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#51 15 Jan 2021 11:27

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

R√Č√ČCRIRE LE R√ČEL

Dans la forêt post-apocalyptique, quand on est chamane nécromancien, traquer les tueurs en série n’a rien de simple ! Un récit par Damien Lagauzère.

(temps de lecture  : 24 mn)

Le jeu : Psychomeurtre, les meilleurs des profilers contre les pires des serial killers

Joué en solo le 10/03/2019

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Jason Spaceman, cc-by


Et voila donc mon petit Psychomeurtre à la sauce Millevaux et Don't Rest your Head.
J'avoue, j'ai eu du bol aux D, ça aurait pu beaucoup plus mal se mettre. sur le plan technique, j'ai géré les jets d'investigation avec le talent de fatigue de don't rest (avec le risque de sombrer et de virer dans un cauchemar de Coelacanthes, mais ça n'a pas eu lieu) . et pour les cochages relevant du role play, je me suis créé un talent de folie consistant à "écrire" le réel. donc, si ce pouvoir fonctionne, il me donne la possibilité de valider mes hypothèses ^^ mais bon, avec Don't rest, il y a toujours le risque que ça tourne très mal. Mais j'ai vraiment eu du bol. Globalement j'ai eu pas mal de réussites et le Tourment n'a pas dominé tant que ça ou, en tout cas, pas quand ça m'aurait vraiment été défavorable ^^


À lire en écoutant :

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Basement Apes Vol.1, par Sunwatchers, la circularité psyché-jazz, la transe chamanique, le non-lieu cosmique


L’Histoire:

    On m'appelle le mHaze. Comme tous les shamans du Clan des Arbres, je dissimule mon visage derri√®re une cagoule de cuir surmont√©e de bois de cerf.
    Mon nom n'est pas comme ceux des autres membres du Clan car je suis une ¬ę¬†pi√®ce rapport√©e¬†¬Ľ. C'est mon p√®re adoptif NoAber, qui me l'a donn√©. Et NoAnde, le shaman qui m'enseigne, m'a dit qu'un jour je conna√ģtrai l'origine de ce nom. J'esp√®re que NoAber vivra assez longtemps pour me r√©v√©ler ce secret. Il va de plus en plus mal. Et j'ai de moins en moins de temps √† lui consacrer.
    J'ai aussi de moins en moins de temps √† consacrer √† l'art des shamans. Aujourd'hui, toute mon attention est concentr√©e sur la recherche de la chose qui a tu√© ma compagne, Edes¬†!
    NoAnde m'a donn√© son accord pour que ma route s'√©loigne un temps de celle du Clan. Il sait qu'il ne s'agit pas d'un simple vengeance. Ce qui a tu√© Edes a d√©j√† tu√© auparavant et tuera encore. Il faut que quelqu'un l'arr√™te. Et le temps m'est compt√© car, si comme je le pense, ce Horla est soumis √† un cycle, je dois le trouver avant qu'il ne quitte notre monde. Mais de combien de temps dispose-je en r√©alit√©¬†? Je n'en sais rien.

    Nous sommes le 19 Vrillette,

¬ę¬†J'veux bien couper les arbres et mettre la charrue !
Mais avant le vendredi saint, la terre saigne, et apr√®s elle bouffe plantes et hommes.¬†¬Ľ

    Cela fait maintenant deux jours que j'ai quitt√© le Clan des Arbres. J'erre dans les bois, me fiant √† ce que je crois, √† ce que j'esp√®re, √™tre sa trace. Et je trouve une nouvelle victime. C'est un homme cette fois. Il a la peau rouge et une veste de b√Ľcheron. Je sens encore sa transpiration. Il est mort il y a peu. Le monstre est-il encore dans les parages¬†?
    Le pauvre homme a √©t√© rou√© de coups. Il est couvert d'h√©matomes. Ses yeux et ses l√®vres sont gonfl√©es. Son nez √©cras√© saigne. Ses l√®vres aussi. Je le palpe et constate que ses c√ītes sont cass√©es, enfonc√©es. Les os de ses bras et de ses jambes ont √©galement √©t√© bris√©s √† mains nues. Comme Edes...
    Je remarque √©galement un impact au niveau du cr√Ęne. Il a √©t√© touch√© √† la t√™te. Par un caillou peut-√™tre¬†? Il faudrait que je le trouve. Je regarde autour de moi. La for√™t offre bien des endroits o√Ļ se cacher, o√Ļ tendre un pi√®ge. Est-il possible que ce monstre ait attendu ici qu'une innocente victime passe par hasard¬†? Si mon hypoth√®se est juste et qu'il est soumis √† un cycle, il va vouloir en finir avec sa t√Ęche avant d'√™tre contraint √† rejoindre un autre monde. Aussi, il est probable qu'il connaisse cet endroit. Il sait qu'il y a du passage. D'une certaine fa√ßon, il est chez lui. Et il est fort probable qu'il ne soit pas loin ou qu'il compte revenir. Si c'est le cas, malgr√© l'√©ventuelle urgence due √† l'ach√®vement de son cycle, il doit rester confiant.

    √Ä ce stade de mon enqu√™te, je pense qu'il n'a peut-√™tre pas forme humaine. Sinon, il ne prendrait pas la peine de se cacher ou d'attaquer √† distance. Il pourrait approcher ses victimes et tenter de se faire passer pour un ami.
    Cette nouvelle victime a √©t√© tu√©e non loin du territoire du Clan des Arbres. Peut-√™tre que ce Horla est li√© d'une fa√ßon ou d'une autre √† cet endroit. En tous cas, je pense qu'il le conna√ģt bien.
    Ce rituel qu'il veut ou doit accomplir avant de quitter Millevaux suppose la mort de plusieurs personnes. Combien¬†? Il a certainement d√©j√† tu√© avant. Et il est probable que la fr√©quence de ses crimes s'acc√©l√®re s'il est loin du compte. Peut-√™tre, d'ailleurs, que l'accomplissement de ce rituel lui permettrait de rester ici¬†?

    Je fouille les environs, √† la recherche du caillou qui a servi √† assommer le b√Ľcheron. Ce faisant, je trouve aussi des empreintes de pas. Et elle confirme mon hypoth√®se. Ce Horla n'a pas figure humaine. Ces traces sont de taille humaine mais elles pr√©sentent d'√©tranges d√©formations, comme si les orteils s'√©taient assembl√©s pour former des sabots de chair. Ne trouvant pas ce maudit caillou, je me concentre sur ses empreintes. Je ferme les yeux et demande, humblement, leur aide aux esprits de la For√™t. Je sens qu'ils me sourient. Cette chose n'est pas humaine mais se d√©place comme un humain, sur ses deux pattes arri√®res.

    Je remercie les esprits pour leur aide. J'ai encore beaucoup de questions √† leur poser mais je sais, par exp√©rience, qu'il ne faut pas abuser de leur bont√©. Je me rappelle les le√ßons de NoAnde √† ce sujet. Les esprits ne sont pas l√† pour nous servir. C'est nous qui les servons. Et s'ils acceptent de r√©pondre √† nos requ√™tes, c'est uniquement parce que cela sert leurs int√©r√™ts. Ce que nous croyons √™tre nos motivations, nos buts, sont en r√©alit√© les leurs...

    Je ne sors pas d'un r√™ve. Je voudrais sortir d'un r√™ve, un de ceux o√Ļ les Esprits seraient venus me visiter et me dispenser leurs bons conseils. Mais, depuis la mort d'Edes, je ne dors plus. Est-ce la vengeance qui me tient √©veill√©¬†? La douleur¬†?
    J'ai attendu longtemps, assis √† c√īt√© du cadavre de ce b√Ľcheron. Mais rien n'est venu. Ni le sommeil, ni l'illumination, ni le meurtrier... Rien, ni personne. Alors, apr√®s plusieurs heures pass√©es √† r√©fl√©chir, j'ai d√©cid√© de me lever.
    Mais ces heures n'ont pas √©t√© vaines. J'ai beaucoup r√©fl√©chi. Peut-√™tre que je me trompe en pensant que c'est un Horla qui a tu√© Edes. Peut-√™tre n'est-ce qu'un homme, un vilain estropi√©¬†? Ou un sorcier pensant servir une d√©it√© Horla¬†? En tous cas, peut-√™tre que le tueur, quelle que soit sa nature, est malgr√© tout soumis √† un cycle. Il y aura donc d'autres victimes. Mais cela veut aussi dire qu'il y en a eu d'autres avant¬†! Si je les trouve, j'aurais peut-√™tre de nouveaux indices.
    Je m'approche d'un arbre, un Noyer. Je pose mes mains √† plat contre le tronc. Je me rapproche encore. Je colle ma joue contre lui. Je ferme les yeux et cherche √† entendre le battement de son cŇďur. A-t-il quelque chose √† me dire concernant les autres victimes¬†?

    Un flash¬†!

    ¬ę¬†Change de lieu¬†! Une chasse aux sorci√®res¬†!¬†¬Ľ

    Qu'est-ce que √ßa veut dire¬†? Je traquerais donc une sorci√®re¬†? Et elle serait ailleurs¬†?

    Bien, mais... Je veux en savoir plus sur les autres victimes. Alors¬†?
    Alors, oui¬†! Il y en a eu d'autres¬†? Je vois tout ces petits points luisant faiblement dans les t√©n√®bres. Autant d'√Ęmes perdues. Elles se r√©partissent dans l'espace et le temps, entre les mondes des vivants et des morts et des Esprits et du R√™ve. Pour l'heure, il n'y aurait eu qu'un seul cycle. Celui-ci serait donc le premier mais il aurait commenc√© il y a longtemps. La fin n'est pas proche mais le rythme pourrait pourtant s‚Äôacc√©l√©rer.
    Mais pourquoi¬†? Que veut cette sorci√®re¬†? Puisqu'il semble bien qu'il s'agisse d'une sorci√®re. L'Esprit du Noyer, peut-il m'aider¬†? Je regarde dans ma besace et en tire trois noix.

    Et je suis soudain en nage¬†! Je ne sais pas ce qui m'arrive. Je m'accroche √† cet arbre avec la terrible, l'horrible peur de tomber, de chuter de son sommet et de mourir √©cras√© au sol. Je ferme les yeux le plus fort que je peux. Je sens le frottement de l'air contre mon visage. Cette sensation de chute, de vertige est insoutenable. Je tombe √† genoux¬†! J'ouvre les yeux et constate que je suis bel et bien tomb√©, oui, mais seulement du haut de ma personne. Quel avertissement les Arbres ont-ils voulu m'adresser¬†? Je m'examine. Malgr√© tout, j'ai r√©ellement peur de m'√™tre bless√©. Mais je n'ai finalement qu'une vilaine bosse. Je la touche. Je la presse. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose dedans. Mais ce n'est qu'une impression, une sensation sans fondement car je suis si fatigu√©.
    Je ferme les yeux et je vois un astre se dessiner dans la nuit. Et j'ai le terrible pressentiment d'un effondrement √† venir.

    Je regarde autour de moi. J'ai l'impression qu'on m'observe. Pourtant, je suis seul. Et je pense √† mon p√®re adoptif, NoAber. Il m'a recueilli quand j'√©tais enfant. Il m'a donn√© √† manger, √† boire. Il  m'a soign√© et m'a donn√© mon nom. Je n'ai pas le m√™me nom que les autres hommes du Clan des Arbres. NoAber voulait que je sache que je venais d'ailleurs. Mais il ne voulait pas que j'en souffre. Il voulait au contraire que j'en sois fier et que je fasse de mes origines une force, un don pr√©cieux pour le Clan. C'est aussi pour √ßa que j'ai choisi de devenir shaman. Je lui dois beaucoup. Je lui dois tout. Et ne devrais-je pas √™tre √† ses c√īt√©s aujourd'hui alors qu'√† son tour il a besoin de moi¬†?

    Inutile de rester ici. Les Arbres ont √©t√© clair quant √† la n√©cessit√© de quitter cet endroit. Mais pour aller o√Ļ¬†? Je sais qu'il y a eu d'autres victimes par le pass√©. Et il y en aura d'autres¬†! Je sais aussi qu'il est possible que ces meurtres ne soit pas le fait d'un Horla mais d'une sorci√®re aux pieds difformes. Mais peut-√™tre change-t-elle d'apparence au moment de passer √† l'acte¬†?
    Je ne sais pas pourquoi elle agit ainsi. Elle ob√©it √† un cycle, un cycle long. Mais son rythme n'est pas n√©cessairement r√©gulier et tout pourrait s'acc√©l√©rer, d'autant plus que j'ai eu cette vision de chute et d'effondrement. Et cet astre dans la nuit, quel est son r√īle¬†?
    Tue-t-elle pour ob√©ir √† une puissance sup√©rieure¬†? Pour s'attirer ses faveurs¬†? Est-elle seulement folle¬†? Comment le savoir¬†? Elle a tu√© Edes et cet homme en les rouant de coups mais... et si il y avait autre chose¬†? Je dois examiner les corps. Je soul√®ve le corps du b√Ľcheron et d√©cide de rentrer. L√†, je tenterai d'en savoir plus.

    C'est avec joie que je retrouve le Clan des Arbres, m√™me si je ne suis pas parti si longtemps que √ßa. Je m‚Äôenquiers de l'√©tat de sant√© de NoAber et constate que rien n'a chang√©. Je fais semblant d'√™tre optimiste.
    Je d√©pose ensuite le corps du b√Ľcheron et explique mon plan √† NoAnde. Cela me fait plaisir et me rassure que celui qui m'a tout appris de l'art des shamans du Clan des Arbres approuve ma qu√™te et valide mes hypoth√®ses. Ne voulant pas abuser de sa g√©n√©rosit√©, je n'ose pas lui demander de m'assister dans ce rituel de n√©cromancie. Mais je lui demande tout de m√™me de bien vouloir veiller sur NoAber.
    Je pr√©pare les corps, celui d'Edes et celui du b√Ľcheron. Je les lave. Je les habille avec des v√™tements propres. Je peins sur leurs visage, leurs mains et leurs pieds les symboles qui me permettront, par le truchement des Esprits, de lire en eux, de les faire parler. Je dois savoir pr√©cis√©ment ce qu'on leur a fait. Une fois les corps pr√©par√©s, je dessine le pentacle qui va les accueillir et dispose, aux points symboliques, des coupelles remplies d'encens, de p√©tales de fleurs, de bougies. Je n'ai pas dormi depuis des jours. J'esp√®re que ma concentration ne va pas s'en ressentir. J'ai tellement besoin de savoir.
    Je me concentre. Je gobe une poign√©e de noix. J'entonne le chant rituel en dansant autour du pentacle. Une fracture¬†! Dans la r√©alit√©¬†! La transe s'empare de moi. Je perds le contr√īle. Les dessins, le pentacle, les corps¬†! Tout change de forme. L'espace autour de moi se redessine. Je suis entour√© de symboles √©tranges que je ne comprends pas. Il y a pourtant un sens √† cela. Quel est-il¬†? Je regarde le corps d'Edes. Il est tordu dans tous les sens. Lui aussi dessine de nouveaux symboles. Il semble vouloir me dire quelque chose. Edes veut me dire quelque chose. Mais quoi¬†? La bosse, celle que je me suis faite en me cognant dans la for√™t, se met √† pulser. Ce qu'il y a dedans, car il y a vraiment quelque chose dedans, veut sortir¬†! La transe s'est empar√©e de moi. Je suis en transe¬†! Je suis l'incarnation de la transe. La transe incarn√©e¬†! Et pourtant, il y a ce voile entre moi et la v√©rit√©, entre moi et ce que les corps tentent de me dire. Je dois d√©chirer ce voile et lire la r√©alit√©¬†!
    Et d'un coup de t√™te, les bois fix√©s √† ma cagoule √©corchent, tailladent et balafrent le r√©el. Et derri√®re, je vois, non pas cette sorci√®re meurtri√®re, mais ses buts, ses objectifs. C'est une page blanche. Je prends un bout de charbon et j'√©cris.

    Cette sorci√®re veut s'attirer les faveurs d'une d√©it√© Horla. Elle accompli ces meurtres √† des dates pr√©cises, selon un calendrier connu d'elle seule. Mais il y a une certaine logique derri√®re tout cela. Il y aura d'autres morts car la d√©it√© Horla est exigeante.

    Je l√Ęche le bout de charbon. Je recule. Je regarde cette page de r√©el. Elle n'est plus blanche. Je lis l√† ce qui anime cette sorci√®re. C'est √ßa, elle tue pour s'attirer les faveurs d'une d√©it√© Horla.
    Et je m'√©croule au sol, agit√© de spasmes. Je sens quelque chose cogner √† l'int√©rieur de cette bosse. Puis, ces mouvements se calment et s'arr√™tent. Je me rel√®ve et me rue vers un miroir. Cette bosse a chang√© de forme. Elle ressemble maintenant √†... un serpent qui se mord la queue¬†?

    J'ai besoin de repos. Je suis √©puis√©. Pourtant, impossible de dormir. R√™ver me ferait du bien. Les Esprits pourraient venir me parler, me r√©conforter, purifier mon √Ęme. Et pourtant, je ne dors pas.  Est-ce que cela veut dire que le repos de l'√Ęme m'est interdit d√©sormais¬†? √Ä moins que je ne trouve le repos qu'avec la mort de cette sorci√®re¬†? J'ai pourtant besoin de me changer les id√©es. Mais j'ai toujours besoin d'apprendre. Alors, je rejoins NoAnde. Je lui raconte cette √©trange exp√©rience. Il me sourit et me dit qu'il n'a pas de r√©ponse. Et s'il y en a vraiment une, elle appartient aux Esprits de la For√™t, aux Esprits des Arbres. Alors, il me raconte l'histoire de l'Esprit du Noyer et comment les Noix permettent de voyager entre les mondes. Il me raconte aussi la lutte contre les CŇďlacanthes. J'aime √©couter ses histoires. Elles sont toujours riches d'enseignements. NoAnde me jure qu'il n'a pas de r√©ponse √† mes questions concernant cette sorci√®re, mais ce n'est certainement pas par hasard qu'il me parle du Noyer et des CŇďlacanthes.

    Je passe ma main sous ma cagoule. La bosse est toujours l√†, avec sa forme √©trange. Dois-je y voir un message des Esprits¬†? Un serpent qui se mord la queue... Dois-je voir l√† qu'il s'agit bien d'un cycle, de quelque chose qui va se r√©p√©ter¬†? Ou alors... est-ce que cela voudrait dire que je me d√©vore moi-m√™me en me lan√ßant dans cette qu√™te, cette enqu√™te¬†?
    Ou... est-ce l√† une mise en garde¬†? Le cycle arriverait √† son terme¬†? Dans ce cas, je ne dois pas perdre de temps. Mais dans quelle direction aller maintenant¬†?
    Je pense que cette sorci√®re conna√ģt bien les lieux. Dans ce cas, peut-√™tre qu'elle fait partie de la communaut√© dont est issu le b√Ľcheron dont j'ai trouv√© le cadavre. Peut-√™tre aussi qu'elle fait partie du Clan des Arbres. Mais, dans ce cas, je pense que je l'aurais remarqu√©. √Ä moins que... qu'elle ne se cache particuli√®rement bien. Peut-√™tre aussi qu'elle vit cach√©e dans la for√™t.
    Et si je parvenais √† entrer en communication avec elle par le biais du monde des Esprits¬†? Et si, l'espace d'un instant, je pouvais voir par ses yeux, entendre par ses oreilles¬†? Cela me donnerait une id√©e de l√† o√Ļ elle se trouve.
    Apr√®s m'√™tre assur√© que mon p√®re allait aussi bien que possible et donn√© des instructions pour qu'on prenne soin de sa sant√©, je retourne dans la for√™t. L√†, je trouve un Noyer. Je presse mes paumes et mon front contre son tronc. Je lui demande de m'aider. Je l'implore. J'ai conscience qu'il ne me doit rien, que c'est moi qui lui doit tout. Mais je dois savoir. Je dois trouver cette sorci√®re. Il ne s'agit pas seulement de venger la mort d'Edes. Il s'agit et surtout d'emp√™cher de nouveaux meurtres et d'emp√™cher la r√©alisation de ce rituel morbide. √Ē Noyer, aide-moi¬†!
    Et l'arbre m'aide. Je souris. J'y vois l√† sa volont√© d'arr√™ter cette sorci√®re. Il sait que ces projets sont n√©fastes aux hommes comme aux Esprits. Et je vois...
    Un aigle¬†! Il tourne en rond dans le ciel. Elle a donc les yeux lev√©s vers le ciel. Est-elle haruspice¬†? Interpr√®te-t-elle les virevoltes de l'oiseau¬†? Je vois maintenant une porte. Elle regagne ce qui doit √™tre sa chaumi√®re. Oui¬†! Elle vit seule dans la for√™t. √Ä l'int√©rieur, elle regarde un cristal. Il est √©norme et taill√© de fa√ßon irr√©guli√®re. Elle le touche, le caresse. Elle lui parle. Elle parle de... ma bosse. Sait-elle que je suis sur sa trace¬†? Elle parle √† celui ou ce qu'elle appelle ¬ę¬†le Dragon¬†¬Ľ. Et ce cristal, chacune de ses faces est une fen√™tre vers un ailleurs. Lequel regarde-t-elle¬†?
    Dans le cristal, un endroit √©trange. Deux personnes sont reli√©es √† une sorte de pompes qui leur injecte un produit semblant les plonger dans l'h√©b√©tude la plus totale. Quel lien avec le dragon¬†?
    Dans une autre facette, c'est une automobile, mais pas une carcasse comme on en trouve dans la for√™t, une vraie, qui roule et qui... fond litt√©ralement comme neige au soleil.
    Je pr√©f√®re me retirer avant qu'elle ne se rende compte que je l'observe.

    Elle vit donc l√†, seule, dans cette chaumi√®re quelque part dans la for√™t. Elle est finalement assez proche de nous. Elle sert celui qu'elle appelle ¬ę¬†le Dragon¬†¬Ľ. Quelle sorte de monstre, de Horla ou de d√©it√© Horla cela peut-il bien √™tre¬†? Et ce cristal¬†?
    Mais surtout, o√Ļ est cette chaumi√®re¬†? Je dois la trouver¬†! Et soudain, je me demande si elle n'aurait pas des complices. Peut-√™tre au sein du Clan des Arbres d'ailleurs¬†? Cette pens√©e me fait mal mais, malgr√© tout, je ne dois pas l'√©vacuer. Alors, je rentre...

    Nous somme maintenant le 23 Vrillette et je n'ai toujours pas dormi...

    ¬ę¬†J'dirais pas qu'c'est mal de coucher avec sa m√®re.
Mais ce que ça retourne au niveau de la mémoire et de l'égrégore...
Tu veux pas savoir.¬†¬Ľ

    C'est par ces mots que m'accueille NoAnde. Et il n'a rien d'autre √† me dire... Comme souvent, c'est √† moi de trouver le sens de tout cela.
    La transgression. NoAnde me parle de transgression. Et il me dit que ce n'est pas mal mais qu'il faut en assumer les cons√©quences. Dois-je me livrer √† une grande et grave transgression pour parvenir au terme de mon enqu√™te¬†? Quelles en seront les cons√©quences¬†? Et, finalement, est-ce que je veux vraiment savoir qui a tu√© Edes¬†? Et pourquoi¬†? NoAnde veut-il me dire par-l√† que je dois aujourd'hui faire le choix entre poursuivre ma qu√™te mais en assumer les cons√©quences ou bien faire mon deuil et reprendre ma place au sein du Clan des Arbres, en acceptant que le coupable de la mort d'Edes ne soit jamais puni¬†?
    Mais ce n'est pas qu'une histoire de vengeance. Cette sorci√®re tuera encore, au nom de ce Dragon. Je dois l'arr√™ter. Car, quelles seront les cons√©quences si je ne fais rien¬†? Les cons√©quences pour notre Clan seront peut-√™tre bien pires que ce que j'aurais √† supporter comme prix pour avoir tent√© de l'arr√™ter¬†? L'heure est plus grave qu'il n'y para√ģt. Et elle est plus grave car, assur√©ment, cette sorci√®re n'agit pas seule. J'en ai l'intime conviction, si elle ne le dirige pas, elle est au cŇďur d'une cabale qui tue au nom de ce Dragon. Alors, oui, j'irai jusqu'au bout quel qu'en soit le prix. Mais, pour √ßa, je vais avoir besoin de trouver ses complices. Et si je ne trouve pas d'indice, je tordrai la r√©alit√© pour qu'elle me les donne...

    Je m'installe au chevet de mon p√®re. Lui, il dort paisiblement. Je sors une poign√©e de noix de ma besace.

    Et un voile, LE voile, se d√©chire. L√†, sous mes yeux. Et je vois. Et ce que je vois m'emplit de terreur. Une terreur telle que je m'enfuis en hurlant. J'erre dans les bois en criant car je comprends que la r√©alit√© n'est pas... ce qu'on croit. Rien n'est vrai¬†! Tout est permis¬†! La r√©alit√© est une construction qui ne s'impose √† nos sens que par ce que nous l'acceptons. Nous pensons, nous pauvres humains, que nous ne pouvons que nous plier √† la r√©alit√©. Mais c'est faux¬†! C'est une illusion. C'est ce que la r√©alit√© veut nous faire croire. Mais en r√©alit√©, la r√©alit√© a peur de nous. Elle a peur de l'homme car l'homme peut la contraindre. Il y a des moyens. L'homme a eu les moyens. Il les a toujours eu. Mais il les a oubli√©s. La r√©alit√© a toujours Ňďuvr√© √† ce que l'homme oublie comment la soumettre, la r√©√©crire.
    Et soudain, je m'arr√™te de courir car je suis face √† un trou noir. Il ne s'agit d'un v√©ritable trou dans le sol. C'est un trou dans le r√©el. Dans ma conception du r√©el. Et l√†, je suis face √† l'insondable t√Ęche consistant √† le remplir. Je dois cr√©er ce r√©el pour qu'il ne demeure pas un trou noir qui va aspirer tout le reste de la cr√©ation. Ce que je cr√©erai pour combler ce trou deviendra la r√©alit√© et je devrai l'assumer, je devrai assumer le contenu de la r√©alit√©. Je dois prendre et assumer cette responsabilit√© de cr√©er le r√©el car, j'ai besoin de conna√ģtre les complices de cette sorci√®re si je veux l'arr√™ter. Alors, je vais les fabriquer et je vais les traquer. Et quand je les aurais trouv√©, ils me m√®neront √† elle et j'en finirai avec le Dragon¬†!

    Je ne suis pas anim√© par la vengeance mais ceux que je cherche le sont. NonUnd, un chasseur √† l'arc au sein du Clan des Arbres, √©tait jaloux. Il convoitait Edes et nous ne le savions pas. C'est pour √ßa qu'il l'a d√©sign√©e comme victime. Je le connaissais comme un homme pr√©tentieux et incons√©quent. Je ne pensais pas qu'il pourrait commercer avec le Mal. Et pourtant¬†! Et EzBaina,ce jeune qu'on aime √† appeler ¬ę¬†l'Ermite¬†¬Ľ en raison de son go√Ľt pour la solitude. Il est son complice, lui aussi. Je vois, je sais, car je l'ai √©crit. Il a d√©rob√© un objet. Il a err√© seul dans les bois et il a vol√© cette corne. Cette corne de Dragon. C'est lui qui a introduit le culte Dragon parmi nous. C'est lui qui  le premier a rencontr√© la sorci√®re.
    Le trou dans la r√©alit√© se referme. Je sais maintenant ce que je dois faire. Je reprends mes esprits et retourne au chevet de mon p√®re.

    NoAnde sait-il¬†? Sait-il pour la r√©alit√©¬†?

    Quelque part dans la for√™t, un jeune homme pousse un porte. Dans la chaumi√®re, une vieille femme est pench√©e au dessus d'un cristal.
    ¬ę¬†C'est toi, EzBaina.¬†¬Ľ
    Ce n'est pas une question.
    ¬ę¬†Oui, Grand-M√®re.¬†¬Ľ.
    Il lui tend quelque chose, une longue corne torsad√©e. La vieille femme ne se retourne pas.
    ¬ę¬†Garde-la. Tu l'as prise. Elle est √† toi maintenant.¬†¬Ľ

    De retour au sein du Clan des Arbres, mon regard sur les miens a chang√©. Je sais d√©j√†, car je l'ai √©crit, que NonUnd et EzBaina sont des tra√ģtres et conspirent avec la sorci√®re qui a tu√© Edes. Mais ils ne sont s√Ľrement pas les seuls. Qui sont leurs complices¬†? √Ä qui puis-je me fier pour les retrouver¬†? NoAnde, √©videmment.

    Contre toute attente, NoAnde r√©pond n√©gativement √† mes questions. Non seulement il ne les a pas vus mais je sens une certaine froideur dans ses propos. Il ne me dit pas de laisser tomber cette piste mais je comprends bien qu'il ne m'aidera pas √† les trouver. Peut-√™tre qu'il sait comment j'ai eu ces informations¬†? Peut-√™tre qu'il sait que je les ai cr√©√©es, que c'est moi qui a cr√©e la culpabilit√© de NonUnd et EzBaina. Ils seraient rest√©s innocents si je n'avais pas combl√© moi-m√™me ce trou noir dans le r√©el. Mais maintenant, c'est comme √ßa. Telle est la r√©alit√©. M√™me si c'est moi qui en ait d√©cid√© ainsi, ils sont tous les deux r√©ellement coupables.
    Je ne suis pas un meneur d'homme. Pourtant, j'ai besoin de l'aide des membres du Clan pour trouver NonUnd et, surtout, EzBaina. Je n'ai que rarement pris la parole devant les autres, et jamais pour leur demander quelque chose ou leur donner des ordres. Mais aujourd'hui, c'est diff√©rent. Je ne rentre pas dans les d√©tails mais leur rappelle la mort d'Edes et du b√Ľcheron. Et je leur dis que je dois parler √† ces deux-l√†. Je les veux, vite¬†! Et on me les emm√®ne, vite¬†!
    Je les fais conduire dans un endroit un peu √† l'√©cart, pieds et poings li√©s. Ils me connaissent. Ils savent que je suis li√© aux Esprits de la For√™ts. Je ne sens pas de la peur dans leur regard mais, malgr√© tout, une certaine appr√©hension. Ils savent pourquoi ils sont l√†. Alors, je ne prends pas de chemins d√©tourn√©s, ni de gants. Je leur explique savoir qui a tu√© Edes. Je veux retrouver cette sorci√®re. Je veux l'arr√™ter. Et s'ils m'aident, alors, j'effacerai leurs noms de la liste de ses complices. Je suis shaman du Clan des Arbres. Ils savent que mes paroles ne sont pas des mots en l'air. Ils me croient quand je leur dit avoir ce pouvoir, mais ils ne savent pas √† quel point je poss√®de effectivement ce pouvoir.
    Pour achever de les convaincre de me r√©v√©ler la v√©rit√©, je leur explique que si les mots ne sortent pas de leur bouche, j'irai les chercher au fond de leurs entrailles. J'ai √©t√© initi√© √† la n√©cromancie. Je sais faire parler les morts autant sinon plus que les vivants. Maintenant, c'est √† eux de choisir.
    Et ils parlent¬†!
    EzBaina s'est effectivement retrouv√© le gardien de la Corne du Dragon. Lui et sa grand-m√®re se sont alors mis en t√™te de l'invoquer, lui, le v√©ritable Dieu de la For√™t. En √©change, ils auraient eu un nouveau statut au sein du Clan. Elle n'aurait plus √©t√© consid√©r√©e comme une sorci√®re mais comme une shamane. Et lui, il serait devenu une sorte de h√©ros, le champion du Dragon. Alors oui, il a r√©pandu la parole du Dragon au sein du Clan et oui, sa grand-m√®re a us√© de ses pouvoir pour lui offrir des victimes, pour l'attirer ici, l'inciter √† revenir.
    EzBaina finit par me donner une des informations dont j'ai besoin. Effectivement, cette s√©rie de meurtres touche √† sa fin. Il y aura bient√īt eu assez de victimes pour que le Dragon revienne. Mais cette ultime victime doit √™tre sp√©ciale. Il doit avoir les yeux verts et avoir √©t√© √©chang√© √† la naissance.
    Je repense √† l'historiette de NoAnde. Est-ce cela le prix √† payer pour avoir transgress√© les r√®gles de la r√©alit√©¬†? Ces deux-l√† ne peuvent pas le savoir mais, sous ma cagoule, j'ai les yeux verts. Et, m√™me si ce n'est pas un secret, tout le monde ne sait pas que je ne suis pas n√© au sein du Clan. Il y a toujours ce myst√®re autour de ma naissance que seul mon p√®re conna√ģt.
    Inconsciemment, je fais un pas en arri√®re. Sentent-ils ma tension¬†? S'ils savent ces choses me concernant, ils savent que je suis une victime toute d√©sign√©e pour cet ultime sacrifice. J'ai le sentiment qu'ils ne le savent pas mais la vieille, dans son cristal, qu'a-t-elle vu¬†? Que sait-elle¬†? J'ai r√©√©crit la r√©alit√© et voil√† qu'elle se retourne contre moi. Je presse la bosse sous ma cagoule. Le serpent se mord la queue.
    Dois-je r√©√©crire le r√©el pour tenter de sauver ma peau ou, au contraire, dois-je aller au devant de mon destin et accepter ce qui arrivera quoi qu'il arrive¬†?

    Je r√©fl√©chis et prends conscience que je ne savais pas que la grand-m√®re de EzBaina vivait √† l'√©cart du Clan. Pourquoi¬†? Lui refuse de m'en dire plus. NoAnde acceptera-t-il¬†? Pas plus mais il me conseille malgr√© tout de m'en remettre √† mes visions. Il est moins froid maintenant et me donne m√™me une poign√©e de noix. Je retourne aupr√®s de mon p√®re et m'en vais r√™ver √©veill√©.
    Je me sens bien. Je suis serein. Je nage en pleine folie mais cette folie n'est pas la mienne. Celle que EzBaina appelle Grand-M√®re √©tait destin√©e elle aussi √† devenir shaman. Mais elle s'est vou√©e aux aspects les plus sombres du monde des Esprits. NoAnde me l'a dit. Les Esprits ne nous servent pas. C'est nous qui les servons. Quand ils r√©pondent √† nos demandes, c'est parce que nos demandes sont en fait les leurs. Mais elle, elle ne voulait pas ob√©ir. Elle voulait les soumettre. Elle aussi, voulait tordre la r√©alit√©. Mais elle y a laiss√© une partie de son √Ęme. Elle s'est laiss√© envahir par les recoins les plus sombres du monde des Esprits. Elle s'est laiss√©e poss√©der par les plus diaboliques d'entre eux. Elle a √©crit leurs paroles, leurs pens√©es. Puis, elle a appris. De shaman, elle est devenue sorci√®re. Et elle a √©t√© bannie. L√†, seule, plus rien ne l'a frein√© dans sa course vers les t√©n√®bres. Et elle a fini par trouver le Cristal et la Corne du Dragon. Et quand EzBaina, par jeu, par curiosit√©, lui a d√©rob√© la Corne, alors est n√© ce projet fou de faire venir le Dragon, de lui offrir des vies pour le contraindre, le soumettre, obtenir de lui pouvoir et reconnaissance.

    Est-ce un tel destin qui m'attend si je persiste dans cette voie consistant √† r√©√©crire le r√©el¬†? Mais si je ne fais rien, quel destin m'attend¬†? √ätre la cible de cette vieille sorci√®re¬†? Dois-je m'y r√©soudre¬†? Dois-je prendre les devants¬†? Je pourrais le faire mais j'ai peur.

Il y a des éclairs cette nuit.
Par intermittence, on distingue la silhouette √©trange d'un √™tre recouvert d'une carapace sombre et  aux jambes tordues.
Cette chose ressemble à un être humain mais n'en a plus que vaguement la forme.
Son visage n'a plus rien d'un homme.
On dirait un arbre, un enchevêtrement de branches et de brindilles.
Un homme est lui aussi sous la pluie. Malgré l'orage, il fait le tour des pièges qu'il a posés.
Il ne sait pas qu'il va mourir.
Il reçoit un caillou un visage. Il se tourne mais ne voit personne.
La créature l'a déjà contourné et se jette sur lui.
Elle le roue de coups.
L'homme tente de se défendre mais ne peut rien contre la servante du Dragon.

    Je t√Ęte la bosse sur mon front. Le serpent se mord la queue. Le Dragon se mord la queue¬†! √ätre la derni√®re victime, celle qui ouvrira les portes au Dragon, est-ce l√† mon destin, ma punition pour avoir transgress√© ce tabou consistant √† √©crire la r√©alit√© pour faire de NonUnd et EzBaina les t√©moins dont j'avais besoin pour stopper la meurtri√®re d'Edes¬†? ¬ę¬†Tu veux pas savoir...¬†¬Ľ dit l'historiette. Et pourtant...
    J'ai oubli√© la derni√®re fois que j'ai dormi. Cela fait des jours. Alors, peut-√™tre qu'en r√©alit√© je suis en train de dormir et de r√™ver, r√™ver que je ne dors plus. J'ai choisi de transgresser le tabou et je dois l'assumer. Alors, je choisis d'aller au devant de mon destin, aussi funeste soit-il.
    Je n'ai pas os√© demand√© √† NonUnd et EzBaina o√Ļ se trouvait la chaumi√®re de la sorci√®re. Je pourrais le faire maintenant. Ils me r√©pondraient. Ils ont trop peur de ce que je pourrais leur faire. Pour autant, cette histoire est la mienne. Et si je choisis de ne pas subir les √©v√©nements, je dois assumer aussi ce r√īle consistant √† √©crire moi-m√™me ma propre histoire. Alors, je gobe une poign√©e de noix.
    Et je vois la chaumi√®re. Elle n'est pas si loin que √ßa de l√† o√Ļ notre Clan s'est install√©. Mais elle est bien cach√©e. Malgr√© tout, cette petite clairi√®re n'est pas si facile d'acc√®s pour celui qui ne sait pas o√Ļ elle est. Mais je sais¬†! Et √† mesure que je m'approche, je sens ce poids sur mes √©paules. Le poids de mon destin. Et je me dis que rien n'est d√Ľ au hasard. Cette vieille sorci√®re savait pertinemment ce qu'elle faisait et ce depuis le d√©but. Elle l'avait certainement vu dans son cristal. Elle devait avoir tout pr√©vu. Et moi, je me jette dans la gueule du loup, la gueule du Dragon. Je devrais faire demi-tour mais je continue d'avancer. Je ne suis plus qu'une marionnette mue par le destin ou plut√īt ce sortil√®ge que la sorci√®re a d√Ľ me jeter. Car c'est √ßa, je suis ensorcel√©, victime d'une magie noire mortelle je m'en vais pr√©senter mon cou √† la hache du bourreau, ma gorge √† la m√Ęchoire du Dragon. Mais j'avance...
    Je sens quelque chose fourmiller sous ma cagoule de shaman. Quand je passe la main sur mon visage, je sens... de la mousse. Comme celle qu'on trouve sur les arbres. Qu'est-ce que cela signifie¬†? Quand j'arrive devant la chaumi√®re, la mousse recouvre le dos de mes mains. Je me mets √† courir. J'ouvre la porte...

    La vieille est l√†, au milieu d'un pentacle dessin√© au sol. Je reconnais certains symboles. C'est la Langue Putride¬†! Elle a la t√™te rejet√©e en arri√®re. Et elle brandit, bien haut au-dessus d'elle, une lame rituelle. Elle se tourne vers moi, affichant un horrible sourire √©dent√©. Et je comprends. Je vois ses yeux verts. La derni√®re, l'ultime victime, celle qui ouvrira la porte au Dragon doit avoir les yeux verts et √™tre n√©e hors du Clan. Je ne sais rien de ses origines mais peut-√™tre qu'elle aussi est n√©e ailleurs. Alors, dans ce cas, ce n'est pas moi la derni√®re victime¬†!
    Elle se met √† rire. Lit-elle dans mes pens√©es¬†? L'espace d'un instant, j'ai envie de la laisser mettre fin √† ses jours. Mais, si je la tue, cela ouvrira malgr√© tout la porte au Dragon. Je dois la tuer. Je peux la tuer. Mais pas √† l'int√©rieur de ce pentacle. Aussi, je me jette sur elle¬†!
    Et la folie s'empare de moi¬†! Bien avant que la lame n'atteigne son cou, je me saisis de la sorci√®re et la projette hors du pentacle. Elle l√Ęche son arme qui glisse dans un coin. Et je me pr√©cipite sur elle. Je m'en saisis et me retourne vers la vieille qui tente de s'enfuir en rampant. Je lui saute dessus et plante la lame entre ses omoplates. J'ai l'impression de la tuer plusieurs fois. Son sang recouvre mes mains et en impr√®gne la mousse verd√Ętre qui y est apparue. Je me sens mal. Il se passe quelque chose dans mon corps. Mes os bougent √† l'int√©rieur de mes membres mais ils ne suivent pas les ordres √©manant de ma volont√©. P√©niblement, je gagne l'ext√©rieur. Je fais quelques pas sous la lumi√®re du soleil. Mes pas sont lourds, difficiles. Et je me fige. Je sens mon pied s'enfoncer dans le sol. Je sens mes orteils d√©chirer mes bottes et s'enfoncer dans la terre. Contre mon gr√©, je l√®ve mes bras au ciel et les vois s'allonger. Mes doigts, de dix deviennent vingt puis cent¬†! La mousse se r√©pand et devient feuillage...

    Je suis un Arbre‚Ķ


Commentaires de Thomas :

A. J'écoutais une pièce de psyché-jazz trop chamanique en lisant ce CR et donc, je le propose comme playlist :
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Basement Apes Vol.1, par Sunwatchers, la circularité psyché-jazz, la transe chamanique, le non-lieu cosmique

B. As-tu utilisé Bois-Saule ou juste les entrées de l'Almanach ?

C. Il y a un certain contraste a vouloir jouer un expert profiler de Psychomeurtre dans le monde post-apo de Millevaux, o√Ļ on peut supposer que les enqu√™tes aboutissent principalement √† des impasses, faute de moyens d'investigation corrects et proportionn√©s aux menaces. A ce titre, pour jouer une enqu√™te dans Millevaux qui serait plut√īt vou√©e √† l'√©chec et √† l'erreur judiciaire, j'utiliserais volontiers Le T√©moignage.

D. De fait, les comp√©tences d'investigation des personnages de Psychomeurtre me semblent ici relativement caduques. Qu'as-tu finalement utilis√© du syst√®me ? La fiche de serial killer et l'encha√ģnement des sc√®nes ?

E. "Je pr√©pare les corps, celui d'Edes et celui du b√Ľcheron. Je les lave. Je les habille avec des v√™tements propres. Je peins sur leurs visage, leurs mains et leurs pieds les symboles qui me permettront, par le truchement des Esprits, de lire en eux, de les faire parler."
Très cool ce rituel ! Je sais pas si ça rentre dans le parfait manuel du profiler de Psychomeurtre, mais on s'en fiche :)

F. "La transgression. NoAnde me parle de transgression. Et il me dit que ce n'est pas mal mais qu'il faut en assumer les conséquences. Dois-je me livrer à une grande et grave transgression pour parvenir au terme de mon enquête ? Quelles en seront les conséquences ? Et, finalement, est-ce que je veux vraiment savoir qui a tué Edes ? Et pourquoi ? NoAnde veut-il me dire par-là que je dois aujourd'hui faire le choix entre poursuivre ma quête mais en assumer les conséquences ou bien faire mon deuil et reprendre ma place au sein du Clan des Arbres, en acceptant que le coupable de la mort d'Edes ne soit jamais puni ?"
ça fait très Inflorenza Minima ce genre de dilemme :)

G. "Mais, pour ça, je vais avoir besoin de trouver ses complices. Et si je ne trouve pas d'indice, je tordrai la réalité pour qu'elle me les donne..." :
ça ressemble aux transgressions du protocole dans Psychomeurtre : intéressant d'en donner là une version surnaturelle ! Et ça a des conséquences folles en jeu : NonUnd et Ezbaina sont coupables... parce que l'enquêteur en a décidé ainsi !

H. "Mais en r√©alit√©, la r√©alit√© a peur de nous. Elle a peur de l'homme car l'homme peut la contraindre. Il y a des moyens. L'homme a eu les moyens. Il les a toujours eu. Mais il les a oubli√©s. La r√©alit√© a toujours Ňďuvr√© √† ce que l'homme oublie comment la soumettre, la r√©√©crire. "
ça, ça fait une super théorie au sujet de l'oubli et de l'égrégore !

I. Cela me fait aussi penser à une phrase de Romain Gary dans Europa : "La réalité n'a jamais été capable de nous fournir une preuve de son existence"

J. On dirait bien que le héros s'est fait avoir ! Finalement, la personne qu'il pensait coupable est la victime, et lui-même qui se pensait victime, s'avère coupable. En croyant se défendre et protéger le monde, c'est lui qui a invoqué le Dragon (est devenu le Dragon) en tuant la sorcière...



Réponse de Damien :

hey! merci pour la bande son, je m'en vais √©couter √ßa derechef  alors‚Ķ j'ai utilis√© Bois-Saule ET l'Almanach  mais (de t√™te) j'ai d√Ľ utiliser une version light de Bois-Saule pour privil√©gier Don't Rest et Psychomeurtres. Et pour ce dernier, j'ai "adapt√©" les comp√©tences et les transposer en "version shamanique". ensuite, j'ai g√©r√© √ßa avec les r√®gles de Don't Rest et ce talent de Folie consistant √† r√©√©crire des pans de r√©alit√©. √ßa peut paraitre un pouvoir √©norme mais dans ce jeu les contreparties sont √©normes aussi ^^ et √ßa a surtout √©t√© l'occasion de voir les potentiels d'un tel pouvoir que je compte r√©utiliser. en fait, j'ai surtout utilis√© la trame narrative de Psychomeurtre en mix avec Bois-Saule et les r√®gles de Don't rest pour les comp√©tences "adapt√©es" de Psychomeurtre √† la sauce Millevaux. et pour le dilemme, c'est notamment la cons√©quence dde la r√®gle du Tourment dans Don't Rest et le genre de questionnement impr√©vu au d√©part qui a √©merg√© de la partie. j'aimerais bien refaire un truc comme √ßa un de ces jours  tordre la r√©alit√© comme √ßa peut aussi co√Įncider avec certains talents de Grey Cells et de la Crasse. √ßa pourrait √™tre sympa de tout m√©langer. et les consid√©rations sur la r√©alit√© ont aussi √©merg√© de la partie sans que cela ne soit pr√©vu. mais c'est vrai que c'est int√©ressant et je pense que ces questions pourraient se reposer dans mon prochain de la Crasse, Mantra et Millevaux. et il va falloir que je lise Europa alors ^^ et pour finir‚Ķ et bien le final de la partie est justement la cons√©quence du Tourment. √† trop tordre la r√©alit√©‚Ķ et bien c'est comme quand on joue avec un √©lastique, au bout d'un moment on se le reprend dans la gueule et c'est contre √ßa qu'a voulu le pr√©venir NoAnde mais bon‚Ķ c'est la vie

mais bon, quand même, j'en profite pour redire que ce scenar a été vachement intéressant à jouer car j'ai pu tester Psychomeurtre en version "surnaturel", j'ai pu tester ce talent pour Don't Rest qui est quand même vachement intéressant et j'ai pu encore une fois voir un scenar partir dans des considérations complétement improbables et imprévues… et sans MJ ^^


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#52 12 Feb 2021 09:58

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

STURKEYVILLE II

Un épisode d’enquête occulte dans l’Amérique Lovecraftienne des années 1920 que Millevaux envahit insidieusement. Un récit par Damien Lagauzère.

(temps de lecture : 35 mn)

deuxi√®me chapitre d‚Äôune enqu√™te du jeu Grey Cells avec des bouts de Bois-Saule, de CŇďlacanthes,  de The Name of God et de La Trilogie de la Crasse dedans.

Le jeu principal de cette s√©ance¬†: Grey Cells, un jeu de r√īle d‚Äôenqu√™te contre la montre par Bogdan Constantinescu

Joué le 07/04/2019

Cette partie fait suite à une première partie, Sturkeyville I, qui était moins axée sur Millevaux.


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Jonathan Haeber, cc-by-nc, sur flickr


L’histoire:

    Lewis Patrick Hatecroft se remet lentement des derniers √©v√©nements. Ceux-ci ont √©t√© √©prouvants tant sur les plans physiques que psychiques. Il doit non seulement se remettre de deux agressions mais aussi apprendre √† vivre avec, sur la conscience, la mort d'une poign√©e de cultistes¬†; cons√©quence d'un rituel au cours duquel il s'est li√© √† un Sombre Rejeton de Shub-Niggurath.
    Toutefois, un myst√®re demeure. Comment Archer et ses complices ont-ils su qu'il poss√©dait un exemplaire des Unaussprechlichen Kulten¬†? C'est une sottise, il le sait. Pourtant, convaincu que tous les complices d'Archer ne sont pas morts, il ne peut s'emp√™cher de tenter de les pousser √† se d√©voiler. Ainsi, par l'entremise de Lane, il fait publier dans la Gazette de Sturkeyville une soi-disant nouvelle dans la rubrique fiction, esp√©rant susciter quelques r√©actions.
    Quelques jours apr√®s l'annonce du d√©c√®s d'Archer, on pouvait lire¬†:

    ¬ę¬†Parce que tout a commenc√© par ce qui n'aurait pu √™tre qu'un banal vol... Votre serviteur, qui tient malgr√© tout √† conserver l'anonymat malgr√© le m√©fait dont il fut victime, a eu le triste privil√®ge de constater la disparition d'une pi√®ce tr√®s particuli√®re de sa collection. Cet ouvrage se transmet dans notre famille de g√©n√©ration en g√©n√©ration. Ce livre, v√©ritable relique au contenu antique, myst√©rieux, occulte... dangereux. De prime abord, pour le simple amateur de l'art du d√©tective, aucun indice, aucune trace d'effraction. Pourtant, votre serviteur a retrouv√© une unique cartouche.
    Votre serviteur a alors imm√©diatement couru s'informer du mod√®le de l'arme utilisant ce type de munition. Il s'agissait donc d'un fusil ayant servi dans l'arm√©e allemande durant la Grande Guerre. Ainsi, comment le ou les auteurs de ce m√©fait sont-ils entr√©s en possession d'une telle arme¬†? Sont-ils des v√©t√©rans¬†? Sont-ils des proches ou des mercenaires au service d'anciens soldats¬†?
    Il est de notori√©t√© qu'un de ces v√©t√©rans, un marginal, vit √† la sortie de notre finalement pas si paisible Sturkeyville. Dire que votre serviteur fut accueilli sans courtoisie est un euph√©misme. Point de violence physique - ce n'est que plus tard que votre serviteur fut par deux fois vigoureusement agress√© - , mais des mots bien √©tranges √©voquant autant les traumatismes g√©n√©r√©s par la guerre que les contenus occultes de l'ouvrage d√©rob√©¬†: la mort et la qu√™te de la vie √©ternelle¬†!
    Filatures, interrogatoires courtois, passage √† tabac et, fort heureusement, l'apparition d'un alli√© aussi inattendu que providentiel, me permirent de tisser un faisceau de preuves convergeant vers une personnalit√© de notre cit√© et, certainement derri√®re elle, tout un r√©seau d'acolytes en qu√™te √©galement de la vie √©ternelle... √† n'importe quel prix. Et, gardien de cet ouvrage dangereusement occulte, votre serviteur se trouve particuli√®rement bien plac√© pour savoir que ce prix peut √™tre extr√™mement √©lev√©. Mais comment les confondre¬†? Comment mettre un point final √† leurs sinistres projets sans pour autant faire la lumi√®re sur des r√©alit√©s devant rester dans l'ombre¬†? Une solution s'imposait √† moi¬†: combattre le mal par le mal¬†!
    Mais, le gardien des savoirs interdits peut-il ne pas √™tre au fait des sombres connaissances dont il a la charge de pr√©server le monde¬†? Non, il ne le peut pas¬†! Mais lui, √† l'inverse des membres de cette sinistre secte, il ne veut pas payer ce prix. Et il ne veut pas que l'humanit√© le paye non plus. Toutefois, votre serviteur s'est vu contraint de risquer sa sant√© psychique, sa vie m√™me! afin de pr√©server l'humanit√© des manigances de ces v√©t√©rans en qu√™te d'immortalit√©. Alors, je me suis rendu dans les bois et j'ai obtenu des sombres esprits qu'ils mettent un terme aux agissements de ces sorciers. Le r√©sultat¬†? Vous l'avez lu dans la rubrique n√©crologique de la Gazette... Et maintenant, sommes-nous sauv√©s pour autant ? J'aimerais en √™tre certain. Je fuis le sommeil autant qu'il me fuit, hant√© que je suis par le prix que ces esprits de la for√™t vont exiger de moi. Car ils viendront... Et ce jour l√†, je l'esp√®re, le rem√®de ne se r√©v√©lera pas pire que le mal que j'ai contribu√© √† endiguer.¬†¬Ľ

    A se relire ainsi dans le journal, Lewis Patrick avait conscience tout autant de la maladresse de sa d√©marche et de ses faiblesses litt√©raires. Il ne savait ce qui le toucherait le plus entre une r√©action des cultistes ou un mauvais accueil de la part des lecteurs. Pour autant, un fait divers sanglant √©clipsait sa prose. On venait de retrouver un cadavre ensanglant√© et mutil√© dans la for√™t. Celle-l√† m√™me o√Ļ il s'√©tait livr√© √† ce terrible rituel. Le Sombre Rejeton hantait-il toujours les lieux¬†? Lane peut-il lui en dire plus √† ce sujet¬†?

    Lewis Patrick convie donc son ami reporter √† Hatecroft Manor afin d'en savoir plus √† ce sujet. Mais Lane n'est au courant de rien. Il n'est pas sur le coup et a en r√©alit√© d'autres chats √† fouetter. En effet, il est convaincu que le directeur adjoint de la banque de Sturkeyville se livre √† quelques malversations. Il est sur sa trace depuis un bon moment maintenant. Il n'a pas l'instant rien trouv√© mais Horace Mumford a forc√©ment quelque chose √† cacher. En effet, non seulement il a refus√© plusieurs fois de r√©pondre √† ses questions mais il a √©galement disparu de la circulation depuis plusieurs jours. Lane voit l√† un aveu de culpabilit√©. Se sachant traqu√©, Mumford se serait donc enfui. Ou, en tout cas, il se cache. Par ailleurs, un autre employ√© de la banque, Vernon Archer, est lui aussi absent. Y a-t-il un lien¬†? Sont-ils complices¬†?
    Lewis Patrick conna√ģt le jeune Archer et a du mal √† voir en lui quelqu'un de malhonn√™te. Pour autant, il en est conscient, cela ne prouve rien et tout est possible, vraiment tout... Il n'y a a priori aucun rapport entre l'enqu√™te de Lane et le cadavre dans les bois mais Lewis Patrick ne peut s'emp√™cher de s'inqui√©ter pour Archer vis-√†-vis duquel il se sent redevable, voire m√™me quelque peu coupable. Mais, que faire¬†? Il est hors de question de r√©v√©ler √† Lane comment il a fait la connaissance du jeune homme, ni m√™me pourquoi il s'int√©resse √† cette histoire de meurtre dans les bois.

    Le soir venu, Lewis Patrick est angoiss√©. Il tra√ģne. Il lit, boit du th√©, erre dans les couloirs d'Hatecroft Manor. En r√©alit√©, il ne veut pas se coucher. Il a peur de ce qui pourrait venir hanter ses r√™ves. Mais, bien apr√®s minuit, il se r√©sout finalement √† gagner son lit et le sommeil finit par le rattraper.

    Lewis Patrick se r√©veille. Il sait qu'il dort, qu'il r√™ve. Il est de nouveau dans la for√™t. Mais ce ne sont pas les bois de Sturkeyville. C'est autre chose. C'est... Millevaux¬†! Il porte ses v√™tements habituels mais ils sont vieux, trou√©s, raccommod√©s, √©lim√©s. Il n'y a pas grand chose dans sa besace en cuir. Un peu de viande s√©ch√©e, une poign√©e de noix, son exemplaire des Unaussprechlichen Kulten.
    Il voit dans ces r√™ves r√©currents l'influence de Shub-Niggurath. La Ch√®vre Noire tente de le rallier √† elle. Elle l'attire en ce lieu pour le corrompre mais lui, contraint d'y errer, entend bien y trouver quelques  v√©rit√©s afin de combattre l'influence n√©faste des Anciens. Combattre le mal par le mal, faire fl√®che de tout bois... serait-ce l√† son nouveau credo¬†? On dirait. Mais il sait qu'il y a toujours un prix √† payer. Il a d'ailleurs conscience d'√™tre pr√©cis√©ment en train de le payer. Mais il craint malgr√© tout les int√©r√™ts. Et ces derni√®res r√©flexions ¬ę¬†financi√®res¬†¬Ľ le font penser au jeune Archer qui travaille √† la banque et √† l'enqu√™te de Lane sur le directeur adjoint. Mumford¬†? Oui, c'est √ßa.
    Dans le r√™ve, il ne sait plus quel jour il est dans l'√©veil. Mais ici, nous sommes le 14√®me jour du mois de Serpente. Et ces mots, diff√©rents √† chaque fois, r√©sonnent √† ses oreilles¬†:

¬ę¬†Tu montres une telle confiance, une telle g√©n√©rosit√©... Tu as un parfait profil de victime.
√Ä moins que tu ne sois un bourreau en puissance.¬†¬Ľ

    Hum... La confiance et la g√©n√©rosit√© font-elles partie de ses qualit√©s¬†? Il ne sait plus trop. Est-il vraiment g√©n√©reux¬†? Est-ce g√©n√©reux que de se r√©soudre √† d'immondes rituels pour mettre fin aux activit√©s d'adorateurs des Anciens¬†? N'est-ce pas plut√īt un pr√©texte¬†? Il en a conscience. Il le sait. Il sait que son altruisme n'est qu'une fa√ßade mais qu'en r√©alit√© il n'a qu'une envie, celle d'explorer les sombres myst√®res dont il est le gardien. D'une certaine fa√ßon, il est le gardien d'une bo√ģte de Pandore et lui aussi l'a ouverte. Mais parviendra-t-il √† la refermer et √† ne pas succomber √† la tentation de ne pas l'ouvrir √† nouveau¬†?
    La nuit est brune. On y voit pas tr√®s bien. C'est bizarre car le temps est sec mais, pourtant, il est tremp√©, comme s'il pleuvait √† verse. Et surtout, Lewis Patrick a faim. Il aper√ßoit un vieux b√Ętiment en ruine. De loin, cela ressemble un peu √† la scierie de Sturkeyville. Il court pour s'y abriter. Mais de quelle pluie¬†? Il esp√®re y √™tre au sec et √† l'abri...
    Il a de nouveau senti cette pr√©sence. Cela fait plusieurs fois que, dans ces bois, il sent une pr√©sence, quelqu'un, quelque chose le suit depuis plusieurs r√™ves. Il ne l'a qu'entraper√ßue, une silhouette haute, tr√®s muscl√©e, recouverte de fourrure. Pas tout √† fait un ours mais pas tout √† fait un homme non plus. Il y a tant de choses √©tranges qui peuplent cette for√™t. Il ne sait pas si cette chose le traque pour le tuer ou seulement pour jouer. Il est certain que, si elle le voulait, cette cr√©ature ne ferait qu'une bouch√©e de lui. Et il repense √† cette affaire de cadavre dans la for√™t.
    Lewis Patrick se laisse glisser le long d'un mur. Peut-il s'endormir dans un r√™ve¬†? Et dans ce cas, o√Ļ se r√©veillerait-il¬†? Dans son lit ou... un autre r√™ve¬†? Alors qu'il se laisse aller √† ces pens√©es, son regard se porte sur le pan de mur qui lui fait face. Une nu√©e d'insectes (des araign√©es?!) courent dans tous les sens et tissent une toile immense et improbable √† vitesse acc√©l√©r√©e. La toile et les araign√©es elles-m√™mes forment des mots sur le mur¬†: La Capitale de la Douleur¬†!
    A la vue de ces mots, et il ne sait pas pourquoi, Lewis Patrick se met √† trembler. Ses m√Ęchoires se contractent douloureusement. Ses muscles se t√©tanisent. Il voudrait se lever et arracher cette toile, pi√©tiner ces araign√©es. Il voudrait hurler mais ces m√Ęchoires restent soud√©es l'une √† l'autre. Ses mains et ses doigts sont soudain agit√©s de mouvements saccad√©s et incontr√īlables. Ses yeux sont grands ouverts, exorbit√©s. Lewis Patrick a l'impression qu'ils vont quitter son cr√Ęne. Un hurlement retentit au loin. Il bave de rage. Il veut tourner la t√™te en direction du hurlement mais ne peut d√©tacher son regard du mur et des araign√©es.
    Le hurlement... est... le sien¬†! Lewis Patrick se r√©veille en sursaut. Il se jette hors de son lit et secoue les draps √† la recherche d'araign√©es¬†! Il est convaincu que des insectes grouillent dans ses draps. Mais apr√®s quelques minutes d'agitation fr√©n√©tique, il se rend √† l'√©vidence. Il n'y a rien. Toutefois, demain, il se rendra √† la droguerie et fera provision de poudre insecticide.

    Aujourd'hui, et au grand dam de ses domestique, Lewis Patrick fait donc la chasse √† l'arachnide. Il traque la moindre toile dans le moindre recoin. Il s'agite dans tous les sens en marmonnant des propos plus ou moins intelligibles et coh√©rents concernant la Capitale de la Douleur et invectivant la peste des insectes. Mais c'est lorsqu'il entreprend de r√©pandre ses poudres dans la pi√®ce o√Ļ il conserve les √©l√©ments les plus obscurs de la collection dont il est le gardien que son sang se glace. Deux pi√®ces manquent √† l'appel¬†! Deux fragments de journaux intimes. De m√©moire, il s'agit du journal d'un guerrier viking qui aurait accost√© en Am√©rique il y a fort longtemps, bien avant la conqu√™te espagnole. Et il d√©crit l√† ses contacts avec les indiens et comment il a appris leurs coutumes, leurs mythes et l√©gendes. Mais il n'est plus vraiment certain du contenu. Il ne les a que survol√©s il y a d√©j√† fort longtemps. Pour autant, un second vol si peu de temps apr√®s le premier, cela ne peut pas √™tre une co√Įncidence. Et si la publication de sa fausse nouvelle dans la Gazette avait finalement l'effet d√©sir√©¬†?
    Lewis Patrick donne cong√© √† tous ses domestiques. Il veut √™tre seul √† Hatecroft Manor pour examiner les lieux du crime et tenter d'y d√©celer un indice. Celui qui s'est introduit ici a bien d√Ľ laisser une trace de son passage. Et surtout, cela confirme bien que quelqu'un √† Sturkeyville est au courant des raret√©s qu'il conserve au manoir. Il ne pense pas un seul instant que ses domestiques puissent √™tre m√™l√©s √† cette effraction. Toutefois, s'il ne devait trouver aucune autre piste, il faudra peut-√™tre se r√©soudre √† les suspecter.
    Mais, apr√®s avoir fait plusieurs fois le tour de la pi√®ce et en avoir examin√© le moindre recoin, rien ! Lewis Patrick ne trouve rien! Pourtant, il est certain que cela est en lien avec l'affaire Archer sauf que... il ne peut m√™me pas contacter le jeune Archer puisque celui-ci a disparu, en m√™me temps que son patron¬†! Alors, d√©sesp√©r√©, il se pr√©pare une tasse de th√© et s'installe dans la pi√®ce o√Ļ il organise ses soir√©es spirites. Il songe alors que cela fait longtemps maintenant qu'il n'en a pas organis√© une. Et si...
    Il ne suffit que de quelques appels t√©l√©phoniques pour que les choses se pr√©cipitent. Myrtle Veneti sera l√† bien s√Ľr. Mais aussi Greg Benson, le pharmacien et Julius Andrew, le notaire. √Ä eux quatre, ils devraient parvenir √† contacter un esprit. Et peut-√™tre que ce dernier saura ce qui s'est r√©ellement pass√© √† Hatecroft Manor aujourd'hui.
    Le soir venu, les invit√©s s'installent dans cette pi√®ce qu'ils connaissent bien. Il y a √† boire et √† manger mais personne n'y pr√™te vraiment attention. Lewis Patrick est nerveux. Il esp√®re vraiment qu'un esprit va se pr√©senter pour lui apporter des r√©ponses mais sans toutefois trahir aupr√®s de ses convives sa fonction de gardien de savoirs occultes. Il pense pourtant ne pas pouvoir faire autrement que prendre ce risque. Tous s'installent autour du gu√©ridon. Lewis Patrick se fait le ma√ģtre de c√©r√©monie, comme √† son habitude.
    Au bout de quelques minutes, tous remarquent que Myrtle Veneti est anim√©e de quelques l√©gers tremblements. On dirait que quelque chose la d√©range mais personne n'ose prendre la parole pour lui demander quoi. Puis, elle laisse √©chapper un long souffle rauque.

    ¬ę¬†La Capitale... de la... Douleur...¬†¬Ľ

    Lewis Patrick se fige. Comment est-ce possible¬†?

    ¬ę¬†Les Araign√©es tissent leurs toiles en l‚Äôhonneur de leur d√©esse¬†! Mais elles craignent les Champs de Feu, Lewis Patrick. Elles craignent les Champs de Feu...¬†¬Ľ

    Lewis Patrick se l√®ve de sa chaise. Il se penche vers Myrtle Veneti et la presse de questions. Mais l'esprit s'en est all√©, la laissant l√† dans un √©tat h√©b√©t√©, √† moiti√© endormie. Benson et Andrew restent silencieux et proposent de prendre cong√©. Ils se chargent de reconduire Myrtle chez elle. Lewis Patrick se retrouve donc seul avec ses pens√©es. Oui, manifestement tout est li√©. Son dernier r√™ve millevalien, les araign√©es, cette Capitale de la Douleur... Tout cela para√ģt li√© avec la d√©esse des araign√©es et ces Champs de Feu qu'elle craindrait. Mais de quoi s'agit-il vraiment¬†? Il est maintenant tard. Aussi se r√©sout-il √† laisser son inconscient trier ses informations. La nuit porte conseil, non¬†?

    Lewis Patrick dort d'un sommeil agit√©. Ses songes le conduisent de nouveau √† Millevaux. Il fait nuit et il se retrouve √† descendre le long d'un tronc couvert de veinules et de d√©bris de mues monstrueuses ou humano√Įdes. Il y a aussi des objets charg√©s de m√©moire incrust√©s dans les parois : cam√©es, horloges, fleurs... Au fond, deux sphincters g√©ants avec chacun une pancarte¬†: ¬ę¬†les meilleurs souvenirs¬†¬Ľ et ¬ę¬†les pires souvenirs¬†¬Ľ. Mais il y a une gardienne¬†: une grosse limace garnie de rang√©es de seins gonfl√©s de pus avec une t√™te de femme cr√Ęniotomis√©e, le cerveau sous verre, la peau autour des yeux d√©chir√©e, √† vif. Elle a des pattes d'araign√©e √† la place de la bouche et des cornes ensanglant√©es en guise de bras. √Ä la vue de ses pattes arachnides, il pousse un hurlement. Il sait qu'il r√™ve et il esp√®re que son propre cri va le r√©veiller mais...
    ‚Ķ cette chose immonde se jette sur lui avec une rapidit√© surprenante. Et lui, est litt√©ralement paralys√© par la peur. Le monstre s'√©croule sur lui de tout son poids et ins√®re ses pattes dans la bouche de Lewis Patrick, √©touffant ses cris, l'√©touffant tout court...
    ‚Ķ et Lewis Patrick se r√©veille, en nage. Il a le souffle court. Il a l'impression de s'√™tre noy√©. Il a un go√Ľt horrible dans la bouche. Il boit et recrache plusieurs verre d'eau et se lave m√™me la bouche avec du savon. Et c'est devant le miroir de la salle de bain qu'il se rend compte, qu'il voit...
    ‚Ķ sa peau... a... chang√©... de couleur¬†! Il a maintenant le teint de ses fiers Incas ou Mayas. Comment cela est-il possible¬†? Qu'est-ce que cela signifie¬†? Mais surtout, comment va-t-il pouvoir se montrer en ville maintenant¬†?

    T√īt le lendemain, Lewis Patrick informe son personnel de maison qu'il doit se rendre en urgence aupr√®s d'un membre de sa famille √† New York. Son absence risquant d'√™tre un peu longue, il les invite donc √† en profiter pour prendre quelques vacances bien m√©rit√©es. Ainsi, il pourra rester √† Hatecroft Manor sans que personne ne puisse t√©moigner de sa nouvelle apparence.
    Et maintenant, que faire¬†? Impossible de quitter le manoir ainsi¬†! Sa couleur de peau a chang√© mais pas ses traits. Il ne peut m√™me pas se faire passer pour un √©tranger de passage. Le jeune Archer, au fait des manigances occultes de son p√®re, aurait peut-√™tre plus facilement que d'autres accept√© cette transformation mais il a disparu. Vers qui se tourner¬†? Lane¬†? Pas s√Ľr. Et il semble si occup√© par son enqu√™te sur Mumford et... Archer justement puisque les deux employ√©s de la banque ont disparu quasiment en m√™me temps. Myrtle doit encore √™tre trop secou√©e par son exp√©rience de la veille. Il l'appellera plus tard pour prendre de ses nouvelles. Andrew, Benson¬†? √Ä eux, il pense pouvoir leur faire confiance et garder ce secret. Il leur t√©l√©phonera dans la journ√©e.
    Pour l'heure, Lewis Patrick a besoin de faire le point sur les √©v√©nements. Tout d'abord, la mort de Lawrence Archer, Jonas Parker et tout ou partie de leurs sbires suite √† l'invocation du Sombre Rejeton de Shub-Niggurath. Puis, la d√©couverte de ce corps dans la for√™t. Ensuite, la disparition de Mumford et du jeune Archer. Parall√®lement, ces r√™ves √©tranges o√Ļ il vagabonde dans une for√™t sans fin, suivi de loin par une cr√©ature humano√Įde rappelant un ours. Et puis ce message √©crit par des araign√©es, repris par Myrtle. La Capitale de la Douleur. La D√©esse Araign√©e. Les Champs de Feu. Et ces carnets qui lui ont √©t√© d√©rob√©s. Tous ces faits apparemment sans lien mais, pour qui sait lever le voile, alors les fils apparaissent. Mais comment lever ce voile¬†? Lewis Patrick va-t-il encore devoir se r√©soudre √† user de magie pour contraindre le r√©el √† lui d√©voiler ses secrets¬†?
    Soudain, des rires se font entendre en provenance du sous-sol¬†! Ils sonnent √©trangement... creux¬†! Lewis Patrick se l√®ve d'un bond. Son premier r√©flexe est de se pr√©cipiter √† la cave mais il a subitement peur de se retrouver nez √† nez avec quelques insectes et... araign√©es¬†! Il attend quelques instants. Les rires ont cess√©. N'√©tait-ce que son imagination ou y a-t-il r√©ellement quelqu'un d'autre au manoir¬†? Malgr√© sa peur, il ouvre la porte de l'escalier et crie √† l'attention d'un √©ventuel importun de se montrer imm√©diatement. Et quelque chose sort de l'ombre...
    Un petit gar√ßon d'une douzaine d'ann√©e se tient l√†, de bout, au pied des escaliers et fixe Lewis Patrick en souriant. Il reste silencieux mais on entend encore r√©sonner cet √©trange rire creux. Il semble venir de derri√®re l'enfant. Il n'est donc pas seul.

    ¬ę¬†Montrez-vous¬†!¬†¬Ľ ordonne Lewis Patrick, qui tente de conserver une certaine contenance.

    Et l'enfant fait un pas en arri√®re, disparaissant dans l'ombre...

    Lewis Patrick reste un moment l√†, fig√© devant la porte, scrutant l'obscurit√©. Mais il n'y a plus rien, ni personne. Puis, il trouve enfin le courage de descendre. Une fois en bas, il appelle de nouveau. Et de nouveau, il entend ce rire mais plus distant cette fois. Comme si son auteur s'en allait. Il allume alors la lumi√®re et constate avec soulagement que, contrairement √† ce qu'il craignait, il n'y a pas de colonies d‚Äôaraign√©es courant sur les murs. Par contre, par terre, une montre de gousset. Lewis Patrick la ramasse. Elle est tout ce qu'il y a de plus banal si ce n'est... qu'elle tourne √† l'envers¬†!

    Quand Lewis Patrick l√®ve la t√™te, il n'est plus dans sa cave mais dans une grotte. Il porte de nouveau ses v√™tements us√©s typiques de ses voyages √† Millevaux. Il r√™ve donc. Mais il se sent mal. Il a froid et est en proie √† de violents tremblements. Il a de la fi√®vre. Peut-on souffrir de la grippe dans le r√™ve¬†? Est-ce ainsi que son corps et son esprit lui hurlent qu'il est en danger et qu'il doit tout faire pour s'enfuir, rentrer √† Sturkeyville et, surtout, retrouver une vie normale¬†? Mais comment¬†? Malgr√© la nuit brune, il parvint √† peu pr√®s √† y voir dans cette caverne. Il s'approche de la paroi. Elle est humide. Il y colle son front et savoure cette fra√ģcheur.

    Nous sommes le 22√®me jour du mois de Messe.

¬ę¬†Rouges les rivi√®res, rouges les racines et rouges mes bras. Bat ma poitrine et bat l'√©cho.
Une for√™t de sang, d'art√®res et de cŇďurs battants.¬†¬Ľ

    Lewis Patrick regarde ses mains. Elles sont couvertes de sang. Ce n'est pas de l'eau qui suinte de ces murs mais du sang. Par r√©flexe, il porte ses mains √† son visage et √©tale encore plus de ce sang qui fait de lui... un peau rouge¬†?
    Et il sent une pr√©sence derri√®re lui. Il n'ose se retourner car il sait qui se tient l√†. L'homme ours¬†! Alors, collant de nouveau son front contre la paroi ensanglant√©e, il se met √† marmonner¬†:

    ¬ę¬†Je suis la Feuille¬†!
    Ici et maintenant, pour m'adapter aux changements, je m'en remets au dieu du vent¬†!
    Je suis la Feuille¬†!¬†¬Ľ

    Et il souffle alors un vent violent et son assaillant laisse √©chapper un cri de surprise. Lewis Patrick ferme les yeux. Il serre les dents puis, apr√®s quelques minutes, alors que le vent est retomb√©, il se retourne. La grotte est d√©serte.
    Adoss√© √† la paroi, il se laisse tomber et se met √† sangloter. Alors, il est envahi par une douce chaleur semblant venir de lui-m√™me, de son cŇďur. Et cette chaleur se r√©pand et chasse les frissons et la fi√®vre.
    Il veut dormir, se r√©veiller. Sa vie est devenu un cauchemar. Les √©v√©nements tragiques s‚Äôencha√ģnent depuis ce rituel dans les bois. Et il n'a toujours aucune piste.

    Ce matin, Lewis patrick a toujours ce m√™me teint qui le fait ressembler √† un indien. Azt√®que, Apache, Incas, Sioux¬†? Quelle tribu a cette couleur de peau¬†? Ce changement n'est-il le fait que d'un triste hasard ou a-t-il une quelconque signification¬†? La sonnerie du t√©l√©phone le tire de ses pens√©es.
    Une voix volontairement √©touff√©e commence par affirmer savoir que son int√©r√™t pour l'occulte est de notori√©t√©. Toutefois, des choses plus s√©rieuses et plus graves se trament √† Sturkeyville. √áa, il s'en doutait¬†! Le calme de Sturkeyville n'est qu'apparent et c'est la raison m√™me pour laquelle cette petite ville attire tous ceux dont les activit√©s les plus sombres n√©cessitent la plus grande discr√©tion. Et l√†, Lewis Patrick se demande si ce n'est pas pur une m√™me raison que son oncle d√©funt s'est install√© ici avec sa collection secr√®te. Shub-Niggurath, Rlim Shaikorth, Atlach-Nacha... Les astres s'alignent selon une funeste configuration. Ceux qui savent doivent alerter le monde. Et ceux qui le peuvent doivent tout tenter pour arr√™ter les adorateurs des Dieux Anciens. Ainsi parlait cet homme... ou cette femme d'ailleurs, sans laisser le temps √† Lewis Patrick d'en placer une. Mais l'information qu'il n'attendait plus finit par venir. Jonas Parker √©tait fou de la Ch√®vre Noire et elle l'a tu√©. Horace Mumford √©tait fou du Ver Blanc et il l'a tu√©. Ken Cellys est fou de la D√©esse des Araign√©es mais... le tuera-t-elle ou parviendra-t-il √† la satisfaire¬†?
    La communication s'est arr√™t√©e depuis quelques instants et Lewis Patrick a toujours le combin√© coll√© √† l'oreille. Il murmure en boucle ce nom¬†: ¬ę¬†Ken Cellys¬†¬Ľ. Qui est-ce¬†? Un adorateur d'Atlach-Nacha, la D√©esse des Araign√©es, manifestement. Il finit par reposer le combin√© et r√©fl√©chit. Trois adorateurs de divinit√©s Anciennes, sans compter leurs complices, se livrent √† des rituels en leur honneur. Pour deux d'entre eux, leur Dieu s'est retourn√© contre eux. Qu'en sera-t-il du troisi√®me¬†?
    Avant tout, v√©rifier que Mumford est bien mort. En effet, Lane atteste de sa disparition mais pour l'heure rien ne le m√™le aux affaires des Anciens. Mais si tel devait √™tre le cas, cela pourrait signifier que lui aussi, comme Archer et ses complices, s'est livr√© √† quelques rituels. Ironie du sort, Archer v√©n√©rait Shub-Niggurath et c'est un Sombre Rejeton de la Ch√®vre Noire que Lewis Patrick a invoqu√© pour les arr√™ter... d√©finitivement. D'apr√®s cet informateur anonyme, une m√™me ironie aurait frapp√© Mumford. On dirait que les Anciens sont sans piti√© vis-√†-vis de ceux dont Ils ne sont pas satisfaits. Et ce Cellys alors¬†? L'espace d'un instant, Lewis Patrick se laisse aller √† esp√©rer que ce dernier d√©√ßoive sa D√©esse et que celle-ci ne se d√©barrasse tout simplement de lui.
    Si Mumford est bien mort, il peut attendre. Ce Cellys, par contre... Une recherche dans l'annuaire indique les num√©ros et adresses de Kendall Cellys mais aussi de Kenneth Cellys. Il faut bien commencer, va donc pour Kendall¬†!
    Ce Cellys habite √† la p√©riph√©rie du centre-ville. Nous sommes encore dans les ¬ę¬†beaux-quartiers¬†¬Ľ mais pas tr√®s loin d'une zone d'habitations plus populaire. Le vent souffle tr√®s fort aujourd'hui et c'est une excellente raison pour porter chapeau et imperm√©able. Lewis Patrick esp√®re ainsi croiser peu de monde dehors et, surtout, qu'on ne le reconna√ģtra pas. Et il esp√®re surtout qu'un homme errant dans les rues par un temps pareil n'attirera pas l'attention. Mais la r√©ussite de son entreprise est au prix de ce risque.
    Les rues sont d√©sertes. Le vent et la pluie s'abattent m√©thodiquement sur Sturkeyville. Kendall Cellys est manifestement chez lui. Il y a de la lumi√®re au rez-de-chauss√©. Lewis Patrick, confiant, s'approche. Il ouvre le portillon donnant sur le petit bout de jardin. Certain que personne ne peut le voir, il s'approche et regarde par la fen√™tre. Cellys est dans son salon. Il s'agite et fait les cent pas devant un groupe d'une demi-douzaine d'hommes et de femmes. Il note d'ailleurs qu'il y a une majorit√© de femmes dans cette assembl√©e. D'ailleurs, il n'est pas s√Ľr de lui mais il se demande s'il n'a pas crois√© l'une d'elle lors d'une soir√©e mondaine. Mais il se recentre sur Cellys. Il d√©ambule toujours dans son salon, nerveux. Il agite ce qui est manifestement une dague de sacrifice rituel. Va-t-il assister l√† √† un rite sanglant¬†? Pourvu que non. Il essaye d'entendre ce qui se dit √† l'int√©rieur mais n'entend rien √† cause du vent et de la pluie. Mais il a d√Ľ trop s'approcher car un cri retentit. Il est rep√©r√©. L√†, √† travers la fen√™tre, un homme s'est lev√© et le pointe du doigt. Lewis Patrick s'enfuit et rejoint son auto en courant.
    De retour √† Hatecroft Manor, il remercie int√©rieurement ce myst√©rieux informateur. Cellys a bien quelque chose √† se reprocher et quelque chose se trame. Maintenant, il lui faut creuser cette piste, en savoir plus et l'arr√™ter. Mais il doit aussi confirmer les propos concernant Mumford. Et il y a tout √† croire que l√†-dessus non plus on ne lui a pas menti. Et s'il mettait Lane sur le coup¬†? Et si lui aussi devenait un informateur anonyme¬†? Bonne id√©e mais... comment conna√ģtre alors le r√©sultat des investigations de son ami¬†? Celui-ci accepterait-il de tout lui r√©v√©ler lors d'une conversation ¬ę¬†anodine¬†¬Ľ¬†? Lewis Patrick d√©cide de laisser la nuit lui porter conseil.

    Lewis Patrick dort mal. Il √©prouve une sensation d√©sagr√©able autour du cou. Cela finit par le r√©veiller. Il se rend alors compte qu'il est nu et qu'une sorte de cordon ombilical s'est enroul√© autour de son cou. Ce cordon est reli√© √† un gigantesque arbre creux, calcin√© et mourant sous un soleil br√Ľlant qui racornit tout. L'arbre se dresse sur un d√©sert qui s'√©tend √† perte de vue et refl√®te l'aveuglante lumi√®re d'un soleil rouge sur le point d'exploser.
    Il commence par d√©senrouler le cordon et tire doucement dessus. Il ressent une l√©g√®re douleur. Conscient qu'il ne pourra pas s'√©loigner de l'arbre sans couper le cordon et que le faire pourrait se r√©v√©ler, par contre, assez douloureux, il pr√©f√®re s'approcher du tronc et regarder √† l'int√©rieur du creux. La morsure du soleil est cruelle. Il veut se mettre √† l'ombre mais, √† l'int√©rieur du tronc, il voit une esp√®ce de poisson dot√© de trois paires de bras humano√Įdes foncer vers lui, une gueule munie de plusieurs rang√©es de crocs ac√©r√©s grande ouverte.
    Souffrant toujours plus du soleil, il met autant de distance que lui en permet le cordon entre lui et cette cr√©ature. Il se retrouve alors face √† un pendu qui pourrit. Ses visc√®res d√©goulinent hors de son abdomen. Lewis Patrick s'avance vers le pendu. Un coup d‚ÄôŇďil en arri√®re lui indique que le monstre a renonc√© √† le poursuivre. Il l√®ve les yeux vers le cadavre et reconna√ģt son visage¬†!

    Lewis Patrick se r√©veille en sursaut et court dans la salle de bain pour se regarder dans la glace. Mais il a toujours ce m√™me teint qui le fait ressembler √† un indien. Mais, ¬≠ est-ce √† cause de ses propres traits caucasiens inchang√©s¬†? -, il ne saurait dire s'il ressemble d√©sormais √† un indien d'Am√©rique du nord ou du sud.
    Quoi qu'il en soit, la nuit lui a port√© conseil, malgr√© ce cauchemar. Ou peut-√™tre gr√Ęce √† lui. En effet, est-ce que, confront√© √† sa mort, il a alors saisi l'urgence de passer √† l'action¬†? Il d√©cide donc d'appeler la Gazette de Sturkeyville et demande √† parler √† H. P. Lane. D√®s qu'on le lui passe, il colle un chiffon sur le combin√© pour masquer sa voix et explique que les activit√©s louches et occultes de Mumford ont caus√© sa mort. Et il raccroche avant que Lane ne puisse poser la moindre question. Maintenant, il n'y a plus qu'√† attendre que le reporter m√®ne son enqu√™te. Il le rappellera dans quelques jours sous pr√©texte de prendre des nouvelles et tentera alors de lui tirer les vers du nez. Mais pour l'heure, que faire¬†? Comment confondre et arr√™ter Cellys¬†? L'espace d'un instant, il songe √† retourner dans les bois pour demander au Sombre Rejeton de se charger de lui mais... de quels stigmates sera-t-il alors afflig√©¬†? Et quels cauchemars hanteront ses nuits¬†? Non, le prix qu'il doit d√©j√† payer est bien assez √©lev√©. Mais il a n√©anmoins une id√©e. Il croit bien avoir reconnu parmi les complices de Cellys une femme qu'il pense avoir crois√©e lors d'une soir√©e mondaine. Et s'il organisait une soir√©e √† laquelle il inviterait le gotha de Sturkeyville¬†? Cette femme devrait alors √™tre l√† et il pourrait l'identifier, voire la confondre. Mais comment organiser une soir√©e au manoir alors qu'il a donn√© son cong√© √† son personnel et qu'il ne peut se montrer en public avec cette nouvelle couleur de peau¬†? Un nom s'impose¬†: Myrtle Veneti, bien s√Ľr¬†! Il avait d'ailleurs promis de la rappeler suite √† leur derni√®re soir√©e spiritisme.
    Au t√©l√©phone, Myrtle affirme aller bien mais Lewis Patrick la sent quelque peu tendue, voire √† cran. Lui en veut-elle de cette √©trange soir√©e¬†? Non, bien s√Ľr mais elle aurait souhait√© que les choses se passent comme... d'habitude.

    ¬ę¬†Cahcallah nohuiyan ?nentlah... coc?c...¬†¬Ľ

    A ces mots, Lewis Patrick l'arr√™te tout de suite et lui demande de r√©p√©ter mais Myrtle r√©p√®te les derniers mots qu'elle a prononc√©s avant de parler dans cette langue √©trange. Et elle ne voit pas du tout de quoi Lewis Patrick veut parler. Ce dernier comprend que ce n'est pas la peine d'insister mais demande √† son amie de patienter, le temps de s'emparer de quoi noter et tenter de bien se rappeler ce qu'il a entendu. Ceci fait, il reprend alors la conversation sur un ton plus l√©ger et lui propose d'organiser une f√™te costum√©e. Il explique qu'il aurait bien organis√© cela √† Hatecroft Manor mais son personnel de maison √©tant en cong√©s, Myrtle accepterait-elle d'accueillir les festivit√©s¬†? Mais, √† son grand √©tonnement, il se heurte √† un refus cat√©gorique. Et il sent bien que ce n'est pas la peine d'insister. Lewis Patrick prend alors poliment cong√© et raccroche. Jamais son amie ne lui a parl√© sur ce ton. Et jamais elle n'a refus√© de participer ni d'organiser une r√©ception. Que se passe-t-il¬†?

    Le 10√®me jour du mois de Chien...

¬ę¬†La sarcomancienne vous greffe la peau tatou√©e d'√©trangers¬†;
alors leurs souvenirs et leurs √©motions coulent encore chaudes dans vos veines.¬†¬Ľ

    Lewis Patrick est de nouveau dans cette for√™t, Millevaux. Il regarde ses mains. Dans le r√™ve aussi sa peau a chang√© de couleur. Et il repense √† l'historiette. Et si les souvenirs de cette peau √©trang√®re se mettaient √† couler dans ses veines¬†?
    La Nuit Brune, encore, et il pleut, encore. Lewis Patrick est √† la recherche d'un abri. Il ne cherche pas √† se prot√©ger de la pluie mais de ce qui le traque. Car, il le sent, il le sait, cette chose est de nouveau derri√®re lui. Elle approche.
    C'est quand on cherche qu'on ne trouve pas et c'est quand on ne cherche plus qu'on trouve. Fatigu√©, ruisselant de pluie, Lewis Patrick continue de marcher mais sans plus pr√™ter attention √† l√† o√Ļ ses pas le guide. En r√©alit√©, il est ailleurs. Il r√™ve, il le sait. Mais il est encore ailleurs. Son corps est dans son lit, √† Hatecroft Manor. Son esprit, ou du moins une partie de son esprit, est ici dans ces bois. Mais une autre partie de son esprit a quitt√© le r√™ve pour retourner √† Hatecroft Manor, dans la biblioth√®que. La biblioth√®que secr√®te, celle o√Ļ sa famille cache depuis des g√©n√©rations ces livres aux contenus mystiques, occultes, √©sot√©riques, interdits, dangereux. L√†, il compulse un ouvrage relatif √† une cr√©ature venant du fin fond de l'espace et du temps. Le chapitre d√©crit un conglom√©rat de cadavres d'√™tres issus de tous les mondes et de toutes les √©poques, de toutes les dimensions. Et cette chose, quand elle s'approche d'un nouveau monde, diffuse ses spores morbides. Et ces spores infectent alors les habitants de ce nouveau monde. Ces derniers mutent. Leurs corps subissent d'horribles transformations. Mais leurs esprits changent √©galement. Ils se reconnaissent, se f√©d√®rent, s'organisent et Ňďuvrent afin de h√Ęter la venue de ce g√©niteur qu'ils consid√®rent comme une divinit√© devant se repa√ģtre de toute la vie pr√©sente ici-bas. Eux, ils seront sauv√©s car ils rejoindront le conglom√©rat.
    Lewis Patrick referme le livre et le repose dans le coffre, juste √† c√īt√© de ces vieux carnets. Par curiosit√©, il en prend un.

    ¬ę¬†J'ai pass√© beaucoup de temps √† √©couter les l√©gendes du peuple de Nokomis. J'ai aussi pass√© beaucoup de temps √† chanter et danser pour voir son autre monde. Cette for√™t est bien √©trange. Elle est sans fin. L√†, j'ai crois√© la route de bien des esprits et certains m'ont parl√© de celle qu'ils appellent la Mauvaise M√®re ou encore la Ch√®vre Noire. Curieux, je l'ai cherch√©e. Je ne pouvais croire que celle qui avait cr√©e cette for√™t pouvait r√©ellement √™tre mauvaise. Cette for√™t ne m'apparaissait pas comme une mal√©diction. Je ne comprenais pas l'ingratitude de ces esprits face √† la beaut√© de ces lieux et √† la vie foisonnante qui les peuplait. Esprits, cr√©atures chim√©rique, hommes et femmes de tous les √Ęges semblaient s'√™tre donn√©s rendez-vous l√†, sous l'√©gide bienveillante de Shub-Niggurath. Pourtant, tous n'appr√©ciaient pas ce don. Millevaux est un cadeau. Et Millevaux m'a offert Echidna, une voyageuse solitaire parcourant Millevaux. Je ne sais pas d'o√Ļ elle vient. Elle vient d'une autre Terre, d'une autre √©poque. Elle me parle de son monde mais je ne comprends pas. Elle me parle de Mouches et de Cafards. Elle r√™ve, elle aussi. Nous nous retrouvons de plus en plus dans cette r√©gion de Millevaux qu'elle appelle les For√™ts Limbiques. L√†, nous nous abandonnons au r√™ve. Nous nous abandonnons l'un √† l'autre. Je ne veux rien lui cacher. Alors, je lui fais don de cette partie de mon pass√© qui d√©j√† devient floue. Je fais d'elle la gardienne de ma m√©moire, d'une partie de ma m√©moire. Je compte d√©sormais sur elle pour me rappeler qui je suis.

    Le temps passe. Echidna m'initie aux secrets du Foutre de Mouche, de l'Opium Jaune et de la Viande Noire. M√™me dans le r√™ve, nous r√™vons. Nous parcourons d'autres mondes, parfois merveilleux, parfois horribles. Nous croisons la route d'autres hommes et d'autres femmes venus de tous les mondes et de toutes les √©poques. Certains nous prennent pour des esprits, des hallucinations. D'autres ne nous voient m√™me pas. Et une nuit, alors qu'Echidna se repose, il me prend de consommer seul de cet √©trange Jus de Singe. Et quand je me r√©veille, j'ai quitt√© Millevaux. Je suis de nouveau... chez moi¬†? Combien de temps a pass√©¬†? Je ne reconnais rien, ni personne. O√Ļ sont Echidna et Nokomis¬†?

    Ce monde a chang√©. Je ne l'aime pas. La for√™t me manque. Il y a de plus en plus d'hommes blancs. Ils ont apport√© la guerre. Ils ont d√©truit la for√™t pour construire des villes toujours plus √©tendues, toujours plus hautes. Avant, leurs maisons √©taient en bois. Maintenant, elles sont en pierre. Je me r√©fugie de plus en plus dans les for√™ts limbiques. L√†, je cherche la paix. Ou, au moins, je cherche la solitude. Et peut-√™tre que je finirai par trouver, sinon l'oubli, la Ch√®vre Noire. Alors, je saurai... mais quoi¬†? Et pourquoi¬†? Et c'est parce que l'oubli me gagne, me ronge, que j'√©cris ces quelques lignes. Je fixe l√† ma m√©moire. Mais pourquoi et pour qui¬†?¬†¬Ľ

    Lewis Patrick referme le journal. Il n'a pas le temps de le replacer dans le coffre qu'il est de nouveau dans Millevaux. Ses pens√©es ont retrouv√© le chemin du r√™ve. Il stoppe net¬†! Il pleut toujours. Il regarde autour de lui. Il sent la pr√©sence du monstre qui le traque. Et il sait maintenant qu'il s'agit d'un √™tre d√©vou√© √† Shub-Niggurath. Est-l√† le prix qu'il doit payer pour avoir invoqu√© un Rejeton de la Ch√®vre Noire¬†? Et ce carnet¬†? Il fait partie de ceux qu'on lui a vol√© r√©cemment. Quel message le r√™ve cherche-t-il a lui d√©livrer¬†? Qui est cette Echidna¬†? Que sont ce Foutre de Mouche et cet Opium Jaune¬†? Et Nokomis¬†? C'est un pr√©nom indien.
    En tout cas, bien des gens parcourent cette for√™t, que ce soit en r√™ve ou r√©ellement. Et il y a des moyens d'acc√©der volontairement √† Millevaux, pas seulement au hasard d'un r√™ve mais en utilisant certains produits. Mais pourquoi l'auteur de ce carnet est-il sur ses traces¬†? Et si... et s'il voulait r√©cup√©rer ses carnets¬†? Et si c'√©tait lui qui les avaient vol√©s¬†? Mais dans ce cas, pourquoi continuer √† le pourchasser¬†? √Ä moins que ce ne soit quelqu'un d'autre qui les ait d√©rob√©s, sachant qui en √©tait l'auteur...
    D'une certaine fa√ßon, Lewis Patrick est rassur√©. En effet, s'il retrouve ces carnets, il pourra tout simplement les rendre √† leur propri√©taire et tout devrait rentrer dans l'ordre. Du moins l'esp√®re-t-il...
    Bien qu'il pleuve toujours, il s'assoit et s'adosse √† un arbre. Il ferme les yeux et se r√©veille.

    Lewis Patrick sort de son lit et gagne la salle de bains. Dans un premier temps, il n'y pr√™te pas attention mais sa peau a de nouveau chang√© de couleur. Elle est redevenue comme avant. Il laisse √©clater un cri de joie en m√™me temps que le t√©l√©phone sonne.
    Lane ne prend pas la peine de le saluer.

    ¬ę¬†C'est vrai ce qu'on raconte¬†? On dit que si on ne te voyait plus ces derniers temps, c'est parce que tu √©tais intern√© dans un asile Psychiatrique.¬†¬Ľ

    Lewis Patrick n'en revient pas. Qui a pu raconter de telles sottises¬†? Lane n'en sait trop rien, c'est un bruit qui court. Et il court d'autant plus que cela fait plusieurs jours que personne ne l'a vu en ville et que les seuls contacts qu'il a pu avoir furent par l'interm√©diaire du t√©l√©phone. Lane lui rappelle qu'il a donn√© son cong√© √† ses domestiques et qu'il peut tr√®s bien avoir pass√© ses appels d'un sanatorium. Mais s'il est √† Hatecroft Manor ce matin, cela veut-il dire qu'il est de retour¬†? Et que tout va bien¬†?
    L'espace d'un instant, Lewis Patrick craint que ce ne soit Myrtle Veneti qui ait lanc√© cette rumeur. Mais pourquoi¬†? Pour se venger de cette douloureuse exp√©rience √©sot√©rique¬†? Il ne ne saurait peut-√™tre jamais. Mais pour autant, il devait profiter d'avoir Lane au t√©l√©phone pour en savoir plus au sujet de Mumford. Et, innocemment, il lui demande de ses nouvelles, notamment au sujet de ces investigations pour la Gazette. Et √† sa grande surprise, Lane ne se fait pas prier. Il raconte avoir remont√© la piste de Mumford et l'avoir retrouv√© mais... que faire maintenant¬†?
    Lewis Patrick apprend ainsi que son ami s'est introduit, pour la seconde fois, par effraction chez le banquier. Et cette fois, dans la cave, il fut le t√©moin d'une sc√®ne des plus √©tranges, horribles et inimaginables. Oui, Horace Mumford avait bien des choses √† se reprocher. Mais rien concernant la falsification de comptes et de vulgaires histoires d'argent. La cave de Mumford s'√©tait r√©v√©l√© le th√©√Ętre d'un meurtre rituel. Et la victime innocente n'√©tait autre que le jeune Archer¬†! Mais le plus √©trange, outre le froid r√©gnant l√†, √©tait que Mumford √©tait pr√©sent lui aussi, mais... congel√©, litt√©ralement r√©duit √† l'√©tat de statue de glace. Il tenait √† la main une sorte de couteau ouvrag√© qu'il n'a pas r√©ussi √† lui √īter mais, par contre, il a fait main basse sur un livre qui avait l'air important. Lane est √©tonnant d√©sempar√©. Face √† une telle sc√®ne, il n'a pas appel√© la police. D'une part parce qu'il aurait eu √† justifier son effraction et le vol de ce livre, ces Manuscrits Pnakotiques, et d'autres part parce qu'il √©tait tout simplement incapable d'expliquer l'√©tat de Mumford.
    Lewis Patrick est quelque peu honteux car il a conscience qu'il va profiter de la d√©tresse de son ami mais il lui propose toutefois de l'aider √† condition de lui remettre cet ouvrage et de l'introduire chez Mumford. Une fois qu'il aura fait sa propre enqu√™te, il verra comment en informer la police sans que Lane ne soit inqui√©t√©. Apr√®s tout, il est une figure locale de Sturkeyville. Il a des relations. Et, ayant retrouv√© sa couleur de peau, il va pouvoir de nouveau se montrer en ville et faire taire cette rumeur. Peut-√™tre m√™me que Myrtle Veneti se montrera plus affable.

    Maintenant, il s'agit d'√™tre efficace et d'√©laborer un plan d'action. Lewis Patrick a invit√© Lane au manoir pour le lendemain. D'ici l√†, il va rappeler son personnel de maison et organiser cette soir√©e mondaine qu'il voulait organiser chez Myrtle. Maintenant, il peut l'organiser √† Hatecroft Manor. Il appelle donc certaines personnalit√©s de Sturkeyville, les invite √† cette ¬ę¬†soir√©e de retour¬†¬Ľ et les charge √©galement de faire circuler l'information. Il esp√®re ainsi que la complice de Cellys sera l√† et qu'il pourra la confondre d'une mani√®re ou d'une autre. D'ici cette soir√©e, il aura visit√© la cave de Mumford et peut-√™tre trouv√© un lien entre lui et Cellys. Par d√©finition, la D√©esse Araign√©e tisse sa toile donc, d'une mani√®re ou d'une autre, tout doit √™tre li√©.
    Lewis Patrick s'endort ce soir avec le sourire. Il a le sentiment que tout va aller pour le mieux maintenant. Les choses lui semblent rentrer dans l'ordre. Il sait qu'il va r√™ver mais il est s√Ľr que ce sera un beau r√™ve. Il ne va pas se rendre dans Millevaux cette nuit. Il n'affrontera pas le vent et la pluie. Il ne sera pas traqu√© par cette cr√©ature √©trange. Non, il r√™ve d'une grande maison de terre cuite, d‚Äôune seule pi√®ce, avec des fours et des athanors en √©bullition. Chouettes, chats sauvages, araign√©es (il frissonne en y pensant) et crapauds grouillent dans les ombres. Racines, foug√®res, lierre et champignons envahissent les lieux. Une grande armure humano√Įde faite de terre cuite et de mat√©riaux composites tr√īne au milieu. Et elle est l√†, la Magicienne. Elle lui explique qu'il faut aller demander l'aide‚Ķ de la personne qui incarne la Magicienne pour avoir une chance de vaincre les Abysses.
    Lewis Patrick comprend que cette armure est sens√©e lui permettre de gagner ce que la Magicienne appelle le ¬ę¬†M√©ta-Monde¬†¬Ľ. L√†, il doit retrouver celui dont elle est l'avatar, celui qu' on appelle ¬ę¬†le Joueur¬†¬Ľ. Lui sait. Lui peut. Il joue pour jouer. Il joue pour conna√ģtre la suite de l‚Äôhistoire. Peu lui importe que les Anciens ou les CŇďlacanthes triomphent. Peu lui importe la fin de l'histoire. Il veut simplement la conna√ģtre, la jouer. Mais, affirme la Magicienne, il peut la changer. Il peut d√©cider de leur sort √† tous. Alors, Lewis Patrick doit enfiler cette armure et convaincre le Joueur de faire triompher la Lumi√®re.

    Quand Lewis Patrick se r√©veille, il se sent bizarre. L'espace d'un instant, il a peur d'avoir de nouveau chang√© de couleur mais ce n'est pas le cas. Il est toujours lui-m√™me. Mais, se dit-il, apr√®s tout il est toujours lui-m√™me quelle que soit la couleur de sa peau. Pour autant, il a l'impression que quelque chose a chang√©. Si ce n'est pas lui, c'est autour de lui. Il a ce sentiment d√©sagr√©able que la r√©alit√© qui l'entoure n'est plus aussi consistante que la veille, qu'elle n'est plus aussi... r√©elle...

    Aujourd'hui, Lewis Patrick doit donc prendre connaissance et tenter de comprendre ce qui s'est pass√© dans la cave d'Horace Mumford. Il doit aussi prendre possession des Manuscrits Pnakotiques. Aussi, il attend Lane avec une certaine impatience doubl√©e d'une nervosit√© non moins certaine.
    Lane arrive en fin de matin√©e. Lui aussi est nerveux. Pas √† l'id√©e de rentrer par effraction chez un citoyen de Sturkeyville mais √† celle de revoir cette sc√®ne √©trange et ces cadavres, l'un sacrifi√©, l'autre... gel√©. Lewis Patrick, lui, est toujours sous le coup de son r√™ve de la veille. Il repense aux propos de la Magicienne, aux Joueurs, √† cette armure en terre sens√©e lui permettre de changer de monde. Durant le trajet, il survole les Manuscrits Pnakotiques. Et son attention se porte sur les paragraphes concernant Rlim Shaikorth, le Ver Blanc. Mumford aurait donc √©t√© un adorateur de ce monstre. Ne pr√™tant aucune attention √† ce que lui raconte Lane, il poursuit sa lecture et apprend que le Ver Blanc vivrait dans la Contr√©e des R√™ves. Dans le r√™ve, comme Millevaux¬†? La Millevaux de Shub-Niggurath¬†? L√† serait le lien tiss√© par Atlach-Nacha¬†? Le r√™ve semble √™tre le nŇďud o√Ļ tous ces fils se retrouvent et s'emm√™lent.
    Et quelques minutes plus tard, apr√®s s'√™tre √©tonn√© de l'aisance avec laquelle Lane force, une fois de plus, la porte de derri√®re de la maison de Mumford, Lewis Patrick descend les marches menant √† la cave. √Ä chaque marche, il a l'impression que la temp√©rature baisse. R√©alit√© ou simple impression¬†? En bas, tout est comme Lane l'a d√©crit. Il n'a touch√© √† rien, si ce n'est aux Manuscrits Pnakotiques. Le corps de Mumford est parfaitement conserv√©, gel√©, alors que celui du pauvre Archer, malgr√© le froid ambiant, commence d√©j√† √† montrer des signes de pourriture et √† sentir. M√™me s'il ne pr√©vient pas la police, les voisins devraient le faire d'ici quelques jours car ils seront indispos√©s par l'odeur et ils se poseront des questions. Mais avant tout, il est l√† pour examiner la sc√®ne de ce crime rituel. Y a-t-il ici un indice qui aurait √©chapp√© √† Lane ou un indice que seul un sp√©cialiste des sciences occultes pourrait trouver¬†? Peut-√™tre bien oui¬†!
    Une poup√©e d'enfant... Que fait-elle l√†¬†? Et pourquoi Lane n'a-t-il pas remarqu√© un objet √† la pr√©sence aussi improbable en ces lieux¬†? Lewis Patrick repense √† sa vision, celle qu'il a eu dans sa propre cave. Un rire, un enfant et quelque chose derri√®re. C'est l√† qu'il avait trouv√© cette montre √©trange qui l'avait pr√©cipit√© dans Millevaux. Cette montre, il l'a toujours... Mais, que doit-il comprendre¬†?
    Atlach-Nacha tisse sa toile, donc tout est li√© d'une mani√®re ou d'une autre. Lewis Patrick r√©fl√©chit. Cette montre l'a projet√© dans le r√™ve. Le Ver Blanc vit dans le r√™ve. Mumford a certainement acc√©d√© au monde du r√™ve lui aussi. A-t-il utilis√© une montre ou autre chose¬†? La Magicienne lui a dit de trouver le Joueur, d'aller le chercher dans son monde en utilisant l'armure de terre. Mais cette armure se trouve dans le r√™ve. Le r√™ve est la cl√©, la porte...
    La cl√© et la porte... Pourquoi ces mots tournent ainsi dans sa t√™te. La cl√© et la porte. La Cl√© et la Porte¬†! Yog-Sothoth¬†! Lewis Patrick a lu des choses concernant cette horreur. Et il repense √† Atlach-Nacha dont on dit que quand sa toile sera achev√©e, cela sera la fin du monde. Est-il possible que Cellys et ses complices souhaitent en r√©alit√© s'attirer les faveurs de Yog-Sothoth en lui offrant la fin du monde¬†? Ce serait donc √† cette fin qu'ils tenteraient de h√Ęter les plans d'Atlach-Nacha¬†? Il faut vraiment √™tre... tordu pour √©chafauder un pareil plan, pour avoir de telles pens√©es mais... la folie n'est-elle pas le guide des adorateurs des Anciens¬†?
    Lorsque Lane lui demande s'il a trouv√© quelque chose, Lewis Patrick ne sait quoi r√©pondre. Oui, il a trouv√© quelque chose, mais comment expliquer √ßa √† quelqu'un comme Lane, quelqu'un de... normal¬†!

    ¬ę¬†Je... Je dois r√™ver. Maintenant¬†!
    Non, tu ne r√™ve pas. Mumford est bien congel√© et...
    Tu ne comprends pas¬†! Je sais que je ne r√™ve pas. Mais je dois r√™ver. Je dois r√™ver maintenant¬†! Il faut que je r√™ve¬†!¬†¬Ľ

    Et Lewis Patrick fouille dans ses poches mais il ne trouve pas la montre. Il saisit Lane au col.

    ¬ę¬†Herbert, je dois dormir¬†! Tout de suite¬†! Fais moi dormir¬†! C'est une question de vie ou de mort¬†! C'est la fin du monde¬†!¬†¬Ľ

    Et Lewis Patrick a d√Ľ se montrer particuli√®rement convaincant car son ami lui d√©coche un crochet au visage qui le plonge dans les t√©n√®bres et le ram√®ne... dans la maison de la Magicienne.
    Et elle est l√†, assise sur un petit tabouret de bois. On dirait qu'elle attendait. Qu'elle l'attendait. Elle lui sourit. On dirait qu'elle sait. Elle s'approche de l'armure de terre, l'ouvre et explique son fonctionnement. Elle explique aussi qu'il ne faut surtout pas en sortir car l'air du m√©ta-monde pourrait lui √™tre fatal, √† lui, √™tre de fiction. Mais il faut faire vite. Cellys et ses complices ont d√©j√† commenc√© leur rituel. Lewis Patrick n'a aucune id√©e de ce qui lui permet d'affirmer cela mais il la croit. Aussi, il entre dans l'armure et la Magicienne la referme sur lui.

    On ne voit pas tr√®s bien √† travers les deux ouvertures faisant office d'yeux. Sa vision se trouble. Les murs de la cabane de la Magicienne laissent la place √† des murs blancs. Comme chez la magicienne, il y a peu de meubles. Mais point d'athanor ou de cr√©atures dans des bocaux. L√†, il n'y a que quelques livres sur des √©tag√®res blanches ou en bois. Il y a deux malles bleues devant lui. Mais son attention est attir√©e par un raclement venant de sa droite. De l'autre c√īt√© d'une porte ouverte, un homme est pench√© sur une sorte de machine √† √©crire dont √©mane un halo lumineux. Lewis Patrick fait un pas dans sa direction. L'homme ne lui parle pas. Il se borne √† taper sur son √©trange machine et Lewis Patrick entend les mots r√©sonner dans sa t√™te.

    ¬ę¬†Bonjour Lewis Patrick Hatecroft. Je suis le Joueur. √Ä l'occasion, on m'appelle aussi Demian ou Demian Hesse. Mais aujourd'hui, je suis le Joueur. Tout ne s'est pas pass√© comme pr√©vu. Cellys et ses complices sont pass√©s √† l'action plus vite que je ne le pensais et tu n'as plus beaucoup de temps si tu veux sauver ton monde. La Magicienne a raison. Je peux faire quelque chose. Je peux d√©cider qu'Atlach-Nacha ne finira pas sa toile aujourd'hui. Je peux d√©cider que ce ne sera pas la fin du monde, que Sturkeyville ne deviendra pas la Capitale de la Douleur. Je peux d√©cider que Yog-Sothoth ne viendra pas appr√©cier ce cadeau et r√©compenser ceux qui le lui ont fait. Mais je suis le Joueur. Je joue pour conna√ģtre la suite de l'histoire. Si je fais √ßa, l'histoire s'ach√®ve. Mais si je ne le fais pas... elle s'ach√®ve aussi. √Ä moins que je ne choisisse de  jouer dans un monde ravag√© par les Anciens... Lewis Patrick, tu connais l'expression ¬ę¬†mourir pour rena√ģtre¬†¬Ľ¬†? Si tu acceptes de mourir pour rena√ģtre, pour vivre une autre histoire et de nouveau combattre les Anciens, je sauve ton monde. Mais tu as conscience que si tu accepte, ce sera un autre Lewis Patrick Hatecroft qui se r√©veillera demain. Tu ne seras plus le gardien d'ouvrages occultes. Tu ne vivras peut-√™tre m√™me plus √† Sturkeyville. Il ne te restera que ton nom et ta volont√© de combattre les Anciens et leurs adorateurs. Acceptes-tu¬†?¬†¬Ľ

    Et le joueur s'empare d'un d√© √† six face.

    ¬ę¬†Pair, tu accepte. Impair, tu refuse.¬†¬Ľ

    Et le d√© tombe sur six¬†!


Feuille de personnage avec les règles de Bois-Saule :

Destin fatal : (Le Jugement) Le bien précieux est une chose légendaire, s'en emparer peut transformer votre destinée.
Chassé par : un monstre (un vampire ?).
Chasse : les cultistes.
Une question : Pourquoi ces rêves étranges ?
Une certitude : les bois de ses rêves sont en lien avec ceux de Sturkeyville. Il y a un mystère dans les bois de Sturkeyville.
Une croyance : ce qu'il y a dans les livres du mythe est malheureusement vrai. Notre monde est menacé.
Une vertu : il veut vraiment combattre le mal et protéger l'humanité.
Un vice : il est attiré par les forces obscures et combattre le mal par le mal lui donne un prétexte pour s'adonner à ces noires magies.
Un souvenir qui te hante : le rituel d'invocation d'un Sombre Rejeton.
Ta quête : la vérité et le triomphe de la Lumière sur les ténèbres incarnées par les Anciens et leurs adorateurs.
Tes symboles¬†: le B√Ęton qui guide les fid√®les & l'Essaim aux milles mains et aux milles visages.
Tu possède un objet important : un exemplaire des Unaussprechlichen Kulten.


Commentaires de Thomas :

A. Hatecroft Manor ? Un jeu de mots avec Lovecraft ?

B. Pour cette partie, j'ai l'impression que l'apport de Bois-Saule se borne √† tirer l'historiette du jour. On devrait alors plut√īt dire qu'il y a des bouts d'Almanach plut√īt que des bouts de Bois-Saule

C. D'o√Ļ vient le changement de carnation du h√©ros ? Est-ce que c'est une cons√©quence d'avoir v√©cu un cauchemar de Coelacanthes ?

D. Tu innoves en introduisant des cauchemars de Coelacanthes différents de ceux que tu utilise d'habitude, c'est cool.

E. J'y pense comme ça, mais si tu cherches un cadre d'enquêtes surnaturelles contemporaine en Amérique du Nord à investir avec du Millevaux dedans, je te conseille chaudement L'Autoroute des Larmes, qui se prêterait certainement fort bien à un crossover Psychomeurtre / Grey Cells.

F. "Maintenant, il peut l'organiser √† Hatecroft Manor. Il appelle donc certaines personnalit√©s de Sturkeyville, les invite √† cette ¬ę¬†soir√©e de retour¬†¬Ľ et les charge √©galement de faire circuler l'information. Il esp√®re ainsi que la complice de Cellys sera l√† et qu'il pourra la confondre d'une mani√®re ou d'une autre. " √ßa fait tr√®s Agatha Christie comme proc√©d√© :)

G. "Ne pr√™tant aucune attention √† ce que lui raconte Lane, il poursuit sa lecture et apprend que le Ver Blanc vivrait dans la Contr√©e des R√™ves. " On pourrait imaginer que Millevaux envahisse notre monde en transitant par les Contr√©es du R√™ve, ce serait cool :) ¬†[et ceci dit, c'est plus ou moins ce qui se passe dans CŇďlacanthes, mais utiliser les Contr√©e du R√™ve lovecraftiennes comme passage serait assez cool.]

H. "De l'autre c√īt√© d'une porte ouverte, un homme est pench√© sur une sorte de machine √† √©crire dont √©mane un halo lumineux." : j'adore la description d'un ordinateur vu par un homme de 1920 :)

I. Sacré ironie que le joueur propose un choix au personnage, mais tire ensuite un dé pour savoir ce qu'il choisit.

J. "Tes symboles¬†: le B√Ęton qui guide les fid√®les & l'Essaim aux milles mains et aux milles visages." : d'o√Ļ tire-tu ces symboles ?


Réponse de Damien :

A, oui, c'est carrément ça Lewis Patrick Hatecroft = LPH=HPL love/hate etc. ^^

B, j'ai surtout joué avec Grey Cells au niveau technique. Bois Saule m'a servi pour poser certains éléments d'ambiance. ces derniers temps, j'ai pas mal utilisé Millevaux comme une contrée des rêves alternatives pour mes scénars de Chtulhu.

C, oui, c'est un effet du cauchemar. comme il est mort dedans, j'ai tir√© sur la table de CŇďlacanthes et voila.

D,j'ai pas fait exprès. je tire les cauchemars coelacanthes au hasard. des fois, je tombe sur les mêmes, des fois non. mais c'est toujours au hasard.

E, oui ^^ je suis déjà tombé dessus

F héhé, là je joue un "Socialite" c'est l'archétype du mondain dans Grey Cells et effectivement c'est plus pour jouer des scénars à la Christie. J'ai trouvé que ça collait bien avec le perso.

G,et oui, c'est √ßa, j'ai utilis√© Millevaux comme une contr√©e des r√™ves et j'ai finis par tilter que si j'utilise plus Millevaux comme une menace de corruption de notre monde par cette foret que comme "terrain de jeu" cela vient justement de CŇďlacanthes. je pense reprendre cette notion quand je me lancerai dans ma campagne de Mantra-Crasse-Millevaux.

H. j'ai un peu repomp√© ce passage sur le final d'un autre de mes solos ^^ mais j'aime bien cette id√©e que les persos puissent voir le joueur √† l'Ňďuvre mais lui non‚Ķ ce serait casser la magie ^^.

I bah disons que j'essaie de ne pas trop tricher ^^ mais j'aime bien le meta-jeu comme ça. j'aimerais en faire plus.

J, ces symboles? ils sont sortis tout droit de Terres de Sang est Millevaux ^^ d'ailleurs, il faudrait que je me refasse un mix de Terres de Sang et Sphynx car j'ai eu une idée pour améliorer la jouabilité en solo en utilisant le questionnaire de préparation des ruines de la même façon que la fiche du serial killer dans Psychomeurtre. Il s'agirait de visiter les ruines et tenter de répondre à toutes ces questions: savoir qui vivait là, comment et pourquoi ils ont disparu etc.

voila, j'espère ne pas avoir été trop fouillis dans mes réponses car je ne suis pas sur le bon PC et n'est plus le CR sous les yeux. en tout cas, demain je me fais un ptit one shot de Silent Hill en version Sombre Max et je pense ensuite attaquer Mantra-Crasse-Millevaux avec de nouvelles incarnations de Haze, Corso et Lewis ?


Réponse de Thomas :

C. Ce qui est int√©ressant, c‚Äôest que dans CŇďlacanthes, le changement de peau a en fait tr√®s peu d‚Äôinfluence¬†: tout le monde s‚Äôen fout :) Alors que retranspos√© dans les USA des ann√©es 20, √ßa a beaucoup plus d‚Äôimpact¬†: le h√©ros doit se cacher, etc.

G. Le thème de l’invasion des mondes par Millevaux est encore plus présent dans Millevaux Mantra.

J. En fait, la fiche du serial killer de Psychomeurtre est inspirée de la liste des révélations de Sphynx : le procédé est juste plus transparent et ordonné. Mais du coup, réincorporer la fiche de Psychomeurtre pour créer un liste de révélations plus transparente et ordonnée pour Sphynx, ce serait un intéressant renversement de situation :)

K. Cool pour Mantra-Crasse-Millevaux. Tiens-moi au courant !


Damien :

ouais, j'avoue que j'ai tiqu√© quand je suis tomb√© sur cette transformation car je me suis vraiment demand√© comment j'allais m'en sortir. Limite, j'aurais pr√©f√©r√© de bon gros tentacules dans le dos ^^ disons que comme CŇďlacanthes aura √©t√© ma porte d'entr√©e sur Millevaux √ßa conditionne plus ou moins consciemment plein de choses dans ma fa√ßon d'int√©grer Millevaux dans mes scenars. et comme je compte m√©langer ces univers et jeux que sont Millevaux, la Crasse et Mantra, au final, √ßa devrait coller ^^ pour Sphynx, je me suis rendu compte que je le faisais de mani√®re informelle mais je me suis dit que mon RP gagnerait peut-√™tre en qualit√© ou fonctionnerait peut-√™tre mieux si je formalisais cela justement. sinon, je continues mon Silent Hill que j'ai commenc√© en prenant pour situation de d√©part un texte court d'Anton Vandenberg publi√© sur sa page FB ^^ ensuite, je voudrais tester le jeu solo de Matthieu B√© et ensuite j'attaque la Crasse. Normalement, j'aurais 3 persos: 1 Mouche, 1 Cafard et un mort-vivant. les 3 bosseraient pour Black rain et enqu√™teraient donc sur le meurtre de l'Hommonde mais aussi sur une nouvelle manifestation de l'Entropie : Millevaux! dont les agents seraient les Horlas et les CŇďlacanthes. Et je compte aussi int√©grer (si je peux) une nouvelle sorte de cr√©atures plus ou moins hostiles ^^ ensuite, quand j'aurais re√ßu Mantra, je compte en remettre une couche en terme de M√©ta-jeu en faisant de nouveau appara√ģtre le personnage du Joueur que j'ai d√©j√† "jou√©" dans d'autres solos. le Joueur serait donc un Ancien de Mantra et les 3 autres ses avatars de la Crasse. enfin, c'est l'id√©e... apr√®s, √ßa prendra ptete une autre forme, on verra bien. et c√īt√© technique, je pense jouer la mouche avec Grey Cells, le mort-vivant avec Black Star Rise et le cafard avec divers syst√®me mix√© √† Parasite (de Fabulo ^?.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#53 07 Apr 2021 10:48

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

CE N‚Äô√ČTAIT PAS LE PLUS MAUVAIS

Un solo par Damien Lagauzère qui tient place dans… Silent Hill ! Avec une invasion progressive par Millevaux et le vertige logique.

(temps de lecture : 1h37)

Joué le 19/04/2019

Ce solo a été joué avec l'aide de jeu Silent Hill écrite par Rémy Broknpxl et dispo ici

J'ai utilisé les règles de Lacuna et certains des Vertiges Logiques de Thomas Munier.
Il y aussi des "bouts" de Millevaux sous la forme de CŇďlacanthes et de Bois-Saule (pour le final).
Certaines parties, enfin, ont été joué avec Strings.
Le MJ est joué par Muses & Oracles.

Avertissement sur le contenu : voir le détail après l’image

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Trent Van Doren, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : grossophobie.


L’histoire:
¬†Je prends un caf√© √† la terrasse de ce bar avec une vue sur le lac de Toluca. Je ne suis pas originaire de Silent Hill. J'ai atterri l√† par hasard. Ma moto est en rade. J'ai √©t√© oblig√© de m'arr√™ter. Le gars a jet√© un Ňďil et m'a dit qu'il pourrait s'en occuper dans la journ√©e. Alors je suis bon pour une journ√©e de tourisme forc√© dans cette petite ville.
La serveuse s'approche. Elle est d'une laideur à faire tourner le lait.

¬ę¬†M. Singer, Paul Singer¬†?¬†¬Ľ

Elle m'informe qu'il y a un appel t√©l√©phonique pour moi au bar. C'est bizarre. Personne ne sait que je suis ici. Et mon portable¬†? Je fouille les poches de mon blouson. Rien¬†! J'ai d√Ľ le laisser dans une des sacoches de ma moto.

¬ę¬†Paul Singer, j'√©coute¬†!

Faucheur Zero... Les Horlacanthes¬†!¬†¬Ľ

Cette voix m'est familière mais je n'arrive pas à la resituer.

¬ę¬†Vous √™tes¬†?
Je suis Contr√īle. Je ne suis pas ton ennemi. Je ne suis pas ton ami non plus. Mais je peux t'aider. Appelles-moi quand tu en auras besoin.
Je ne comprends pas. Pouvez-vous être un peu plus... explicite ?
Pense √† nos Chairs Disparues.¬†¬Ľ

OK. Ce doit √™tre une blague. Peut-√™tre un des gars du garage. Il aura su o√Ļ me trouver, il conna√ģt mon nom et aura voulu rigoler un bon coup. Je ne rel√®ve pas. Mon caf√© m'attend. La serveuse n'est pas au bar. Elle n'est pas en terrasse non plus. Je m'installe et finis mon caf√©. Je ne le remarque pas tout de suite mais... il n'y a personne. Personne n'est pass√© l√† depuis un bon moment et je n'ai pas revu la serveuse. Ce n'est pas tr√®s grave, ma consommation est d√©j√† pay√©e. Mais personne dans les rues, pas le moindre bruit de voiture, c'est d√©j√† plus √©trange. Je me l√®ve et m'en vais sans laisser de pourboire.
Je prends le chemin du garage et je ne croise personne dans les rues. Par moment, j'ai envie de me mettre √† crier ¬ę¬†Il y a quelqu'un¬†?¬†¬Ľ mais je ne le fais pas. Ce serait ridicule, non¬†? Et tout d'un coup, je me sens mal, tr√®s mal. Ce n'est pas seulement de l'angoisse ou de la peur. Cette situation est stressante, c'est s√Ľr, mais il y a autre chose et je ne sais pas quoi. Je suis seul mais... je ne le suis pas...
J'entends quelque chose derri√®re moi. Je me retourne. Qu'est-ce que c'est que √ßa¬†? √áa se tient debout et √ßa rampe en m√™me temps. C'est ros√Ętre, gris√Ętre. C'est de la chair malade. Je reconnais des membres humains, des mains, des pieds. Et des t√™tes¬†! Et UNE t√™te¬†! On dirait la serveuse du caf√©. La moche. Et l√†, c'est pire encore. Qu'est-ce que c'est que √ßa¬†? Si c'est un costume d'Halloween, c'est le plus atrocement r√©aliste que j'ai jamais vu. Avec prudence quand m√™me, je m'approche. La chose, la serveuse¬†?, semble ne porter aucun v√™tement. Elle avance vers moi, moiti√© marchant, moiti√© rampant. Je ne sais pas en quoi peut √™tre fait ce costume. De la mousse de polystyr√®ne, un truc expans√©, du plastique, je ne sais pas mais c'est hyper r√©aliste en tous cas. Saisissant¬†! Le top du cosplay¬†!
Ce truc doit être hyper lourd à porter. Elle (?) se redresse péniblement. De toute sa hauteur, elle est plus grande que moi. Et pourtant, je fais un bon mètre 85 ! Et, de plusieurs appendices ressemblant à des bras jaillissent plusieurs lames semblables à des faux !

Faucheur Zero ?

OK, on ne joue plus. Je me casse en courant¬†! Vu sa masse, semer ce truc n'est pas compliqu√© mais... je ne veux pas penser √† celui ou celle qui va croiser sa route¬†! Je cours jusqu‚Äôau garage. Je veux r√©cup√©rer ma moto. Et conna√ģtre le fin mot de cette sale blague. Il ne me faut pas longtemps pour me retrouver devant le garage. Il n'y a personne. J'appelle. Rien. Ma moto est l√†. Et, √©videmment, elle ne d√©marre pas. Je cherche mon t√©l√©phone mais je ne le trouve dans aucune des deux sacoches.
Je vais au comptoir. Toujours personne à l'horizon mais un téléphone. J'appelle chez moi.

¬ę¬†Contr√īle, j'√©coute¬†!
Qu'est-ce que c'est que cette blague ? Vous vous foutez de moi ou quoi ?
Non ! Ce ceci n'est pas un jeu.
Qu'est-ce qui se passe ici¬†? O√Ļ sont les gens¬†? Pourquoi il n'y a personne dans les rues¬†? Et c'est quoi ce truc, l√†¬†?
Ne le prends pas sur ce ton. Je ne suis pas ton ennemi, mais je ne suis pas ton ami, non plus. Tu vas devoir t'en sortir mais tu n'es pas seul. Tu peux compter sur moi, mais...
Mais quoi ?
Reviens sur tes pas...¬†¬Ľ

Et il a raccroch√©. Revenir sur mes pas¬†? Retourner dans la rue o√Ļ j'ai vu ce truc¬†? Pas tr√®s motivant mais... pourquoi pas apr√®s tout. Ce n'est pas un jeu mais ai-je d'autres choix que de le jouer¬†?
Dehors, les rues sont toujours vides et un épais brouillard est tombé d'un coup. La température est tombée, elle aussi.

√áa me rappelle cette randonn√©e qu'on avait faite entre potes. C'√©tait il y a longtemps. On √©tait huit et il y avait des filles. Il s'agissait entre autres de les impressionner, de leur montrer qu'on savait se d√©brouiller dans la nature et tout. Mais nous avions march√© moins vite que pr√©vu et la nuit, et la temp√©rature, √©taient tomb√©es avant que nous n'ayons atteint le g√ģte d'√©tape. Nous n'√©tions pas assez couverts. Tout le monde commen√ßait √† √™tre fatigu√©. L'ambiance √©tait devenue tendue. Le silence qui r√©gnait √©tait √† couper au couteau. Je me souviens clairement avoir pens√© que le premier d'entre nous qui l'ouvrirait dirait une √©norme connerie qui non seulement plomberait l'ambiance mais risquait m√™me de g√Ęcher la suite du s√©jour. Et je ne voulais pas que ce soit moi. Alors, je ne disais rien alors m√™me que j'en avais vraiment marre de marcher dans le noir et le froid et que j'en avais marre d'entendre les autres geindre.
Alors, pour me changer les idées, je pensais à autre chose. J'essayais en tout cas. En fait, je sais que j'avais clairement en tête que j'avais voté pour cette randonnée parce que j'ai peur de la mer. Je n'ai pas peur de l'eau. J'ai peur de la mer. Je ne sais pas si c'est le syndrome des Dents de la Mer et la peur d'être dévoré par un requin ou si c'est quelque chose de plus freudien mais je déteste la mer. Je me forçais à garder ça en tête. Ça m'aidait à mettre un pied devant l'autre.
Et mes pens√©es s'envolaient. Je n'√©tais plus vraiment l√†. J'√©tais, je suis, dans une caverne. Il fait sombre et humide. Je n'y vois quasiment rien. Pourtant, sur une paroi, je vois de quoi accrocher un flambeau. Je r√™vasse. C'est bizarre comme r√™verie. Ce doit √™tre √† cause de la fatigue. Mais √ßa me permet de mettre de la distance justement. Et soudain, on m'agrippe par l'√©paule. Je me retourne et mon regard se fixe sur un Ňďil trop maquill√©. Marcy¬†! Qu'est-ce qu'elle me veut¬†? Elle sourit. Elle m'explique gentiment que j'√©tais en train de m'endormir et que j'ai failli tomber. Les autres ricanent et me traitent de somnambule. Je suis fatigu√©, √©nerv√©, je les envoie pa√ģtre. Marcy tente de calmer le jeu. J'en remets une couche et fais allusion √† la couche de maquillage dont elle s'est tartin√©e le visage et qui la fait ressembler √† un Ňďuf de P√Ęques.
Et voilà, je l'ai fait. J'ai ouvert ma gueule et j'ai plombé l'ambiance...

Pourquoi me souvenir de √ßa maintenant¬†? Marcy... Ce n'est pas qu'elle √©tait moche mais... elle ne me plaisait pas. Cette randonn√©e avait √©t√© organis√©e, aussi, pour cr√©er quelques couples si c'√©tait possible. Mais celui-l√† ne pouvait pas fonctionner, c'est comme √ßa. Apr√®s, OK, j'ai peut-√™tre √©t√© inutilement blessant mais j'√©tais crev√© et c'√©tait peut-√™tre pas la peine de m'en vouloir comme √ßa au point de tirer la tronche √† toutes les soir√©es entre potes o√Ļ on se croisait.
Et maintenant, o√Ļ suis-je¬†?
Toluca Cemetary, indique le panneau. Mes pas m'ont finalement ramené près du lac. Mais pas au café. C'est peut-être aussi bien. Mais un cimetière... Est-ce vraiment mieux ?
Un éclat, un reflet, attire mon attention un peu plus loin. Merde ! Il y a du monde dans le cimetière ! Un homme et une femme. Elle a un couteau de cuisine et s'apprête à poignarder l'homme qui lui fait face. Je crie ! Les deux se figent mais aucun ne se retourne vers moi. La femme ne veut pas perdre sa proie des yeux et lui... c'est un peu la même chose. Je cours vers eux, espérant que la femme ne commettra pas l'irréparable.
C'est un peu surréaliste mais j'ai l'impression qu'ils m'ont attendu. L'homme est on ne peut plus fébrile. Il tremble. La femme est d'un calme olympien, impassible. Je la regarde et la trouve sale... et grosse aussi. De près, on dirait une grosse baleine dégueulasse. Un amas de chair gluant et armé d'une lame... Faucheur Zero ?
Et là, j'ai peur que ça parte en sucette.
Et j'ai raison d'avoir peur.
Ça part en sucette !
La grosse se retourne vers moi. L'homme reste immobile, tremblant. Il se borne à tourner lentement la tête vers moi. Il se mord les lèvres. Et elle lève son couteau dans ma direction. Gênée par sa propre graisse, ses mouvements sont maladroits. Je pourrais m'enfuir mais...
Je lui enfonce mon poing dans la figure !
Et mon poing s'enfonce et s'enfonce et s'enfonce dans sa chair. Elle va m'avaler si je ne fais rien ! Je tente de retirer mon poing de sa face. Mais ça ne va pas tout seul. Elle mord et j'y laisse de la viande. Je regarde mon poing en sang et aperçoit la lame s'abattre.
Je hurle alors que le couteau s'enfonce dans mon √©paule. Je tourne la t√™te vers l'homme, toujours immobile √† se mordre les l√®vres. Je donne un coup de pied √† cette folle. L'effort fait saigner ma blessure mais elle me l√Ęche. Je ne veux pas en savoir plus. Je m'enfuis en courant.
Mon cŇďur bat √† tout rompre. Mon √©paule me fait atrocement mal. J'ai besoin d'aide, de soin. Et cette putain de ville est toujours d√©serte. Sur qui puis-je compter ici¬†? Personne¬†! Si, lui. Contr√īle. Il me faut un t√©l√©phone.

Blue Creek Apartments. Je ne m'attends pas √† y trouver qui que ce soit. Cette ville est d√©serte et il n'y tra√ģne plus que des psychopathes... et moi. Mais au moins je devrais y trouver un t√©l√©phone. Le hall d'entr√©e est mal entretenu. Il y a de la poussi√®re. Les murs sont ab√ģm√©s par l'humidit√©. √áa sent mauvais. Par acquis de conscience, je frappe √† une porte. √Čvidemment, pas de r√©ponse. Je tente d'ouvrir la porte et, √† ma propre surprise, elle s'ouvre.

Je ne m'attends pas à trouver qui que ce soit mais j'appelle quand même. Et effectivement, personne ne me répond. Pour autant, j'ai l'impression qu'il y avait quelqu'un il y a peu. Il y a des vêtements un peu partout, de la vaisselle dans l'évier. Peut-être que si j'attendais...
Je trouve le téléphone.

¬ę¬†All√ī, Contr√īle¬†? J'ai besoin d'aide...
Ah bon ?
Oui, je ne comprends rien à ce qu'il se passe. Cette ville. Elle est déserte. Il n'y a que des monstres ou des grosses folles psychopathes.
Elle est déserte ou il y a des monstres ? Sois précis !
OK, euh oui pardon. Elle est quasiment déserte. Et les seules personnes que j'ai rencontrées sont soit des monstres soit des psychopathes qui ont essayé de me tuer. J'ai pris un coup de couteau à l'épaule et il faut qu'un médecin s'en occupe.
Vas √† l'h√īpital alors.
Oui, mais euh... est-ce qu'il y aura quelqu'un là-bas ?
Tu le sauras en y allant ! Que veux-tu de plus ?
Euh... je ne sais pas. Je voudrais comprendre. Ce n'est pas normal... cette situation... C'est insensé.
Si tu veux comprendre, commences par te poser les bonnes questions. Et non, ce n'est pas insens√©¬†! Il y a du sens. Mais c'est √† toi de le trouver¬†! R√©fl√©chis, Paul. Et en parlant de r√©fl√©chir, t'es tu seulement regard√© dans la glace¬†?¬†¬Ľ

Et je suis rest√© l√†, interdit, le combin√© √† la main alors que Contr√īle venait de me raccrocher au nez.
Dans la salle de bain, je cherche de quoi nettoyer ma plaie. On dirait que ça ne saigne plus, c'est toujours ça de pris. Rien ! Pas d'alcool, pas de pansement. Au moins, il y a l'eau courante mais est-ce que je ne vais pas choper une infection ? L'eau est tout sauf transparente. On dirait de la rouille.
Et j'ai eu un nouveau choc quand je me suis regardé dans la glace. Je ne me suis pas reconnu. J'avais pris, combien ? 20 ? 30 kilos ? J'étais devenu une horrible baleine. Comme l'autre folle. Comment c'était possible alors que je n'avais rien avalé depuis... le café sur le bord de Toluca Lake. Ça n'a aucun sens !
Pourtant, Contr√īle m'a dit de me regarder dans la glace et de r√©fl√©chir. Il a dit que tout √ßa avait du sens et que je devais me poser des questions. Mais quelles questions me poser¬†? Par o√Ļ commencer¬†? Une question s'impose. Pourquoi moi¬†? Qu'est-ce que j'ai fait pour m√©riter √ßa¬†? Rien¬†! J'ai rien fait pour m√©riter √ßa. Je regarde autour de moi. La d√©co a chang√©. Pas en bien. Les murs sont devenus rouges. Rouge sang¬†! Ils ont une dr√īle de texture, d√©go√Ľtante, molle, comme de la... graisse. Mes doigts s'enfoncent dedans quand je les touche. Je sors de la salle de bain mais j'ai du mal √† me d√©placer avec toute cette graisse. Comment c'est possible de grossir comme √ßa en un clin d‚ÄôŇďil¬†? Cette chair m'encombre. J'√©touffe. J'ai mal. Je ne me sens pas bien et... je me sens moche¬†!
Je me dandine grotesquement jusqu'au salon. Quelqu'un se tient là, debout. Quelqu'un ou quelque chose. Encore un monstre. Ce truc fait plus de deux mètres de haut. Il a sur les épaules une sorte de cape faite d'un tissu moisi et troué. Son visage, sa tête... ce sont des plaques d'os. Au fond de ses orbites, ses yeux sont noirs. Ses bras - ses quatre bras ! - se terminent par des griffes acérées. Il me fixe et, avec une diction impeccable, il me dit :

¬ę¬†Il va falloir faire fondre cette chair.¬†¬Ľ

Et je me mets à courir aussi vite que je peux.
Je me pr√©cipite dans le couloir, je fonce vers la porte d'entr√©e de l'immeuble. Mon cŇďur bat √† plus de 100 √† l'heure. Il va exploser¬†! Une fois dehors, je suis de nouveau dans le brouillard. L'immeuble derri√®re moi a repris son apparence normale. Je regarde mes mains et ce ne sont plus ces horribles saucisses. Le trop plein de chair a disparu. J'ai repris mon apparence normale.
J'ai peur.
Je dois aller √† l'h√īpital.

Ma blessure ne saigne plus et ne me lance pas trop. Mais je dois quand même montrer ça à un médecin, ne serait-ce que pour éviter tout risque d'infection. Les rues sont toujours aussi désertes. Le brouillard est toujours aussi épais mais j'arrive à me repérer et trouve assez facilement l'Alchemilla Hospital. Mais vu sa façade, je me demande s'il est encore en activité.
√Ä l'int√©rieur, je n'entends pas un bruit. Il n'y a personne. J'appelle. Rien¬†! L'endroit semble abandonn√© mais il y a du mat√©riel qui tra√ģne √ßa et l√†. Peut-√™tre qu'en fouillant un peu je trouverais de quoi nettoyer ma plaie. √Ä d√©faut de trouver un m√©decin comp√©tent. √Ä tout hasard, je jette un Ňďil sur le comptoir de l'accueil. J'y cherche un t√©l√©phone qui me permettrait de contacter Contr√īle mais... rien.
Je passe derri√®re le comptoir √† la recherche d'un plan ou de quoique ce soit qui me permettra de trouver l√† o√Ļ le personnel stockait son mat√©riel. Et si j'en crois le document que je viens de trouver, je dois me rendre au 4√®. Maintenant, reste √† savoir si l'ascenseur fonctionne encore.
Merde¬†! Les portes se referment. La lumi√®re s'√©teint et la cage ne bouge pas. Je tente d'ouvrir les portes. Je parviens √† les entrouvrir mais il m'en co√Ľte. Je me faufile √† travers l'√©troite ouverture. Heureusement que j'ai retrouv√© ma silhouette normale. Si j'√©tais rest√© aussi gros que tout √† l'heure, j'aurais √©t√© pi√©g√© ici pour un bon moment.
Par contre, il s'est pass√© quelque chose. Je ne suis pas dans le couloir par lequel je suis entr√©. OK, je respire un grand coup. Je ne devrais plus me prendre la t√™te avec ce genre de ¬ę¬†d√©tails¬†¬Ľ. D'apr√®s Contr√īle, tout √ßa a du sens. Je finirai bien par trouver lequel.
Ce long couloir a son mur gauche enti√®rement constitu√© d'un gigantesque miroir. L√†, tout y est r√©fl√©chi √† l'identique, sauf moi¬†! Ce n'est pas moi dans le reflet. C'est... Marcy¬†? Et elle est... grosse¬†! Non, elle n'√©tait pas grosse comme √ßa dans mon souvenir. Je fais un pas en avant et elle avance aussi. Je fixe son regard. Elle d√©tourne les yeux. Elle me regarde par en-dessous et je lis de la haine dans son regard. Elle me hait, pourquoi¬†? Parce que je l'ai repouss√©e¬†? Hey¬†! Je ne suis pas oblig√© d'aimer tout le monde, si¬†? C'est pas ma faute si elle ne me pla√ģt pas¬†!
Je ne formule pas ces pens√©es √† haute voix mais pourtant elle se met √† pleurer. Par r√©flexe, je tends le bras vers elle. Elle ne me pla√ģt pas mais je ne la d√©teste pas. Ma main touche le miroir. Ma main est paume contre paume avec la sienne. Le miroir nous s√©pare. Sinc√®rement, je veux bien faire quelque chose pour qu'elle arr√™te de pleurer mais ce miroir m'en emp√™che. Je continue de la regarder et pense aux mots de Contr√īle. R√©fl√©chir, les Chairs Disparues... peut-√™tre qu'elle √©tait grosse avant que je la connaisse. Peut-√™tre que refuser ses avances a fait remonter des choses et l'a rendue plus triste que je ne l'aurais imagin√©¬†? R√©fl√©chir, le miroir... Peut-√™tre que je l'ai repouss√©e certes parce qu' elle ne me pla√ģt pas mais aussi parce qu'elle me ¬ę¬†renvoie¬†¬Ľ quelque chose de d√©sagr√©able, qu'elle me force √† r√©fl√©chir, √† voir en face quelque chose de moche chez... moi¬†?
Je me sens alors cruel et superficiel. Je ne connais pas le pass√© de Marcy mais peut-√™tre que dans le pass√© elle a √©t√© grosse et qu'elle en a souffert. Peut-√™tre que √ßa lui a co√Ľt√© de gros efforts pour perdre du poids ‚Äď cette Chair Disparue ‚Äď et moi... je me suis comport√© comme un connard. Je n'ai pris aucun gant pour lui signifier que je n'√©tais pas int√©ress√©, que je ne la trouvais pas √† mon go√Ľt et que, finalement, tous ses efforts n'avaient servi √† rien.
Je d√©tache ma main du miroir. Je dois trouver un t√©l√©phone et demander √† Contr√īle si c'est bien √ßa. Si oui, je dois trouver Marcy et m'excuser. C'est √ßa, hein¬†? √áa me fera quitter cette ville pourrie, hein¬†? Ouais, c'est √ßa¬†! Je pr√©sente mes excuses et quitte Silent Hill pour aller faire la f√™te √† Noisy Valley, h√©¬†!
Et Marcy l√®ve les yeux vers moi. Son expression a chang√©. Elle a l'air r√©jouie, s√Ľre d'elle. C'est √ßa¬†? J'ai trouv√© la cl√© de cette putain d'√©nigme¬†? J'ai un doute. Son image change de l'autre c√īt√© du miroir. Elle devient floue. Elle grossit √† toute vitesse. Elle tape du plat des mains contre le miroir qui se met √† trembler. OK, je ne vais pas attendre l√† les bras ballants. Je me tire en courant¬†!
Mais je n'ai pas le temps de retourner à l'ascenseur que le miroir vole en éclats. Et Marcy, qui ne cesse de grossir, court après moi. Elle pose une patte difforme sur mon épaule blessée et je pousse un cri. Elle serre fort. Je défaille. Je manque de tomber mais c'est elle qui me tient debout. Mais ma vue se brouille sous l'effet de la douleur. Tout devient noir.

Je ne suis pas un mec parfait. Mais je ne suis pas non plus le plus mauvais. Il y a pire, nettement pire. J'ai quand m√™me fait des trucs bien dans ma vie. Je ne suis pas un connard √©go√Įste et superficiel. Pas tout le temps. Des fois, oui. Mais pas tout le temps. Je suis aussi un mec bien des fois.
Ce cauchemar semble me reprocher d'être superficiel parce que j'accorde de l'importance à l'apparence des gens mais je suis aussi sensible à la beauté des choses, de la nature en général. Et ça, c'est vrai, c'est sincère. C'est pour ça aussi que j'avais voté pour cette randonnée en montagne. Parce que j'aime cette beauté, cette perfection de la nature. C'est rassérénant, rassurant. C'est beau. C'est dans des endroits comme ça qu'on peut vivre des moments parfaits. Et c'est ce genre de moments que je voulais partager avec mes amis. Est-ce que ça fait de moi un salopard ?
Mais il a fallu que tout soit g√Ęch√© par ces tra√ģnards qui nous ont fait arriver en retard au g√ģte¬†! Que tout soit g√Ęch√© par Marcy qui me demande plus que je n'√©tais dispos√© √† lui donner¬†! Merde¬†! Ce moment aurait pu, aurait d√Ľ √™tre parfait et ces cons ont tout g√Ęch√©¬†! Et moi... j'ai tout g√Ęch√© en perdant mon calme. Je n'aurais pas d√Ľ m'√©nerver comme √ßa. Je n'aurais pas d√Ľ envoyer pa√ģtre tout le monde, je n'aurais pas d√Ľ tirer la gueule et j'aurais d√Ľ √™tre plus cool avec Marcy.
Je ne suis pas un mec parfait. Mais je ne suis pas non plus le plus mauvais. Il y a pire, nettement pire. Mais des fois, je peux être un connard...

Et maintenant ?

Je me r√©veille... √† l'h√īpital. Je suis dans une chambre, allong√© sur un lit. Je suis toujours √† Silent Hill. Les murs sont d√©go√Ľtants et suintants. Je vois le brouillard √† travers la fen√™tre. On dirait que mon¬†mea culpa¬†n'a pas suffi. Mais bordel¬†! Qu'est-ce que cette ville veut de plus¬†?
Je me l√®ve et regarde ma blessure. Elle ne s'est pas nettoy√©e toute seule mais la douleur s‚Äôatt√©nue. Je vais pour sortir de la chambre. Elle s'entr'ouvre mais quelque chose bloque derri√®re. Je pousse, je force. Les vibrations remontent jusqu'√† mon √©paule et me causent une douleur difficilement soutenable. L'espace d'un instant, ma vue se brouille. Je glisse par terre, m'adosse au mur et reprends lentement ma respiration. Je sens mon cŇďur ralentir, la douleur pulser un peu moins. Mais, je le sais bien, √ßa ne suffira pas. L'espace d'un instant, j'ai peur d'√™tre coinc√© dans cette chambre jusqu‚Äô√† la fin de mes jours.
Je repense √† Contr√īle. Il n'est ni mon ami ni mon ennemi. Je ne sais pas d'o√Ļ il sort celui-l√†. Il m'a dit de r√©fl√©chir. Il m'a mis en garde contre le Faucheur Zero et les Horlacanthes. Il a parl√© des Chairs Disparues. Ces mots et ces id√©es tournent en boucle dans ma t√™te. Je les laisse faire. Je n'ai plus que √ßa √† faire de toute fa√ßon.
Ces mots et ces id√©es, je tente malgr√© moi de les attraper, de les assembler, d'en faire quelque chose qui a du sens. Je pense √† la montagne, √† cette beaut√© que j'esp√®re revoir un jour. J'ai peur. J'ai peur de ne pas y arriver. Pas seulement arriver √† sortir de cette chambre et de cette ville pourrie. J'ai peur de ne pas y arriver... tout court. De ne pas arriver √† faire face. De perdre le contr√īle. Est-ce cela que m'ont renvoy√© Marcy et les autres¬†? Tout ne s'est pas pass√© comme pr√©vu et moi... j'ai p√©t√© un plomb. J'avais envie que tout soit parfait, que tout se passe comme pr√©vu parce que... je g√®re. La situation est sous contr√īle, son MON contr√īle. Il ne peut rien m'arriver. Je g√®re. Je contr√īle. Contr√īle¬†? L√Ęcher prise. C'est √ßa ma difficult√©¬†? L√Ęcher prise¬†? Accepter de ne pas tout contr√īler, jusqu'√† mon propre corps et mon propre esprit que je contr√īle. Je contr√īle mon esprit, je lui rends son calme et sa tranquillit√© quand je suis en montagne, l√† o√Ļ tout est majestueux et... fig√©. Pas comme la mer, toujours anim√©e, en mouvement, d√©cha√ģn√©e et... incontr√īlable. Le corps, c'est son absence de contr√īle qui a fait de Marcy une grosse. Et c'est d'avoir r√©cup√©r√© le contr√īle qui lui a fait perdre du poids. Mais ai-je raison de voir les choses ainsi¬†? Contr√īle m'a dit de r√©fl√©chir. Le miroir. Le miroir me renvoie une image. Il projette. Mais l√†, c'est moi qui projette des choses. Je ne sais rien du pass√©, des pens√©es profondes et intimes des uns et des autres. C'est moi qui projette sur eux ma perception de cette notion de contr√īle parce que... j'ai envie d'y voir confirmer que moi je contr√īle.
Je dois en finir avec √ßa. Je dois apprendre √† l√Ęcher prise, accepter de ne pas tout contr√īler, que tout ne soit pas parfait et... que ce n'est pas grave.
Et je dois trouver un moyen de sortir d'ici.

La douleur, l'ennui, le temps qui passe... J'avais fini par somnoler, puis m'endormir quand je fus r√©veill√© par une sir√®ne, comme celle qui annonce la fin du boulot √† l'usine ou un bombardement imminent. Je sursautais et me rendis compte que je n'√©tais plus √† l'h√īpital. Je n'√©tais plus dans une chambre. Je ne sais pas comment mais je m'√©tais retrouv√© dehors, dans la for√™t.
Le brouillard est toujours l√†, omnipr√©sent. Il fait presque nuit et je n'y vois quasiment rien. Je me sens mal, fi√©vreux. √áa pulse douloureusement dans mon √©paule. √Ä force de ne pas √™tre soign√©, √ßa a d√Ľ s'infecter. Maintenant, chaque pas est difficile. Je transpire. Je respire mal. Mes pas me guident tant bien que mal vers un b√Ętiment en ruine. Ce qui reste de la structure est en acier. Il y a aussi des √©clats de verre. Mais tout est envahi par la v√©g√©tation. Il y a des tubes qui pendent de ce qui a √©t√© le plafond. √Ä l'int√©rieur, il y a des traces de fluides s√©ch√©s. Certaines sont marrons, d'autres jaun√Ętres. Je ne reconnais rien. Je suis litt√©ralement dans le brouillard. Non loin, j'entends un hibou hululer. Je me retourne dans la direction et voit l'oiseau se poser sur l'√©paule de cette chose que j'ai vu dans l'appartement, √† Silent Hill. Cette t√™te en plaque d'os et ces quatre bras.
Nous nous regardons sans bouger. J'ai peur que si j'esquisse le moindre geste il ne jette sur moi et me tue. Si je ne fais rien, il me tuera aussi certainement. Je me sens √† bout, au bout du chemin. J'ai fait ce que m'a dit Contr√īle, j'ai r√©fl√©chi et j'ai fait mon¬†mea culpa. Mais √ßa ne suffit pas, hein¬†? √áa ne TE suffit pas¬†? Toi, tu es l√† pour autre chose. Pourquoi¬†?

¬ę¬†Mais qu'est-ce que tu me veux, bordel¬†?!!¬†¬Ľ

Sur son épaule, le hibou déploie ses ailes, pousse un long hululement et s'envole. La chose me fixe de ses yeux noirs et me dit d'une voix claire et douce :

¬ę¬†Je suis le futur.¬†¬Ľ

Et une faux appara√ģt entre ses mains. Je cours, malgr√© la douleur.
Je n'ai que le temps de faire que quelques pas que je sens la lame s'enfoncer dans mon dos. Je la vois nettement ressortir par ma poitrine. La douleur fulgurante me fait prendre conscience de l'exacte position de mon poumon droit. Je sens la lame qui le transperce. Je vois le sang sur la lame.
Je vais mourir. En vérité, je suis déjà mort. Je suis mort depuis que j'ai mis les pieds à Silent Hill. Je suis même peut-être mort avant d'arriver. En vérité, je ne sais pas quand ni de quoi je suis mort. Je suis mort, c'est tout.
Que dira-t-on de moi¬†? Il n'√©tait pas un mec parfait. Mais il n'√©tait pas non plus le plus mauvais. Il y a pire, nettement pire. Il a quand m√™me fait des trucs bien dans sa vie. C'√©tait pas un connard √©go√Įste et superficiel. Pas tout le temps. Des fois, oui. Mais pas tout le temps. C'√©tait aussi un mec bien des fois.


GAME OVER



Réponse de Thomas :

A. "Ce n'est pas un jeu mais ai-je d'autres choix que de le jouer ?" Dur d'être un PJ...

B. Intéressant le chassé-croisé temporel. Je suppose qu'on aurait pu affiner en faisant littéralement passer le personnage d'une époque à une autre en emprunter certains passages (il y a avait un truc à faire avec le miroir).

C. Je me dis qu'à partir de cette expérience d'horreur urbain, tu pourrais avoir envie de tester S'échapper des Faubourgs... Mais je ne sais pas trop comment retranscrire le jeu en solo...

D. Le final joué avec Bois-Saule permet réellement une invasion de Silent Hill par Millevaux...

E. J'ai l'impression que c'est le plus littéraire de tes solos... C'est vraiment écrit comme une nouvelle !


Réponse de Damien :

A, c'est le pti clin d'oeil. le jdr est un jeu, Silent Hill est un jeu mais pour le PJ c'est du sérieux ^^

B, oui c'est parfois ce qui est un peu frustrant dans le jdr justement. il y a plein de pistes qui se dégagent mais une qui s'impose et si ce n'est pas une fausse piste... et bien on finit le scenar sans avoir pu creuser les autres. si cela avait une nouvelle ou un roman, là, c'est clair que certains éléments auraient soit disparus soit été approfondis justement.

C-oui, celui-l√† aussi je l'ai vu mais, j'avoues, pas eu le temps de mettre le nez dedans ? un √©tage de plus √† la pile √† lire ^^ vivement le ch√īmage XD

D-Bois Saule est quand m√™me vachement pratique pour ce genre de situation. il permet d'introduire des √©l√©ments typiquement millevaliens gr√Ęce √† toutes ses entr√©es concernant lieux et cr√©atures etc et avec un syst√®me de r√®gles ultra light qui ne contredit pas celui que je peux avoir utilis√© pour le d√©but du sc√©nar. et j'aime d√©finitivement cette id√©e de Millevaux comme une maladie qui se r√©pand de monde en monde pour les corrompre. l√†, j'aimerais alterner des sc√©nars dans des mondes menac√©s par Millevaux avec des sc√©nars qui se situeraient dans Millevaux ou un monde d√©j√† bien contamin√©. je verrais bien comment √ßa se passe ^^

E-je ne sais pas si c'est le CR le plus littéraire (surtout que ce sont toujours des 1er jets non retouchés) mais c'est vrai que celui-là a été particulièrement "bizarre " à jouer. je joue à Silent Hill dans la perspective du 2, donc très introspectif. Silent Hill dans ses différentes versions sont des produits et des versions du "problème" du PJ et là ça a vraiment une tournure non seulement pas prévue à l'origine mais finalement réellement introspective. Peut-être le plus introspectif de tous mes CR pour le coup.


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#54 26 May 2021 09:29

Thomas Munier
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

SOLITUDES CROIS√ČES

Suite de la campagne Millevaux Mantra. Quand l’errance de vagabonds désespérés ne finit jamais par se rencontrer. Un récit et une partie enregistrée par Claude Féry

(temps de lecture : 3 min ; temps d'écoute : 2h53)

Session jouée le 31/08/19

Le jeu : La St√®le au cŇďur des plaines, un jeu de r√īle d'errance post-sovi√©tique par C√īme Martin

Lire / télécharger partie 1 (1h40)
Lire / télécharger partie 2 (1h13)

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alex yosisof, cc-by-nc-sa

Les photos suivantes sont de Claude Féry, par courtoisie.


L'histoire :

La session proposée cet après-midi était comme trop souvent un peu trop ambitieuse.
J'envisageai une plong√©e dans Millevaux Mantra suivie d'une s√©quence de la St√®le au cŇďur des plaines.
La premi√®re partie de la session a consist√© en la plong√©e dans un puits aux √Ęmes pour √©chapper √† une menace surgie dans leur Millevaux, vue successivement par chacun des personnages.

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La seconde a consisté à envisager l'émergence dans un nouveau monde sous la teinte de Millevolodine.
Sur ce point nous avons plongé chacun dans nos turpitudes sans parvenir réellement à croiser nos préoccupations.
Les autres joueuses ont été très créatives.
Elles ressortent satisfaites de la session.
Merci C√īme pour cet excellent jeu

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R√©ponse de C√īme Martin :

Merci à toi d'y avoir fait jouer !

Claude :

Afin de livrer un commentaire un peu plus √©toff√© sur notre r√©ception de ta cr√©ation, C√īme, je dois pr√©ciser que nous n'avons pas l'habitude, √† ma table, de l'offre de partage d'autorit√© narrative que propose Inflorenza.

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Aussi, après une première lecture par mes soins, et une relecture individuelle par chacune des joueuses des cartons d'instructions, nous avons commencé (après avoir toutefois convenu que nos personnages seraient ceux que jouions dans la session précédente, contaminés par une Russie fantasmées post atomique) à évoquer des errances parallèles quoique menées de concert.
J'ai pris la première instance avec un figurant croisé auparavant, Anatole, devenu pour les besoins de la cause Anatoli Kameniev.

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Et d'emblée, sur les suggestions des cartons d'instructions, le ton s'est affirmé sur un mode désespéré.
Ma contribution, un peu longue a probablement plombé l'ambiance. Et chacune des instances suivantes avait une teinte de souffrance et d'espoir absent.
Chacun est demeuré dans sa souffrance, sans que nous nous rencontrions, même si nous intégrions les apports des autres joueuses.

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Cela tient également à l'intensité avec laquelle nous recevions, ce que nous pourrions qualifier comme confidences, de nos compagnes de voyage.
De fait, notre cheminement aurait pu √™tre Solitude auquel on adjoint le pluriel, Solitudes donc, pour reconna√ģtre nos efforts de conjugaison.

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Même si nous avons raté le coche, le ressenti autour de la table était très positif.
Beaucoup d'émotions et de plaisir éprouvé à la découverte de ce cheminement dans les plaines. A cet égard, Gabrielle et Alexane ont souligné la force évocatrice des cartons de décor.

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Thomas :

Merci beaucoup pour ce retour ! J'ai quelques questions :
A. Y aura-t-il un enregistrement audio ?
B. Tu pr√©cises que votre table n'est pas habitu√©e √† la narration partag√©e d'Inflorenza. J'aimerais pr√©ciser deux choses : Inflorenza dispose aussi d'un mode avec MJ si besoin. Et La St√®le au Coeur des Plaines est un jeu √† part, ce n'est pas un th√©√Ętre pour Inflorenza. M√™me si Inflorenza dispose d√©sormais d'un th√©√Ętre, Millevolodine, √† l'ambiance tr√®s proche et qui, il me semble, cite La St√®le au Coeur des Plaines dans ces inspirations. Mais je pense que tu sais cela puisque je n'ai pas l'impression que vous ayez utilis√© les r√®gles d'Inflorenza. Avez-vous utilis√© les √©l√©ments du th√©√Ętre Millevolodine ?

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C. La St√®le au Coeur des Plaines propose de jouer les relations entre personnages, mais, √† mon humble avis, n'est pas vraiment outill√© pour (les cartes aidant surtout √† d√©crire des d√©cors et des rencontres avec des figurants). Partant de l√†, je ne suis pas √©tonn√© que vous ayez obtenu un r√©cit de solitudes crois√©es. Je me demande ce que @C√īme pr√©f√®re comme r√©sultat au final. Les solitudes crois√©es, √ßa peut √™tre bien aussi.

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Claude :

A. Oui il y a un témoignage audio, mais j'hésite encore à le diffuser, à savoir est il pertinent au regard du jeu.
B. Je me référais à l'offre de jeu d'inflorenza, considérant, après la mise en jeu qu'il devrait y avoir un plus grand niveau d échange au sein de chaque instance
B. nous avons lu le th√©√Ętre apr√®s la mise en jeu

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C√īme :

Oh moi tout me va, tant que les gens autour de la table sont contents ! J'ai tendance à penser que les relations entre personnages vont émerger naturellement, mais c'est vrai que ça demande peut-être un groupe rodé à ça. Cela dit, que ce soit par petites touches comme dans un film russe un peu lent c'est très bien !

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Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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#55 29 Jun 2021 09:25

Thomas Munier
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

DRAGONFLY MANTRA

Suite de la campagne multivers, o√Ļ un passage dans le Qu√©bec hant√© de Colonial Gothic entra√ģne une suite hallucin√©e avec pour moteur le jeu onirique Dragonfly Motel. Un enregistrement et un r√©cit par Claude F√©ry

(temps de lecture : 3 min, temps d'écoute : 32 min)

lire / télécharger le mp3

Joué le 21/09/2019

Le jeu : Dragonfly Motel, un jeu-mirage pour voyages imprudents

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Harry McGregor, cc-by-nc, sur flickr


Parties précédentes :

Solitudes Croisées
Suite de la campagne Millevaux Mantra avec le jeu La St√®le au CŇďur des Plaines. Quand l‚Äôerrance de vagabonds d√©sesp√©r√©s ne finit jamais par se rencontrer. Un r√©cit par Claude F√©ry

[+ une session Colonial Gothic dont je n'ai pas de trace]


L'histoire :

Cet après-midi nous avons joué la suite de notre campagne.
Lors de la derni√®re session nous nous √©tions arr√™t√© sur la d√©couverte d'un iroquois gisant au pieds d'un arbre √† viande noire aux c√īt√©s d'une jeune fille √©gar√©e dans les Mille-et-un vaux.
Nous n'√©tions que deux aussi avons nous choisi de jouer la suite sur le mode de Dragonfly Motel, version plume avec pour variation l'√ģle √† l'arbre √† viande noire en guise de Dragonfly Motel.
Ce fut une très belle expérience tant pour Alexane que pour moi-même.

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Réponse de Thomas :

Je n'aurais jamais pensé à jouer l’épisode d'une campagne avec Dragonfly Motel mais c'est une super idée ! Je vais écouter ça avec attention ! Y a-t-il eu un enregistrement de la session précédente, avec la découverte de l'iroquois ?


Commentaires de Thomas après écoute :

A. Le format (Dragonfly Motel , jeu sans MJ, jeu à deux) vous oblige à alterner deux vies croisées de personnages, deux monologues qui se répondent, c’est très intéressant comme forme.
B. Les h√©sitations verbales d‚ÄôAlexane co√Įncident bien avec l‚Äôamn√©sie de son personnage (elle a un super flow au demeurant)

Réponse de Claude :

A. Avant de débuter la session Alexane craignait que nous ne dialoguions pas, mais assez vite nos motifs sont entrés en résonance.
B. Elle s'est beaucoup investie. En retour elle était très émue et très heureuse de cette partie.
Elle m'a demandé à jouer sur le même mode lorsque nous jouerons en séance plénière

Thomas :
C. Comme je n'ai pas tout l'enregistrement, je voulais savoir : est-ce que toute la partie a été sur le même mode que le début (monologues croisés, personnages qui ne se rencontrent pas) ou est-ce qu'il y a eu plus d'échanges par la suite ?
D. Avez-vous eu le sentiment de jouer une partie typique de Dragonfly Motel  ?

Claude :

C. A la cinqui√®me instance nous sommes crois√©s. Pierre Esprit doute de ses souvenirs et h√©site √† reconna√ģtre en Marie sa jeune sŇďur tandis que celle ci consid√®re     Pierre comme un fant√īme. Tous deux rejoignent l'√ģlot et essuient les tirs des soldats fran√ßois qui les pourchassent.
C. Marie a interrog√© son fant√īme protecteur.

D. Oui et non. Ce qui a profond√©ment √©mue Alexane, c'est qu'au travers de cette introspection elle est parvenue √† √©prouver la d√©tresse √©motionnelle qu'elle a pr√™t√© √† son personnage. Oui encore dans la mesure o√Ļ ce personnage s'exprimait pour l'essentiel au regard de ses sentiments plus que de ses actions. Oui toujours dans la mesure ou le ton est demeur√© onirique.
Non dans la mesure o√Ļ j'ai investi un figurant qui plus est historique ext√©rieur au dispositif et qu'Alexane a questionn√© son personnage qui existait avant la session.
Oui enfin, car sans √©voquer une romance, impossible o√Ļ pas, √©cart√©e par les voiles d√©ploy√©s autour de la table, nous avons questionn√© ce que pourrait √™tre la fraternit√© rong√©e par l'√©loignement et le syndrome de l'oubli.



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DRAGONFLY MANTRA 2

Joué le 28/09/2019

Partie jouée avec Dragonfly Motel règles version plumes et deux papiers supplémentaires
Trois joueuses
Le Dragonfly Motel est la ville de Trois Rivières en Nouvelle France
Bande son Pri√®re Gabriel F√©ry the final sound the cure Bader Cocoon Christophe Petchenatz l'inconfort Za√Įre soundscape Nikongolo

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J'avais rédigé mes papiers avec Pierre Esprit en tête et je jouerai un donné

A l'issue de la partie Alexane et Xavier veulent jouer la suite de l'errance de leurs personnages, Samael et Marie, avec Sève, (demande de Xavier).

Ils regrettent tous les deux l'absence des deux grands mais sont très enthousiastes sur la partie jouée

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Réponse de Thomas :

A. Super ! Merci pour les photos qui permettent de se rendre compte de toute la richesse du dispositif.

B. Y a-t-il eu un enregistrement de la partie ?

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Auteur de Millevaux.
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#56 07 Jul 2021 16:02

Thomas Munier
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE PEUPLE DU MONOLITHE

Retour dans la cit√© am√©ricaine de Sturkeyville dans les ann√©es 20 pour un √©pisode lovecraftien  o√Ļ la menace de la contagion par Millevaux se fait de plus en plus pressante¬†! R√©cit d‚Äôune partie solo par Damien Lagauz√®re.

(temps de lecture : 34 min)

Cette partie fait suite à Sturkeyville 2

Ce solo a été joué avec Black Stars Rise, Arkham Noir, Muses & Oracles, Imagia, le jeu de cartes des Folies de l'Appel de Chtulhu, le Solo Investigator Handbook, Lovecraftesque, Bois-Saule,
les Vertiges Logiques et 1000 Years Old Vampire. 

Joué le 27/04/2019

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N_Yoder, cc-by-nc-nd, sur flickr


L’histoire:

Damon Haze, 40 ans, est reporter pour la gazette locale. Lewis Hatecroft, 44 ans, travaille √† la biblioth√®que. Le 1er est connu pour ses papiers √† la plume parfois assassine. Le 2nd, personne ne le sait, collectionne les ouvrages rares sur les sujets les plus vari√©s et le plus √©sot√©riques. Haze a d√©j√† d√Ľ faire face aux cons√©quences de ses actes litt√©raires. Aussi, par pr√©caution, il laisse toujours une copie de ses notes √† Dick Hive, un d√©tective priv√©. Il a aussi men√© une enqu√™te sur Hatecroft et, ayant d√©couvert son secret, a finalement choisi de ne rien en dire. Ils sont m√™me devenu amis et passent de longs moments √† discuter litt√©rature, occulte ou non. Hatecroft a d'autres amis, plus √©tranges. Ainsi, Angel Corso, qu'il n'a jamais rencontr√© et ne rencontrera peut-√™tre jamais, lui a fait don de son exemplaire du Peuple du Monolithe.

    Sturkeyville, 23 juillet 1937. un vieil homme est mort, personne ne sait comment. C'√©tait une figure du coin, m√™me si on le ne voyait plus beaucoup. Il vivait seul dans le manoir au sommet de la colline. La rumeur dit qu'il poss√©dait une collection de cr√©atures √©tranges conserv√©es dans des bocaux. Il n'en faut pas plus de ces deux myst√®res pour √©veiller la curiosit√© de Haze et Hatecroft.
    En effet, Lewis reconna√ģt √™tre des plus int√©ress√©s par cette histoire de monstre en bocal. Et Damon est tr√®s curieux de savoir pourquoi le cabinet d'architecte de Daniel Upton tient tant √† acqu√©rir le manoir. On parla peu de litt√©rature cet apr√®s-midi. On tenta plut√īt d'√©chafauder un plan pour s'introduire dans le manoir du vieux Fieldfire.

    Le vieux vivait seul. Il n'y a donc √† priori personne au manoir. Cela ne devrait donc pas √™tre un probl√®me de s'introduire √† l'int√©rieur, surtout s'il fait nuit. En plus, le manoir est isol√©. Damon et Lewis sont donc plut√īt confiants dans leur entreprise et curieux de ce qu'ils vont bien pouvoir d√©couvrir. Haze r√™ve d√©j√† d'un article √† sensations, Hatecroft d'une nouvelle pi√®ce √† sa collection.

    C'est donc dans la nuit du 28 juillet que les deux amis d√©cident de se rendre au sommet de la colline. Les nuages cachent la lune et ils n'y voient pas grand chose. Mais pour autant, il fait plut√īt bon cette nuit. Ni l'un ni l'autre ne sont des professionnels de la cambriole, mais Haze parvient √† forcer la serrure sans trop de difficult√©s.
    Toutefois, √† peine apr√®s avoir mis un pied dans le couloir, ils se figent. Il y a du bruit √† l'√©tage. Des voix¬†! Quelqu'un est d√©j√† l√†. Lewis reconna√ģt la voix de... Randolf Carter¬†! L'√©crivain est connu pour passer parfois ses vacances √† Sturkeyville. Il y a aussi √©crit certains des ses ouvrages. Mais que fait-il ici¬†? Et √† qui parle-t-il¬†? Damon fait signe √† Lewis de se taire et de ne pas bouger. Il commence √† grimper les premi√®res marches de l'escalier mais celles-ci se mettent √† grincer. Les voix s'arr√™tent aussit√īt. Que faire¬†? Rester l√† et faire face √† une situation g√™nante, voire dangereuse, ou s'enfuir aussi vite que possible¬†?
    N'√©coutant que son courage... et la prudence (ils ne sont pas arm√©s) Damon d√©vale les escaliers et entra√ģne Lewis avec lui √† l'ext√©rieur. Ils courent sans s'arr√™ter jusqu'au v√©hicule de Damon, gar√© un peu plus √† l'abri des regards. Lewis est tr√®s d√©√ßu de la tournure des √©v√©nements mais comprend la r√©action de Damon. En effet, qu'auraient-ils pu faire si Carter et son camarade avaient √©t√© arm√©s¬†? Toutefois, Damon voit le c√īt√© positif de la chose. Ils auront au moins appris qu'il n'y a pas qu'Upton qui s'int√©resse au Manoir, Carter aussi. Et si eux l'ont reconnu, lui par contre n'a normalement aucune id√©e de leur identit√©, ce qui est un avantage non n√©gligeable.

29 juillet :

    Pas la peine d'attendre. Haze n'a dormi que quelques heures mais il se sent bien. Que faisait Randolf Carter dans ce vieux manoir en pleine nuit¬†? Et avec qui parlait-il¬†? C'est cela qu'il veut d√©couvrir. Carter est un √©crivain. Aussi, nul doute qu'il a d√Ľ coucher par √©crit tout ou partie de ses projet concernant le manoir. C'est une personnalit√© √† Sturkeyville. Tout le monde respecte sa tranquillit√© mais tout le monde le conna√ģt et sait o√Ļ il loge quand il vient dans cette petite ville. Et Haze le sait aussi. C'est pourquoi, il a tout simplement d√©cid√© de se mettre en planque et d'attendre le bon moment pour s'introduire chez l'√©crivain.
    Haze prend ses positions en fin de matin√©e. Il esp√®re que Carter sortira d√©jeuner au restaurant, b√©n√©ficiant ainsi d'une heure et demie √† deux heures pour trouver quelque chose d'int√©ressant. Pas de chance, il d√©jeune chez lui. Mais, il sort pour une promenade digestive en d√©but d'apr√®s-midi. Haze esp√®re juste qu'il ne rentrera pas trop t√īt.
    Dans la rue, la vie suit son cours sans que personne ne lui pr√™te sp√©cialement attention. Une fois devant la porte¬†; la serrure s'av√®re plus difficile √† forcer que celle du manoir. Toutefois, il parvient quand m√™me √† faire les choses proprement. Carter ne devrait se rendre compte de rien.
    √Ä l'int√©rieur, il n'y a pas un bruit. Haze cherche le bureau de l'√©crivain mais quelque chose attire son attention dans le salon. Il y a l√† des bougies dispos√©es √† divers endroits le long d'un cercle trac√© au sol. Les diverses lignes √† l'int√©rieur du cercle forment un labyrinthe compliqu√© auquel semble r√©pondre une peinture au plafond repr√©sentant un ciel √©toil√©. Quelque chose ne va pas dans cette repr√©sentation du ciel. Haze n'est pas astronome mais il a pass√© assez de temps √† observer les √©toiles pour savoir qu'elles ne sont pas plac√©es au bon endroit. Il y a des constellations qu'il ne reconna√ģt pas. Et, soudain, une tristesse aussi infinie et insondable que l'espace s'empare de lui. Il se sent attir√© par le centre de ce cercle mais quelque chose le retient et le fait finalement fuir cette pi√®ce. Mais, avant de litt√©ralement s'enfuir, il remarque un vieux carnet. L'espace d'un instant, il envisage de le voler mais pr√©f√®re se limiter √† en lire quelques passages.

    ¬ę¬†On m'appelle d√©sormais le Boucher. Je ne sais d√©j√† plus qui j'√©tais avant. Avant¬†? Avant quoi¬†? Avant que ce Horla ne fasse de moi sa proie, puis son fils. Il m'a √† moiti√© d√©vor√© mais ne m'a pas tu√©. √Ä la place, il m'a fait ce qu'il estime √™tre un cadeau mais qui est une mal√©diction. Maintenant, moi aussi je dois tuer pour me nourrir. Et - est-ce √† cause de cette nouvelle nature qui est la mienne¬†? - j'ai l'impression que mes souvenirs filent plus vite que le vent. Quel incroyable paradoxe alors m√™me que je suis maintenant quasiment immortel.
    Plus que jamais, je veux me rappeler. Je veux me souvenir, ne pas oublier. C'est pour √ßa que je commence √† √©crire. Ce carnet et ceux qui le suivront seront ma m√©moire. Ils seront ma t√™te quand je la perdrai. Mais je peux √©chapper √† l'oubli. Pour cela, il suffit d'√©chapper √† Millevaux. Plus facile √† dire qu'√† faire. Comment quitter cette for√™t maudite¬†? Comment fausser compagnie √† Shub-Niggurath¬†? C'est un r√™ve insens√©¬†! Aussi, c'est par le r√™ve que je m‚Äôenfuirai. J'ai fait la connaissance d'un serviteur de Shub-Niggurath. Il s'appelle NoAnde et est un ancien shaman du clan des Arbres. Il conna√ģt les chemins secrets du r√™ve qui relient les mondes. Il a accept√© de m'aider. Il a ses propres buts, il ne fait pas √ßa pour m'aider mais peu importe. Gr√Ęce √† lui, je suis entr√© en contact avec un r√™veur d'un autre monde. Il s'appelle Randolf Carter et il va faire ce que je lui dis pour me permettre de quitter Millevaux et le rejoindre dans son monde.
    Je sais maintenant pourquoi NoAnde a accept√© de m'aider. Il voit dans ma fuite le moyen d'ouvrir un passage vers un autre monde √† offrir √† Shub-Niggurath. Il se servait de moi encore plus que je ne l'imaginais. Mais je ne laisserai pas cette for√™t me rattraper. Aussi, quand est venue la faim, c'est NoAnde qui l'a apais√©e. Maintenant, son sang coule dans mes veines. Je fuirai Millevaux mais la for√™t ne me suivra pas. Elle n'infectera pas le monde de Randolf Carter.¬†¬Ľ

    Haze n'en revient pas de ce qu'il vient de lire. Il h√©site √† en lire plus, √† d√©rober le carnet mais le temps passe et il ne veut pas que Carter se doute de quoi que ce soit. Aussi, il le repose soigneusement l√† o√Ļ il l'a pris en se promettant de revenir d√®s que possible. Mais en attendant, il doit filer avant que l'√©crivain ne rentre et le surprenne. Il doit aussi raconter tout √ßa √† Hatecroft. Que va en penser le biblioth√©caire¬†? Est-ce que le vieux poss√©dait quelque chose dont Carter aurait besoin pour aider cette cr√©ature d'un autre monde √† rejoindre le n√ītre¬†? Est-ce que toute cette installation dans le salon doit servir de passage¬†?

29 juillet, en fin d'après-midi :

    Lewis Hatecroft √©coutait avec attention le r√©cit de Haze et n'en revenait pas que son ami ne l'ait pas appel√© pour cette aventure. Il aurait voulu voir tout √ßa de ses propres yeux. D'autant plus que certaines des choses mentionn√©es lui rappelaient ses lectures occultes. Il allait devoir passer du temps dans sa biblioth√®que, une bonne partie de la nuit, voire un peu plus.
    Il remercia Haze pour toutes ses informations et il le remercia √©galement d'√™tre pass√© mais il avait pr√©sentement du travail et il lui promis de le tenir inform√© d√®s qu'il aurait du nouveau. Sit√īt Haze dehors, il s'empara du Peuple du Monolithe. Effectivement, certains po√®mes parlaient bien de Millevaux, nomm√©e aussi le Titan-Millevaux ou encore la For√™t Verticale. Il s'agissait l√† d'une cr√©ation autant que du domaine ou m√™me d'un avatar de Shub-Niggurath, une divinit√© du fond des √Ęges et du cosmos que l'on pourrait assimiler √† l'√©l√©ment-Terre. Mais √©tait-il possible d'en apprendre un peu plus¬†? Et surtout, quel dangers planent d√©sormais sur eux, sur Sturkeyville, voire sur le monde¬†? En effet, que cette cr√©ature, ce Horla, ait ou non tu√© ce NoAnde, il n'emp√™che que toute ouverture de passage entre les deux mondes permettra √† Millevaux de s'introduire dans le n√ītre. Et cela, il faut √† tout prix l'emp√™cher.
    Ce Horla, le Boucher comme on semble l'appeler, est en contact avec Carter et a besoin de lui pour ouvrir ce passage. Aussi, peut-√™tre qu'il suffirait de r√©ussir √† convaincre Carter de renoncer √† son projet. Mais se laissera-t-il convaincre¬†? Acceptera-t-il seulement d'√©couter la voix de la raison¬†? Que lui a promis ce Horla en √©change de son aide¬†? Comment a-t-il pu faire confiance √† une chose vue dans un r√™ve et qui se fait appeler le Boucher¬†?
    Hatecroft continuait √† lire, √† chercher des informations sur Millevaux, les Horlas et Shub-Niggurath quand l'horloge sonna minuit. Il sentait la fatigue s'abattre sur ses √©paules mais ne voulait pas aller se coucher avant d'avoir trouv√© quelque chose de vraiment significatif √† rapporter √† Haze. Et pourtant, il dut s'assoupir car il sentit entre ses mains Le Peuple du Monolithe, le livre, palpiter au rythme d'un cŇďur qui bat. L'espace d'un instant, il eut l'impression que le livre √©tait vivant et cela le terrifia. Ses membres √©taient fig√©s. Impossible de l√Ęcher le livre. Les larmes coulaient abondamment sans qu'il ne puisse les arr√™ter ni m√™me sans vraiment savoir pourquoi il pleurait. Et le livre √©tait anim√© de pulsations aux rythmes desquelles les mots semblaient s'animer tels d'horribles vers noirs. Il voulait jeter l'ouvrage au loin, s'en d√©barrasser, le br√Ľler mais ne pouvait bouger. Et le visage de Carter lui apparut, flou √† cause des larmes. Malgr√© sa peur, malgr√© le d√©go√Ľt inspir√© par le livre, il se sentait irr√©sistiblement attir√© par l'√©crivain, par le r√™veur. Et il l'entendit clairement s'exprimer ainsi¬†:

    ¬ę¬†Ne r√©sistes pas, soumets-toi, r√©pares l‚Äôinjustice que tu as commises, la col√®re du Morning Man provoquera des d√©g√Ęts...¬†¬Ľ

    Puis le visage de Carter disparut. Et tout disparut. Le livre, la biblioth√®que... Tout¬†! Hatecroft se tenait maintenant au milieu d'une for√™t de sacs plastiques. Tout √©tait immobile. Les sacs √©taient fig√©s. Pourtant, on voyait bien qu'ils √©taient agit√©s par le vent mais Hatecroft ne sentait pas ce vent et tout autour de lui √©tait fig√©. Oui, il y avait du vent. Et m√™me un vent fort car les sacs √©taient quasiment √† l'horizontal. Ils n'auraient pu se retrouver ainsi sans le vent. Et pourtant, il ne sentait rien. Le soleil se couchait. Ou plut√īt, il n'en finissait pas de se coucher. Ce n'√©tait pas ces sacs en plastique qui √©taient fig√©s, c'√©tait le temps. Et lui, Hatecroft, pouvait-il bouger¬†? Oui, mais au prix d'un effort et d'une douleur consid√©rable. Aussi, apr√®s avoir seulement tent√© de lever le bras, il renon√ßa. Pire, il haletait car il avait senti son os se briser. Et son cŇďur s'emballait... au rythme des battements de cŇďur du Peuple du Monolithe¬†? Et il ressentit alors une faim de loup. Simple cons√©quence de sa blessure¬†? Non, c'√©tait autre chose. Une autre faim. Une faim de quoi¬†? Pas seulement de nourriture. Il ne pouvait tourner la t√™te sans risquer de se briser le cou mais il parvint √† faire rouler ses yeux et voir ses mains se recouvrir d'√©corces d'arbres. Il sentait son cŇďur battre. Et il sentait aussi que, dans ses veines, son sang c√©dait la place √† autre chose. De la s√®ve. Et il vit quelque chose bouger √† la p√©riph√©rie de son champ de vision. Une silhouette approchait. Et il sut qu'il s'agissait du Boucher. Son visage √©tait horrible, √† cause des profondes cicatrices qui le d√©figuraient. Mais ce n'√©taient pas de simples cicatrices. C'√©tait des symboles. Il reconnut certains des signes qu'il avait vu reproduits dans les ouvrages de sa collection. Le Boucher √©tait marqu√© du Signe des Anciens. Mais aussi des symboles typiques des adorateurs de Shub-Niggurath et du Dieu-Insecte. D'autres formaient des entrelacs dont il supposait qu'il s'agissait de pentacles rituels, des sortil√®ges peut-√™tre. Et il se pencha pour lui chuchoter √† l'oreille.

    ¬ę¬†Le Non-Sens √Člectronique... Comment la retrouver¬†?¬†¬Ľ

    Puis Hatecroft se retrouva de nouveau chez lui.

    Et la pi√®ce fut envahie par une nu√©e d'insectes.

    √Ä son grand soulagement, tout cela n'avait √©t√© qu'une sorte de r√™ve √©veill√© mais, son bras √©tait bel et bien bris√©.

31 juillet :

    Haze √©tait tr√®s fier du papier qu'il a √©crit √† propos de Carter. L'√©crivain est une figure appr√©ci√©e √† Sturkeyville et il s'est fait fort de d'√©gratigner son image de marque en racontant avoir appris d'une ¬ę¬†source s√Ľre¬†¬Ľ et tenant √† rester anonyme que Carter s'√©tait rendu de nuit dans le manoir sur la colline. L'article mentionnait √©galement ses relations avec la ¬ę¬†p√®gre¬†¬Ľ. Ainsi, faisait-il allusion au ¬ę¬†Boucher¬†¬Ľ.
    C'√©tait donc le sourire aux l√®vres qu'il se rendit chez Hatecroft, convaincu que suite √† l'article qui √©tait paru le matin m√™me, Carter allait forc√©ment √™tre oblig√© de r√©agir et de se d√©voiler. Mais son sourire s'effa√ßa devant la mine du biblioth√©caire. Ce dernier avait le bras en √©charpe et les traits plus que tir√©s. Il lui offrit n√©anmoins d'entrer. Il avait des choses √† lui dire.
    Et Haze tomba des nues en apprenant ce qui s'√©tait pass√©. Cette for√™t maudite existait donc. Et ce Boucher aussi. Et on en avait maintenant une description. Et tous ces d√©lires mystiques prenaient une dimension beaucoup plus concr√®te d√®s lors qu'on voyait l'√©tat du bras d'Hatecroft. Haze √©tait un esprit rationnel mais il avait aussi toute confiance en son ami. Celui-ci ne lui mentirait pas. Il ne lui raconterait pas de telles histoires s'il n'en √©tait pas convaincu.

    Shub-Niggurath, Millevaux, le Dieu-Insecte et le Boucher... Et Carter qui semble travailler √† ouvrir un passage entre nos deux mondes... Et le vieux dans tout √ßa¬†? Qu'est-ce qu'il avait dont Carter a besoin pour son projet¬†? √áa, ils vont peut-√™tre bient√īt le savoir. En effet, Haze sait par exp√©rience que ses articles sont pris au s√©rieux par la police. Aussi, m√™me si Carter est une personnalit√©, il sera forc√©ment convoqu√© au commissariat pour r√©pondre √† quelques questions. Il faudra donc en profiter pour se rendre de nouveau chez lui. Et Haze a plac√© un indicateur devant chez l'√©crivain pour √™tre inform√© du moment o√Ļ il se rendra √† ladite convocation qui ne manquera pas de tomber. En attendant cela, Hatecroft reprend du poil de la b√™te.

    En sortant de chez Hatecroft, Haze se h√Ęta de rejoindre son indicateur qui lui affirma que Carter √©tait sorti de chez lui pr√©cipitamment. Il ajouta m√™me que ce dernier avait l'air inquiet. Haze le remercia et fit le tour de la maison pour forcer la porte de derri√®re.
    L'int√©rieur baignait dans la lumi√®re agr√©able de l'√©t√©. Pour un peu, Haze se serait servi un verre. Mais il avait d'autres projets en t√™te. Il retourna dans le salon et chercha le vieux journal. Mais celui-ci n'√©tait plus l√†. Carter avait d√Ľ le ranger quelque part, mais o√Ļ¬†? Il y avait un placard dont la porte √©tait ferm√©e √† cl√©. C'√©tait idiot. Il y avait de grandes chances que ce soit l√†, dans cette pi√®ce qui devait servir de rituel afin de communiquer avec le Boucher, que se trouve le journal. Pour autant, cela n'aurait pas √©t√© tr√®s prudent ni tr√®s malin de forcer cette porte. Mais apr√®s tout, n'avait-il pas d√©j√† forc√© la porte de derri√®re¬†?
    Cette serrure ne pr√©sentait pas beaucoup plus de difficult√©s que l'autre mais Haze fut interrompu par une voix √† l'accent bizarre. Il se retourna et se retrouva face √† un homme d'une maigreur extr√™me. Il avait les yeux d'un noir profond. Il √©tait quasiment nu et ne portait qu'une sorte de pagne. Tout le reste de son corps √©tait recouvert d'une sorte de peinture verte. L'homme riait. Il parlait mais Haze ne comprenait pas la plupart des mots. Mais il en reconnut certains malgr√© tout. Millevaux et Shub-Niggurath revenaient plusieurs fois.
    L'homme √©tait l√†, riant et d√©lirant dans cette langue inconnue. Il ne bougeait pas et Haze en arriva m√™me √† se demander s'il le voyait vraiment. Puis, au del√†-de cette maigreur, de ces yeux noirs et de cette peinture verte, il reconnut Joe Mazurewicz, le voisin de Carter. Mais que lui √©tait-il arriv√©¬†? √Čtait-ce Carter qui avait fait de lui cette √©pave¬†? Comment et pourquoi¬†? √Čtait-ce lui qui √©tait avec Carter l'autre nuit au manoir¬†? Mazurewicz √©tait-il seulement en capacit√© de communiquer¬†? Haze tenta le coup.
    Et Mazurewicz reprit sa voix normale. Et il expliqua qu'il n'√©tait pas avec Carter cette nuit l√†. Oui, il avait bien conscience que Carter lui avait fait quelque chose. Mais il n'√©tait pas capable de dire quoi. Il souffrait de cet √©tat mais ne cherchait pas √† fuir l'influence de Carter car quelque chose, quelque part, l'enjoignait √† poursuivre ce qui lui apparaissait comme une qu√™te dont il ne saisissait ni les tenants ni les aboutissants. Oui, il allait se passer quelque chose. Il se passait d√©j√† quelque chose. Mais quoi¬†? Joe Mazurewicz savait mais... il lui √©tait impossible de le dire autrement qu'en utilisant les mots de la Langue Putride. Or, ces mots √©taient maudits. Et si Haze les entendait, il serait maudit lui aussi.
    Haze profita de ce que Mazurewicz semblait avoir retrouver son calme et sa raison pour s'esquiver. Il lui fit promettre de ne rien dire de sa ¬ę¬†visite¬†¬Ľ mais se doutait qu'il ne pourrait rien cacher tr√®s longtemps √† Carter. Plus que jamais, le temps lui √©tait compt√©.

31 juillet, chez Hatecroft

    Apr√®s le d√©part de son ami, Hatecroft ressentit le besoin de se reposer. Il s'installa dans son fauteuil et chercha le sommeil. Il ne trouva que des sombres pens√©es qui s'agitaient et cherchaient, finalement, √† s'assembler comme les pi√®ces d'un puzzle qui prendrait enfin sens. Il repensa √† ce que lui avait dit cette chose scarifi√©e dans son ¬ę¬†R√™ve¬†¬Ľ.

    ¬ę¬†Le Non-Sens √Člectronique... Comment la retrouver¬†?¬†¬Ľ

    Le monstre aurait d√Ľ dire ¬ę¬†Comment LE retrouver¬†?¬†¬Ľ Mais comment trouver du non-sens¬†? Qu'est-ce d'ailleurs que le non-sens¬†? Est-ce l'absence de sens¬†? Est-ce l'oppos√© d'un ¬ę¬†oui-sens¬†¬Ľ¬†? Hatecroft en √©tait √† se dire que le v√©ritable non-sens n'√©tait pas l'absence de sens mais un sens que l'on ne comprenait pas, soit parce qu'il nous manquait des √©l√©ments √† cette fin, soit parce que l'√™tre humain n'√©tait tout simplement pas con√ßu pour acc√©der √† la compr√©hension de tel ou tel ph√©nom√®ne.
    Alors, ce monstre, ce Horla¬†?, avait semblait-il des probl√®mes de m√©moire. √Čtait-ce sa m√©moire qu'il cherchait¬†? Pensait-il que retrouver ses souvenirs lui permettrait de mieux comprendre sa situation, de faire sens¬†?
    Hatecroft tournait et retournait cette phrase dans sa t√™te. Elle l'obs√©dait. Le Non-Sens √Člectronique... l‚Äô√Člectronique Non-Sens... l'E. No-Sense... l'Innocence¬†! √Čtait-ce possible que cela soit √ßa¬†? L'innocence¬†! Il chercherait √† retrouver son innocence¬†? Sa nature d'√™tre humain¬†? Peut-√™tre pensait-il qu'il ne laissera pas que cette for√™t derri√®re lui mais √©galement la mal√©diction qui le frappe. Mais comment en avoir le cŇďur net¬†? En retournant dans cette for√™t, dans ce cauchemar.
    Hatecroft se dirigea vers un des rayonnages de sa biblioth√®que √©sot√©rique. Il chercha et finit par trouver le grimoire dont il avait besoin. L√†, il y avait un sort permettant de voyager entre les mondes par le biais du r√™ve. Il voulait se reposer, il allait r√™ver.

    Il lut et relut attentivement le texte du rituel. Il se mit en condition et ex√©cuta les mots en langues anciennes. Il fit aussi les gestes, autant que son bras le lui permettait. Les bougies √©taient allum√©es, l'encens br√Ľlait. Les symboles √©taient trac√©s au sol et sur les murs. Alors, il se rassit dans son fauteuil et attendit le sommeil et le r√™ve.
    Mais autre chose se passa. Il ne dormit pas. Au contraire, il √©tait totalement √©veill√© quand de la terre √©mergea entre les lames du parquet. Il vit des racines courir le long des plinthes et du lierre grimper le long des murs. Par la fen√™tre, il voyait les rues de Sturkeyville. Mais, quand il regardait ses murs, il voyait une for√™t s'√©tendre. Et concr√®tement, elle s'√©tendait. Elle gagnait en expansion. Hatecroft voyait son horizon d√©filer, se construire en quelque sorte sous ses yeux. Il ne bougeait pas de son fauteuil. Il avait l'impression que toute tentative pour se mouvoir ne lui briserait pas les membres comme la derni√®re mais... il avait peur.
    Et il avait tellement peur qu'il glissa malgr√© tout de son fauteuil. Il √©tait maintenant recroquevill√© sur lui-m√™me et ne pouvait retenir ses larmes. Et on posa une main sur son √©paule. Hatecroft tourna p√©niblement la t√™te et ne reconnut pas l'√™tre qu'il avait d√©j√† vu. Juste au-dessus de lui se tenait une esp√®ce d'ombre √† l'allure seulement vaguement humaine. La chose n'avait pas de visage, seulement des t√©n√®bres. Une main noire √©tait pos√©e sur son √©paule mais Hatecroft voyait distinctement s'agiter des grappes de tentacules dans le dos de cette ombre. La lumi√®re √©tait plus faible autour d'elle, comme si elle l'aspirait. Et elle aspirait le bruit aussi. Elle retira sa main et changea de forme pour devenir une esp√®ce de ver ou plut√īt de mille-pattes, mais de la taille d'un lion. Le silence r√©gnait mais un bourdonnement se fit entendre quand la chose ¬ę¬†parla¬†¬Ľ. Elle ne parlait pas r√©ellement mais Hatecroft comprenait pourtant.

    ¬ę¬†Je suis l'Assiminihilateur. Je d√©truis en assimilant. Ce que je d√©truis devient une partie de moi. La mati√®re, la lumi√®re, le son, je me nourris. Les sentiments, la raison, la peur, la joie, je m'en nourris. L'Innocence, je m'en nourris.¬†¬Ľ

    Cette horreur √©tait-elle celle qui avait maudit l'homme scarifi√©¬†? Hatecroft r√©ussit √† balbutier sa question.

    ¬ę¬†Oui, mais... le d√©barrasser de son innocence a provoqu√© un √©v√©nement in√©dit. Cela n'√©tait pas arriv√© avant. Veux-tu que j'essaye encore¬†?¬†¬Ľ

    Ce monstre lui proposait-il de lui infliger la m√™me chose¬†? Avec le risque de tout simplement mourir¬†?

    Ce qu'il voulait un cri se r√©v√©la un geignement.

    ¬ę¬†Non...¬†¬Ľ

    Et le ver changea de nouveau de forme et prit celle d'un √©norme chien sombre qui... d√©tala¬†! Et, √† mesure que le chien, cet Assiminihilateur, s'√©loignait, la for√™t c√©dait la place √† un int√©rieur. Mais pas celui d'Hatecroft. En r√©alit√©, il √©tait maintenant allong√© en bas d'un escalier. Parvenant √† se relever, il monta et se retrouva dans une mansarde dont les coins au niveau des murs, du toit et du plancher formaient des angles √©tranges.
    Il n'y avait l√† personne et Hatecroft n'avait aucune id√©e de l√† o√Ļ il √©tait. Il n'y avait l√† aucune fen√™tre. Il aurait pu redescendre mais quelque chose l'en emp√™chait. Et si cette maison n'√©tait pas vide¬†? Si on l'agressait encore¬†? Si ce qu'il pouvait trouver ici disparaissait le temps qu'il revienne¬†? Non, il devait comprendre le myst√®re de cette mansarde. Ensuite, seulement, il se d√©ciderait √† quitter les lieux.
    Il examinait soigneusement la pi√®ce, explorait chacun de ces angles √©tranges, y cherchant une signification, un point commun avec quelque chose qu'il aurait lu ou vu ailleurs. Rien¬†! Puis, il entendit quelqu'un chanter. C'√©tait une voix aigu√ę dans une langue inconnue. Cela venait d'en bas. Alors, il descendit.

    Au rez-de-chauss√©, il reconnut la maison sur la colline, celle du vieux. Il suivit le chant jusqu'√† la salle de jeu. Il ouvrit la porte et se retrouva face √† un homme √† demi-nu et recouvert de peinture verte. Il √©tait d'une extr√™me maigreur et s'arr√™ta de chanter quand il vit Hatecroft. Il avait l'air f√Ęch√© et, spontan√©ment, Hatecroft s'excusa de son intrusion involontaire. L'homme ne se pr√©senta pas mais pr√©tendit parler au nom des Baleines Verticales.
    Verticales¬†? Hatecroft pensa aussit√īt √† cet autre nom de Millevaux, la For√™t Verticale. Qu'est-ce que cela voulait dire¬†? Et qu'est-ce que ces Baleines avaient √† lui dire, √† lui¬†?

    ¬ę¬†Une travers√©e victorieuse se paie du prix du sang. Alors, le voyageur trouvera sa place √† la table du festin.¬†¬Ľ

    Hatecroft tentait de comprendre. Carter √©tait en communication avec un √™tre d'un autre monde. Ce dernier, maudit par un monstre, un Horla, cet Assiminihilateur, voulait fuir son monde. Il esp√©rait, peut-√™tre, que rejoindre notre monde lui permettrait de mettre un terme √† cette mal√©diction qui l'affligeait. Aussi, il avait besoin de l'aide de Carter et ce dernier semblait dispos√© √† l'aider. Mais pourquoi¬†? L'√©crivain avait visiblement tent√© d'ouvrir un portail chez lui mais il y avait chez le vieux quelque chose dont il avait manifestement besoin. √Čtait-ce dans cette mansarde¬†? √Čtait-ce cette mansarde elle-m√™me d'ailleurs¬†? Mais, ouvrir un portail supposait le risque que la mal√©diction de Millevaux et de Shub-Niggurath se r√©pande dans le notre. Aussi, il fallait absolument stopper Carter. Et maintenant, cet homme √©trange lui parlait de Baleines Verticales.
    Le voyageur, s'agissait-il de cet √™tre qui voulait gagner notre monde¬†? Le prix du sang¬†? Pour qui cette travers√©e serait la plus dangereuse¬†? Pour lui-m√™me ou pour nous¬†?

    ¬ę¬†Carter a-t-il conscience des risques qu'il nous fait courir¬†?¬†¬Ľ

    Hatecroft cria cette question qui resta sans r√©ponse. En effet, l'homme peint en vert recula et sa silhouette devint floue pour finalement dispara√ģtre. Et Hatecroft ne put contenir un long hurlement.

    Il resta un long moment √† hurler dans cette salle de jeu. Puis, son cri mourut mais il resta encore un long moment fig√© dans ce cri silencieux. Puis, au matin, alors que s'annon√ßait une canicule, il sortit et rentra chez lui. C'est en se d√©barrassant de sa veste qu'il trouva dans sa poche des billets pour le ferry en direction de l'Ancien Monde. Il y avait l√† tout le n√©cessaire afin d'effectuer un trajet jusqu'au d√©troit de B√©ring, l√† o√Ļ s'√©l√®ve ce site qu'on appelle l'All√©e des Baleines.

    Deux billets, cela incluait Haze √©videmment.

1er ao√Ľt,

    Haze ne comprenait pas vraiment comment Hatecroft √©tait entr√© en possession de ces billets pour le d√©troit de B√©ring. Toutefois, le temps pressait. Le d√©part √©tait proche et il n'√©tait pas du tout pr√™t √† quitter Sturkeyville, surtout pour une destination aussi lointaine. Pourtant, il allait partir. Il ne comprenait pas les motivations de Mazurewiecz mais l'homme en vert avait r√©ussi √† semer le doute dans son esprit. Il n'√©tait plus vraiment s√Ľr qu'il soit si mal-intentionn√© que √ßa. L'homme n'√©tait pas clair, cela √©tait certain. Mais il n'√©tait peut-√™tre pas leur ennemi. En fait, et Hatecroft partageait ce point de vue, il se demandait s'il n'√©tait pas ¬ę¬†habit√©¬†¬Ľ par un esprit venant de Millevaux.
    Avant de partir, Haze aurait voulu se confronter avec Carter. Mais il n'avait plus vraiment le temps et il ne voulait pas pr√©venir un v√©ritable ennemi potentiel de ses intentions. Aussi, il choisit finalement de se rendre chez Mazurewiecz. Mais il ne fut pas re√ßu par un homme a moiti√© nu et peint en vert. L'homme √©tait habill√© et ne montrait aucune trace de peinture. Et sans le trouver d'une tr√®s bonne constitution, il avait quand m√™me l'impression qu'il √©tait moins maigre que la derni√®re fois o√Ļ il l'avait vu. Il se pr√©senta et eut l'impression que Mazurewiecz ne le reconnaissait pas. Haze le sonda du regard mais ne discerna rien tendant √† montrer qu'on cherchait √† lui cacher quelque chose. L'homme le fit poliment entrer et lui offrit du th√©.
    Haze √©tait d√©contenanc√© et ne savait pas par o√Ļ commencer. Aussi, il aborda timidement la question de Carter afin de savoir ce que cela supposait de vivre √† c√īt√© d'une personnalit√©. Mazurewiecz se montrait aussi sympathique et serviable que possible. La question de Haze le fit rire car il avoua n'√™tre pas du tout lecteur des romans de Carter. Aussi, il √©tait un peu g√™n√© quand il le croisait. Il ajouta aussi qu'il pr√©f√©rerait √™tre damn√© que de devoir reconna√ģtre devant l'auteur qu'il ne l'avait jamais lu. Haze se demandait ce qu'il faisait l√†. Quand une ombre sur le mur capta son regard. Il n'√©coutait plus Mazurewiecz que d'une oreille distraite.
    Cette ombre √©tait √©trange. Elle bougeait... toute seule¬†? En tous les cas, ce n'√©tait pas naturelle. Sur le mur, derri√®re Mazurewiecz qui ne semblait se rendre compte de rien, il se dessinait une √ģle. Des formes bougeaient. Des arr√™tes s'√©rigeaient. Par quelle magie¬†? Haze se sentait de plus en plus mal. Il n'aurait pu le prouver mais il √©tait convaincu qu'il s'agissait l√† de cette fameuse All√©e des Baleines¬†? S'agissait-il l√† d'un indice ou au contraire cherchait-on √† l'effrayer et le dissuader de s'y rendre¬†? Puis l'ombre prit la forme d'un masque qui √©clata en une multitude d'insectes sombres rampant dans tous les sens.
    Haze tomba de son fauteuil et se roula en boule.

4 ao√Ľt,

    Remis de sa crise, Haze fut incapable d'expliquer comment il avait quitt√© le salon de Mazurewiecz. Hatecroft tenta de rencontrer Mazurewiecz, en vain. L'homme avait disparu. Et comme la date du d√©part approchait √† grands pas, il n'a pas insist√©. Il a √©galement renonc√© √† rencontrer Carter. Que celui-ci tente de mener son projet √† terme. Eux, tenteraient de l'en emp√™cher. C'√©tait maintenant une course contre la montre.
    L'avion aurait certainement √©t√© plus rapide, mais c'√©tait deux billets pour le ferry en partance de Los Angeles qu'Hatecroft avait trouv√© dans son manteau. Aussi, le trajet allait prendre plusieurs jours. Cela laisserait le temps √† son bras de se consolider et √† Haze de se remettre de ses √©motions.
    La premi√®re journ√©e, ils parl√®rent peu de tout cela et encore moins de ce qu'ils allaient faire une fois arriv√©s. En fait, ils √©taient tous deux convaincus que Mazurewiecz √©tait ¬ę¬†habit√©¬†¬Ľ par un esprit venant de Millevaux mais ils n'auraient su dire s'il s'agissait de ce Horla soucieux de traverser les mondes ou ce fameux NoAnde qui avait disparu. √Čtait-il possible qu'il s'agisse d'encore quelqu'un d'autre¬†?

    Hatecroft se coucha t√īt. Il f√Ľt r√©veill√© par une √©trange chaleur. Mais la temp√©rature ne cessait de changer √† un rythme tr√®s rapide et avec des √©carts importants. En nage et glac√©, il se r√©solut √† se lever. Il fit quelque pas dans sa cabine mais se sentait mal, en danger. Il √©tait en proie √† un inexplicable sentiment d'ins√©curit√©. Pourtant, il √©tait seul. Il regardait autour de lui et se surprit √† chercher du regard ses livres, ses pr√©cieux ouvrages. Loin d'eux, il se sentait mal, en danger. C'√©taient ses livres qui le prot√©geaient. Ici, en pleine mer, sans ses livres, il se sentait horriblement vuln√©rable. Les encyclop√©dies auraient pu expliquer cet √©trange ph√©nom√®ne de chaud et froid. Et ses livres occultes lui auraient fourni un moyen de combattre toute influence surnaturelle. Il connaissait bien quelques rituels mais √©tait-ce bien prudent d'en user¬†? Non¬†! Non¬†! Il devait se raisonner, rester calme. Il arr√™ta alors de faire les cents pas. Il ferma les yeux et se contraint √† respirer lentement. Une fois apais√©, il ouvrit les yeux et vit... une caverne. Il n'aurait su dire pourquoi mais il eut le sentiment profond qu'il s'agissait d'une m√©taphore, d'un symbole. Cette caverne √©tait sans nul doute la m√©moire que ce Horla voulait explorer, sa m√©moire qu'il voulait retrouver. √Čtait-ce le but de leur voyage¬†?
    Un crissement le tira de ses pens√©es. Dans un coin de la pi√®ce, il vit un rat courir le long du mur et se fondre dans les ombres. Il s'approcha du trou d'o√Ļ √©tait sorti l'animal et regarda. Il ressentit alors une vive douleur au sommet de la t√™te et, tentant de se relever, il perdit l'√©quilibre. La derni√®re chose qu'il vit fut un marteau s'abattre sur son crane.

5 ao√Ľt,

    Inquiet de ne pas voir son ami pour le petit-d√©jeuner, Haze se rendit alors dans la cabine d'Hatecroft. Il frappa mais n'entendit aucune r√©ponse. Apr√®s l'avoir cherch√© une peu partout et interrog√© les membres de l'√©quipage et les autres passagers, il obtint du capitaine qu'on ouvre sa cabine √† l'aide d'un passe. L√†, il d√©couvrit le corps d'Hatecroft, √©tendu √† terre, le crane et le visage fracass√©, recouvert de sang. Une pi√®ce d'or recouvrait chacun de ses yeux. Il se mit d'accord avec le capitaine pour garder le secret. Officiellement, Hatecroft √©tait souffrant et devait garder le lit.

13 ao√Ľt,

    Haze arriva enfin √† cette fameuse All√©e des Baleines et se demanda ce qu'il faisait l√†. Finalement, il ne savait plus vraiment ce qu'il √©tait venu y chercher. Hatecroft d√©c√©d√©, tout ceci avait-il encore une finalit√© quelconque¬†? Il se convainquit que oui et arpenta ce site ancien et majestueux √† la recherche d'un d√©tail significatif.
    Qui √©taient ces gens¬†? Qui √©taient ceux qui ont b√Ęti cet endroit √† partir d'ossements de baleines¬†? Quelque chose recouvrait-il ces cages thoraciques plant√©es dans le sol ou bien tout √©tait-il d√©j√† comme √ßa¬†? Haze errait dans cette for√™t de c√ītes et de plaques osseuses. En r√©alit√©, il ne ressentait rien de particulier. La peine et le choc cons√©cutifs √† la mort d'Hatecroft s‚Äôeffa√ßaient lentement. Son humeur se stabilisait, √† l'inverse de la m√©t√©o. Un vent froid se levait. Heureusement, il y avait quelque endroit o√Ļ se mettre √† l'abri. Ainsi, Haze se retrouva accroupi derri√®re une plaque d'os, une ancienne omoplate peut-√™tre, et soufflait dans ses mains pour se r√©chauffer quand un mouvement furtif attira son attention. Une silhouette s'approchait en rampant. De loin, impossible de dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Et puis, quelle √©trange fa√ßon de se pr√©senter √† lui¬†! Il se leva pour aller √† la rencontre de celui ou celle qui rampait ainsi et d√©couvrit un cadavre (de femme¬†? C'√©tait difficile √† dire vu son √©tat de putr√©faction avanc√©.) se tortiller p√©niblement dans sa direction.
    Haze ne parvenait pas √† s'√©mouvoir de cette chose. Et comme elle se d√©pla√ßait lentement, il prit tout son temps pour choisir une pierre suffisamment lourde qu'il laissa tomber sur le cr√Ęne de la morte. Il reprit ensuite sa place √† l'abri du vent et souffla de nouveau dans ses mains.

14 ao√Ľt,

    Apr√®s une nuit agit√©e par de sombres cauchemars, Haze revint sur les lieux. Il se sentait mal. Il √©tait fatigu√© et nerveux. Pour autant, il n'avait pas de souvenir pr√©cis des mauvais r√™ves qui avaient troubl√© son repos. Il ne se rappelait que de sorciers et de chiens mena√ßant. Il y eut aussi dans ses cauchemars, la menace d'un combat et la sensation d'√™tre ballott√© par le hasard, de ne rien contr√īler.
    Haze gardait en t√™te que ce lieu quasi d√©sertique √©tait li√© √† cette for√™t de Millevaux. En effet, il s'agissait d'emp√™cher Randolf Carter de r√©ussir √† ouvrir un portail qui non seulement permettrait √† un Horla de fuir la for√™t maudite, faisant ainsi entrer une sorte de vampire dans notre monde, mais surtout √† la for√™t elle-m√™me de se r√©pandre et contaminer notre r√©alit√©. Carter avait tent√© d'ouvrir un tel portail chez lui. Il en avait vu le pentacle trac√© au sol. Mais cela n'avait pas d√Ľ fonctionner. C'√©tait sans doute pour cela que, sous l'influence peut-√™tre de l'√™tre qui avait un temps poss√©d√© Mazurewiecz, il s'√©tait rendu dans l'√©trange mansarde du manoir du vieux, au sommet de la colline. Les angles peu conventionnels de ce grenier lui permettraient-ils de r√©aliser son projet¬†? Quoiqu'il en soit, c'√©tait peut-√™tre ce m√™me √™tre qui avait remis √† Hatecroft deux billets pour venir ici. Aussi, d'une fa√ßon ou d'une autre, cet endroit √©tait li√© √† Millevaux. Et Haze se demanda alors si l'All√©e des Baleines n'√©tait pas un ancien lieu de culte et de rituel. Et si, ici m√™me, en des temps anciens, on avait tent√© d'ouvrir ou de fermer des portails vers d'autres monde¬†? Et qu'attendait vraiment celui qui avait remis ces billets √† Hatecroft¬†? Ce lieu √©tait-il assez puissant pour contrer le rituel de Carter ou, au contraire, allait-il lui conf√©rer encore plus de pouvoir¬†? Et, l'espace d'un instant, Haze se surprit √† penser que ceux qui avaient b√Ęti ce site avaient peut-√™tre emprunt√© un de ces portails. Peut-√™tre s'√©taient-ils rendu dans cette for√™t de Millevaux¬†?
    NoAnde, le shaman qui avait enseign√© son art au Horla, semblait anim√© de ses propres buts. Il semblait vouloir contaminer les autres mondes et r√©pandre la for√™t, un avatar de Shub-Niggurath √† en croire certains ouvrages de la collection d'Hatecroft. Si c'√©tait bien lui qui avait remis ces billets √† Hatecroft, ils n'auraient pas d√Ľ venir ici et Hatecroft serait encore vivant. Mais, s'il s'agissait d'un autre esprit, il y avait donc l√† le moyen de contrer Carter. Haze errait entre les ossements dress√©s vers le ciel et r√©fl√©chissait √† ce qu'il devrait faire quand il trouverait, enfin, un quelconque indice. En fait, il auscultait les ossements √† la recherche de glyphes, de gravures qui lui √©voqueraient quelque chose.
    Puis, Haze eut la subite intuition qu'il √©tait finalement au meilleur endroit non pas tant pour ouvrir un portail que pour en trouver un qui serait d√©j√† ouvert. Alors, ne devait-il pas le traverser et se rendre dans cette for√™t pour r√©gler d√©finitivement le probl√®me¬†? Il se rappela cet aspect de son cauchemar et se sentit de nouveau l'objet de forces qui se servaient de lui comme, peut-√™tre, elles s'√©taient servies de Mazurewiecz. Mais √©tait-il venu jusqu'ici pour faire demi-tour¬†? Non, quelles qu'en soient maintenant les cons√©quences, il devait aller jusqu'au bout. Il devait trouver ce passage. Et il se demanda alors si ce n'√©tait pas pr√©cis√©ment ce passage qu'avait emprunt√© le cadavre mort-vivant dont il avait fracass√© le cr√Ęne la veille.
    Haze rentra pr√©cipitamment √† son h√ītel. L√†, il mit par √©crit l'ensemble de ses r√©centes r√©flexions. Il ajouta √† ses notes l'expos√© de ses buts, sa tentative √† venir de trouver un portail vers Millevaux afin de s'y rendre, combattre ce Horla et, si possible, revenir vivant afin de fermer d√©finitivement ce portail. Ensuite, il envoya tout √ßa son ami le d√©tective Dick Hive. Il ne laissait aucune consigne particuli√®re au d√©tective. Il ne lui demandait pas de prendre la suite de son combat si toutefois il devait ne pas revenir. Il ne lui demandait pas de rendre ces notes publiques. Il se doutait qu'on le prendrait pour un fou, ce qu'il √©tait peut-√™tre effectivement devenu. Non, il voulait seulement laisser une trace, pour que quelqu'un se souvienne. Ensuite, il se coucha.

    Haze ne s'endormit pas. Il √©tait sur le point de s'endormir quand il ressentit un frisson √©trange, comme si un voile d'√©lectricit√© le recouvrait. Il se redressa et fut assailli par une vision des plus √©tranges. Tout autour de lui semblait s‚Äôab√ģmer, se d√©t√©riorer √† vitesse acc√©l√©r√©e. Ses draps se tachaient d'humidit√© et se trouaient, devenaient lambeaux et disparaissaient. Les murs se l√©zardaient, se parcouraient de lierre qui fleurissaient, pour se racornir et fleurir √† nouveau. Le plancher se crevaient de racines noueuses. Les murs finissaient par s'√©crouler et leur ruines se couvraient de mousses, c√©daient la place √† des arbres qui grandissaient eux aussi √† vitesse acc√©l√©r√©e. Il vit des cr√©atures se d√©placer √† une vitesse vertigineuse. Il en vit na√ģtre et mourir. Il vit de nouvelles esp√®ces appara√ģtre et dispara√ģtre. Il vit des hommes et des femmes, des monstres au visage recouvert de plaques d'os. D'autres avaient des bois de cerfs sur la t√™te. Au loin, l'espace d'un instant, il crut voir Hatecroft. Puis tout s'arr√™ta.

???,

    O√Ļ¬†? Millevaux sans doute. La for√™t maudite, l'avatar et le domaine de Shub-Niggurath.
    Quand¬†? Aucune id√©e...

    Haze errait au milieu d'un ossuaire envahi par la v√©g√©tation. En r√©alit√©, il reconnaissait clairement l'All√©e des Baleines telle qu'il l'avait d√©j√† visit√©e. Mais les terres froides et d√©sol√©es du d√©troit de B√©ring √©taient maintenant recouvertes par la for√™t de Millevaux. Il faisait nuit noire mais sa vue s'√©tait finalement rapidement adapt√©e √† l'obscurit√©. De plus, il connaissait les lieux.
    Soudain, le vent se mit √† souffler. Une v√©ritable temp√™te le contraignit √† chercher un endroit o√Ļ se prot√©ger. Pourtant, tiraill√© par la soif, il offrit sa bouche grande ouverte √† la pluie dont les grosses gouttes lui martelaient le visage. Puis, il ferma prestement la bouche quand il se rappela √™tre sur le territoire d'une ancienne divinit√© mal√©fique. Tout ici √©tait maudit. L'air et la pluie √©galement. √Čtait-ce sage de boire ainsi cette eau de pluie¬†? Quelle impuret√© allait maintenant souiller son organisme¬†?
    Il entraper√ßut une forme courir √† la p√©riph√©rie de son champ de vision. Il eut peur car il reconnut la silhouette d'un sanglier. L'animal ralentit et s'approcha de lui. Lorsqu'il fut √† quelques m√®tres, il se redressa sur ses pattes arri√®res et fit craquer ses doigts, des doigts... humains¬†! Le sanglier bip√®de, dans un anglais parfaitement ma√ģtris√© et clair malgr√© la configuration de sa m√Ęchoire se pr√©senta comme √©tant NoAnde, ancien shaman du Clan des Arbres et serviteur de Shub-Niggurath. Haze vit sa derni√®re heure arriver.
    Quelque chose se brisa en Haze. Il se raidit, se contracta et poussa un long hurlement. Puis, il se mit √† crier des mots dans une langue qu'il ne connaissait pas mais qu'il savait maudite. Les mots sortaient de sa bouche en un flot violent et incontr√īlable, impur et putride. La Langue Putride. Ces trois mots seuls avaient du sens pour lui en cet instant. Il parlait la Langue Putride mais ne savait pas ce qu'il disait ni quelles pouvaient √™tre les cons√©quences de ces paroles dont il craignaient qu'il ne s'agisse l√† d'horribles rituels en l'honneur de la Ch√®vre Noire.
    Toujours fig√© et incapable de contr√īler les mots qui sortaient de bouche, il croisa le regard de l'homme √† t√™te de sanglier. Ce dernier avait l'air calme, √† l'aise, joyeux. Tout semblait se passer exactement comme il le d√©sirait. C'√©tait l√† une horrible sensation. Haze ne voulait plus prononcer un mot mais il lui √©tait impossible d'endiguer ce flot. Alors, il souhaita seulement ne plus l'entendre. Et, le son de la temp√™te fut remplac√© par celui de la 5√®me de Beethoven... C'√©tait impossible, et pourtant... Il n'entendait plus rien √† part cette musique. Il ferma les yeux en esp√©rant se r√©veiller de ce qui ne pouvait qu'√™tre qu'un cauchemar. Et cela √©tait n√©cessairement un cauchemar, qu'il dorme ou non.
    Les yeux fermement clos, Haze sentit la mousse et le lichen grimper le long de ses jambes et s'insinuer sous ses v√™tements. La musique se faisait toujours entendre. Il sentait les muscles de sa m√Ęchoire continuer de bouger. La mousse remontait le long de ses jambes et recouvrait son abdomen, sa poitrine, ses bras puis son visage. Elle s'infiltrait dans sa bouche et envahissait sa trach√©e et son Ňďsophage. Elle courait jusque dans ses poumons et son estomac. Quand ce cauchemar cesserait-il¬†?
    Haze tenta alors de reprendre le contr√īle de son corps. Il ouvrit les yeux et vit NoAnde qui s'√©tait rapproch√© de lui. Il lui glissait des mots √† l'oreille. Il ne les entendait pas √† cause de la musique mais en comprenait pourtant le sens. Il avait l'horrible sentiment que sa derni√®re heure √©tait proche. Pire, qu'elle √©tait l√†, qu'il √©tait √† la porte de la mort. Il voulut alors se rappeler les bons moments de sa vie, tentant de s'y raccrocher. Il acceptait de quitter ce monde mais il voulait partir avec de belles images en t√™te. Il se rappela ces derniers jours avec Hatecroft. Une menace planait mais c'√©tait stimulant, int√©ressant. Ils avaient partag√© des choses importantes tous les deux. Il √©tait un v√©ritable ami. Et lui¬†?
    Il se revit alors sur le bateau, dans la cabine d'Hatecroft alors que ce dernier, √† quatre pattes examinait un trou dans le mur. Haze ne savait pas ce qu'il faisait l√†. Il ne savait pas o√Ļ il avait trouv√© ce marteau qu'il tenait fermement dans la main. Il ne savait pas non plus o√Ļ il avait trouv√© ces pi√®ces d'or qu'il d√©posa sur les yeux de son ami apr√®s qu'il lui eut fracass√© le crane¬†!
    Comment¬†? Pourquoi¬†?
    Puis, par dessus le son de la musique, par dessus le bruit de la temp√™te, il entendit et comprit les mots de NoAnde pourtant prononc√© dans la Langue Putride¬†:

    ¬ę¬†Fais pire, au nom des Abysses.¬†¬Ľ

    Haze se r√©veilla en m√™me temps que le soleil se levait. Il √©tait dans son lit, dans cette chambre d'h√ītel qui √©tait de nouveau tout √† fait normale. √Čtrangement, il se sentait tout √† fait bien. Il pronon√ßa quelques mots √† hautes voix et eut le plaisir de voir qu'il parlait en anglais mais ses propres paroles lui semblaient quelque peu lointaine, recouvertes qu'elles √©taient par la 5√®me de Beethoven.
    Il regarda ses mains. Il avait du sang et de la terre sous ses ongles.

    Et maintenant, allait-il faire pire... au nom des Abysses¬†?



Réponse de Thomas :

A. A quoi ça correspond Black Stars Rise / Mansion of the Hill ? C'est un jeu ou un supplément cthulhien ?

B. Quand j'ai lu la mention au Peuple du Monolithe, je me suis rappelé que j'avais particulièrement tripé sur cette histoire de Peuple du Monolithe, mentionnée d'abord par Lovecraft puis par Bloch, et situé en Hongrie. L'idée d'une préhistoire mégalithique maléfique en Europe me parlait beaucoup. Cette idée de mégalithes noirs me hante. Il y a des mégalithes comme ça, à Monteneuf, dans le Morbihan. Je rêverais d'y jouer au GN Les Sentes [Note du 07/07/2021 : Depuis, j’y ai effectivement joué et c’était d’enfer]. J'ai repris cette idée de mégalithes maléfiques dans le scénario Cromlech, pour Millevaux Sombre Zéro, ils sont aussi un peu évoqués dans l'Atlas.

C. Sturkeyville est-elle une ville de ton invention ou vient-elle d'un supplément cthulhien ?

D. ¬ę¬†Je sais maintenant pourquoi NoAnde a accept√© de m'aider. Il voit dans ma fuite le moyen d'ouvrir un passage vers un autre monde √† offrir √† Shub-Niggurath. Il se servait de moi encore plus que je ne l'imaginais. Mais je ne laisserai pas cette for√™t me rattraper. Aussi, quand est venue la faim, c'est NoAnde qui l'a apais√©e. Maintenant, son sang coule dans mes veines. Je fuirai Millevaux mais la for√™t ne me suivra pas. Elle n'infectera pas le monde de Randolf Carter.¬†¬Ľ
J'ignore si manger une cr√©ature corrompue jusqu'√† la moelle par Shub-Niggurath est la meilleure fa√ßon de pr√©server le monde o√Ļ on se rend de la contamination par Millevaux.

E. Ce solo concrétise les menaces de contamination des mondes par Millevaux, déjà envisagées dans les parties précédentes.

F.¬ę¬† Et pourtant, il dut s'assoupir car il sentit entre ses mains Le Peuple du Monolithe, le livre, palpiter au rythme d'un cŇďur qui bat. L'espace d'un instant, il eut l'impression que le livre √©tait vivant et cela le terrifia. Ses membres √©taient fig√©s. Impossible de l√Ęcher le livre. Les larmes coulaient abondamment sans qu'il ne puisse les arr√™ter ni m√™me sans vraiment savoir pourquoi il pleurait. Et le livre √©tait anim√© de pulsations aux rythmes desquelles les mots semblaient s'animer tels d'horribles vers noirs. Il voulait jeter l'ouvrage au loin, s'en d√©barrasser, le br√Ľler mais ne pouvait bouger.¬†¬Ľ 
Tr√®s cool usage d'un ouvrage du  Mythe !

G. Hatecroft arrive dans Millevaux mais dans un temps suspendu. Et quand il fait des mouvements, il risque de se briser les os. Tr√®s chouette √©pisode de vertige logique ! Le fait que son bras est bel et bien bris√© dans la r√©alit√© acte l'interaction entre les deux r√©alit√©s, donc c'est vraiment du vertige logique au sens o√Ļ personnellement je l'entends.

H. Note que pour un am√©ricain des ann√©es 20-30, ni les sacs plastiques ni le terme ¬ę¬†√©lectronique¬†¬Ľ ne doivent avoir grand sens :)

I. ¬ę¬†L'homme √©tait l√†, riant et d√©lirant dans cette langue inconnue. Il ne bougeait pas et Haze en arriva m√™me √† se demander s'il le voyait vraiment. Puis, au del√†-de cette maigreur, de ces yeux noirs et de cette peinture verte, il reconnut Joe Mazurewicz, le voisin de Carter. [...] il lui √©tait impossible de le dire autrement qu'en utilisant les mots de la Langue Putride. Or, ces mots √©taient maudits. Et si Haze les entendait, il serait maudit lui aussi.¬†¬Ľ

De là à insinuer que le polonais est la Langue Putride, il n'y a qu'un pas !

J. ¬ę¬†Hatecroft tournait et retournait cette phrase dans sa t√™te. Elle l'obs√©dait. Le Non-Sens √Člectronique... l‚Äô√Člectronique Non-Sens... l'E. No-Sense... l'Innocence¬†!¬†¬Ľ
Jeu de mot impossible à faire en anglais, mais c'est pas grave, c'est du roleplay, pas de la littérature :)

K. ¬ę¬†Mais autre chose se passa. Il ne dormit pas. Au contraire, il √©tait totalement √©veill√© quand de la terre √©mergea entre les lames du parquet. Il vit des racines courir le long des plinthes et du lierre grimper le long des murs. Par la fen√™tre, il voyait les rues de Sturkeyville. Mais, quand il regardait ses murs, il voyait une for√™t s'√©tendre. Et concr√®tement, elle s'√©tendait. Elle gagnait en expansion.¬†¬Ľ Cool cool cool

L. ¬ę¬†Il ne comprenait pas les motivations de Mazurewiecz mais l'homme en vert avait r√©ussi √† semer le doute dans son esprit. Il n'√©tait plus vraiment s√Ľr qu'il soit si mal-intentionn√© que √ßa. L'homme n'√©tait pas clair, cela √©tait certain. Mais il n'√©tait peut-√™tre pas leur ennemi. En fait, et Hatecroft partageait ce point de vue, il se demandait s'il n'√©tait pas ¬ę¬†habit√©¬†¬Ľ par un esprit venant de Millevaux.¬†¬Ľ
A Millevaux, il existe une société secrète, la Caste des Veilleurs, chargée de traquer les horlas et, en but ultime, de trouver un remède contre Millevaux. On peut supposer l'existence, dans les autres mondes, de membres de la Caste des Veilleur qui ont sont chargés d'empêcher la contamination de leurs mondes respectifs par Millevaux.

M. ¬ę¬†Cette caverne √©tait sans nul doute la m√©moire que ce Horla voulait explorer, sa m√©moire qu'il voulait retrouver. √Čtait-ce le but de leur voyage¬†? ¬†¬Ľ
L'idée que certains souvenirs soient cristallisés dans des lieux mémoriels est vraiment cool !

N. ¬ę¬†Haze errait dans cette for√™t de c√ītes et de plaques osseuses. En r√©alit√©, il ne ressentait rien de particulier. ¬†¬Ľ : je suppose que l'emploi du terme ¬ę¬†for√™t¬†¬Ľ n'est pas innocent.

O. ¬ę¬†Puis, Haze eut la subite intuition qu'il √©tait finalement au meilleur endroit non pas tant pour ouvrir un portail que pour en trouver un qui serait d√©j√† ouvert. Alors, ne devait-il pas le traverser et se rendre dans cette for√™t pour r√©gler d√©finitivement le probl√®me¬†?¬†¬Ľ Trop bonne id√©e...

P. ¬ę¬†Il √©tait sur le point de s'endormir quand il ressentit un frisson √©trange, comme si un voile d'√©lectricit√© le recouvrait. Il se redressa et fut assailli par une vision des plus √©tranges. Tout autour de lui semblait s‚Äôab√ģmer, se d√©t√©riorer √† vitesse acc√©l√©r√©e. Ses draps se tachaient d'humidit√© et se trouaient, devenaient lambeaux et disparaissaient. Les murs se l√©zardaient, se parcouraient de lierre qui fleurissaient, pour se racornir et fleurir √† nouveau. ¬†¬Ľ
Super transition vers Millevaux en mode vertige logique !

Q. J'ai le sentiment que dans tes jdr solo, il y a un recours fr√©quent au deus ex machina. Je m'explique : quand le PJ est dans une impasse, soit il se met √† r√©fl√©chir et au terme de son monologue int√©rieur fait d'associations d'id√©es pour le moins audacieuses, il trouve la solution (dans ce RP, le non-sens √©lectronique qui donne l'innocence par exemple, et encore les d√©cisions qui suivent sont encore plus capillotract√©es), ou alors les choses lui tombent dessus sans qu'il fait rien de sp√©cial (ainsi Haze recherche un portail dans l'All√©e des Baleines, en vain, et quand il rentre se coucher le portail vers Millevaux s'ouvre sous son lit). Je tenais √† faire cette observation qui n'est en rien une critique, puisqu'apr√®s tout l'important est que ta fa√ßon de jouer te convienne, que c'est un mastic bien pratique pour coller un ensemble fait d'impro et de syst√®mes disparates, et qu'on ne saurait apr√®s tout exiger d'un r√īliste solo (ou multi) des qualit√©s sc√©naristiques (ce n'est pas forc√©ment le but). En revanche, si toi ou une partie du lectorat identifie ce recours comme une faiblesse, je suppose qu'on peut envisager des recours diff√©rents, telles que : une discussion avec un PNJ pour remplacer le monologue interne (discussion qui peut se r√©sumer √† une simple phrase innocente que sort le PNJ et qui d√©bloque le PJ car il la replace dans son contexte interne : proc√©d√© fr√©quent dans les s√©ries bas√©es sur l'intuition, telles que Dr House par exemple). Ou pour l'histoire du portail, faire qu'un personnage ne reparte jamais tout √† fait bredouille d'un lieu, et qu'il ait des indications sur la marche √† suivre. Ainsi, dans l'All√©e des Baleines, il aurait pu recueillir une fleur √† l'aspect frappant, qu'on lui ait ensuite dit que c'√©tait une tisane de r√™ve, qu'il en ait volontairement bu une infusion qui l'ait conduit dans Millevaux...

R. ¬ę¬†Tout ici √©tait maudit. L'air et la pluie √©galement. √Čtait-ce sage de boire ainsi cette eau de pluie¬†? Quelle impuret√© allait maintenant souiller son organisme¬†?¬†¬Ľ
On retrouve ici la crainte totale de l'exposition à l'emprise.

S. Est-ce que quand Haze tue lui m√™me son ami Hatecroft dans un souvenir, c'est un ¬ę¬†fais pire au nom de l'Abysse¬†¬Ľ ou est-ce que c'est son souvenir originel qui √©tait occult√© par l'amn√©sie ?


Réponse de Damien :

A. alors, avant d'oublier ^^ Black Star Rise est un PBTA cthulhien plut√īt bien foutu je trouve et Mansion of the Hill est le contexte du scenar propos√©.

B-dire que j'ai tiré ce titre au D dans la 4è éd de l'Appel de Cthulhu. va falloir que je visite le Morbihan maintenant ?

C-Sturkeyville est une ville de l'invention d'un √©crivain am√©ricain auteur de plusieurs nouvelles d'inspi lovecraftienne qu'il a situ√© dans cette petite ville. il y a eu un crowfunding pour une trad en fran√ßais. j'ai back√© bien s√Ľr et j'attends de recevoir mon bouquin. et attendant de le lire, j'ai jou√© de dans.

D-très sincèrement, cette créature n'est pas très nette et ne jouit pas nécessairement de toutes ses facultés^^ et puis toutes les contorsions mentales et morales sont bonnes pour justifier ses actes ^^

E-yes! et ça va me servir pour la Crasse/Millevaux

F-et là, je suis en train de me demander si ce n'est pas entre l'effet d'un break de BSR justement^^

G-j'avoue avoir été emmerdé quand je suis tombé sur cette carte XD je ne savais pas du tout comment la jouer et.. cette idée est venue. j'ai trouvé ça... logique et pas trop mal

H-j'en conviens ^^ dans la perspective d'une nouvelle, c'est clair que j'aurais retravaillé tout ça. pour un jeu... bah vala quoi ^^ mais Scipion dit bien que lui aussi pour Sombre s'autorise des incohérences, des anachronismes par moment. Game must on ^^

I-je n'y avais pens√© ? en plus, j'ai une certaine affection pour la Pologne o√Ļ j'ai √©t√© pour le boulot il y a quelques ann√©es. j'y retournerais bien car on y mange plut√īt bien XD et ils ont des for√™ts bizarres aussi... et une langue bizarre aussi... m'auraient on fait quelque chose l√†-bas? ?

J-oui voila... comme plus haut hein ^^ mais je l'aime bien ce jeu de mot

K-une autre carte des vertiges logiques ^^

L-peut-être... c'est vrai qu'en jouant, cet homme s'est révélé plus ambigu qu'il en avait l'air. si j'avais joué en campagne, ça aurait chouette de pouvoir le développer.

M-et je suis en train de me demander si cette idée ne m'est pas venue de Fight Club ?

N-E-No Sense ^^

O-bah là, j'étais un peu coincé donc... après réflexion, cette idée s'est imposée mais... j'aurais pu ne rien trouver du tout et devoir au contraire trouver un moyen d'ouvrir un portail moi-même

P-oui, ces cartes sont vraiment chouettes et ça introduit un challenge narratif en plus pour moi car je dois réfléchir à comment les mettre en scène.

Q-et bien quand je suis coincé, le perso se met effectivement à réfléchir. J'en déduis des hypothèses que je vais ensuite tester par des jets de compétences du perso et/ou des jets ou tirages de cartes pour simuler le MJ et après... bah ça passe ou pas. des fois, un tirage sur une table d’événements aléatoires relance la machine. C'est vrai que je ne recours pas assez aux PNJs. Pourtant, Muses & Oracles explique très bien comment faire et ça n'a rien de compliqué. C'est juste que même dans le solo je suis solo quoi ^^

R-yep ?

S-c'est un souvenir qu'il avait occult√©. Le ¬ę¬†Fais pire...¬†¬Ľ est une sorte d'ouverture. La question est maintenant de savoir comment/pourquoi il a tu√© Hatecroft ? Quelle force s'est alors empar√© de lui et que va-t-il devenir maintenant ?

T- ah ouais, sinon quand même, le souvenir de Haze tuant Hatecroft emprunte aussi à la mécanique de Strings ^^


Réponse de Thomas :

B. Figure-toi que j’ai justement une occasion qui vient de se présenter de jouer aux Sentes sur ce site :)

G. Ah c’est cool que tu utilises le jeu de cartes du vertige logique. Cette aide de jeu a été ajoutée au dernier moment mais je crois que c’est ce qui fallait pour donner envie au lectorat de passer à l’acte :)

I. A la frontière de la Pologne et de la Biélorussie s’étend la forêt de Bialowieza, la dernière forêt primale d’Europe… J’avais joué une partie dans ce contexte, voir le CR La Forêt-Galerie
:
Il y a aussi un setting polonais dans l‚ÄôAtlas, que j‚Äôai notamment exploit√© dans cette partie¬†: L‚ÄôŇďil de la Baba-Yaga

L. Il fera peut-être partie de tes PJ/PNJ récurrents :)

P. Cela marche bien, car ça produit des effets que j’aurais pas spontanément décrits :)

Q. Ceci dit, ce truc du personnage solitaire qui rumine, c’est aussi très présent dans Bois-Saule, notamment avec les phases d’introspection et d’exploration.


Réponse de Damien :

en vérité, les cartes c'est quand même pratique^^ et c'est sympa aussi, ça change de tableaux aléatoires et j'aime vraiment l'idée de me creuser la tête pour savoir comment le mettre en scène. tu vois, sans déc, ça fait un pti moment que j'envisage de retourner en Pologne justement. je voudrais visiter les mines de sel près de Cracovie et ptete passer plus de temps à Varsovie… bon bah y a visiblement une forêt en plus ^^ pour l'homme peint en vert, je n'en ai aucune idée mais vu comment mon scenar actuel se profile, il n'est pas exclu en tout cas qu'il y ait des liens avec ce scenar…


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#57 19 Aug 2021 09:44

Thomas Munier
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE ROI DE L'ÎLE

Fuyant la communauté des robes noires de Trois Rivières, les enfants expérimentent la tentation de l’ensauvagement. Un récit de partie par Claude Féry.

(temps de lecture : 4 min)

Joué le 05/10/2019

Le jeu : Girl Underground par Lauren McManamon and Jesse Ross., une petite fille appelée à se transformer dans un monde magique

Lire / télécharger le récit illustré au format PDF
Lire / télécharger les principes de la communauté

Durée : une heure

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Rachel.Adams, cc-by-nc-nd

Les photos suivantes sont de Claude Féry, par courtoisie


Fiction :

Horace s'emploie √† faucher des foug√®res pour former une liti√®re tandis que Samael dresse un rempart autour de l'arbre creux qui a retenu leur attention sur l'√ģlot.
Puisque les deux se chamaillent, Marie surmonte alors sa crainte de l'inconnu et s'éloigne jusqu'à ne plus entendre les deux garçons.
Elle chasse avec Gédéon, son chien sans nom, souvenir d'un temps brumeux ou elle avait des parents.
C'est Horace qui l'a baptisé.
Sa première découverte est un champignon bleuté très appétissant.
Puis elle avise un monticule de champignons cr√®mes d'o√Ļ √©merge une martre surprenante. Elle devient son amie en lui c√©dant de la viande s√©ch√©e. C'est Louis le roi de l‚Äô√ģle qui les prend pour sujets jusqu'√† la prochaine lune √† la condition de le nourrir, parce qu'il a mang√© tout ses sujets.
Horace ne l'aime pas, pas plus que Gédéon.
Le lendemain, au matin, la main de Samael est toute poilue et la blessure occasionnée par le serment d'allégeance au roi Louis s'est envenimée.
Marie, elle, a été éveillée à presque-aube par la faim et le froid. Elle part en chasse avec Gédéon.
Vite, elle débusque un écureuil blessé à la patte, qui sollicite sa protection, Sganarelle. Samael dans un premier temps l'accepte et le panse, puis s'en détourne.
Survient Louis qui exige de dévorer Sganarelle.
Marie refuse.
Samael défie le roi et après une brève lutte, le roi déchu s'éloigne en clopinant.
Le temps passe. L'hiver approche.
Horace mange des vers pour dig√©rer les feuilles des arbres et passer l'hiver. Marie, h√©site, d√©go√Ľt√©e, puis l'imite.
Samael mange de tout, des écureuils aussi.
Il effraie ses amis qui ne savent plus si c'est un garçon ou un loup.
Horace le somme de renoncer à la viande et le menace de le perdre dans le bois. Piqué au vif, Samael veut s'emparer de son fusil pour prouver sa condition.
Il renonce à devenir loup.

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Bilan :

Mon idée était de reprendre le livret de la fugueuse de Girl Underground pour interroger les personnages et considérer la communauté des gamins comme The Girl.
Xavier s'est très vite immergé dans son personnage rebelle et ivre de liberté et Alexane a
pleinement joué l'ensauvagement effrayé de Marie. Effrayée par son audace et vite convaincue d'abandonner les bondieuseries stériles pour adopter une solidarité pragmatique avec ses compagnons.
J'aurais du poursuivre et intensifier l'expérience, mais une bonne migraine m'a conduit à nous interrompre sur la renaissance de Samael.

Alexane et Xavier ont beaucoup apprécié le ton, l'atmosphère et le récit en l'état leur convient.

Nous avons convenu de revenir sur une atmosphère début vingtième siècle pour la prochaine session.

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Commentaires :

Yakaab sur le Discord Millevaux :
Je reste toujours b√©atement admiratif de ta qualit√© de pr√©paration et de jeu de toi,  Claude, et de ta table.

Thomas :
C'est clair que ça fait beaucoup de préparation pour une heure de jeu. J'ai l'impression que la rêverie préliminaire a beaucoup d'importance pour toi, Claude.
Je suis sensible au traitement qui est fait durant la partie de la consommation de viande, évidemment puisque tu connais mes convictions, Claude.

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Réponse de Claude :
La préparation était destinée à plusieurs sessions de 2 heures.
Dans mon idée autant que de principes, puisque la demande de Xavier lors de la session précédente était une campagne.
C'est un fort mal de cr√Ęne qui m'a conduit √† √©courter la phase de fiction. Nous avions convenu des principes et d√©fini les attaches des personnages en 20 minutes et avions pr√©vu 2h30 de jeu (Alexane a une plage horaire fixe de disponibilit√©).
Cela dit tu as tout à fait raison en considérant que la rêverie préalable revêt une grande importance pour moi. Je commence cela dès la soirée qui suit celle du compte rendu...

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la Viande est l'un des thèmes majeurs de cette série.
L'arbre sur l'√ģle, trois sessions auparavant est un arbre √† viande noire, un nŇďud vers les milles et un vaux qu'ils ont franchi en quittant l'√ģle aux courges (bagne d'Indochine).
L'idée poursuivie c'est d'explorer le temps et les hommes entrés en contact avec cette viande noire.
L'idée c'est que pour le voyage en Nouvelle France, chaque session interroge une des croyances des pères jésuites pour lui substituer soit un paradigme de Millevaux soit une croyance affirmée en jeu par les joueuses.
Le traitement de cette errance était prévu initialement dans la tonalité conte macabre, motorisée, à la demande de Xavier avec Sève.
Je pense que la prochaine session sera motorisée par Inflorenza minima avec en creux mes principes et croyances.

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Lorsque j'ai interrogé Xavier sur le rêve dont se souvenait Samael au matin du premier jour de bivouac, Xavier m'a décrit des fleurs aux pétales violacées et aux tiges jaunes veinées de rouge sang.
L'une d'elle repose devant lui au matin.
Il l'a place sur sa tête hirsute et précise qu'elle s'enracine en lui.

Thomas :
Je serai très curieux de la session Inflorenza Minima ! J'apprécie la réponse de Xavier et l'aisance avec laquelle il s'accapare la narration :)

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#58 31 Aug 2021 07:14

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE SI√ąGE DES URSULINES

Nous testons le vieux jeu post-apo du Gr√ľmph dans une partie tr√®s tactique assez longue pour voir le grand potentiel du jeu, mais h√©las trop courte pour vraiment cr√©er de l‚Äôhistoire.

Le jeu¬†: Charognards, par Le Gr√ľmph, r√©cup√©rateurs de d√©chets dans un monde parti √† vau-l‚Äôeau sous la domination des extraterrestres

Joué le 21/10/17 à la Convention Scorfel

(temps de lecture : 7 min)


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Le contexte:

Charognards est un jeu de John Gr√ľmph qui tra√ģne sur mon disque dur depuis longtemps. Sa mise en page bricol√©e, un peu punk franchouillarde avec ses morceaux de catalogue Manufrance et autres revues coll√©es ici et l√† et ses photomontages d√©glingo a √©t√© d‚Äôune grande inspiration pour les maquettes de mes premiers livres Millevaux.

J‚Äôavais conscience du potentiel de ce jeu post-apocalyptique visiblement assez raz-de-terre comme je les aime (ici, on ne sauve pas le monde comme dans Krystal, on essaie d‚Äôabord de sauver sa couenne ou au mieux, celle de sa communaut√©), il √©tait plus que temps de le tester. J‚Äôai proc√©d√© √† une l√©g√®re adaptation dans le monde de Millevaux, en rajoutant de la for√™t comme √† mon habitude, et en rempla√ßant les extraterrestre qui font la loi dans le monde de Charognards par des horlas. Charognards, comme la plupart des jeux post-apo (sauf Millevaux), se situe peu apr√®s la chute de la civilisation, aussi les personnages les plus anciens ont connu l‚Äôavant. J‚Äôai conserv√© cet aspect car il est crucial dans la cr√©ation de personnage et c‚Äôest de toute fa√ßon quelque chose qui m‚Äôint√©resse m√™me si j‚Äôen ai fait l‚Äôimpasse quand j‚Äôai imagin√© Millevaux au d√©part¬†: il m‚Äôarrive de temps en temps de ma√ģtriser des parties de Millevaux qui d√©vient de la story line officielle en situant la chute de la civilisation √† notre √©poque, et en faisant jouer juste apr√®s.


L’histoire :

Je vais ici faire l‚Äôimpasse de la fiction, qui d‚Äôailleurs fut plut√īt courte tant c‚Äôest l‚Äôaspect technique des choses (cr√©ation de personnage, puis en cours de partie gestion des jets de d√© et du mat√©riel) qui nous a occup√©s.

En r√©sum√©, le groupe de personnage, des r√©cup√©rateurs ambulants, se r√©veillent au beau milieu d‚Äôune foire commerciale, en l‚Äôoccurrence une foire organis√©e dans le Couvent des Ursulines, qui est le lieu o√Ļ nous √©tions en train de jouer dans le cadre de la convention Scorfel (du couvent, il ne reste que le clo√ģtre, le reste est compos√© de b√Ętiments modernes d√©di√©s √† la vie culturelle et sportive). Le Couvent des Ursulines est devenu un march√© fortifi√© tr√®s convoit√© par les pillards, et donc les camelots passent la nuit √† l‚Äôint√©rieur du march√© pour parer √† toute √©ventualit√©.
Les personnages se r√©veillent donc en pleine nuit √† l‚Äôint√©rieur de ce march√©, en mode very bad trip, ils ne se rappellent pas de comment ils ont √©chou√© l√† (syndrome de l‚Äôoubli bien pratique pour lancer une action in media res, c‚Äôest un proc√©d√© dont j‚Äôai us√© et abus√© √† l‚Äô√©poque du jeu Grogne), ils essaient de piller des √©quipements en mode discret, mais ils ont maille √† partir avec un des gardes du march√© (arm√© de FAMAS) et avec des camelots qui se r√©veillent¬†: ils se retrouvent oblig√©s de tuer un garde. Ils veulent entreprendre une fuite mais la sortie principale du march√© est constitu√©e par un tunnel √† plusieurs portes, surmont√© de barbel√©s, bref une v√©ritable sourici√®re con√ßue par les gardes du march√© pour contr√īler les entr√©es et sorties. Ils d√©couvrent que le garde √† l‚Äôentr√©e de la sourici√®re a √©t√© abattu et r√©alisent que des pillards sont en train d‚Äôinvestir la sourici√®re. Ils attaquent les pillards et ¬ę¬†√á√†¬†¬Ľ, l‚Äôun des jeunes mutants du groupe, fait particuli√®rement un ravage. Ils arrivent √† l‚Äôextr√©mit√© de la sourici√®re, et se retrouvent confront√©s √† la cheffe des pillards, une redoutable colosse flanqu√©es de chiens mutants aux r√©flexes et aux sens hypertrophi√©s. Elle prend en otage l‚Äôun des leurs‚Ķ Fin en cliffhanger.



Descriptifs des personnages et de leur micro-communauté :

Silina, 50 ans, ancienne cuistot
look cambrousse / nomade
A perdu sa famille
A suivi le clan d'assez loin
Peut dispara√ģtre pendant des jours sans pr√©venir
Très bricoleuse
Conna√ģt toutes les plantes comestibles

Dio
Garçon d'environ 15 ans
Arc, couteau, fusil à pompe.
Aime les animaux à manger ou à adopter.

Me√Įwena
Couettes
fusils
sait se battre
veut une moto

Pr T. Egmon
Sorti d'une secte de scientifiques fascinés par les horlas.
Curieux pour la forêt
Tête de vieux fou, moustache asymétrique, Sympathie pour Nono

¬ę¬†√á√†¬†¬Ľ
greffé au groupe à un moment. N'a jamais parlé
porte un GPS
recouvert de peinture bleue
androgyne
porte une attention dérangeante au Pr T. Egmon
yeux noirs
posture animale

Hope
Petite fille de dix ans. Ses parents sont morts dans des circonstances qu'elle n'a pas rapportées au groupe.
S'est greffée au groupe en même temps que le Pr T. Egmon
Discute bien, discours pertinent.
Pas comique.

Figurants (nomades anarchiques) :

Les personnages les ont croisés il y a pas longtemps. Formation d'une communauté.
André : quincaillier, bricoleur, 50 ans
Rachelle : jeune martiniquaise, grande gueule, 18 ans, mariée avec André
Nono : mutant toubib, 8 ans, se soigne seul et soigne les autres, peut-être le fils d'André, prend les gens de haut
Trombone : cuistot / homme à tout faire, premiers soins, social, 40 ans, veuf, n'aime plus Rachel (ils ont failli être ensemble), a eu une copine qui est morte (musicien à ses heures perdues et pour le grand dam des oreilles des autres.


Feuilles de personnage

Me√Įwena

Jeune, origine : zone, implication : émeutière, survie : toute seule

Points de vie / fatigue / moral : 4/4/4

Bastonneur 4 (spé arme blanche)
Bidasse 1 (Scout)
Chasseur 2 (camouflage)
Conducteur 2 (moto)
Cuistot 1 (conservation)
Récupérateur 1 (mécanique)
Survivant 2 (psychologie)
Technicien 1 (mécanique)
Tête 1 (orientation)
Toubib 1 (premiers soins)



Çà

bébé, survie : seul
Mutations : lecture des émotions primaires, vision nocturne / thermographique, peau caméléon (+2dE en chasseur dissimulé), pistage (seuil +1)

Points de vie / fatigue / moral : 3/5/5 (2/0/5 à la fin du jeu)

Bastonneur 2 (spé empoignade, corps-à-corps)
Bidasse 1 (sang-froid, courage)
Chasseur 2 (approche furtive)
Conducteur 1 (reconnaissance)
Cuistot 1 (dépeçage)
Récupérateur 1 (création d'armes improvisées)
Survivant 1 (affronter terrains difficiles)
Technicien 1 (démontage)
Tête 1 (estimation météo)
Toubib 1 (médecine de brousse)

Hope
bébé, origine : parents morts
Mutations :
Polar (lit vite, mémoire photographique, toutes langues comprises et parlées, -1 seuil au jet de connaissance, +1 spécialité par jour)
Points de vie / fatigue / moral : 3/5/5

Bastonneur 1 (spé armes à distance)
Bidasse 2 (capable de dormir n'importe o√Ļ comme dans un lit)
Chasseur 1 (bonne reconnaissance des traces)
Conducteur 1 (très bon sens de l'orientation)
Cuistot 1 (capable d'identifier tout ce qui est mangeable dans un milieu)
Récupérateur 2 (reconnaissance des objets précieux échangeables)
Survivant 1 (anticipation de la météo)
Technicien 1 (réparation et utilisation des objets électriques)
Tête 1 (identification des mutations dans tout l'environnement)
Toubib 1 (bon en couture / suture fixe)

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Silina

√Ęge : vieille, origine : cambrousse, formation : lyc√©e professionnel, survie : communautaire

Points de vie / fatigue / moral : 5/3/3 (3/0/3 à la fin du jeu)

Bastonneur 1 (corps à corps)
Bidasse 2 (embuscade)
Chasseur 1 (pièges)
Conducteur 2 (engins lourds)
Cuistot 1 (organisation)
Récupérateur 3 (création)
Survivant 2 (réactivité)
Technicien 1 (plomberie et eau)
Tête 1 (plantes comestibles)
Toubib 2 (attelles)

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Pr T. Egmon
√Ęge : vieux, origine : cambrousse, formation : universitaire, implication : mystique

Points de vie / fatigue / moral : 5/3/3 (4/2/3 à la fin du jeu)

Bastonneur 1 (escrime)
Bidasse 2 (gestion de groupe)
Chasseur 2 (piégeage)
Conducteur 1 (bateau)
Cuistot 3 (plantes comestibles)
Récupérateur 1 (objets pratiques, de bricolage)
Survivant 1 (se cacher)
Technicien 2 (fabriquer outils)
Tête 3 (latin, connaissance des horlas)
Toubib 2  (plantes m√©dicinales)

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Dio
√Ęge : jeune, origine : campagne, implication : fuite, survie : seul

Points de vie / fatigue / moral : 4/4/4

Bastonneur 2 (armes blanches)
Bidasse 1 (résistance physique)
Chasseur 1 (arc, arme de projection)
Conducteur 1 (bateau)
Cuistot 3 (boucherie)
Récupérateur 1 (armes)
Survivant 1 (forêt, nature)
Technicien 1 (campement)
Tête 1 (animaux)
Toubib 1 (points de couture)

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Mise en jeu :

Je suis parti dans l'id√©e que la Salle des Ursulines, le lieu o√Ļ nous √©tions r√©unis pour jouer, allait √™tre le d√©cor de notre aventure, reconvertie en march√© fortifi√© dans le futur post-apocalyptique forestier de Millevaux. Cela nous servait de rep√®re, je montrais les diff√©rents endroits de la salle en expliquant comment ils avaient √©volu√©, j'ai aussi d√©crit la cour et le b√Ętiment derri√®re qu'on voyait par les fen√™tres, et les contre-all√©es qui √©taient en dehors de notre champ de vision mais qu'on connaissait, ainsi que l'escalier qui descend vers le clo√ģtre auquel se greffe la salle des Ursulines, reconverti dans mon imaginaire en sourici√®re avec cloisons, sacs de sable et barbel√©s.

Les figurants (André, Rachelle, Nono, Trombone) m'ont servi à montrer un peu l'exemple des types de personnages et de relations typiques d'un Charognard (de mémoire, au moins une partie étaient empruntés au livre de base).


Retour des joueuses :

Joueuse de Silina :

+ J'ai pas trop compris le système de dés.

Joueur de Me√Įwena :
+ Le système est un peu trop complexe, par rapport à Marchebranche qu'on avait testés avec toi l'année dernière (voir CR : La fille au ruban rouge).
+ Il y a une grande différence entre les bébés, les vieux et les jeunes. Les jeunes ont très peu de compétences, mais leurs pouvoirs sont cheatés. [on discute aussi pour savoir si oui ou non les mutants sont monodimensionnels, trop spécialisés dans une chose ou non]

Joueuse de Hope :
+ J'ai trouvé que ça a déclenché beaucoup de trucs d'ouvrir le portail.

Joueur de Pr T. Egmon :
+ Les persos sont trop polyvalents et pas assez skill√©s. [Joueur de Me√Įwena : mais du coup on sent le c√īt√© survie].


Retour personnel :

+ J'ai aimé improviser une situation de siège, qui est un type d'aventure proprement post-apocalyptique que j'ai pourtant peu exploité.


Retour sur le jeu :

Charognards dispose d‚Äôune quantit√© d‚Äôoutils pouvant g√©rer les aspects de Millevaux. La cr√©ation de personnage, qui d√©termine ton rapport √† la catastrophe, si tu es n√© avant ou apr√®s. Les personnages mutants √©voquent les maletronches de Millevaux. Les extraterrestres, surpuissants et aux motivations insondables, offrent une variation sur le th√®me du horla¬†: ici les horlas ont gagn√©, ils ne sont pas planqu√©s dans les ombres comme dans le Millevaux classique, ils sont les ma√ģtres du monde et c‚Äôest les humains qui doivent se cacher. La notion de communaut√© est une force du jeu, le concept de personnages r√©cup√©rateurs, la gestion des voyages (anxiog√®nes) tout comme du s√©dentarisme (on devient une cible) est super int√©ressante.

Le v√©ritable coup de cŇďur vient de la gestion du mat√©riel. Chaque joueuse dispose d‚Äôun plateau repr√©sentant ses sacs de voyages avec un nombre de cases repr√©sentant la quantit√© de mat√©riel pouvant √™tre transport√©. Et le jeu fournit des planches de mat√©riel tr√®s compl√®te, allant des armes aux dispositifs de survie √† des types de mat√©riel assez h√©t√©roclites qui vont faire parler l‚Äôinstinct de MacGyver des joueuses. Ici, il n‚Äôy a que du mat√©riel qui peut avoir une utilit√© dans un contexte de survivalisme, y‚Äôa pas de banjo ou de journal intime. En fait, ce JDR est carr√©ment un exercice pratique pour collapsologue radical.

On a tous trouv√© √ßa tr√®s fun et en campagne, √ßa doit √™tre vraiment jouissif. Par contre, mon id√©e de faire d√©marrer le groupe au milieu d‚Äôun march√© √©tait assez piteuse, car malgr√© les gardes, les personnages ont tent√© (et r√©ussi) de r√©cup√©rer des √©quipements suppl√©mentaires, ce qui cassait la dynamique de p√©nurie. Limite, je me demande si l‚Äôexistence m√™me de ce march√© avait une quelconque pertinence dans le contexte de Charognards o√Ļ l‚Äôaccent mis sur la p√©nurie est tr√®s fort, et donc une telle structure √©tait peut-√™tre too much. Les extraterrestres auraient d√Ľ la rep√©rer et la neutraliser bien avant. Un march√©, √ßa devrait √™tre deux roulottes avec trois bricoles, point. L√†, c‚Äô√©tait le supermarch√© en mode survival.

Les mécaniques de jeu (jets de dés, combat) sont très crunchy, ça s’est ressenti par une création de personnage longue et une mise en jeu assez longue également. Ce n’est pas un jeu pour one-shot ! Il faut une campagne pour apprivoiser le système et que ça devienne fluide.

C‚Äôest un jeu du Gr√ľmph assez atypique je trouve, plus d√©sesp√©r√© que sa moyenne.¬†Les personnages ont un gros potentiel, mais on sent que le monde est hyper dangereux, la parano r√®gne et on a int√©r√™t √† se serrer les coudes entre membres de la micro-communaut√© parce que le reste du monde ne vous fera pas de cadeau, hormis quelques chiens perdus sans collier qu‚Äôon ramassera sur la route et √† qui on va s‚Äôattacher malgr√© le lot d‚Äôemmerdes que √ßa va immanquablement entra√ģner.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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#59 17 Sep 2021 08:41

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LA FOR√äT MYST√ČRIEUSE

Un jeu de société jeunesse sur le thème de la forêt ? C'était forcément à tester !

(temps de lecture : 3 min)

Le jeu : La For√™t Myst√©rieuse, jeu de soci√©t√© familial o√Ļ on incarne un gamin parti √† l'assaut de l'Araign√©e G√©ante de la for√™t.

Joué le 29/10/2017 aux 24 heures du jeu à Theix (Morbihan)

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D√©j√† en 2017, l'id√©e de concevoir des jeux de soci√©t√© ou des jeux de cartes Millevaux me trotte en t√™te. Au hasard de ce salon de jeu cher √† mon cŇďur que sont les 24 heures du jeu (aujourd'hui Lud'Ouest, il s'agit d'un festival dont j'ai dirig√© l'√©quipe √† sa cr√©ation en 2007, jusqu'en 2009), j'aper√ßois La For√™t Myst√©rieuse dans les jeux en d√©mo, et je convaincs l'ami qui m'accompagnait d'y jouer.

Dans ce jeu, on incarne √† plusieurs un gamin qui part de sa maison avec une √©p√©e en bois et traverse une for√™t fantasmagorique jusqu'√† la confrontation finale avec un monstre arachno√Įde qui fait office de dragon pour ces lieux.

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Tout d'abord, le jeu est magnifique. Les cartes sont peu nombreuses, mais leurs illustrations, en couleur directes et l√©g√®rement manga, sont de toute beaut√©. Les couleurs vives forment un beau tableau d'un monde v√©g√©tal absolument alien, o√Ļ le r√®gne animal (une faune √©trange ou dangereuse) et min√©rale (des for√™ts de cristaux) est aussi √† l'honneur.

J'ai trouvé le gameplay franchement astucieux. La Forêt Mystérieuse est une sorte de Mémory amélioré. On dévoile d'abord les cartes qui vont constituer le parcours du héros à travers la forêt. Chaque carte illustre un défi que le gamin aura à relever (éviter une chute, combattre un monstre, etc) et comporte des pictogrammes représentant les équipements nécessaires pour relever le défi.

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Une fois qu'on a visualisé ce parcours et qu'on l'a mémorisé, on remet les cartes face cachée. il faut maintenant remplir la besace du gamin avec des jetons d'équipement : le but est de s'être assez bien rappelé pour avoir en effet les bons équipements quand il faudra faire le parcours !

Il y a pas mal de jokers et des niveaux de difficulté à choisir : c'est un jeu familial, on peut choisir de jouer en mode easy-win ou corser un peu le défi.

Pour se rappeler des √©quipements, il nous est aussit√īt venu √† l'esprit de surtout m√©moriser l'histoire que racontait chaque carte : pourquoi le gamin utilisait tel et tel √©quipement pour venir √† bout du d√©fi... et c'est ce qui nous a permis de bien m√©moriser et donc de gagner. Cette m√©canique m'a sembl√© hyper pertinente pour symboliser le syndrome de l'oubli, et je compte la mettre √† profit dans mon projet de jeu de cartes Millevaux tactique / narratif, avec des syst√®mes de cartes qu'on visualise puis qui sont repositionn√©es face cach√©e, alors il faut se raconter une histoire pour s'en souvenir...

Seule ombre au tableau : La For√™t Myst√©rieuse est un jeu sp√©ciste. L'objectif c'est d'aller buter une araign√©e g√©ante et √ßa n'est pas plus expliqu√© que √ßa, le jeu suppose que dans les contes pour enfants, les araign√©es, c'est beurk, c'est des monstres nuisibles ou dangereux qu'il faut √©radiquer. En tant qu'animaliste, c'est bien s√Ľr un message qui me g√™ne au plus haut point. Mais qui m'interroge √©galement sur mon traitement personnel des horlas, qui sont tout comme le monstre arachno√Įde de La For√™t Myst√©rieuse, des antagonistes animalo√Įdes qu'on trucide assez souvent sans se poser de questions... La paille, la poutre, vous connaissez l'histoire.

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#60 28 Sep 2021 13:17

Thomas Munier
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Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE SANCTUAIRE

O√Ļ il est question de trouver une terre promise dans une Moselle irradi√©e et de se soustraire aux app√©tits d'un Shoggoth¬†!

(temps de lecture : 5 min)

Le jeu¬†: Cthulhu Dark 1√®re √©dition VF, de Graham Walmsley (traduit par Le Gr√ľmph), un condens√© de lovecrafterie pour les hipsters press√©s.

Joué le 03/11/2017 aux Utopiales, à Nantes

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Gareth Courage, cc-by-nc, sur flickr


Le contexte:

A sa lecture, Cthulhu Dark m‚Äôa fait l‚Äôeffet d‚Äôune bombe, et je ne suis pas le seul, tant la premi√®re √©dition, un pdf de quelques pages, a d√©fray√© la chronique¬†: c‚Äô√©tait LA nouvelle mani√®re de faire du jeu de r√īle lovecraftien, une sorte de r√©invention post-moderne de L‚ÄôAppel de Cthulhu qui allait √† l‚Äôessentiel.

Cthulhu Dark est en effet un petit bijou d’élégance et brille par quelques mécaniques puissantes à mes yeux :
+ la possibilité de lancer deux dés supplémentaires : le dé de santé si on met sa santé physique en jeu, et le dé de folie si on met sa santé mentale.
+ le fait de devoir détruire des preuves de l’existence du Mythe pour récupérer de la santé mentale.
+ le fait que les combats contre les créatures du Mythe ne sont pas motorisés : les créatures gagnent, point.

J‚Äôavais fait un premier test (sans compte-rendu) en petit comit√©, dans un contexte purement Cthulhu ann√©es 20, autour du De Vermiis Mysteris et d‚Äôune invasion de vers. J‚Äôavais tout particuli√®rement appr√©ci√© l‚Äôambiance et je me disais que j‚Äôavais trouv√© mon Graal pour faire du Cthulhu sur le pouce, sans fioritures (je rappelle qu‚Äô√† L‚ÄôAppel de Cthulhu, une cr√©ation de personnage c‚Äôest entre 10 √† 30 minutes selon l‚Äôexp√©rience de la joueuse, ici on est plut√īt sur une minute).

De fil en aiguille, je me suis dit que c‚Äô√©tait adapt√© pour jouer le versant le plus lovecraftien de Millevaux. J‚Äôai donc test√© le jeu avec une seule adaptation technique¬†: pour r√©cup√©rer de la sant√© mentale, il ne fallait plus d√©truire des ouvrages du Mythe, mais tuer des personnes d√©positaires de secrets du Mythe. Ce changement me paraissait mettre en valeur le c√īt√© dur de Millevaux et √©liminer le c√īt√© grimoire ancien qui est assez absent de Millevaux (quand on d√©couvre un catalogue Ikea encore lisible, c‚Äôest d√©j√† une victoire, alors un vieux tome m√©di√©val bouff√© aux mites‚Ķ)


L’histoire:

Je ne vais pas m’appesantir sur la fiction, mais grosso modo le groupe était à la recherche d’une terre promise épargnée par la radioactivité, ils ont exploré une fête foraine désaffectée (j’étais content de mettre en scène ce type d’environnement pour la première fois alors que j’ai été biberonné aux photos de parcs d’attractions abandonnés), rencontré Winchester, un type louche et impulsif armé d’un fusil (c’était en fait un liquidateur qui aurait pu les aider), recueilli un gamin dans les autos-tamponneuses (Petit Claude), traversé une forêt hantée par un shoggoth.
Ils se sont embrouillés avec Winchester, qui a tué Sélène, l’une des leurs. Lucas assomme Winchester, et au réveil, il leur explique qu'il est un veilleur. Ortie fait une fausse potion d'oubli : Winchester repart avec les munitions que lui avait pris le Vieux Tanin en échange du médaillon des veilleurs.
Petit Claude trippe sur les microbes qui l’effraient, et avec un microscope qu’il a dégotté, Prof réalise qu'ils ont tous des microbes sur la peau… Angoisse.

Les personnages ont finalement atterri √† Fr√©min, leur fameuse terre promise, qui s‚Äôest av√©r√©e √™tre‚Ķ une centrale nucl√©aire (en l‚Äôoccurrence la centrale de Freyming-Merlebach. Erreur de ma part, d‚Äôailleurs¬†; apr√®s fact-checking, il n‚Äôy a pas de centrale √† Freyming-Merlebach, mais √† Cattenom, situ√©e 52 km plus loin). Les occupants de la centrale acceptent de faire rentrer les personnages sous la surveillance de leurs snipers, mais √† l‚Äôint√©rieur, ils leur expliquent que la centrale, si elle √©met la radioactivit√© qui contamine les environs, est elle-m√™me un lieu de s√Ľret√©¬†; il est fortifi√© et ses tenanciers disposent de capsules d‚Äôiode contre la radioactivit√©. La cheffe de la centrale termine son discours en annon√ßant que les personnages vont √™tre fusill√©s parce qu‚Äôils n‚Äôont pas assez de vivres pour les accueillir et qu‚Äôils ne peuvent pas non plus les laisser repartir maintenant qu‚Äôils en savent trop.


Descriptif des personnages :

Prof, petit gaillard, petites lunettes, érudit, son père explorait déjà le monde, a constitué un dossier-encyclopédie. Dégarni, moustache. Un jour son père a disparu, Prof ne sait plus pourquoi. Bonne mémoire, de ce qui est pas dans le dossier, peut être fasciné par ce qu'il découvre dans la forêt. Petit labo portable, sait cuisiner.

Sélène. 25-30 ans, pisteuse. Occupation principale : repérer les endroits importants, susceptibles d'être dangereux, chasse pour le village. D'un naturel discret, observateur. Vive et claire. Yeux de chouette lui confèrent une bonne vue. Arc et flèche, couteau de chasse, radio, armure de cuir, matériel d'escalade. Pendant l'attaque du shoggoth, était partie en forêt.

Charlie, b√Ľcheronne, bon sens de l'orientation, m√©cano, construit des pi√®ges et des poulies, petit couteau, des ressorts, des lacets en cuir, se nourrit par photosynth√®se, veines qui brillent la nuit.

Le Vieux Tanin
Barbu hirsute, bedaine, premiers soins, colporte les ragots

Ortie
Herboriste, guérisseuse. Calme. Sang-froid. Sceptique, prend du recul. Sensible, observe beaucoup les gens et les choses pour se mettre à leur place.
Entend les morts mais ne sait pas trop ce que ça peut lui apporter/
Dans le village, était avec sa mère, une vieille femme connue dans le village pour faire des miracles, lui a transmis son art, des techniques d'un monde ancien. Pendant l'attaque, on n'a rien retrouvé d'elle. Persuadée qu'elle est toujours vivante. Sa mère avait une grosse boucle de ceinture, retrouvée chez l'ermite.
A un chien.

Cr√®ve-cŇďur
B√Ľcheron, fils de b√Ľcheron. Muscl√©, imbu de lui-m√™me, peu impressionnable. Hache, pull de laine, besace, gourde, support (claie de portage)


Feuilles de personnage :

Ortie
Santé 1 Folie 2
occupation : herboriste, médecin
traits : calme, sang-froid, sceptique, sens de l'observation
Mutation : entend les morts
√Čquipement : herbes, serpe, petit couteau, boucle-ceinture, chien

Cr√®ve-cŇďur
Santé 1 Folie 2
occupation : b√Ľcheron
traits : fort, peu impressionnable
√Čquipement : hache, pull de laine, besace (corde, gourde d'eau, trousse de secours), clef de portage

Charlie
Santé 1 Folie 2
Occupation : b√Ľcheronne
traits : sens de l'orientation, mécano/pièges
mutation : ses veines brillent la nuit (photosynthèse, vert luciole)

Le Prof
Santé 4 Folie 1
occupation : ¬ę¬†√©rudit¬†¬Ľ
traits : bonne mémoire, un peu dans son monde/curieux
√Čquipement : dossiers de mon p√®re que je continue, besace, labo portable, sac √† dos (mat√©riel de cuisine)

Le Vieux Tanin
Santé 3 Folie 2
Occupation : barbier
Traits : colporte les ragots, premiers soins
√Čquipement :
rasoirs, matos à aiguiser, ciseaux, trousse de soins, nécessaire de toilette, sac à dos

Sélène (décédée en cours de jeu)
Santé 1 Folie 2
Occupation : pisteuse
traits : alerte, observateur
mutation : yeux de chouette
équipement : arcs et flèches, couteau de chasse, armure de cuir, matériel d'escalade (corde, grappin), kit de survie, kit de pièges

Brook
Santé 1 Folie 2
Occupation : pisteuse
traits : alerte, observateur
mutation : truffe de chien
équipement : arcs et flèches, couteau de chasse, armure de cuir, matériel d'escalade (corde, grappin), kit de survie, kit de pièges


Commentaires :

Retour du joueur de Cr√®ve-cŇďur :
+ Le système de jeu est très bien. C'est le MJ qui fait tout le boulot. On est pas écrasés par les règles

Retour de la joueuse d'Ortie :
+ Parfois on avait tellement de pouvoir que √ßa manquait de coh√©rence. [R√©ponse de Thomas : J'ai oubli√© une partie des r√®gles. J'aurais d√Ľ vous demander des jets de folie plus vite, ce qui aurait acc√©l√©r√© l'attrition.]

Retour personnel :

+ La partie fut intéressante, mais j'ai trouvé que l'attrition de Cthulhu Dark manquait de rapidité, donc même mise à part mes oublis, je pense que les joueuses ne peuvent pas se sentir en danger à l’échelle d’un one-shot, et ma règle maison pour récupérer de la santé mentale n’a pas eu du tout l’occasion d’être testée : le jeu est plus adapté pour des campagnes courtes que pour des séances uniques.
+ Par ailleurs, malgr√© quelques conseils percutants, la premi√®re √©dition de Cthulhu Dark demeure un nano-game¬†; c‚Äôest surtout un syst√®me de r√©solution, c‚Äôest r√©serv√© aux grognards de L‚ÄôAppel de Cthulhu ou aux improvisateurs n√©s¬†: car le jeu nous laisse plut√īt en slip pour construire de la narration. S‚Äôil faut y jouer dans l‚Äôunivers de Cthulhu, des aides de jeu type tables al√©atoires et Almanach, voir les sc√©narios de ma plume ou de la communaut√©, peuvent s‚Äôav√©rer indispensables si vous d√©butez dans Millevaux.
+ Je dois me pencher sur Trophy, un hack de Cthulhu Dark appliqu√© √† un univers √©voquant Symbaroum, qui propose s√Ľrement une adaptation plus appropri√©e √† l‚Äôhorreur foresti√®re.


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