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#1 12 Feb 2019 11:20

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

[Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

Dans Bois-Saule, tu vas errer dans les tĂ©nĂšbres sauvages de la forĂȘt de Millevaux.

Il est dĂ©jĂ  possible de faire du jeu de rĂŽle solo (sur table, en textuel et en grandeur) dans l’univers de Millevaux grĂące Ă  des titres tels qu’Inflorenza, Les ForĂȘts Mentales ou Les Sentes, mais Bois-Saule est le seul jeu Millevaux expressĂ©ment conçu pour le solo.

Le jeu se focalise sur l’ambiance, le symbolisme et le sentiment de solitude.

Il est conçu pour que tu puisses te tenir toi-mĂȘme en haleine en te faisant lĂącher prise du contrĂŽle de la situation.

** : parties enregistrées, sans compte-rendu écrit
(DLMV) : Ă©pisode du roman-feuilleton Dans le mufle des Vosges


Comptes-rendus de partie par l'auteur :

1. Une dent pour chaque baiser
Une longue traversĂ©e de la forĂȘt pour chercher l’amour et fuir ses dĂ©mons, un pĂ©riple d’horreur Ă©rotique.

2. Le chevalier au chardon
Un roleplay de sept jours destiné à servir d'exemple dans le livre de base, autour d'un chevalier, de l'amour courtois et d'un chardon.

3. L’apprenti qui m’aimait **
Premier test de la version duo de Bois-Saule pour une aventure chamanique Ă  la poursuite d’un noir passĂ©.

4. La chasse aux dieux **
Pour cette partie enregistrĂ©e en duo, dĂ©couvrez l’épopĂ©e Ă©trange et glauque d’une chasseuse de dieux qui transporte le corps de sa sƓur morte.

5. L’impossibilitĂ© de croire (DLMV)
Quand le passé comme le présent deviennent insoutenables, que reste-t-il comme refuge ? Le périple de retour vers Les Voivres, maintenant joué / écrit avec Bois-Saule ! (temps de lecture : 5 mn)

6. Le chùteau intérieur (DLMV)
Marcher dans la forĂȘt, marcher dans la mĂ©moire, marcher dans ses pensĂ©es, marcher dans l'horreur, marcher dans les demeures de ses anciens tourments. (temps de lecture : 9 mn)

7. Le seuil (DLMV)
Le dernier mort-vivant, la prison d'un ĂȘtre dĂ©chu et le mur du son Ă  franchir, voici le programme des ultimes errements avant le retour aux Voivres ! (temps de lecture : 9 mn)


Comptes-rendus de partie sans l'auteur :

(BBX) : Campagne multi-systĂšmes Les Brimbeux, par Claude FĂ©ry

1. La quĂȘte de l'arbre docile
Arjuna Khan s’essaye à Bois-Saule avec un roleplay ñpre et charnel.

2. Et des lombrics **
Claude FĂ©ry adapte ce jeu solo en jeu Ă  deux pour une version magnĂ©to. À Ă©couter si vous ne craignez pas les lombrics et tout ce qui fouaille dans le sol.

3. La mort de la vieille dame *
Une rĂ©Ă©dition de l'expĂ©rience Bois-Saule Ă  deux, pour un Ă©pisode trĂšs introspectif oĂč le jeune LĂ©o se confronte Ă  la finitude de toute vie. Un enregistrement et un rĂ©cit par Claude FĂ©ry !

4. Tu se moques ** (BBX)
Un épisode intense de la campagne des Brimbeux, marqué par l'oubli qui remet tout en doute. Un enregistrement par Claude Féry.

5.La gesticule des buveurs de pluie * (BBX)
À la recherche des gouttes de pluie et des souvenirs qu’elles contiennent, une session oĂč le joueur prend le pouvoir ! Un rĂ©cit, une vidĂ©o et un enregistrement par Claude FĂ©ry

6. Nihill
Chasser ou se faire chasser ? Une absurde danse du chat et de la souris. Un récit par Damien LagauzÚre (temps de lecture : 16 mn)

7. Le visage sous un sac plastique
La quĂȘte absurde qu’un dieu fait endurer Ă  un homme
 pour un simple nom. Un rĂ©cit par Damien LagauzĂšre (temps de lecture : 1/2 H)


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Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie crĂ©ative. Univers artisanaux.
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#2 01 May 2019 08:21

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

L'APPRENTI QUI M'AIMAIT

Premier test de la version duo de Bois-Saule pour une aventure chamanique Ă  la poursuite d’un noir passĂ©.

Enregistrement :
version Youtube
version mp3

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Tracy Tevino, cc-by-nc, sur flickr.com


Feuille de personnage :

Destin funeste : (La Mort) Une personne tombe amoureuse de la personne qui a fait tuer toute sa
famille : elle ne la reconnaĂźt pas.

Ce qui me donne la chasse : une mousse prise par l'égrégore
Je donne la chasse à : la personne qui a tué toute ta famille

Question : Est-ce que la personne qui a tué ma famille a créé la mousse ?
Certitude : la mousse est liée à mes peurs et causera ma fin.

Croyance : la mousse me conduira en enfer

Vertu : le sens de la justice
Vice : apitoiement sur mon sort

Un souvenir qui te hante : l'image de la scĂšne des miens recouverts par la mousse

Ma quĂȘte : dĂ©truire la mousse

Symboles :
vengeance, fruit

Objet : poignard de rituel avec symbole de mousse gravé

Description :
humain, petite stature, masque oiseau, vĂȘtements mi textiles, mi feuilles, aucune mousse


24 de PĂ©ril

Contexte
Un bunker
la noire nuit
vent
un trouble mental

Inspirations
vengeance, fruit
oubli
Si je n'étais pas mort de faim, de fatigue et de froid, je n'y serais pas entré.
On ne se sentait pas le bienvenu, Ă  l'Auberge aux Mouches.
araignée / acariens

je m'attends Ă  trouver des mouches Ă  manger


25 de PĂ©ril

une montagne
la nuit brune
brouillard
trouble mental
fruit vengeance
l'égrégore ou la supersition
Des arbres aux branches crochues, des écorces ridées, des voiles de feuilles
blanches, traversés de soupirs.
La forĂȘt tombait de vieillesse.
Mousse / Sphaigne

je m'attends Ă  trouver de la mousse et des indices sur son origine

26 de PĂ©ril

mangrove forĂȘt engloutie
au crépuscule
brouillard
soif
fruit, vengeance
oubli, mémoire
Grenades Ă  dents de poissons venimeux. Nappes de spores mortelles. Catapultes
Ă  viande noire. Seringues d'orgones. L'avenir du terrorisme !
Lianes grimpantes ou rampantes

eau mangrove non potable, abri pour la nuit

27 de PĂ©ril

nulle part
crépuscule
tempĂȘte
la soif
fruit, vengeance
l'oubli et la mémoire
Il grogne et fouaille et couine. Il retourne l'humus noir, spongieux, il trouve des
horreurs et des merveilles.
Ce cochon truffier ira loin.
Guy / Cuscute / Orobanche / Autres parasites végétaux

28 de PĂ©ril

un dépotoir
au crépuscule
pluie
faim
fruit, vengeance
la ruine ou les ruines
Un sol de cuir sanglant, des troncs comme des crĂąnes ou des cylindres de
kĂ©ratine, des canopĂ©es soyeuses ou emmĂȘlĂ©es. Une forĂȘt de scalps.
Dionée / Droséra / NépenthÚs / Autre plante carnivore

tu t'attends Ă  retrouver l'apprenti


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#3 11 May 2019 07:26

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

LA CHASSE AUX DIEUX

Pour cette partie enregistrĂ©e en duo, dĂ©couvrez l’épopĂ©e Ă©trange et glauque d’une chasseuse de dieux qui transporte le corps de sa sƓur morte.

Le jeu : Bois-Saule, errance en solitaire dans les tĂ©nĂšbres sauvages de la forĂȘt de Millevaux

Personnage : la chasseuse de dieux

La partie sur youtube
Lire / télécharger le format mp3

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Mandy Greer, cc-by-nc-nd


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#4 15 May 2019 09:43

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

Sur Youtube, Olivier D analyse la partie "La chasse aux dieux" a Ă©crit :

Bon, tout d’abord je dois dire que je suis fan de ce que tu fais (Millevaux, Inflorenza) et de ta dĂ©marche Ă©conomique.
Je suis moi-mĂȘme un gros « gamer » : j’ai 34 ans de jdr au compteur, plus de 20 000 heures de jeu et je crĂ©Ă© des jeux amateurs dont je mets certains en libre tĂ©lĂ©chargement.
Je vais te faire un certain nombre de remarques au fil de l’eau :
- Le lancement par un petit rĂ©cit shamanique : j’ai adorĂ© ce petit rĂ©cit, trĂšs Ă©vocateur, le  tambour ajoutant une superbe ambiance
- CrĂ©ation de personnage par questionnaire : c’est vraiment gĂ©nial comme idĂ©e. Je remarque que tu es trĂšs bienveillant pendant cette phase, tu n’imposes jamais rien et tu es complĂštement Ă  l’écoute de ta joueuse ; tu lui soumets toutes tes idĂ©es Ă  son approbation
- Petit rĂ©cit par la joueuse : c’est vraiment une bonne idĂ©e : on est clairement dans une narration partagĂ©e ou la joueuse peut impulser le rĂ©cit.
- Je pense que tu manques de « punch » en dĂ©but de rĂ©cit (30 minutes dans le podcast). Moi je maitrise plutĂŽt en mode « fun, fast, furious » donc pour moi ça manque un peu de rythme et de dynamique. Moi typiquement j’aurais saisie la joueuse Ă  la gorge par une scĂšne forte mais peut-ĂȘtre privilĂ©gie-tu une montĂ©e en puissance du rĂ©cit. Ta voix est un peu calme, voire monocorde, sans doute un peu lente
- Ta joueuse est trÚs dynamique et proactive. Vous échangez bien, bonne dynamique de récit (38 minutes : la caverne)
- Tirage de dĂ© sur l’émotion (40 minutes) : je ne sais pas si l’idĂ©e de tirer l’émotion est trĂšs intĂ©ressante narrativement ; Ă  ce moment la, la bĂȘte est acculĂ©e, l’ennui me semble peu crĂ©dible comme Ă©motion directrice.
- L’idĂ©e de la transformation : c’est vraiment une superbe idĂ©e. J’aime beaucoup ta dĂ©licatesse envers la joueuse : tu n’imposes rien, tu proposes. J’aurais aimĂ© une transformation physique Ă  ce moment la du rĂ©cit.
- La bĂȘte (47 minutes) : le bouquetin ; tu aurais pu laisser la joueuse dĂ©crire la bĂȘte.
- 50 minutes : prise de pavot : vision d’un glouton : trĂšs intĂ©ressant car tu suggĂšres Ă  la joueuse que le corps de la sƓur est en danger
- 53 minutes : j’ai l’impression que tires certains Ă©lĂ©ments aux dĂ©s ; de mon point de vue, c’est dommage. J’ai l’impression que tu lis certains textes. A ce point la du rĂ©cit, il n’y a pas eu de dialogues, juste des scĂ©nettes qui me semblent un peu dĂ©cousues. Le rĂ©cit est  trĂšs introspectif et mĂ©ditatif. On a l’impression d’assister Ă  un conte initiatique, une quĂȘte. Ma femme qui Ă©coute le podcast trouve Ă©galement le rĂ©cit trop lent bien que beau et contemplatif.
- 57 minutes : « tu ne sais pas si tu suis la piste ou si c’est des flashs du pavot » formidable thĂšme dickien avec un possible glissement de rĂ©alitĂ© ?
- 58 minutes : définitivement trop de blancs, de lenteurs
- Source : humanoĂŻde qui boit l’eau : trĂšs inquiĂ©tant et mystĂ©rieux.
- « ĂȘtes-vous en train de suivre la piste ? » vous rebouclez avec les dieux (destin funeste) et le pavot : c’est brillant.
- Ta joueuse semble un peu intimidĂ©e par le mode dialogue du rĂ©cit. Elle semble plus Ă  l’aise dans les descriptions.
- tu as un petit tic , vous dites parfois « tu vois » qui parasite parfois le récit. tu as un registre de description surtout visuel.
- 1h09 : le bouquetin charge. Ma femme demande si c’est un jeu d’horreur ? Pour elle, il n’y a pas de frisson.
- Tu demandes Ă  la joueuse de dĂ©crire les consĂ©quences positives et nĂ©gatives d’un Ă©chec.
- 1h12 : c’est trop lent : c’est une scĂšne forte du rĂ©cit et tu lui poses des questions en amont qu’elle ne va pas utiliser vu que la bĂȘte est tuĂ©e d’une flĂšche en plein cƓur : tu as perdu du temps.
- La joueuse se blottit contre la bĂȘte : ma femme suggĂšre que une fois le bandeau retirĂ© et l’emprise de la drogue passĂ©e, le personnage dĂ©couvre avec horreur que ce n’est pas la bĂȘte qu’elle a tuĂ©e.
- 1h17 : il y a beaucoup de longueurs
- 1h19 : tu interroges beaucoup la joueuse. Toujours cette volontĂ© de ne rien imposer. De mon point de vue, il y a des moments  ou tu pourrais ĂȘtre plus directif sans craindre de brusquer la joueuse, cela dynamiserait ton rĂ©cit.
- 1h23 : à nouveau un mode trÚs introspectif et onirique. Le récit est une suite de questions réponses sur des thÚmes que tu proposes, voire tires aux dés.
- 1h25 : la joueuse suggĂšre que les piliers sont une salle de rĂ©union des dieux : c’est une idĂ©e brillante.
- 1h36 : la joueuse propose que le corbeau albinos l’accompagne : idĂ©e brillante.
- 1h40 : tu tires beaucoup d’élĂ©ments de contexte comme autant de contraintes imposĂ©es sur lesquelles tu peux appuyer ton imaginaire ainsi que ta joueuse.
- 1h47 : tu proposes Ă  la joueuse d’émettre des spĂ©culations : tu pratiques une forme de maĂŻeutique ludique en puisant dans les envies et l’imaginaire de ta joueuse la trame du rĂ©cit.
- 1h50 : idée géniale que tu proposes suite au dé : le glouton a perdu sa proie
- 1h55 : vision du cƓlacanthe qui traine la sƓur. Tu reboucles avec le dieu qui donne la chasse : c’est brillant
- Tu as sonorisĂ© la partie : j’ai beaucoup aimĂ© (je suis passionnĂ© par le shamanisme) ma femme a dĂ©testĂ© (selon elle ça n’apporte rien et ça frise le ridicule).
- 2h04 : tu laisses le choix entre une exploration et une pĂ©ripĂ©tie : cela t’oblige Ă  improviser en permanence et Ă  rĂ©agir Ă  ce que te proposes la joueuse. C’est une gymnastique mentale trĂšs intĂ©ressante. Le rĂ©cit me donne l’impression d’un dialogue improvisĂ©, suscitĂ© par des situations induites par des jets de dĂ©s. Un mĂ©lange de contraintes imposĂ©es et d’imaginaires. Une sorte de narration spontanĂ©e, un trip ludique.
- 2h09 : tu n’as aucun problĂšme avec les atteintes aux morts : tu es trĂšs prĂ©voyant et scrupuleux Ă  ne pas choquer ta joueuse (carte safe ?)
- RĂ©cit final de la mort du cƓlacanthe : tu aurais pu laisser la joueuse dĂ©crire sa victoire sur le monstre divin.
- L’enterrement de la sƓur : c’est une idĂ©e formidable qui boucle magnifiquement le rĂ©cit.
- Souvenir heureux : pour ma femme ça n’apporte rien
- Coup de thĂ©Ăątre final ; ça tombe vraiment Ă  plat ; je m’attendais Ă  un twist monstrueux Ă  ce moment la.
- Chanson finale : j’aime beaucoup

Conclusion :
J’ai adorĂ© : on avait un rĂ©cit initiatique, introspectif et shamanique. Sur la forme, c’est trĂšs original : des contraintes imposĂ©es par les dĂ©s sur lesquelles vous improvisez et brodez le rĂ©cit de façon collaborative, prĂ©venante et bienveillante. Parfois je pense que tu es trop en mode « safe » mais c’est un avis subjectif. Voila, un super trip ludique, une vrai narration spontanĂ©e trĂšs trĂšs originale
Un petit bĂ©mol : je n’ai pas du tout eu peur ni ressenti le moindre frisson d’effroi. Ce n’était peut-ĂȘtre pas le but recherchĂ© !
Pour ma femme : il faut mettre du rythme, ne pas suggĂ©rer ce que le PJ ressent mais dĂ©crire des faits ; arrĂȘter la « carte safe ». Tu fais plaisir Ă  la joueuse, ce qui est trĂšs positif. Tu es vraiment Ă  l’écoute, ce n’est pas une posture et c’est rare.
Un grand merci pour tout ce que tu fais ; je maitrise summerland qui est un jdr d’horreur forestiĂšre mais millevaux est bien supĂ©rieur !

Merci beaucoup Ă  toi Olivier et Ă  ta femme pour vos retours super pointus !

Dans l'ensemble, vos réflexions sur le rythme sont pertinentes. Si j'avais voulu faire du jeu d'horreur, je serais allé plus à l'essentiel :
+ Sans doute que j'aurais passé moins de temps à vouloir appliquer toutes les contraintes créatives.
+ J'aurais moins souvent demandé des permissions à la joueuse, dans l'esprit d'aller plus vite et de surprendre.
+ J'aurais trouvĂ© un mode de sĂ©curitĂ© Ă©motionnelle moins contre-immersif : plutĂŽt que de demander en avance si tel thĂšme peut choquer, donner un droit de vĂ©to Ă  la joueuse sous forme d'une carte X (qu'on peut supposer, vu que tous mes thĂšmes ont Ă©tĂ© validĂ©s, qu'elle n'aurait peut-ĂȘtre pas utilisĂ©)

Cependant, mon objectif Ă©tait ailleurs, plutĂŽt sur le cĂŽtĂ© intimiste, trip chamanique. Et aussi sur le cĂŽtĂ© "tester toutes les procĂ©dures du jeu" lĂ  oĂč une partie en full horreur aurait nĂ©cessitĂ© de simplifier. Claude FĂ©ry joue Ă  Bois-Saule en duo en faisant tous les tirages avant de commencer la journĂ©e, ça fluidifie beaucoup le jeu mais cela se fait gĂ©nĂ©ralement un peu au dĂ©triment des procĂ©dures : on l'aura compris, c'est la piste Ă  privilĂ©gier pour le jeu horreur.

IntĂ©ressant sur la remarque que je dĂ©cris surtout sur le visuel. J'essaye pourtant de penser aux autres sens (c'est un conseil aux MJ qui revient en boucle partout), mais peut-ĂȘtre que je n'y arrive pas toujours. Il est possible que les tables soient peu axĂ©es sur autre chose que le visuel.

Bois-Saule est initialement un jeu Ă  jouer tout seul, il est possible que cette adaptation en mode duo comporte des lourdeurs.

Pour le partage de la narration, il y a en effet des moments oĂč j'aurais pu davantage laisser la joueuse dĂ©crire, c'est en rĂ©flexion pour la rĂ©daction du mode duo de Bois-Saule.

Je te remercie d'avoir souligné le cÎté attentif de la maßtrise, j'ai par le passé brusqué un tas de joueurs et de joueuses, aujourd'hui j'essaye de prendre la sécurité émotionnelle trÚs au sérieux.

Au cas oĂč tu l'aurais loupĂ©, il y a une autre sĂ©ance de Bois-Saule dans un esprit trĂšs similaire : https://www.youtube.com/watch?v=5agENbSkkEU


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#5 29 Oct 2019 10:05

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
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Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

ET DES LOMBRICS

Claude Féry adapte ce jeu solo en jeu à deux pour une version magnéto. A écouter si vous ne craignez pas les lombrics et tout ce qui fouaille dans le sol

Le jeu : Bois-Saule, errance en solitaire dans les tĂ©nĂšbres sauvages de la forĂȘt de Millevaux

Joué le 26/02/2019

Lire / télécharger la création de personnage (mp3)
Lire / télécharger la partie (mp3)

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Dan Brekke, cc-by-nc, sur flickr


Voici le témoignage audio de ma tentative premiÚre de Bois-Saule
Je ne suis pas un grand adepte du jeu en solitaire et j'avais un peu peur d'affronter seul Millevaux alors j'ai demandé de l'aide à Xavier qui voulait que nous jouions tous les deux le mardi soir.
Alors nous avons joué et cela nous a beaucoup plu.
Bonne Ă©coute


RĂ©ponse de Thomas :

Je vais Ă©couter ça avec grand intĂ©rĂȘt ! Figure-toi que j'avais justement pressenti la possibilitĂ© de jouer Ă  deux Ă  Bois-Saule, une personne s'arrogant le personnage, une autre gĂ©rant plutĂŽt le dĂ©cor et les figurants. Doinc je suis ravi que tu l'ais pressenti Ă©galement, et testĂ©. Je suis trĂšs curieux de voir ce que ça donne. [Post-note : j'ai moi-mĂȘme testĂ© la formule plus tard, voire ces deux parties enregistrĂ©es :
L’apprenti qui m’aimait
La chasse aux dieux


Retour de Thomas aprĂšs Ă©coute :

A. Il y a un plaquage immersionniste qui empĂȘche de voir la mĂ©canique, du coup je serais curieux de savoir si tu as utilisĂ© toutes les contraintes du jour ou seulement quelques unes.

B. Comme tu prends une voix pour faire le MJ, on dirait que le MJ est une voix dans la tĂȘte du perso

C. J’ai supposĂ© que la fin de la journĂ©e tombait sur « un doute Ă©mis ». j’ai bon ?


RĂ©ponse de Claude :

A. C. Oui
J'ai suivi tout sauf manifester la prĂ©sence du destin fatal et  l'almanach que j'introduis qu' en fin de journĂ©e. Notre pĂ©ripĂ©tie Ă©tait l'exploration, en l'occurrence l'usine de produits chimiques voisine. ConsidĂšres-tu que je me suis trop Ă©loignĂ© de ce tu entendais diffuser ?

B. Je me suis imaginĂ© ĂȘtre son goupil, au sens d'Arbre... Alors j'ai rĂ©ussi


Thomas :

A. Personne n'a à te dire comment jouer et surtout pas moi qui souhaites justement que Millevaux m'échappe. C'est juste que si j'avais fait jouer cette partie en duo, j'aurais sans doute verbalisé les jets de dés. Mais ton approche de taire les jets de dés est correcte, elle est juste plus immersionniste.

Claude :

En l'occurrence aprÚs avoir créé le personnage de Léo et que Xavier en ait fait la présentation j'ai demandé à Xavier des lancers de dés en indiquant le point concerné et lui donnant le résultat pour peu qu'il ne le spolie pas de sa découverte.
J'ai le témoignage audio de la présentation si ça t intéresse.

Voici le lien vers le seul élément extérieur aux procédures de Bois-Saule

Thomas :

Ah oui, il est totalement badass cet escargot qui aspire les vers de terre comme des spaghettis !


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#6 10 Dec 2019 09:31

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

LA MORT DE LA VIEILLE DAME

Une rĂ©Ă©dition de l'expĂ©rience Bois-Saule Ă  deux, pour un Ă©pisode trĂšs introspectif oĂč le jeune LĂ©o se confronte Ă  la finitude de toute vie. Un enregistremenet et un rĂ©cit par Claude FĂ©ry !

Le jeu : Bois-Saule, jeu de rĂŽle pour errer dans les tĂ©nĂšbres sauvages de la forĂȘt de Millevaux

Joué le 05/03/2019

Lire / télécharger la partie audio

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Neal Sanche, cc-by-nc, sur flickr.com


Le jeu :

Je précise par ailleurs que Xavier et moi avons convenu d'un roleplay hebdomadaire, le mardi soir, jusqu'à ce que nous nous lassions des aventures de Léo
Dans les procédures, selon Xavier, il manque une étape concernant le nom du personnage

Mon retour personnel aprÚs deux sessions jouées
J'apprĂ©cie tout particuliĂšrement la lĂ©gĂšretĂ© du systĂšme. Je dois ajouter que dans mon esprit, le jdr solo consiste Ă  se focaliser sur un seul personnage, et j'ai souvent pratiquĂ© de la sorte (ADC, lĂ©gendes, RdD). Mais solo dĂ©signe une pratique solitaire et logiquement une seule joueuse. Toutefois, en dehors des "livres dont vous ĂȘtes le hĂ©ro", je n'ai pas pratiquĂ© le jdr de la sorte et pour l'instant cela ne me tente pas. J'Ă©prouve le besoin de partager avec une autre joueuse l'expĂ©rience. Seule expĂ©rience reconduite et apprĂ©ciĂ©e : Happy.
Je suis ravi que Bois-Saule s'adosse Ă  l'Almanach.
Je n'ai pas encore matérialisé le tarot de l'oubli et surtout je ne l'ai pas fait intervenir dans notre expérience de Bois-Saule. Cela manque à mon appréciation et à notre jeu.
Le caractÚre aléatoire de l'aventure a fait que nous avons obtenu deux fois exploration. Nous l'avons joué sous forme d'une introspection, Xavier étant peu désireux d'explorer. (Questionnement préalable de la joueuse sur le mode de la clé des nuages).
Xavier avait été trÚs enthousiasmé par son expérience avec Milky Monsters, mais il préfÚre de loin son expérience avec Bois-Saule.
Hier, il a été confronté à la mort, Mais pas de façon guerriÚre ou violente. Juste une vieille dame qui meure en lui donnant la main. Il a été trÚs touché et a beaucoup aimé.

Je considÚre Bois-Saule comme un jeu profond, trÚs riche et doté d'un énorme potentiel

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RĂ©ponse de Thomas :

Merci pour ce retour d'expérience !

Suivant les conseils de Xavier, je vais rajouter une table alĂ©atoire de noms, en prĂ©cisant que ce n’est pas le nom de naissance (celui-ci a sombrĂ© dans l'oubli). Qui connaĂźt le nom de naissance d'une personne peut avoir du pouvoir sur elle, mais en le connaissant soi-mĂȘme on regagne du pouvoir pour soi-mĂȘme)

Mon retour aprĂšs Ă©coute :
Un Ă©pisode trĂšs Ă©trange (la musique joue pour beaucoup). Le renard qui crache est flippant. A la demande de LĂ©o, tu n’as pas fait d’exploration, et du coup vous ĂȘtes parvenus sur la scĂšne avec la mort de la femme. Est-ce que ça correspondait Ă  une introspection, ou Ă  une pĂ©ripĂ©tie, ou Ă  une scĂšne libre ?

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RĂ©ponse de Claude :

J'ai considéré que le renoncement à l'exploration, par crainte de rencontrer un horla, (aveu à posteriori de Xavier) menait à une forme d'introspection.
C'est l'échec d'une exploration que nous avons joué.
Xavier Ă©tait trĂšs Ă©mu par la rencontre.
Lorsqu'il a entendu Gabriel Ă©voquer SA partie de Bois-Saule Ă  lui, il Ă©tait trĂšs agacĂ©. Je lui ai depuis expliquĂ© que j'entendais mĂȘler Bois-Saule DĂ©gringolade et Les Brimbeux et il l'a acceptĂ©. Mais Bois-Saule demeure, pour lui, son truc Ă  lui.
Je pense que Bois-Saule incite fortement à développer un jeu intime et lyrique.
Du moins c'est lĂ  mon ressenti.
La musique choisie répond à cette considération. Le minimalisme répétitif de Morton Feldman est tout indiqué.
Dans l'épisode suivant j'ai délaissé les procédures pour explorer un aspect laissé dans l'ombre des deux premiers et le lier aux Brimbeux.


RĂ©ponse de Thomas :

Je suis trÚs heureux de constater le sentiment d'expérience intime et personnelle que ressent Xavier à jouer Bois-Saule. C'était le but :)

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Auteur de Millevaux.
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#7 27 Feb 2020 07:05

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
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Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

TU SE MOQUES

Un épisode intense marqué par l'oubli qui remet tout en doute. Un enregistrement par Claude Féry.

Le jeu : Bois-Saule, jeu de rĂŽle pour errer dans les tĂ©nĂšbres sauvages de la forĂȘt de Millevaux

Joué le 12/03/2019

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Giles Watson, cc-by-sa

Le mardi nous jouons Ă  Bois-Saule
En voici le témoignage audio
Je trouve cet Ă©pisode intense,
Xavier à beaucoup apprécié. Beaucoup de bleed.
Bonne Ă©coute


Retour de Thomas aprĂšs Ă©coute :

TrĂšs intĂ©ressant l’interrogation sur l’ñge de LĂ©onard d’eau et depuis combien de temps ils sont ensemble, et sur qui Ă©taient ses anciens amis : l’oubli remet tout en doute.

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Épisodes prĂ©cĂ©dents de la campagne des Brimbeux :

* : partie enregistrée
** : partie enregistrée, sans compte-rendu écrit

1. Les Brimbeux*
Premier test du jeu par Claude, Gabriel et Mathieu FĂ©ry. CrĂ©ation de personnages et menues pĂ©ripĂ©ties autour d’un cadenas mĂ©moriel et d’une crĂȘte de punk.

2. Trouille *
Suite de la campagne menĂ©e dans les hortillonnages normands, une petite Venise maraĂźchĂšre hantĂ©e par de dangereux horlas Ă  tĂȘte de courge. Avec un test de « pas de cĂŽté » sur la prise de narration lors des jets de dĂ©s.

3. Le voleur de gidouille *
Une partie toute en narration, avec d’étranges rencontres et d’étranges reliques.

4. Que meure la bĂȘte **
Une séance entiÚre de planque pour échapper au monstrueux propriétaire de la gidouille.

5. Mala **
Une partie des plus Ă©tranges au cƓur de la forĂȘt hantĂ©e par un horla, sans presque aucun jet de dĂ©s.

6. Je suis un Caillou *
Quand l'égrégore permet toute la puissance d'une chanson. Suite de la campagne des Brimbeux avec un détour mécanique par le jeu de rÎle SÚve !

7. Écoute **
Un Ă©pisode marĂ©cageux en quĂȘte de nourriture et d’un copain disparu. Une partie rythmĂ©e par une scansion hallucinĂ©e tirĂ©e d’une fiction audio de Carine Lacroix.

8. Kipande, les Galeux *
Un interlude Ă  la campagne des Brimbeux, jouĂ© avec SĂšve, l’occasion d’un pĂ©riple en barque ronde sur les terres inondĂ©es des hortillons, avec un accent toujours plus mis sur la mise en scĂšne et la narration.

9. Samaël *
Alors que la terre est de plus en plus soumise au déluge, un jeune vacher rejoint le groupe des brimbeux.

10. Alphonse *
Alternance de paysages et de rencontres Ă©tranges, et interrogation sur le jeu descriptif VS les Ă©motions des personnages.

11. Rouge *
Une exploration de la forĂȘt du dessous.

12. Marie *
Suite des pĂ©rĂ©grinations des petits brimbeux dans la forĂȘt du dessous, avec la rencontre de ses Ă©tranges habitants
 et d’une femme astronaute. La collecte des noix pour les futurs rĂȘves a commencĂ©.

13. Le Crafougna **
Une exploration de la forĂȘt du dessous qui se solde avec la rencontre d'un croquemitaine issu de cauchemars enfantins... et un choix difficile.

14. Aux jours d'hier, la ronde de l'ou li **
Les personnages, devenus mĂ©mographes vont rencontrer une vieille femme qui confond les diffĂ©rents personnages incarnĂ©s par la mĂȘme personne et affronter une tempĂȘte d'Ă©grĂ©gore.

15. Les CƓurs Secs **
Suite de la campagne Les Brimbeux, accompagnĂ© d’un trĂšs beau poĂšme Ă©pique. Un enregistrement de partie par Claude FĂ©ry.

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Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie crĂ©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#8 27 Mar 2020 12:19

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
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Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

LA GESTICULE DES BUVEURS DE PLUIE

A la recherche des gouttes de pluie et des souvenirs qu’elles contiennent, une session oĂč le joueur prend le pouvoir ! Un rĂ©cit, un enregistrement et une vidĂ©o par Claude FĂ©ry

Le jeu : Bois-Saule, jeu de rĂŽle pour errer dans les tĂ©nĂšbres sauvages de la forĂȘt de Millevaux

Joué le 19/03/2019

Suite de la campagne Les Brimbeux. Voir la liste des épisodes précédents.

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Frida, cc-by-nc, sur flickr

Hier, nous avons joué à Bois-Saule avec Xavier la quatriÚme journée des aventures de Léo et Léonard d'eau, intitulé la gesticule des buveurs de pluie.
Xavier a été surprenant
Il est beaucoup intervenu et a ménagé le coup de théùtre attendu
Seul la phase de répit n'a pas été jouée.
Une belle session

Voici le témoignage audio de 1h15

Voici la feuille de personnage tapuscrit de LĂ©o

https://drive.google.com/file/d/1eRS_FZ 
 p=drivesdk

Voici les procédures

Voici le montage "vidĂ©o" utilisĂ© pour  "l'atmosphĂšre" de la partie

Voici la préparation non préparation ou feuille de route pour la partie


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photo : Claude FĂ©ry, par courtoisie

La préparation

Bois-Saule : quatriÚme journée.

Mon destin funeste : la papesse, un horla se nourrit des sacrifices.
Une question : pourquoi les renards contractent-ils la rage ?
Ma quĂȘte : pouvoir voler
Mes deux symboles : gentillesse, amour.

L’almanach nous indique :

Marche

19
Nous sommes sortis de nos abris aprĂšs la tempĂȘte d'Ă©grĂ©gore. Tout autour de nous, trophĂ©es, membres,
bijoux, statues. Une forĂȘt de symboles.

20
Dans l'Arbre des Sephiroth, Shub-Niggurath est « Daath »,
le cercle caché, la bibliothÚque cosmique de toutes les mémoires de l'univers.

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photo : Claude FĂ©ry, par courtoisie

Surnature nous renseigne :

Pour certains, les souvenirs sont plus précieux que le présent.

L'humus est le compost de nos souvenirs abandonnés.
Y plonger Ă  perte de rĂȘves, jusqu’à les user, les souiller ou exhumer la perle rare comme une fleur qui pousse
sur la charogne.

Retrouver un souvenir au risque de retourner dans le passĂ©. Je poisse de nostalgie. Elle remplace bientĂŽt ma sueur. Elle devient mon odeur. J’ai perdu mon sol. Va voix s’étiole. Je deviens gris. Le temps me fuit ou je fuie le temps. Les Ă©poques me traversent. Je deviens puits. Mes larmes ruissellent en perles de souvenirs. Les lavandiĂšres de souvenirs viendront bientĂŽt ĂŽter la souillure des eaux puisĂ©es dans mon caveau.

Le problĂšme des mĂ©moires n'est pas qu'elles se perdent, c'est qu'elles restent, mĂȘme aprĂšs la mort.
Elles pùsent. Elles engluent. La grisaille s’installe. Les chairs prennent la consistance de la craie. Le regard s’embue des boues des regrets.

Notre passĂ© et notre mĂ©moire s’enkystent dans nos corps, (enquĂȘteur de la chair, braconniers de la chair qui volent des membres pour les revendre comme souvenirs), alchimie de la mĂ©moire : extraire la quintessence d'une rĂ©miniscence puisĂ©e dans un corps, transformer le souvenir d'un autre en un souvenir Ă  soi, pour soi.
Un acte ultime d’égoĂŻsme qui fait rejaillir l’autre.

Les douleurs du passé sont sédimentées dans notre peau.

La douleur du souvenir fantĂŽme.

L'opium jaune comble le manque créé par l'oubli.

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Le Tarot de Marchebranche, photo par Claude FĂ©ry (par courtoisie), illustrations par Thibault Boube (C)

« Chaque Oubli est un pardon ».

Ma mémoire est un feuillage que souffle le vent. Feuilles de visages, de mots et de gestes emportés par la bise entre les arbres narquois.

Injecter de l'eau dans le cerveau d'enfants encore innocents, puis l’îter pour se dĂ©lecter leur mĂ©moire sous forme de jus.

Des ĂȘtres et des choses disparaissent parce que le monde les a oubliĂ©s.

De microscopiques chansons de geste ordinaires : les gesticules.

"Deux moyens de paiement pratiqués à Millevaux :

La petite obole : on paye en racontant un souvenir. La grande obole : le souvenir est définitivement perdu, il
devient la propriété de l'acheteur, le vendeur est atteint d'une profonde sensation de manque.

La petite contre-obole : on paye en racontant un de ses regrets ou un de ses remords. La grande contre-
obole : l'acheteur obtient la propriété du regret ou du remords, ainsi il achÚte une partie de la vie ou de la
vie potentielle du vendeur, qui devient la sienne (par ex : je raconte que je regrette de ne pas avoir épousé
une telle : maintenant c'est l'acheteur qui l'épouse / je revends mon remords d'avoir tué mon pÚre et
l'acheteur se sert de cette information contre moi comme preuve formelle, ou le pĂšre revient mais sait que
j'ai voulu le tuer, ou je n'ai plus aucun remords et je deviens un monstre, etc.)".

extrait et réinterprété de Les mots, la mort, les sorts de Jeanne Favret-Saada :

-« Êtes-vous forte assez, jeune Ăąme ?
Pour ma part j’ai le sang faible
Mais que dire des buveurs de pluie
Ils mĂšnent une guerre Ă  outrance contre la souillure
Ils guettent la moindre goutte de pluie
Pour eux leur vie est suspendue Ă  une goutte
Et pourtant, cette averse qui s’en vient les noira
C’est dĂ©luge
C’est une pluie vile
Il ne m’écouteront pas, car j’ai le sang faible.

Je suis
celui sur qui on
se doute

Mais toi,
peut-ĂȘtre... »

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Le Tarot de Marchebranche, photo par Claude FĂ©ry (par courtoisie), illustrations par Thibault Boube (C)

Thomas :

A. Merci pour ce montage audiovisuel ! Cela peut constituer une aide de jeu intéressante pour la communauté !

B. La préparation s'étoffe par rapport aux procédures habituelles. Intéressant de voir que tu pioches des éléments de Surnature et y ajoute tes réflexions personnelles, plus tes recherches iconographiques habituelles et tes variations de setting (je devine un contexte aride avec ces "chercheurs de pluie".
Etant moi aussi "pris" dans la lecture de Les mots, la mort, les sorts, je ne puis qu'apprécier la référence.
Attention bien sĂ»r Ă  ce que la surprĂ©paration n'entraĂźne pas une asymĂ©trie de parole trop grande lors de la partie (je dis ça avant d'avoir Ă©coutĂ©) : il faut ĂȘtre prĂȘt Ă  ne pas utiliser tous les Ă©lĂ©ments, ou Ă  le faire de façon succinte pour laisser de la place aux initiatives et Ă  la parole de LĂ©o.


Claude :

Rassure toi, Xavier a beaucoup parlé et je suis loin d'avoir employé tous les éléments préparés.
XAVIER a été à l'origine de la survenance d'une forte adversité (possession par un esprit mauvais) qui a tenu la dragée haute aux figurants et grandement enrichi et modifié la fiction

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photo : Claude FĂ©ry, par courtoisie

Thomas, retour aprĂšs Ă©coute :

A. Flippant le moment oĂč Xavier joue un LĂ©o possĂ©dĂ© (Ă©tais-tu au courant?)
Xavier a-t-il connaissance des procédures de Bois-Saule ?

B. A deux reprises LĂ©o (possĂ©dĂ© par Cara) veut frapper (le renard, puis l’homme champignon) et toujours tu dis que le coup ne porte pas. Comment gĂšre-tu ça en matiĂšre de contrat social ?

C. Encore une partie sans un seul jet de dĂ©:) J’ai le sentiment que tu es de plus en plus freeformiste, et que finalement les outils de systĂšme que tu recherches sont avant tout des sources d’inspiration, comme ici les contextes / inspis de Bois-Saule. Pour la rĂ©solution un simple Inflorenza Minima / rituels des Sentes / Inflorenza Comedia / ou Millevaux choc en retour me semblerait te suffir, mĂȘme le systĂšme de rĂ©solution de Bois-Saule me semble trop lourd pour vos pratiques

D. Est-ce que Cara était le coup de théùtre mis en place par Xavier ?

E. IntĂ©ressante synchronicitĂ© que Xavier se surprenne Ă  jouer Cara, et se fasse peur Ă  lui-mĂȘme

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photo : Claude FĂ©ry, par courtoisie

Claude :

A. Je n'étais pas informé de son intention.
Pour les procédures nous avons lu ensemble
Il a lancé les dés Je lui ai communiqué les résultats
J ai réfléchi cinq minutes
Nous avons fait une minute de silence et zou !
Au montage j'ai du couper deux bafouillages et des bruits mécaniques transmis à l'enregistreur.
Le témoignage est trÚs fidÚle à notre partie.

B. ça, c'est le plus complexe à évoquer pour moi.
Je reste sur une interprĂ©tation en fil rouge, de LĂ©onard d'eau comme la conscience de LĂ©o. Il ne peut dĂšs lors le blesser rĂ©ellement. En revanche, il l'a effrayĂ© et s'est effrayĂ© lui-mĂȘme. A l'annonce de la fuite du renard, Xavier a paniquĂ©. Sur son visage j'ai lu une foule d'Ă©motions contradictoires. Il m'a dit que c'Ă©tait rĂ©trospectivement le moment le plus intense de la session. Sa conclusion sur l'instant a Ă©tĂ© d'agiter les pouces frĂ©nĂ©tiquement. Une rĂ©elle panique.Il adore son goupil. Il aime se chamailler avec lui. Mais il y tient Ă©normĂ©ment. Il ne s'est donc pas senti flouĂ© de ne pas avoir pu le blesser rĂ©ellement. Je pense que j'ai lĂ  jouĂ© mon rĂŽle de Confidente, alternant entre une certaine forme de cruautĂ© et une grande bienveillance. Ma vision de LĂ©onard en tant que goupil est d'ailleurs confortĂ©e par la rĂ©flexion qu'il a lĂąchĂ©e spontanĂ©ment, "mais un renard ça ne parle pas ! ça ne se peut pas ! (premiĂšre journĂ©e) pour se raviser aussitĂŽt avec quelque chose au fond du regard qui disait le plaisir de la dĂ©couverte d'un petit trĂ©sor Ă  lui, LĂ©o et Xavier.
Pour moi dans ma tĂȘte c'est LĂ©onard de l'Ăźle aux enfants qui vit dans sa paniĂšre et plaisante avec Casimir.

Pour ce qui concerne le "champignon" c'était pour moi la rencontre, la découverte incomprise de Léo, de la déité horla qui se révÚle à lui (je jouais les procédures et sa lame du tarot de l'oubli). Et l'idée que je me faisais de ce vieux champignon, que j'ai à d'autres occasions nommé "la Reine du Bois", ne permettait pas qu'un gamin de dix ans armé d'une lance de fortune ou d'une veille épée exhumée des réserves d'un archéodrome du temps jadis puisse l'éventrer séance tenante, fusse-t-il possédé par un esprit néfaste. Les armes matérielles portées par Léo ne pouvaient en aucun cas l'atteindre. La fumée au bout de la flÚche explosive qu'il a invoqué pour tuer les pauvres buveurs de pluie sans aucun doute, ou à tout le moins l'affaiblir le repousser. Mais ce n'est pas ce que Xavier m'a proposé alors.
Pour moi c'est l'avatar de l'esprit qui ronge Dégringolade. Ni bon, ni mauvais. Cette "puissance" investit de son verbe le jeune gamin, le désigne en héraut pour qu'il préserve les vies des buveurs d'eau exposées à une pluie acide.
Mes buveurs de pluie sont des glaneurs errants qui se préservent illusoirement de l'emprise en ne buvant pas l'eau souillée des riviÚres et des retenues d'eau mais en buvant l'eau "pure" du ciel. Je ne pouvais donc lui accorder que ses assauts portent. Il était au creux de l'arbre-mÚre, dans le domaine de la Reine du Bois, et la puissance de Cara, que j'imagine comme une entité de cauchemar au sens de RdD ne faisait pas le poids. L'affrontement n'était pas la solution. Et je trouve que mon improvisation, transformer la lame dorée du passé en un bouquet de fleurs qu'il offre aux buveurs de pluie fait image. Les fleurs se fanent au contact de l'esprit étroit des errants cependant. Il y une cohérence. L'histoire se construit progressivement. Il n'a pas ressentit de restriction à son agentivité. Il s'est dit aprÚs coup, et c'est la question d'ouverture de mon prochain épisode, qu'il aurait du reprendre la créature de fumée de l'almanach pour rendre tangible la présence de Cara dans cette scÚne avec le vieux buveur d'eau.
Cette invulnérabilité apparente de certains figurants rejoint celle des créatures du mythe dans AdC ou ses variations indépendantes.

TroisiĂšme pelure d'oignon de cette question Ă  tiroir : la violence des personnages de Xavier et Gabriel. Les premiers personnages de Gabriel Ă©taient plutĂŽt des psychopathes ultra violents. Xavier, mĂȘme s'il s'effraie parfois d'Ă©lĂ©ments assez surprenants, est prompt Ă  donner la mort. Je pense qu'en tant que pĂšre, je me dois les inciter Ă  une autre approche. Si la violence physique, verbale, sous toute ses formes, est prĂ©sente dans nos univers fictionnels, sans proposer une vision trop bisounours, je dois valoriser, rĂ©compenser inciter Ă  toute initiative  de substitution Ă  la celle-ci. C'est peut-ĂȘtre contradictoire avec la noirceur que j'offre en pĂąture Ă  leurs personnages, mais j'Ă©prouve souvent le besoin de dĂ©tourner les gestes les plus brutaux des personnages, parce qu'ils me rĂ©vĂšlent sans doute une part de leur personnalitĂ© que je ne suis pas prĂȘt, disposĂ© Ă  rencontrer.

C. "Encore une partie sans un seul jet de dĂ©:)" :  J'ai utilisĂ© les dĂ©s mais avant la fiction, un peu Ă  la Abstract Donjon. Nous avons vraiment dĂ©composĂ© les Ă©tapes, suivi scrupuleusement les procĂ©dures de Bois-Saule Ă  ma connaissance au moment ou nous avons commencĂ© Ă  jouer. Xavier Ă©tant manifestement d'humeur espiĂšgle, et trĂšs disposĂ© Ă  jouer, je souhaitais que la session soit l'occasion d'une exploration intense. Le jet de dĂ©s et l'explication sont pour moi un frein Ă  l'immersion lorsque nous jouons en proximitĂ© (de part et d'autre d'une vieille table de formica des annĂ©es 70). Nous avons pu ainsi jouer sur des rapports tactiles en rĂ©sonance avec la fiction en dĂ©veloppement. J'ai manipulĂ© un galet que je lui est remis lorsqu'il l'a repĂȘchĂ© au fond de sa poche trouĂ©e. Je n'ai pas de rĂ©pugnance au systĂšme de rĂ©solution complexe. J'ai utilisĂ© longtemps lĂ©gendes celtiques avec un copain ou menĂ© de longues campagnes avec Rolemaster ou RĂȘve de Dragon. Dans ces contextes le systĂšme servait l'histoire et la façon dont elle se construisait. Ici avec Xavier nous jouons des mĂ©chantes petites histoires pour se faire peur avant d'aller se coucher comme les grands. Xavier m'a expliquĂ© longuement, mais aprĂšs coup le choix de ses deux symboles. Il souhaite maintenir Ă  distance les horlas qui lui font peur et pouvoir les dĂ©faire sans coup fĂ©rir, mais il veut aussi des histoires intenses. Il m'a reparlĂ© du plaisir qu'il a Ă©prouvĂ© Ă  ressentir de la tristesse pour la mort de la vieille femme.

CÂČ "J’ai le sentiment que tu es de plus en plus freeformiste, et que finalement les outils de systĂšme que tu recherches sont avant tout des sources d’inspiration, comme ici
les contextes / inspis de Bois-Saule. Pour la rĂ©solution un simple Inflorenza Minima / rituels des Sentes / Inflorenza Comedia / ou Millevaux choc en retour me semblerait te suffir, mĂȘme le systĂšme de rĂ©solution de Bois-Saule me semble trop lourd pour vos pratiques."
Sans prétendre à une connaissance fine des théories rÎlistes, je lis réguliÚrement les articles dans le but de les relier à ma pratique et à l'amender, l'améliorer.
A titre personnel, je recherche l'intensité de l'émotion, accompagnée d'une bonne dose d'esthétisme au service d'une histoire.
Dans la mesure ou les Ă©motions naissent, Ă  mon sens, de la fragilitĂ© des personnages, de leurs fĂȘlures, qu'ils connaissent et dissimulent, (intĂ©rĂȘt majeur de la mĂ©canique double d'Arbre) ou ignorent, les protagonistes de nos fictions demeurent au centre de nos prĂ©occupations, mais j'Ă©prouve des difficultĂ©s Ă  assimiler les systĂšme propulsĂ© par l'Apocalypse qui le rĂ©alise, de mon point de vue, au dĂ©triment soit de la cohĂ©rence de l'univers, soit de la profondeur du personnage.
Les mécaniques OSR sont merveilleuses pour éprouver le manque, la perte, mais peuvent à la longue conférer une certaine aridité aux rapports entre les personnages et les figurants. J'ai abandonné Arbre pour aller vers écorce, fripouille, sÚve dans cette optique.
Je n'ai donc pas de religion.
Et plutÎt que d'avoir un outil tout terrain grossier mais robuste je préfÚre changer de monture à chaque phase de notre exploration.
Toutefois, plus les mécaniques sont simples, plus elles permettent une rapide assimilation de la table pour se focaliser sur l'aspect désiré.
Si je comprends ton article récent sur ton abandon des pico games au profit des jeux profonds, je reste indécis et changeant.
Mais tu as raison en ce moment, je ne lance que trÚs peu les dés.
Demain soir, nous devrions passer par un épisode La conscience du fer-blanc couplé à Dégringolade et donc ne pas utiliser de dés.
En revanche, au moment ou nous entrerons en Little Ho il en sera autrement.
Et là, dans l'instant, j'hésite encore sur l'ordre des événements, une phase Little-Ho ou weird sci-fi ?
L'un comme l'autre si nous nous orientons, sur de la mission ou du conflit, peut-ĂȘtre que j'emploierai des mĂ©caniques plus tactiques et peut-ĂȘtre m'essayerai-je Ă  CerbĂšre ou Shell Shock.

D. Oui et il en Ă©tait trĂšs fier !

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photo : Claude FĂ©ry, par courtoisie

RĂ©ponse de Thomas :

B. TrĂšs intĂ©ressant cette explication. On voit que l'enregistrement de partie Ă©choue Ă  tous nous transmettre : nous n'avons pas accĂšs Ă  vos expressions faciales, votre gestuelle, et tout simplement ce qui constitue votre complicitĂ© et votre tacite comprĂ©hension mutuelle au fil des parties. Ce qui Ă  l'Ă©coute pourrait ĂȘtre ressenti comme une entorse Ă  l'agentivitĂ© des personnages se justifie ici soit par des raisons de canon esthĂ©tique (certaines crĂ©atures "lovecraftiennes" sont trĂšs peu vulnĂ©rables) ou de sĂ©curitĂ© Ă©motionnelle. J'aime beaucoup la mention aux pouces baissĂ©s de Xavier pour faire redescendre la pression qu'il s'est lui-mĂȘme mis en remettant son personnage au main d'un esprit malfaisant, et la mention de ta propre rĂ©pugnance Ă  l'emploi systĂ©matique de la violence. Quand j'ai dĂ©veloppĂ© Arbre, j'ai Ă©mis le souhait de pouvoir jouer en se passant d'un systĂšme de rĂ©solution qui fasse l'arbitrage des difficultĂ©s : le contrat social, l'entente des joueuses me semblait pouvoir y supplĂ©er. J'avais alors dĂ©terminĂ© une façon de codifier tout ça dont les pouces et le goupil sont le reliquat. Donc, je suis trĂšs satisfait de voir que ce projet se met effectivement en oeuvre Ă  d'autres tables que la mienne.

C. Mon interprétation était donc erronnée. J'aurais pourtant dû m'en douter à la lecture des supports écrits associés à cette partie. C'est intéressant cette position de faire les jets de dés au début, pour ensuite jouer en mode immersionniste, sans jeter les dés durant la partie.

CÂČ IntĂ©ressant ton dĂ©veloppement. Pour ma part, je suis en effet actuellement plus focus sur les jeux profonds qu'on rejoue beaucoup mais de mĂȘme je ne suis pas entrĂ© en religion, il est bien possible que je ressortes mes bons vieux jeux spĂ©cialisĂ©s Ă  l'occasion :)


Auteur de Millevaux.
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#9 16 Oct 2020 06:31

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

NIHILL

Chasser ou se faire chasser ? Une absurde danse du chat et de la souris. Un récit par Damien LagauzÚre

(temps de lecture : 16 minutes)

Le jeu : Bois-Saule, jeu de rĂŽle solo pour vagabonder dans les tĂ©nĂšbres sauvages de Millevaux. 

Joué le 14/02/2019

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uncoolbob, cc-by-nc, sur flickr

Pour reprendre la terminologie de Sombre, je dirai que c'est un quickshot car je l'ai voulu exprĂšs court. mais bon, ça aurait pu durer trĂšs trĂšs longtemps ^^ d'ailleurs, je me disais aussi que ça pouvait servir pour jouer des voyages, en solo ou pas d'ailleurs. dans le cadre d'un campagne sur table, un perso pourrait trĂšs bien devoir se rendre seul quelque part, ou rejoindre les autres s'ils ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s. il peut alors jouer le trajet en solo  en tout cas, j'ai eu un bon ressenti en jouant. je sais pas si ça se sent en lisant mais c'Ă©tait chouette

MON DESTIN FATAL
    Le Jugement : Devoir sacrifier les siens ; pour un idĂ©al supĂ©rieur, une personne sacrifie un ĂȘtre proche.
    La Roue de la Fortune : Pour guĂ©rir son amour transformĂ©e en hĂ©risson, une personne transforme les membres de sa famille pour en comprendre le processus.

CHASSER ET SE FAIRE CHASSER
    Quelque chose en a aprĂšs moi. Je ne sais pas ce que c'est. C'est une prĂ©sence invisible. C'est nĂ©faste. Ça me traque. Ça joue avec moi un jeu malsain du chat et de la souris.
    Moi aussi, je traque. Je traque les indices. Du plus loin que remonte mes souvenirs, je suis seul. Mais il est impossible que je l'ai toujours Ă©tĂ©. Je serais mort si personne n'avait pris soin de moi, si personne ne m'avait enseignĂ© Ă  vivre et survivre dans cette forĂȘt. Pourquoi je ne me rappelle de rien ? Cette sĂ©paration, cette coupure, n'est pas sans signification. Le destin, ou autre chose, m'a coupĂ© de ceux qui ont pris soin de moi pour une raison bien prĂ©cise que je ne connais pas. Alors je traque chaque indice qui pourra me rĂ©vĂ©ler quel est mon destin.

UNE QUESTION ET UNE CERTITUDE
    Quel est le sens de ma solitude ?
    Je suis certain que quelqu'un ou quelque chose prĂ©side Ă  ma destinĂ©e. On, mais qui et pourquoi ?, veut m'Ă©loigner ou me prĂ©cipiter vers ce destin qui est le mien. J'ai un rĂŽle Ă  jouer !

UNE CROYANCE
    Je crois en l'existence d'autres mondes. On ne peut pas changer Millevaux, rendre cette forĂȘt meilleure, mais on peut aller... ailleurs.

UNE VERTU ET UN VICE
    Une vertu ? La TempĂ©rance. L'humilitĂ© et la modestie sont deux vĂ©ritables valeurs faisant office de pilier pour moi. La simplicitĂ© matĂ©rielle est pour moi la garantie d'une richesse intĂ©rieure. Cette richesse est partout avec moi. Je n'ai pas besoin de palais ni de coffre pour l'entreposer. Elle est en moi. Cette richesse spirituelle fait de moi un prince oĂč que je sois. Infinie, elle ne pĂšse rien et me permet de voyager sans me prĂ©occuper de qui pourrait bien me la voler. Cette richesse ne se vole pas. Elle se partage avec plaisir.

    Un vice ? J'avoue pouvoir parfois cĂ©der Ă  la colĂšre...

UN SOUVENIR QUI ME HANTE
    J'ai tout oubliĂ© de ma vie d'avant la solitude sauf... Ce moment oĂč, retenu captif par un groupe de prĂ©dicateurs fous, ces derniers ont cru bon de me dĂ©figurer en usant sur moi de leur magie malĂ©fique. La partie gauche de mon corps est couverte d'horribles cicatrices semblables Ă  des brĂ»lures. Mais, pire encore, ils ont fait apparaĂźtre un 3Ăšme Ɠil sous mon Ɠil gauche. Il est valide comme les deux autres. Au dĂ©but, j'ai eu un peu de mal Ă  m'habituer Ă  cette nouvelle vision mais maintenant, je m'y suis fait.

MA QUÊTE
    Ma solitude a un but. Je dois le dĂ©couvrir. On m'a projetĂ© dans cette solitude car j'ai un rĂŽle Ă  jouer, un rĂŽle important. Lequel ?

MES DEUX SYMBOLES
    1-l'Ermite Platonique.
    2-l’ƒil qui comprend le monde.


L'histoire :

    Aujourd'hui, je ne suis pas seul. Un lapin m'accompagne. Je ne sais pas pourquoi il me suit. Je n'ai pas faim. Je pourrais le tuer pour plus tard mais je n'ai pas envie. Je n'en ai pas besoin. Pas encore. J'espĂšre seulement pour lui qu'il ne sera plus lĂ  quand j'aurais faim.
    Mon humeur est Ă  l'image du temps. Il fait doux. Je me sens bien. Je me sens lĂ©ger. Je regarde ce lapin sautiller autour de moi. Il me fait sourire. C'est peut-ĂȘtre pour ça que je n'ai pas envie de le tuer. C'est horrible ! Est-ce que cela veut dire que je voudrais le tuer quand il ne me fera plus sourire ? Est-ce que sa vie ne tient finalement qu'Ă  ce fil ? Et moi, pourrais-je avoir envie de tuer juste pour cette raison ? Dois-je en vouloir Ă  ce lapin de m'inspirer de telles pensĂ©es ? Je le regarde et je ne souris plus. Je pense, et comment puis-je y penser ?, Ă  ces bouffons mĂ©diĂ©vaux sur lesquels le seigneur avait droit de vie ou de mort. Est-ce lĂ  la dimension tragique de toute comĂ©die ? Je ne sais pas.
    Je dĂ©tourne mon attention du lapin en espĂ©rant qu'il se sauve. Je me concentre. Je me laisse guider par mon instinct. LĂ  oĂč mes pas me portent, il y a forcĂ©ment quelques indices Ă  rĂ©colter quant Ă  ma quĂȘte. Ce monde n'est pas qu'un simple environnement. Pour un lapin, si, bien sĂ»r, mais pas pour moi. Pour moi, tout a un sens cachĂ© que je dois dĂ©couvrir. Et tous ces sens sont les piĂšces d'un puzzle que je dois assembler afin de comprendre ce monde et ma place en son sein.
    Alors, quels signes vais-je pouvoir interprĂ©ter aujourd'hui ? Est-ce cet arbre Ă  la forme Ă©trange ? Peut-ĂȘtre ? Allons-voir !

XxXxX

    Cet arbre Ă©tait encore plus Ă©trange que sa forme ne le laissait Ă  penser. À peine l'ai-je touchĂ© que je me suis retrouvĂ© propulsĂ©... ailleurs. Un ailleurs dont je soupçonnais l'existence. Non ! Dont j'Ă©tais convaincu de l'existence sans pour autant l'avoir jamais expĂ©rimentĂ©. Le seul ailleurs que j'avais expĂ©rimentĂ© jusqu'Ă  prĂ©sent Ă©tait cette douleur infligĂ©e par ces fous qui m'ont dĂ©figurĂ©.
    Je suis toujours dans cette forĂȘt mais plus tout Ă  fait. Le noir est blanc et le blanc est noir maintenant. J'ai l'impression que l’atmosphĂšre autour de moi frissonne. Tout est comme lĂ©gĂšrement flou et tremblotant. J'ai l'impression qu'il fait plus chaud aussi. Mais je ne sais pas si cela vient de la tempĂ©rature ou de l'apprĂ©hension qui s'est emparĂ©e de moi. J'ai peur car je ne serais pas Ă©tonnĂ© que la chose qui me traque soit maintenant tout proche.
    Je ne sais pas si c'est le jour ou la nuit. Avec cette inversion du spectre des couleurs, ce n'est pas seulement ma vision mais ma perception du temps qui se trouble. Il faisait jour quand j'ai touchĂ© l'arbre mais le ciel est noir maintenant. Pourtant, j'y vois.
    Soudain, la tempĂ©rature chute. Des trombes d'eau secouĂ©es par de violentes bourrasques me tombent dessus et me glacent. J'ai du mal Ă  tenir debout face Ă  cette tempĂȘte des plus soudaines. Pourtant, au lieu de chercher un abri, je tente de rester debout, droit, la tĂȘte haute. Cet endroit n'est pas l'ailleurs que j'espĂ©rais. C'est une mĂ©taphore. Cette tempĂȘte n'est rien d'autre que la tempĂȘte des pensĂ©es qui s'agitent en moi. Ces bourrasques tentent de me faire tomber Ă  genoux. Je dois rester maĂźtre de mes pensĂ©es. Ne pas me laisser aller Ă  la folie. Je suis l'Ermite Platonique, l’ƒil qui comprend le monde. En toutes circonstances, je conserve mon calme et ma raison. Ici, je ne suis plus dans la forĂȘt de mon corps. Je suis dans la forĂȘt de mon Ăąme. Je ferme les yeux, mes trois yeux. J'occulte l'un de mes sens et rĂ©flĂ©chis afin de trouver le sens de tout cela. Cet arbre Ă©trange m'a conduit ici car il veut me signifier quelque chose. Mais quoi ? Pourquoi me soumet-il Ă  cette tempĂȘte ? Est-ce une simple Ă©preuve physique ? Dois-je comprendre quelque chose ? Je tente de rester debout, de marbre, de pierre dans les bois. Des mots Ă©mergent dans ma tĂȘte. D'oĂč viennent-ils ?

« Chariots à conneries ! J'l'ai pas buté pour la nourriture ! J'l'ai cramé pour qu'personne mette la main dessus. »

    Qu'est-ce que ça veut dire ? Je pense au lapin que je n'ai pas tuĂ©. Et si, finalement, je l'avais tué ? Mais pas pour m'en nourrir, juste pour que personne d'autre ne mette la main dessus ? Ne serait-ce pas lĂ  le comble de l'Ă©goĂŻsme ? À moins que je ne l'ai tuĂ© car je lui en ai voulu des pensĂ©es qu'il m'a inspirĂ©es ? Ou alors, je l'ai tuĂ© pour prĂ©server ceux qui croiseraient sa route de telles pensĂ©es ?

    Ai-je tuĂ© ce lapin ?

    Une violente bourrasque me projette Ă  terre. Quand j'ouvre les yeux, je suis de retour, au pied de l'arbre Ă©trange. L'air est sec. Je suis trempĂ©. Ces mots rĂ©sonnent (raisonnent?) encore dans ma tĂȘte. « Chariots Ă  conneries ! J'l'ai pas butĂ© pour la nourriture ! J'l'ai cramĂ© pour qu'personne mette la main dessus. » Je cherche le lapin du regard. Aucune trace de lui !
    Je ne sais pas si c'est le matin ou l'aprĂšs-midi. Que me rĂ©serve cette journĂ©e ? Ai-je faim ? Oui. Je vais chercher Ă  manger. J'en profiterai pour explorer cet endroit. Je regarde autour de moi et guette un signe de vie. Si ce lapin reparaĂźt devant moi, je le tue, pour la nourriture cette fois ! Je m'Ă©loigne un peu de l'arbre Ă©trange mais avec quand mĂȘme quelques rĂ©ticences. Pourquoi ? J'observe la nature autour de moi. J'examine les troncs Ă  la recherche de traces des griffes d'un petit animal qui pourrait me servir de repas. Je reconnais lĂ  celles d'un blaireau. Elles ont l'air fraĂźches. Il est passĂ© par ici, il repassera par lĂ . Il doit nicher non loin d'ici. Je m'allonge derriĂšre un bosquet de roses. Ça sent bon. Juste sous mes yeux passe un scarabĂ©e.
    Le scarabĂ©e, symbole solaire, symbole de rĂ©surrection. Et si cette forĂȘt Ă  l'intĂ©rieur de cet arbre Ă©trange avait eu pour fonction de me confronter Ă  cette tempĂȘte ? Cette tempĂȘte Ă  l'intĂ©rieur de l'arbre, Ă  l'intĂ©rieur de moi-mĂȘme ? Et si cette tempĂȘte m'avait transformĂ©, lavĂ©, purifiĂ© de la colĂšre issues des mauvaises pensĂ©es inspirĂ©es par le lapin ? Telle est peut-ĂȘtre la fonction de ce lieu ? Comment puis-je en ĂȘtre sĂ»r ? Dois y retourner pour m'en assurer ? Pas maintenant ! Quoi qu'il en soit, et mĂȘme en l'absence de certitude, je sais que cet endroit est finalement bon pour moi. Si de nouveau le doute et la colĂšre s'emparent de moi, je reviendrais vers cet arbre.
    Mais pour l'heure, des feuillages s'agitent. Ce n'est pas le blaireau que j'attendais. C'est un faisan. AccompagnĂ© de quelques uns des champignons qui poussent lĂ , il sera succulent.

    Cela aura Ă©tĂ© une bonne journĂ©e pour moi finalement et malgrĂ© cette tempĂȘte. Je pourrais y rester, quelques temps au moins. Pourtant, mĂȘme si je sais que je reviendrai, demain je serai ailleurs. Mais oĂč ? Et qu'est-ce qui m'attend lĂ -bas ?

XxXxX

« Sa vue soulĂšve de honte mon cƓur, son odeur broie mon regard.
Je me tourne alors vers celui par lequel les ténÚbres arrivent. »

    Je marche sans faire attention Ă  ce qui m'entoure. Mes jambes avancent toutes seules sans que je ne leur donne aucune indication quant Ă  la direction Ă  prendre. Ce n'est que par pur instinct que j'Ă©vite les souches et les racines qui pourraient me faire trĂ©bucher. Mes pensĂ©es sont toutes occupĂ©es ailleurs. J'essaye de me rappeler. De me rappeler ce qui s'est passĂ© avant que je ne sois l'objet des folles expĂ©riences de ceux Ă  qui je dois mes difformitĂ©s et mes cicatrices. Je veux aussi me rappeler ce qui s'est passĂ© ensuite. Entre ces tortures et ma solitude. Et si c'Ă©tait eux qui m'avaient fait sombrer dans l'oubli ? Et si c'Ă©tait eux qui m'avaient projetĂ© dans cette solitude, cette amnĂ©sie ? Pourquoi ? Est-ce encore une expĂ©rience ? M'observent-ils ? M'ont-ils fait ça uniquement par cruautĂ©, par jeu ? Dois-je me faire Ă  l'idĂ©e que tout cela n'a aucune signification pour eux ? Peut-ĂȘtre n'avaient-ils d'autre but que d'assouvir une pulsion malsaine ? Et ce serait pur orgueil de penser qu'ils m'ont choisi autrement que par hasard... Ils l'ont fait non pour atteindre un quelconque but Ă©sotĂ©rique et important. Non, ils l'ont fait parce qu'ils pouvaient le faire. Je dois arrĂȘter de me torturer et songer Ă  passer Ă  autre chose. Ma solitude et l'oubli n'ont peut-ĂȘtre d'autres fonctions que de me permettre de me reconstruire, de devenir autre, de redevenir quelqu'un.
    Quelques grosses gouttes tombent sur mon visage et me tirent de mes pensĂ©es. Je lĂšve la tĂȘte. Le ciel est gris, presque noir. Les nuages grondent. Le rythme des gouttes s'accĂ©lĂšrent. Le vent se fait plus fort dans les feuillages. Je dois trouver un abri au plus vite. Je me mets Ă  courir. Cette fois, j'ai les yeux grands ouvert et trouve l'entrĂ©e d'une grotte. Je m'y prĂ©cipite.
    J'examine rapidement les lieux. La caverne semble s'enfoncer profondĂ©ment dans la terre. Je m'en occuperai plus tard, peut-ĂȘtre. Pour l'heure, je suis fascinĂ© par cette tempĂȘte aux allures de fin du monde. À quelques minutes prĂšs, j'aurais fini trempĂ©. J'aurais pu tomber malade. D'ailleurs, cela me fait penser qu'il serait raisonnable d'allumer un feu. Je cherche parmi les lichens qui recouvrent la roche ceux qui seront assez secs. J'ai de la chance avec les plus Ă©loignĂ©s de l'entrĂ©e. Mais alors que je m'en vais en recueillir une poignĂ©e, j'Ă©prouve une sensation Ă©trange, dĂ©sagrĂ©able. Elle est lĂ . Je le sens. La chose. La crĂ©ature qui me suit. Elle est lĂ . Je me retourne vers l'entrĂ©e de la grotte et essaye de percevoir sa prĂ©sence. Rien. Elle est au fond de la grotte. Elle Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  avant que j'arrive. Elle m'attendait. Et je me suis jetĂ© dans la gueule de ce loup pierreux. La tempĂȘte qui m'a purifiĂ© hier dans cet autre Millevaux m'a aujourd'hui prĂ©cipitĂ© dans les griffes de mon ennemi invisible. Je sens son influence mais je ne le vois pas. Je reste lĂ , figĂ©. Une partie de moi veut fuir cette grotte. Une autre veut voir cette bĂȘte de plus prĂšs.
    Je suis pris au piĂšge. Si je sors, la tempĂȘte me rendra malade et je pourrais en mourir. Si je reste, c'est la chose qui me tuera. Si je sors, peut-ĂȘtre que je ne tomberais pas malade. Ou peut-ĂȘtre que je survivrais Ă  la maladie. Mais si elle doit me tuer, ce sera long et pĂ©nible. Si je reste, la crĂ©ature me tuera certainement. Mais ce sera bref ! Et lĂ  aussi, finalement, j'ai une chance de m'en sortir, que ce soit en rĂ©ussissant Ă  fuir ou Ă  la tuer. Et si je sors, la bĂȘte pourra toujours continuer Ă  me traquer. Je m'empare de mon couteau de chasse et me saisis d'une grosse pierre. J'avance, laissant la tempĂȘte derriĂšre moi.
    J'avance dans le noir. Je compte sur les fluctuations de l’ÉgrĂ©gore pour m'indiquer si j'approche de la bĂȘte. Cet ĂȘtre est autre. Je ne dois de toute façon pas me laisser abuser par ce qu'elle pourrait me montrer. Non, ce ne serait qu'illusion. Je dois saisir le vĂ©ritable sens des choses. J'entends un grognement mais je n'arrive pas Ă  dĂ©terminer s'il est proche ou loin. Je me fige. Je sais trĂšs bien que si, moi, je ne la vois pas, la bĂȘte sait prĂ©cisĂ©ment oĂč je suis. Elle aussi, elle joue avec moi. A-t-elle un but plus Ă©levĂ© que le seul fait de jouer ? Que de se nourrir de ma peur, puis de se nourrir de ma chair ? Pourquoi moi ? Qu'ai-je fait ? Que lui ai-je fait ? Probablement rien ! Elle ne m'a choisi que par hasard. Je dois m'habituer Ă  cela. Ceux qui s'en prennent Ă  moi ne le font pour aucune autre raison que celle-là : ils souhaitent exercer leur puissance, leur cruautĂ© et... il se trouve que je suis lĂ . Je n'ai pas Ă©tĂ© mis lĂ  pour ça. Ce n'est pas mon destin. Ce n'est que pur hasard. Je vais lĂ  oĂč mes pas me portent et il se trouve que partout, car Millevaux est Millevaux, partout il y a des ĂȘtres cruels n'attendant qu'une occasion de laisser libre cours Ă  leur cruautĂ©. Cette bĂȘte ne fait pas exception. Mais moi, aujourd'hui, je vais faire quelque chose d'exceptionnel.
    Je me concentre. Je veux percevoir les flux de l’ÉgrĂ©gore. Si j'y parviens, je saurais oĂč est la bĂȘte. Sinon, c'est elle qui m'attaquera. Dans le noir, je ferme les yeux. Je sens l'air prendre plus de consistance. Dans le noir, dans ma tĂȘte, une image se forme. Un... souvenir ? Un homme d'environ mon Ăąge. Je ne me rappelle pas son nom mais je sais que j'ai de l'estime pour lui. Mais l'expression de son visage change, devient dure, menaçante. Il m'en veut. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je le vois prononcer des mots que je n'entends pas car cette vision est silencieuse mais je reconnais la Langue Putride. C'est donc lui ? C'est lui qui a envoyĂ© cette chose aprĂšs moi ? La vision s'efface et tout est sombre et silencieux. Qu'ai-je pu faire ou que croit-il que j'ai fait pour m'en vouloir Ă  se point ? Si je savais qui il est, je pourrais le retrouver et m'expliquer.
    Pourquoi ce monstre ne m'a-t-il pas encore attaqué ? Fait-il durer le plaisir ? Non ! J'ai compris. Cette crĂ©ature n'est pas tapie dans l'ombre Ă  m'attendre. Elle EST l'ombre. Elle m'a dĂ©jĂ  englouti ! Cette vision qu'elle m'a envoyĂ©e n'avait pour but que de me signifier que la lente digestion allait commencer. Mon heure est-elle donc venue ? Vais-je finir ainsi, lentement digĂ©rĂ© dans les ombres, par les ombres ? Non ! À moins d'ĂȘtre dĂ©jĂ  un fantĂŽme, que je puisse encore penser et ressentir prouve que je ne suis pas mort, pas encore ! Je peux m'enfuir ! Je cours ! Et tout courant, je fends les tĂ©nĂšbres de la lame de mon couteau.
    J'ai l'impression d'avoir couru pendant des heures. Mais maintenant, je suis dehors, Ă  l'air libre... libre. Le vent et la pluie sont toujours aussi violent mais je m'en moque. Je me retourne vers cette gueule qu'est la caverne et je ris. Ce LĂ©viathan de pierre ne m'a pas dĂ©vorĂ© finalement. Sous la pluie battante, je tombe Ă  genoux. Je ris maintenant silencieusement, le regard toujours braquĂ© sur l'entrĂ©e de la grotte. Il ne se passe rien. Il ne se passe plus rien. Je n'ai plus rien d'intĂ©ressant Ă  apprendre ici aujourd'hui. Je me lĂšve et tourne le dos Ă  mon ennemi. La bĂȘte sera de nouveau aprĂšs moi, mais plus aujourd'hui.
    Je marche sans faire attention Ă  ce qui m'entoure. Mes jambes avancent toutes seules sans que je ne leur donne aucune indication quant Ă  la direction Ă  prendre. Ce n'est que par pur instinct que j'Ă©vite les souches et les racines qui pourraient me faire trĂ©bucher. Mes pensĂ©es sont toutes occupĂ©es ailleurs. J'essaye de me rappeler. De me rappeler ce qui s'est passĂ© pour que celui que je considĂ©rais comme un ami m'en veuille au point de lancer cette chose aprĂšs moi...
    La pluie cesse. J'entends de nouveau le chant des oiseaux. Un bruissement dans les fourrĂ©s Ă  cĂŽtĂ© de moi. La tĂȘte d'un lapin Ă©merge d'un bosquet.

XxXxX

Nous ne sommes que des enfants. Nous sommes les proies des Horlas qui chassent dans les rĂȘves.
Nous courons dans la forĂȘt de nos cauchemars.

    Et c'est la fin du mois de Messe. Cette ombre, cette tĂąche dans mon passĂ©, n'est pas reparue. Pour autant, je ne vais pas bien. Je tousse, je crache, je respire mal. Ces jours de tempĂȘte m'ont finalement mis Ă  mal. Et je ne m'en remets pas. J'ai fini par manger le petit lapin, pour regagner des forces. Inutile ! J'aurais pu le laisser vivre.
    En ce moment, je voyage de nuit. Je ne sais pas pourquoi mais je me sens moins mal, moins fiĂ©vreux la nuit. C'est peut-ĂȘtre parce qu'il fait plus frais. Comme d'habitude, je vais lĂ  oĂč mes pas et le vent me porte. Et cette nuit, le vent me pousse jusqu'Ă  un vieux cimetiĂšre. Je souris car n'importe quelle Ăąme simple et superstitieuse y verrait un mauvais prĂ©sage, surtout dans mon Ă©tat. Une certaine ironie consisterait Ă  prendre du repos allongĂ© lĂ  sur une de ces vieilles pierres tombales, mais non. Pas par respect pour une dĂ©pouille qui n'est plus lĂ  depuis longtemps, juste parce que c'est inutile et que je dois atteindre le but de mon pĂ©riple avant...
    Je vais mourir bientĂŽt. Je le sens bien. Cette mauvaise maladie... Je n'ai rien pour la soigner. Le simple repos ne suffira pas et je n'ai nul endroit oĂč me reposer. Cette forĂȘt n'est pas un lieu trĂšs reposant. Si seulement j'avais pu retrouver cet Ă©trange Millevaux du mois de Merdier. Peut-ĂȘtre qu'une nouvelle tempĂȘte dans cette drĂŽle de forĂȘt me purifierait de mes maux. Ce cimetiĂšre est un lieu de repos. Mais ce n'est pas le repos auquel j'aspire.
    Il y a tant de choses Ă  apprendre, Ă  comprendre. Et le temps qui me reste me paraĂźt si court maintenant. Pour autant, dois-je renoncer ? Non, je ne cĂ©derai pas Ă  la tentation de ces tombes. Je ne me reposerai pas. Pas encore. Je quitterai cette forĂȘt oui, mais pas comme ça.
    Je fais reculer la faim de quelques pas en mastiquant quelques glands tombĂ©s lĂ  au hasard. Je me baisse encore pour en ramasser d'autres et m'approche de ces arbres. Parmi eux, un noyer. Un seul. On dirait que le vent a repoussĂ© les nuages juste pour que la lune puisse l'Ă©clairer. Je l'observe. Peut-on dire qu'il a une forme Ă©trange, comme cet arbre qui m'avait projetĂ© dans cet autre Millevaux ? Non, rien ne le distingue d'un autre arbre. Je fourre quelques noix dans ma besace. Je ferme les yeux. J'en croque une.
    J'ouvre les yeux dans une salle carrelĂ©e. Il y a lĂ  d'autres hommes, tous nus. Moi, je ne le suis pas. Il y a des Horlas qui les gavent de farine. Je reconnais ces Horlas. Ce sont des Horlacanthes ! Ils attrapent les hommes nus et les accrochent sur une machine-ronce-lame qui les Ă©gorge. Leur cadavre est ensuite jetĂ© sur un tapis roulant qui les entraĂźne dans un tunnel oĂč ils disparaissent. Je rĂ©prime un hurlement. Qu'est-ce que ça veut dire ? Quel est ce cauchemar ? Car c'est bien un cauchemar ! Ce n'est pas... une vision ? Une prĂ©monition ? Non ! C'est une hallucination parce que cette noix que j'ai mangĂ© Ă©tait pourrie ! Ce n'est pas la rĂ©alitĂ©. Car si c'est la rĂ©alitĂ©, cette forĂȘt dans laquelle j'erre depuis des mois, qu'est-elle ?
    Et les Horlacanthes continuent d'Ă©gorger ces hommes sur leur machine-ronce-lame ! Est-ce cela le destin des hommes ? Est-ce lĂ  fin de mon voyage ? Si c'est ça, je ne veux plus ĂȘtre un homme ! Je veux ĂȘtre ailleurs ! Je veux ĂȘtre... autre chose !
    Je suis de nouveau dans la forĂȘt. Le cimetiĂšre, la nuit, le noyer. Elles sont tentantes ces tombes. Et si, finalement, j'Ă©tais arrivĂ© au bout de mon voyage ? Je ne veux plus ĂȘtre un homme. Je veux ĂȘtre un arbre.
    Le visage plein de larmes, je pose une main tremblante sur le tronc du noyer. Le vent souffle. Au matin, il y aura deux noyers dans ce petit cimetiĂšre. Et je serai en paix.


Commentaires de Thomas :

A. Je suppose que tu as pris deux destins funestes au lieu d'un pour avoir le choix...

B. "Je suis toujours dans cette forĂȘt mais plus tout Ă  fait. Le noir est blanc et le blanc est noir maintenant. " : Je suppose qu'il s'agit des forĂȘts limbiques

C. "Ils l'ont fait non pour atteindre un quelconque but ésotérique et important. Non, ils l'ont fait parce qu'ils pouvaient le faire." : C'est une perspective assez glaçante.

D. "Je suis pris au piĂšge. Si je sors, la tempĂȘte me rendra malade et je pourrais en mourir. Si je reste, c'est la chose qui me tuera. Si je sors, peut-ĂȘtre que je ne tomberais pas malade. Ou peut-ĂȘtre que je survivrais Ă  la maladie. Mais si elle doit me tuer, ce sera long et pĂ©nible. Si je reste, la crĂ©ature me tuera certainement. Mais ce sera bref ! Et lĂ  aussi, finalement, j'ai une chance de m'en sortir, que ce soit en rĂ©ussissant Ă  fuir ou Ă  la tuer. Et si je sors, la bĂȘte pourra toujours continuer Ă  me traquer. Je m'empare de mon couteau de chasse et me saisis d'une grosse pierre. J'avance, laissant la tempĂȘte derriĂšre moi." LĂ , on voit bien la mĂ©canique d'envisager les consĂ©quences nĂ©gatives et positives d'un Ă©chec.

E. "J'ouvre les yeux dans une salle carrelée. Il y a là d'autres hommes, tous nus. Moi, je ne le suis pas. Il y a des Horlas qui les gavent de farine. Je reconnais ces Horlas. Ce sont des Horlacanthes !" Hop, un petit tour dans un cauchemar de Coelacanthes... :)

F. ça change, d'avoir un format court, de ta part. C'est reposant :)

G. Je vois pas toujours les procĂ©dures de Bois-Saule, donc je saurais pas dire si tu les as appliquĂ©es Ă  la lettre (je pense quand mĂȘme que tu n'as pas forcĂ©ment appliquĂ© chacune d'entre elles chaque journĂ©e), mais on retrouve l'effet de texture dĂ©taillĂ©e qui est recherchĂ© normalement avec ce jeu :)


Réponse de Damien :

A- je ne sais plus trop ^^ je pense oui que j'ai dû vouloir avoir le choix ou mixer les 2 si ça devait rendre bien à un moment.

B-oui, j'aime bien les ForĂȘts Limbiques, mĂȘme si je ne joue pas assez avec, ni dedans

C-cela m'a été inspiré par une phrase de... Sade qui, à mon sens, résumes là parfaitement une partie de la nature humaine ?

D-en fait, je me suis retrouvé dans une situation similaire en jouant dans un mix de Millevaux et la Crasse. à ce moment, mon perso s'est retrouvé coincé la main sur la poignée d'une porte à ne pas savoir s'il valait mieux sortir ou rester. l'air de rien, ce fut un grand moment de jeu pour moi et la confirmation que le jeu en solo était vraiment bien ?

E-bah oui, j'aime bien CƓlacanthes aussi, ça fait partie des Ă©lĂ©ments rĂ©currents de mes parties qui leur donnent finalement Ă  tous une certaine et relative unitĂ©. ptete que ça sera encore mieux quand je commencerai Ă  jouer Ă  Mantra et Ă  la Crasse

F-héhé, là je voulais juste "tester" les rÚgles et ne jouer qu'une scÚne de chaque parmi ce qu'il est possible de jouer. à l'avenir, j'aimerais bien ne plus me laisser forcément embarquer dans des trucs à rallonge mais plutÎt enchaßner des 1 shot plus courts qui trouveront leur cohérence grùce au recours à une table d'éléments récurrents et commun à tous mes scenars.

G-c'est vrai que dans mes CR je me borne Ă  raconter l'histoire et pas Ă  dĂ©crire les aspects techniques de la partie. du coup, les mĂ©canismes de jeu n'apparaissent pas forcĂ©ment. en plus, parfois, au fil de l'histoire, j'ai tendance Ă  me laisser porter par la narration et "oublier" les rĂšgles. c'Ă©tait le cas par exemple dans mon dernier Chthulhu oĂč, au bout d'un moment, je ne respectais plus du tout les rĂšgles de Sphynx mais l'histoire avait pris une telle tournure que ça ne s'imposait plus vraiment. et idem pour Lovecraftesque. J'avoue, j'ai du mal Ă  rester by the book ^^


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie crĂ©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#10 21 Dec 2020 15:29

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Bois-Saule] Comptes-rendus de partie

LE VISAGE SOUS UN SAC PLASTIQUE

La quĂȘte absurde qu’un dieu fait endurer Ă  un homme
 pour un simple nom. Un rĂ©cit par Damien LagauzĂšre

(temps de lecture : 1/2 H)

Joué le 02/03/2019

Le jeu principal de cette sĂ©ance : Bois-Saule, jeu de rĂŽle solo pour vagabonder dans les tĂ©nĂšbres sauvages de Millevaux. 

Salut, voici donc mon dernier Bois-Saule. les parties "rituel" ont été joué avec The Name of God et les parties sur les Antigens avec Zombie dice ^^

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Apionid, cc-by-nc-nd, sur flickr


L'histoire :

    Ma vie n'est qu'une longue errance Ă  travers la forĂȘt. Des fois, je reste seul pendant des mois. Des fois, je me joins Ă  un groupe de nomades. Des fois, comme maintenant, je reste quelque temps au sein d'un groupe sĂ©dentaire. Ils s'appellent le Clan des Arbres. J'ai Ă©coutĂ© les paroles de leurs sages et de leurs shamans. Ils connaissent le Dieu qui est en moi. Ils savent qu'il existe. Ils savent qu'il est un Dieu. Un petit Dieu mais un Dieu quand mĂȘme. Ils m'ont expliquĂ© par quel rituel je peux retrouver son nom.

    « Je suis le Glitch !
    D'un seul coup d’Ɠil, on voit que je suis diffĂ©rent, mĂȘme si on ne peut pas dire pourquoi.
    L'Envie se cache en moi.
    Mais la Justice se cache elle aussi en moi.
    «Je suis le Glitch ! »

XxXxX

    Il n'existe pas de trace Ă©crite de ce rituel. Aussi, j'ai pris en note ce que m'a racontĂ© un des shamans du Clan des Arbres. NoAnde m'a expliquĂ© qu'afin que soit rĂ©vĂ©lĂ© le nom du Dieu qui m'habite, je devais me rendre en trois lieux importants Ă  Ses yeux. Une fois lĂ , Ă  trois Ă©tats diffĂ©rents de la lune, je devais demander aux Yeux de la ForĂȘt ce qu'ils attendaient de moi. NoAnde affirme que ce n'est que quand j'aurais acceptĂ© par trois fois, en trois lieux et en trois Ă©tats de la lune de me soumettre Ă  leur volontĂ© que les Yeux de la ForĂȘt me rĂ©vĂ©leront le nom du Glitch.
    Je dois donc me rendre en trois lieux consacrĂ©s. Le premier, quand la lune est pleine, est le Tombeau des Corso. Le second, quand la lune est absente, est la Capitale de la Douleur. Le troisiĂšme, quand la lune est rouge, est Celui que je n'ai pas vu depuis si longtemps...

XxXxX

    Nous sommes le 20 Merdier,

« Mes enfants...
Vous ĂȘtes nĂ©s pour porter le fardeau de la corruption sur votre visage.
Et ils vous chassent ?
Triste hommes. »

    J'en ai pour trois jours avant d'atteindre le Tombeau des Corso. NoAnde m'a racontĂ© que cette famille Ă©tait connue, et rĂ©putĂ©e, pour combattre les Horlas. On dit aussi que le fondateur de cette lignĂ©e, Tad Edes Corso Ă©tait un ange aux ailes de bois et de sang. On raconte qu'il a traquĂ© les Horlacanthes jusque dans leur monde de cauchemars. Et on dit aussi qu'il est mort en combattant le Titan-Millevaux, un avatar de Shub-Niggurath. Ce dernier point est peut-ĂȘtre vrai, puisque l'histoire dit qu'il en est mort.
    J'Ă©tais perdu dans mes pensĂ©es quand j'ai Ă©tĂ© surpris par une effroyable tempĂȘte. Impossible de continuer dans ces conditions. Pourtant, nous sommes encore le matin et je m'en voudrais de perdre une journĂ©e de marche. J'avance du mieux que je peux et finis par me rĂ©fugier dans ce qui semble ĂȘtre une usine abandonnĂ©e.
    Je suis tiraillĂ© par la soif. J'explore un peu cet endroit et dĂ©couvre de larges cuves remplies d'eau. Pourtant, les racines qui s'y sont plongĂ©es ont des formes Ă©tranges, torturĂ©es. Je remarque alors que ces racines courent justement des cuves jusqu'aux murs. LĂ , certaines s'enfoncent dans la terre et d'autres grimpent jusqu'au plafond. Je prends du recul et observe les murs. J'ai l'impression que ces racines dessinent un motif. On dirait une toile d'araignĂ©e. J'ai un trĂšs mauvais pressentiment. Suis-je tombĂ© dans le repaire d'une horrible crĂ©ature ? Quel genre d'araignĂ©e pourrait tisser une toile de bois ? Quel est le rĂŽle de cette eau dans tout ça ?
    Toujours sur mes gardes, je rĂ©flĂ©chis. Je tourne sur moi mĂȘme Ă  la recherche de quelqu'un ou quelque chose qui me surveillerait, qui serait prĂȘt Ă  me sauter dessus. Ce ne peut ĂȘtre une araignĂ©e qui a tissĂ© cette toile puisqu'elle sort de l'eau. Ou alors, l'araignĂ©e aurait tissĂ© sa toile qui aurait ensuite gagnĂ© l'eau par ses propres moyens ? Peut-ĂȘtre ? Mais je pense plutĂŽt que cela vient de l'eau. C'est elle qui a inspirĂ© ce motif aux racines. Et si c'Ă©tait l'eau qui possĂ©dait quelques caractĂ©ristiques arachnides ? Peut-ĂȘtre une araignĂ©e mutante y est-elle morte ? Et si elle n'Ă©tait pas morte ? La solution est au fond de ces cuves.
    Je dois savoir car je dois ĂȘtre certain d'ĂȘtre en sĂ©curitĂ©. Mais surtout je dois savoir car j'en ai Envie ! Cette Envie me ronge. C'est plus que de la curiositĂ©. C'est plus que la simple nĂ©cessitĂ© de me mettre en sĂ©curitĂ©. Je dois savoir parce que, peut-ĂȘtre, d'autres savent. Et si personne ne sait, alors je serai l'unique dĂ©tenteur de ce savoir. Je dois savoir !
    Je m'approche de la cuve. Peut-ĂȘtre y a-t-il Ă  l'intĂ©rieur le cadavre d'une araignĂ©e mutante ? Peut-ĂȘtre qu'un monstre ou mĂȘme un Horla va se jeter sur moi ? Peut-ĂȘtre qu'autre chose est tapi dans l'ombre et attend de me noyer dans cette cuve ? Je dois percer ce mystĂšre ! Je dois savoir !
    Cette eau, c'est l'enfer ! Ce sont les eaux du LĂ©thĂ©, ce sont les eaux de l'oubli ! Cette cuve est vide, dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide ! Comme... ma... mĂ©moire...
    NoAnde me l'a dit. Pour connaĂźtre le nom du Glitch, je dois m'adresser aux Yeux de la ForĂȘt en trois lieux et en trois moment de lune. L'un de ces lieux est Celui que je n'ai pas vu depuis si longtemps, mais, de quoi s'agit-il ? Je ne sais... plus...
    Moi qui croyais lever le voile sur un mystĂšre, la Brume s'est invitĂ©e dans mon crĂąne ! L'oubli ! Je regarde en moi et je ne vois que le vide, le vide sidĂ©ral ! La nuit ! Et je comprends que ce vide, ce nĂ©ant, n'est que mon reflet Ă  la surface de cette eau stagnante dans cette cuve rouillĂ©e.
    Je me sens mal. Je suis en nage. Je songe un instant Ă  me laver de cette sueur sous la pluie. Mais je remarque alors que la tempĂȘte s'est calmĂ©e. Le ciel est maintenant dĂ©gagĂ©. Je vais pouvoir reprendre ma marche. Si je me dĂ©pĂȘche, je devrais pouvoir rattraper mon retard. Et aussi, j'espĂšre pouvoir creuser la distance qui me sĂ©pare des Antigens. Ils m'ont laissĂ© en paix tant que j'Ă©tais au sein du Clan des Arbres mais, maintenant, je sais qu'ils sont de nouveau aprĂšs moi. J'espĂšre aussi qu'une fois au Tombeau des Corso, les Yeux de la ForĂȘt voudront bien me rendre cette partie de ma mĂ©moire dont j'ai besoin...

XxXxX

Je/Nous sommes les Antigens. Je/Nous mange/mangeons les gentils gens !
Je/Nous traque/traquons celui qui se fait appeler le Glitch.
Pourquoi ?
Je/Nous ne le sais/savons pas.
Je/Nous ai/avons faim.
Je/Nous ai/avons vu ces gentils gens.
Je/Nous cours/courons aprÚs la fille et le garçon.
La fille et le garçon s'enfuient.
Quelqu'un Me/Nous tire dessus.
Deux Antigens sont tombés.
La fille et le garçon s'enfuient.
Je/Nous arrĂȘte/arrĂȘtons de courir.
Je/Nous veux/voulons le Glitch.
C'est lui mon/notre véritable but.
Pourquoi ?

XxXxX

    Nous sommes le 21 Merdier,

« Ce qui me dégoûte le plus ?
Ces ĂȘtres qui s'accrochent Ă  leur humanitĂ© comme un clochard Ă  ses guenilles. »

    Je marche de nuit. J'ai dĂ» rester cachĂ© une partie de la journĂ©e car j'ai cru dĂ©celer la prĂ©sence des Antigens. Je ne veux pas qu'ils me mangent. J'ai faim. Je n'ai pas pu chasser et mes modestes provisions ne suffisent pas Ă  apaiser cette faim qui me tiraille. Je marche de nuit, poussĂ© par un vent violent. J'entends une sĂ©rie de claquements. Je m'approche et un rayon de lune Ă©claire une forĂȘt de sac en plastiques accrochĂ©s Ă  Dieu sait quelles ruines. Ce sont les sacs secouĂ©s par le vent que j'ai entendus. Je m'approche prudemment. Je regarde autour de moi. Je ne vois ni n'entends rien. Mais cela peut ĂȘtre un piĂšge. Je regarde Ă  l'intĂ©rieur d'un sac. Vide ! Qui les a mis lĂ  et pourquoi ? Je me laisse aller Ă  rĂȘver d'une communautĂ© qui aurait vu lĂ  un moyen de rĂ©colter de l'eau de pluie. Ça aurait pu ĂȘtre ingĂ©nieux si, malgrĂ© la tempĂȘte d'hier, ces sacs n'Ă©taient dĂ©sespĂ©rĂ©ment vides. Et ceux qui les ont installĂ©s, oĂč sont-ils ? Qui sont-ils ? Sont-ils seulement toujours en vie ?
    Je dĂ©ambule, Ă  la faveur du clair de lune, entre ces ruines et ces sacs en plastique. Je garde la tĂȘte basse. Je ne veux pas voir le ciel Ă©toilĂ©. J'ai peur d'y voir ce que j'ai vu, un jour, dans le miroir. Mon reflet. Pas celui de mon visage. Celui de mon Ăąme. Le vide. Le nĂ©ant. Les tĂ©nĂšbres piquetĂ©es d'Ă©toiles. Je ne peux pas voir ce vide. Ne suis-je qu'une enveloppe vide pour le Glitch ? Sera-t-il toujours lĂ  quand j'aurais trouvĂ© son nom ? J'espĂšre qu'il ne va pas m'abandonner. Non ! Je suis sĂ»r que non ! Tout changera quand je connaĂźtrais le nom du Glitch. Je ne serai plus vide.
    Le crissement de mes pas dans les feuilles mortes me tirent de mes pensĂ©es. Je me fige soudain. Je garde la tĂȘte basse. Je sens quelque chose s'agiter sous la peau de mon visage. Le vent fouette les sacs en plastiques. Les claquements donnent le rythme des mouvements qui animent ma chair. Qu'advient-il de mon visage ? Je ne veux pas voir ça. Je veux savoir mais je ne veux pas voir !
    La Brume cache les mythes. Il n'y a aucune brume ici. Et il n'y a aucun mythe.
    Les mouvements sous ma peau cessent. Je porte mes mains Ă  mon visage. Quelque chose a changĂ©. Je me saisis d'un sac plastique. Je l'enfile sur ma tĂȘte. Je perce deux trous au niveau des yeux. Un autre au niveau de la bouche et un dernier au niveau du nez. Comme ça, je peux regarder mon visage.
    Le sac sent mauvais. Je me dĂ©goĂ»te.

    Je fais quelques pas et m'endors finalement au pied d'un mur en ruine. Quand je me rĂ©veille, je me sens bien. Je touche mon visage Ă  travers le sac en plastique. Je n'ai pas rĂȘvĂ©. Quelque chose a changĂ©. Mais, ce matin, j'ai le sentiment que si mon visage est horrible, cela est plutĂŽt bon signe. Si je m'Ă©loigne de l'humain, c'est que je me rapproche du Glitch. Et si je me rapproche du Glitch...

XxXxX

Je/Nous sommes les Antigens. Je/Nous mange/mangeons les gentils gens !
La fille tire. Un Antigen tombe.
Les gentils gens montent dans un autocar.
Je/Nous monte/montons aussi dans l'autocar.
Je/Nous mange/mangeons un gentil gens.
Les autres gentils se tassent Ă  l'autre bout de l'autocar.
Des coups de feu. Des Antigens tombent et n'auront plus faim.

XxXxX

    Nous sommes le 22 Merdier,

« Moi j'ai connu un loup ma foi, moi j'ai connu un loup !
Qui ne se nourrissait pas !
Qu'est devenu fou ! »
Chansons du Patriarche

    Dans la forĂȘt, tous les arbres se ressemblent. Mais, quand on reste un moment au mĂȘme endroit, on commence par voir que, comme tout le monde, les arbres sont tous diffĂ©rents. On apprend Ă  les connaĂźtre, Ă  le reconnaĂźtre. Ces arbres me disent quelque chose. Ils ne me parlent pas mais j'ai l'impression de les avoir dĂ©jĂ  vus. Si nous nous sommes croisĂ©s, c'est que je suis dĂ©jĂ  passĂ© par ici. Est-ce Ă  dire que je repasserais par-là ? Je ne sais pas.
    La nuit est tombĂ©e. La pluie tombe elle aussi. Tout le monde est tombĂ©, sauf moi. Moi, je continue Ă  marcher. J'ai l'impression d'avoir pris du retard. Je veux absolument atteindre le Tombeau des Corso tant que la lune est telle qu'elle doit ĂȘtre. Pleine ! La pleine lune. Et je me rappelle du jour que nous sommes. Et je me rappelle la Chanson du Patriarche. Est-ce qu'un loup va me sauter dessus ? Tout est possible dans cette forĂȘt hantĂ©e par les Horlas. Pour l'instant, j'ai rĂ©ussi Ă  semer les Antigens. Mais si un loup-garou doit me tomber dessus, comme tombe la pluie, comme est tombĂ©e la nuit...
    J'accĂ©lĂšre le pas. Pas seulement pour arriver au plus vite mais aussi pour accĂ©lĂ©rer le cours de mes pensĂ©es. Pourquoi cet endroit me dit-il quelque chose ? Je suis dĂ©jĂ  venu ici. C'est sĂ»r ! Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi je ne m'en souviens pas ? Est-ce la volontĂ© du Glitch ? Est-ce la malĂ©diction de Millevaux ? Et si, par le passĂ©, ici mĂȘme, j'avais croisĂ© la route d'un garou ? La Lyre rĂ©unit les amis et les amants mais, Ă  moins que ce garou n'ait Ă©tĂ© mon ami, peut-ĂȘtre que la Lyre rĂ©unit aussi les ennemis...
    Ça me gratte sous le sac plastique. Ça fait mal. Je me gratte. Me gratter me soulage mais la sensation qui suit est horrible. Je regarde mes mains. Elles sont pleines de vers, de larves et d'asticots. Je hurle Ă  la lune. Je hurle Ă  la mort. Je me gratte jusqu'au sang, sans pour autant retirer le sac en plastique. Je n'ose pas l'enlever. Je ne veux pas savoir ce qu'il y en dessous. Je veux juste que ça s'arrĂȘte. Je pleure... des vers, de la vermine !
    Je tombe par terre. Je me recroqueville, sous la pluie. Je me gratte le visage, libĂ©rant des dizaines et des centaines de choses dĂ©goĂ»tantes. Et je me rappelle que...

XxXxX

Je/Nous sommes les Antigens. Je/Nous mange/mangeons les gentils gens !
Deux gentils tombent. Un s'enfuit. Je/Nous lui cours/courons aprĂšs.
C'était un piÚge. D'autres gentils gens surgissent, armés.
Mais Je/Nous suis/sommes fort et Je/Nous les mange/mangeons.
Des coups de feu ! Des gentils gens qui courent. Des Antigens qui mangent.
Des Antigens mangent. Des Antigens tombent.
Je/Nous a/avons encore faim mais Je/Nous dois/devons partir.
La fille n'Ă©tait pas parmi eux.

XxXxX

    Nous sommes le 23 Merdier,

« Ses voix font écho à sa multitude.
Faites-le taire, par pitié, l'emprise afflue et je sens qu'il cherche à me corrompre. »

    Il fait encore jour quand j'arrive au Tombeau des Corso. Cela ne ressemble pas du tout Ă  ce que je croyais. Je m'attendais Ă  une sorte de mausolĂ©e Ă  moitiĂ© en ruines, en granit recouvert de mousse. En fait, ça ressemble plus Ă  un monument aux morts qu'Ă  une tombe. Il y a lĂ , au milieu de cette clairiĂšre, un crucifix. Mais point de bonhomme en pagne accrochĂ© lĂ  les bras en croix. Non, Ă  la place, une paire d'ailes en bois et en plumes rouges. Des rumeurs disent que le tombeau a Ă©tĂ© construit avec les restes du fondateur de la lignĂ©e, celui qui serait mort en combattant le Titan-Millevaux. C'est peut-ĂȘtre vrai finalement.
    Cet endroit n'est pas riche dans le sens oĂč il n'a pas Ă©tĂ© construit avec des marbres rares. Il n'est pas recouvert de statues raffinĂ©es et dĂ©taillĂ©es, elles-mĂȘmes recouvertes de dorures. Cet endroit est riche car on sent encore l'influence du fondateur des Corso. On dit que c'Ă©tait un ange, avant... Et c'est peut-ĂȘtre vrai. Cette croix et ces ailes, ils s'en dĂ©gage quelque chose. Une force. C'est Ă  la fois apaisant et un peu effrayant. Je ne peux m'empĂȘcher de penser que ce type Ă©tait quelqu'un de bien. Je ne l'imagine pas parfait, au contraire, mais je l'imagine animĂ© de bonnes intentions. Je l'imagine courageux. Je l'imagine torturĂ© aussi. Je fais le tour du tombeau. C'est un lieu de passage, en tĂ©moigne ces colliers de fleurs, ces fruits qu'on a dĂ©posĂ©s lĂ . Il y a aussi, dans de petites coupelles, des Billes et des Noix. Tout Ă  l'air calme par ici. Je m'installe et attends la pleine lune.
    Un raclement me tire de mon sommeil sans rĂȘve. La lune n'est pas encore tout Ă  fait dĂ©gagĂ©e. Ce n'est pas le moment. Je tourne la tĂȘte en direction du bruit qui m'a rĂ©veillĂ©. Une silhouette me tourne le dos. Je l'appelle. Elle se retourne. Cette chose est morte mais ce n'est pas un Antigen. C'est diffĂ©rent. Cet ĂȘtre est en parti dessĂ©chĂ©. Sa peau est grisĂątre. Son corps est percĂ© en divers endroits, notamment au niveau du visage par de petits champignons translucides. L'ĂȘtre lĂšve un bras dans ma direction. Il ouvre la bouche mais son bras retombe aussitĂŽt et sa bouche se referme sans qu'aucun son n’en soit sorti. Et elle avance vers moi ! Et je vois ce qu'elle a dĂ©posĂ© au pied du Tombeau des Corso. Un cercueil !
    Je suis le Glitch. Je ferme les yeux et m'en remets aux Yeux de la ForĂȘt. Que va-t-il se passer ?
    Quand j'ouvre les yeux, l'homme-champignon n'est plus lĂ . Il ne reste plus que le cercueil. Je vais pour me relever mais bouger me fait mal au ventre. Je baisse la tĂȘte et voit une plaie bĂ©ante. Il y a du sang. Beaucoup de sang. Je n'ai pas peur de mourir mais j'ai peur que cette chose m'ait infectĂ© avec ses champignons. PaniquĂ©, je fouille la plaie mais je me fais mal et je ne vois rien. Je ferme les yeux et demande aux Yeux de la ForĂȘt ce que je dois faire pour ĂȘtre certain de ne pas me transformer en Glitch-champignon.
    Et les Yeux de la ForĂȘt me disent de changer mes sentiments. Ils me demandent aussi de placer parfaitement un crĂąne sur un livre au pied du Tombeau.
    Changer mes sentiments ? J'ai peur. Alors je tente de me calmer. Je respire lentement. MalgrĂ© la douleur, je tente de rester calme. Je fais confiance aux Yeux de la ForĂȘt. La douleur semble refluer Ă  mesure que je m'apaise. Un crĂąne sur un livre maintenant. J'ai vu un vieux grimoire au pied du Tombeau. Sa couverture Ă©tait en vieux cuir et, dessus, Ă©tait reprĂ©sentĂ©e une Bouche ricanante. Mais oĂč trouver un crĂąne ? Dans ce cercueil peut-ĂȘtre ?
    Je me lĂšve. Je n'ai plus mal. Mes vĂȘtements sont recouvert de sang. En vĂ©ritĂ©, je ne saurais dire si le sang coule toujours. Je ne suis mĂȘme pas certain que la plaie se soit refermĂ©e. Je n'ose pas vĂ©rifier. Pas tout de suite. D'abord, le crĂąne sur le livre. Je soulĂšve le couvercle du cercueil. À l'intĂ©rieur, une petite fille vĂȘtue de blanc dĂ©vore le cadavre d'un vieil homme. De la chair pourrie recouvert de vermine pendouille entre ses dents. Elle me jette un regard tourmentĂ©. Je comprends qu'elle ne se livre pas Ă  de tels actes par plaisir ni par cruautĂ©, mais uniquement par nĂ©cessitĂ©. Je tends les bras vers elle. Elle a un mouvement de recul mais je parviens Ă  l'attraper. Maintenant, je dois la tuer. LĂ  encore, je ferme les yeux et m'en remets aux Yeux de la ForĂȘt. Quand je les ouvre, la petite fille est morte, elle aussi, et mes mains et mes bras sont recouverts de traces de morsures. Maintenant, je dois choisir. Quel crĂąne vais-je dĂ©poser sur le Grimoire de la Bouche ? Celui du vieil homme ou celui de la petite fille ? Va pour le vieil homme !
    Lui arracher la tĂȘte n'est pas trop difficile puisque sa gorge avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© bien entamĂ©e par la petite fille. Je la pose dĂ©licatement sur le Grimoire et du sang coule jusqu'Ă  la Bouche. J'ai l'impression qu'elle esquisse un sourire. Une voix aiguĂ« s'Ă©lĂšve.

    «  C'est l'histoire d'une rivalitĂ© entre un homme et son double malĂ©fique. L'un est tolĂ©rant, serviable et intelligent. L'autre est une ombre inexistante avec une carte tatouĂ©e sur le corps. L'un est musicien. L'autre s'est rĂ©veillĂ© avec de la terre sous les ongles... »

    Alors, pourquoi ?, j'ai mis un coup de pied dans la tĂȘte. Je ne veux pas en savoir plus ! Je regarde mes mains. Bien sĂ»r, j'ai de la terre sous les ongles. Et je pense Ă  la Lyre. La Lyre qui rĂ©unit les amis et les amants. Qui Ă©tait ce vieil homme ? Aurais-je dĂ» choisir la petite fille ? Je ne sais pas. Mais les Yeux de la ForĂȘt ont tenu parole. Je ne deviendrai pas un Glitch-champignon !

    La lune est haute et pleine maintenant. C'est le moment. Je m'approche du Tombeau des Corso. Je ne sais pas si je dois rester debout, m’asseoir ou poser un genou Ă  terre. Ne sachant pas ce que les Yeux de la ForĂȘt me rĂ©servent, je prĂ©fĂšre rester debout et prĂȘt Ă  me dĂ©fendre ou m'enfuir. Je ferme les yeux. Je baisse la tĂȘte et commence Ă  rĂ©citer...

    « Je suis le Glitch !
    Ici et maintenant, pour montrer mes trĂšs belles entrailles, je vais rouvrir cette plaie !
    Je suis le Glitch ! »

    Joignant le geste Ă  la parole, je serre les dents alors que mes doigts s'insĂšrent dans cette plaie Ă  peine refermĂ©e. Je serre fort les yeux. Les Yeux de la ForĂȘt se font entendre.

    « Glitch, tu dois maintenant introduire l'oracle dans tes entrailles ! »

    Je ne suis pas sĂ»r de comprendre. Mais je me saisis du Grimoire de la Bouche et l'enfonce dans mon ventre. Je sens alors mes chairs se refermer. Cela fait trĂšs trĂšs mal. Je voulais rester debout mais je tombe finalement Ă  genoux devant le Tombeau des Corso. Je m'Ă©croule sur le flanc et, avant de perdre connaissance, j'ai l'impression de voir la tĂȘte du vieil homme sourire.

    Il fait encore nuit quand je me rĂ©veille. Il rĂšgne une chaleur Ă©touffante dans cette clairiĂšre. J'ai soif. Je soulĂšve mes vĂȘtements ensanglantĂ©s et regarde mon ventre. Il n'y a plus qu’une discrĂšte cicatrice en forme de sourire. Je me sens Ă©trangement bien. Je me lĂšve. Je rassemble mes affaires et reprends ma route. Je devrais atteindre la Capitale de la Douleur d'ici quatre jours.

XxXxX

Je/Nous sommes les Antigens. Je/Nous mange/mangeons les gentils gens !
Je/Nous veux/voulons l'Homme Rouge !
L'Homme Rouge n'est pas seul. Des gentils gens le protĂšgent et me/nous tue.
Mais Je/Nous les tue/tuons aussi.
Mais ils me/nous tuent plus.
L'Homme Rouge s'enfuit.

XxXxX

    Nous sommes le 24 Merdier,

« Les lunéas se nourrissent par photosynthÚse.
Encore une preuve que nous n'avons
plus notre place ici. »

    Je me sens mal. Un mal me ronge. Je ne sais pas quoi. Si ! C'est ce Livre, ce Grimoire Ă  la Bouche qui me dĂ©vore de l'intĂ©rieur. Il me dĂ©chire les entrailles et remplit ses pages des maux de mes terreurs les plus viscĂ©rales.
    La nuit est douce. Tout l'inverse de mon Ăąme. L'infection naĂźt dans mon estomac, gagne mon cerveau. Je sens le pus se rĂ©pandre dans ma tĂȘte. Il rĂ©veille mes terreurs ; celles liĂ©es au vide de mon visage, ce nĂ©ant rongĂ© par la vermine.
    J'ai encore, ou Ă  peine, trois jours pour atteindre la Capitale de la Douleur. Mais comment y parviendrais-je si je ne tiens plus debout, si je succombe Ă  la folie ? La Capitale de Ma Douleur, c'est ici et maintenant !
    Je repense Ă  ces mots :

«  C'est l'histoire d'une rivalitĂ© entre un homme et son double malĂ©fique. L'un est tolĂ©rant, serviable et intelligent. L'autre est une ombre inexistante avec une carte tatouĂ©e sur le corps. L'un est musicien. L'autre s'est rĂ©veillĂ© avec de la terre sous les ongles... »

    RĂ©flĂ©chir me dĂ©tourne de la douleur. Qui est ce double ? Un musicien ? Je ne suis pas un musicien. Pourtant, la Lyre guide mes pas, vers les amis, les amants... vers mon double ? L'autre est une ombre... Et je suis aussi guidĂ© par la Brume. Dans la Brume se cachent les mythes, dans l'ombre aussi. J'ai peur que ce double malĂ©fique, ce soit moi. Mais je n'ai aucune carte tatouĂ©e sur le corps. Ou alors, ce serait mon reflet dans le miroir. Mon visage. Cette absence de visage. Ce vide constellĂ© d'Ă©toiles. La carte, ma carte, serait celle des Ă©toiles ? Quel mauvais prĂ©sage cela cache-t-il ? Je crois saisir. Shub-Niggurath et les autres Anciens n'ont accĂšs Ă  notre monde que quand les astres sont propices. Si mon visage est une carte du ciel Ă©toilĂ©, si la vermine sous le sac en plastique altĂšre cette carte, peut-ĂȘtre qu'elle la redessine, la reconfigure, peut-ĂȘtre que le reflet de mon visage serait une carte du ciel lorsque les astres sont propices. Mais propices Ă  quoi ? Est-ce que cet autre moi, ce musicien, en saurait davantage ? M'attend-il au bout de mon chemin ?
    Je voudrais dormir. Mais je ne peux pas. Pas avec cet Ă©norme chat au pelage vert qui s'approche. Il est gros comme un poney ou un petit ours. Son poil est vert car il se nourrit entre autre de la lumiĂšre du soleil. C'est rare d'en voir la nuit d'ailleurs. Son flanc gauche est dĂ©chirĂ© d'une sinistre bouche humaine arborant un non moins sinistre rictus. Est-ce qu'il s'en ira si je fais le mort ? Non, bien sĂ»r. Je vais devoir me lever et faire face. Le faire fuir, voire le tuer, si je peux. Oui, je dois le tuer. Sinon, c'est lui qui me tuera. Et si ce n'est pas lui qui me tue, ce sera ce Livre qui me bouffe de l'intĂ©rieur. Je vais mourir, mais je ne veux pas. Alors, je vais me battre.
    Je me relĂšve. Je regarde mes mains et il y a de la terre sous mes ongles. Je me sens mauvais. Et si je suis mauvais, je peux tuer. Je suis le Glitch. La magie qui anime le dieu qui m'habite va dĂ©chirer ce gros chat vert. Je dis :

    « Je suis le Glitch !
    Ici et maintenant je te montre mes mains couvertes de terre et je te montre mon ventre rongĂ© par le Grimoire de la Bouche pour que tu vois mon Ă©pouvantable Moi !
    Fuis ou meurs !
    Je suis le Glitch ! »

    Le chat Ă©met un long feulement. La bouche sur son flanc pousse un hurlement suraigu. Et la crĂ©ature s'enfuit en courant. Je suis le Glitch !
    Je me rallonge par terre et je m'endors. Je me sens bien. Je suis serein. Et pourtant, dans mon ventre, le Grimoire de la Bouche noircit ses pages de prophĂ©ties concernant divers Ă©vĂ©nements astronomiques Ă  venir. Je ferme les yeux. Je m'en occuperai plus tard.

XxXxX

Je/Nous sommes les Antigens. Je/Nous mange/mangeons les gentils gens !
Je/Nous veux/voulons la fille !
Je/Nous veux/voulons l'Homme Rouge !
L'Homme Rouge court.
Le Bon Samaritain tue des Antigens.
Mais les Antigens tuent aussi des gentils gens.
Ce n'est que justice. ƒil pour Ɠil...
L'Homme Rouge court mais la fille est tombée.
Je/Nous mange/mangeons la fille.
Les Antigens mangent des gentils gens mais l'Homme Rouge court toujours.
L'Homme Rouge tire.
Des Antigens mangent.
D'autres meurent.

XxXxX

    Nous sommes le 25 Merdier,

« Assister à la naissance d'un Horla, c'est un peu comme jouir de sa propre mort.
C'est extrĂȘmement dĂ©stabilisant... »

    Cette nuit, le vent souffle. Aussi je m'arrĂȘte et me mets Ă  l'abri Ă  l'intĂ©rieur de cette carcasse envahit par la vĂ©gĂ©tation. Elle a des roues, beaucoup. Et elles sont trĂšs grandes. Plus grandes que moi. À quoi servait cet engin par le passé ? À l'intĂ©rieur, c'est grand. Un petit clan pourrait y vivre. Un petit clan y a peut-ĂȘtre vĂ©cu. Peut-ĂȘtre que quelqu'un ou quelque chose vit encore ici ?
    Et soudain, j'ai peur !
    Suis-je vraiment en sĂ©curitĂ© ici ? Mais suis-je vraiment en sĂ©curitĂ© dehors ? Quelque chose en moi, ce Livre ?, me dit que les Antigens sont de nouveau sur mes traces. Je dois atteindre au plus vite la Capitale de la Douleur.
    J'ai un Ă©trange pressentiment. J'ai l'impression de ne pas ĂȘtre seul. Quelque chose ou quelqu'un est lĂ , avec moi. Ça m'observe. Je reste sur mes gardes. Le vent bruisse dans les branches des arbres. Le danger est partout. Je n'aurais pas dĂ» entrer dans cette carcasse. J'aurais dĂ» continuer Ă  marcher. Et tant pis pour les Antigens !
    Ce n'est pas juste!
    Pourquoi ai-je Ă©tĂ© choisi par le Glitch ? Pourquoi dois-je endurer tout ça pour retrouver son nom ? Et si, vraiment, je suis liĂ© Ă  un double, pourquoi ce serait moi le double malĂ©fique ? Ce n'est pas juste. Je ne suis pas mauvais ! Je ne suis pas si mauvais, hein ?
    Tous les shamans le disent. Ce sont leurs esprits totems qui les ont choisis et non l'inverse. Eux n'ont eu d'autre choix que d'accepter. En Ă©change, ils bĂ©nĂ©ficient des pouvoirs du totems mais ils le payent d'une vie de souffrance. Est-ce mon destin ? Dois-je endurer toutes ces souffrances pour user des pouvoirs du Glitch, pour venir en aide aux autres ? Dois-je nĂ©cessairement souffrir pour aider. Est-ce juste que, pour rĂ©tablir la justice, je dois souffrir Ă  ce point ?
    Peut-ĂȘtre ?
    Peut-ĂȘtre pas ?
    Nous sommes le 25 Merdier. Je me rappelle de l'historiette du jour. Je ne veux pas assister Ă  la naissance d'un Horla. Je ne veux pas mourir. Et je ne veux pas en Ă©prouver du plaisir. Je vis et je souffre. Voir un Horla naĂźtre serait comme mourir mais en ressentant du plaisir. Ce n'est pas logique ? Si ?
    Normalement, vivre devrait ĂȘtre synonyme de plaisir et la mort de souffrance. Est-ce la faute des Horlas si c'est l'inverse ?
    Que me rĂ©serve le Glitch ? Que me rĂ©servent les Horlas ? Que me rĂ©servent les Antigens ? Que me rĂ©serve cette forĂȘt ?
    J'ai peur !
    Je les entends. Les Antigens ! Ils approchent !

XxXxX

Je/Nous sommes les Antigens. Je/Nous mange/mangeons les gentils gens !
La fille n'est plus. L'Homme Rouge court toujours.
Les gentils gens courent.
Des coups de feu !
Ô joie !
L'Homme Rouge tombe.
Je/Nous fonds/fondons sur lui et savoure/savourons sa chair, rouge.
La fille est tombée.
L'Homme Rouge est tombé.
13 cerveaux de 13 gentils gens.
Le Glitch, maintenant.
Il est proche. Je/Nous le sens/sentons.

XxXxX

    Nous sommes le 26 Merdier,

« Il a modelé une créature de sang et de fumée.
Pour rappeler la chair à lui lors des jours d'ennui. »

    La mĂ©tĂ©o est plutĂŽt clĂ©mente aujourd'hui. Et pourtant, je suis sous terre. J'erre depuis des heures dans ce labyrinthe. Ce n'est pas qu'un rĂ©seau de souterrains. Ce ne sont pas de simples couloirs. Je le sais ! Il y a ici un autre secret car le plan, ce plan que je dois percer, est un reflet. Un reflet de mon cerveau ! De mon Ăąme ! Je me suis enfoui sous terre pour semer les Antigens. Mais je veux aussi me semer moi-mĂȘme. Me semer... Me perdre ou me planter... pour pousser, germer, arriver Ă  maturité ?
    Dehors, il fait jour et il fait beau. Ici, il fait noir et les murs suintent une humiditĂ© maladive. Je me cogne contre les murs. Sous le sac plastique, je me gratte le visage et je sens les larves grouiller. Non ! Ce ne sont plus des larves. Ce sont des mouches qui cherchent Ă  fuir le sac. Mais que vais-je devenir si les mouches s'en vont ? Que va devenir mon visage ? Je ne veux pas revoir ce vide !
    Je me mets Ă  courir. Vers je ne sais oĂč. Vers la folie ! C'est cela qui m'attend. La folie et la mort. Je n'atteindrai jamais la Capitale de la Douleur. Je ne trouverai jamais le nom du Glitch et je vais mourir dĂ©vorĂ© par les Antigens. Je ne trouverai jamais celui dont je suis le double malĂ©fique et je ne pourrai jamais lui dire que je ne veux pas ĂȘtre malĂ©fique ! Je ne veux pas ĂȘtre sombre. Je veux de la lumiĂšre !
    L'air ici est saturĂ© d’ÉgrĂ©gore. Est-ce cela qui a fait apparaĂźtre ces mouches sous le sac en plastique ? Peut-ĂȘtre... SĂ»rement !
    La Brume qui cache les mythes. Je veux lever la Brume qui court dans ces souterrains. Je veux que la lumiĂšre rentre ici. Je veux percer le mystĂšre de ce lieu !
    J'arrive devant une porte Ă©tanche. Je touche le volant. La rouille fait qu'il est difficile de le faire tourner. Mais, en forçant un peu, c'est possible. Pourtant, je renonce. Je prĂ©fĂšre me saisir du sac en plastique et le jeter au sol. Je sens les mouches autour de ma tĂȘte. Elles restent lĂ . Elles ne me quittent pas. Quelque part, ça me rassure. Ça me suffit. Peu importe finalement ce qu'il y a derriĂšre cette porte. Je fais demi tour...
    J'avais peur qu'il se soit mis Ă  pleuvoir mais non. Il fait toujours bon. J'avais peur que les mouches s'enfuient mais non. J'avais peur que les Antigens m'attendent mais non. Je m'asseois contre un arbre. Je reste convaincu que ce qu'il y a derriĂšre cette porte Ă©tait saturĂ© d’ÉgrĂ©gore et m'aurait transformĂ©. Mais est-ce que cela aurait Ă©tĂ© mieux que ces mouches ? Je ne sais pas. Je me sens bien.

    Une voix de femme me tire des mes pensĂ©es. Elle ne s'adresse pas Ă  moi mais j'entends :

    «   la Capitale... de la Douleur... »

    Je me relĂšve Ă  toute vitesse. Il n'y a personne. Mais je suis certain d'avoir bien entendu. D'oĂč venait cette voix ? La Capitale de la Douleur, c'est par là !

XxXxX

    Nous sommes le 27 Merdier,

« Un jour, j'ai trouvé un corps dans un ravin.
Je n'aurais sûrement pas eu si peur, si cela n'avait pas été le mien. »

    Il fait nuit quand j'arrive en ce lieu Ă©trange. On dirait une cathĂ©drale en ruine. Ou un temple. Un trĂšs ancien temple. Seules ces colonnes en os blanchis et lĂ©gĂšrement arrondis tiennent encore. Le clair de lune leur donne un reflet bizarre. Mais c'est beau.
    J'erre en ce lieu, certain d'y rencontrer cette femme. Celle dont j'ai entendu la voix hier. Elle m'a attirĂ© jusqu'ici. Elle m'a guidĂ©. J'y suis, c'est ici. La Capitale de la Douleur. Mais ce n'est pas encore tout Ă  fait le bon moment. La lune n'est pas parfaite.
    Ce lieu m'est familier. Je ne sais pas pourquoi. En fait, je me demande si, quelque part, je n'ai pas envie qu'il me soit familier. J'ai envie de connaĂźtre ce lieu. J'ai envie d'ĂȘtre dĂ©jĂ  venu. J'ai envie de connaĂźtre cette femme. Et si elle Ă©tait ce double, cette amie, cette amante vers laquelle me pousse la Lyre ? Moi qui, hier, ne voulait plus ĂȘtre le double malĂ©fique, comment pourrais-je rejeter ce fardeau sur elle ?
    Cet endroit est beaucoup plus grand que je ne le pensais. S'il n'a fallu que le squelette d'un seul animal pour le construire, il devait ĂȘtre gigantesque. Et s'il en a fallu plusieurs... ils devaient ĂȘtre gigantesques aussi. Il y a des dessins, des symboles, gravĂ©s sur ces os, jusqu'Ă  hauteur d'homme. Mais de grands hommes tout de mĂȘme. Plus grands que moi. Sont-ce eux qui ont chassĂ© ces animaux pour construire cet endroit ? Et pourquoi ce nom ? Mais peut-ĂȘtre qu'ils lui en avaient donnĂ© un autre ? Et qui lui a donnĂ© celui-lĂ  alors ? Qui a baptisĂ© cet endroit la Capitale de la Douleur ? Et pourquoi ? On a souffert ici. À l'Ă©vidence... Pourtant, je ne vois nulle trace de sang. Peut-ĂȘtre que si je cherchais mieux...
    En rĂ©alitĂ©, je ferais mieux de me chercher Ă  manger. Et la chance me sourit. C'est une belle perdrix qui me remplira l'estomac ce soir.
    Je pensais trouver cette femme ici. Peut-ĂȘtre sera-t-elle lĂ  demain, pour le Rituel. Peut-ĂȘtre que demain j'aurais des rĂ©ponses Ă  mes questions sur ce lieux. Mais ce soir, je renonce Ă  savoir. Je veux seulement profiter de ce bon repas.
    Et une voix, de femme, se fait entendre :

    «   la Capitale... de la Douleur... »

    Et j'ai l'impression de chuter de trĂšs, trĂšs haut...

XxXxX

    Nous sommes le 28 Merdier,

« D'habitude je n'aime pas trop les blonds.
Mais il faut dire que j'avais vraiment trÚs faim. »

    Je me rĂ©veille en sursaut. C'est trop bizarre, cette sensation. Je n'ai pas vu le temps filer. La voix de cette femme. Puis, plus rien. Et de nouveau cet endroit, ces colonnes en os gĂ©ants ! Je cherche la femme du regard. Je la vois !
    Elle court vers moi. Elle est poursuivie par les Antigens. Je veux courir vers elle, pour la protĂ©ger. Mais une force m'en empĂȘche et j'assiste, impuissant, Ă  sa mise Ă  mort.

    «   la Capitale... de la Douleur... »

    Et Ă  sa voix se superpose une autre...

La fille est tombée.
L'Homme Rouge est tombé.
13 cerveaux de 13 gentils gens.
Le Glitch, maintenant.

    Ils sont là ! Les Antigens ! Ce lieu va-t-il devenir la Capitale de MA Douleur ? Je ferme les yeux et je dis :

    « Je suis le Glitch !
    Ici et maintenant je m'ouvre les entrailles !
    Je rĂ©vĂšle le Grimoire et mon Ă©pouvantable Moi !
    Je suis le Glitch ! »

    J'ouvre les yeux. Les Antigens gisent au sol. On dirait qu'ils se sont entre-dĂ©vorĂ©s. Je ne comprends pas ce qui s'est passĂ©. Mais je ne suis pas mort. Les mouches volent toujours autour de mon visage et brouillent ma vision. Je cherche le corps de cette femme. Elle est lĂ  et... je la reconnais ! C'est elle ! J'en suis sĂ»r ! Mon double lumineux. Et les Antigens l'ont mangĂ©e.

    La Capitale de Ma Douleur...

    Les mouches font du bruit autour de ma tĂȘte. Elles m'empĂȘchent de me concentrer. Pourtant, la lune est telle qu'elle doit ĂȘtre, absente. Je dois accomplir le Rituel. Je ferme les yeux. La voix des Yeux de la ForĂȘt couvre celle des mouches.

    « Utilises l'Athanor. Jettes-y le vestige. CrĂ©es un dysfonctionnement. La dysfonction est ta fonction. Et obtiens le fantĂŽme...
    

    Glitch ! Ton sang dans l'Athanor ! »

    Les Yeux de la ForĂȘt se taisent. J'ouvre les yeux. Les mouches volent bruyamment autour de ma tĂȘte. L'Athanor, oĂč est-il ? Je sais. Cette sorte de case en plaques d'os, hier j'ai eu peur de m'en approcher. Je n'ai mĂȘme pas voulu la voir. LĂ  est l'Athanor. Un vent soudain me pousse dans cette direction. C'est un vent chargĂ© d’ÉgrĂ©gore. Heureusement, les Yeux de la ForĂȘt et les mouches, aussi, me protĂšgent.
    À l'intĂ©rieur, il rĂšgne une lumiĂšre apaisante. Elle provient de l'Athanor lui-mĂȘme mais aussi de plusieurs bougies disposĂ©es ça et lĂ  sur des meubles en ossements ou Ă  mĂȘme le sol. Je ne sais pas qui a allumĂ© ces bougies, ni qui a allumĂ© l'Athanor. Je ne sais pas si les Antigens vont revenir. Et, pour l'instant, je m'en moque. Je me plie Ă  la volontĂ© des Yeux de la ForĂȘt. J'ouvre la plaie zĂ©brant mon ventre. Les mouches font un peu plus de bruit. Je plonge mes mains dans mes entrailles et en ressort le Grimoire. La Bouche ne sourit plus. Elle a l'air... triste. Pourtant, elle est recouverte de sang, mon sang. Et je jette le Grimoire dans le feu.

    Et l'Athanor explose ! Et je me retrouve projetĂ© en l'air. Je heurte le plafond. Je retombe durement au sol. Les Yeux ? Les Yeux ? Que dois-je faire ? Je brĂ»le !

    Quand je reprends connaissance, la premiĂšre chose que j'entends, ce sont les mouches. La premiĂšre chose que je vois, ce sont mes mains... brĂ»lĂ©es ! Horriblement brĂ»lĂ©es. Je les porte Ă  mon visage et je sais. Je suis dĂ©figuré ! Puis, je rĂ©alise. Mes mains sont devenues rouges. Mon visage doit ĂȘtre rouge lui aussi. Je me souviens des paroles des Antigens.

La fille est tombée.
L'Homme Rouge est tombé.
13 cerveaux de 13 gentils gens.
Le Glitch, maintenant.

    Et si l'Homme Rouge, c'Ă©tait moi ? Alors ça veut dire que je suis dĂ©jĂ  mort depuis longtemps. Alors ça veut dire que je suis un fantĂŽme. Est-ce cela qu'ont voulu me dire les Yeux de la ForĂȘt ? « Obtiens le fantĂŽme ! »
    Ce n'est pas juste ! Je voulais trouver le nom du Glitch pour faire de grandes choses, pour changer le monde. Je voulais trouver mon double lumineux pour me dĂ©charger de l'ombre et ĂȘtre, moi aussi, un ĂȘtre lumineux. Je voulais ĂȘtre le Glitch. Je voulais ĂȘtre un Dieu ! Et je suis un monstre ! Et je suis mort...

    Pourtant, je dois accomplir un troisiĂšme Rituel. Quand la lune sera rouge, mais je vois rouge maintenant. Tout est rouge ! Mais oĂč, oĂč est celui que je n'ai pas vu depuis si longtemps...

    J'ai faim. Je croque un bout de mon avant-bras. À point...

XxXxX

    Nous sommes le 29 Merdier,

« Il gardait une trace d'eux, pour les maintenir en vie.
Littéralement. »

    J'avance de nuit car le soleil me brĂ»le. J'ai mal. Cette nuit, il pleut et ça me soulage, un peu. Et cela apaise ma soif aussi, un peu. Je suis fatiguĂ©. Je devrais m'arrĂȘter, me reposer. Il y a de la lumiĂšre au loin. Je m'approche. C'est une maison. Pas une chaumiĂšre de bric et de broc. Une vraie maison, comme on en fabriquait avant. J'approche prudemment. Il y a des gens dedans. Je les vois, souriants, attablĂ©s. Ils ont Ă  manger. Tout a l'air si propre lĂ -dedans. Moi aussi, je veux de cette bonne nourriture. Moi aussi, je veux ĂȘtre propre.
    Je m'avance dans cette clairiĂšre et Ă  mesure que j'approche de cette maison, ses murs se recouvrent de lianes grimpantes. Je me fige. Et les lianes stoppent leur progression. J'avance. Elles aussi. Elles pointent vers moi. Je sens leur hostilitĂ©. Elles gardent cette maison. Mais je veux manger et me laver. Je suis le Glitch ! Et je veux prendre une douche !
    Je suis brĂ»lĂ©. Je suis mĂȘme peut-ĂȘtre mort. Et si je pouvais brĂ»ler ces lianes ? Les pouvoirs du Glitch me le permettent-ils ? Les Yeux de la ForĂȘt l'autoriseront-ils ?
    Je suis le Glitch !
    Et les lianes flambent.
    Je rentre dans la maison. Mais elle n'est plus que ruines fumantes. Pourtant, je trouve Ă  manger et je peux me laver. Les mouches qui m'entourent trouvent Ă  manger elle aussi.

    J'en suis sĂ»r maintenant. Je ne suis pas mort ! L'Homme Rouge est tombĂ© sous les griffes des Antigens mais pourtant je ne suis pas mort. Comment ? Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais je suis vivant !

XxXxX

    Nous sommes le 1er Marche,

« PalĂ©tuviers, sentiers nĂ©nuphars, clairiĂšres de lentilles d'eau, murs de prĂȘles et buttes de vase.
Le marais Ă©tait une grande forĂȘt saumĂątre. »

    Il y a du vent aujourd'hui. Mais ce n'est finalement pas dĂ©sagrĂ©able sur ma peau rongĂ©e, brĂ»lĂ©e. J'erre sans trop savoir oĂč mes pas me guident. Je cherche le dernier lieu pour le dernier Rituel mais je n'ai aucune idĂ©e de lĂ  oĂč il peut se trouver.
    « Celui que je n'ai pas vu depuis si longtemps... » et je dois y ĂȘtre Ă  la prochaine lune rouge. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai d'abord pensĂ© que « Celui que je n'ai pas vu depuis si longtemps... » Ă©tait quelqu'un, peut-ĂȘtre moi-mĂȘme d'ailleurs. Ce « Moi » que j'avais pas vu depuis que le Glitch m'avait choisi pour trouver son Nom. Mais, finalement, plus simplement, il s'agit peut-ĂȘtre plus simplement d'un lieu que je n'ai pas vu depuis si longtemps.
    Et je repense Ă  la Lyre qui rĂ©unit les amis et les amants. OĂč sont mes amis ? Ceux que je n'ai pas vu depuis si longtemps. Et qui sont-ils ? Je ne sais plus. J'erre seul depuis si longtemps. Mes seules vraies amies sont... mes pensĂ©es.
    Et j'ai peur car je repense Ă  cette fois oĂč, dans le miroir, je n'ai vu que le vide. Mon crĂąne est-il vide ? Mes pensĂ©es ne sont-elles que du vide ? Ai-je tort de croire que je pense ? Je pense donc je suis, parait-il. Mais si mes pensĂ©es ne sont qu'illusion, mon sentiment d'ĂȘtre n'est qu'illusion aussi.
    Et soudain, je regarde autour de moi. Une Brume recouvre le sol. Je suis maintenant dans des marais. L'air est chargĂ© d’ÉgrĂ©gore. Je suis sur le terrain d'un Horla. J'ai peur. Il y a du bruit autour de moi. Quelque chose s'approche. La brume devient plus dense. Quelque chose me frĂŽle. Je distingue une ombre dans la brume. C'est une de ces plantes carnivores Ă©normes qu'on rencontre parfois. Elle passe Ă  cĂŽtĂ© de moi sans m'accorder la moindre attention. Je n'existe pas pour elle. Mais alors, pour qui j'existe ?
    J'Ă©tais pourtant certain d'ĂȘtre vivant ! Est-ce l'effet de la Brume ? Un des pouvoirs du Horla qui me donne cette impression de ne plus ĂȘtre. Est-ce un moyen de me tromper, de me piĂ©ger ? Pourquoi ne pas me dĂ©vorer tout simplement ? Peut-ĂȘtre que ce Horla se nourrit de mes pensĂ©es justement ? De mes peurs, de mes tourments ?
    Et je me rend compte que je suis immobile, les pieds dans la boue. Je tente de reprendre la maĂźtrise du cours de mes pensĂ©es et de mettre un pied devant l'autre. Je tente de me convaincre que je suis vivant. J'avance et la brume se dissipe. J'aperçois une sĂ©rie de petites bornes en pierre grossiĂšrement taillĂ©e. Certaines sont coiffĂ©es de couronnes en Ă©corces et branchages tressĂ©s. Je reconnais certains des symboles gravĂ©s sur ces bornes. Oui, j'ai bien traversĂ© le territoire d'un Horla. Ceux qui vivent ici, ou qui vivaient ici, ont construit ces bornes pour en marquer les limites. Ils en ont fait un lieu sacrĂ©. Un lieu qui se distingue du profane. Un lieu oĂč on n’entre pas. Mais je suis le Glitch. Ces distinctions ne me concernent pas, pas vraiment.
    « Celui que je n'ai pas vu depuis si longtemps... » Et si cet endroit Ă©tait tout simplement le lieu d'oĂč je viens ? LĂ  oĂč il y a des gens, pas des Antigens, des hommes et des femmes. LĂ  oĂč je ne suis pas seul avec mes pensĂ©es. Et si je rentrais chez moi ? Pas le chez moi d'oĂč je viens, celui que j'ai oubliĂ©. Mais le chez moi qui est celui de tout homme, une communautĂ©, un groupe, une famille, un clan.
    Je dois retrouver le Clan des Arbres avant que la lune ne soit rouge !

XxXxX

    Nous sommes le 2 Marche,

« Je suis un nomade, je ne laisse pas de trace. Je vis au jour le jour. Demain, je serai peut-ĂȘtre mort.
Nul ne se souviendra de mon passage. »

    Demain... Mais peut-ĂȘtre que je serais mort dĂšs aujourd'hui. Et nul ne se souviendra de mon passage. Ce serait dommage...
    J'ai marchĂ© toute la journĂ©e pour retrouver le Clan des Arbres. Pour retrouver des gens, des humains. Ceux que je n'ai pas vu depuis si longtemps. Mais, alors que la lune rouge apparaĂźt, je suis seul. DĂ©sespĂ©rĂ©ment seul. Il va pourtant falloir que j'interroge les Yeux de la ForĂȘt, et ce mĂȘme si je ne suis pas au bon endroit. Mais aprĂšs tout, je n'ai aucune vĂ©ritable idĂ©e de ce qu'est ce bon endroit. Et il est peut-ĂȘtre partout...
    Je me sens mal car je doute. Que va-t-il arriver si je ne trouve pas le nom du Glitch ? Et que va-t-il arriver si je le trouve ?
    Je suis seul.
    Je ferme les yeux.
    J'Ă©coute les Yeux de la ForĂȘt. Je dis :

    « Je suis le Glitch !
    Ici et maintenant, je m'assois dans la boue et je souris pour montrer qu'il y a du bon en moi !
    Je suis le Glitch ! »

    Et les Yeux de la ForĂȘt disent :

    « Glitch ! Tu dois utiliser l'immobilitĂ© et sacrifier un compagnon !
    Glitch ! Tu dois accepter le destin de la fille... »

    Je crois que je comprends. Alors, je reste assis lĂ , immobile. Je ne bouge plus. Je ne bougerai plus. Jamais. Je continues de sourire et accepte que la fille, mon double lumineux ?, soit morte. J'accepte aussi de ne plus jamais avoir de compagnon. Je vais rester lĂ . Peut-ĂȘtre que d'autres viendront et me verront. Mais ils ne seront pas mes compagnons. Ils s’assoiront autour de moi. Ils parleront. Ils prieront. Ils feront des vƓux. Mais ils ne seront pas mes compagnons. Mais je serai le leur. Je dis :

    « Je suis la Pierre !
    J'ai Ă©tĂ© fait par la force des Yeux de la ForĂȘt.
    La permanence de la pensĂ©e est en moi.
    J'ai endurĂ© un long voyage. J'ai croisĂ© des Horlas, des monstres. J'ai Ă©tĂ© traquĂ© par les Antigens. J'ai Ă©tĂ© brĂ»lĂ©...
    Je suis la Pierre.
    Ici et maintenant, pour assurer la stabilitĂ© et l'enracinement, je renonce...
    Je suis la Pierre ! »


Feuille de personnage :

Destin Fatal : AprÚs une longue absence, des personnes se retrouvent. Elles croient se reconnaßtre mais il s'agit de souvenirs implantés ou d'identités usurpées.
La Chasse: Je suis traqué par ces Horlas qu'on appelle les Antigens. Moi, je chasse... mon nom, mon vrai nom, le nom du Glitch.
Une question et une Certitude : Que se passera-t-il quand j'aurai retrouvé mon nom, le nom du Glitch ? Je suis sûr que cela changera le monde !
Une Croyance : le Glitch est un Dieu. Pas un CrĂ©ateur, pas un Ancien, mais un Dieu quand mĂȘme. Et il est en moi.
Une vertu et un vice : la Justice mais aussi... l'Envie !
Un souvenir qui te hante : Un jour, j'ai vu mon reflet dans un miroir. Je n'y ai pas vu mon visage. J'ai vu les ténÚbres, le vide, les étoiles. Les miroirs et les étoiles me font peur...
Ma quĂȘte : me rendre dans les Trois Lieux consacrĂ©s et y accomplir les rituels afin de dĂ©couvrir le nom du Glitch.
Mes deux symboles : La Lyre qui réunit les amis et les amants. La Brume qui cache les mythes.
Ce qui m'accompagne : Je suis, pour l'heure, au sein d'une enclave réduite.


Commentaires de Thomas :

B. "Des fois, comme maintenant, je reste quelque temps au sein d'un groupe sĂ©dentaire. Ils s'appellent le Clan des Arbres" D'entrĂ©e de jeu, on s'inscrit dans la continuitĂ© des prĂ©cĂ©dentes campagnes Millevaux, lĂ  oĂč Nihill marquait un break.

C. Jouer les voyages entre les lieux avec Bois-Saule, c'est malin.

D. "Pourtant, les racines qui s'y sont plongées ont des formes étranges, torturées. Je remarque alors que ces racines courent justement des cuves jusqu'aux murs. Là, certaines s'enfoncent dans la terre et d'autres grimpent jusqu'au plafond. " D'emblée, on est sur du décor résolument forestier, contrairement à ton habitude. On sent bien là l'effet Bois-Saule

E. "Les mouvements sous ma peau cessent. Je porte mes mains Ă  mon visage. Quelque chose a changĂ©. Je me saisis d'un sac plastique. Je l'enfile sur ma tĂȘte. Je perce deux trous au niveau des yeux. Un autre au niveau de la bouche et un dernier au niveau du nez. Comme ça, je peux regarder mon visage. " : J'adore l'image.

F. "Ça me gratte sous le sac plastique. Ça fait mal. Je me gratte. Me gratter me soulage mais la sensation qui suit est horrible. Je regarde mes mains. Elles sont pleines de vers, de larves et d'asticots. Je hurle Ă  la lune. Je hurle Ă  la mort. Je me gratte jusqu'au sang, sans pour autant retirer le sac en plastique. Je n'ose pas l'enlever. Je ne veux pas savoir ce qu'il y en dessous. Je veux juste que ça s'arrĂȘte. Je pleure... des vers, de la vermine !" : Je sais pas du tout si c'est la consĂ©quence d'une procĂ©dure de Bois-Saule, mais Ă  nouveau, l'image est forte :)

G. "Je soulĂšve le couvercle du cercueil. À l'intĂ©rieur, une petite fille vĂȘtue de blanc dĂ©vore le cadavre d'un vieil homme." Trop cool...

H. "Je devrais atteindre la Capitale de la Douleur d'ici quatre jours." Comment as-tu déterminé la durée des voyages ?

I. "Pas avec cet énorme chat au pelage vert qui s'approche. Il est gros comme un poney ou un petit ours. Son poil est vert car il se nourrit entre autre de la lumiÚre du soleil. C'est rare d'en voir la nuit d'ailleurs. Son flanc gauche est déchiré d'une sinistre bouche humaine arborant un non moins sinistre rictus." Est-ce que c'est Herbodoudiab ?


Réponse de Damien :

B, le Clan des Arbres fait partie des Ă©lĂ©ments rĂ©currents dans mes scenar. ces Ă©lĂ©ments n'aurant pas forcĂ©ment toujours la mĂȘme signification d'un scenar ou d'une campagne Ă  l'autre mais ils seront lĂ . ça inclut le Clan des Arbres, NoAnde, le Thanatrauma etc.

C-c'Ă©tait ce que je voulais tester justement: une partie de The Name of God mais Bois-Saule pour les trajets.

D-oui, j'ai ce rĂ©flexe d'utiliser Millevaux comme un monde parallĂšle qui est avant tout une menace planant sur le nĂŽtre. j'aime bien cette idĂ©e. mais j'aime bien aussi quand mĂȘme jouer dedans parfois ^^ lĂ , c'Ă©tait l'occasion. dans mes rĂ©cents Chtulhu, j'utilise Millevaux comme ContrĂ©e des RĂȘves notamment.

E-Merci, ça fait typiquement partie des trucs qui ne m'arrivent qu'en solo. pas prévu du tout. ça s'impose!

F-franchement, je ne sais plus trop mais là aussi... ça s'est imposé ^^

G-oh, ça sent le tirage de cartes Muses et Oracles ou un truc dans le genre ça 

H-au D6 ^^

I-je ne sais pas si c'est lui mais... c'est un de la mĂȘme espĂšce en tout cas ^^ le cĂ©lĂšbre chat millevalien XD


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie crĂ©ative. Univers artisanaux.
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