ę¬†Je l'attrape par l'√©paule et le retourne pour qu'il me fasse face. Il ne porte plus son masque de cuir. Je ne le connais pas, √ßa me rassure. Je lui flanque une droite en plein visage. Il s'√©croule.¬†¬Ľ
J'aime bien que le signalement physique du tueur s'arrête à ça, c'est intéressant.

G. Qu'as-tu utilisé de Perfect dans ce RP ?


Damien :

C. Le Masque est un des attributs du Tueur dans la Trilogie de la Crasse. Il y en  d'autres mais j'aime bien celui-l√†. Et puis, c'est vrai qu'il √©voque a for√™t et donc, quelque part, Millevaux. En fait, j'ai m√©lang√© et remis √† ma sauce les BG de Millevaux, Mantra et la Crasse. Ce ne sont finalement plus tout √† fait les uns et les autres mais un mix.

D. Ah mais c'est clairement Silent Hill. Il y a 3 niveaux dans ce scenar : Berlin, LA et Silent Hill.

E. Dans ma vision de Mantra et de La Trilogie de la Crasse, Millevaux devient une autre manifestation de l'Entropie. C'est un peu comme des bulles de putréfactions qui s'échappent du cadavre de l'Hommonde pour venir corrompre les autres univers. Donc oui, c'est vraiment un univers croquemitaine. On l'évite, on cherche à s'enfuir. On s'en préserve autant que possible. Mais il a sa vie propre. Après tout, je le conçois aussi comme un avatar de Shub-Niggurath. Pour moi, Millevaux est devenu autant le domaine de la Chèvre qu'une incarnation de la Chèvre elle-même et elle se répand.

F. Là, j'avais postulé que le tueur pouvait être un PNJ déjà rencontré, voire Haze lui-même. Les D en ont décidé autrement. Et c'est ptete pas plus mal ^^

G. Le Cycle narratif Crime/tentative de capture ou recueil d'indice/sc√®ne de ¬ę¬†torture¬†¬Ľ/XP du criminel.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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#72 23 May 2022 13:13

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

GR√ÖTMYRSBAN, SECONDE PARTIE

Plong√©e au cŇďur du sc√©nario de Gratmyrsbarn, avec une ambiance gla√ßante dans tous les sens du terme. Un enregistrement de partie par Claude F√©ry.

(temps d’écoute : 1H)

Joué le 05/01/2020

Le jeu¬†: La Sorci√®re de l‚Äô√©corce, un jeu de r√īle su√©dois d‚Äôhorreur folklorique et foresti√®re par Pelle Nilsson et Johan Nohr.

Le scénario : Grätmyrsban, une glaçante histoire d'enfants disparus par Pelle Nilsson et Johan Nohr

Lire / télécharger le mp3

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Lilian D, cc-by-nc-nd


Toutes les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie).

Commentaires de Thomas après écoute :

A. Intéressant ces archives sur les expériences de mort imminentes : à Millevaux, les souvenirs d’expériences de mort imminentes sont très recherchés

B. C’est astucieux d’avoir interprété un personnage dans le premier épisode pour le confier à Mathieu lors du deuxième épisode : dans ce type de scénario, l’irruption d’un nouveau PJ en cours de route serait mal passé.

C. Super intéressant que tu précise que le nom de la rivière est sami et non norrois : encore un crossover entre les sami et Millevaux…

D. Là encore tu fais un gros travail d’extrapolation sur le PNJ Anders

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Gabrielle joue Sven

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Mathieu joue Pelle

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Xavier joue Chat-Chat


Auteur de Millevaux.
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#73 26 May 2022 10:33

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

GR√ÖTMYRSBAN, TROISI√ąME PARTIE

La conclusion du scénario sous forme de pinacle horrifique, avec une fenêtre dimensionnelle ouverte sur Millevaux. Un récit et une partie enregistrée par Claude Féry

(temps de lecture : 3 min ; temps d’écoute : 1H49)

Joué le 05/01/2020

Le jeu¬†: La Sorci√®re de l‚Äô√©corce, un jeu de r√īle su√©dois d‚Äôhorreur folklorique et foresti√®re par Pelle Nilsson et Johan Nohr.

Le scénario : Gråtmyrsban, une glaçante histoire d'enfants disparus par Pelle Nilsson et Johan Nohr

Lire / télécharger le mp3

Avertissement : Contenu sensible (voir détail après l'image)

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Alex Berger, cc-by-nc

Toutes les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie).

Contenu sensible : maltraitance enfantine



L'histoire :

Nous avons donc joué la suite et la conclusion du scénario Gråtmyrsbarn.

Sven, aidé de Pelle, ont circonscrit le lieu de disparition de Veronika par leurs recherches et sont repartis, à ski cette fois, malgré d'inquiétant présages., (découverte de dépouilles d'animaux autour de leur ponton). Après s'être à demi égarés dans la réserve ornithologique et avoir exploré un vieux bunker désaffecté, ils ont suivi les traces laissées la veille par la motoneige et ont découvert le pick-up de Veronika sous un amoncellement de neige.
Le t√©l√©phone de Chat-Chat a fait de nouveau des siennes, (il avait re√ßu plus t√īt un appel du num√©ro de sa sŇďur o√Ļ une gamine fredonnait des phrases √©nigmatiques), et s'est cal√© sur la page YouTube d'un groupe o√Į russe. L'autoradio s'est mis en marche tout seul pour lui faire √©cho, puis √† nouveau le froid et le murmure de la for√™t.
Alors Pelle a cru discerner un reniflement et des pleurs étouffés par la distance. Ils ont remonté une sente forestière jusqu'à une clairière.
Là, une gamine était suspendue, attachée par une corde au-dessus d'une mare fangeuse, comme dans le snuff movie visionné sur le dark Web. Mais Elle fredonnait.
Sven a coupé la corde à l'aide d'une dague de chasse récupérée dans un vieux refuge de chasseur, ayant appartenu à un psychopathe ayant tué une gamine à coups de couteau et reconnu fou, capitonné dans un asile du sud du pays.
Mais à peine libérée la petite gamine s'est mise à flotter dans l'air, puis son visage réduit à deux puits sur un noir insondable a tenter de dévorer Pelle. Chat-Chat a mis le feu à la houppelande couvrant la créature et tous en en profité pour la fuir. Dans leur fuite, ils sont tombés sur Veronika, un bras cassé, gisant contre un arbre.
C'est elle qui avait suspendu la créature et c'est le seul moyen de contenir sa faim dévorante, son désir de vengeance sur les grands qui l'abandonnèrent au fond du bois lors des famines de 1905.
Après avoir repris le rituel et suspendu la créature, Sven débloque les portières de la voiture.

Millevaux

Lorsque Chat-Chat met la main sur la poign√©e gel√©e, (il avait √īt√© son gant pour utiliser son briquet), il contemple le m√™me pick up tout rouill√© avec sur la plate forme arri√®re une caisse contenant un missile.  Le vieux Monsieur, lui sourit depuis le si√®ge du conducteur.

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Commentaire de l'auteur :

wow fantastic, many thanks¬†¬Ľ

Puis a retweeté sur son compte :
About a year ago we made Barkhäxan - an evil little game about horror in the forests of northern Sweden, not unlike The Blair Witch Project in tone. We only made it in Swedish, but these guys translated it into French (and also played it). We are very humbled.

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Commentaires de Thomas après écoute :

A. La sensation de froid est bien rendue tout du long des trois épisodes

B. Sympa d’avoir prévu un effet sonore pour la sonnerie du portable de Chat-Chat

C. Hé hé à voir Xavier marri de perdre des PV, je pense à mon fils qui ne supporte pas ça non plus :)

D. J’adore le fait que Mathieu cherche une explication rationnelle aux caprices du téléphone de Chat-Chat :)

E. Remarque de game design de scénario : je me dis que ça doit être rarissime que les persos ne coupent pas la corde

F. Hé hé tu fais bien peur quand tu fais l’enfant qui chante:)

G. En écoutant, on réalise bien toute l’horreur du scénar : pour se protéger de l’enfant, il faut à nouveau l’abandonner…

H. C’est super intéressant le cliffhanger de fin avec morphing vers Barbaque ! Bel effet de vertige logique

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Claude :

D. Chez Mathieu la suspension de l'incrédulité est au prix d'une démarche de cohérence immersionniste. Et même si il place des éléments pour se distinguer de son personnage il a beaucoup de mal à ne pas vivre la partie.
C'est un équilibre délicat à obtenir

E. L'auteur est un joueur de la sc√®ne OSR o√Ļ la dimension tactique et les choix de la joueuse priment sur tout le reste.

G. Boule d'Or ?


Thomas :

G. Ah oui je ne m'étais pas rendu compte du parallèle, mais c'est évident. Mélocoton et Boule d'Or sont des enfants abandonnés.
(du moins dans ma vision des choses)

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Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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#74 06 Jun 2022 12:34

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

L√ąPRE NOIRE

Un √©pisode particuli√®rement sombre et cauchemardesque √† la rencontre de trois sorci√®res qui hantent la for√™t, les voies d√©chues et les rizi√®res autour de Little H√ī Chi Minh Ville. Un r√©cit et une partie enregistr√©e par Claude F√©ry

(temps de lecture : 4 min ; temps d’écoute : 1h47)

Joué le 12/01/2020

Le jeu : We Forest Three par Rae Nedjadi : pour qui vous prenez-vous pour vous aventurer dans cette forêt que vos ancêtres ont abandonnée ? (un jeu OSR-Sword dream pour un seul perso, basé sur le folklore philippin)

Lire / télécharger le mp3

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Keith M Avery, cc-by-nc

Toutes les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie).


Le bilan :

Nous avons joué avec Xavier et Alex une incursion dans Millevaux.
J'ai choisi de la b√Ętir autour du jeu We Forest Three.
Nous avons jou√© la proc√©dure propos√©e par cet excellent jeu jusqu'√† la rencontre avec la premi√®re des trois sŇďurs.
Nous avions convenu que cette partie est la mise en jeu du trouble ressenti par Albert, Petite et L√©o lorsque Monsieur Cl√©ment, le chauffeur du pick-up leur a offert d'effeuiller l'un de ses almanachs glan√© sur sa route. Assis dans une maison en ruines √† deux cents m√®tres de la voie d√©chue, ils ont brass√© les souvenirs de Hin, Kaluna et Chat-Chat, des gamins d'en bas, une communaut√© foresti√®re alimentant Little H√ī Chi Minh Ville,

La partie fut plaisante même si Xavier a quelque peu tiré la couverture à lui.
Alex a déroulé le fil d'une lèpre mentale dont souffre Kaluma / Petite. Seule Kaluma voit la maladie progresser...une FOLIE ?

Le titre Lèpre noire est inspiré des remarques d'Alex lors du bilan et remet en perspective cette session au sein de notre campagne.

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Xavier joue Leo / Chat-Chat / Kara / Cain


Commentaire de l'autrice

Wow this is so cool! I love seeing WE FOREST THREE used in such a creative way for campaign play


Commentaires de Thomas :

A. √Ä l'√©poque o√Ļ on faisait des donjons, on avait un s√©rieux probl√®me de d√©s√©quilibre entre les joueuses assidues et les joueuses ponctuelles, les premi√®res ayant gagn√© beaucoup plus de niveaux que les autres, elles pouvaient litt√©ralement faire le sc√©nario sans l'aide des secondes. Quelque part avec Xavier tu as peut-√™tre le m√™me probl√®me option narrativiste. Comme Xavier joue le plus souvent, ses personnages sont plus √©toff√©s et aussi il ma√ģtrise beaucoup plus les codes de la table qu'il a activement particip√© √† fa√ßonner. Forc√©ment, en pente naturelle, il va prendre plus de place que le joueur plus ponctuelle qu'est Alex. Si c'est un vrai probl√®me, je suppose qu'on peut le r√©soudre par le dialogue ou par un effort de ta part pour centrer l'intrigue sur les personnages des joueuses ponctuelles.

B. C'est très cool que tu informes les auteurices des jeu de tes parties. ça fait toujours plaisir je pense.

C. Peux-tu nous donner un peu plus de détails sur We Forest Three ?

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Claude :

A. La discussion a été amorcée à l'issue de la dernière session et je pensais leur proposer d'explorer le ressenti de Petite lors de notre prochaine séance.

C. Un jeu solo, o√Ļ sur option, √† plus, pour jouer une chasse aux trois sorci√®res qui menacent notre communaut√©. La for√™t peut √™tre m√©taphore, mais sa progression est menace. Ancr√© dans le folklore des Philippines.


Thomas :

A. Cool

C. Oh là là ça a l'air passionnant. Ça colle tellement à Millevaux, et encore un jeu d'origine asiatique, ça ne mange pas de pain (ça me fait penser que le film Tropical Malady est un film de chevet et je voudrais beaucoup faire un replay de partie dans cette veine pour la version finale d'Inflorenza 2.) Et en plus, c'est dans la vague Sword Dream !

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Alex joue Kaluna


Commentaires de Thomas après écoute :

A. Très intéressant de faire le lien entre l’almanach de Mr Clément et les feuilles poèmes de Central Park. Par ailleurs, on pourrait faire un lien avec les feuilles mémorielles de Métro…

B. Entre son truc de faire moisir le v√©g√©tal et son nouveau passage du c√īt√© obscur, on dirait que Xavier cherche √† se soustraire de l‚Äôhorreur. Quelque part, je me demande si son trip avec les Pokemon lors de la partie de la Sorci√®re de l‚Äô√Čcorce ne proc√®de pas du m√™me √©chappatoire.

C. Sympa le retour de notre Boule d‚ÄôOr fugueur¬†: on doit pouvoir dire qu‚Äôil souffre de l‚Äôappel de la for√™t comme dans le jeu de r√īle Summerland :)

D. Le récit qu’Alex fait de son rêve est vraiment top.

E. Le fait de mentionner les noms véritables évoque les multiples vies de personnages voués à l’oubli

F. Utilise-tu des mécaniques de We Forest Three ou juste son ambiance générale ?

G. Très sympa de demander aux persos comment ils ont déjà pu se protéger du Titan Kalaung par le passé

H. Les diatribes du Titan Kalaung m’évoquent L’Apocalypse selon Millevaux :)

I. Le retour de l’esprit malin de Léo évoque la plongée dans les vies antérieures des personnages

J. Sympa de réciter la vanne sur les quatre saisons de Millevaux :)

K. Les délires de Xavier autour du sang, du bras-lame, de la corde de pendu et du briquet sont saisissants (bien que dans son esprit ça a plus de réalité que ce que tu lui en accordes, puisque tu valides ses propositions comme des visions et non comme des faits)

L. La sorcière est comme une version maléfique de la grand-mère de Boule d’Or :)

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Claude :

B. Oui, de son propre aveu. Toutefois Xavier se plaint du manque d'adversité si il n'y a pas de monstres qui font peur.

C. Il me semble qu'Alex avait émis cette hypothèse (l'appel de la forêt, sans le lier au jeu qu'elle ignore).

F. J'ai commencé la session en utilisant les seules mécaniques de We Forest Three, et à mesure des apports des joueuses, je me suis contenté du décalage de canon produit.

K. Une pomme de discorde entre Gabrielle et Xavier. La toute puissance créatrice que s'accorde ce dernier est vécue comme un déni de jeu, une rupture de cohérence par le second.

L. Oui, c'est Baboushka de la session The Body /Hack  ou la babayaga.
Cette dernière acception prendra plus de relief à priori dans Muddus.

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Thomas :

C. L'appel de la for√™t (The call of the Wild) est aussi un roman de Jack London (adapt√© en film cette ann√©e, avec Harisson Ford) sur un chien domestique enlev√© et int√©gr√© de force comme chien de tra√ģneau, puis devenant chef d'une meute de loups. √ßa pourrait tr√®s bien s'adapter √† Millevaux :)

K. Je suppose que √ßa a √©t√© frictionnant aussi dans la partie Puok Krisd Sasanik [√† para√ģtre] o√Ļ Xavier va jusqu'√† sortir un fusil (√† la balle d√©crite comme tr√®s l√©tale) ainsi qu'un piano √† queue de son Ňďil :)


Claude :

C. Le premier roman qu'ait accepté de lire Xavier

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Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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#75 09 Jun 2022 08:32

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE SECRET DE SAMA√čL FAUCHIN

Vivants, morts, fant√īmes, mourants, marchent de concert dans la for√™t qui s'assombrit. Un r√©cit et une partie enregistr√©e par Claude F√©ry.

(temps de lecture : 3 min, temps d’écoute : 45 min)

Joué le 20/01/2020

Le jeu : Your Dead Friend, par Jeeyon Shim (jdr/gn en duo o√Ļ deux amis se prom√®nent un for√™t la veille de la mort d'un d'eux)

Lire/télécharger le mp3

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netzanette, cc-by-nc


Toutes les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie).


Bilan :

Nouvelle incursion en Millevaux avec Xavier cet après-midi, avec pour véhicule Sève la durée du oui.
Xavier joue Sama√ęl Fauchin, je joue Tuuka.
Partie de courte durée, (45 minutes) que j'envisageai, a priori, douce et mélancolique, sous les auspices de Your Dead Friend et qui a changé de tonalité pour devenir sombre et horrifique, sans que nous n'ajoutions d'adversité extérieure, le personnage de Xavier était là pour cela.
Xavier a souligné que cela manquait d'adversité incarnée de monstre à affronter.
Je suis heureux des moments de convergence de la s√©ance, des instants o√Ļ une proximit√©, un embryon d'intimit√© s'est tiss√©e entre nos personnages.
Mes premi√®res instances √©taient impr√©gn√©es de proc√©dures issues de Your Dead Friend et j'ai pu voir les √©motions na√ģtre sur le visage de Xavier.
J'ai mis en jeu mon poème et il a influé nettement sur l'interprétation de mon personnage, Tuuka.

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Commentaires de Thomas :

A. Sama√ęl Fauchin a-t-il un lien avec le premier personnage de Xavier, Sama√ęl ?

B. ¬ę¬†Xavier a soulign√© que cela manquait d'adversit√© incarn√©e de monstre √† affronter.¬†¬Ľ
En effet, ce n'est pas ce à quoi on est censé s'attendre en jouant à Your Dead Friend. Xavier était-il informé à l'avance du caractère contemplatif du jeu ?

C. J'ai cru voir sur votre table des pierres glanées sur un champ de fouilles. Les avez-vous utilisées en jeu ?

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fragment d'obus


Claude :

A. Non dans la phase de création mais il a établi des liens en session et après

B. Oui mais il en a décidé autrement après

C. Oui, les feuilles utilisées lors de la séance ont été créées à partir de celles-ci.

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Commentaires de Thomas après écoute :

A. Un champ lexical forestier très vaste dans ce monologue d’intro

B. O√Ļ se passe cet √©pisode g√©ographiquement¬†? Douaumont¬†?

C. Au d√©but, tu dis qu‚Äôon ne sait pas qui va mourir des deux et je crois que √ßa minimise la port√©e de la proposition de Your Dead Friend (o√Ļ, il me semble, on sait lequel des deux persos va mourir)

D. Xavier est bien à l’aise dans la narration partagée

E. Un opossum : encore une anomalie bio-géographique comme le panda roux :)

F. Super l’image du casque de bouc qui pleure trouvée par Xavier :)

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Claude :

A. Cette introspection de Tuuka pr√©sente le d√©cor et la situation initiale. L'id√©e que j'avais en t√™te c'est la for√™t au cŇďur du parc naturel de Muddus.
Nous avions regardé avec Xavier un documentaire sur les forêts scandinaves.
J'ai tenté de décrire cette forêt en détails, comme si elle nous habitait.
C'est notre milieu. Nous vivons en son sein et elle vit en nous.

B. De fait en Su√®de. Toutefois je l'imaginait comme √©tant la for√™t qui avait enseveli la partie urbaine qui jouxte la for√™t noire actuellement, Ce sont ceux d'en-bas, l'un des groupes qui alimente dans mon imaginaire Little H√ī Chi Minh Ville.

C. On en convient au d√©part effectivement. De fait en nous m√©nageant cette ouverture, Xavier a compt√© la mort de son personnage que je redoutais initialement et j'ai envisag√© que mon personnage questionnait sa croyance et son interpr√©tation de ses r√™ves pr√©monitoires et se trouvait convaincu jusqu'√† ce qu'il trouve le saule que c'√©tait lui qui devait dispara√ģtre et non pas son copain.
Que Xavier n'ait pas joué le jeu ne m'a pas empêché d'enrichir notre partie de certaines propositions de Your Dead Friend même si ce fut a minima.

E. Xavier avait flashé sur une photographie de ballade forestière de Kira Magrann juste avant de débuter la partie.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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#76 04 Jul 2022 12:19

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

MUDDUS

Ambiance délétère de film nordique pour ce premier opus qui amène l'horreur par petites touches. Un récit et un enregistrement par Claude Féry.

(temps de lecture : 5 min ; temps d’écoute : 2h03)

Joué le 02/02/2020

Le jeu¬†: La Sorci√®re de l‚Äô√©corce, un jeu de r√īle su√©dois d‚Äôhorreur folklorique et foresti√®re par Pelle Nilsson et Johan Nohr.

Lire / télécharger le mp3

G√©n√©rique de la Sorci√®re de l'√Čcorce

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Michiel van Nimwegen, cc-by-nc-nd

Toutes les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie).


L'histoire :

Préparation non préparation de notre prochaine partie, une séance qui sera placée sous les auspices de la Sorcière de l'écorce. Elle se passe dans le parc de Muddus, notre prochain lieu de villégiature...

Quarante minutes pour définir à cinq la situation de départ et créer les personnages.
Xavier joue Oscar Millepois un coll√©gien passionn√© par le dessin, tendance manga, en √©tablissement Freinet.  Alex joue Leslie Millepois, sa sŇďur, une jeune lyc√©enne passionn√©e par les √©corch√©s et les technologies chirurgicales. Tous  deux sont invit√©s pour une excursion de 4 jours au parc National de Muddus en Su√®de par leur cousin Adrien Dumont, un jeune virologue qui conjugue une semaine de vacances familiales subventionn√©es par son C. E. avec un s√©minaire d'immunologie qui doit se tenir sur la derni√®re semaine de Juillet 2020. Il est jou√© par Mathieu.
Gabrielle joue Joris Karl Conan, un jeune écrivain, cousin germain d'Adrien qui s'est exilé en Laponie pour se consacrer à son écriture.

Fiction deux heures, Mathieu a du nous quitter au bout de 35 minutes.

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Gabrielle joue Joris Karl Conan

Cela fait plus d'un an que Joris Karl est parti. C'est l'occasion de renouer avec la famille et de ¬ę¬†remercier¬†¬Ľ¬† son bienfaiteur de cousin qui lui a obtenu une r√©sidence en m√©c√©nat dans l'h√ītel arboricole non loin de Jokkmokk, pay√©e par sa bo√ģte de recherches m√©dicales.
Pour les trois grands voyageurs, l'arrivée à Lulea est un soulagement après la chaleur étouffante de Paris.
Ils voyagent peu nombreux sur la ligne int√©rieure pour se retrouver dans le combi Volkswagen affr√©t√© par l'office du tourisme de Noorbotten avec l'asiatique d√Ľment masqu√© qui a fait route depuis Paris avec eux.
Leur chauffeur, Stig Noorboyten, un Saami en costume traditionnel √† la soixantaine bien sonn√©e, sera leur guide pour leur randonn√©e dans le parc de Muddus. Leslie l'a pris pour un vieux d√©guis√© en p√®re No√ęl.
Adrien a été rassuré par les moyens déployés par les compagnies aériennes pour s'assurer de l'innocuité de leurs passagers au regard de la pandémie du Corona virus.
Ils passent la nuit dans la cabane de Joris Karl. Les deux grands dorment par terre dans leurs sacs de couchage, le fr√®re et la sŇďur dans le lit deux places.

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Xavier joue Oscar Millepois

Au matin, le réveil tonitruant au gros son de rappeurs finlandais qui répandent leur Flow à la radio est une torture pour Leslie. Elle s'éveille avec le genou gauche bloqué. A l'examen, un immense hématome noircit sa cuisse et trois vilaines griffures purulentes entaillent son genou.
Joris Karl est maniaque et s'assure que toutes les issues sont hermétiquement fermées et remonte l'échelle de corde.
La bo√ģte de c√©r√©ales est √©ventr√©e et le sachet plastique plein de bave.
Cela n'empêche pas Oscar de manger avidement le reste.
Une martre peut-être ?
La blessure est trop vilaine et leur trousse à pharmacie trop légère.
Joris les accompagne chez Georg, un pharmacien qui parle un peu français.
L√† le pharmacien soigne l'adolescente rev√™che. Piq√Ľre antirabique, antibiotique large spectre, c'est sans appel une griffure d'ours noir.
Au moment de passer la carte europ√©enne, Leslie appara√ģt dans le registre du pharmacien comme Leslie Ranso, √Ęg√©e de 92 ans.
Ça lui parle Ranso.
Il n'est pas Sami lui même, mais par alliance avec sa défunte femme emportée par un cancer.
Et les Ranso sont célèbres pour avoir lutter contre la couronne pour maintenir leur droit à exploiter leurs terres au moment du tracé de la route et de l'extension du parc.
C'étaient pas des éleveurs de rennes, mais des vachers élevant des danoises. Dont une, la Marguerite a remporté de nombreux concours agricoles, une vache toute blanche, une albinos.
Puis le pharmacien a observé attentivement et de très près Leslie. Son regard lui dit quelque chose. Il demande par courriel à son fils éleveur de rennes qui lui renvoie une vieille photographie des enfants Ranso... Il y a un air de famille.
Shooté au cocktail de médocs, Leslie accompagne le petit groupe pour l'excursion qui débute par la visite de l'élevage de leur guide.
Ce dernier en profite pour faire l'article des produits de l'artisanat local.
Oscar lui achète un couteau et une pierre à aiguiser.
Il y laisse toutes ses couronnes.
Sur la pierre figurent des sigil.

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Gabrielle joue Joris Karl Conan

Stig remarque que Leslie boitille et lui administre un remède Saami à base de plantes.
Départ de l'expédition dans la forêt d'épicéas.
Puis la tourbière.
Stig les invite √† quitter le chemin de planches pour go√Ľter la m√©lasse noire qui suinte d'un champignon blanc. Adrien et Leslie go√Ľtent c'est pas mauvais.
L'asiatique se régale.
Il se présente : Kiyoshi Kurosawa. Il réalise des films d'horreur. Kiyoshi tousse.
Oscar lui demande si il est atteint par le virus. Il lui r√©pond ¬ę¬†of course not!¬†¬Ľ, il insiste.
la marche reprend.
Kiyoshi reste près du guide.
L'atmosphère est tendue.
Ce dernier, l'air mauvais, observe un gars au bord de l'eau assis sur un siège pliant qui prend des notes sur un ordinateur portable.
Il se rue sur lui, l'insulte copieusement, casse son matériel et le bouscule.
L'inconnu s'éclipse sans demander son reste, abandonnant son matériel sur place.
Stig explique qu'il s'agit de Clas Vahn, un emmerdeur d'ufologue qui n'a rien à faire sur les terres tribales. Après une longue marche, ils parviennent à une soucoupe volante perchée dans un arbre qui leur servira de logis pour la nuit. Ce refuge ridicule, c'est à cause des conneries de Svahn...
Pas de feu, y a tout ce qui faut dans le refuge. Quartier libre jusqu'au lendemain 10h00.
Le Témoignage audio suivra.
Nous jouerons la suite la semaine prochaine.

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Gabrielle joue Joris Karl


Commentaires de Thomas après lecture :

A. Rien qu'à lire la présentation des personnages, je sais que ça va tourner au film d'horreur :)

B. Très cool de voir une nouvelle partie centrée sur le folklore Saami :)

C. ¬ę¬†Elle s'√©veille avec le genou gauche bloqu√©. A l'examen, un immense h√©matome noircit sa cuisse et trois vilaines griffures purulentes entaillent son genou.¬†¬Ľ :
Ça sent la promenade somnambule qui se conclut par une attaque de zombie :)

D. ¬ę¬†Stig les invite √† quitter le chemin de planches pour go√Ľter la m√©lasse noire qui suinte d'un champignon blanc.¬†¬Ľ :
Ça sent pas le bon plan :)

E. Kiyoshi Kurosawa : rigolo le caméo de l'auteur du film Charisma que tu avais cité comme inspi pour Millevaux :)

F. J'aime beaucoup l'altercation avec l'ufologue, je trouve ça assez typique d'un film d'ambiance aussi, on se demande qui est méchant, le guide ou l'ufologue.

I. Muddus, c’est un scénario de ta plume, pas un scénario officiel de Barkhäxan ?

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Xavier joue Oscar Millepois


Réponse de Claude :

E. J'ai dialogué dans un spit English de bon ton et Alex m'a surpris en jouant l'impact sur son personnage de la rencontre avec un réalisateur de film d'horreur.
La suspicion de Xavier était jouée à fond et cela a donné une scène intense autour d'un malaise confus empreint de racisme et d'ostracisme. Nous sommes demeuré dans le jeu et l'interprétation mais ce fut intense

F. J'ai préparé ma session en effectuant des recherches sur Internet. Le groupe UFO Sweden existe tout autant que l'ufologue.
L'opposition de Saamis aux investigations de ces chercheurs est en revanche pure invention.
Toutefois je souhaite aboutir √† une situation semblable √† celle d√©peinte dans CŇďur de Tonnerre de Michael Apted.
Le personnage de Stig est le souvenir d' un activiste de l'AIM que j'ai rencontr√© en 2000. Je cherche √† cr√©er une tension autour des terres ancestrales du parc, pour que notamment l'√©v√©nement al√©atoire √† base de b√Ęche plastique prenne toute son importance.

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G. L'autre moment intense était la scène de la pharmacie.
La blessure est un évènement aléatoire. Toutefois en le mettant en jeu, j'ai immédiatement établi un lien avec la menace qui plane sur le petit groupe de touriste.
J'ai joué en convergence avec les éléments matériels dont nous disposions. La photographie d'enfants de Muddus prise dans les années 40 et Alex face à moi.
Par coquetterie elle porte un cache nez et des gants. A ce stade j'ai réalisé que je n'avais pas pris de photographe de la séance.
Devant moi j'avais son regard intense, tout comme celui de la photographe des enfants que je voulais jouer.
Avec ma main j'ai mimé Georg isolant son regard et l'examinant attentivement. Puis il lui demande de la prendre en photo, ce que je m'empresse de faire.
La scène fut intense.
Alex a précisé que cela provoquait un malaise perceptible chez Leslie, en revanche elle s'amusait beaucoup de voir l'étrange s'installer à notre table.

H. La pierre à aiguiser avec sigil est un apport, parmi d'autres de Xavier. Celui-ci a cependant interpellé Gabrielle qui a oublié qui en était l'auteur et y perçoit un lien trouble avec l'identité trouble des enfants saami français

I. De mon cru

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Alex joue Leslie Millepois


Commentaires de Thomas après écoute :

A. C'est fou comme entendre un PNJ parler en anglais peut être immersif.

B. Cette introduction tr√®s low-key ressemble vraiment √† du jeu de r√īle de tourisme :)

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Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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#77 07 Jul 2022 07:47

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

VENGEANCE SYNDROME

Suite du scénario Muddus. On poursuit l'ambiance de polar nordique, sur fond de vengeance et de contamination. Un récit et un enregistrement de partie par Claude Féry !

(temps de lecture : 5 min ; temps d'écoute : 22 min + 1H55)

Joué le 08/02/2020

Le jeu¬†: La Sorci√®re de l‚Äô√©corce, un jeu de r√īle su√©dois d‚Äôhorreur folklorique et foresti√®re par Pelle Nilsson et Johan Nohr.

Playlist La Sorci√®re de l‚Äô√Čcorce

Cet apr√®s-midi avec Alex, Gabrielle et Xavier nous jouerons la  suite de notre partie de La Sorci√®re de l'√©corce, intitul√©e Muddus.

Lire/télécharger le mp3 (partie 1)

Lire/télécharger le mp3 (partie 2)

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Thomas, cc-by-sa

Toutes les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie).


L'histoire :

Alors que le ciel puise la lumière pour la répandre vers les étoiles, Leslie prépare le repas du soir : renne et purée lyophilisée. A la demande d'Oscar elle prépare ensuite des gaufres. La soucoupe suspendue dans les arbres est agréable et fonctionnelle. Ils trouvent du lait, de la viande, des céréales de quoi se sustenter ce soir et déjeuner le lendemain.
Oscar est ravi des couchettes qui ressemblent à celles de Tintin dans l'album objectif lune.
Il dessine et négocie une gaufre d'avance sur le petit déjeuner. Adrien s'endort sur son téléphone en tentant de lire la documentation téléchargée.
Joris Karl s'endort à demi sur ses notes et retrouve la photographie d'une obscure gravure glissée comme marque page dans son carnet, une représentation d'un Svarog en puissance.
Kiyoshi, après avoir contemplé longuement la forêt, par la baie qui éclaire le séjour, se couche aussi.
Le sommeil fuit Leslie qui repousse une attaque somnambule d'Oscar vers la pile de gaufre.
Il renonce et se rendort par terre avec la BD de Tintin rabattue sur la tête.
Le froid et un radio-réveil Bang & Olfusen les réveillent. Oscar danse comme un fou sur le rap Lapon et Kiyoshi retient le geste de Leslie qui s' apprêtait à couper la chique à la Saami revendicative pour profiter de son Flow.
Adrien beugle. ¬ę¬†c'est quoi ce binz !¬†¬Ľ  d√©signant la b√Ęche plastique qui remplace la porte oblongue de la soucoupe. En s'approchant il butte sur une bonbonne m√©tallique qui ach√®ve sa course contre le chambranle de la porte. Inscriptions cyrilliques sur fond anodis√©.
Non sans mal il arrache la b√Ęche agraf√©e depuis l'ext√©rieur, la porte sagement pos√©e sur le perron.
Kiyoshi l'aide à revisser les charnières et replacer la porte sur ses gonds. Une visseuse électrique gisait dans l'herbe sous l'échelle de corde.
Leurs narines sont emplies d'une odeur de cramé. Ils cherchent partout le départ de feu, sans succès.
Kiyoshi demande √† go√Ľter une gaufre. Leslie l'y autorise. Oscar et Adrien se joignent √† lui.
C'est d√©gueulasse, p√Ęteux et ils ont la bouche dess√©ch√©e apr√®s une bouch√©e.
Un mince film gras et jaun√Ętre recouvre tout.
Il est six heures et c'est n'importe quoi beugle Adrien hors de lui.
Il est fiévreux, inquiet désorienté.

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Il chuchote à l'oreille de son cousin un discours décousu à propos de ses lectures de la veille.
Son d√©bit est si rapide, qu'il perd le contr√īle de sa voix et attire l'attention des gamins.
L'OCP n'a pas un stock suffisant pour faire face à la pandémie et envisage de diffuser des placebo en masse. Son séminaire c'est une réunion de crise et on a cherché à les gazer ! Et l'autre Kiyoshi il est atteint. On est des putains de rats de laboratoire.
Puis apr√®s sa diatribe il est saisi d'un vertige. Son bras est bloqu√©. Leslie l'examine, pas de griffures, mais il est br√Ľlant de fi√®vre.
Elle lui donne un de ses cachets.
L'eau ne fonctionne plus dans le chalet.
Plus de réseau, non plus et l'application boussole est folle !
Adrien clame qu'il faut partir immédiatement.
Kiyoshi est pris d'une nouvelle quinte de toux.
Il descend une carte du parc qui était punaisée dans leur chambre.
Nouvelle quinte de toux.
Kiyoshi déclare qu'il doivent se séparer maintenant.
Dans la main il tient une photographie d'une jeune femme qu'il contemple d'un regard triste, presque larmoyant, puis reporte son regard sur les traces laissées par des motos.
Joris Karl l'interroge.
Kiyoshi recherche sa future femme, Soeng, disparue au d√©but du mois dans le parc. Elle y √©tait venue pour m√Ľrir sa d√©cision sur sa proposition de mariage.
Joris Karl traduit les explications de Kiyoshi.
Adrien en conclut qu'il faut l'aider, qu'il était peut être la cible de la tentative d'empoisonnement.
Kiyoshi les avertit de ses intentions.
Il sort un revolver de sous sa chemise.
Ils décident de suivre les traces des motos en silence en essayant de surprendre les kidnappeurs.
Ils marchent jusque midi d'un bon pas, hors piste. Ils ne s'arrêtent que pour grappiller des myrtilles.
A la pause, Adrien s'approche de Leslie.
Il frissonne, il est glacé.
Il est incohérent. Il ne sait plus qui est qui.
Il demande √† Leslie, qu'il appelle Soeng de ne pas oublier leur promesse de bonheur de d√©cembre. Il ne reconna√ģt plus Oscar, puis s'offusque qu'on lui r√©affirme des √©vidences.
Leslie lui administre une bonne dose de ventoline.

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Ils reprennent leur progression et Leslie s'attarde pour récolter des simples. Un bon stimulant cardiaque dont elle enduit la lame de son scalpel et rempli une seringue.
En fin d'après midi, à la lisière d'une forêt de bouleaux, un campement sur les berges.
Deux motos sont à l'arrêt et un solide gaillard tisonne un feu, leur tournant le dos.
Ils s'approchant en silence, Kiyoshi en tête, qui braque son arme sur le type.
A cinq mètres de leur cible, Oscar laisse choir sa pierre à aiguiser sur les graviers. Le gars, barbu, massif se retourne et porte la main à sa ceinture tout en contournant le barbecue pour le placer entre eux et lui.
Kiyoshi crie ¬ę¬†don't move! freeze!¬†¬Ľ
Le gars lève la main gauche en signe de reddition et balance quelque chose dans le feu.
Joris Karl bondit et répand le contenu du barbecue au sol pour écraser une poignée de cartouches de chasse. Leslie en profite et lui plante une seringue de sa préparation.
Le gars tressaute au sol près des motos.
Alors, de derrière les buissons, surgit le second, une immense brute barbue, au teint sombre, brandissant une kalach.
Avec un accent √©pais il l√Ęche
¬ę¬†Nu Pachli Don't move Drop your weapons!¬†¬Ľ
Kiyoshi hésite
Joris Karl bondit et se jette sur lui pour le déséquilibrer.
Il reçoit un méchant coup de crosse au visage et entend résonner les cloches de Notre-Dame, retour express à Paris et plongeon dans la boue.
Aussit√īt, Oscar tente de le planter de sa lame achet√©e √† Stig. Il sectionne le ceinturon, mais dans un mouvement tournant la brute lui ass√®ne un m√©chant coup de pied √† la m√Ęchoire qui l'envoie valser. Leslie s'appr√™te √† se jeter sur lui munie de son scalpel, lorsque son tympan droit explose en m√™me temps que l'√©paule gauche du mercenaire.
Il s'effondre et gémit faiblement alors que le sang noircit en étoile sa tunique camouflée.
Leslie se ressaisit et tente de comprimer la blessure.
Kiyoshi le secoue désespéré
¬ę¬†where is my wife?¬†¬Ľ
Elle y parvient brièvement. Pour le booster Adrien lui administre de la ventoline.
Le gars est mourant
¬ę¬†You are all dead now!  If the virus don't leave us with you the Sentinel will kill you! ¬†¬Ľ

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Alex joue Leslie, Gabrielle joue Joris Karl


Bilan provisoire :

J'ai joué le personnage de Mathieu, non comme un figurant mais selon un mélange entre les réactions qui seraient les siennes propres en de telles circonstances et celles du personnage.
J'ai tenté de jouer Kiyoshi sur une ligne mélancolique et dramatique.
J'ai utilisé une fraction des remarques de la partie précédente pour jouer en miroir, même si je conserve l'histoire de père fouettard pour plus tard.
Alex était beaucoup plus actif qu' à l'accoutumée.
Dans la mesure o√Ļ nous avons pleinement jou√© la barri√®re des langues, je craignais que Xavier se sente un peu d√©laiss√©.
Après la partie il m'a dit que c'était super de jouer comme ça en convergence avec son personnage.
Xavier a d√©clar√© qu'il avait A D O R √Č et Alex a appr√©ci√© la forte adversit√© (beau sourire illuminant son visage).
Une partie très agréable !

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Claude


Commentaires de Thomas :

A. Quelle est le m√©tier de l'homme barbu avec des cha√ģnes sur la photo en noir et blanc ?

B. Merci pour ce r√©cit tr√®s complet, √ßa a d√Ľ te prendre du temps de le r√©diger ! J'aime beaucoup le c√īt√© polar.

C. Est-ce que ¬ę¬†Sentinel¬†¬Ľ fait r√©f√©rence aux Sentinelles, les maletronches dot√©s de sens hyper-d√©velopp√©s et utilis√©s comme ¬ę¬†chiens de chasse¬†¬Ľ ?

D. Muddus est davantage improvisé et suit donc plus les directives du seul livre de base que Grätmyrsban, qui était un scénario un peu plus construit. Sur lequel des deux modes va ta préférence ?

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Xavier joue Oscar Millepois (C) par Claude Féry


Claude :

A. C'est le père fouettard (Hans Trapp dans l'est)

C. La sentinelle du gang des quads de Barbaque ! et Ballade pour un missile.

D. Muddus, en grande partie aussi parce que les personnages découvrent la Suède tout comme les joueuses.


Thomas Munier :

C. Ah oui alors c'est bien ça.

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Alex joue Leslie, Gabrielle joue Joris Karl


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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#78 19 Jul 2022 12:43

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LA C√ČR√ČMONIE DE L'OURS

Le final du scénario Muddus. Quelques rires, de l'action, de l'étrange et quelques scènes effrayantes, avec un père fouettard vraiment trop méchant et une histoire de couloir obscur... Un enregistrement de partie par Claude Féry.

(temps d’écoute : 3H08)

Joué le 09/02/2020

Le jeu¬†: La Sorci√®re de l‚Äô√©corce, un jeu de r√īle su√©dois d‚Äôhorreur folklorique et foresti√®re par Pelle Nilsson et Johan Nohr.

Lire/télécharger le mp3

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Travis, cc-by-nc


L'histoire :

Cet après-midi nous jouons à La Sorcière de l'écorce la suite et conclusion de Muddus

Quatre heures de jeu pour aboutir à une scène finale de cérémonie de l'ours, selon les rites ancestraux Saami.

Belle partie.


Parties précédentes du scénario Muddus :

1. Muddus *
Ambiance délétère de film nordique pour ce premier opus qui amène l’horreur par petites touches. Un récit et un enregistrement par Claude Féry. (temps de lecture : 5 min ; temps d’écoute : 2h03)

2. Vengeance Syndrome *
Suite du scénario Muddus. On poursuit l'ambiance de polar nordique, sur fond de vengeance et de contamination. Un récit et un enregistrement de partie par Claude Féry ! (temps de lecture : 5 min ; temps d’écoute : 22 min + 1H55)


Note du 29/02/2020 :

Quand la réalité rencontre notre fiction

Samedi, après notre partie, j''ai pris connaissance de l'arrêté préfectoral de phase 2 Covid 19 emportant la fermeture des établissements scolaires.

Et non la r√©action d'Alex et Xavier  ne fut pas de sauter √† pieds joints sur le lit sur lequel ils discutaient, en beuglant l' √©cole est finie, non...

Alex s'est tourné vers moi

¬ę¬†C'est vrai, c'est pas une histoire ? Non mais dans la vraie vie, c'est pas vrai, non ? Dis ?¬†¬Ľ

Pour m√©moire, dans notre derni√®re partie en date de La Sorci√®re de l'√©corce, je faisais l'hypoth√®se de l'extension de la pand√©mie au-del√† de tout contr√īle.


Thomas :

Bon, j'espère que vous avez assez de conserves dans votre abri anti-atomique :)


Claude :

Nous avons fait des provisions, mais dès samedi les rayons nourriture des supermarchés du coin avaient été dévalisés...


Commentaires de Thomas après écoute :

A. ¬ę Tu sens la chair noire frissonner sous ton doigt. ¬Ľ
Ah ah on dirait que la viande de l'ours est de la Viande Noire ;)


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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#79 06 Sep 2022 08:58

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

KRAKEN

Le joueur en personne se retrouve catapulté dans Millevaux ! Prisonnier de son propre jeu, il va devoir s’en remettre aux pires extrémités pour tenter une évasion. Nouvelle campagne solo multisystèmes par Damien Lagauzère, cette fois-ci axée sur Millevaux et Mantra 2ème édition !

(temps de lecture : 40 min)

Joué le 20/07/2019

Le jeu : Mantra Oniropunk, vertiges métaphysiques et multiversels par Batronoban, Nina François-Lucchioni & co.

Salut, voici la 1√®re partie de mon solo de Mantra qui se passe dans la for√™t de Millevaux. √ßa finit un peu en sucette car en v√©rit√© j'ai d√Ľ me tirer un peu en speed et les Yeux s'en sont m√™l√©s d'une fa√ßon un peu strange avec un encha√ģnement de questions tir√©es de hacks de Pour la Reine  dont Oriente, le hack Millevaux et de Vertiges Logiques. Sinon, je joue donc cette campagne avec Mantra mais aussi Omniscience et les Forges d'Encre. la suite se situera dans le Berlin de Cold City.

Cette nouvelle campagne Millevaux / Mantra 2 peut être vue comme la suite de la précédente campagne Millevaux / La Trilogie de la Crasse

Avertissement  :contenu sensible (voir détail après illustration)

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RANT 73 - Digital Art., cc-0, sur flickr

Contenu sensible : camps de la mort


L’histoire:


Salut,
    Il y a quelques semaines maintenant, j'ai lu Cheval du Diable, le dernier chapitre de La Trilogie de la Crasse (T√©tralogie d√©sormais), le jeu de r√īle de Christophe Si√©bert et Batronoban. Et plus je lisais, plus une voix dans ma t√™te (la mienne) disait ¬ę¬†Oh, putain¬†!... Oh, putain¬†!...¬†¬Ľ
    Je n'ai nulle intention de spoiler le contenu de ce texte mais je dois dire que les r√©v√©lations contenues dans Cheval du Diable ont fait plus que s'interroger le r√īliste solitaire que je suis. Je me suis pos√© pas mal de questions apr√®s avoir lu Cheval du Diable. Mais j'ai aussi eu vachement la trouille¬†! √áa, je dois bien le reconna√ģtre.
    Histoire de me changer les id√©es (ou de me voiler la face) je me suis lanc√© dans quelques parties en solo mais sans finalement jamais r√©ussir √† trop m'√©loigner des univers de la Crasse et de Millevaux. Il me fallait quelque chose de plus fort. Alors, j'ai ressorti Mantra. Pour des raisons finalement assez √©videntes, je m'√©tais jet√© dessus pour le lire au plus vite mais, plus ou moins consciemment, repoussais le moment de passer √† l'acte et cr√©er un personnage. Mais au bout d'un moment, je n'avais plus vraiment le choix.
    R√īliste solitaire, il m'est plus facile qu'√† d'autres de trouver la Magicienne. En plus, je la connaissais d√©j√† depuis l'affaire des CŇďlacanthes. Aussi, j'ai pu obtenir sans probl√®me mes premi√®res doses de Billes et de Noix, dont je sais aujourd'hui qu'elles sont en parties compos√©es de P√©trol'Magie. Gr√Ęce √† la Bille, j'ai eu une double illumination. Une bonne et une mauvaise nouvelle en quelque sorte.
    La bonne nouvelle, c'√©tait que j'allais de nouveau incarner le Kraken. Et pour √ßa, je n'ai m√™me pas eu besoin de me jeter dans le Puits des √āmes. La mauvaise, c'√©tait que j'avais d√©sormais le Bureau des Narcotiques aux fesses. Et oui, j'ai beau √™tre r√īliste solitaire, il y a quand m√™me des choses que m√™me la double casquette de MJ/PJ ne peut permettre d'√©viter. En ce moment, je n'ai pas de boulot donc ce n'est pas grave si je suis aux abonn√©s absents. Aussi, j'ai d√©cid√© de m'enfuir¬†!
    J'ai fil√© aussi vite que j'ai pu. J'ai juste pris avec moi mes d√©s, ma r√©serves de Billes, un r√™ve d'Anton Vandenberg et une photo d'Olav. J'ai ferm√© les yeux et, comme dans Fight Club, j'ai commenc√© √† explorer ma caverne int√©rieure jusqu'√† ce qu'un pingouin me dise ¬ę¬†Glisse¬†!¬†¬Ľ.

    Et j'ai √©merg√© dans cette esp√®ce de cave, au pied d'un escalier. En haut, une porte. La peinture s'√©caillait. √áa avait l'air d√©gueulasse. Tout avait l'air d√©gueulasse. C'√©tait humide et sale. J'ai d'abord cru m'√™tre retrouv√© √† Silent Hill. Mais non¬†! Heureusement¬†! J'ai fix√© cette porte un moment.  Plusieurs choses, j'avoue, me fichaient la trouille. D√©j√†, l'obscurit√© de cette cave. Non pas que j'ai peur du noir mais je n'avais alors aucune id√©e de ce qui pouvait se tapir dans les t√©n√®bres. Et c'est pas comme si, la seule chose dont j'√©tais s√Ľr, c'est que partout autour de moi √ßa grouillait de Horlas. Et puis j'avais les pieds dans la flotte, ce qui est tr√®s d√©sagr√©able. Et puis, il y avait ces runes sur la porte. Elles aussi ne m'inspiraient pas confiance, loin de l√†. Puis, enfin, la lumi√®re derri√®re la porte. C'√©tait une lumi√®re √©clatante. Un truc aveuglant. Un flash de fin du monde. Ou plut√īt un flash de cr√©ation du monde. Je n'avais aucune id√©e de ce qu'il pouvait y avoir derri√®re cette porte. Ma seule certitude concernait l'existence de Horlas. Voil√† o√Ļ j'en √©tais. Derri√®re moi, le Bureau des Narcotiques dont les agents √©taient s√Ľrement d√©j√† √† mes basques. Et devant, en haut des marches, un Nouveau Monde o√Ļ tout √©tait √† d√©couvrir, √† construire. Et pour √ßa, je n'avais en poche que mes d√©s, le R√™ve 18 d'Anton Vandenberg et les photos d'Olav. Mais heureusement, gr√Ęce √† Christophe BJ Breysse, je reste Connect√©.

XxXxX

    Je monte les marches. Plus j'approche de la porte couverte de runes, plus la lumi√®re est aveuglante. Derri√®re, il n'y a rien que le blanc. Tout est √† cr√©er. Et pour cela, je n'ai qu'un r√™ve d'Anton Vandenberg, le n¬į18.
    Je ferme les yeux. J'ouvre la porte. Je fais quelques pas. J'ouvre les yeux. Je suis dans le salon miteux d'une petite maison en bois. En fait, c'est plus que miteux, c'est carr√©ment √† l'abandon. √Ä travers la fen√™tre perce un rayon de la Lune A, celle qui pr√©c√®de la Lune B, qui √©claire un pistolet, un Beretta, qui tra√ģne sur la table basse. Je vais en avoir besoin. Dehors, j'entends hurler les Voix Mortes. Je savais qu'il y avait des Horlas ici.
    Je monte √† l'√©tage. Les escaliers grincent mais tiennent bon. J'entre dans une pi√®ce vide. Une porte fen√™tre s'ouvre sur un balcon. L√†, je vois la for√™t s'√©tendre √† perte de vue. De tous les mondes maudits o√Ļ je pouvais atterrir il fallait que ce soit celui-l√†¬†! Millevaux¬†!
    Au loin, je vois des immeubles abandonn√©s et envahis par la v√©g√©tation. On dit qu'une tribu de tar√©s y vit. On les appelle les Natifs de l'Abattage. Tout un programme. Je vois aussi les ruines d'un th√©√Ętre antique. Je sais. C'est l√† que se trouve le prochain r√™ve d'Anton Vandenberg.
    Pour l'instant, avec ce qui me reste du r√™ve n¬į18, je fais en sorte que trois ouvriers retapent un peu cette maison qui est d√©sormais la mienne. Par le balcon, je vois qu'Olav a peint des runes un peu partout. Elles me prot√®gent des Voix Mortes. Avec un nouveau r√™ve d'Anton, je pourrais am√©liorer tout √ßa.

    Le r√īliste solitaire est tout autant PJ que MJ. En cela, il est un peu Omniscient. Cela fait de moi, au moins de dans ce Nouveau Monde, ce nouveau Millevaux, un Connect√©. Ainsi, je sais comment l'av√®nement de la Ch√®vre Noire, la Mauvaise M√®re, a pr√©cipit√© la fin de l'humanit√©. Mais pour ce qui est de dire ce qui s'est vraiment pass√© √† l'√©poque, je crois bien qu'il n'en existe plus aucune trace. Je crois que les survivants ont fait de leur mieux pour √©crire leur histoire puis la transmettre oralement mais... l'Emprise, l‚Äô√Čgr√©gore et l'oubli. Bref, il ne reste plus rien aujourd'hui. Que des ruines. Des immeubles en ruine. Des ruines humaines √† la m√©moire rong√©e par la for√™t. Et les Horlas et autres CŇďlacanthes qui hantent les bois.
    Il y a encore des zones saines bien s√Ľr. O√Ļ¬†? Je ne sais pas encore mais il y en a. Tous les survivants n'ont pas fini comme les Natifs de l'Abattage. Certains ont rafistol√© comme ils ont pu les ruines dans lesquelles ils se sont install√©s et y vivent aussi paisiblement que possible.
    Les Horlas et les malades comme les Natifs ne sont pas les seules menaces auxquelles il faut faire face. L'ennemi est parfois plus insidieux quand il prend la forme de la corruption. Corruption de l'√Ęme mais aussi des corps. La corruption frappe tout le monde, humain, animal, v√©g√©tal, min√©ral. Tout ce qui est, sous l'influence de la Mauvaise M√®re, peut devenir un ennemi mortel. C'est peut-√™tre une des fa√ßons qu'a la nature de reprendre ses droits. Mais heureusement, il y a encore moyen de trouver de la nourriture saine et de l'eau potable. L'eau de pluie, quand elle n'est pas noire, peut √™tre r√©colt√©e. Pour peu qu'on la fasse bouillir, l'eau des lacs est potable aussi.
    Pour l'instant, la seule communaut√© que je connais est celle des Natifs de l'Abattage. Elle est √† quelques kilom√®tres d'ici, dans les immeubles abandonn√©s. L√†-bas, c'est la loi du plus fort et du plus fous. En ce moment, je crois que leur chef s'appelle Kainen. J'aimerais √™tre s√Ľr qu'ils sont comme √ßa √† cause de Millevaux. Mais je crois que non. √Ä ma connaissance, ils n'ont aucun lien avec les Horlas. Je crois m√™me qu'ils les craignent. C'est leur choix de vivre ainsi, c'est tout. Il va vraiment falloir que je me prot√®ge car s'ils se rendent compte que je suis l√†, je ne donne pas cher de ma peau.
    Et l√†, vient le moment o√Ļ Christophe Breysse m'interroge √† propos des Connect√©s. Comment ils sont per√ßus, s'ils sont l'objet de luttes d'influence etc.¬†? Sauf que, √† ma connaissance, je suis le seul Connect√© ici. Peut-√™tre que j'en rencontrerais d'autres. Mais pour l'instant, je suis le seul.
    Et la r√©sistance¬†? Contre qui¬†? Millevaux¬†? La Ch√®vre Noire¬†? Les Horlas¬†? Je ne pense pas qu'on puisse dire que les Natifs de l'Abattage constituent un mouvement de r√©sistance contre quoi que ce soit. Et comme pour les Connect√©s, s'il y a une r√©sistance, je n'en ai vu aucune trace. En fait, j'ai l'impression que si quelqu'un fait office de r√©sistance, c'est moi. Et l√†, on est vraiment mal barr√©.

    Mes trois ouvriers, mes trois techies que j'ai appel√©s Haze, Corso et Lewis-Maria ont, entre autres petits travaux, restaur√© l'√©lectricit√©. J'ai ainsi fait la d√©couverte, √† la cave, d'une Forge d'Encre. √áa tombe tr√®s bien. Gr√Ęce √† elle, je vais pouvoir en apprendre un peu plus sur ce th√©√Ętre antique o√Ļ se trouve le prochain r√™ve d'Anton Vandenberg.
    Une fois seul, je m'installe et r√©fl√©chis √† ce th√©√Ętre. Que sait-on √† son sujet¬†? Que sais-je √† son sujet¬†? Tout d'abord il s'agit d'une ruine datant de l'Antiquit√© gr√©co-romaine. Avant l'av√®nement de la Mauvaise M√®re, c'√©tait d√©j√† une ruine. Mais des arch√©ologues l'avaient extirp√©e de la terre. Ils avaient remis en √©tat tout ce qui pouvait l'√™tre et avaient reconstitu√© une partie de son histoire afin que le public se rappelle comment on vivait √† l'√©poque et √† quoi ce genre de lieu servait. √Ä l'√©poque, cette d√©couverte a stopp√© net la construction de nouvelles barres d'immeubles. En effet, c'est en creusant les fondations d'un futur HLM que ces vestiges furent d√©couverts. Aussi, pour des raisons historiques, culturelles, etc, le projet d'agrandissement de la ZUP locale fut abandonn√©. Au contraire m√™me, les √©diles de l'√©poque se f√©licitaient de la proximit√© de ces pr√©cieuses ruines avec les barres d√©j√† existantes. Ainsi, la culture et l'histoire se trouvaient √† quelques pas des populations les plus d√©favoris√©es. Avec le temps, la for√™t a d√©truit les b√Ętiments les plus proches du th√©√Ętre. C'est pour √ßa que le quartier g√©n√©ral des Natifs de l'Abattage semble plus √©loign√©.
    De mon balcon, le th√©√Ętre ne para√ģt pas si d√©cr√©pi que √ßa, compar√© aux immeubles. En fait, il semble faire corps avec la for√™t. C'est un peu comme s'il n'avait pas √©t√© envahi et rong√© par Millevaux mais plut√īt comme s'il en √©tait une partie. D'ailleurs, on raconte des choses sur cet endroit. On dit que ceux qui en reviennent sont porteurs d'une maladie mortelle et contagieuse. Avec le temps, ce lieu s'est entour√© d'une aura de myst√®re et de secret. Mais, en r√©alit√©, de secret il n'y en a point. C'est juste que cet endroit est le cŇďur du territoire d'un de ces Horlas qu'on appelle Manducateur. C'est lui le vecteur de la maladie. Les Manducateurs ne sont pas seulement des porteurs de maladies, ils se nourrissent aussi de cadavres. Et, quand ils n'en trouvent pas, ils tuent¬†! Une fois l√†-bas, je devrais √™tre tr√®s prudent. Surtout que je n'ai qu'un Beretta pour me d√©fendre.

    Maintenant que j'en sais un peu plus sur ce qui m'attend, je me concentre. Gr√Ęce √† Christophe BJ Breysse, m√™me ici je reste Connect√©. Aussi, je peux avoir une vision de ce qui m'attend. Je ne sais pas si me concentrer permet de la g√©n√©rer. Aussi bien, ces visions sont spontan√©es mais j'essaye quand m√™me.
    Est-ce un pur hasard¬†? Je vois¬†! Le th√©√Ętre bien s√Ľr. Je suis dans la fosse. √Čtrangement, √† l'int√©rieur, la v√©g√©tation est moins envahissante. Je vois le r√™ve d'Anton Vandenberg. Il est grav√© sur une plaque de pierre perch√© au sommet d'une colonne. Comment mettre la main dessus¬†? J'ai tout le trajet pour y r√©fl√©chir.

XxXxX

    Et me voil√† parti pour ce th√©√Ętre en ruine. Je pars seul. J'aurais pu emmener Haze, Corso et Lewis-Maria avec moi mais cette qu√™te de r√™ve est la mienne. √Ä moi, √† moi tout seul¬†! √áa m'apprendra √† ne jamais me rappeler de mes r√™ves. Je n'aurais pas besoin de piquer ceux des autres si je m'en rappelais.
    Dans l'√©tat actuel des choses, il n'est pas compliqu√© d'√©viter les immeubles des Natifs de l'Abattage. Par contre, je vais quand m√™me devoir me d√©patouiller des Voix Mortes qui entourent la cabane (j'ai du mal √† dire ¬ę¬†ma maison¬†¬Ľ). Plus je m'√©loigne de la cabane, plus je m'approche de la sph√®re d'influence de cet √©trange Horla que sont les Voix Mortes. La cabane se situe dans une petite clairi√®re et au moment de m'enfoncer r√©ellement dans la for√™t, je sens l'influence du Horla, quelque chose dans l'air, comme un filet, un r√©seau d‚Äô√Čgr√©gore. J'ai la sensation tr√®s nette que continuer ma route me serait plus que n√©faste. Pour autant, je n'ai pas vraiment le choix. Je regarde autour de moi. Je cherche un autre chemin, sans trop y croire. Et je vois cette esp√®ce se st√®le qui se dresse un peu plus loin sur ma droite. Je m'approche. Le caillou fait environ un m√®tre de haut. Il n'a rien de particulier si ce n'est cette s√©rie d'encoches taill√©es au sommet. √Ä cet endroit, la roche est particuli√®rement polie. Il ne faut pas √™tre un g√©nie pour comprendre que ces encoches sont une sorte d'interrupteur. Je vois bien qu'il faut que j'y pose la main, sauf que ce n'est pas vraiment configur√© pour une main humaine. √Ä la limite, je peux passer mes doigts dans chaque entaille, mais dans quel ordre¬†? Qu'est-ce qui va se passer si je le fais¬†? Qu'est-ce qui va se passer si je le fais mal¬†? Est-ce que ce truc va d√©sactiver le Horla ou au contraire m'attirer la col√®re des Voix Mortes¬†? Je passe un doigt dans chaque encoche, l'une apr√®s l'autre, de gauche √† droite. Maintenant, il arrivera ce qui doit arriver.
    Et merde¬†! C'est ce que je craignais. J'ai attir√© les Voix Mortes. Je les entends avant de les voir. En fait, je les sens dans ma t√™te. C'est un bourdonnement d√©sagr√©able, les pr√©mices d'une sacr√©e migraine. Le truc dont je n'ai pas besoin maintenant. √Čvidemment, aucun dealer de Relpax ou d'Ibuprof√®ne dans le coin¬†! Je ne bouge pas. Je reste pr√®s de la st√®le. Je penche la t√™te. J'essaye de voir les Voix Mortes mais je ne vois rien. Pourtant, je les sens. Elles approchent. Pourquoi je ne peux pas les voir¬†? Elles sont tout pr√®s. Je m'empare du Beretta, m√™me si je sens bien que √ßa ne sert pas √† grand chose. J'ai pris mes Billes avec moi. J'esp√©rais ne pas avoir √† m'en servir avant de tomber sur le Manducateur.
    Une voix dans ma t√™te. Plusieurs voix dans ma t√™te, qui se superposent. Des hommes et des femmes, des adultes et des enfants, dans plusieurs langues.

    ¬ę¬†Prends le masque du Toxique¬†!¬†¬Ľ

    De quoi √ßa parle¬†? Quel masque¬†? Involontairement, mon regard se porte sur la st√®le. Et il  y a un masque. Un m√©lange de masque √† gaz et de cagoule SM. Je prends le masque.

    ¬ę¬†Mets le masque du Toxique¬†!¬†¬Ľ

    Bizarrement, je ne sens aucune agressivit√© dans ces Voix. Normalement, les Voix Mortes devraient vouloir me tuer et me manger. Mais je ne le sens pas comme √ßa. Je mets le masque. Et je les vois. Les Voix. Les Voix Mortes. Des dizaines de silhouettes. Elles sont l√†, partout devant moi, si proches et immobiles. On dirait des statues de glaise. Elles sont orang√©es et d√©cr√©pites. Elles ne portent pas de v√™tement mais ne poss√®dent aucun organe g√©nital visible. On  ne peut pas faire la diff√©rence entre les hommes et les femmes. Ils n'ont pas de visage, juste deux trous pour les yeux et un pour la bouche. Pas de nez. Pas de dent. Pas de cheveux. Autour d'eux, l'air est trouble. Comme quand il fait tr√®s chaud. Je n'ose pas bouger. Je dis juste que, selon moi, elles √©taient sens√©es me sauter dessus pour me tuer et me manger. Les Voix rient.

    ¬ę¬†Non, nous ne souhaitons pas te tuer, ni te manger. Mais tu as raison. C'est dans la logique des choses. Nous devrions avoir envie de te tuer et te manger.¬†¬Ľ

    Je suis presque rassur√© et je leur demande si leur changement de comportement est li√© √† mon projet de me rendre au th√©√Ętre. √Čvidemment¬†! qu'elles me disent. Je les crois solidaires du Horla qui vit l√†-bas. Alors, je leur explique ne pas sp√©cialement vouloir tuer le Manducateur. Je veux juste le r√™ve d'Anton Vandenberg qui est au sommet d'une vieille colonne. Si le Manducateur me laisse le prendre et m'en aller, il ne se passera rien. Comme j'ai tendance √† parfois trop parler, je leur explique aussi qu'√† l'origine j'avais pour projet de ¬ę¬†discuter¬†¬Ľ avec le Horla afin de savoir s'il y avait un moyen de s'allier contre les Natifs de l'Abattage. Mais je me suis rappel√© que ce type de Horla ne communiquait pas. Ils ne font que tuer et r√©pandre la pestilence. D'ailleurs, je note que ce masque est le bienvenu. Et maintenant, je leur pose la question qui me br√Ľle les l√®vres depuis hier. Les Voix Mortes pensent-elles qu'il est possible d'¬ę¬†apprivoiser¬†¬Ľ le Manducateur si je lui fournis de la nourriture¬†? C'est un non cat√©gorique¬†! Il me tuera. √áa a le m√©rite d '√™tre clair.

    Je ne comprends pas pourquoi elles m'ont donn√© ce masque. Est-ce seulement parce que j'ai touch√© la st√®le avant de m'enfoncer dans la for√™t¬†? Je n'ose pas leur demander. En fait, je me borne juste √† les remercier pour le masque et leur mise en garde. Puis, le plus poliment possible, je leur explique devoir prendre cong√©. Un r√™ve m'attend. Les Voix Mortes ne bougent toujours pas. Elles me laisseront passer, elles disent, mais... Mais quoi, bordel¬†? Que veulent-elles¬†?
    Et elles m'expliquent. Elles ont un ennemi. Elles me laisseront passer si j'utilise une partie du r√™ve √† faire √©chouer ses plans. Je reste prudent et explique ne pas pouvoir promettre de r√©ussir du premier coup. Peut-√™tre qu'il me faudra plusieurs r√™ves pour √ßa. Et puis, j'ai besoin de savoir qui est cet ennemi. Il faudra m'en dire le plus possible. Partant de l√†, pourquoi pas, oui¬†! J'√©tais pr√™t √† m'allier au Manducateur, pourquoi ne pas m'allier aux Voix Mortes¬†? Qu'elles me laissent aller √† ma guise dans la for√™t et moi, avec les r√™ves que je trouverai, je combattrai leur ennemi.

    Les choses n'ont pas vraiment pris la tournure √† laquelle je m'attendais mais soit¬†! Alors, avant que je ne parte pour le th√©√Ętre, qui est cet ennemi¬†? On l'appelle Euphorie¬†! OK, est-ce un chef de guerre, un sorcier, un solitaire ou est-il √† la t√™te d'une arm√©e, d'une bande¬†? Euphorie est un guerrier solitaire. Un v√©ritable colosse. Je devine qu'il s'agit d'un redoutable chasseur de Horlas. Mais non¬†! Pas du tout¬†! En fait, Euphorie est un vieil ami. Je comprends pas. En quoi est-il un ennemi alors¬†? Parce que c'est un menteur¬†? Je ne comprends vraiment rien. Et les Voix Mortes m'expliquent que ce vieil ami s'est mis √† colporter des mensonges √† leur sujet. Aussi, il faut le faire taire. Bon, je sens bien qu'il va falloir faire avec √ßa dans l'imm√©diat. De plus, la journ√©e avance et je dois encore r√©cup√©rer le r√™ve d'Anton. Nous aurons de nouveau l'occasion de parler avec les Voix Mortes mais, avant de partir, je veux encore conna√ģtre un d√©tail sur Euphorie qui me permettra de le reconna√ģtre. Il a les yeux violets et de vilaines cicatrices.

    Le moment √©tait venu de prendre cong√©s. Les Voix Mortes s'√©cartaient sur mon passage. Je gardais le masque du Toxique sur la t√™te jusqu'√† ce que je sois s√Ľr qu'elles √©taient toutes loin derri√®re moi. Je le remettrai en arrivant au th√©√Ętre. Il me prot√©gera de la pestilence du Manducateur.

XxXxX

    Arriv√© au th√©√Ętre, j'enfile le Masque du Toxique. Je regarde autour de moi, au cas o√Ļ les Voix Mortes seraient l√†. Je ne vois personne mais je sens quand m√™me leurs pr√©sences, √† moins qu'il ne s'agisse du Manducateur. Je descends dans la fosse et commence √† errer au milieu des colonnes recouvertes de lierre et autres plantes grimpantes. En v√©rit√©, c'est beau. Le marbre de certaines colonnes est encore lisse malgr√© les si√®cles. Je l√®ve la t√™te. Je cherche celles de ces colonnes au sommet de laquelle se trouve le r√™ve d'Anton. Je finis par la trouver. Pas de bol, c'est haut. Un peu de bol, quand m√™me, on dirait que le Manducateur n'est pas d√©cid√© √† se montrer. Peut-√™tre qu'il n'a pas faim.
    J'ai pratiqu√© l'escalade en salle pendant quelques ann√©es. Sur le plan purement th√©orique, j'ai des restes. Maintenant, il faut voir si mes jambes et mes bras suivront. √áa fait presque deux ans que je n'ai pas touch√© une prise mais je continue √† faire de l'exercice tr√®s fr√©quemment. Sans battre des records, je reste quand m√™me assez endurant. J'esp√®re que √ßa suffira pour arriver en haut.
    J'ai encore de beaux restes en escalade, pour peu que les prises soient bonnes. Arriv√© au sommet, je m'empare de la tablette sur laquelle est grav√©e le r√™ve. √ätre un Connect√© me permet d'avoir sur moi de la corde et un petit sac √† dos. C'est un peu casse-gueule mais j'arrive √† ranger la tablette dans le sac et √† redescendre sans rien me casser.
    Une fois en bas, je regarde partout autour de moi. Aucune trace du Manducateur¬†! Limite, √ßa m'inqui√®te. √Ä moins qu'il ne soit parti chasser, je ne sais pas. Autant en profiter un peu pour explorer les lieux. Je n'aurais peut-√™tre pas l'occasion de le refaire. Errant d'abord au milieu des colonnes, je monte ensuite sur les gradins. Je regarde la sc√®ne. C'est vraiment bien fichu. Je me rappelle qu'on m'a aussi dit que ces th√©√Ętres antiques √©taient une merveille d'acoustique. Aussi, je pr√™te l'oreille. Le silence... absolu¬†! √áa, par contre, c'est vraiment bizarre. √Ä moins que la pestilence du Manducateur ait fait fuir tous les animaux du coin¬†? En vrai, c'est tr√®s possible. Je renonce √† l'id√©e de chercher la tani√®re du Horla. Ce serait vraiment un risque inutile. Par contre, je m'emplis une derni√®re fois les yeux de ce magnifique d√©cor. Et je vois quelque chose qui brille en bas. Je redescends pour voir. C'est un diamant. Pas un truc √©norme mais quand m√™me, d'o√Ļ je viens √ßa vaut une fortune. Je l'embarque et quitte les lieux. Rester plus longtemps, c'est s'exposer au retour du Manducateur.
    Plus je m'√©loigne du th√©√Ętre, plus je marche vite. Au bout d'un moment, je me rends compte que je me suis mis √† courir. J'ai gard√© le Masque du Toxique et j'ai bien fait. Il est l√†, soudain, dress√© devant moi, le Manducateur¬†! L√†, √ßa craint¬†! Ce truc ressemble √† un cadavre momifi√© envelopp√© dans un suaire d√©gueulasse. Le Masque du Toxique me permet en plus de voir l'aura de pestilence qui l'entoure. Plant√©e devant, elle avance la t√™te dans ma direction et ouvre grand sa bouche dans un feulement silencieux. Ce truc est dot√© d'une force prodigieuse et est quasiment indestructible. Et moi, je n'ai qu'un pauvre petit flingue. Il me faudrait un lance-flamme plut√īt. Merde¬†! Je suis le Kraken, je peux le faire¬†! J'ai gob√© de la Bille¬†! Du P√©trol'Magie coule dans mes veines alors... je peux le faire¬†! La drogue me permet de d√©passer mes capacit√©s de Connect√©. Aussi, le flingue devient la lance reli√© au r√©servoir d'essence qu'est devenu mon sac-√†-dos. Et je dis¬†:

    ¬ę¬†Je suis le Kraken¬†!
    Ici et maintenant, pour te renvoyer dans les t√©n√®bres que tu n'aurais jamais d√Ľ quitter, je te crames la gueule¬†!
    Je suis le Kraken¬†!¬†¬Ľ

    Et j‚Äôenvoie la sauce¬†! Et je pries pour que les Yeux de la For√™ts me soient favorables. Alors, les Yeux, que dois-je faire de plus pour en finir avec ce truc¬†?
    Et malgr√© le Masque, j'entends ¬ę¬†‚Ķ r√©tablir le Colosse...¬†¬Ľ Je comprends pas mais j'accepte. C'est promis, les Yeux, je r√©tablirai le Colosse¬†!
    Le vent se met alors √† souffler. Le Manducateur s'enfuit en hurlant. Cette fois, je l'entends. Mais un retour de flamme me fait l√Ęcher mon arme. √áa chauffe dur. √áa me br√Ľle les mains. Heureusement, le Masque me prot√®ge le visage.

    C'est pas la m√©ga forme mais je finis par rejoindre la cabane, ma maison. Mes trois techos s'occupent de moi. Ils me passent de la cr√®me sur les mains. Je vais avoir mal pendant un petit moment mais √ßa va finir par passer. Au moins, m√™me si c'est douloureux, je peux me servir de mes mains. Je descends √† la cave et d√©pose la tablette sur la plateau de la Forge d'Encre. Je commence la lecture du R√™ve n¬į14.

XxXxX

    Je commence √† d√©cortiquer le R√™ve n¬į14. J'ai besoin d'une source d'information. L'air de rien, mes ennemis commencent √† √™tre nombreux¬†: le Bureau des Narcotiques, le Manducateur, les Natifs de l'Abattage... et je ne sais pas trop ce que je dois penser des Voix Mortes et d'Euphorie.
    Dans le r√™ve, il y a un micro et tout un mat√©riel de sono. Avec √ßa, et mes souvenirs de la t√™te de Kid, je me bricole une radio. Le Bureau des Narcotiques travaille sous l'autorit√© directe du Pr√©sident. Pas celui de la soi-disant R√©publique, non¬†! Ses agents travaillent pour le vrai Pr√©sident, celui de mon signe astral, le Lion¬†! Li√©s que nous sommes par l'astrologie, je me mets au diapason de sa fr√©quence et √©coute. Alors¬†? Savent-ils o√Ļ je suis¬†? Non, mais... ils se rapprochent. Je vais devoir √™tre vigilant.
    Je change de fr√©quence et tente de capter les Natifs de l'Abattage. Hey¬†! Je ne m'y attendais pas mais ces barbares √©mettent. C'est plein de parasites mais je comprends quelques mots. Ils parlent d'√©trangers et d'en finir. Parlent-ils de moi¬†? Je ne suis pas s√Ľr qu'ils soient au courant de ma pr√©sence ici mais on ne sait jamais.
    Je change encore de fr√©quence. L√†, je capte une conversation. De qui s'agit-il¬†? De quoi parlent-ils¬†?

    ¬ę¬†...il l'a tu√© et il a des remords¬†!, dit une femme √† la voix plut√īt jeune.
    C'est pour rompre la mal√©diction, r√©pond un jeune homme.
    C'est un rebelle...
    ‚Ķ qui a la bougeotte¬†!
    Le Colosse, Euphorie¬†?
    Oui, et¬†?
    Il en a dans les boyaux¬†! Il sait se d√©fendre¬†!
    Il a de bons outils. Tu as vu ces plaques rouges qu'il a sur tout le corps¬†?¬†¬Ľ

    Ils parlent d'Euphorie. Ce Colosse aurait tu√©¬†? Pour rompre une mal√©diction¬†? On dirait qu'il s'en veut. Ces deux-l√† le per√ßoivent comme un rebelle, quelqu'un qu'il ne faut pas chercher. Mais, √† les entendre, j'ai du mal √† croire que ce soit vraiment un homme mauvais. J'ai quand m√™me de plus en plus l'impression que les Voix Mortes ont essay√© de m'entourlouper sur ce coup-l√†.

    Mais bon, c'est pas tout √ßa mais... j'ai un r√™ve qui m'attend sur ma Forge d'Encre. J'ai du boulot¬†! √Ä l'origine, je comptais utiliser les r√™ves d'Anton pour am√©liorer un peu le confort de ma cabane. Mais l√†, le r√™ve n¬į14 rend d'autres projets possibles. Enfin, surtout un. Aussi, je commence par demander √† Haze, Corso et Lewis-Maria de remplir tous ces sacs de terre et de les empiler afin de faire de cette petite clairi√®re un camp aussi fortifi√© qu'une banque suisse. √Ä l'int√©rieur, j'installe plusieurs gibets et guillotines. Je m'inspire d'ailleurs de ces instruments pour prot√©ger mon territoire de quelques pi√®ges bien cach√©s. Je veux √©videmment me prot√©ger des Voix Mortes comme des Natifs de l'Abattage qui pourraient venir fouiner par ici. Et je ne veux absolument pas qu'on fouine car... j'ai un plan¬†!
    J'ai lu Cheval du Diable¬†! Et je sais quel r√īle y jouent les camps de la mort. J'ai d'ailleurs une toute nouvelle th√©orie expliquant pourquoi les nazis les ont construit. Je ne rentrerai pas dans les d√©tails car¬†:
1-je ne veux pas spoiler.
2-je ne veux pas d'emmerdes¬†! Je ne me sens pas l'√Ęme d'un Dieudonn√©... qui est pourtant parfois, voire souvent, tr√®s dr√īle quand m√™me. Bref...
3-notez bien que ma volonté de ne pas spoiler (et donc vous inciter à lire Cheval du Diable en particulier et tout Christophe Siébert en général) l'emporte largement sur mon désir de ne pas finir devant un juge.
    Bref, gr√Ęce √† ma Forge d'Encre et au r√™ve n¬į14, ma cabane se retrouve au centre d'un camp retranch√© qui n'attend plus que d'√™tre peupl√©. Et l√†, comme objet et fruit de mes futures exp√©riences, j'invoque une foule d'√©clop√©s, d'√©borgn√©s et d'√©dent√©s gr√Ęce au Rituel de la Charogne que j'accomplis en plongeant le Kriss de Vill dans le cŇďur d'un serval.
    Et me voil√† maintenant √† la t√™te de mon petit camp. Haze, Corso et Lewis-Maria sont mes kapos. J'ai de hauts murs en sacs remplis de terre. Il y a des gibets, des guillotines et des pi√®ges √† l'int√©rieur comme √† l'ext√©rieur. Je n'oublies pas que je dois aussi m'occuper du Colosse Euphorie mais j'ai le sentiment que les choses vont bient√īt commencer.
    Pour f√™ter √ßa, je fais le plein de Billes puisque Anton a eu le bon go√Ľt de remplir son r√™ve n¬į14 de drogue¬†!

    √áa va √™tre la f√™te¬†! √áa je vous le dis¬†! La f√™te √† la charogne¬†! On va s'√©clater un peu plus qu'√† la kermesse d'un parti politique¬†!

XxXxX

    Je ne sais pas si c'est √† cause de la drogue contenue dans le r√™ve d'Anton mais... j'ai eu deux visions cette fois.
    Dans la premi√®re, je suis dans la for√™t. Je cours¬†! Derri√®re moi, les agents du Bureau des Narcotiques. Ils m'ont retrouv√©. Je dois les semer. Je dois sauver ma peau et surtout, surtout, faire en sorte qu'ils ne trouvent pas ma cabane.
    Dans la seconde, je crois que c'est pire. Je suis chez les Natifs de l'Abattage. Comment me suis-je retrouv√© sur leur territoire¬†? Ils forment un cercle autour de moi. Non, autour de nous¬†! Il est l√†, le Colosse Euphorie. On ne m'a pas menti. Il est √©norme. Je lis des sentiments contradictoires dans ses yeux violets. Son corps est parcouru de cicatrices et, par endroits, recouverts de plaques rouges dont je ne sais si c'est de l'√©corce ou de la pierre. Je me rappelle qu'il n'est pas seulement un guerrier puissant. Il est aussi connu pour √™tre un sorcier. Est-ce que ces plaques sont le r√©sultat de sa magie qu'il aurait utilis√© sur lui-m√™me¬†? C'est possible. Mais pour l'instant, il va falloir que je me sorte de l√† car, au milieu des Natifs, on dirait bien que je vais devoir affronter le Colosse. On dirait qu'il va se battre √† mains nues. Moi, j'ai mon Beretta mais je ne suis pas s√Ľr que cela lui fasse grand chose...

XxXxX

    La drogue, c'est pas bien. Certes, j'ai eu deux visions mais ce sont vraiment des visions de merde. Dans chacune, je suis dans la merde jusqu'au cou et je n'ai aucun indice pour ce qui est de trouver le prochain r√™ve d'Anton.
    De mon balcon, je regarde Haze, Corso et Lewis-Maria maltraiter les √©clop√©s que j'ai invoqu√©s. J'esp√®re que ce camp deviendra vite un vrai camp de la mort. Je veux savoir si ce que Si√©bert a √©crit est vrai. Mais pour √ßa, pour aller plus loin, il me faut un r√™ve.
    Je l√®ve la t√™te et regarde la for√™t. Gr√Ęce au Masque du Toxique, je vois les Voix Mortes. Je vois les Voix, c'est dr√īle √ßa¬†! Bref, elles sont toujours l√†. Elles attendent que je r√®gle leur probl√®me avec Euphorie. Je vois les Voix et j'entends les Yeux. Les Yeux de la for√™t qui ont, eux, d'autres projets pour le Colosse. D'habitude, je suis plut√īt un observateur discret. Mais l√†, il va falloir que je me lance. Je regarde mes mains et constate que j'ai compl√®tement oubli√© de m'en occuper. Les br√Ľlures sont vilaines mais moins douloureuses.
    Et l√†, j'ai une id√©e. Une putain d'id√©e de g√©nie¬†! Je ne suis pas un g√©nie, √©videmment mais... je suis pas non plus un parfait abruti. J'ai le minium syndical de culture et je sais ce qu'est un haruspice. Et je poss√®de un Kriss. Et, du haut de mon balcon, j'ordonne qu'on m'am√®ne un √©clop√©, un √©dent√©, n'importe lequel¬†! Dans ces entrailles, je trouverai un indice. Alors, je saurai o√Ļ chercher le r√™ve d'Anton.
    Je fais monter un autel entre une guillotine et un gibet. Je le fais construire entre autres par celui-l√† m√™me qui va y passer. √áa ne m'amuse pas sp√©cialement mais je dois √™tre cruel si je veux que mon camp de la mort attire ceux que j'esp√®re attirer. C'est √† ce prix seul que je percerai les secrets de Cheval du Diable et que je saurai si, finalement, je suis bien r√©el ou si je ne suis qu'un personnage de fiction, moi aussi.
    Il faut un minimum de mise en sc√®ne et de d√©corum pour impressionner mes prisonniers. Mais je ne veux pas trop en faire non plus. Je veux que √ßa reste ¬ę¬†froid¬†¬Ľ et ¬ę¬†m√©canique¬†¬Ľ, utilitaire. Je fais √ßa car c'est utile et eux, dans tout √ßa, ne sont plus humains. Ils ne sont plus sujets. Je veux qu'ils sentent qu'ils ne sont que de la mati√®re. Pas m√™me des objets. Ils sont ce qui sert √† fabriquer les objets. Ils sont encore en dessous. C'est ma petite touche de cruaut√© mentale. J'esp√®re que ce sera suffisant.
    Allez, √† peine un ou deux I√§ I√§ Shub-Niggurath pour le folklore et j'√©ventre l'√©clop√©. J'en fous partout et √©tale ses tripes en esp√©rant vraiment y voir quelque chose. Et je vois¬†! L√† o√Ļ le temps s'√©coule diff√©remment. L√† o√Ļ le bois rejoint l'acier. Putain mais qu'est-ce que √ßa veut dire¬†? Je farfouille encore. Je vois de l'or. Je vois des cavernes. Des mines¬†! Ce sont des mines. Sous terre, dans le noir, on ne per√ßoit pas le temps de la m√™me fa√ßon qu'en plein jour. Et dans ces mines, il y a du fer. Sous les bois, il y a de l'acier. Et entre cet acier serpentent les racines des arbres. Le bois rejoint le fer. Le r√™ve d'Anton serait donc dans des mines de fer ou d'acier. Mais o√Ļ trouver ces mines dans le coin¬†?

    J'ordonne √† d'autres prisonniers de disposer du cadavre. Dans mon infinie bont√©, je les autorise √† le manger. √áa les changera de l'inf√Ęme brouet qu'on leur distribue et l'apport en prot√©ines leur redonnera un peu de force. Moi, je rentre dans la cabane et m'enferme au sous-sol, face √† ma Forge d'Encre. O√Ļ sont ces mines¬†? Merde¬†! Je n'ai plus assez du dernier r√™ve pour les cr√©er. Mais, d'un autre c√īt√©, ce r√™ve m'a permis de faire le plein de Billes. Et avec une Bille, je peux cr√©er une carte.
    De retour dans le salon, je convoque mes trois kapos et leur explique que je vais devoir m'absenter. Je leur fais un topo de la situation. Je leur montre les mines et leur explique le contenu de mes visions. Pas de panique, je suis le Kraken¬†! Je m'en sortirai¬†! En v√©rit√©, je suis moins s√Ľr de moi que je ne le montre mais bon...
    Et les emmerdes arrivent plus t√īt que pr√©vu. Dehors, ce sont des cris et des hurlements. J'en vois mes kapos voir ce qu'il se passe et monte jusqu'au balcon. Merde¬†! On est attaqu√©¬†! Je reconnais ces costumes, le Bureau des Narcotiques. Heureusement, ils ne sont que trois. Je dois r√©fl√©chir vite, tr√®s vite. C'est moi qu'ils veulent. Et moi, je ne veux surtout pas qu'ils parlent de mon petit camp √† leurs sup√©rieurs. Alors, j'attire leur attention en gueulant un bon coup et quitte le camp en courant √† en perdre haleine. Heureusement que je cours sur de l'herbe et de la terre. Les vibrations qui remontent jusqu'√† mon √©paule sont moins douloureuses. Les kapos savent ce qu'ils ont √† faire. De toutes fa√ßons, je suis le Kraken et nous sommes Connect√©s. Pour l'heure, je veux juste entra√ģner ces trois andouilles loin du camp et les abattre avant qu'elles n'en communiquent les coordonn√©es √† leurs chefs. √áa peut marcher¬†!

XxXxX

    Et voil√†¬†! Comme dans ma vision, je suis dans la for√™t et je cours. Et derri√®re moi, les agents du Bureau des Narcotiques. Il ne s'agit pas seulement de les √©loigner de mon petit camp de la mort. Je dois surtout m'assurer qu'ils n'ont transmis aucune information me concernant au Bureau. Aussi, maintenir la pression pour qu'ils n'aient pas le temps de le faire. Les tuer. En gardant un vivant pour le faire parler. Je cours et tire quelques coups de feu pour maintenir la pression. Je ne suis pas un tr√®s bon tireur. En plus, le poids de l'arme me fait mal √† l'√©paule. Que j'en touche un serait vraiment un coup de bol. Coup de bol que je n'ai pas bien s√Ľr. Mais √ßa suffit √† leur mettre la pression. Maintenant, je dois trouver un lieu favorable √† une embuscade. Je peux les conduire jusqu'√† l'antre du Manducateur. C'est loin mais je suis endurant et je peux tenir. Je ne m'inqui√®te pas pour mes poursuivants, ils sont entra√ģn√©s.

    Le th√©√Ętre en ruine¬†! Est-ce que le Horla est chez lui¬†? Oui, et il a l'air particuli√®rement agressif. Tant mieux¬†! Je lui tire dessus. Pas pour le blesser car je sais qu'il est quasiment indestructible, mais pour l'√©nerver encore un peu plus. Les agents du Bureau sont juste derri√®re moi. Et moi, j'utilise ce don du Kraken pour passer en mode ¬ę¬†camouflage¬†¬Ľ et me fondre dans le d√©cor. Je peux le faire car...

    ¬ę¬†Je suis le Kraken¬†!
    Ici et maintenant, pour dispara√ģtre de la vue de mes ennemis, j'accepte de r√©pondre sans r√©serve aux questions des Yeux.
    Je suis le Kraken¬†!¬†¬Ľ

    Et l'obscurit√© se r√©pand, comme un nuage d'encre noire, dans tout le th√©√Ętre. J'entends le Manducateur hurler. J'entends les agents du Bureau aussi. Ils ne tirent pas mais crient. Ils tentent de comprendre ce qui est en train de se passer. Ils tentent de se localiser les uns les autres. Et moi, je r√©ponds √† la question des Yeux. Les Yeux de la for√™t me demandent¬†:

    ¬ę¬†Gardes-tu un bon souvenir de votre relation intime avec Oriente ?¬†¬Ľ

    Quoi¬†?! Mais de quoi ils parlent¬†? Il me faut un petit moment pour comprendre. Les Yeux font r√©f√©rence √† Trancher les parties pourries, la partie d'Oriente que je joue avec Thomas Munier. Sauf que, ni moi ni mon personnage n'avons eu de relation intime avec Oriente. Ou alors, qu'entend-on par intime au juste ? En fait, mon personnage est convaincu qu'Oriente est affili√© aux Horlas et √† Shub-Niggurath. Il craint fort que ce dernier ne nous guide tous √† la mort, un peu comme le joueur de fl√Ľte. Mon personnage et moi croyons que nous sommes, pour Oriente, les √©l√©ments √† sacrifier dans le cadre d'un rituel d√©di√© √† la Mauvaise M√®re mais, comme nous ne pouvons rien prouver, une curiosit√© malsaine nous force √† le le suivre. Mais peut-on vraiment parler d'intimit√©¬†? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Ou alors, les Yeux feraient allusion √† une intimit√© √† venir¬†? Quelque chose qui va avoir lieu mais dont je ne suis pas encore au courant¬†? Oh, les Yeux¬†! Je ne suis pas s√Ľr d'avoir r√©pondu √† votre question mais c'est ma r√©ponse. Mais j'y pense, je devrais m'enfuir, non¬†? Il est plus que probable que le Manducateur ne va faire qu'une bouch√©e des trois agents du Bureau des Narcotiques. Il est dans ce cas plus que probable que je n'ai personne √† interroger. Alors, pourquoi je reste¬†? Pour voir l'√©tat des corps¬†? Par curiosit√©¬†? Comme mon personnage d'Oriente¬†? L'intimit√©, la proximit√©... Mon personnage est quasiment certain que sa curiosit√© va le mener √† la mort. Et la mienne¬†? Je crois que j'ai saisi le message, je m'en vais. Je saurai bien assez t√īt si les agents ont surv√©cu et s'ils ont pr√©venu leurs chefs.
    Je m'√©loigne du th√©√Ętre. Je ne sais toujours pas o√Ļ se trouve cette mine, l√† o√Ļ je devrais trouver le prochain r√™ve d'Anton. Mais je sais qu'√† un moment ou un autre je vais me retrouver chez les Natifs, face √† Euphorie. Alors, et si je me jetais dans la gueule du loup¬†? Histoire de pouvoir dire ¬ę¬†√ßa, c'est fait¬†!¬†¬Ľ Et puis, il n'est pas exclu que le Colosse ou un de ces barbares puissent me dire, justement, o√Ļ est cette mine.

    J'arrive sur le territoire des Natifs de l'Abattage. Une demi-douzaine d'immeubles en ruine envahis par la for√™t. Il n'y a plus une seule vitre aux fen√™tres. Des pans entier de b√©ton se sont √©croul√©s. Par endroit, les caves sont √† ciel ouvert. Comme des mines¬†? Des mines √† ciel ouvert¬†? Non, non¬†! √áa ne peut pas √™tre l√†. Dans les entrailles de l'√©clop√©, j'ai vu une vraie mine.
    Je m'approche et suis surpris par le silence qui r√®gne l√†. Je ne sais pas pourquoi mais je m'attendais √† tomber sur une bande de brutasses et une orgie permanente. Je crois que je m'attendais √† une sorte de teuf tek, des ¬ę¬†boum-boums¬†¬Ľ etc. Mais rien de tout √ßa. Je suis d'autant plus sur mes gardes. √áa sent le pi√®ge.
    Soudain, une lance se fiche dans le sol, juste devant moi. Les emmerdes, c'est maintenant que √ßa commence. Je m'empare de l'arme et essaye de localiser celui ou celle qui l'a lanc√©e. Un peu plus loin, sur ma gauche. Une jeune femme. Une jeune fille plut√īt, elle doit avoir dans les 14 ou 15 ans √† peine. Elle me regarde avec beaucoup d'attention mais son calme n'est qu'apparent. Il y a de la col√®re dans ses yeux. Ses yeux. Les Yeux. Je pourrais accepter de r√©pondre √† une autre de leurs questions pour me tirer de se mauvais pas mais... au contraire¬†! J'attends pr√©cis√©ment de cette fille qu'elle me conduise l√† o√Ļ je dois rencontrer le Colosse Euphorie √† qui j'ai tant de chose √† dire. Histoire de faire bonne impression, je retire le Masque du Toxique et je lui explique venir en paix.

    ¬ę¬†Je ne cherche pas les emmerdes¬†! J'en ai assez comme √ßa. Je veux parler √† Euphorie. Je sais qu'il est ici. Peux-tu me mener √† lui¬†?
    Non, Euphorie n'est pas chez nous. Mais tu es bien renseign√©. Il doit effectivement arriver sous peu.¬†¬Ľ

    Elle ne pose pas la question mais je sens qu'elle a envie de savoir qui je suis. Alors, je dis la v√©rit√©, tout simplement, ou je me la raconte √† mort en inventant un personnage de dingue¬†?

    ¬ę¬†Je m'appelle Damien. Mais on m'appelle aussi, √ßa d√©pend, Demian ou le Joueur. Je suis aussi le Kraken. Et toi¬†?¬†¬Ľ

    A voir son air suspicieux, je ne suis pas s√Ľr d'avoir marqu√© des points.

    ¬ę¬†Je m'appelle Barrette...
    ‚Ķ parce que tu portes une barrette¬†?¬†¬Ľ

    Elle porte effectivement une grosse barrette en bois. Je ne saurais dire si c'est joli ou non. Disons que c'est... sp√©cial. En tout cas, on la reconna√ģt de loin.
    Je fais un pas dans sa direction. Je tiens sa lance pointe baiss√©e. Gr√Ęce √† ma vision, je sais que les choses vont mal tourner mais autant retarder ce moment.

    ¬ę¬†Je ne suis pas si bien renseign√© que √ßa. Je croyais que le Colosse √©tait d√©j√† l√†. √áa t'emb√™te si je l'attends¬†?¬†¬Ľ

    Et je continue d'avancer dans sa direction. J'esp√®re qu'elle est seule m√™me si je suis convaincu que plusieurs paires d'yeux nous √©pient. Je respire lentement. Je veux para√ģtre le plus s√Ľr de moi possible. Allez, je suis le Kraken et rien ne peut m'arriver.

XxXxX

    √Ä tout moment, je m'attends √† ce qu'une bande de barbares me tombent dessus. √Ä chaque pas, je sens la pression sur mes √©paules devenir de plus en plus lourde. Mais il ne se passe rien. J'arrive face √† Barrette. Elle me fixe du regard, mena√ßante. Je crois qu'elle a oubli√© que c'est moi qui ai sa lance. D'ailleurs, en signe de bonne volont√©, je la lui rends. Alors, va-t-elle me conduire jusque chez eux pour y attendre le Colosse¬†? Non¬†! Comment √ßa, non¬†? Elle m'explique que je suis assez grand pour y arriver tout seul. Elle m'indique le chemin. Je n'ai pas le GPS int√©gr√© mais je devrais m'en sortir.

    En v√©rit√©, m√™me si le chemin n'est pas une ligne droite, trouver le repaire des Natifs de l'Abattage n'est pas tr√®s difficile. En effet, les hautes ruines sont toujours dans mon champ de vision et me permettent de me rep√©rer. J'arrive donc dans ce qui reste d'un hall. Une grande partie du mur est effondr√©. Aussi, l'endroit est plut√īt bien √©clair√©. √Ä l'int√©rieur, le plafond menant au 1er √©tage est crev√© et la v√©g√©tation s'y est infiltr√©e. Certaines des branches et racines sont si √©paisses qu'on doit pouvoir les escalader. Mais je m'amuserai √† √ßa plus tard. En fait, il y a du monde et comme je n'ai rien fait pour que mon arriv√©e soit discr√®te...

    Tous les regards se tournent √©videmment vers moi. √Ä ma grande surprise, il n'y a pas tant d'hostilit√© que √ßa. Ce n'est pas le grand amour, faut pas exag√©rer, mais ils ne tirent pas √† vue. Aussi, je me pr√©sente, Demian, le Kraken¬†! Je viens ici pour rencontrer le Colosse. Je sais qu'il est attendu pour bient√īt, Barrette me l'a dit.

    ¬ę¬†L'invasion avance un minimum √† l'Ouest¬†! me dit un gars avec une longue barbe.
    C'est possible, je r√©ponds. En r√©alit√©, je n'ai aucune id√©e de quoi il parle.
    Ceux qui sont contre nous veulent atteindre le minerai.¬†¬Ľ

    Et l√†, je tilte¬†! La mine¬†!

    ¬ę¬†Je sais¬†! Je dis alors qu'en vrai je n'en sais rien du tout. Je sais¬†! Vos ennemis en veulent au minerai. Ils veulent acc√©der √† la mine. Moi aussi, mais pas pour les m√™mes raisons. C'est pour √ßa que je dois voir Euphorie. Le Colosse, vous lui avez demand√© de venir pour vous aider contre vos ennemis. Moi, ce sont les Yeux de la for√™t qui m'envoient. Je dois rencontrer le Colosse ici. Je dois aller √† la mine. Une fois fait, je m'en irai et je n'aurai pris aucun minerai. C'est promis. Mais si vous √™tes menac√©, je peux vous aider. Je suis Demian. Je suis le Kraken. Je peux le faire¬†!¬†¬Ľ

    Les Natifs ont l'air dubitatif, m√™me si je suis s√Ľr qu'ils seraient incapable d'√©crire ce mot sans faire une faute. Mais, l'air de rien, je sens que √ßa cogite. J'encha√ģne.

    ¬ę¬†Je ne sais pas ce que vous demande le Colosse en √©change de son aide. Moi, je ne vous demande qu'un acc√®s √† la mine. C'est tout. Les Yeux m'ont dit d'y aller. Alors, j'y vais. Puis je m'en vais.¬†¬Ľ

    Je ne sais pas trop ce qui se passe. C'est moiti√© conscient, moiti√© seulement... Je gobe une Bille et sens le contenu voyager dans mon corps. Je sens le liquide traverser ma gorge, traverser la paroi de mes intestins pour se m√™ler √† mon sang. Je sens une partie remonter jusqu'√† mon cerveau. Et l√†, je ne saurais dire si c'est de la prescience ou si j'ai provoqu√© cet √©v√©nement mais...
    Le barbu veut savoir qui est le plus √† m√™me de les aider entre le Colosse et moi. Il veut que nous nous battions. Ils engageront le plus fort. C'est compl√®tement d√©bile car, objectivement je ne leur demande vraiment rien. Ils pourraient avoir deux protecteurs pour le prix d'un. Mais ce doit √™tre √† cause du m√©lange de Bille et de ma vision de Connect√© ou un truc comme √ßa. Je n'aurais peut-√™tre pas du prendre cette Bille. Mais bon, c'est comme √ßa. Maintenant, je n'ai plus qu'√† attendre l'arriv√©e du Colosse.

    Que fout Euphorie¬†? √áa fait plusieurs jours que je suis l√†. On l'attend, comme des cons¬†! J'ai soign√© mes mains et je n'ai presque plus de Billes. Ce n'est pas qu'on me retient prisonnier mais j'ai bien compris que je ne gagnerai rien √† proposer de rentrer chez moi pour revenir plus tard. Alors, j'attends... comme un con¬†! Et le lendemain, enfin, le Colosse d√©barque. Avec ses yeux violets et ses plaques rouges. Il a pour seul arme un carreau d'arbal√®te. Pas l'arbal√®te, juste le carreau. √áa doit lui suffire et c'est pas rassurant.
    Le barbu l'accueille. Ils discutent. Je suis trop loin pour entendre ce qui se dit et, en vrai, je m'en fous car je sais d√©j√† comment √ßa va se finir. √áa ne tra√ģne pas. Les Natifs forment un cercle autour d'Euphorie et moi. Le barbu explique la r√®gle du jeu, l'enjeu. Le Colosse se saisit de son carreau et le projette dans ma direction. Il vise volontairement largement au-dessus de moi. Je me retourne et voit le carreau plant√© dans le b√©ton. √áa promet¬†! Je me rem√©more ma vision. Euphorie est √©norme. Je lis des sentiments contradictoires dans ses yeux violets. Son corps est parcouru de cicatrices et, par endroits, recouverts de plaques rouges dont je ne sais si c'est de l'√©corce ou de la pierre. Je me rappelle qu'il n'est pas seulement un guerrier puissant. Il est aussi connu pour √™tre un sorcier. Est-ce que ces plaques sont le r√©sultat de sa magie qu'il aurait utilis√© sur lui-m√™me¬†? Il va se battre √† mains nues. Moi, j'ai mon Beretta mais je ne suis pas s√Ľr que cela lui fasse grand chose.
    En v√©rit√©, je n'ai aucune intention ni m√™me aucun int√©r√™t √† me battre avec lui. Alors, je m'assois en tailleur au milieu du cercle et je dis¬†:

    ¬ę¬†Salut, Euphorie¬†! Je suis Demian, le Kraken. Je ne viens pas pour me battre contre toi. Je ne viens pas pour prendre ta place ou ton job. J'ai propos√© mon aide aux Natifs, mais pas dans l'id√©e de te remplacer. Je pensais qu'on pourrait travailler ensemble. En fait, j'ai quelque chose √† faire dans la mine. Ce n'est pas long. Mais je voulais aussi te parler. J'ai un souci car les Yeux de la for√™t et les Voix Mortes m'ont parl√© de toi. Les Yeux m'ont demand√© de t'aider mais les Voix Mortes m'ont demand√© l'inverse. Spontan√©ment, j'aurais plut√īt tendance √† √©couter les Yeux. Mais les Voix Mortes ont dit que tu √©tais un ancien ami, mais que tu avais dit des mensonges sur elles. Et les Yeux, au contraire, ont dit que tu avais besoin de mon aide pour te r√©tablir. Es-tu malade¬†?¬†¬Ľ

    Le Colosse est vraiment plein de contradiction. Je vois bien dans son regard qu'il est irrit√© par mes propos. Pour autant, je sens qu'il prend sur lui pour rester conciliant. En v√©rit√©, il n'est pas du tout une brute sans cervelle ne pensant qu'√† se battre. Il a un cerveau et il s'en sert. Mais pour autant, il demeure silencieux. Je crois savoir √† quoi il joue. Il veut certainement laisser s'instaurer un silence g√™nant. Le premier √† le rompre sera en quelque sorte le perdant car parler reviendra d'une fa√ßon ou d'une autre √† livrer quelque chose de soi √† l'adversaire. Bon, r√©fl√©chissons. Le concernant, j'ai deux sons de cloches diff√©rents. Celui des Yeux de la For√™t, qui sont bizarres mais plut√īt bienveillant. Celui des Voix Mortes, des Horlas¬†! Ai-je vraiment besoin de r√©fl√©chir plus longtemps¬†? Je me rel√®ve et m'approche du Colosse.

    ¬ę¬†√Čcoute, ce serait ridicule de ma part d'accorder du cr√©dit aux dires des Voix Mortes. Quoi que tu aies pu dire sur elles, que ce soit vrai ou non, cela ne me concerne pas et, surtout, je ne suis pas vraiment l'ami des Horlas. Par contre, les Yeux, c'est diff√©rent. Ils ne sont pas toujours tr√®s clairs dans leurs propos mais ils ont quand m√™me eu l'air de dire que tu avais besoin d'aide. Alors, en quoi puis-je t'aider¬†?¬†¬Ľ

    Et je me rappelle ces mots que j'ai entendu dans la Forge d'Encre. Une mal√©diction. Il a tu√© pour se d√©barrasser d'une mal√©diction. Peut-√™tre que √ßa n'a pas march√©, que ce n'√©tait pas √ßa qu'il fallait faire. Je lui propose de continuer en priv√© mais il refuse. Bon, OK¬†! Alors je lui expose ma th√©orie selon laquelle il aurait effectivement √©t√© maudit. Il est un sorcier aussi conna√ģt-il certains rituels. Peut-√™tre est-ce pour accomplir un rituel de d√©senvo√Ľtement qu'il a tu√© quelqu'un, comme l'ont dit les voix dans la Forge d'Encre. En tout cas, √ßa n'a pas march√©. Je lui explique donc poss√©der une telle Forge. Je lui dis aussi qu'avec un r√™ve d'Anton je dois pouvoir lever cette mal√©diction. Mais, le r√™ve se trouve dans la mine. Alors, me laissera-t-il acc√©der √† la mine¬†?

    C'est pratique et bizarre d'√™tre ¬ę¬†dissoci√©¬†¬Ľ, ¬ę¬†cliv√©¬†¬Ľ, je ne sais pas comment on dit. Mais alors que, au beau milieu des Natifs de l'Abattage qui s'attendaient √† une boucherie en r√®gle, je n√©gocie avec le Colosse Euphorie, je suis √©galement face √† mon PC. Je tire une carte Muses & Oracles du paquet situ√© sur ma gauche. Je regarde le Colosse en souriant. Je retourne la carte en esp√©rant ne pas tirer un ¬ę¬†Non¬†!¬†¬Ľ et... Je tire un ¬ę¬†Oui, et...¬†¬Ľ Et c'est pas tout¬†! Le picto repr√©sente une poign√©e de main. Mon sourire grandit. Et le Colosse se met √† sourire aussi. Sur la carte, je lis des mots et des expressions comme ¬ę¬†Fou de joie¬†¬Ľ, ¬ę¬†Relation¬†: sauveur/sauv√©¬†¬Ľ, ¬ę¬†Breuvage¬†¬Ľ et ¬ę¬†paroxysme¬†¬Ľ. Je ne sais pas qui sont les ennemis des Natifs mais je sais que ce n'est pas moi qui les combattrais. Moi, je viens de me faire un ami pour la vie. On va f√™ter √ßa ici avec les Natifs et un flot de boisson. Ensuite, j'irai chercher le r√™ve d'Anton.

    Je ne bois pas d'alcool. Jusqu'√† ce que je me mette √† la Bille, ma seule drogue √©tait le glucose. Bon, ce soir je ne picole toujours pas et je n'ai pas assez de Billes pour me permettre de les gaspiller. Pour autant, je passe un bon moment. M√™me si les Natifs ne m'appr√©ciaient pas au d√©part, Euphorie a fait en sorte qu'ils me fichent la paix. Je crois surtout qu'ils n'ont rien compris √† ce qui s'√©tait pass√©. Toutefois, le Colosse s'est en quelque sorte port√© garant pour moi donc tout va bien. Je n'irai pas jusqu'√† dire qu'avec les Natifs on se tape dans le dos mais je crois au moins pouvoir dire qu'ils ne me cr√©eront pas d'ennuis.
    En r√©alit√©, Euphorie m'a vraiment l'air d'un type bien. Ce n'est pas qu'une force de la nature. Il a aussi un cerveau. Je ne lui ai rien demand√© de ses secrets mais je pense que cette r√©putation de sorcellerie lui vient entre autre de son intelligence √† laquelle on ne s'attend chez un type comme √ßa. En fait, je ne lui demande rien car, et je le lui ai dit, je veux avoir le champ libre quand je serai devant ma Forge d'Encre. Tout ce qu'il pourrait me dire serait autant de contrainte. Si je ne sais rien, face √† la Forge, je serai libre de tout inventer. Cela me sera alors encore plus facile de r√©gler son probl√®me de mal√©diction. De m√™me, je me fiche de savoir ce qu'il a pu dire sur les Voix Mortes. Et m√™me, j'en fais mon affaire. Avec ce prochain r√™ve d'Anton, je trouverais s√Ľrement dedans de quoi fortifier un peu plus mon camp. Il y aura peut-√™tre des armes dedans ou au moins de quoi en faire. Ce serait bien. Un moment, j'ai pens√© offrir le Masque du Toxique √† Euphorie. Mais en vrai, c'est plus prudent que je le garde. D'ailleurs... Non, aucune Voix Mortes √† l'horizon¬†! Par contre, quand je regarde le Colosse √† travers les yeux du Masque, je vois une sorte d'aura arc-en-ciel. Je pense bien s√Ľr au Rainbow Flag et me demande si Euphorie est gay. En vrai, on s'en fout compl√®tement¬†!
    Et c'est alors que je suis en plein je m'en foutisme concernant la vie priv√©e de mon nouvel ami que j'entends, dans ma t√™te, les Yeux. D'habitude, ils me demandent quelque chose quand je leur demande quelque chose. Sauf que l√†, j'ai rien demand√©. Pourtant...

    ¬ę¬†Crois-tu ce qu'on raconte sur Atlanta¬†? Si non, pourquoi pas¬†?¬†¬Ľ

    Atlanta¬†? Merde¬†! De quoi ils parlent¬†? De la ville¬†? C'est quelqu'un¬†? √Ä quoi ils jouent¬†? Ils savent tr√®s bien que je ne peux pas r√©pondre √† cette question sans gober une Bille. Ou alors, il faut que j'y consacre une part du r√™ve d'Anton. Mais dans ce cas, ce sera une part de r√™ve en moins pour aider Euphorie ou am√©liorer mon camp. J'ai l'impression que ces salauds veulent me forcer √† gober une Bille. Ou alors, je peux m'en remettre au hasard mais avec le risque de tomber sur quelque chose de vraiment d√©gueulasse. Je n'ai plus que deux Billes. En claquer une juste pour m'assurer qu'Atlanta n'est pas une emmerde de plus... Est-ce que √ßa vaut vraiment le coup¬†? En plus, le temps file et le taux de P√©trol'Magie dans mon sang diminue. Bient√īt, bient√īt... Je serai en manque¬†! C'est √ßa, bordel¬†! Les Yeux veulent que je sois en manque¬†! Je dois absolument garder au moins une Bille alors je tire une carte¬†! Atlanta, c'est une personne¬†?

    ¬ę¬†Oui, mais...
    Mais quoi¬†? Il est pas... humain¬†?
    Si, mais...
    Putain¬†! C'est une esp√®ce de mutant d√©gueulasse¬†? C'est √ßa¬†?¬†¬Ľ

    Soudain...

    ¬ę¬†Kraken, le chemin le plus long est parfois le meilleur¬†: emprunte le¬†!¬†¬Ľ

    Je me l√®ve. Je me sens pas bien du tout¬†! J'explique comme je peux aux Natifs que je dois aller √† la mine imm√©diatement. √Ä part, j'explique √† Euphorie que les Yeux viennent de me parler et que c'est louche. Lui, il ne doit pas s'inqui√©ter. √áa ne concerne que moi. Mais on dirait qu'un long chemin m'attend. Sauf qu'avant, je dois me pr√©parer. Et il me faut le r√™ve d'Anton.

    Je suis seul dans la mine. Je cherche. Je fouille. Je finis par trouver le r√™ve d'Anton. C'est le r√™ve n¬į7. Je rentre au camp. J'ai du boulot. Avec ce r√™ve je dois lever la mal√©diction qui p√®se sur Euphorie, am√©liorer mon petit camp de la mort, me prot√©ger des Voix Mortes et du Bureau des Narcotiques et me pr√©parer √† un long voyage pour savoir ce qu'on raconte sur ce mutant d√©gueulasse qu'a l'air d'√™tre ce fameux Atlanta. C'est une bonne liste de course, √ßa¬†!

XxXxX

    OK, je m'attelle √† ma Forge d'Encre avec sous les yeux le r√™ve n¬į7. La Forge me demande la biographie d'un personnage imaginaire. √áa tombe bien, je dois m'occuper du mutant Atlanta. Mais avant, je dois lever la mal√©diction pesant sur Euphorie.

    J'ai fait en sorte d'avoir au maximum le champ libre pour aider le Colosse. Il ne m'a rien dit. Aussi, rien n'est fix√©. Rien n'est vrai. Tout est permis. Je pioche dans le r√™ve n¬į7 d'Anton¬†: ¬ęDerni√®res heures¬†¬Ľ, ¬ę¬†soleil¬†¬Ľ, ¬ę¬†acc√©l√©rer¬†¬Ľ et ¬ę¬†angoisse¬†¬Ľ. Ainsi, la mal√©diction qui le frappe lui fait revivre, √† chaque lever et coucher du soleil, ses derni√®res heures en acc√©l√©r√©. Il voit sa mort √† venir deux fois par jour. Et la vitesse du film est telle qu'elle le frappe comme un rocher dans la figure, le laissant rempli d'angoisse. Euphorie fait bonne figure mais il est en r√©alit√© rong√© par cette peur que ces visions deviennent r√©alit√©. Mais que puis-je lui apporter¬†? Dois-je simplement le d√©livrer de ces visions en sachant qu'elles pourront malgr√© tout se r√©aliser ou dois-je encore consacrer une part du r√™ve √† lui √©crire une nouvelle histoire¬†? Je ne sais pas si c'est le meilleur des cadeaux que je lui fais  l√† mais je d√©cortique le r√™ve n¬į7 et en tire un ¬ę¬†jardin¬†¬Ľ, un ¬ę¬†chien¬†¬Ľ, un ¬ę¬†chat¬†¬Ľ et le sentiment d'√™tre ¬ę¬†√† l'aise¬†¬Ľ.
    Nous mourrons tous. Que je le d√©livre de ses visions ne r√©soudra pas ce probl√®me. Alors, deux fois par jour, il aura toujours une vision de ses derni√®res heures mais il les vivra dans un jardin, √† l'aise, avec son chien et son chat¬†!

    Et maintenant, Atlanta¬†! Tu es un mutant... artificiel¬†! Tu es un m√©lange de boue, de peinture et de plastique fondu. Tu as √©t√© cr√©e √† Berlin, dans un atelier cach√© sous un lac. Tu devais √™tre une sorte de super Golem pour la plus grande gloire du Reich. Le premier d'une longue s√©rie de gardiens du nouvel Empire. Mais il s'est pass√© quelque chose d'inattendu. Un impr√©vu. Et tu n'es qu'une chose d√©clinante dont il a fallu se d√©barrasser. Voil√† ce qu'on raconte sur toi. Et pour r√©pondre √† la question des Yeux, est-ce que je crois qu'on raconte sur toi¬†? √Čvidemment¬†! Et j'irai m√™me plus loin que √ßa. Ce n'est pas pour rien que les Yeux m'ont parl√© de toi, Atlanta, le mutant artificiel, le Golem rat√©¬†! Tu as √©t√© cr√©√© par des savants fous nazis, √† Berlin¬†! Les nazis, ceux-l√† m√™me qui ont cr√©e tous ces camps de la mort. On dit que c'√©tait pour se d√©barrasser de leurs ennemis, mais pas seulement. J'ai lu Cheval du Diable. Et je sais. Ou du moins, je crois savoir que les nazis voulaient surtout, en cr√©ant ces camps, attirer des Exil√©s afin de leur soutirer leurs secrets. C'est d'ailleurs ce que j'essaye de faire avec mon petit camp de la mort dans la for√™t. Mais pour autant, le r√™ve d'Anton ravive une id√©e qui me trotte dans la t√™te depuis un moment. J'ai fabriqu√© mon petit camp mais je n'arriverai jamais √† reproduire ce que les nazis ont fait. Si j'ajoute √† √ßa que le Bureau des Narcotiques sait que je me r√©fugie √† Millevaux et que, par cons√©quent, je n'y suis plus vraiment en s√©curit√© (autant qu'on puisse √™tre en s√©curit√© √† Millevaux), c'est peut-√™tre tout simplement le moment de me tirer d'ici¬†! Et Berlin pourrait √™tre la destination id√©ale. Pas le Berlin de la guerre, ce serait trop risqu√©. Le Berlin de l'apr√®s-guerre, du d√©but des ann√©es 1950. La ville en ruine est aux mains des alli√©s. La plupart des nazis se sont enfuis en laissant tout en plan. Il reste certainement dans les d√©combres de leurs laboratoires les plus secrets des rapports concernant leurs exp√©riences les plus barr√©es. C'est s√Ľr, il reste des choses pour moi √† Berlin. Les nazis n'ont pu ni tout emporter, ni tout d√©truire. Et en 1950, en tant qu'agent de la RPA, je pourrais mener ma petite enqu√™te sans √™tre trop ennuy√©. Enfin, tant que le Bureau des Narcotiques ne me retrouve pas. Bon assez tourn√© autour du pot, mes trois kapos ne m'en voudront pas de les laisser l√†.
    Par contre, j'ai un probl√®me. Je pourrais gober deux Billes pour remonter le temps jusque dans les ann√©es 1950. Sauf que je n'en ai plus qu'une¬†! Mais, je suis le Kraken et dans d'autres vies j'ai su ouvrir des Portes entre les mondes. J'ai fait √ßa, notamment, quand j'√©tais Corso. Je saurai le refaire. Alors, ¬ę¬†Geh nach Berlin¬†!¬†¬Ľ

    Et l√†, je me revois, dans mon petit camp, en train de d√©couper l'√©clop√© pour lire dans ses entrailles. Et j'entends, dans ma t√™te, les Yeux me demander¬†:
    ¬ę¬†Qui conna√ģt un secret te concernant¬†? Quel risque s'il le r√©v√®le¬†?¬†¬Ľ
    En vrai, je n'en sais rien. De quel secret ils parlent¬†? Du fait que je sois un Ancien¬†? D'une certaine fa√ßon, tout ceux qui lisent mes posts sur Facebook sont au courant. Mais tout le monde s'en fout puisque tout le monde pense que c'est un jeu de r√īle. √áa n'a m√™me pas besoin d'√™tre un secret. Ce serait plus g√™nant si le Bureau des Narcotiques tombait l√†-dessus.
    Et je n'ai pas fini de penser cette phrase que tout change autour de moi. C'est comme si tout √©tait de l'eau mais que soudain tout se figeait. Je suis maintenant dans un bureau. Le bureau de Don Vincente. Qu'est-ce que je fous l√†¬†? Tout le monde est immobile. Moi aussi, je ne peux pas bouger. En fait, on vient de me faire une proposition. Don Vincente vient de me proposer de travailler pour lui mais... cela voudrait dire que je trahirai ceux pour qui je travaille actuellement. Qui je suis dans cette r√©alit√©¬†? J'en ai aucune id√©e mais la situation a l'air des plus tendues. Je sens de la sueur perler au ralenti le long de ma nuque. Je ne peux absolument pas bouger. C'est m√™me difficile de faire rouler mes yeux dans leurs orbites. Les Yeux, √† quoi ils jouent bordel¬†?!
    ¬ę¬†O√Ļ trouvez-vous r√©guli√®rement des √©clats de bois et des √©pines chez votre amant  dryade¬†? Lors de vos rapports sexuels, comment vous prot√©gez-vous contre ces petites douleurs¬†?¬†¬Ľ
    Je crois que les Yeux ont compl√®tement craqu√©¬†! Qu'est-ce que c'est que cette histoire¬†? Je n'ai aucune relation de quelque nature que ce soit avec un... dryade¬†! Et c'est quoi d'abord¬†? Une esp√®ce d'arbre vivant¬†? Si c'√©tait le cas, l'endroit privil√©gi√© pour √ßa aurait √©t√©... Millevaux¬†! Pile l'endroit dont je viens de me tirer. Est-ce une sorte de m√©taphore¬†? Est-ce la fa√ßon qu'ont les Yeux de me dire qu'en construisant mon petit camp de la mort, j'ai fait quelque chose de pas tr√®s joli-joli et que, d'une certaine mani√®re, cela veut dire que je serais finalement un peu pourri comme le sont tout ceux qui sont contamin√©s par Millevaux¬†? C'est √ßa la ¬ę¬†relation sexuelle¬†¬Ľ¬†? L'esprit de Millevaux vu comme une maladie sexuellement transmissible parce que, au final, on tire un certain plaisir √† faire du mal √† autrui¬†? Pour √™tre clair, je n'ai pas cr√©e mon petit camp de la mort par sadisme. Je l'ai fait car, apr√®s avoir lu Cheval du Diable, je suis convaincu que c'est le seul moyen pour moi de percer le secret des Exil√©s et savoir, enfin, si je suis un √™tre r√©el ou un √™tre de fiction, le personnage d'un jeu. Suis-je le Joueur ou le personnage jou√©¬†? C'est uniquement pour √ßa que j'ai cr√©e ce camp. Et d'ailleurs, maintenant que j'ai peut-√™tre l'opportunit√© de trouver la r√©ponse dans les archives des nazis √† Berlin, je n'insiste pas et abandonne le petit camp. Comme quoi, je ne suis pas un sadique fou-furieux¬†! Ai-je r√©ellement r√©ussi √† convaincre qui que ce soit alors que je ne suis m√™me pas certain de m'√™tre convaincu moi-m√™me¬†?



Commentaires de Thomas :

A. Ici, on passe la vitesse supérieure puisque c'est le Joueur lui-même qui se retrouve protagoniste d'un dangereux voyage dans le multivers. On voit ici bien l'effet Mantra 2 (on se joue soi-même) mais c'est très cohérent avec l'évolution de plus en plus méta de tes parties précédentes. L'aspect horrifique s'en trouve renforcé puisqu'on suppose le Joueur plus fragile qu'un PJ (et cette fois-ci, pas de fusibles) mais on suppose aussi que la force du Joueur c'est son 100 % en Mythe de Cthulhu...

B. [Pour le public : Christophe Breysse est l'auteur d'Omniscience] ¬ę¬†Et l√†, vient le moment o√Ļ Christophe Breysse m'interroge √† propos des Connect√©s. Comment ils sont per√ßus, s'ils sont l'objet de luttes d'influence etc.¬†? ¬Ľ
Fais-tu référence à une discussion en ligne que vous auriez eue ?

C. ¬ę¬†Que sait-on √† son sujet¬†? Que sais-je √† son sujet¬†? Tout d'abord il s'agit d'une ruine datant de l'Antiquit√© gr√©co-romaine. Avant l'av√®nement de la Mauvaise M√®re, c'√©tait d√©j√† une ruine. Mais des arch√©ologues l'avaient extirp√©e de la terre. Ils avaient remis en √©tat tout ce qui pouvait l'√™tre et avaient reconstitu√© une partie de son histoire afin que le public se rappelle comment on vivait √† l'√©poque et √† quoi ce genre de lieu servait. √Ä l'√©poque, cette d√©couverte a stopp√© net la construction de nouvelles barres d'immeubles. En effet, c'est en creusant les fondations d'un futur HLM que ces vestiges furent d√©couverts. Aussi, pour des raisons historiques, culturelles, etc, le projet d'agrandissement de la ZUP locale fut abandonn√©. ¬Ľ
Est-ce que tu fais référence à un endroit réel ?

D. ¬ę¬†J'ai pratiqu√© l'escalade en salle pendant quelques ann√©es. Sur le plan purement th√©orique, j'ai des restes. Maintenant, il faut voir si mes jambes et mes bras suivront. √áa fait presque deux ans que je n'ai pas touch√© une prise mais je continue √† faire de l'exercice tr√®s fr√©quemment. Sans battre des records, je reste quand m√™me assez endurant. J'esp√®re que √ßa suffira pour arriver en haut. ¬Ľ
Intéressant (et très Mantra !) que tu utilises tes compétences de la vie réelle pour gérer un obstacle.

E. ¬ę¬†J'ai lu Cheval du Diable¬†! Et je sais quel r√īle y jouent les camps de la mort. J'ai d'ailleurs une toute nouvelle th√©orie expliquant pourquoi les nazis les ont construit. Je ne rentrerai pas dans les d√©tails car¬†:
1-je ne veux pas spoiler.
2-je ne veux pas d'emmerdes¬†! Je ne me sens pas l'√Ęme d'un Dieudonn√©... qui est pourtant parfois, voire souvent, tr√®s dr√īle quand m√™me. Bref...
3-notez bien que ma volont√© de ne pas spoiler (et donc vous inciter √† lire Cheval du Diable en particulier et tout Christophe Si√©bert en g√©n√©ral) l'emporte largement sur mon d√©sir de ne pas finir devant un juge. ¬Ľ
C'est amusant comme le Joueur quitte un instant les considérations de survie immédiate qui devraient l'animer pour se lancer dans une diatribe méta.

F. ¬ę¬†De mon balcon, je regarde Haze, Corso et Lewis-Maria maltraiter les √©clop√©s que j'ai invoqu√©s. J'esp√®re que ce camp deviendra vite un vrai camp de la mort. Je veux savoir si ce que Si√©bert a √©crit est vrai. Mais pour √ßa, pour aller plus loin, il me faut un r√™ve. ¬Ľ
Ah oui, c'est chaud quand même.

G. Sympa que tu utilises des questions d'Oriente et que tu fasses référence à la partie qu'on a jouée ensemble ! (partie que j'ai renommée Trancher les parties pourries )

H. ¬ę¬†Mon personnage est quasiment certain que sa curiosit√© va le mener √† la mort. Et la mienne¬†? Je crois que j'ai saisi le message, je m'en vais. ¬Ľ
Certes ! Cette fois-ci la curiosité maladive du Joueur, sa volonté de savoir ce qui va se passer, l'a poussé à s'impliquer un peu trop !

I. ¬ę¬†C'est pratique et bizarre d'√™tre ¬ę¬†dissoci√©¬†¬Ľ, ¬ę¬†cliv√©¬†¬Ľ, je ne sais pas comment on dit. Mais alors que, au beau milieu des Natifs de l'Abattage qui s'attendaient √† une boucherie en r√®gle, je n√©gocie avec le Colosse Euphorie, je suis √©galement face √† mon PC.¬†¬Ľ
Autant c'est intéressant en matière de jeu sur le méta, autant ça diminue le sentiment que le Joueur soit vraiment en danger.

J. ¬ę¬†Je suis maintenant dans un bureau. Le bureau de Don Vincente. Qu'est-ce que je fous l√†¬†? Tout le monde est immobile. Moi aussi, je ne peux pas bouger. ¬Ľ
Sympa l'effet de temps suspendu. Une technique de vertige logique de plus !

K. ¬ę¬†O√Ļ trouvez-vous r√©guli√®rement des √©clats de bois et des √©pines chez votre amant  dryade¬†? Lors de vos rapports sexuels, comment vous prot√©gez-vous contre ces petites douleurs¬†?¬†¬Ľ
Ça vient d'un jeu descended by the Queen ça ?

L. ¬ę¬†Suis-je le Joueur ou le personnage jou√©¬†? ¬Ľ
Intéressante nouvelle couche métaphysique :)


Réponse de Damien :

A. Je pense être aller un peu plus loin dans le méta avec ma campagne de Mantra justement ^^

B. Pas du tout ^^

C. Pas du tout non plus ^^

D. Yep mais bon, je n'ai pas touché une prise depuis presque 2 ans donc je pense qu'une reprise serait très très dure ^^

E. En vrai, j'aime bien le méta-jeu justement ^^ c'est dommage de ne pas pouvoir dans le cadre d'une partie classique.

F. Cheval du Diable vaut vraiment le coup d'être lu 0_0 je n'en dis pas plus…

G. Méta toujours :)

H. Et bien, c'est un des paradoxes du perso. Le Quizz Mantra en fait un adepte de l'Hommonde mais son envie, voire son addiction au jeu de r√īle, en fait plut√īt un adepte du Cycle. C'est un de ses buts que de comprendre √ßa.

I. Bah je peux pas être tout le temps dans la méga-merde non plus ^^ autant qu'être un Ancien me serve par moment quand même ^^

J.     Oui, je voulais tester une alternance de hacks de Pour la Reine et de Vertiges Logiques. Y a moyen de faire quelque chose de fun. L√† encore, √ßa peut √™tre dr√īle √† plusieurs.

K.  Oui :) voir le J. ^^

L. Questionnement tout droit sorti de ma lecture de Cheval du Diable :)


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#80 16 Sep 2022 15:28

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

DES VOIX PARMI LES ARBRES

Une symphonie agropastorale pour cŇďurs et sanglots avec un enfant, une guerre, et la for√™t autour. Un r√©cit et une partie enregistr√©e par Claude F√©ry.

(temps de lecture : 5 min)
(temps d’écoute : 3h30 en 4 épisodes)

Joué le 16/02/2020

Le jeu : Jardins des esprits, un bac à sable psychologique par Fabien Hildwein.

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Esto Minjatones_Larissa sayer, cc-by-nc


Toutes les photos suivantes sont de Claude Féry (par courtoisie).


mp3 à lire ou télécharger :

Présentation
Fiction 1
Fiction 2
Fiction 3


Le contexte :

J'ai commencé à jouer Des voix parmi les arbres, une préparation de jardins des esprits.
La transmission du jeu n'est pas si évidente, surtout auprès de Xavier.
Une injonction page 42 par ailleurs m'interpelle.
Ne joue pas les émotions, décris-les.
Le cabotinage n'a pas sa place à Jardins des esprits.
Pour moi c'est un frein au bleed et une limitation difficile à accepter de mon agentivité.
Je persiste néanmoins avec l'intention de jouer by the book.
La suite de la partie avec Xavier sera jouée demain.


Thomas :

√áa m'int√©resse beaucoup que tu testes le jardin des esprits, et de surcro√ģt dans un cadre forestier ! Curieux donc (comme toujours) d'avoir votre retour d'exp√©rience.
Je ne suis pas dans la t√™te de Fabien Hildwein (l'auteur), mais je suppose que cette r√®gle ¬ę¬†Ne joue pas les √©motions d√©cris les.¬†¬Ľ est faite pour √©viter de donner la part belle aux joueuses th√©√Ętrales et aussi pour r√©v√©ler l'introspection (car apr√®s les √©motions que nous ressentons et celles que nous exprimons ne sont pas forc√©ment les m√™mes). Apr√®s, j'en conviens, ce n'est pas tr√®s convergent. Je crois qu'on pourrait r√©concilier cette r√®gle avec un objectif de convergence avec cette id√©e : les personnages pourraient √™tre des m√©mographes √©quip√©s d'antiques magn√©tophones et r√©guli√®rement ils y tiennent un journal intime de leurs √©motions, d√©di√©s √† eux-m√™mes seuls. Qu'en penses-tu ?

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Claude :

Le cadre est toujours forestier et pré industriel.
Le jeu se joue à deux
Toi, la position voisine de celle du MJ, révèle une préparation un peu comme à Sphinx
Tu joues pour ta partenaire et afin mettre en évidence les beaux gestes, la dimension care du jeu.
Le temps de parole n'est pas ce que gère cette règle, je pense.
Plus une mise à distance, une esthétisation des émotions à la manière de certains romans.
L'interprétation est offerte à l'imagination de ta partenaire.
L'esthétique prime sur l'émotion.
J'ai posé la question à Fabien Hildwein, mais j'entends jouer selon la règle avant d'éventuellement l'interpréter.
Je n'ai pas encore pensé en termes d'adaptation à Millevaux.
Cependant je ressens à priori une grande porosité entre le royaume éternel et Millevaux.
Les pr√©parations que je jouerai s‚Äôins√©reront comme des r√©miniscences dans la campagne en cours et  notamment des √©l√©ments de r√©ponse √† la partie Muddus que nous ach√®verons jeudi.
Celle de vendredi avec Alex, Chien rouge, fera le lien avec des enfants soldats de Little H√ī Chi Minh Ville, un flashforward, ou elle devra apaiser les remords d'enfants soldats devenus grands.


Réponse de Fabien Hildwein :

¬ę¬†Concernant Fenouil, oui, c'est un personnage aux √©motions plut√īt fortes et caricaturales. N√©anmoins, je pense qu'on peut le jouer sans dire "il est en col√®re" ou "il est triste". Tu peux signaler qu'il veut partir √† la guerre parce qu'il s'entra√ģne, par ce qu'il raconte ou par ce qu'il poss√®de (d'o√Ļ l'importance de sa cache, le Cinq de Pique).
Cela √©tant dit, c'est plut√īt une r√®gle de perfectionnement du jeu qu'une r√®gle structurelle. Si tu veux n√©anmoins jouer les √©motions ou en parler directement, √ßa n'est pas un probl√®me.¬†¬Ľ

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Claude :

Nous venons d'achever notre partie avec Xavier.

Ce dernier a conclu que ce fut une excellente partie, très constructive.

J'ai quelque peu aiguillé Xavier pour construire son rituel sur la fin, mais le résultat me semble satisfaisant à défaut d'être orthodoxe.

Le ma√ģtre des esprits int√®gre la communaut√© pour r√©pandre la concorde autour.

Xavier veut jouer une suite en ce sens

Un peu plus de trois heures de jeu, avec des moments intenses en émotions.

Une  particularit√© intervient dans la mise en jeu avec Xavier, il est dys et souffre de troubles de l'attention.

Le memory était pour lui un immense défi.


Cela n'a pas fait obstacle à l'émergence de scènes particulièrement poignantes.

Je pr√©cise cela dans la mesure o√Ļ le t√©moignage audio est probablement muet sur ce point.


Xavier avait les yeux embués de larmes, la gorge serrée, et m'a pris les mains dans les siennes afin de renforcer son propos, lorsqu'il tentait de convaincre Hellébore d'être présente pour Fenouil ou de convaincre ce dernier que la guerre est une vilaine affaire.


Thomas :

Mes commentaires après écoute :

A. J’ai l’impression que la mécanique de Mémory émule le cheminement vers la vérité

C. On dirait que les gens sont avant tout jugés par leur aptitude au travail

D. La référence aux mirabelliers et le nom de Brimbelle acte le mélange entre le grand nord scandinave et les Vosges:)

E. Le fait que tous les PNJ de Jardins des Esprits aient des noms v√©g√©taux accentue le c√īt√© Millevaux

F. Pourquoi Tobias trouve Saule pendu et pas Aloès dans le test suivant pratiqué avec Alex ?

G. C’est une belle performance de la part de Xavier de jouer à ce jeu qui se veut assez mature.

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Claude :

C. C'est un peu ma lecture de la préparation au regard des lignes et voiles déployées pour Xavier.
(pas de romance, pas de représentation de la sexualité).
Le ma√ģtre des esprits arrive dans une communaut√© dont il ignore tout. Elle a perdu son harmonie, il se doit de la r√©tablir.
Ce que j'ai donn√© √† voir √† Ma√ģtre Tobias c'est une vie o√Ļ seul importe le labeur donn√© √† la communaut√© tellement les absents rongent le cŇďur des pr√©sents.
J'ai une lecture moins abrupte dans ma partie, sur la même préparation avec Alex.

E. Oui et cela donne la dimension fantastique du royaume √©ternel d√©ploy√© dans les pr√©parations. Toutefois le sel du jeu demeure d'√©tablir des liens avec les lieux et les personnages, mais avant tout  ces derniers.
La dimension psychologique prime sur le reste

E F.  Avec Xavier j'ai essay√© de jouer au plus pr√®s de ce que j'ai compris de la vision de l'auteur, rebaptisant certains noms pour favoriser mon immersion dans le cadre de ma campagne ouverte de Millevaux. Les motifs d√©ploy√©s et la vision prosa√Įque de la scierie abandonn√©e renvoient √† notre partie du Moulin D√©j√† Vu, Xavier y a d'ailleurs positivement r√©agi.
Toutefois, je me suis attaché à rendre une atmosphère agropastorale austère, une vie modeste, selon mes souvenirs personnels de la vie de ma famille maternelle dans les Vosges des années 40.
Ces détails ou ce cadre fiction ruralo-vraisemblable ne sont de fait qu'à esquisser. Le propos du jeu se focalise que sur les liens entre personnages, le reste est affaire de couleur.
Dans ma session avec Alex je l'ai invit√© √† interpr√©ter le cadre  et donner sa d√©finition propre de sa relation aux esprits et √† la communaut√©.
Si je consid√®re que la partie est une belle partie elle s'√©loigne encore un peu plus de la proposition de Jardins des Esprits, en cela qu'elle offre √† l'interpr√©tation de la ma√ģtresse des esprits une part de la pr√©paration.


Thomas :

E.F. Cette ambiance agropastorale rude me rappelle tous les romans du terroir que je lis en ce moment :)


Thomas :

Mes commentaires après écoute :

A. Une très belle peinture que tu fais là des figurants

B. C’est amusant de voir le même scénar joué deux fois sous un angle totalement différent

C. Ce qui change avec Jardins des Esprits, c’est cette impression de temps long, cohérent avec l’ambiance agropastorale.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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