Le forum officiel de SOMBRE
Terres Etranges

Sombre Cthulhu DDR Millevaux Hotline Inviter Johan Scipion Conseils d'achat Tipeee

Vous n'êtes pas identifié(e).

Annonce

HOTLINE ++ ACHETER Sombre ++ CONSEILS d'achat ++ SOUTENIR sur Tipeee ++ INVITER l'auteur

#41 31 Jan 2020 10:59

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LA T√ČN√ČBREUSE

Une nouvelle incursion millevalienne dans ce jeu de donjon enfantin, avec la rencontre de moultes créatures aussi sympathiques qu'inquiétantes. Un enregistrement de partie par Claude Féry.

Le jeu : Milky Monsters, de Valentin et Guillaume Jentey, un jeu de r√īle adapt√© aux enfants pour jouer des aventures dans un univers d'heroic fantasy

Joué le 09/03/2019

Lire / télécharger la partie enregistrée au format mp3

3454334457_18fc77e0f8_z.jpg
Frank Starmer, cc-by-sa, sur flickr

Cet épisode fait suite à une première aventure jouée avec Milky Monsters : Pigasus.


Thomas, retour après écoute :


A. Un épisode délibérément plus gris et millevaux que le premier

B. Le crocodile gourmand est tour à tour terrifiant et marrant:)

C. Moi je me méfierais des corbeaux et je ne les suivrais ni eux ni leurs conseils..

D. La sorcière aux yeux charbonneux est-elle un Corax ?

E. Le monstre qui vole les dents des enfants et qui récupère leur vrai nom, ça vient des notes de Surnature, n’est-ce pas ?

F. Sympa de mettre un saule, j’oublie trop souvent de mentionner les essences d’arbres

G. Ils tombent et tu d√©clare la perte de leur √©quipement mais tu leur permets de r√©cup√©rer aussit√īt leur mat√©riel¬†: seulement une partie ou la totalit√©¬†?


Réponse de Claude :

A. et G. En partie seulement, mais l'id√©e ma√ģtresse de Milky Monsters c'est qu'ils doivent gagner √† la fin. En somme je l'ai teint√© Millevaux mais j'ai tent√© de coller √† la proposition de Guillaume et de rester sur une histoire √† hauteur d'enfant. Xavier avait vraiment la frousse √† certains moments mais cela permettait √† Mathieu de jouer le grand fr√®re et cela a augment√© son plaisir de jeu.

B. Là c'était une incursion dans l'univers de Sedeck Siew et Munkao qu'a reconnu immédiatement Gabriel.

C. Mais les garçons sont fans de Corbeaux alors pour moi la tentation était trop forte et les émotions partagées autour de la table provenaient autant des personnages que des joueuses.

D. Oui

E. Je ne me souvenais pas avoir lu ce passage. Lorsque j'ai préparé la partie j'avais le dessin de Valentin et le petit bonhomme au fond de l'estomac de la créature. Le dentophage est un monstre que j'ai glané dans mes lectures de la scène osr anglophone et que j'avais traduit pour moi en me disant qu'il serait un méchant tip top pour les garçons.


Réponse de Thomas :

C. En r√©alit√©, les Corax ne sont pas forc√©ment dangereux, cruels, trompeurs ou mal√©fiques. Ils peuvent aussi √™tre dot√©s de bonnes intentions. Cela va d√©pendre de leur clan, de leur voie et des individualit√©s. Les PJ Corax dans mes parties d'Inflorenza √©taient plut√īt du c√īt√© du bien, en tout cas de la lutte contre les horlas :)

E. Le monstre qui vole les dents des enfants est un classique de la litt√©rature enfantine. Par co√Įncidence, il s'av√®re que je l'avais moi aussi repris √† mon compte dans mes notes pour Surnature (je crois que √ßa figure dans la derni√®re mise √† jour du document) :)


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#42 05 Feb 2020 06:49

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

J‚ÄôAI TU√Č POUR TON NOMBRE

Une suite multipliant les jeux, les mises en ab√ģme, la contagion foresti√®re et le d√©lire num√©rologique.

Joué le 27/10/2018

6096495660_4732a5c0c7_z.jpg
Jonathan Gray, cc-by-sa, sur flickr

√Čpisodes pr√©c√©dents¬†:

1. Le Peuple des Ruines (joué avec The Quiet Year)
Damien Lagauz√®re reprend sa cosmogonie personnelle de Millevaux avec l‚Äôintro d‚Äôune troisi√®me campagne solo qui am√®ne beaucoup de pistes intrigantes et fait √† nouveau planer la menace des CŇďlacanthes et la perspective de nouveau cauchemars¬†!

2. Un clou dans la main, deux trous pour les yeux (joué avec Omniscience)
Souvenirs psychotiques d‚Äôun futur ant√©rieur o√Ļ la menace horla prend des allures de guerre totale.


Et voila donc le dernier CR en date ? celui-l√† a √©t√© jou√© avec Dans La Nuit Longue et Glaciale  (un mini PBTA) et 2 jeux Protocol (le Tueur du Calendrier et Eons). j'ai aussi jou√© un cauchemar de CŇďlacanthes, r√©utilis√© le contexte de Lacuna, rajout√© un p‚Äôtit interm√®de avec Omniscience et un article r√©dig√© selon les r√®gles des Forges d'Encre. Pour vraiment conclure ce chapitre, je dois d'ailleurs encore en √©crire un mais bon, √ßa attendra un peu, y a pas urgence ^^ maintenant, je dois trier toutes mes notes et pr√©parer ma partie avec le personnage du Kraken et... pr√©parer aussi tout ce qui concernera La Trilogie de la Crasse. j'attends d'ailleurs de recevoir Mantra et Mantoid que j‚Äôinclurai l√† dedans ?

L'histoire :

DLN...
    Je suis l'agent Damon Haze. Je travaillais pour le FBI. Aujourd'hui, je travaille pour la Compagnie. Je poss√®de un niveau d'accr√©ditation Vert. Je n'ai donc pas encore vraiment acc√®s √† Blue City. Je dois encore faire mes preuves. Je suis d'ailleurs en train de les faire.
    On m'a charg√© d'une affaire digne de celles sur lesquelles je travaillais au sein du FBI, le Tueur du Calendrier. Un cas difficile puisque ce tueur n'op√®re que le 13√®me jour du 13√®me mois. C'est dans le cadre de cette enqu√™te que je me suis retrouv√© avec... √ßa¬†!

    Alors que je voyageais √† bord d'un h√©licopt√®re avec un dangereux virus, une violente temp√™te a √©clat√©. J'ai eu le temps de sauter de l'appareil avant que celui-ci ne s'√©crase sur le flanc d'une montagne. Je suis seul, perdu au milieu d'une for√™t brumeuse et enneig√©e, √† plusieurs kilom√®tres du crash. √Ä mon r√©veil, j'entends des coups de feu. Avec pour seules ressources du mat√©riel d'escalade et quelques rations, je vais devoir survivre, d√©couvrir la v√©rit√© sur ce lieu et d√©couvrir ma vraie nature. Mais pour l'heure, j'ai froid. Et plus encore, je me sens terriblement d√©prim√©.

EONS
Nom : Damon Haze
R√īle¬†: Enqu√™teur. Il a le truc pour poser les bonnes questions et rep√©rer ce qui n'est pas √† sa place.
Motivation¬†: R√©compense/Provocant¬†: ce n'est pas pour rien qu'il a quitt√© sa place au FBI pour la Compagnie. Il veut en savoir plus sur cette affaire ¬ę¬†Millevaux¬†¬Ľ et il est convaincu que c'est en gravissant les √©chelons de la Compagnie qu'il en apprendra plus. Il n'est pas pr√™t √† tout mais presque et prendra les initiatives n√©cessaires.
Relations¬†: Romance/Folie¬†: tout a chang√© pour Johanna Ackermann depuis que la lumi√®re a √©t√© faite sur l'existence et le r√īle de Sodek NoFink dans toute cette histoire. Sur le plan l√©gal, rien n'a pu lu √™tre reproch√©. Aussi, elle est libre. Mais son √©quilibre psychologique est plus pr√©caire que jamais et maintenant qu'il n'appartient plus au Bureau, Haze entretient une relation de proximit√© relativement ambigu√ę avec celle dont il ne sait plus si elle est victime ou bourreau dans cette affaire.

LE TUEUR DU CALENDRIER
Nom : Damon Haze
R√īle¬†: Enqu√™teur. L‚Äôenqu√™teur a le don pour poser les bonnes questions et rep√©rer ce qui n‚Äôest pas √† sa place.
Motivation¬†: Impulsif/Envie¬†: ce n'est pas pour rien qu'il a quitt√© sa place au FBI pour la Compagnie. Il veut en savoir plus sur cette affaire ¬ę¬†Millevaux¬†¬Ľ et il est convaincu que c'est en gravissant les √©chelons de la Compagnie qu'il en apprendra plus. Il n'est pas pr√™t √† tout mais presque et prendra les initiatives n√©cessaires.
Relations¬†: Romantique/Argent¬†: si Haze entretient une relation ambigu√ę avec Johanna Ackermann, c'est √©galement le cas avec Edes Corso, l'h√©riti√®re de la famille Corso qui a fait fortune dans la fabrication et la vente d'armes. Ils se sont connus au moment o√Ļ Haze quittait le FBI pour la Compagnie. Il ne peut s'emp√™cher de se demander si c'est vraiment par hasard que leurs chemins se sont crois√©s. Edes Corso n'est pas seulement riche, elle est aussi tr√®s pieuse et se sent investie, comme tous les membres de sa famille, d'une sorte de mission. Elle accorde beaucoup d'importance aux questions de foi et de morale, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de Haze qui, depuis Millevaux et Ackermann, navigue en eaux troubles aux fronti√®res de l'occulte.

XxXxX

    Haze n'attend pas d'en savoir plus quant √† ces coups de feu. Spontan√©ment, il court dans la direction oppos√©e et se retrouve √† d√©valer √† toute vitesse ce flanc de montagne enneig√©e. √Ä mesure qu'il s'√©loigne de l'origine des d√©tonations, il prend un peu plus le temps d'observer son environnement. Quelque chose cloche. Une for√™t sous la neige, OK¬†! Mais pas une for√™t comme √ßa. Haze finit par s'arr√™ter pour examiner un arbre. Il s'agit d'un arbre typique d'un for√™t tropicale. Il n'y conna√ģt rien, certes, mais il sait reconna√ģtre un arbre tropical et il sait que ces r√©gions ne connaissent jamais de p√©riodes de neiges. Donc, quelque chose cloche.
    L'espace d'un instant, il se demande si... mais non, impossible¬†! Son niveau d'accr√©ditation est vert. Il n'a pas acc√®s √† Blue City et m√™me dans ce cas, il faudra que ce soit une m√©ga-interf√©rence pour que la ville apparaisse sous cette forme. O√Ļ a-t-il atterri¬†? Quel est cet endroit¬†?
    Haze v√©rifie le contenu de ses poches et de son sac. Du mat√©riel d'escalade, super¬†! Des rations, mieux¬†! Le Virus, le plus important. Il doit l'emmener quelque part, mais o√Ļ¬†? Curieusement, sa m√©moire lui joue des tours. C'est comme quand on cherche un mot qu'on a sur le bout de la langue. On le conna√ģt, pas de probl√®me l√†-dessus¬†! Mais pour l'instant, impossible de s'en rappeler. √áa reviendra, on le sait. Mais quand¬†? Pas trop tard esp√®re-t-il.
    Par contre, il se rappelle bien de quelque chose. Le Virus. Le Cruel Centip√®de. Le Virus a √©t√© con√ßu √† partir d'extrait du Cruel Centip√®de. Ce n'est pas facile, mais Haze rassemble sa m√©moire. Il doit fixer ses id√©es quant au Virus avant d'oublier. Il sait que ce lieu, cet endroit, cette for√™t va tenter de lui faire perdre la m√©moire. Parce que cette for√™t est... Millevaux. Et le Cruel Centip√®de est issu d'une variation, d'une interpr√©tation de Millevaux. Le Virus est une variation de Millevaux. Une mutation de Millevaux. Parce que Millevaux est une maladie. Une maladie qui alt√®re le temps et l'espace. Une maladie qui se r√©pand d'autant plus facilement que, sous licence Creative Commons, l'acc√®s √† ses diverses interpr√©tations est gratuite. Auteurs comme joueurs peuvent s'en emparer sans probl√®me pour cr√©er et r√©pandre leurs propres versions de Millevaux. Mais d√©j√† il a oubli√© comment il avait mis la maison sur cette version, le Cruel Centip√®de. Est-ce la Compagnie qui lui a donn√© ordre de le remettre √† quelqu'un, quelque part¬†? Ou alors, l'a-t-il d√©rob√© √† quelqu'un et doit-il le remettre √† la Compagnie au plus vite¬†?
    Ces pens√©es d√©rivent alors vers les deux femmes qui partagent ses pens√©es et sa vie actuellement. Johanna Ackermann d'abord. Il culpabilise de cette relation car il sait au fond de lui qu'il l'entretient en grande partie pour percer le myst√®re entourant son ¬ę¬†autre¬†¬Ľ personnalit√©¬†: Sodek NoFink. Et Edes Corso. Il ne sait pas ce qu'elle lui trouve. Elle a tout. L'argent, le pouvoir, la beaut√©. Pourquoi s'√™tre int√©ress√©e √† lui¬†? Et lui, pourquoi s‚Äôint√©resse-t-il √† elle, si diff√©rente, issue d'un monde si lointain. Un monde si lointain¬†?
    Sans s'en rendre compte, il a repris sa marche dans la neige et est arriv√© dans une clairi√®re. L√†, un autre fait √©trange. Au milieu de cette for√™t tropicale, un arbre qui une fois de plus n'a rien √† faire l√†¬†: un Noyer. Haze se sent bizarrement attir√© par l'arbre. Quelque chose en lui... Non, quelqu'un √† l'ext√©rieur de lui sait que ce qu'il s'appr√™te √† faire est compl√®tement stupide et que cela va le pr√©cipiter dans un monde de cauchemar. Il sait que toutes ses interrogations ne sont que de futiles tentatives de gagner du temps car il va le faire. Il ne peut pas faire autrement. Il tente de se convaincre que cela lui permettra de mieux comprendre ce qu'a v√©cu Johanna. De mieux cerner la personnalit√© d'Edes. Une √©trange association d'id√©es lui fait songer √† l'Had√®s. Et si la belle h√©riti√®re √©tait son monde des morts¬†? Alors, Johanna serait la vie. Non, elle est la folie. Apr√®s √Čros et Thanatos, il y aurait Hybris et Thanatos¬†? L'Hybris¬†? Dionysos¬†?
    Haze soupire et regarde la Noix qu'il trouve dans le creux de sa main. Dans son sac, il se saisit d'un mousqueton d'escalade et s'en sert pour en briser la coquille. Une soudaine rafale de vent lui arrache quelques larmes. Il songe alors √† cette chanson de Laibach, Hell Symmetry et √† ces quelques mots relatifs √† la ¬ę¬†7 deadly sins industry¬†¬Ľ. Sans m√™me songer √† s'essuyer les yeux, il gobe la Noix...

    Il ouvre les yeux. Il est l√† mais n'est pas l√†. Il se voit quelques m√®tres devant lui. Il se souvient. C'√©tait avant de venir profiler au FBI. Il √©tait alors n√©gociateur. Il intervenait l√† sur une prise d'otage. Cette grande avenue. Laquelle¬†? Quelle ville¬†? Il a d√©j√†... oubli√©... Cette grande avenue avait √©t√© bloqu√©e, √©vacu√©e par les forces de l'ordre. Le forcen√©, un braqueur en fuite, s'√©tait r√©fugi√© dans un bus et avait pris les passagers et le conducteur en otage. Des snipers avaient √©t√© plac√©s en des endroits strat√©giques dans les immeubles de chaque c√īt√©. Des SWAT, positionn√©s dans les rues perpendiculaires, attendaient le feu vert pour intervenir. Lui, tentait de gagner du temps, d'obtenir qu'il lib√®re les otages et de d√©tourner son attention pour permettre aux SWAT, men√©s par son co√©quipier, de s'approcher sans √™tre vus. Qu'est-ce qui avait cloch√©¬†? Tout semblait bien se passer puis la situation a d√©g√©n√©r√©. Le braqueur a √©t√© abattu mais des otages sont morts et son co√©quipier a re√ßu une balle qui lui a sectionn√© la moelle √©pini√®re. Haze revoit la sc√®ne de loin mais la revit de l'int√©rieur. De loin, il voit cette petite porte d'environ 1m de haut. √Čtait-elle vraiment l√† ce jour¬†? Il ne sait pas. Et s'il l'avait emprunt√©¬†? O√Ļ l'aurait-elle men√©¬†? Quelque part d'o√Ļ il aurait pu sauver son co√©quipier¬†? Et si... Il fait un pas dans cette direction. Et ce retrouve au milieu d'un cercle compos√© d'hommes et de femmes nus √† t√™te de sanglier, le corps couvert d'humus, de mousse et d'asticots. Ils se tiennent debout, les bras crois√©s, sans mot dire. Autour de lui, la moisissure a pris des proportions dantesques : buissons de mousse et masses fongiques. Le limon coule de partout. On entend un grondement et on sent la terre trembler. Il pense alors √† Johanna, √† Sodek et, va savoir pourquoi, √† Shub-Niggurath. Puis, les hommes et femmes sangliers disparaissent. Il n'en reste plus qu'un, avec une verge d'une taille monstrueuse qui pend entre ses cuisses et deux seins gonfl√©s de lait. Verge comme seins d√©goulinent de pus. Immobile, inerte, il se contente de dire : ¬ę¬†Fais pire, au nom des Abysses.¬†¬Ľ
    Pire¬†? Qu'est-ce qui peut √™tre pire que ce fiasco √† part avoir tir√© lui-m√™me sur son co√©quipier¬†? √Ä part l'avoir... tu√©¬†?
    De tout cela, rien n'est r√©el. Haze le sait et c'est pour √ßa qu'il pointe son arme en direction du cr√Ęne de son co√©quipier et qu'il tire. Il garde les yeux ferm√©s si fort que √ßa lui fait mal mais il ne veut pas les ouvrir. Il attend d'entendre siffler les coups de feu. Il attend d'entendre les cris. Il attend  de se sentir projet√© au sol et menott√© par les SWAT.

    Il attend et... rien ne se passe...

    Le si√®ge, ou en tout cas un des si√®ges, de la Compagnie. Depuis cette affaire qui l'a confront√© √† Millevaux, Haze a quitt√© le FBI. Il a √©t√© recrut√© par la Compagnie. On ne lui a pas pr√©sent√© les choses ainsi mais il a compris qu'il devait remplacer un autre agent, Paul Singer, li√© lui aussi √† toute cette histoire. Haze sait, mais comment¬†?, que sous l'influence de Millevaux il a tendance √† perdre la m√©moire. Ou, du moins, certains √©l√©ments deviennent flous, disparaissent. Il sait qu'il conna√ģt Paul Singer. Mais d'o√Ļ¬†? Se sont-ils rencontr√©s ou a-t-il seulement entendu parler de lui¬†? Il ne sait plus. En tout cas, Singer est aujourd'hui port√© disparu et Haze sait qu'ayant travaill√© sur cette m√™me affaire il est tout d√©sign√© pour remplacer Singer au sein de la Compagnie. Pour autant, il doit faire ses preuves. Pour l'instant, son niveau d'accr√©ditation est Vert. Il n'a pas acc√®s √† Blue City. La Cit√© Bleue. Le bourreau de Johanna en avait parl√© dans un de ses messages d√©lirants. Le bourreau de Johanna ou l'instrument de Sodek NoFink¬†? Les dirigeants de la Compagnie savant-ils qu'il la fr√©quente¬†? Il n'en serait pas √©tonn√©. De m√™me qu'il ne serait pas √©tonn√© qu'on le fasse suivre, qu'on l'espionne et que, comme lui, on cherche √† percer le myst√®re de Johanna/Sodek. Le myst√®re de Millevaux. Enfin, un des myst√®res de Millevaux.
    La mission de Singer a montr√© une chose. Millevaux est contagieuse. Millevaux n'aurait pas d√Ľ s'infiltrer dans Blue City, m√™me au titre d'interf√©rence. Quelque chose, quelqu'un, a volontairement contaminer Blue City en y introduisant le concept de Millevaux pour le pervertir, en faire la proie de Shub-Niggurath et du Roi en Jaune. Le Jaune contre le Bleu. Dans cette histoire, la Compagnie a perdu l'agent Singer. Et l'agent Singer, lui, a perdu... la raison¬†?
    Pour l'instant, en tant qu'agent √† la cravate verte, Haze doit ¬ę¬†simplement¬†¬Ľ √©plucher toutes les sources d'informations √† sa disposition pour se faire l'id√©e la plus pr√©cise de la situation concernant Millevaux. D'une fa√ßon ou d'une autre, il faut ¬ę¬†prot√©ger¬†¬Ľ Blue City, ramener l'ordre. Ou au moins, ramener le niveau d'interf√©rence √† un degr√© plus convenable. G√©rable¬†? Haze avait bien compris ce qu'on attendait de lui.

    Haze reprend ses esprits. Il est toujours pr√®s du Noyer. Il n'a aucune id√©e du temps qui a bien pu s'√©couler. Toutefois, il fait maintenant presque nuit et de plus en plus froid. Un vent glacial l'√©loigne de l'arbre. Alors qu'il va pour se r√©chauffer les mains et les frottant l'une contre l'autre, il remarque que sa paume gauche saigne. Il se rend alors compte que sa main a √©t√© transperc√©e. Comment¬†? Quand¬†? Par qui¬†?
    Alors que le vent le pousse, l'√©loigne encore plus de l'arbre et de la montagne, un grincement attire son attention. √Ä cause du vent, il a du mal √† savoir d'o√Ļ cela provient. Il tourne sur lui-m√™me et son regard tombe alors sur un homme en fauteuil roulant. Son ancien co√©quipier¬†! C'est forc√©ment une illusion, une hallucination¬†! Comment il aurait pu arriver jusqu'ici en fauteuil roulant¬†? En plus, il porte un costume-cravate compl√®tement inadapt√© √† la situation. Spontan√©ment, Haze porte la main au niveau de son aisselle gauche mais ne trouve rien. Il n'a aucune arme sur lui.
    Son ancien co√©quipier sourit. √Ä mesure que sa bouche s'√©largit, s'ouvre, du sang en coule et inonde sa chemise. Il ouvre grand les yeux. Son sourire se crispe. Ses traits se figent. Il articule quelques mots que Haze saisit mal √† cause du vent.
    ¬ę¬†Le nid de serpents g√©ants... L√† est le Niaucheur... Il parle le Langage Noir... ou le Langage Jaune... Il mange de la Viande Noire... ou fume l'Opium Jaune...¬†¬Ľ
    Haze se pr√©cipite sur son co√©quipier. Il se jette sur lui et renverse le fauteuil¬†! Il se r√©ceptionne mal et une douleur aigue lui vrille la main. Il se rel√®ve et se rend compte qu'il est seul. La nuit est maintenant tomb√©e. Haze se retrouve au bord d'un fleuve gel√©. Il ne sait pas comment il est arriv√© l√†. Il distingue l'ombre d'un b√Ętiment au loin. Il y a de la lumi√®re.
    Apr√®s une marche finalement assez courte, Haze se retrouve devant un portail en fer forg√©. Le mur d'enceinte est haut mais en ruine. Il trouve facilement un passage et s'introduit √† l'int√©rieur de cette ancienne propri√©t√©. Un peu plus loin s'√©l√®ve la b√Ętisse. La porte d'entr√©e est ouverte. La neige a envahi l'accueil. Il s'agit bien d'un accueil, Haze reconna√ģt un comptoir. Il y a m√™me un t√©l√©phone. Au cas o√Ļ, il s'en empare¬†: ¬ę¬†Contr√īle¬†?
    Agent Haze¬†?
    Oui. Contr√īle¬†?
    Oui. Que faites-vous l√†¬†?
    Je ne sais pas. Je ne sais pas o√Ļ je suis.
    Je... Je ne sais pas non plus.
    Mais, si vous √™tes Contr√īle, c'est que je suis √† Blue City, non¬†?
    Oui, non. Normalement. Enfin, vu votre niveau d'accr√©ditation vous ne devriez pas √™tre √† Blue City. Mais, si nous avons cette conversation c'est que vous √™tes √† Blue City, non¬†?
    Je ne sais pas. Je ne sais pas o√Ļ je suis. Mon h√©lico s'est √©cras√© en pleine montagne. Il y a une temp√™te de neige. Je suis redescendu dans la vall√©e et me suis r√©fugi√© dans une propri√©t√© en ruine. On m'a tir√© dessus. Enfin, j'ai entendu des coups de feu. J'ai le Virus. J'ai le Cruel Centip√®de.
    Vous avez le Cruel Centip√®de¬†?!
    Oui, je ne sais pas comment je l'ai eu mais je l'ai. Et je ne sais pas ce que je dois en faire. Contr√īle¬†?
    Surtout n'y jouez pas¬†!
    Y jouer¬†?
    Oui, savez-vous ce qu'est le Cruel Centip√®de¬†?
    Non. Un ver¬†? Une limace¬†? Un insecte d√©go√Ľtant¬†?
    Non¬†! Oui, d'une certaine fa√ßon. Le Cruel Centip√®de est une maladie du temps et de l'espace. Une corruption, un corrupteur. Un jeu.
    Comment √ßa, un jeu¬†?
    Agent Haze, souffrez-vous de pertes de m√©moires¬†?
    Je ne sais pas. Oui, peut-√™tre, √† cause du crash...
    Ou √† cause de Millevaux. Vous √™tes dans une for√™t, n'est-ce pas¬†?
    Oui, j'ai travers√© une for√™t.
    Millevaux est LE jeu, la corruption qui menace Blue City. Vous avez oubli√©¬†?
    Je crois bien que oui.
    Le Virus que vous transportez, agent Haze, cet extrait du Cruel Centip√®de, est un nouveau jeu de r√īle dans l'univers de Millevaux. Et Millevaux est une maladie d'autant plus contagieuse que, sous licence Creative Commons, sa gratuit√© fait qu'il est facile et tentant pour les auteurs et les joueurs d'investir cet univers, de le faire vivre, de l'explorer, le faire muter, le r√©pandre. D'apr√®s ce que nous savons, un joueur qui se fait appeler Demian Hesse a introduit Millevaux dans Blue City, contaminant ainsi la Cit√© Bleue. Blue City et l‚ÄôH√īpital sont des portes entre Millevaux et... un certain niveau de r√©alit√© que souhaitent atteindre les CŇďlacanthes. Pour ce Demian Hesse, tout ceci n'est qu'un jeu. Mais pour nous, c'est une menace r√©elle. Si les CŇďlacanthes... Agent Haze, vous √™tes √† l'h√īpital, hein¬†?
    Je ne sais pas. Il y avait une grille en fer forg√© et l√† tout est en ruine.
    C'EST UN H√ĒPITAL, AGENT HAZE¬†! NE ME MENTEZ PAS¬†! VOUS √äTES A L‚ÄôH√ĒPITAL¬†!
    Je ne sais pas, Contr√īle, je ne suis pas s√Ľr. C'est possible que cet endroit soit un ancien h√īpital. Ce n'est pas une maison en tout cas. Contr√īle¬†! Je dois vous laisser¬†!¬†¬Ľ

    Haze raccroche pr√©cipitamment. Une ombre vient de lui passer devant. C'√©tait fugace, presque translucide. √áa portait un masque... et des cornes. √áa s'est jet√© dans les escaliers en direction de l'√©tage. Haze sent qu'il doit monter lui aussi.

    En haut, Haze entend des rires et des chants. √Ä mesure qu'il gravit les marches, la neige est remplac√©e par des algues et une indescriptible odeur de poisson mort. Plus il monte et plus il est difficile pour lui de se rappeler que rien de tout cela n'est normal. Il jette un Ňďil, aussi discr√®tement que possible √† travers la porte d'o√Ļ proviennent les chants et les rires. Dans une grande pi√®ce, une troupe d'hommes et de femmes, √† moiti√© nus, chante et danse au pied d'un tr√īne de fortune. Sur ce tr√īne, un homme rev√™tu d'une toge grecque et d'un √©norme masque √† t√™te de scarab√©e. Au dessus de son √©paule, sur sa gauche, une bouche dessin√©e sur le mur scande¬†: ¬ę¬†Je suis Dionysos¬†! La Voix de la Bouche¬†! Dansez¬†! Chantez, les ivres et les fous¬†!¬†¬Ľ
    Haze fait un pas en arri√®re, de peur qu'on le remarque. Alors, il distingue un fragment de miroir bris√© encore fix√© √† un mur. Il y plonge son regard mais n'y trouve pas le sien. Qui est cet homme au masque √©trange, le conna√ģt-il¬†? Il ne sait plus. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il est celui qui porte la maladie¬†! Le Cruel Centip√®de¬†!

    ¬ę¬†Entre, Haze¬†! Entre en sc√®ne¬†! Rejoins mon petit th√©√Ętre¬†! La Bouche ne te veut aucun mal.¬†¬Ľ

    Haze croit reconna√ģtre cette voix. Il n'est s√Ľr de rien, √† cause de ce masque mais... Paul Singer¬†? Cet homme est-il l'agent Paul Singer¬†? Cet agent de la Compagnie qui a disparu apr√®s cette √©trange affaire¬†? C'est lui qui avait retrouv√© Johanna dans Blue City puis dans Millevaux. Il ne sait plus trop, sa m√©moire vacille.

    ¬ę¬†Paul... Singer¬†?, hasarde Haze en approchant lentement.
    Oui, non. Je suis Dionysos, la Voix de la Bouche et la Bouche a des choses √† te dire.¬†¬Ľ

    Dionysos change alors de voix. Autour de lui, les hommes et les femmes dansent et chantent toujours en riant et buvant du vin √† m√™me la bouteille.

    ¬ę¬†Agent sp√©cial Haze, les tueurs qui tu as arr√™t√©s vont √† l'h√īpital ou en prison. Le Tueur du 13√®me Jour du 13√®me Mois n'est pas ici. Tu dois aller le chercher en prison. La Prison du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan te donnera un nombre et ce nombre sera le 13. En chemin, arr√™te-toi devant les nids de serpents. Parles au Niaucheur. Parles-lui le Langage Noir ou le Langage Jaune. Partage avec lui la Viande Noire ou l'Opium Jaune. √Čcoute sa plainte. Maintenant, va, Agent Haze. La Bouche a parl√©.¬†¬Ľ

    Haze plonge sa main dans sa poche et en tire un jeu de cartes. Il en sait pas ce que ce jeu fait l√†. Il n'aime pas jouer aux cartes. Enfin, pas sp√©cialement. Juste comme √ßa, il en tire 2 au hasard¬†: 10 de cŇďur et 5 de tr√®fle. Il a envie d'un caf√©. Dans ce parc, la temp√©rature vient de chuter brutalement. Un caf√© le r√©chauffera. Il fait signe a un des agents en uniforme, celui qui tient le petit plateau garni de gobelets en carton fumant. Une tasse √† la main, il parcourt de nouveau la sc√®ne de crime des yeux.
    La victime est un homme dans la cinquantaine. L√©g√®rement en surpoids. Est-ce par coquetterie qu'il a les cheveux teints¬†? Il devait faire son jogging dans ce parc. Il porte encore ses v√™tements sportswear. Pourtant, le tueur lui a baiss√© son pantalon. Ils se sont visiblement battus. Le visage de la victime est couvert d'h√©matomes. On voit aussi des marques au niveau de ses cuisses. Haze parcourt les environs du regard. Cette partie du parc n'est pas la plus expos√©e aux regards. Pour autant, ce n'est pas non plus l'endroit le plus opportun pour une agression. Haze se laisse aller √† penser que le tueur savait ce qu'il faisait en agissant ici. Peut-√™tre a-t-il proc√©d√© √† quelques rep√©rages. Au fait du parcours de cet homme, il a estim√© que c'√©tait le meilleur endroit pour l'agresser. Oui, le tueur savait parfaitement o√Ļ et quand attaquer. Avec un peu de chance, √ßa faisait plusieurs semaines que le sort de cet homme √©tait scell√© et personne ne le savait. √Ä part le Tueur du Calendrier, celui qui tue le 13√®me jour du 13√®me mois. C'est SON calendrier. Il y a d√©j√† eu 4 victimes, que des hommes dans la cinquantaine. Et les briseurs de codes du Bureau, en examinant les dates des meurtres, ont mis en √©vidence ce cycle de 13 mois et 13 jours. Toujours le m√™me modus operandi. La victime est rou√©e de coups puis √©trangl√©e. Le tueur lui baisse son pantalon mais ne proc√®de √† aucune agression sexuelle. Visiblement, il s'agit surtout d'une derni√®re humiliation consistant √† laisser la victime dans cette posture pour le moins inconvenante. Les corps ne sont ni dissimul√©s ni sp√©cialement mis en √©vidence. Le tueur les laisse l√†. Il sait qu'on les trouvera. Il veut qu'on les trouve, mais pas trop vite. Les autopsies ont montr√© que, vu les angles des coups port√©s, le tueur devait √™tre plus petit que ses victimes mais en meilleure condition physique. Pourquoi s'en prendre √† des hommes plut√īt √Ęg√©s¬†? Haze pense que le tueur a peut-√™tre √©t√© victime d'un p√©dophile et qu'il se venge. Il a m√™me demand√© √† ce qu'on fouille le pass√© des victimes √† ce sujet. Pour l'instant, cela n'a rien donn√© mais cela ne prouve pas grand chose. Il y a tant de criminels qui ne sont jamais inqui√©t√©s... Et si le tueur s'en prenait aux membres d'un r√©seau¬†? Ou alors, il fait une simple projection sur ces hommes-l√†¬†? Ou alors, Haze fait totalement fausse route... Il n'exclut pas non plus que l'assassin soit une femme ou un enfant, un adolescent. Cela expliquerait sa taille. Haze soupire et boit une gorg√©e de caf√©. Soudain, son t√©l√©phone sonne. C'est Johanna. Il la rappellera plus tard.

    Haze ne fait plus partie du Bureau. Aussi, un de ses anciens coll√®gues lui signale le plus courtoisement possible qu'il va maintenant devoir quitter les lieux et... laisser la police faire son travail. Haze comprend. Il lui sourit et le remercie pour... le caf√©. Il lui promet de le tenir inform√© si, de son c√īt√©, il devait apprendre quelque chose. Il prends ensuite un taxi et se rend √† l'Auberge, ce caf√© √† th√®me o√Ļ il doit retrouver le Chef-Instructeur Snyder. Son niveau d'accr√©ditation est Indigo/Blanc. Il n'est plus envoy√© √† Blue City mais il joue, parfois encore, le r√īle de mentor pour les nouveaux agents de la Compagnie comme Haze. Snyder n'est pas un rigolo. C'est un dur. Mais il est r√©glo et il conna√ģt son boulot. Il est convaincu que ce Tueur du Calendrier a quelque chose √† voir avec les affaires de la Compagnie et Haze lui fait confiance √† ce sujet. Le 13√®me jour du 13√®me mois. Ce ne peut pas √™tre une co√Įncidence. C'est forc√©ment li√© avec cette histoire de Patient 13. Que ce serait-il pass√© si Coleman √©tait parvenu √† tuer 13 femmes¬†? Il voulait ouvrir une porte vers Millevaux, pour les CŇďlacanthes. Et Johanna...
    Snyder tire Haze de ses pens√©es d'un claquement de doigts. Il interpelle la serveuse et lui commande caf√© et donuts. Haze est ravi. Il fait si froid en ce moment. Il est gel√©, m√™me √† l'int√©rieur de l'Auberge. Un caf√© lui fera du bien. Alors que la serveuse revient, il se rappelle avec amusement le chef DiCompain de la police d'Olympia, grand amateur de donuts devant l‚Äô√Čternel.

    ¬ę¬†Et que vient faire Ackermann dans cette histoire¬†?
    - Pardon¬†?
    - Oui, Ackermann... Vous la... fr√©quentez si je ne m'abuse.
    - Oui, non euh... Oui, nous nous... fr√©quentons, comme vous d√ģtes, Chef-Instructeur Snyder.
    - Bien, alors, quel est son r√īle dans cette histoire¬†? Quelque chose m'√©chappe.
    - Et bien, pour faire court, Johanna... Miss Ackermann est une des victimes de Coleman. Il la retenait prisonni√®re, en vue de son ex√©cution √† venir, quand les forces de l'ordre sont intervenues dans sa planque. Elle a √©t√© admise en soins intensifs. Sauf que, d'apr√®s les rapports de la Compagnie que j'ai lu, l'Agent Singer a eu au m√™me moment un ¬ę¬†contact¬†¬Ľ avec elle dans Blue City. Poursuivis par une cr√©ature, ils se sont retrouv√©s √† Millevaux. C'est l√† que Johanna s'est r√©v√©l√© poss√©der une double personnalit√©. L'autre, nomm√© Sodek NoFink, semblait alors √™tre un complice de la Magicienne, ou du Magicien, ce n'est pas... plus tr√®s clair... NoFink aurait en fait manipul√© Coleman afin qu'il tue. Il aurait fait en sorte, malgr√© tout, de garder Johanna en vie, n√©cessit√© oblige. Mais, les investigations de Singer notamment tendent √† montrer que les choses √©taient en r√©alit√© plus complexes. Finalement, Johanna ne serait plus vraiment une victime. Elle aurait jou√© le r√īle de la victime aupr√®s de Coleman pour rester pr√®s de lui et serait pass√©e par l'interm√©diaire de la personnalit√© de Sodek NoFink pour le manipuler. Dans cette nouvelle configuration, Sodek n'est plus qu'un pion et Johanna n'est plus du tout une victime. Elle serait m√™me, finalement, √† l'origine des meurtres. Toutefois, aucun examen psychiatrique n'a pu mettre en √©vidence l'existence cette personnalit√© de Sodek NoFink. Aussi, les r√©flexions de l'agent Singer sont rest√©es lettre morte et Johanna continue d'√™tre consid√©r√©e comme une victime et uniquement comme cela.
    - Bien, et votre opinion¬†? Sachant que vous... fr√©quentez Johanna Ackermann.
    - Aucune trace de NoFink. Avec moi en tout cas, elle est √† 100% Johanna. Je ne remets pas en cause l'existence de Sodek mais je ne peux qu'affirmer ne l'avoir jamais vu depuis la fin de cette affaire. Je pense, mais je n'ai aucun √©l√©ment pour √©tayer ce point de vue, que Sodek ne peut se manifester que dans Blue City et Millevaux. Coleman √©tait fou et obs√©d√© par Millevaux. C'est sans doute pour √ßa que Sodek a pu lui appara√ģtre. Il faudrait, je pense, ramener Johanna √† Blue City puis √† Millevaux pour pouvoir acc√©der √† Sodek.
    - Et pensez-vous qu'elle ait quelque chose √† voir avec cette affaire du Tueur du Calendrier¬†?
    - Non, mais je pense par contre que cette affaire est li√©e √† Millevaux d'une fa√ßon ou d'une autre. Pour Coleman, Blue City √©tait un sas entre Millevaux et notre r√©alit√©. Il est possible que le Tueur du Calendrier partage un d√©lire similaire. Vous prenez le dernier donut¬†?¬†¬Ľ

    Haze quitte donc l'H√īpital et Dionysos. Il ne sait pas pourquoi mais quelque chose lui manquera et √ßa le d√©prime encore plus, plus que la nuit et le froid. Cela lui semble aberrant. Qu'est-ce qui pourrait bien lui manquer dans un endroit pareil¬†? Aberrant aussi, cette id√©e que le Virus ne serait qu'une esp√®ce de jeu de r√īle qui parviendrait √† contaminer la r√©alit√©. Mais apr√®s tout, lui aussi est roliste. Il en a jou√© des personnages, que ce soit IRL, sur table, ou derri√®re son √©cran sur des forums. Finalement, il comprend un peu cette notion de contamination du r√©el par le jeu. Il se rappelle le jeu De Profundis, un jeu de r√īle √©pistolaire dans un univers lovecraftien. Au passage, il note que Millevaux emprunte aussi au mythe de Chtulhu. Mais surtout, l'auteur de De Profundis insistait sur le fait que chaque exp√©rience du quotidien pouvait venir enrichir le r√©cit. Ainsi, d'une certaine fa√ßon, on ne sortait jamais du jeu et c'√©tait finalement une sorte de contamination du r√©el par le jeu. Mais avec Millevaux, √ßa allait plus loin. √áa allait d'autant plus loin que Haze savait pertinemment qu'il n'avait pas lu De Profundis. Ce n'√©tait pas lui, ce n'√©tait pas son souvenir. Mais qui¬†? Demian Hesse¬†? Que signifiait tout √ßa¬†? Il ne savait plus vraiment. Sa m√©moire commen√ßait vraiment √† lui jouer des tours. Il pensait savoir qui √©tait ce Demian Hesse mais finalement en doutait. Il ne savait plus s'il √©tait sens√© le conna√ģtre ou non. Mais, il savait aussi que ces pertes de m√©moires √©taient caract√©ristiques de Millevaux. √Čtait-il donc contamin√©¬†? Se d√©barrasser du Cruel Centip√®de suffirait-il √† lui rendre ses souvenirs¬†?
    Haze longea le fleuve gel√© jusqu'√† ce que, sous la glace, il aper√ßut les entr√©es des nids de serpents g√©ants. L√†, il devait trouver le Niaucheur. Mais comment acc√©der aux nids¬†? Fouillant dans son sac, il se dit qu'il pouvait peut-√™tre utiliser un gros mousqueton d'escalade pour tenter de briser la glace. Mais il n'avait en r√©alit√© que peu d'espoir d'y parvenir. Malgr√© tout, prudemment, il posa un pied sur la glace et entreprit de traverser le fleuve. Regardant √† travers la glace, il ne voit rien de vivant. Pas un poisson ni m√™me un batracien ne peut vivre dans ces conditions. Encore moins un serpent, fut-il g√©ant. Il fait beaucoup trop froid. Au moins, pense-t-il, il ne risque pas d'√™tre la proie d'un reptile. Mais comment trouver le Niaucheur¬†?
    Haze pose pied sur l'autre rive et entreprend de faire du feu. Cela le r√©chauffera et, peut-√™tre, attirera le Niaucheur. Mais, contre toute attente, le feu prend bien mieux que pr√©vu. Beaucoup trop m√™me. Et le manteau de Haze prend feu. Il se jette dans la neige pour l'√©teindre. Il y parvient rapidement mais souffre malgr√© tout de vilaines br√Ľlures aux bras et au torse. Il ouvre son manteau et sa chemise et se recouvre de neige pour apaiser les br√Ľlures. Malgr√© tout, il ne peut retenir ses larmes, autant de d√©pit que de douleur. Et il se surprend √† pleurnicher comme un gamin. Pleurnicher... Niaucher comme dit Anke, son amie r√īliste fribourgeoise. Le Niaucheur, le Pleurnicheur¬†!! Est-ce possible¬†?
    √Ä 4 pattes, Haze gagne le bord du fleuve et contemple le reflet de son visage dans la glace. Presque torse nu, il est fascin√© par les br√Ľlures qui, remontant de son torse √† son cou, le d√©figurent. Ou peu s'en faut qu'il ne soit d√©figur√© en tout cas. Il fixe l'homme dans la glace. Il ne se reconna√ģt pas. Mais, il sait que c'est lui. Il se rappelle les mots de la Bouche. Il doit parler au Niaucheur, partager avec lui. Le Langage Noir ou le Langage Jaune. La Viande Noire ou l'Opium Jaune. Noir, c'est forc√©ment n√©gatif, ce sont les t√©n√®bres, l'obscurit√©. Mais le Jaune, il le sait bien, c'est l'indicible, c'est la folie hasturienne¬†! Il se regarde droit dans les yeux et prend conscience qu'il ne sait pas quoi se dire.

    ¬ę¬†Qui es-tu, Niaucheur¬†? As-tu quelque chose √† me dire¬†?
    - Non, mais... en v√©rit√© je te le dis, tout a d√©j√† commenc√© √† changer dans les murs de la Cit√© Bleue. Ce qui √©tait pur devient vermine, ce qui √©tait laid se pare d'une beaut√© artificielle et contre-nature, l'homme qui √©tait vertueux devient un p√©cheur et la femme qui √©tait fid√®le voit son corps enfler de concupiscence. Et le cŇďur m√™me de la Cit√© Bleue n'est jamais tout √† fait ce qu'il √©tait hier. Les palais deviennent des cloaques, les jardins deviennent des jungles. La b√™te docile et servile devient un monstre sauvage, elle mord la main qui l'a nourri, force les barreaux de sa cage et part semer la terreur dans la Cit√© Bleue. Et des choses dorment dans des cocons, ce qu'elles √©taient auparavant n'est plus que limon √† l'int√©rieur d'une carapace, et ce qui en sortira portera le visage du D√©mon.
    Que le Juste ch√Ętie ses semblables qui ont d√©j√† chut√©, qu'il leur donne l'absolution, qu'il traite les maladies et les difformit√©s, ou qu'il se pr√©munisse lui-m√™me contre toute forme d'impuret√© et de changement, le Juste devra lire en son cŇďur pour savoir ce que Dieu veut qu'il fasse en son Nom.¬†¬Ľ

    Haze fixe le Niaucheur, les yeux grand ouverts. Il croit comprendre. Il a peur de comprendre. La maladie a commenc√© √† se r√©pandre √† Blue City. Et, de l√†, elle pourra se r√©pandre dans le monde r√©el. L'avenir s'annonce bien sombre. Haze a parl√© le Langage Noir. Il doit maintenant partager la Viande Noire. Dans la glace, il voit que son torse br√Ľl√© est devenu noir justement. Il retourne √† son sac et trouve dedans un petit couteau. De retour au bord du fleuve, il s'attaque √† d√©couper un morceau de viande carbonis√©e √† m√™me son torse. La douleur est insupportable. Il y a du sang partout dans la neige, sur la glace. Le visage du Niaucheur ne lui appara√ģt plus que derri√®re un voile de larme et de sang. Pourtant, malgr√© tout, il pr√©sente un bout de chair sombre au Niaucheur et entreprend de d√©vorer cette Viande Noire et crue.
    Puis, il s'√©croule, inconscient, dans la neige et le sang.

    L'appartement de Johanna Ackermann. Elle est seule. Elle fait la cuisine. Elle a de la visite ce soir. Damon Haze, l'ex agent du FBI qui s'est occup√© d'elle suite √† son kidnapping par le tueur Coleman. Elle a pass√© du temps en soins intensifs puis, √† sa sortie, Haze est revenue vers elle. Pour l‚Äôaider. Mais pas que. Aujourd'hui, ils ont une relation pour le moins ambigu√ę. √Ä la limite du platonique et... d'autre chose. Elle sent bien que Haze n'en a pas fini avec cette histoire et qu'il reste aupr√®s d'elle aussi, entre autre ou principalement pour en savoir plus sur les d√©lires de Coleman. Et aussi sur tout ce qu'elle a ou croit avoir v√©cu dans cette Cit√© Bleue et cette for√™t maudite. Mais rien de tout cela n'√©tait r√©el, hein¬†? D'ailleurs, m√™me le type avec qui elle s'est retrouv√©e l√†-bas a disparu. Elle ne sait m√™me pas s'il a vraiment exist√© ailleurs que de son cr√Ęne. D'apr√®s certains m√©decins, elle aurait invent√© tout √ßa pour tenir psychologiquement face aux s√©vices inflig√©s par Coleman. Une sorte de fuite, de fugue psychologique. Oui, elle est tent√©e d'y croire. Elle y croirait plus facilement si Haze y croyait et se d√©cidai √† franchir le cap. Ce soir, peut-√™tre...

    ¬ę¬†Toc Toc¬†!
    Qui est l√†¬†?
    C'est moi, Sodek.
    Qu'est-ce que tu me veux encore¬†?
    Tu le sais, on a du travail. C'est bient√īt le jour.
    Non¬†! Ce n'est pas le jour. Il y a encore du temps. Beaucoup de temps avant la prochaine fois. Tu n'as aucune raison de venir m'importuner. Pourquoi¬†?
    Pourquoi¬†? Mais... mais parce que tu t'es assez servi de moi, Johanna. Maintenant, c'est mon tour. Pourquoi attendre le 13√®me jour du 13√®me mois pour s'amuser un peu¬†? Qu'est-ce que √ßa changera¬†? Rien du tout¬†!
    Bien s√Ľr que si¬†! Se laisser aller comme √ßa est le meilleur moyen de commettre une erreur qui les mettra sur ta trace, notre trace.
    Mais non¬†! Il suffit de changer de mode op√©ratoire. L√†, ce ne sera pas pour ce que tu sais. Ce sera juste pour... s'amuser. Allez, il n'y a personne dont tu voudrais te d√©barrasser¬†?
    Si¬†! Il y a cette femme. Edes Corso. Je sais que Damon la conna√ģt. Je sais qu'il la voit.
    Et tu voudrais qu'il lui arrive quelque chose √† cette Edes Corso¬†? Pourquoi attendre le 13√®me jour du 13√®me mois¬†?
    Tu es certain que √ßa ne bouleversera pas nos... tes plans¬†?
    Certain¬†!
    Pourquoi¬†? Pourquoi fais tu √ßa, Sodek¬†?
    Tu le sais tr√®s bien. Tu as eu ta chance, Johanna. Et tu as √©chou√©. Maintenant, c'est moi qui prend les r√™nes. On va faire √ßa √† ma mani√®re. √áa va prendre un peu plus de temps mais √ßa marchera  cette fois.
    Sodek, pourquoi dis-tu qu'on a du travail alors que tu sais que le 13√®me jour du 13√®me est dans longtemps et que tu veux seulement t'amuser¬†?
    Je dis √ßa parce qu'on a vraiment du travail. Certes, nous avons du temps devant nous mais il y aussi de long pr√©paratifs et de longs rituels √† accomplir pour que tout soit parfait. Tu sais bien de quoi je parle...

    ¬ę¬†Le roman qui rend fou¬†!¬†¬Ľ Voila quel sera d√©sormais l'argument de vente de ce vieux roman de fantasy √©crit en 1958 par un certain Jone King¬†: La Qu√™te de l'Ange-Paon de Y√©z√©dis. En v√©rit√©, l'intrigue importe peu. Ce qui importe, c'est ce qui s'est pass√© ce samedi 25 mai dans une biblioth√®que de quartier d'Olympia, √©tat de Washington. En effet, un homme d'une cinquantaine d'ann√©e en train de lire ce roman a subitement √©t√© pris de folie. Criant √™tre l'un des personnages principaux, un certain Tad Corso ‚Äď aventurier explorant une for√™t hant√©e par des monstres nomm√©s Horlas, l'homme s'en est pris avec les plus grande violence aux autres usagers ainsi qu'aux membres du personnel. Il a fallu l'intervention conjointe des forces de police et des services de s√©curit√© de la biblioth√®que pour ma√ģtriser le forcen√©. Celui-ci a finalement succomb√© √† une crise cardiaque. Ces derniers mots concern√®rent le Roi-Volcan et parl√®rent du 13√®me jour du 13√®me mois, un autre personnage et un moment fort du livre.

    Haze √©merge lentement et douloureusement de son inconscience. Il a l'impression qu'on s'agite autour de lui. Il sent des mains qui le palpent sans m√©nagement. On est en train de lui faire les poches¬†! Il se retourne sur le dos aussi vite qu'il peut et tente de voir √† qui ou √† quoi il a √† faire.
    ¬ę¬†Edes¬†?¬†¬Ľ
    Non, ce n'est pas elle. Impossible. Qu'est-ce qu'Edes ferait ici. Et puis, son Ňďil¬†? Comme une coquille de noix. Et... ce d√©guisement¬†! Ces ailes en bois... Haze tente de se redresser en prenant appui sur son coude.
    ¬ę¬†Edes¬†? Qu'est-ce que tu fais ici¬†? Qu'est-ce que tu...¬†?
    Qui es-tu¬†? D'o√Ļ tu me connais¬†?
    C'est moi, Damon.
    Les seuls d√©mons que je connais sont ceux que j'ai tu√©s¬†! Es-tu un Horla¬†? Tu ne ressembles pas √† un CŇďlacanthe.
    Non,non Edes. C'est moi, Damon Haze. Rappelles-toi, on est... ami.s Enfin plus ou moins. Plus que moins m√™me. Enfin, tu vois ce que je veux dire¬†?¬†¬Ľ
    Il semblait bien que non. Cet √©trange sosie d'Edes, qui r√©pondait pourtant √† son nom, fit un petit bond en arri√®re, s'arma d'une dague et fixa Haze avec m√©fiance.
    ¬ę¬†Euh, Edes... J'ai vu le Niaucheur. Il m'a dit que la corruption allait se r√©pandre. Qu'elle s'√©tait d√©j√† r√©pandue. √áa a d√©j√† commenc√©. Elle traverse les mondes. Les Justes doivent √©radiquer les d√©mons... au nom de Dieu.¬†¬Ľ
    Haze, en jouant franc jeu autant que possible, esp√©rant ainsi apaiser cette femme et gagner sa confiance. Il savait qu'il n'√©tait clairement pas en position de force. En cas de combat, elle l'emporterait certainement. Et puis, peut-√™tre que tout √ßa aurait du sens pour elle.
    La femme, Edes¬†? le fixait toujours mais son visage prit une nouvelle expression, moins mena√ßante. Elle semblait √©tonn√©e, surprise, mais aussi plus attentive.
    ¬ę¬†Tu parles comme lui
    Comme qui¬†?
    Le Fondateur de notre famille, l'Ange Guerrier, le R√™veur. Tad Edes Corso. C'est de lui que je tiens mon nom et mes dons. C'est gr√Ęce √† lui que j'entends les Lwas en songe. C'est notre devoir d'aller dans le cauchemar combattre les CŇďlacanthes. Tu ne dois pas y aller. Tu ne peux pas. C'est √† nous, les Corso h√©ritiers du don du Fondateur, qu'incombe cette t√Ęche. Et les Powl nous aident en attirant sur nous la bienveillance des Lwas.¬†¬Ľ

    OK, cette femme est folle. Elle ressemble √† Edes. Elle r√©pond au m√™me nom. Mais elle est folle. Comment se tirer de ce mauvais pas¬†? Haze ne pense plus qu'√† une chose, se tirer le plus vite possible. Pourtant...

    ¬ę¬†Je dois me rendre √† la Prison du Roi-Volcan.
    Non¬†! N'y vas pas¬†! Cet endroit est maudit. On ne peut y acc√©der sans danger que le 13√®me jour du 13√®me mois.
    Quoi¬†? Qu'est-ce que tu dis¬†? Que sais-tu du tueur du 13√®me jour du 13√®me mois¬†?¬†¬Ľ

    Et Haze eut une vision. Un flash. Il se rappelle alors une conversation avec Johanna. Dans sa cuisine. Elle √©tait en panique totale et lui a parl√© du tueur. Elle disait le conna√ģtre. Elle disait que c'√©tait lui, Sodek Nofink, qui tuait chaque 13√®me jour du 13mois. Lui aussi, comme Coleman voudrait ouvrir une Porte aux CŇďlacanthes. Mais il aurait un plan √† long terme. √Ä beaucoup plus long terme. Cela ferait longtemps que Sodek m√Ľrit son plan. Il aurait m√™me commenc√© √† tuer avant Coleman. Et Sodek voulait tuer... Edes¬†!

    Haze ne savait plus. Edes avait-elle √©t√© assassin√©e ou non¬†? Si oui, cette fille √©tait un fant√īme et il √©tait... certainement pas au Paradis. O√Ļ √ßa alors¬†? L'Enfer¬†? Le Purgatoire¬†? √Čtait-il mort lui aussi¬†? Dans le crash de l'h√©licopt√®re... Avait-il bascul√© dans ce monde de folie et de cauchemars dont parlait Coleman, ce Millevaux¬†? Et jamais un t√©l√©phone quand on en a besoin¬†! Il aurait bien eu besoin des conseil de Contr√īle √† ce moment pr√©cis.

    ¬ę¬†Edes... Es-tu... Vivante¬†?
    √Čvidemment, imb√©cile¬†! Je ne serais pas l√† √† te parler sinon. Mais je suis la derni√®re, la seule survivante. Mon clan, toutes mes familles ont p√©ri dans la fracture. Seules... enfin, nous avons pu remonter de l'Abysse.
    Nous¬†?
    Oui, la Magicienne. Elle aussi a pu remonter. C'est elle qui m'a tir√© de l√†. Elle m'a sauv√©, cette fois encore.¬†¬Ľ

    Et Edes tapotait du doigt la coquille de noix qui lui servait d‚ÄôŇďil.
   
    ¬ę¬†La Magicienne¬†? Je dois la voir. O√Ļ est-elle¬†?
    Je suis l√†, Damon-Demian.¬†¬Ľ

    Haze reconnut tout de suite cette silhouette. Ce long manteau et cette toque en fourrure. Le Magicien¬†! La Magicienne... C'√©tait pourtant bien UN Magicien qu'il avait interrog√© dans les locaux de la police d'Olympia quand il enqu√™tait sur Coleman¬†?

    ¬ę¬†Je dois r√™ver, l√Ęcha-t-il dans un souffle. Mais je ne veux pas.
    Tu vois, rebondit Edes. Tu parles encore comme lui. Le Fondateur disait √ßa lui aussi. Il devait r√™ver mais ne voulait pas.¬†¬Ľ

    La magicienne l'observa avec un certain amusement. Elle fouilla dans sa besace et tendit devant lui ses deux paumes ouvertes.

    ¬ę¬†La Bille ou la Noix¬†? Le 13√®me jour ou le 13√®me mois¬†? Choisis¬†!¬†¬Ľ

    Et le visage de la Magicienne se fendit d'un large sourire. Haze flairait l'arnaque √† plusieurs kilom√®tres. Il ne voulait pas choisir. Et pourtant... Il fixa Edes droit dans les yeux. Dans l‚ÄôŇďil et la Noix... Vas pour la Noix¬†?

    Et il saisit la...

    Le r√©fectoire d'un h√īpital. Non¬†! Le r√©fectoire DE l'H√īpital. Les patients sont en train de manger. Soudain, l'un d'eux se l√®ve. Pris d'une crise de d√©mence, il renverse sa chaise. La bave aux l√®vres, il se jette sur son voisin et lui plante sa fourchette dans la gorge.
    Le patient 58,un homme d'une cinquantaine d'ann√©es, est rapidement ma√ģtris√© par les Blouses Blanches. Sodek, comme beaucoup d'autres patients, est rest√© impassible. Il a tout de m√™me  remarqu√© que le patient 58 a les √©paules couvertes de pellicules. Mentalement, il prend des notes. Aujourd'hui, le 58. Avant-hier, le 71. Demain, le 46...
    Pour Sodek, n¬į 82, tout est clair. Ceci est un message. Et qui dit message, dit messager. Et qui dit messager dit... Nyarlathotep¬†!

    Ville de XXXX. Ce parc d'attractions est particuli√®rement bien gard√©, de jour comme de nuit, car son sous-sol abrite des locaux de la Compagnie. Aujourd'hui, ici-m√™me, le chef-instructeur Snyder participe √† une r√©union du D√©partement Sp√©cial de la Compagnie avec des cadres de l'Ing√©nierie Mn√©monique et de la Mythographie.
    Ce matin, tout le monde tente de faire bonne figure mais, contrairement √† ce qui se passe en surface, l'ambiance n'est pas √† la f√™te. Le d√©sespoir et la peur se lisent dans les regards des uns et des autres. La nouvelle est tomb√© et elle est mauvaise. Tr√®s mauvaise. Blue City est en proie √† une corruption d'origine inconnue. Des noms reviennent n√©anmoins¬†: le Cruel Centip√®de, Shub'Niggurath, le Roi en Jaune, Millevaux.
    Snyder tente malgr√© tout d'√™tre rassurant. Il a une piste, affirme-t-il, un atout. Ce nouvel agent, Haze. Il conna√ģt Millevaux. Il y a encore une chance de sauver Blue City... et le monde.

OMNISCIENCE :

    Depuis quelques jours, depuis qu'il a tu√© deux membres de sa communaut√©, SiAber se sent mal. Ce ne sont ni les remords, ni la culpabilit√© mais des images √©tranges qui lui sont venues en r√™ve peu de temps apr√®s qui le rongent. En r√©alit√©, ce ne sont pas des r√™ves mais des souvenirs. Mais, ce ne sont pas les siens. Ce sont ceux des personnes qu'il a tu√©es. Il voit ainsi la premi√®re dans une cabane √† moiti√© en ruine, sorte de taverne, perdue dans des marais. L√†, il boit en compagnie d'une bande de d√©g√©n√©r√©s qui ont tout l'air d'une bande de cannibales. Tous, ils rient en buvant et se donnant de grandes tapes dans le dos. Son autre r√™ve lui para√ģt plus int√©ressant. M√™me si plus myst√©rieux. Il revoit la Prison du Roi-Volcan. Ce membre de son clan s'y est rendu. Il a vu, dans ces ruines, le Roi-Volcan et le Roi-Volcan lui a donn√© un nombre. Ce nombre √©tait le 13.

    Aujourd'hui, SiAber a suivi la Magicienne dans la for√™t. Ou plut√īt, elle s'est laiss√©e suivre. Arriv√©e au Noyer, elle lui fait face et, lui tendant les mains, paumes ouvertes, lui propose de choisir entre une Noix et une Bille.
    SiAber choisit la...
    Ses visions le transportent dans un autre monde ou un autre temps. Il ne sait plus. En tout cas, cela n'a rien √† voir avec ses visions habituelles. L√†, il ne se contente pas de voir fugacement, partiellement, ce qui va advenir. Ses visions lui donnent... une mission. Il doit accomplir quelque chose pour acc√©der √† une vision ¬ę¬†Primordiale¬†¬Ľ, quelque chose d'important, de capital¬†!

    Quand il ouvre les yeux, SiAber reconna√ģt cette √©trange pyramide au Nord-Ouest des Colonnes. Mais quelque chose a chang√©. Quelque chose de majeur. De radical¬†! Il neige¬†!!! La pyramide. La for√™t. Millevaux est sous la neige¬†!
    Une silhouette se dessine √† l'une des entr√©es de la pyramide. Un Horla¬†! Il a un corps d'homme mais sa t√™te est un amas de tentacules grouillants. Le torse de la cr√©ature est scarifi√© au niveau du cŇďur. Ces cicatrices, SiAber le sait, symbolise le nombre 13. malgr√© la neige et le froid, le Horla ne porte qu'un long pagne de couleur pourpre. Il a les bras lev√©s en croix et semble dans une sorte de transe qui le fait onduler lentement. Autour de lui, l'air se cristallise en p√©tales de fleurs tombant √† ses pieds. Fragments de rose en hologramme...
    SiAber est terrifi√©. Pourtant, le Horla semble inoffensif. Il ne bouge pas. √Ä se demander s'il a conscience de la pr√©sence de SiAber. Pourtant...
    ¬ę¬†Je suis le Kraken¬†! L'oubli m'a jet√© au fond d'un oc√©an de solitude, √† 13000 m de profondeur. Retrouver mon nom apaiserait mon √Ęme... Parce que le joueur le sait, je le sais et tu le sais. La for√™t est Millevaux est Shub'Niggurath. La neige est Ithaqua. La Magicienne est √† tes c√īt√©s.¬†¬Ľ
    Et √† ces mots, le Kraken s'en retourne √† l'int√©rieur de la pyramide, laissant SiAber l√†, interdit.  Un raclement de gorge √† sa droite attire son attention. La Magicienne est l√†... √† ses c√īt√©s. Mais quelque chose a chang√© chez elle. Son long manteau glisse sur ses √©paules qui se r√©v√®lent √™tre en acier. Des symboles sont grav√©s dessus. SiAber s'approche pour mieux les voir mais la Magicienne recule et remonte son manteau. Elle le regarde droit dans les yeux. SiAber jurerait qu'elle tente de le charmer. Elle fouille dans ses poches et en sort une Bille et une Noix.
    ¬ę¬†Choisis¬†¬Ľ
    Et SiAber choisit la...

    Qu'est-ce que c'est que cet endroit¬†? L√†, de jeunes gar√ßons sont la proie de horlacanthes qui leur arrachent les bourses avec une arme-cactus √©lectrique, sans anesth√©sie. L'arme les caut√©rise. Puis ils restent parqu√©s ici, vivant captifs dans leur propre merde. Qu'est-ce que √ßa veut dire¬†? Que doit-il faire¬†? Sauver un enfant¬†? Lequel¬†? D√©j√†, il cherche un endroit d'o√Ļ pouvoir mieux observer la sc√®ne sans √™tre vu des CŇďlacanthes.
    Une fois √† l'abri derri√®re... Derri√®re quoi¬†? SiAber se rend alors compte que si les enfants et les CŇďlacanthes lui apparaissent tr√®s nettement, tout me reste est flou. Concr√®tement, il lui est impossible de dire o√Ļ il est, √† quoi ressemble cet endroit. Cela lui donne presque le tournis. Il doit m√™me se concentrer pour que les enfants ne deviennent pas flous eux aussi. Il sent qu'il doit agir vite. Aussi, il rel√Ęche les araign√©es qu'il a en lui et les envoie faire diversion. Il esp√®re ainsi attirer ailleurs l'attention des monstres pendant qu'il s'emparera d'un enfant (mais lequel et pourquoi celui-l√† plus qu'un autre?) et s'enfuira par cette porte qu'il sait (mais comment?) √™tre derri√®re lui sur sa gauche.
    Il se recroqueville alors sur lui-m√™me et ouvre grand les yeux et la bouche. Il sent alors des milliers d'araign√©es s'agiter et sortir de son corps. Alors qu'elles se mettent √† recouvrir deux horlacanthes op√©rant sur de jeunes gar√ßons, SiAber rampe dans la direction oppos√©e. Il s'approche d'un enfant et le tire par le bras. Il lui plaque la main sur la bouche pour l'emp√™cher de crier et, alors que les monstres se d√©battent avec les araign√©es, il le tire vers la sortie. Mais avant de passer la porte, il tire deux Noix de sa besace et lui en tend une. Et lui dit¬†:
    ¬ę¬†Je suis le Corvid√©¬†! Ici et maintenant je te donne cette Noix pour transporter ton √Ęme dans la vie suivante. Je suis le Corvid√©¬†!
    √Čcoute les yeux, r√©pond le gar√ßon. Ils te disent de r√©p√©ter ton mantra pour acc√©der √† la Vision. Ils te disent que mon sang doit couler¬†¬Ľ

    SiAber acquiesce. Il sort une dague de sa besace et entaille la main du gar√ßon. Alors, le d√©cor cesse d'√™tre flou. Et la porte appara√ģt nettement. Il entra√ģne le gar√ßon.

    Dehors, dans la neige, la Magicienne est l√†. Elle attend.

    ¬ę¬†Camille¬†! Viens¬†!¬†¬Ľ

    Elle ouvre grand son manteau et le jeune gar√ßon s'y r√©fugie, √† l'abri du froid. Alors qu'elle le referme sur eux deux, elle prend soin de laisser nues ses √©paules d'acier. SiAber s'approche et parcourt du doigts les √©tranges gravures en langue putride. Il comprend...

    Le Cruel Centip√®de, une nouvelle forme de Millevaux, cette maladie qui ronge l'espace et le temps. Cette corruption. Cette putr√©faction. L'univers, les univers meurent¬†! Il(s) se d√©compose(ent) et Millevaux sont ses miasmes prot√©iformes et pourrissant qui en √©manent et se r√©pandent, condamnant ce qui reste du cadavre de l'Hommonde √† une lente d√©sagr√©gation. L'Hommonde¬†? Qu'est-ce que c'est¬†?
    SiAber a un mouvement de recul. La Magicienne se retourne et lui pr√©sente son autre √©paule. D'autres gravures, mais pas en langue putride cette fois. Les ¬ę¬†Dunes Vivantes¬†¬Ľ, la paix contre la nocive alliance.
    SiAber fixe son regard sur la Magicienne mais elle ne lui accorde plus aucune attention. Elle ne songe plus qu'√† r√©chauffer et cajoler le jeune Camille. Mais il sait¬†! Il sait que les Dunes Vivantes l'aideront √† vaincre la neige, √† vaincre la for√™t, √† faire reculer Millevaux¬†!

    SiAber ouvre les yeux. La Magicienne, celle aux √©paules de chair, est face a lui. Elle lui sourit. Quelque chose dans son regard lui dit qu'elle sait. Elle sait tout¬†! Tout¬†?
    Elle lui tend les mains, paumes ouvertes. L'une est vide. Dans l'autre, il reste une...
    SiAber s'en saisit...

    Il reconna√ģt cet endroit. Il est consacr√© au Roi-Volcan. Devant la porte, deux personnes semblent l'attendre. Un homme, plut√īt mal en point, √† l'air nerveux, se pr√©sente comme √©tant un certain Damon Haze. Le femme pr√©tend s'appeler Sodek NoFink et elle fait peur √† SiAber. Elle l√®ve la main et d√©clare.
    ¬ę¬†Le Roi-Volcan m'a donn√© un nombre et ce nombre est...¬†¬Ľ

    Et d'un geste, elle nous invite, ce Haze et moi ,√† entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, Haze et SiAber ont tr√®s bien compris ce qu'il doivent faire¬†: trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
    SiAber se rappelle que tout cela n'est qu'une vision. Rien n'est r√©el. Pas encore. Il sait, en tant que chaman du clan des Arbres, qu'il a la main-mise sur une partie de ce qui va se passer. Ce Haze est certainement un homme bon, mais s'il veut savoir, percer les secrets, SiAber doit trouver le Roi-Volcan avant lui.
    Haze entre et prend imm√©diatement le couloir sur sa gauche. SiAber, lui, demeure immobile et se concentre. Mais il a du mal √† conserver son calme. Une voix r√©sonne en lui. ¬ę¬†Commence par la derni√®re chose¬†! Le monde est un cut-up¬†!¬†¬Ľ
    Ses yeux lui piquent d'une fa√ßon vraiment d√©sagr√©able. √áa bourdonne dans sa t√™te. Il farfouille dans sa besace et en sort une carte. Une sorte de lame de tarot. Mais dessus, il y a des mots. Sur tout le pourtour de la carte, des mots. Au milieu de la carte, des mots¬†! Un titre¬†: Soudain... Juste en dessous¬†: ¬ę¬†Commence par la derni√®re chose. Perds ton calme. Aide l'ennemi ou le monstre. Un tremblement de terre. Une personne a en fait un d√©doublement de personnalit√©.¬†¬Ľ Il y a bien d'autres mots sur cette carte mais SiAber ne parvient pas √† les lire. Il comprend que cette douleur dans sa t√™te et dans ses yeux est la rage qui tente de sortir. Il comprend que l'ennemi qu'il doit aider est Sodek. Il comprend que cet homme dans ce corps de femme, Sodek, souffre d'un d√©doublement de la personnalit√©. Et quand il se concentre sur la terre, pour √©couter les conseils des racines des arbres, il entend les pr√©mices d'un tremblement de terre. La derni√®re chose √† faire... serait de rester dans cette prison dont ce qui reste des ruines va bient√īt s'effondrer sur ceux qui seront √† l'int√©rieur. Et il aidera son ennemi, Johanna, en la d√©livrant de Sodek. Tuer Sodek¬†! Ce serait vraiment la derni√®re chose √† faire. Comment percer ses secrets s'il meurt¬†? √áa, ce serait vraiment la derni√®re chose √† faire. ¬ę¬†Perds ton calme¬†!¬†¬Ľ

    SiAber pousse un grognement et sort de la prison. Il se plante, les deux pieds dans la neige, face √† Sodek et crie¬†:
    ¬ę¬†Je suis le Corvid√©¬†! Ici et maintenant, pour maintenir l'√©quilibre entre la vie et la mort, je vais transporter ton √Ęme dans sa vie suivante¬†! Je suis le Corvid√©¬†! Je vais vider ton corps¬†!¬†¬Ľ

    Sodek s'empare alors de son arme, une sorte de pistolet-cactus, et la braque en direction de SiAber. Mais quelque chose l'emp√™che de tirer. Les Yeux de la for√™t sont braqu√©s sur eux. Ils vont dire √† SiAber ce qu'il doit faire. S'il accepte, alors Sodek mourra.

    ¬ę¬†Tout cela est un cycle dont l'ivresse te gu√©rira... Mais Haze mourra...
    J'accepte¬†!¬†¬Ľ

    Alors, la terre se met √† trembler. Derri√®re lui, les ruines de la prison du Roi-Volcan s'√©croule. Le bruit est tel qu'on entend m√™me pas les cris de Haze. SiAber enfonce profond√©ment ses pieds dans la neige. Il sent les vibrations de la terre. Il veut se transformer en arbre pour tuer Sodek mais quelque chose ne fonctionne pas dans son mantra. Le Corvid√© est l√†. Il fait obstacle. Il s‚Äôimmisce. Alors que SiAber tente de plonger ses racines dans le sol √† la recherche de celles de son totem, il sent les cornes de son masque pousser. Vers le haut, dans le ciel. Mais aussi vers le bas, dans son crane. Les bois s'enfoncent dans son cerveau et cheminent tout le long de son syst√®me nerveux. Jusqu'au bout de ses pieds, de ses racines, pour enfin s'enfoncer dans la sol. Les bois vont jusqu'au bout de ses doigts qu'ils transpercent pour devenir d'improbables griffes. SiAber l√®ve les bras en direction de Sodek et ses branchages s'allongent √† toute vitesse, transper√ßant Sodek de part en part. Alors, le sang de Sodek se m√™lant √† la s√®ve de SiAber, ce dernier sait. Il sait qui est la Terre et il sait qui est la Neige qui la recouvre. Ithaqua, le Marcheur du Vent, s'est alli√© √† Shub'Niggurath. Il a recouvert Millevaux de son manteau de neige protectrice, figeant ainsi la for√™t dans un hiver √©ternel. La Neige, la poudre, la poussi√®re d'ange, l'ivresse, la d√©fonce, l'hubris, la folie dionysiaque... La Neige d'Ithaqua est cette coca√Įne qui maintient Millevaux dans une perp√©tuelle folie. Johanna √©tait folle. Folle car habit√©e par Sodek NoFink. Les meurtres perp√©tr√©s par Sodek n'avaient pas pour seule vocation d'ouvrir une porte aux CŇďlacanthes. Sodek savait ce que Johanna ne savait pas. Ces meurtres n'avaient pour seule vocation de sceller l'alliance entre Ithaqua et Shub'Niggurath. Sodek savait pour l'Hommonde¬†! Il savait que l'Hommonde √©tait mort et que sa mort, sa d√©composition avait engendr√© un cycle d'entropie. Or, l'entropie c'est la vie¬†! La mort de l'Hommonde √©tait donc synonyme de vie. Mais cette d√©composition s'ach√®verait n√©cessairement par la disparition totale du cadavre de l'Hommonde, signifiant alors la fin de la vie, de toutes les formes de vie ayant √©merg√© de ce corps mort. Toutes les formes de vie dont Millevaux, les miasmes s'√©chappant de ce corps en putr√©faction. Ces miasmes port√©s par le vent qui se r√©pandaient et contaminaient le N√©ant, acc√©l√©rant (involontairement?) la d√©composition du cadavre de l'Hommonde. Les hommes que tuait Sodek n'√©taient pas que d'anciens patient de l'H√īpital, ils √©taient aussi, √† ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant. Tel √©tait donc le secret de Sodek. SiAber n'√©tait pas certain d'avoir tout saisi ni tout compris. Mais cela, il le sentait, ne lui appartenait plus. Sous son masque, par sa bouche de bois, les araign√©es quittaient son corps par milliers. Elles courraient le long des branches jusqu'√† Sodek et tissaient leur toile autour de lui. Certaines commen√ßaient √† le manger, √† pondre. SiAber se sentit √©trangement vide quand la derni√®re araign√©e eut d√©sert√© son corps de chair et de bois. Mais alors, une mouche vint se poser sur lui. Et d'autres arriv√®rent. Elles, elles ach√®veraient de comprendre tout ce que cela voulait dire...

    SiAber ouvre les yeux. Il est dans une clairi√®re. Au centre, un gigantesque noyer. Au pied de l'arbre, un vieux grammophone. Il y a un disque pos√© dessus. SiAber remonte la m√©canique en tournant la manivelle. Une musique dissonante et discordante se fait entendre. Puis une voix...

    ¬ę¬†Je suis le Corps Vid√©. Je ne suis ni un bon ni un mauvais pr√©sage. La derni√®re √Ęme que j'ai accompagn√© au repos est celle de Johanna Ackermann. C'est dur de vivre entre la vie et la mort...¬†¬Ľ

    SiAber se met √† pleurer. Il se dirige vers l'arbre et cueille une poign√©e de Noix.


    Haze ouvre les yeux dans une salle de bain. Les murs sont fait de carrelages vieillots, la fa√Įence est fendue. Les robinets sont ouvrag√©s avec raffinement mais tr√®s ab√ģm√©s et gouttent en permanence. Il fait froid et la fen√™tre ouverte donne sur la for√™t, on entend des chouettes. Le bidet et le lavabo sont sales. Il y a une baignoire remplie d'une eau grise o√Ļ surnagent des feuilles mortes. Une √©trange musique vient de... impossible √† d√©finir. Haze reconna√ģt l'album Body and Soul de Cabaret Voltaire. Il se plante devant la glace et ne se reconna√ģt pas. Face √† lui se tient un enfant. Une fille ou un gar√ßon, difficile d'en √™tre s√Ľr juste en regardant ce visage triste.
    Haze s'approche de la baignoire. Quelque chose de fatal va arriver, il le sent. Mais il sent aussi que...
    Il se plonge dans l'eau sale. Il aspire une grande goul√©e d'air et plonge la t√™te la dans l'eau en fermant les yeux. Quand il les ouvre √† nouveau, il est de nouveau dans cette for√™t enneig√©e. Il entend toujours la musique. Devant lui, un vieux b√Ętiment en ruine. Adoss√©e √† un mur, une cigarette √† la bouche, Johanna. Non, Sodek NoFink¬†!

    ¬ę¬†Edes¬†? Elle est morte¬†? Tu l'as tu√©e finalement¬†?
    Oui, et j'ai fait √ßa salement si tu veux savoir. Comme un porc...¬†¬Ľ

    Haze se jette sur Sodek¬†! Mais il pare le coup, lui saisit le bras, le retourne et manque de lui d√©mettre l'√©paule.

    ¬ę¬†Ne fais pas l'enfant¬†! Calme-toi. On attend quelqu'un.
    Qui √ßa¬†?
    Je ne sais pas trop. Un chaman du Clan des Arbres. Sais-tu o√Ļ nous sommes¬†?
    Non.
    La prison du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan doit me donner un nombre.
    Un nombre¬†?
    Oui, mais... C'est compliqu√©, Damon. Tout √ßa te d√©passe. Nous d√©passe. Tout a un sens mais ce n'est pas forc√©ment √† nous qu'il incombe de le saisir. C'est la t√Ęche du Joueur. Nous ne sommes que des r√©v√©lateurs. Des pions am√©lior√©s. Mes morts ont un nombre et le Roi-Volcan en a un aussi. Je tuerai √† nouveau, comme j'ai tu√© Edes et comme j'ai tu√© ces nombres. Mais il me faut aussi le nombre du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan est bon mais il lui faut un sacrifice. Ce sera toi ou lui.¬†¬Ľ

    Haze se tourne dans la direction indiqu√©e par Sodek et voit un homme √©trange. Aucune id√©e d'o√Ļ il surgit, ni m√™me de comment. Ses v√™tements de cuir et de fourrures sont sales, couverts de terre et de sang. Il porte un masque, sorte de sac de toile sur lequel sont fix√©es des cornes de cerf.

    Sodek se tourne vers le nouvel arrivant, l√®ve la main et d√©clare.
    ¬ę¬†Le Roi-Volcan m'a donn√© un nombre et ce nombre est...¬†¬Ľ

    ...d'un geste, elle nous invite, ce type et moi, √† entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, tous deux ont tr√®s bien compris ce qu'il doivent faire¬†: trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
    Haze ne sait plus si tout cela est bien r√©el, mais s'il veut savoir, percer les secrets, il doit trouver le Roi-Volcan avant ce type. Haze entre et, plantant l'homme dans l'entr√©e, prend imm√©diatement le couloir sur sa gauche.

    Haze n'a aucune id√©e de comment trouver ce foutu Roi-Volcan. Il n'a m√™me aucune id√©e de ce √† quoi il peut bien ressembler. En tout cas, tout √ßa est li√© √† Millevaux. Et il porte une part de Millevaux sur lui¬†: le Cruel Centip√®de. Apr√®s avoir v√©rifi√© que l'autre gars ne l'avait pas suivi, il se saisit du Cruel Centip√®de et le fixe du regard, esp√©rant un signe. Aucune r√©action de la part de cette chose mais... Haze se rend compte qu'il entend toujours cette musique. Toujours le m√™me album du m√™me groupe. √áa n'a pas de sens. Si, √ßa a forc√©ment du sens. R√©fl√©chis Haze¬†!

    Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une sc√®ne, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumi√®res, LA Lumi√®re, la m√©taphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre m√©taphysique¬†! Soul, l'√Ęme. Une √Ęme, celle de qui¬†? La sienne¬†? Celle de Johanna, de Sodek¬†? De ses victimes¬†? L'√Ęme¬†? Qu'est-ce que l'√Ęme¬†? Une illusion. Un produit permettant √† un organisme de percevoir son unit√© en vue de mettre en place les strat√©gies de pr√©servation de son int√©grit√©. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout √ßa n'est qu'un petit th√©√Ętre. Et si ce qui √©tait le plus important aux yeux des hommes n'√©tait qu'une illusion, un spectacle¬†? √Ä destination de quel spectateur¬†? Qui se r√©jouit du spectacle de nos √Ęmes¬†? Un Dieu¬†? Le Joueur¬†? Des Dieux¬†? Millevaux est hant√© par des Dieux.
    Haze croit comprendre. Il y a un message derri√®re tout √ßa. Ce spectacle est √† destination de quelqu'un. C'est bien un message. Mais qui dit message dit messager. Et qui dit Messager dit Nyarlathotep¬†! Nyarlatothep¬†! Le messager des Dieux, le message et le moyen de communication. Et quel meilleur moyen de communication pour un Dieu fou qu'une s√©rie de meurtres¬†? Les meurtres de Sodek ne sont pas que les bornes d'un rituel visant √† ouvrir une porte aux CŇďlacanthes. C'est aussi un message. Un message chiffr√© puisqu'√† chaque victime correspond un nombre. Mais lequel¬†? Des... coordonn√©es. Tous ces chiffres doivent √™tre des coordonn√©es, ou un code dont le Roi-Volcan aurait la cl√©¬†?
    Haze secoue la t√™te. Comment sait-il que les victimes de Sodek ont chacune un nombre¬†? Johanna lui a racont√© une partie de son histoire. Mais celle-l√†¬†? Il ne sait plus. Mais il sait que ce que sait le Joueur, les personnages le savent √©galement. Ou du moins, ils peuvent acc√©der √† quelques bribes de ce savoir. La musique¬†! C'est √ßa¬†! Haze comprend. C'est le Joueur qui √©coute cette musique. L√†, maintenant, tout de suite, il a acc√®s au Joueur¬†!

    Soudain, la terre tremble¬†! Quelques briques tombent du haut des murs. Haze sait qu'il n'en a plus pour tr√®s longtemps. Mais il sait ce qu'il doit chercher. Les Yeux ont menti. Il ne mourra pas¬†! Ou alors, il mourra pour rena√ģtre.

    La terre tremble de plus en plus et ce sont maintenant des pans de murs entier qui s'√©croulent. Haze regarde autour de lui et ne trouve nul part o√Ļ se mettre √† l'abri. Dans sa main, il tient toujours le Cruel Centip√®de. Il a une id√©e. √áa va marcher. C'est oblig√©¬†!

    Il lib√®re alors le Cruel Centip√®de. La cr√©ature tombe au sol. Elle se met √† grandir et se tortille, s'enroule sur elle-m√™me en un motif compliqu√©. Haze, gr√Ęce au Joueur, reconna√ģt ce motif. C'est la rune Hshl et le nombre du Roi-Volcan est le 1808. Haze cligne des yeux. Un horrible bourdonnement de mouches lui vrille le crane. Il se sent aspir√© par le N√©ant dans lequel g√ģt le cadavre de l'Hommonde. √áa n'a aucun sens. Pas encore... Il doit mourir pour rena√ģtre...

    Haze a donn√© rendez-vous √† Johanna sur le front de mer. Il comptait prendre un verre avant de l'emmener au restaurant mais... la conversation a pris une autre tournure. Sodek s'est invit√©. Non en tant qu'interlocuteur mais malgr√© tout en tant que sujet. Johanna a peur. Elle fait de son mieux pour garder une certaine contenance mais Haze sent bien qu'elle est √† deux doigts de craquer. Il sent  aussi que c'est le bon moment.

    ¬ę¬†Johanna, c'est toi qui a tu√© Edes¬†?
    Oui. Enfin, c'est Sodek.
    Et tout √ßa a √† voir avec son ¬ę¬†grand plan¬†¬Ľ¬†?
    Bien s√Ľr. Il n'y a pas de hasard. Ces autres victimes ont un nombre. Mais pas Edes. Elle, c'est diff√©rent mais √ßa fait aussi parti du plan. Ce meurtre l√†, c'est comme... une fractale. Un fragment de rose en hologramme. C'est l'univers...
    Des nombres¬†?
    Oui, chaque victime avait un nombre, un num√©ro... √† l'H√īpital. Je crois que tout √ßa forme une s√©rie. Je ne sais pas trop. Il ne m'a pas tout dit. Mais il y a une histoire de nombre.
    Et Edes, pourquoi cette mise en sc√®ne¬†? Pourquoi le... porc¬†?
    Parce que... c'est comme √ßa. Partout. Partout o√Ļ Le Meurtre a lieu, il y a... le porc. Et le Tueur... Des fois, c'est un tueur en s√©rie. Des fois, c'est un enfant. Des fois, il est aveugle. Des fois, il a des cornes sur la t√™te. Mais tout le temps, il y a le porc...
    Est-ce que... est-ce que je vais mourir¬†?
    Oui, mais... pour rena√ģtre...¬†¬Ľ

    Haze a re√ßu un appel anonyme. On lui a donn√© rendez-vous dans un terrain vague. Il doit venir cette nuit. Seul, √©videmment. Et sans arme bien s√Ľr. Son interlocuteur a d√©clar√© travailler pour quelqu'un qui avait quelque chose √† lui remettre pour la Compagnie. Il n'a pas voulu en dire plus mais cette r√©f√©rence √† la Compagnie √©tait suffisante pour qu'Haze prenne le risque d'accepter ces conditions.
    √Ä l'heure dite, une limousine aux vitres teint√©es fait son apparition, phares √©teints. Le v√©hicule s'arr√™te √† une dizaine de m√®tres de Haze. Il fait mine de s'approcher mais la porte du conducteur s'ouvre. Celui-ci fait mine de porter la main droite au niveau de son aisselle gauche et, de la main gauche, lui fait signe de rester l√† o√Ļ il est. Haze ob√©it. Le chauffeur ouvre alors la porti√®re arri√®re. Le chauffeur se penche et √©change quelques mots inaudibles avec son patron. Il ferme la porti√®re et se dirige vers Haze. Sans un mot, il lui remet une bo√ģte. Haze ne peut s'emp√™cher de l'ouvrir. Dedans, une fiole en verre. Et dans la fiole, le Cruel Centip√®de. Le chauffeur se barre les l√®vres de son index puis, les deux paumes lev√©es, fait signe √† Haze de reculer. Marchant √† reculons, le chauffeur regagne la limousine et red√©marre.
    Haze range la bo√ģte dans la poche int√©rieure de sa veste. Il en est convaincu, l'Horreur vient de prendre une nouvelle forme, arpentant le monde au milieu des mortels...

    Le meurtre d'Edes Corso a fait la une de tous les journaux et l'ouverture de tous les JT nationaux et m√™me internationaux. La riche h√©riti√®re √©tait tr√®s c√©l√®bre et les journalistes ont ador√© d√©crire encore et encore les d√©tails les plus salaces de la sc√®ne de crime. Les blessures au visage mais surtout... le porc. C√©l√©brit√© et argent oblige, la police a mis les bouch√©es doubles sur l'affaire. Des croisements effectu√©s √† la suite de pr√©l√®vements d'ADN ont permis de remonter jusqu'√† une certaine Johanna Ackermann. Il semblerait donc que cette femme ait √©t√© pr√©sente sur toutes les sc√®nes de crime. Pas seulement celle d'Edes Corso mais aussi celles de ces hommes dont la mort √©tait attribu√©e au Tueur du Calendrier.
    Ackermann s'est rendue sans opposer de r√©sistance. Lors des premiers interrogatoires, elle a pein√© √† raconter ce qu'elle savait. On aurait dit qu'elle racontait une histoire v√©cue par un autre. Puis, au d√©tour d'un entretien avec un des experts psychiatres, la personnalit√© de Sodek NoFink a fait son apparition. Il a tenu alors des propos plus qu'incoh√©rents, affirmant que oui toutes ces morts, m√™me celle d'Edes Corso s'inscrivaient dans un vaste plan. Oui, ce plan √©tait interrompu mais, apr√®s tout, le mal √©tait fait et rien n'emp√™cherait plus sa r√©alisation. Ici ou ailleurs... il affirma √©galement que ce n'√©tait pas par hasard qu'Edes Corso s'√©tait entich√© de cet ancien agent du FBI. Elle savait qu'il √©tait m√™l√© √† tout √ßa. Et elle savait qu'elle allait mourir. Il alla m√™me jusqu'√† dire que c'√©tait pour l'approcher lui, Sodek, qu'elle avait fait la connaissance de l'ex agent Haze. Tout √ßa faisait donc parti de ce fameux plan. Aucune logique l√†-dedans, aux dires du psychiatre. Les d√©lires d'un fou. Ou plut√īt, d'une folle. C'√©tait certainement par unique jalousie qu'elle s'√©tait attaqu√©e √† Edes Corso. Et pour les autres hommes, une enqu√™te sur l'enfance de Johanna fit √©tat d'une hospitalisation en maison de repos. L√†, il semblerait qu'elle fut abus√©e par un autre patient pouvant pr√©senter des ressemblances avec ses victimes en tant que Tueur du Calendrier.
    Ackermann fut condamn√©e √† √™tre intern√©e en institut psychiatrique de haute s√©curit√© pour une dur√©e de 13 ans.


Réponse de Thomas !

A. Encore un grand merci pour ce CR qui s’avère être à nouveau une novelette !

B. Damon Haze et Edes Corso en couple, la rencontre de deux persos principaux de la première et de la deuxième campagne, c’est enthousiasmant ! Tu es train de tisser ta saga personnelle à travers Millevaux.

C. J‚Äôadore le c√īt√© super m√©ta de voir Millevaux comme un virus lib√©r√© sous licence creative commons, afin que n‚Äôimporte qui puisse cr√©er ses propres souches mutantes¬†! Pour l‚Äôexactitude, Millevaux n‚Äôest pas en creative commons mais dans le domaine public. Je pense qu‚Äô¬†¬ę¬†open source¬†¬Ľ serait le terme qui collerait mieux √† ta fiction, pour sa connotation hacker.

D. Sympa de voir certaines thématiques de Millevaux (l’emprise, avec cette forêt tropicale enneigée, et l’oubli) se retrouver exploitées dans ce CR !

E. La contamination des mondes par Millevaux est un thème récurrent de Millevaux Mantra, j’ignore à quel point tu exploites ce jeu dans ta campagne (juste le contexte ? Aussi les tables ? Ou aussi le système?)

F. ¬ę¬†une bouche dessin√©e sur le mur scande ¬ę¬†Je suis Dionysos¬†! La Voix de la Bouche¬†! Dansez¬†! Chantez, les ivres et les fous¬†!¬†¬Ľ¬†: la bouche dessin√©e chante vraiment o√Ļ les paroles sont justes √©crites sur le mur¬†?

G. ¬ę¬†Haze plonge sa main dans sa poche et en tire un jeu de cartes. Il en sait pas ce que ce jeu fait l√†. Il n'aime pas jouer aux cartes. Enfin, pas sp√©cialement. Juste comme √ßa, il en tire 2 au hasard¬†: 10 de cŇďur et 5 de tr√®fle.¬†¬Ľ Je suppose qu‚Äôil s‚Äôagit des cartes √† tirer dans le jeu ¬ę¬†Le Tueur du Calendrier¬†¬Ľ motoris√© par Protocol¬†? J‚Äôaime beaucoup cette mise en ab√ģme¬†!

H. Encore un trip m√©ta avec le personnage qui base ses r√©flexions sur le jeu de r√īle √©pistolaire De Profundis‚Ķ qu‚Äôil n‚Äôa en r√©alit√© pas lu¬†: la pervasivit√© entre le personnage et le joueur joue √† plein.

I. Un petit extrait de l’Apocalypse selon Millevaux fort à propos suivi d’une dégustation de sa propre chair carbonisée, un moment tout cronenbergien !

I. Le Roman qui rend fou : hommage au roi en jaune et nouvelle poupée gigogne narrative avec cette référence à Tad Corso, le PJ de ta deuxième campagne Millevaux:)

J. Les r√©f√©rences √† Patient 13 sont de plus en plus appuy√©es. A ce sujet, je ne peux que conseiller L‚ÄôH√īpital, un crossover Millevaux / Patient 13 par Eug√©nie.

K. SiAber poss√®de les souvenirs des personnes qu‚Äôil a tu√©es¬†: clin d‚ÄôŇďil √† Ecorce, je suppose¬†?

L. Intéressant que l’enfant sauvé de l’abattoir par SiAber dans un des cauchemars de Coelacanthes s’avère être Camille, l’enfant d’un autre des cauchemars de Coelacanthes:) Tout ceci préfigure un maelstroms de liens logiques entre tous les éléments de ta campagne.

M. Les gravures sur la chair de la Magicienne √©voquent la sarcomantie, l‚Äôart de remodeler la chair qui est pratiqu√© √† Millevaux, avec du ¬ę¬†liquide sarcomantique¬†¬Ľ et des baguettes de bois

N. Est-ce que la ¬ę¬†lame de tarot¬†¬Ľ que prend SiAber est une carte de Muses & Oracles¬†?

O. ¬ę¬†Les hommes que tuait Sodek n'√©taient pas que d'anciens patient de l'H√īpital, ils √©taient aussi, √† ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant.¬†¬Ľ Est-ce qu‚Äôon peut dire que Sodek s‚Äôen prenait √† des anciens PJ ou a des PNJ-cl√©s, commentant des meurtres au caract√®re tr√®s m√©ta¬†?

P. Retour √† la Maison Carogne pour Haze. Finalement, ce sc√©nario de Coelacanthes s‚Äôav√®re central dans ta cosmogonie de campagne. Je me demande ce que donneraient d‚Äôautres zones m√©ta de Coelacanthes, comme le Ch√Ęteau Illogique qu‚Äôon trouve en zone 9 dans le cauchemar d‚ÄôAlice.

Q. Est-ce que les nombres du Roi-Volcan (et d’autres) que recherchent Sodek NoFink correspondent à des numéros de carte, comme par exemple les cartes de Muses & Oracles ?

R. ¬ę¬†Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une sc√®ne, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumi√®res, LA Lumi√®re, la m√©taphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre m√©taphysique¬†! Soul, l'√Ęme. Une √Ęme, celle de qui¬†? La sienne¬†? Celle de Johanna, de Sodek¬†? De ses victimes¬†? L'√Ęme¬†? Qu'est-ce que l'√Ęme¬†? Une illusion. Un produit permettant √† un organisme de percevoir son unit√© en vue de mettre en place les strat√©gies de pr√©servation de son int√©grit√©. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout √ßa n'est qu'un petit th√©√Ętre. Et si ce qui √©tait le plus important aux yeux des hommes n'√©tait qu'une illusion, un spectacle¬†? √Ä destination de quel spectateur¬†? Qui se r√©jouit du spectacle de nos √Ęmes¬†?¬†¬Ľ¬†: tout ceci m‚Äô√©voque, en plus de la m√©taphore m√©ta, les palais mentaux, reflet de l‚Äôinconscient des personnes, dans Little H√ī-Chi-Minh-Ville, et le fait que ces palais soient sous surveillance.

S. J‚Äôadore le fait que le personnage entende la musique qu‚Äô√©coute le joueur. On poursuit la mise en ab√ģme. Pour te confier une anecdote personnelle, il m‚Äôarrive tr√®s souvent de r√™ver que je mets en place une partie de jeu de r√īle (souvent d‚Äôailleurs sans pouvoir la concr√©tiser), ou de ¬ę¬†r√©aliser¬†¬Ľ que mon r√™ve est en fait une partie de jeu de r√īle, et sur un r√™ve particuli√®rement intense, j‚Äôai justement entendu une bande-son.


EDIT : Commentaires de Damien Lagauzère (05/02/2020) :

je n'ai pas pu mettre ce pti com √† la suite donc, le voila: "C‚Äôest dr√īle de me replonger dans cette partie si longtemps apr√®s ^^
Je ne crois pas avoir d√©j√† lu Mantra √† l‚Äô√©poque (c‚Äôest fait depuis) mais cette id√©e de Millevaux en tant que ¬ę virus ¬Ľ contaminant les mondes me vient de Coelancanthes. Je crois bien que c‚Äôest le premier jeu ¬ę Millevaux ¬Ľ auxquels j‚Äôai vraiment jou√© (ou Sombre, je ne sais plus). Mais c‚Äôest bien de Coelacanthes que me vient cette id√©e de Millevaux comme √©ant √† la fois un ¬ę monde ¬Ľ mais aussi une menace qu‚Äôil faut emp√™cher. Millevaux est devenu chez moi une sorte de croquemitaine. Et c‚Äôest de nouveau le cas dans la campagne de Seekers Beyond the Shroud que je joue en ce moment.
Pour le F, la Bouche est un PNJ de Patient 13 et elle parle vraiment pour qui sait ou peu l’entendre ^^
De même, j’ai vachement aimé joué en méta-jeu. C’était vraiment bien et faudrait ptete que je le refasse.
Franchement, cette campagne de Millevaux était vraiment sympa à jouer. Je ne sais pas si c’est très intéressant à lire pour les autres ^^ mais c’était vraiment sympa à jouer ? Pour l’instant, je n’ai pas encore fait de méta-jeu dans mon solo actuel mais je vais ptete le faire après avoir relu tout ça ^^

mais c'est vrai que ces moments "m√©ta" dans la campagne, notamment celui o√Ļ j'√©coute un album de Cabaret Voltaire ont √©t√© cool √† jouer. ce sont des moments de jeu comme celui-l√† qui me font dire que le jdr en solo a vraiment sa plus-value et n'est pas qu'un pis-aller au jdr tradi.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#43 19 Mar 2020 09:19

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE MOULIN D√ČJ√Ä-VU

Du vertige logique au programme et un peu moins de trahison que désiré pour ce test de scénario croisé Millevaux/ Trophée Sombre. Un récit par JBFH.

Le jeu : Troph√©e Sombre de Jesse Ross, exp√©dition punitive au cŇďur de la for√™t

Le scénario : Le Moulin Déjà-Vu, par JBFH. Entre oubli, ruine et étrangeté circulaire, vous ne sortirez pas indemne ce moulin.

Joué le 20/02/20.

42751154681_6641c04334_z.jpg
Neal Wellons, cc-by-nc-nd

Sc√©nario jou√© pour ma part hier soir en ligne. Deux joueurs qui ne connaissaient pas Millevaux et qui ont jou√© un historien et une sorci√®re pour une partie de 2h30-3h. Il y a eu tr√®s peu de jets de d√©s car peu d‚Äôactions risqu√©es, et en fait on a surtout lanc√© pour les Rituels. La Ruine n‚Äôest pas mont√©e tr√®s haut (3 et 5), mais suffisamment pour jouer un peu avec les √Čtats tout de m√™me. Les choix des joueurs vis √† vis du But de leur personnage, de ce que pouvait √™tre le tr√©sor et de leurs motivations se sont plut√īt bien accord√©s avec l‚ÄôOubli et le th√®me de l‚ÄôIncursion. L√† dessus √ßa a plut√īt bien converg√©.
Je me suis bien amusé à faire des Flashbacks et des Flashforwards pour mélanger les lignes de vie des exploratrices. Malheureusement, je n’ai pas réussi à suffisamment instaurer de méfiance et de jalousie pour déclencher un PvP final.
+ J’ai presque réussi à garder la sorcière au village dans le Poids du passé, c’était très émouvant.
+ On a eu un tr√®s bon moment de ¬ę maelstrom ¬Ľ (pour reprendre un terme de La Cellule) ‚Äď ou de Vertige Logique (?) - o√Ļ le joueur de la sorci√®re d√©cide d‚Äôajouter une marque de naissance sur le corps de son personnage, qu‚Äôelle retrouve sur une des vieilles au village et que je transforme en cicatrice laiss√©e par l‚Äôhistorien, loin dans leur pass√© commun, suite √† une trahison elle aussi oubli√©e. En 10 min tout √† pris sens. C‚Äô√©tait chouette.
-  J‚Äôai perdu le joueur de l‚Äôhistorien que je n‚Äôai pas su embarquer dans ma vision un peu trop abstraite et onirique de la for√™t hant√©e ^^ Le c√īt√© contemplatif et la perte de rep√®re ne lui ont pas parl√©.
- C‚Äô√©tait un peu difficile de jouer les dopplegangers lors de la derni√®re sc√®ne et d‚Äôaccabler mes pauvres joueurs, d‚Äô√™tre m√©chant avec eux pour d√©clencher un sentiment de honte. Je les ai fait vite dispara√ģtre et ai laiss√© les joueurs d√©cider de la fin.

Finalement la sorci√®re a maladroitement bu le liquide coulant du grammophone, son corps s‚Äôest alors d√©compos√© et son esprit a √©t√© propuls√© dans son propre pass√© o√Ļ elle a d√©cid√© de ne pas trahir l‚Äôhistorien (contrairement √† sa premi√®re ligne temporelle).
L’historien est sorti de la forêt avec une partie du trésor, a demandé à Nitsed à ce que le nom de la sorcière soit ajouté au registre en souvenir et il a rapporté le trésor à son village pour l’étudier.

Bref, je pense que sans concertation pr√©alable avec les joueuses, il est assez difficile de cr√©er la trahison finale si les personnage sont dans un ¬ę alignement ¬Ľ bon ou neutre. En tout cas, c‚Äô√©tait une bonne exp√©rience que je devrais reproduire vendredi soir :) (oui je rentabilise mes sc√©narios haha)


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#44 05 Apr 2020 06:27

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

KRAKEN

Un homme-tentacules en quête de l’extinction de Millevaux parcourt les mondes autour d’une ange ni morte ni vivante. Avec une rencontre effarante au final.
Un festival de jeux utilisés pour ce grand final de la troisième campagne Millevaux solo multi-systèmes par Damien Lagauzère !

Joué le 10/11/2018

Les jeux utilisés pour cette partie
Mantra/The Name of God
La trilogie de la crasse
CŇďlacanthes


Avertissement : contenu sensible (voir après l'image)

39721793630_6fd6cfbfc3_z.jpg
Reva G, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible :viol, violence sur enfants


√Čpisodes pr√©c√©dents¬†:

1. Le Peuple des Ruines.
Damien Lagauz√®re reprend sa cosmogonie personnelle de Millevaux avec l‚Äôintro d‚Äôune troisi√®me campagne solo qui am√®ne beaucoup de pistes intrigantes et fait √† nouveau planer la menace des CŇďlacanthes et la perspective de nouveau cauchemars¬†!

2. Un clou dans la main, deux trous pour les yeux
Souvenirs psychotiques d‚Äôun futur ant√©rieur o√Ļ la menace horla prend des allures de guerre totale.

3. J’ai tué pour ton nombre
Une suite multipliant les jeux, les mises en ab√ģme, la contagion foresti√®re et le d√©lire num√©rologique.

Lire / télécharger le texte intégral de la campagne :
version traitement de texte
version pdf

L'histoire :

    Je suis le Kraken. Ce n'est pas mon nom. J'ai oubli√© mon nom, mon pass√©, mon histoire. Je sais seulement que je suis le Kraken. Cet oubli√© est la cause de ma solitude. Je vis dans cette pyramide abandonn√©e par les Horlas mais au fond de moi, je me sens comme abandonn√© au fond de l'oc√©an. Retrouver mon nom, conna√ģtre mon histoire, voil√† qui apaiserait mon √Ęme.

    Comme chaque jour, je quitte la chambre obscure o√Ļ je m'abandonne aux r√™ves et viens contempler ce cauchemar qu'est Millevaux. Cette ann√©e, les Bergers du Givre sont venus... et ils ne sont toujours pas partis. Cela fait bien trop longtemps maintenant que dure l'hiver. Et jamais hiver n'a ici √©t√© aussi rude. Jusqu'alors et autant qu'on s'en souvienne, les Bergers du Givre apportaient avec eux le froid de l'hiver et repartaient avec au printemps. L√†, ils sont venus avec la neige et le vent. Et ils semblent d√©cid√©s √† ne plus quitter ces lieux.

    Millevaux sous la neige. Ce serait presque beau...

    Aujourd'hui, j'ai d√©cid√© de rendre visite au Niaucheur. Avant, je savais qu‚Äôil existait mais je ne savais pas o√Ļ le trouver. Maintenant, depuis que cet h√©licopt√®re est pass√© dans le ciel, je le sais. Et depuis, je lui rend r√©guli√®rement visite. Le Niaucheur se terre non loin des nids des serpents g√©ants. Avec cette glace, ils sont soit partis, soit morts de froid. Je ne les crains pas. Je crains plut√īt que le Niaucheur n'ait finalement rien √† m'apprendre et que ses plaintes lui fassent plus de bien √† lui qu'√† moi. Nous verrons bien. Je serais peut-√™tre le t√©moin d'un √©v√©nement in√©dit, qui sait¬†?

    Je descends les degr√©s qui me s√©parent du sol millevalien. Je sais qu'il fait froid mais n'en ressens aucune g√™ne. Cela vient peut-√™tre de ce que le Kraken est habitu√© √† errer dans les fonds glac√©s de l'oc√©an.

    Il me faut plus de deux heures de marche pour atteindre les rives du fleuve gel√©. Il se jette dans un gouffre sans fond. Un jour, je me rendrai l√†-bas. Demain, peut-√™tre. J'aper√ßois le Niaucheur. Il est l√†, allong√© dans la neige, face contre terre, rampant vers la glace, r√©pandant des tra√ģn√©es de sang noir√Ętre derri√®re lui. Je le rattrape rapidement. D√®s qu'il per√ßoit ma pr√©sence, il se retourne sur le dos et exhibe son torse calcin√© et √©corch√© vif. Dans sa main droite, la lame de son couteau est d√©goulinante de sang. Il a recommenc√©. Il est accro √† la Viande Noire. Et d√®s qu'il me voit, il commence √† se plaindre et √† pleurnicher sur son sort. D'un c√īt√©, je le plains effectivement. Je pourrais l'aider mais il ne le veut pas. De quoi aurait-il √† se plaindre si je panse ses plaies¬†? Et o√Ļ trouverait-il sa Viande Noire¬†? Mais, que va-t-il me raconter aujourd'hui¬†? Va-t-il se mettre √† d√©lirer ou seulement s'apitoyer sur son sort¬†? Ou va-t-il enfin me dire quelque chose d'int√©ressant sur... moi¬†?

    ¬ę¬†Bonjour, Niaucheur. Est-ce le jour¬†?
    Le jour¬†? Quel jour, Kraken¬†?
    Le jour o√Ļ tu me donnes un d√©but de r√©ponse.
    Mon pauvre ami... Regardes-moi. Regardes dans quel √©tat je suis. Je suis pitoyable. Qu'est-ce qu'une loque comme moi peut bien avoir √† donner¬†? Non¬†! Je n'ai rien √† donner. J'ai tant besoin de recevoir. Mais je ne suis qu'une loque d√©go√Ľtante et repoussante. Personne ne voudrait me t√©moigner la moindre compassion. Toi, Kraken, tu viens me voir car tu veux des visions. Tu veux la Viande Noire. Tu ne m'aimes pas vraiment.¬†¬Ľ

    Le Niaucheur a raison. Je ne l'aime pas vraiment. Je compatis √† son malheur mais je sais aussi qu'il en est responsable et qu'il s'y compla√ģt. Je n‚Äô√©prouve aucune piti√© ni aucune compassion pour lui. Je voudrais qu'il me donne sa Viande Noire, celle qui me donnera la connaissance. J'ai √©t√© patient. Mais aujourd'hui, je ne vais pas vainement esp√©rer qu'il me donne. Je suis venu prendre.

    ¬ę¬†Niaucheur, donne-moi la Viande Noire. Donne-moi la Vision et la Connaissance.¬†¬Ľ

    Je sors de ma r√©serve naturelle. Je brise ces cha√ģnes qui me retiennent. Elles se mat√©rialisent entre mes mains. Mon Karma est comme le lac dans lequel on vient de jeter une grosse pierre. Il y a des remous et il lui faudra du temps pour retrouver son calme mais... Je veux la Viande Noire. Je la veux maintenant.
    Le Niaucheur est trop affaibli pour esquiver ou parer mon coup. Les cha√ģnes s'abattent sur son corps d√©j√† meurtri et le sang coule √† nouveau. Pourtant, quelque chose d'impr√©vu arrive. Un casque translucide appara√ģt au niveau de son visage. Ce n'est pas comme s'il portait ce casque, non¬†! C'est plut√īt comme si le casque s'interposait entre lui et moi. Qu'est-ce que cela signifie¬†? Je tends la main pour m'en saisir mais il dispara√ģt aussit√īt. Je lis dans le regard du Niaucheur qu'il ne comprend pas non plus ce qui vient de se passer mais il a quand m√™me une id√©e derri√®re la t√™te.

    ¬ę¬†Expliques-toi, Niaucheur¬†! Qu'est-ce que √ßa veut dire¬†?
    Je ne sais pas Kraken. Je te le jure¬†!
    Mais ce n'est pas la premi√®re fois que tu vois ce casque. Ne mens pas¬†!
    C'est vrai. J'ai d√©j√† vu ce casque et le chevalier.
    Le chevalier¬†?
    Oui, l'Homme-Libre, libre comme le feu, celui des champs de feu¬†!
    Donnes-moi la Viande Noire, Niaucheur¬†! Je dois savoir ce que sont ces champs de feu¬†!¬†¬Ľ

    Alors que j'abats de nouveau mes cha√ģnes sur son visage, le casque appara√ģt de nouveau. Je ne lutte pas. Aujourd'hui encore, je n'aurai pas la Viande Noire, mais j'aurai le casque de l'Homme-Libre. Je fais dispara√ģtre mes cha√ģnes. Je me penche lentement en direction du Niaucheur. Je me saisis du casque. La configuration de ma t√™te m'emp√™che de l'enfiler. Toutefois, je peux lui m√©nager une place au centre des mes tentacules. Une fois d√©licatement pos√©, j'enroule autour de lui mes longs appendices et attends la r√©v√©lation.

    Je vois ce que le Niaucheur appelle les Champs de Feu. Il y fait effectivement une chaleur accablante. Un √™tre tel que moi, profond√©ment attach√© √† la mer, ne pourrait esp√©rer y survivre. Une fois ce constat fait, je remarque √©galement qu'il n'y a aucune trace de Millevaux. Aucune for√™t. Seulement du sable. Des dunes √† perte de vue. Et ces dunes se d√©placent. Elles sont vivantes. J'ignore comment et pourquoi le Niaucheur est entr√© en possession de ce casque mais cette vision me donne une id√©e. Je dois trouver l'Homme-Libre, celui qui vient des Champs de Feu. Ensemble, nous dompterons les Dunes Vivantes et chasserons la neige de Millevaux. Puis, nous chasserons Millevaux.

    J'ai abandonn√© l√† le Niaucheur. Je suis reparti sans aucune des r√©ponses auxquelles je m'attendais. Une fois de plus... J'ai m√™me des questions suppl√©mentaires. Qui est cet Homme-Libre¬†? O√Ļ sont les Champs de Feu¬†? Pourquoi ce casque¬†? Pourquoi est-il apparu au Niaucheur¬†? Mais surtout, et plus qu'avant, j'ai maintenant un but v√©ritable. Lib√©rer les Colonnes de l'influence n√©faste de Millevaux et des Horlas n'est pas un but. C'est un r√™ve. Trouver l'Homme-Libre et lui demander, le contraindre si n√©cessaire, de m'apprendre √† dompter les Dunes Vivantes pour chasser la neige et Millevaux, √ßa c'est un but¬†! Mais o√Ļ trouver un passage vers ces Champs de Feu en ces terres gel√©es par les Bergers du Givre¬†? Le gouffre¬†! L√† o√Ļ le fleuve gel√© s'enfonce dans les t√©n√®bres. Le fond des oc√©ans est glac√©. Mais en dessous, sous la cro√Ľte terrestre, le magma est br√Ľlant. S'il reste une source de chaleur ici, c'est l√† que je dois chercher.

    Longue est la marche qui me m√®ne au gouffre mais j'y parviens sans effort. Je suis le Kraken. Je ne suis pas soumis √† ces rigueurs comme le sont les humains. Mais, peut-√™tre ai-je √©t√© un humain, avant¬†? Je ne l'exclue pas. Je le saurai, un jour.
    Arriv√© au bord du gouffre, je ressens pourtant une sorte de malaise diffus. Le temps est plut√īt doux en comparaison des jours pr√©c√©dents. Mais il y a dans l'air quelque chose de corrompu, de hant√©... Un Horla¬†? Mes sens sont en √©veil. Les Yeux vont me dire si je suis effectivement en danger. Ils sont mes yeux, d'une certaine fa√ßon.
    Cet endroit est d√©sol√©. Il n'y a ici que neige et glace. Cette v√©g√©tation caract√©ristique des climats tropicaux ne supporte que difficilement les rigueurs anormales impos√©es par les Bergers du Givre. Leurs feuilles, courageusement, ne sont pas tomb√©es mais leurs branches plient sous le poids de la neige. Ce fleuve jadis tranquille et source de vie est maintenant gel√©. Le calme et la tranquillit√© d'une vie paisible et sereine ont laiss√© la place √† l'immobilit√© de la mort. Plus rien ne vit ici, pas m√™me les serpents g√©ants. Et ce gouffre... Alors que les rayons du soleil ne percent que rarement et difficilement l'√©paisse couche de nuages, la glace s'enfonce dans des t√©n√®bres insondables. Je devrais m'y sentir chez moi.
    Malgr√© les apparences, je ne suis pas seul. Dissimul√©s sous la neige, camoufl√©s gr√Ęce √† leurs v√™tements de cuir blanc, ils m'observent. Mais moi aussi je les observe. Je sens leur pr√©sence. Je veux en savoir plus. Dans la paume de main, une Noix. Je fais craquer la coquille entre mes doigts et porte la chair du fruit √† mon bec.
    Je pensais que la Noix me dirait comment vaincre mes ennemis mais elle me fait pressentir la n√©cessit√© de la d√©faite. Qu'il en soit ainsi. Je demeure immobile et laisse les Bergers du Givre, car il s'agit bien d'eux, se saisir de moi. Alors qu'ils me soul√®vent du sol et se dirigent vers le gouffre, je comprends. J'√©coute leurs impr√©cations scand√©es en Langue Putride. Ils comptent me sacrifier, m'offrir √† leur Dieu¬†: Ithaqua, le Marcheur du Vent. Je devrais mourir. Cette chute devrait m'√™tre fatale. Mais, je ne sais ni comment ni pourquoi, j'ai eu acc√®s par le pass√© aux pens√©es et aux connaissances du Joueur. Je sais qu'il ne souhaite pas ma mort. Je sais qu'il joue pour savoir ce qui va se passer. Il me sauvera de cette chute mortelle pour que je continue mes aventures. Mais je sais aussi que les Bergers du Givre sont des adorateurs d'Ithaqua. C'est lui qui maintient cet hiver perp√©tuel sur Millevaux. Pourquoi¬†? √áa, je dois encore l'apprendre.
    Hurlant, les Bergers du Givre me jettent dans le gouffre glac√©. Confiant, je me laisse bercer par cette sensation de chute. Ithaqua veille sur les Bergers du Givre. Le Joueur veille sur moi. Au moins pour cette fois. Je n'ai pas fait l'exp√©rience de l'impact de cette chute. C'est comme si la r√©alit√© avait clign√© des Yeux. Je chutai et maintenant je suis debout, au fond du gouffre, dans le noir et le froid.
    Mais je ne suis pas seul. Elle est l√†, la Magicienne. Elle me sourit mais son sourire est triste. Elle est pr√©occup√©e. √Ä ses c√īt√©s g√ģt un ange aux ailes de bois et de feuilles. Edes Corso. Je la croyais morte...

    Je me penche sur Edes. Ses ailes de bois sont bris√©es. Les feuilles qui lui restent sont brunes et rousses. Elle a de la fi√®vre. Je ne suis m√™me pas s√Ľr qu'elle ait conscience de ma pr√©sence. Je suis le Kraken et, √† ce titre, je peux me r√©g√©n√©rer. Mais comment la r√©g√©n√©rer elle¬†? En faisant comme les shamans. Je vais lui raconter une histoire. Nous allons la vivre ensemble. Ce sera une aventure symbolique et elle en ressortira gu√©rie. J'esp√®re. Mais quelle est cette histoire¬†? Je ne la connais pas moi-m√™me...

    Le Joueur a relu Immondys cette semaine. Une bande dessin√©e aux accents lynchesques teint√©s de Bacon avec, peut-√™tre, un arri√®re go√Ľt de Giger. Le personnage principal, un d√©nomm√© Ange, y explore cette ville √©trange mais aussi sa vie, son inconscient. Et si je lui racontais une histoire de ce genre¬†?

    ¬ę¬†√Čcoutes-moi, Edes Corso. Tu n'es pas morte. Tu es affaiblie, certes, mais tu vas t'en sortir. Nous allons tous les deux explorer une ville √©trange. Nous y ferons peut-√™tre des rencontres. J'esp√®re qu'elles seront b√©n√©fiques. En tout cas, nous vivrons une exp√©rience au terme de laquelle tu reviendra parmi nous en bonne sant√©, r√©g√©n√©r√©e. Mais avant de savoir √† quoi ressemble cette ville, ta ville, interrogeons les Yeux.¬†¬Ľ

    On dirait que mes mots ont fait mouche, Edes tourne son visage vers moi. Elle ouvre les yeux, ou plut√īt son Ňďil valide et la Noix que la Magicienne a plac√© dans l'autre. Je suis tent√© de la prendre. Est-ce une bonne id√©e¬†? Qu'en pensent les Yeux¬†?
    Une image se dessine dans l‚ÄôŇďil valide d'Edes. La r√©ponse¬†!

    Un couteau¬†! Un Ňďil, encore¬†! La lame du couteau s'abat sur un visage, transperce un Ňďil, l‚ÄôŇďil d'Edes Corso. Mais pas l'Edes aux ailes de bois et de feuilles. Une autre. Une Edes qui a tr√®s peur. Peur de mourir. Une Edes qui vit loin de la for√™t, loin de la crasse mais qui est rattrap√©e par la Crasse. Il y a cet homme et son couteau. Et le porc... Cet homme est le Diable. Il est d√©cha√ģn√©. Il faut √™tre d√©cha√ģn√©, lib√©r√© des cha√ģnes et des entraves de la morale, de toutes vertus pour l'avoir contrainte avec ce porc, pour l'avoir lard√©e d'autant de coups de couteau. Et pour avoir permis au porc de recommencer, apr√®s √ßa...

    Mes tentacules frissonnent d'effroi. Pauvre Edes. Est-ce cela qu'elle doit revivre¬†? Peut-√™tre¬†? Mais cette fois, je serai l√†. Je me saisis de la Noix et la remplace par une Bille. Je vois mon reflet dans la Bille. Je gobe la Noix.

    Un terrain vague. Le corps d'une femme, Edes. Pas l'ange. L'autre Edes. Non loin, celui du porc. Pauvre b√™te... Je regarde autour de moi. Le meurtrier a disparu. Mais il y a du bruit. Des gens approchent. On dirait des mortels mais je sens que ce n'est pas le cas. Amis ou ennemis¬†? Ils approchent du corps d'Edes. Je suis le Kraken, je me fonds dans le d√©cor et j'observe.

    ¬ę¬†Quelque chose cloche, dit l'un d'eux. Un homme aux l√®vres minces. Tout est l√† mais... √ßa devrait √™tre un homme. C'est toujours un homme d'habitude, non¬†?
    Si, r√©pond un autre homme.¬†¬Ľ

    Au premier regard, j'ai l'impression qu'il a une t√Ęche de naissance sur le visage. Puis, je me rends compte que ce n'est pas une t√Ęche, c'est... autre chose. L'homme est mort. Et il marche. Et il parle.
    Les deux hommes font le tour de la sc√®ne de crime, prenant soin de relever le moindre indice sans pour autant nuire au travail de la police qui ne devrait plus tarder √† intervenir.
    Le 1er homme se retourne ensuite vers celui dont je pense qu'il est mort.

    ¬ę¬†Les Mouches Cosmiques sont cat√©goriques. Ce meurtre est LE Meurtre. M√™me si la victime est une femme. C'est... l'exception qui confirme la r√®gle.
    Et tes mouches t'ont dit qui √©tait l'assassin¬†?
    Oui, il s'agit d'un certain Sodek NoFink.
    On intervient¬†?
    Non, la police va le trouver et l'arr√™ter. C'est apr√®s. Apr√®s, on reprendra le dossier. Pour l'instant, nous devons partir et laisser la police faire son travail. Ce meurtre nous apportera son lot de r√©v√©lations mais plus tard. Viens, on rentre...¬†¬Ľ

    Les deux hommes s'√©loignent. Je sors de l'ombre. Sodek NoFink. Ce nom ne m'est pas inconnu. Pourquoi faut-il que ma m√©moire me fasse tant d√©faut¬†? Que sont ces Mouches Cosmiques dont a parl√© cet homme¬†?
    Si ce Sodek s'est montr√© suffisamment d√©cha√ģn√© pour infliger ces tourments √† Edes, est-ce parce qu'il s'est lib√©r√© des entraves des conventions, de la culpabilit√©¬†? Ce d√©cha√ģnement et cette lib√©ration sont-ils un moyen ou le but en soi¬†? Et si c'√©tait Sodek NoFink cet homme-libre que je dois trouver¬†? Il conna√ģtrait le secret des Dunes Vivantes¬†?
    Sodek vit ici, comme vivait Edes. Edes le connaissait peut-√™tre. Elle pourrait me le dire mais elle est morte. Elle est morte aujourd'hui mais elle n'√©tait pas morte hier. Je me rappelle qu'il y a longtemps, ailleurs, j'ai su ouvrir des Portails √† travers le temps et l'espace. √Ä l'√©poque, je m'appelais Tad Corso. Si, aujourd'hui, je prenais ce nom, pourrais-je remonter ne serait-ce que quelques jours dans le pass√© pour trouver Edes et lui poser la question¬†?
    Mes tentacules sourient. J'aime cette id√©e. Que dois-je faire pour ouvrir un Portail¬†?
    Oh¬†! Les yeux sont cruels avec moi. Une Brume s'√©tend. Tad Corso conna√ģt cette Brume. Et Damon Haze craint ce qui s'y cache. Les Gargouilles. Tad Corso √©tait aux commandes d'une sorte d'exosquelette surarm√©. Moi, je n'ai que mes cha√ģnes. Et les Yeux exigent que je perde quelque chose qui m‚Äôest cher. Mes cha√ģnes¬†? Et si cela me... lib√©rait¬†? Deviendrai-je moi aussi un homme-libre comme Sodek NoFink¬†?
    Je fais tournoyer mes cha√ģnes au dessus de ma t√™te et les jette sur les gargouilles. Je ne sais pas si cela les blesse ou les m√™me les ralentit. Les Yeux sont beaux joueurs. J'ai perdu mes cha√ģnes mais... J'ai huit jours devant moi pour trouver Edes Corso et savoir si elle conna√ģt son assassin, Sodek NoFink.

    J'erre dans les rues de cette ville que je ne connais pas. Pourtant, j'ai le sentiment que je devrais. Conscient que mon apparence pourrait me causer des probl√®mes, j'use de cette capacit√© de mon totem, le Kraken, pour changer mon apparence, me camoufler, me fondre dans le d√©cor. Alors que je prends une apparence humaine, j'entends un effroyable fracas. La terre tremble, se fend en deux presque sous mes pieds. Je manque de tomber dans une terrible gorge dans laquelle s'engouffre un blizzard des plus violents. J'entends une explosion, des coups de feu¬†! Les montagnes, au nord de ma pyramide¬†! Je suis... de retour¬†? Non¬†! C'est une hallucination due √† la Noix. Mais je vois cet h√©licopt√®re s'√©craser. Je vois le Niaucheur s'extraire de la carcasse. Je le sens, il porte sur lui le Cruel Centip√®de. Un reflet attire mon regard qui se porte sur le canon d'une arme √† feu. Impossible¬†! Ce ne peut √™tre qu'un sosie¬†! L'Ange-Paon de Y√©z√©dis¬†! Que fait-il ici¬†? Et pourquoi tenter de tuer le Niaucheur¬†?

    Quand je reprends mes esprits, la rue est redevenue comme avant. Et moi, j'ai un visage humain. Je ne sais plus o√Ļ je suis. Je sais que ce monde n'est pas la r√©alit√©. C'est un voyage shamanique pour gu√©rir Edes. Serais-je donc revenu, l'espace d'un instant dans la r√©alit√©. Ma r√©alit√© de Millevaux¬†? Mais pourquoi dans les montagnes et non aupr√®s d'Edes¬†? √Čtait-ce le pr√©sent, le pass√© ou l'avenir¬†? Je ne sais plus. Ma m√©moire me joue des tours. J'y r√©fl√©chirai plus tard. Pour l'instant, je dois trouver Edes.

    Savoir o√Ļ la trouver ne devrait pas √™tre tr√®s compliqu√©. Apr√®s tout, je suis le Kraken. L'atteindre sera peut-√™tre plus difficile. Je fouille dans ma m√©moire et y trouve mon amie, la machine-cafard. Elle √©crira pour moi ce qui va arriver. Dans ma pyramide, je sais o√Ļ la trouver. Mais ici, o√Ļ est-elle¬†? Forc√©ment, elle n'est pas loin. Mais o√Ļ¬†? Comment la voir¬†?

    La Noix ou la Bille¬†? La Bille ou la Noix¬†? Laquelle me donnera la vision la plus pr√©cise¬†? Je choisis la...

    ...jeunesse¬†! Pourquoi ce mot s'impose-t-il √† moi¬†? Spontan√©ment, je la cherche autour de moi, la jeunesse. Il est peu probable de la trouver ici et √† cette heure de la nuit. D'autant plus que cette pluie fine chasse la plupart des noctambules. Et pourtant, elle est l√†, la jeunesse. Camille¬†! Je te reconnais¬†! Pourtant, ce n'est pas lui. Ce n'est plus lui. Ce n'est plus le prot√©g√© de la Magicienne. Je vois √† l'int√©rieur de lui. Le cafard¬†! Immonde et √©norme¬†! Est-ce mon amie¬†? Un craquement sec secoue le petit gar√ßon. Il se secoue. Son corps se retrouve pench√© en avant, √† la limite de tomber. Le craquement s'amplifie. Son dos s'ouvre en une b√©ance horrible. Je vois le d√©tail de son anatomie, comme celui d'une grenouille clou√©e sur la planche d'un biologiste. De l√†, de cette cavit√©, s'extrait un cafard. Un gigantesque cafard de pr√®s de 2 m√®tres de haut. Son ¬ę¬†visage¬†¬Ľ est totalement inexpressif mais je ressens pourtant une certaine joie qui en √©mane. La joie de me revoir mais √©galement une autre... plus malsaine.

    ¬ę¬†Les souffrances de ce petit gar√ßon sont un d√©lice, Kraken. Les Carogne ne l'ont pas loup√©. Tu en veux¬†?¬†¬Ľ

    Les mots ne parviennent pas √† sortir de ma gorge. Je pointe du doigt la machine que le cafard porte sous le bras. Il... sourit¬†? Il produit une esp√®ce de bruit de bouche puis l√®ve la machine au dessus de sa t√™te. Il l‚Äôabat ensuite violemment et l'enfonce sur ce qui lui sert de cr√Ęne. Il secoue un peu la machine, la fait tourner, fait craquer ses cervicales. La machine a trouv√© sa place. J'ai retrouv√© mon amie, ma fid√®le Clark Nova¬†!

    Je m'approche de Clark Nova. Mes doigts glissent le long des lignes de la machine. Je commence √† pianoter. C'est le moment¬†! Le moment de (me) taper une vision d'enfer¬†!

    Je suis dans une chambre d'h√ītel propre et vide. Elle donne sur une ruelle, vide √©galement. Il pleut. Je sais que je fuis une menace. Mais je sais aussi qu'ici r√®gne une menace tout aussi grande. Les deux menaces sont-elles li√©es ? Quelles sont leur nature ? C'est cela que je dois comprendre. Alors, je trouverai Edes.

    Je sens que cette menace va bient√īt se manifester. Je ne peux pourtant pas quitter cette chambre. D'une part parce qu'une autre menace m'attend dehors. D'autre part, il y a ici quelque chose que je dois trouver. La magicienne a l'habitude de cacher des Billes et des Noix un peu partout. Est-ce cela que je dois trouver¬†? Je commence par les tiroirs.
    Un... p√©nis (?!) de m√©tal chrom√©, stri√© de veines rouges, de 18 cm au garrot. Je ne peux m'emp√™cher de penser que c'est effectivement mena√ßant.

    Mais mon sourire se fige. Je comprends ce que signifie la pr√©sence de cet objet, √† qui, ou plut√īt √† quoi il appartient. Je connais ces √™tres dominateurs et pourtant esclaves de leurs pulsions les plus viles et les plus basses. Un Soar¬†! Un homme-porc. J'ai trouv√© dans ma pyramide des textes √† propos de ce peuple, de son histoire, de sa magie... Les Soar peuvent se rendre invisibles. Il est l√†¬†! L'homme-porc est l√† et il m'observe. Qu'attend-il¬†? Pourquoi ai-je peur¬†? Va-t-il m'attaquer¬†? Attend-il seulement que je quitte les lieux¬†? Sait-il ce que je cherche¬†? Sait-il que j'ai compris qu'il √©tait l√†¬†?
    J'ouvre un autre tiroir...

    Un petit sachet en plastique. Des petits morceaux de papiers d√©coup√©s. Un mode d'emploi. J'ai 2 mn¬†!

    J'ai r√©ussi¬†!!! mais qu'est-ce que √ßa veut dire¬†? Dans tous les sens, des s√©ries de chiffres et de lettres. C'est un code. Je le m√©morise et, l'air de rien, remetd le tout √† sa place en tentant de rep√©rer le Soar. Si je devais me battre, l'emporterais-je¬†?

    Je dois me rappeler que tout cela n'est qu'une vision, une illusion. Ce n'est pas vraiment r√©el. Je dois garder la t√™te froide. Je suis le Kraken. Je sais ce qu'est ce code. Il m'indique l√† o√Ļ je peux trouver Edes Corso. La question n'est pas tant de savoir pourquoi ce Soar d√©tient une information concernant Edes. Il n'y a peut-√™tre, d'ailleurs aucun lien entre les deux. Le lien, c'est la vision. Ma vision. Le lien, c'est moi¬†! Cette vision me permet de trouver Edes et me met en garde contre les Soar. Mais aussi contre autre chose qui m'attend dehors. Je ne dois pas douter un seul instant de ma capacit√© √† aller au bout de ce voyage. Je ne dois pas douter de ma capacit√© √† gu√©rir Edes. Mais je ne dois pas douter non plus de la r√©alit√© de la menace qui p√®se sur nous. Et cette menace semble plus grande que je ne l'imaginais au d√©part. Quels √©taient donc les plans de Sodek NoFink¬†?

    Le Soar ne se manifeste toujours pas. Peut-√™tre pense-t-il que je n'ai pas perc√© le code, que je ne suis pas une menace. C'est aussi bien. Mais peut-√™tre tout simplement prolonge-t-il l'extase qui le cache √† mes yeux¬†? Je ne veux pas vraiment le savoir. Ces hommes-porcs sont un myst√®re et j'aimerais autant qu'ils le restent. Pour l'instant, je dois sortir. Par la fen√™tre, la rue semble d√©serte. Pourtant, je sais qu'une menace m'attend √† l'ext√©rieur. Une menace ext√©rieure... alors que je me saisis malgr√© ma peur de la poign√©e de la porte, je comprends. Une menace ext√©rieure. Un Dieu Ext√©rieur¬†! Nyarlathotep¬†! Le messager et le message¬†! Le code¬†! J'ai m√©moris√© le code. C'est lui la menace¬†! Et je l'ai dans la t√™te. Je p√Ęlis. Je suis tomb√© dans le pi√®ge du Soar. Oui, ce code va me permettre de trouver Edes, mais il va aussi me ronger. Ce code est une maladie¬†! C'est le Cruel Centip√®de¬†!

    Je tourne la poign√©e... Elle refuse de plier. Je dois forcer. Je tremble sous l'effort. Une horrible puanteur envahit soudain la chambre. JE DOIS SORTIR D'ICI¬†!!!

    Je suis de nouveau dans la rue. Cette pluie fine tombe toujours et se m√©lange √† la sueur qui court le long de mon dos et trempe ma chemise. Sous mon visage humain illusoire, je sens mes tentacules s'agiter. Je le regarde sans le voir. Le cafard me tourne le dos. Il a √īt√© Clark Nova de sa t√™te et s'en retourne √† l'int√©rieur du petit Camille afin de se repa√ģtre des horreurs qu'il a subi dans la maison Carogne. Je sens un tr√®s tr√®s mauvais Karma¬†! Je cherchais Edes pour la sauver et j'ai le sentiment de m'√™tre fait avoir. Je cligne des yeux. Devant moi, une voiture aux vitre teint√©es me barre le chemin. Derri√®re, la m√™me chose. Un homme sort de la 1√®re voiture. Il porte un costume sombre, des lunettes de soleil et une coiffure mohawk teinte en orange vif qui d√©tonne avec son look de men in black. Brod√© sur son √©paule gauche, je crois reconna√ģtre ce symbole. Une swastika d√©form√©e sur une croix copte. J'ai le cafard mais... peut-√™tre ne devrais-je pas prendre la mouche... Qu'en pensent les Yeux¬†?

    Je suis en danger. Pour de bon, pour de vrai¬†! Ces types sont au mieux des humains adorateurs des cafards et au pire des cafards eux-m√™mes. Dans tous les cas, ils seront moins bienveillants √† mon √©gard que ma fid√®le Clark Nova. Les Soar, les cafards¬†! Dans quel p√©trin s'est mise Edes¬†? Mais pour l'instant, je dois me sortir de l√†. Je reprends mon apparence de Kraken. Mes tentacules se d√©plient et savourent cette pluie fine. Je l√®ve les bras et les fait onduler lentement, au rythme de mes tentacules.

    ¬ę¬†Je suis le Kraken¬†! Ici et maintenant, je vous plonge tous dans l'obscurit√©. Vous allez sombrer dans le sommeil. Et √† votre r√©veil, vous serez au plus profond de l'oc√©an. Je suis le Kraken¬†!¬†¬Ľ

    Alors, j'√©coute les Yeux. Qu'attendent-ils de moi¬†?

    ¬ę¬†Kraken¬†! Nous sommes les Yeux. Tu dois avaler l'anarchie¬†! Ton sang doit couler¬†!¬†¬Ľ

    Est-ce sous l'influence des yeux¬†?¬†: ma main droite se pare de griffes longues et ac√©r√©es. Le temps semble s'√™tre fig√© mais c'est faux. Je dois agir maintenant¬†! Je l√®ve ma main et laboure mon torse. Mon sang coule. Il est sombre comme le fond de l'oc√©an. J'avale l'anarchie. Je la fais mienne. Je rejette toute forme de gouvernement concernant mes pens√©es et mes actions. D√©sormais, je sors de ma r√©serve. Je cesse d'√™tre un t√©moin passif. Mon sang coule en vagues √©normes et d√©cha√ģn√©es. Il entra√ģne les adorateurs des cafards par le fond. Quand le calme revient dans cette ruelle. Je suis seul et je suis un autre. Ces griffes ont disparu de ma main droite. Je me saisi alors de cette clepsydre trouv√©e dans ma pyramide. Le temps s'√©coule plus vite. Non, pas le temps. Le Karma. J'ai 8 jours pour trouver Edes mais beaucoup moins avant la catastrophe.

    Malgr√© tout, la r√©alit√©, le monde, l'Hommonde (?), ont tenu parole. Je sais o√Ļ trouver Edes¬†! Je vois une cath√©drale. Des dunes. Tout cela se m√™le dans ma t√™te. Edes assiste ce soir √† un vernissage. Un peintre italien expose ses nouvelles toiles. Elles repr√©sentent des temples et autres lieux sacr√©es, mais aussi des paysages d√©sertiques.

    ¬ę¬†Taxi¬†!¬†¬Ľ

    A l'entr√©e de la galerie, je parviens √† tromper la vigilance des hommes de la s√©curit√© mais cela me co√Ľte une nouvelle Noix. Il ne m'en reste que deux pour sauver Edes. √Ä l'int√©rieur, je la cherche parmi les invit√©s. Je ne la vois pas mais j'entends un groupe de personnes parler d'elle. Je m'approche et tente de capter leur conversation. Ils parlent d'un orchestre dans une autre salle. Elle s'y serait rendue. Je trouve effectivement cette salle mais la porte est ferm√©e. Je colle mon oreille √† la porte. Il y a effectivement de la musique. Que cette porte soit close m'intrigue. Et je me demande si les affaires dont on traite ici ont vraiment √† voir avec l'art. Je dois absolument entrer. Par acquis de conscience, je tourne lentement la poign√©e mais la porte refuse de s'ouvrir. Et si elle √©tait en danger¬†? Il ne me reste que 2 Noix. Je colle √† nouveau mon oreille √† la porte, tentant de capter une conversation par dessus la musique. Des g√©missements √©touff√©s. Un bruit de chute. De la vaisselle, des verres qui se brisent. Quelqu'un vient de tomber. Je le sais maintenant, je peux √™tre brutal √† l'occasion. Et j'ai renonc√© √† ob√©ir √† cette r√©serve qui √©tait la mienne jusqu'√† pr√©sent. D'un coup d'√©paule, j'enfonce la porte.

    Alors que je fais une entr√©e fracassante dans le petit salon, l'orchestre encha√ģne spontan√©ment sur une adaptation de Wagner. Edes Corso, magnifique dans cette robe de soir√©e, me jette un regard des plus d√©daigneux. Au sol, un homme-porc en smoking est en train de se relever. D'un geste agac√©, il refuse l'aide de ce cong√©n√®res. Edes est la seule humaine pr√©sente mais elle ne semble pas en danger. Le Soar se rel√®ve, lisse sa veste de smoking et tente de retrouver  une certaine contenance. Contre toute attente, personne ne semble g√™n√© par le spectacle offert par ce porc ivre. Au contraire m√™me, ils semblent attendre quelque chose. Le Soar va parler.

    ¬ę¬†Hum, d√©sol√© Edes. Je... J'ai vu... Des innocents vont p√©rir. Et il y a... plusieurs assassins. Prends soin de toi.¬†¬Ľ

    Puis, enfin, tous se tournent vers... moi¬†!

    ¬ę¬†Qui √™tes-vous¬†? demande Edes, calmant d'un geste les Soar s'emparant de leurs armes.
    Je suis le Kraken. Le Soar a raison. Des innocents vont mourir. Tu vas mourir. Dans une semaine. Je suis l√† pour t'aider, Edes. Je suis le Kraken.¬†¬Ľ

    A ma grande surprise, l'ambiance se d√©tend. Les Soar rangent leurs armes et Edes s'approche de moi, visiblement tr√®s √† l'aise avec la nouvelle que j'apporte. Dans un coin de la pi√®ce, des Soar chuchotent en me regardant. Je n'entends pas bien ce qu'ils racontent mais j'entends parler de Black Rain. √áa me dit vaguement quelque chose mais impossible de faire le lien avec quoi que ce soit. Edes m'invite √† m‚Äôasseoir et me tend un verre. Elle veut tout savoir. Mais avant, elle cong√©die les hommes-porcs. Ceux-ci refusent. Ils veulent eux aussi entendre ce que j'ai √† dire. J'esp√®re qu'elle va refuser. Je n'ai aucune confiance en eux. Heureusement, Edes reste ferme et leur intime l'ordre de quitter la pi√®ce. L'orchestre joue toujours. Du Bach, maintenant. Le Soar ivre tente de n√©gocier sa pr√©sence et agitant sous son nez un vieux carnet. Edes r√©pond qu'elle aussi sait des choses qu'ils veulent savoir. Elle explique que ce que j'ai √† dire ne concerne qu'elle seule et qu'ils reprendront leurs transaction l√† o√Ļ je l'ai interrompue quand nous en aurons fini. Tenir ainsi t√™te √† une d√©l√©gation d'hommes-porcs, je reconnais ma Edes Corso.

    Les Soar quittent finalement la pi√®ce, apparemment sans rancune. Edes se retourne vers moi. Je la sens pleine d'entrain. Je lui raconte tout. Comment je suis revenu dans le pass√© pour emp√™cher sa mort. Comment je suis arriv√© sur les lieux du crime en provenance de Millevaux. Et surtout, comment, de mon point de vue, sa r√©alit√© n'est qu'une vision fantasmatique, un voyage onirique afin de d√©livrer l'Edes Corso de Millevaux de sa fi√®vre. Comment va-t-elle r√©agir √† √ßa¬†? Va-t-elle me croire¬†? Va-t-elle me prendre pour un fou¬†? Je suis... anxieux. Ma vision se trouble. Autour de moi, l'air se fige, se cristallise et forme une suite de mots. ¬ę¬†La r√©p√©tition est une forme de changement. Une mal√©diction. Elle ne veut pas √™tre sauv√©e.¬†¬Ľ

    ¬ę¬†‚Ķ serait un certain Y√©z√©dis Corso, tu comprends¬†?¬†¬Ľ

    Edes a poursuivi son r√©cit. Elle n'a, dirait-on, rien per√ßu de mon trouble passager. Mais je comprends alors certaines choses moi aussi. Edes, ici, trafique avec les Soar afin d'en savoir plus sur un de ses anc√™tres. Un certain Y√©z√©dis Corso. Les hommes-porcs auraient des informations le concernant. En √©change, ils veulent des informations sur Damon Haze. C'est donc pour √ßa qu'elle s'est approch√©e de lui. Y√©z√©dis Corso¬†? L'Ange-Paon de Y√©z√©dis¬†? C'est lui qui a tir√© sur Haze quand son h√©licopt√®re s'est crash√© dans les montagnes millevaliennes. Je le lui dis. Et elle me confirme que Haze a quelque chose √† voir avec Millevaux, qu'une de ses enqu√™tes, quand il √©tait agent du FBI, lui a fait toucher certains des myst√®res de cette for√™t. Elle sait aussi que cela est en lien avec un certain Sodek NoFink. ¬ę¬†La r√©p√©tition...¬†¬Ľ J'ai l'impression d'une boucle, d'un cycle dans l'espace et le temps entre Millevaux et cette r√©alit√©. Quoi qu'il en soit, dans ces deux mondes, Edes est li√©e √† tout √ßa. Et dans ces deux mondes, son sort est des plus pr√©caires. Et elle ne voudrait pas √™tre sauv√©e¬†? Dois-je vraiment la laisser mourir¬†? Dois-je la laisser au fond du gouffre¬†? Et est-ce possible que ce Y√©z√©dis Corso et l'Ange-Paon soit une seule et m√™me personne¬†?

    Edes se tait maintenant. Et moi, je r√©fl√©chis. Peut-√™tre dois-je me r√©soudre √† renoncer √† la sauver, dans ce monde comme dans le mien. Sa mort ici serait, comme l'a dit l'homme sur la sc√®ne de crime, l'exception qui confirme la r√®gle. Changement et r√©p√©tition... Et sa mort au fond du gouffre de Millevaux¬†? Quel sens cela pourrait-il bien avoir¬†? Peut-√™tre n'y a-t-il finalement aucun moyen, ni aucune raison de la sauver¬†? Et si, pour en savoir plus maintenant, et sauver les Colonnes, je devais trouver l'Ange-Paon de Y√©z√©dis¬†? Et si c'√©tait lui l'Homme-Libre¬†? Et si c'√©tait lui qui pouvait m'apprendre √† dompter les Dunes Vivantes¬†?

    La mal√©diction... Le Soar m'a fait ing√©rer le code du Cruel Centip√®de. Il me ronge. Mon temps ici est compt√© et... Edes ne veut pas √™tre sauv√©e. Elle est un √©l√©ment du cycle. L'exception qui confirme la r√®gle. Je pense avoir mes r√©ponses. Je dois maintenant retourner √† Millevaux. Retourner au fond du gouffre et lui annoncer qu'elle va mourir, pour le cycle.

    Je suis de retour au fond du gouffre. Edes est toujours en proie √† la fi√®vre. Est-ce un effet de l'obscurit√© mais je lui trouve l'air m√©fiant. Et elle a raison. Je suis de retour pour lui annoncer mon √©chec. Pour lui faire part de son souhait de mourir. De la n√©cessit√© de sa mort pour que se poursuive le cycle. Je sens des images se former √† l'arri√®re de mon crane. Cela parle d'oubli, d'amn√©sie. Je les refuse. Je vacille. Je me tourne vers la Magicienne. Elle s'agite dans l'ombre. J'ai le sentiment horrible d'avoir oubli√© quelque de primordial. Mais quoi¬†? Je sombre... Est-il possible de tomber encore plus bas¬†?

    Je suis de nouveau √† la surface. Au bord du gouffre, celui-l√† m√™me o√Ļ j'ai abandonn√© Edes et la Magicienne. Une assembl√©e de corbeaux est attroup√©e autour de l'ab√ģme aux parois garnies de racines et grouillantes de vers. Au fond, j‚Äôaper√ßois les Abysses qui remontent pour envahir Millevaux. Alors, certains corbeaux se transforment en humains et en humaines. Leur mutation est horrible. Leurs corps se tordent, se d√©chirent. Les os saillent et le sang coule. Les chairs sont √† vif. Ces craquement et crissements sont effrayants. Je les reconnais. Ce sont des Corax. Peuvent-ils m'apprendre quelque chose¬†? Je ne suis pas leur ennemi. Mais le savent-ils¬†?

    Je m'approche de l'un d'entre eux, nouvellement transform√© en √™tre humain. Ses gestes sont lents et mesur√©s. Il √©mane de lui une odeur parfum√©e plut√īt agr√©able. C'est √©trange en ce lieu. Il m'a l'air sympathique et j'essaye de lui para√ģtre sympathique √©galement. Pourtant, quand il parle, il me prend de haut. Il dit qu'eux, les Corax, sont la race √† venir, et que l‚Äôhumanit√© a d√©m√©rit√© de sa supr√©matie. Je lui rappelle que ces propos ne sont nullement provocateurs me concernant puisque je ne suis pas humain. Je suis le Kraken. Pas un humain. Et si les humains ne m√©ritent plus d'√™tre les ma√ģtres de cette terre, doivent-ils pour autant dispara√ģtre¬†? Ne peut-on pas tout simplement les laisser en paix¬†? Aujourd'hui, il ne s'agit pas tant de maintenir les humains au sommet de cette hi√©rarchie que de chasser cet hiver qui n'en finit plus et qui tue m√™me les Horlas. Je lui parle de l'alliance entre Ithaqua et Shub'Niggurath. Je lui parle aussi des Dunes Vivantes et de l'Ange-Paon de Y√©z√©dis. Je lui dis que la Magicienne et Edes Corso sont au fond du gouffre et qu'Edes n'en sortira pas. Mais moi, je dois trouver l'Ange-Paon. Les Corax peuvent-ils m'aider¬†? Il me dit que oui. Je lui demande s'il a quelque chose pour moi. Mais non¬†! Il n'a rien √† m'offrir. Au contraire m√™me. Il exige de moi... une √©pid√©mie¬†? Je ne comprends pas. Ou plut√īt, j'ai peur de comprendre. Aurais-je ramen√© avec moi le Cruel Centip√®de¬†? Ou une ¬ę¬†version¬†¬Ľ¬†? Le code trouv√© dans la chambre du Soar serait toujours dans ma t√™te¬†? Et le Corax le veut¬†? Il tend la main dans ma direction. Je ne peux pas lui donner ma t√™te¬†! Mais lui, peut-il extraire ce code¬†? Non¬†! Et il m'explique m√™me que cela me tuerait de le faire. Ce code risque donc de me tuer √† petit feu et cela me tuerait de tenter de l'extraire. Mais, si je ne l'extrais pas, puis-je l'effacer de ma m√©moire, le remplacer par autre chose, l'√©craser¬†? Oui, mais... par quoi le remplacer¬†? Un autre code, je lui dis. Ou par ce que je cherche. Au-del√† des Dunes Vivantes, de l'Ange-Paon et de l'Homme-Libre, ce que je cherche par dessus tout, c'est mon nom¬†! Mon nom... Je r√©alise alors que cela forme un palindrome. Je m'en ouvre au Corax. Il sourit et sa main tendue vers moi en attente de quelque chose devient une main tendue en attente d'√™tre serr√©e. Je crois m'√™tre fait un nouvel ami. Il se s√©pare alors de la cha√ģne pendant √† son cou. Il me ta tend et m'explique que cette p√©pite lui permettra de me retrouver o√Ļ que je sois. Alors, il me viendra en aide, mais une seule et unique fois. J'ai compris et le remercies.
    Je regarde au fond du gouffre. Point de Magicienne ni d'Edes. Les t√©n√®bres continuent de progresser lentement mais s√Ľrement vers la surface. Plus que jamais, je dois retrouver l'Ange-Paon. Et plus que jamais je dois retrouver mon nom.

    Je quitte alors l'assembl√©e des Corax. Je me dirige vers les montagnes. C'est l√†, pour ce que je m'en rappelle, que l'Ange-Paon a tir√© sur Haze. Sur le trajet, je fais toutefois un d√©tour par le Noyer. Je n'ai plus ni Noix, ni Bille. Et la Magicienne ne m'en a pas donn√© d'autres.

    La route conduisant aux montagnes me fait m'arr√™ter dans cette clairi√®re o√Ļ s'√©l√®ve un gigantesque Noyer. Malgr√© l'hiver, il regorge de fruits. Aussi, je m'autorise √† en manger une et √† en garder une autre pour plus tard. Je n'ose en prendre plus. Je croque la Noix et m'enfonce dans un profond sommeil.

    Je suis le Kraken. Tout n'est que t√©n√®bres autour de moi. Il fait froid et sombre comme au fond de l'oc√©an. Je me sens seul, si seul. Et soudain, alors que je commen√ßais √† me perdre dans ma solitude, je sens une pr√©sence. Elle est diffuse, lointaine. Mais elle est bien pr√©sente et je la sens bien intentionn√©e √† mon √©gard. Je pointe mes tentacules dans ce que je crois, ce que j'esp√®re √™tre sa direction. Mais c'est de la folie que je ressens alors¬†! Je vois d'horribles Gargouilles s'animer dans les Brumes de Millevaux. Qu'est-ce que cela signifie¬†? Qui s'interpose ainsi entre mon nouvel ami et moi¬†? O√Ļ est-il¬†?
    Horreur¬†! C'est une vision d'horreur¬†! Comment ai-je pu me retrouver sur le territoire de Celui Qui R√™ve Au Fond de l'Oc√©an¬†? Chtulhu¬†! Je le vois¬†! Je le sens¬†! Sa menace plane sur nous, sur moi¬†! Mais il y a toujours de l'espoir. Je me concentre et cherche mon √©trange ami. Je veux lui transmettre cet espoir qu'au-del√† de la mort et de la folie, il y a... l'amour¬†?
    Quelque chose fonce vers nous¬†! C'est lui, le Messager, Nyarlathoptep¬†!
    Je suis en proie √† une terreur indicible. Mais, je sens toujours la pr√©sence de mon ami et cela me donne de la force. Nyarlathotep peut venir, je suis pr√™t¬†! Quel que soit le message des Dieux, je suis pr√™t √† la recevoir. Je suis le Kraken.
    Et mon ami du r√™ve est une amie. Un ange. Edes Alom. Qui es-tu¬†? Es-tu li√©e √† Edes Corso¬†? Si oui, je suis d√©sol√© d'avoir d√Ľ la laisser mourir mais c'√©tait son choix. Au fond d'elle, elle souhaitait participer du cycle. Mais, √ī Edes, j'aurais vraiment voulu faire plus. Je voulais te sauver. Crois-moi¬†!

    J'ouvre les yeux. Je suis assis, dos contre le Noyer. Sur mes genoux, un vieux carnet. Il n'y a pas de titre. Je l'ouvre et crois reconna√ģtre l'√©criture. Mais en v√©rit√©, je ne suis s√Ľr de rien. Est-ce la mienne¬†? Peut-√™tre¬†? Peut-√™tre pas¬†? Ma m√©moire me joue des tours.
    Non, ce n'est pas moi. Ce n'est pas mon journal. C'est celui d'un certain Dorso, un l√©gionnaire romain. Je lis qu'enfant il a √©t√© mordu par un serpent. Un Horla¬†? Un de ces homme-serpents √† 7 t√™tes ou un serpent g√©ant comme ceux qui nichent sur les abords du fleuve¬†? Ce Dorso s'est ensuite engag√© dans la l√©gion. Envoy√© combattre en Germanie avec son ami Lento, c'est l√† qu'il se fait mordre et devient un √™tre de la nuit se nourrissant du sang d'autrui. Il serait donc ainsi devenu une sorte de Horla lui aussi. Le journal raconte aussi comment il s'est disput√© avec son ami Pavo au sujet d'une pierre, d'une amulette. Un peu comme celle que m'a donn√© le Corax¬†? Pavo¬†? Le Paon en latin. Cet homme serait-il l'Ange-Paon¬†? Quelle horreur¬†! Quelle froideur lorsqu'il raconte comment il s'est nourri de sa propre m√®re. Puis comment, de retour √† Rome, il n'a cess√© de tuer pour survivre. Qui est ce Thot-Herm√®s¬†? Ce serait √† son initiative qu'il aurait √©tudi√© l'alchimie. Sous son influence involontaire, il aurait appris √† cr√©er des goules, s'ajoutant √† ses serviteurs mortels. Ce fragment de journal se conclut par ces mots¬†: ¬ę¬†En effet, je relis les lignes de mon journal et constate que ces souvenirs ne sont plus les miens. Ce ne sont plus que des mots... Je gagne en √Ęge et celui que j'√©tais dispara√ģt. Il devient une... fiction¬†!¬†¬Ľ
    C'est un √©trange cadeau que tu m'as fait l√† Edes Alom. Tu as brav√© le territoire de Chtulhu. Tu as risqu√© de subir le courroux de Nyarlathotep pour me transmettre ce fragment de journal. Dorso, Pavo le paon, Thot-Herm√®s... Qui m'attend au sommet de ces montagnes¬†?

    C'est un bien √©trange spectacle qui s'offre √† moi alors que j'approche du sommet.  Un h√©licopt√®re est la proie d'un assaut men√© par un essaim de gargouilles. Au sol, des cris attirent mon attention. C'est lui¬†! Je le reconnais √† la couleur de ses ailes. L'Ange-Paon de Y√©z√©dis¬†! Y√©z√©dis Corso. Le l√©gionnaire Dorso. Il pointe son fusil en direction de l'engin volant mais ne tire pas. Nul besoin. Les gargouilles font du bon travail et le pilote a manifestement perdu le contr√īle de l'appareil qui perd tr√®s- trop¬†? - rapidement de l'altitude. Il est √† bord¬†! Je le sens. Je ne sais pas qui il est mais je sens que lui aussi, comme moi, est porteur du Cruel Centip√®de. Qui est-il¬†? Dois-je lui porter secours ou le laisser mourir¬†? Le Kraken est un t√©moin, pas un acteur... Mais peut-√™tre qu'aujourd'hui je suis l'Homme-Libre, celui des Champs de Feu, le Dompteurs des Dunes Vivantes. Je dois agir. Je veux savoir comment cet homme c'est retrouv√© en possession du Cruel Centip√®de. Et je veux que l'Ange-Paon acc√®de √† ma requ√™te et m'enseigne. Mais ce dernier semble vouloir que l'homme meure. J'ai une id√©e¬†!
    Je m'approche calmement de l'Ange-Paon. Il ne semble pas avoir pris conscience de ma pr√©sence. Il continue de tirer en hurlant et je dois faire attention √† ne pas prendre une balle perdue. Une fois √† porter de voix, je lui dis¬†:
    ¬ę¬†Je suis le Kraken¬†! Je repose √† plus de 6 000 m√®tres au fond de l'oc√©an. Je me sens si seul depuis que j'ai perdu la m√©moire. Retrouver au moins mon nom apaiserait mon √Ęme. Je suis le Kraken¬†!¬†¬Ľ
    Un dernier de coup de feu claque comme un coup de fouet. L'Ange-Paon se tourne alors vers moi, l'air √©trangement conciliant.
    ¬ę¬†Je suis l'Ange-Paon de Y√©z√©dis. Je vis au sommet des montagnes du Roi-Volcan. Moi aussi, je me sens seul. Moi aussi, je ne sais plus qui je suis. Mais je me suis fabriqu√© un peuple, le Peuple des Gargouilles. Je ne suis plus seul. Je suis l'Ange-Paon de Y√©z√©dis¬†!¬†¬Ľ

    Je le regarde, circonspect. Devrais-je moi aussi me fabriquer un peuple de pierre pour ne plus √™tre seul¬†?

    ¬ę¬†Tu as raison, Ange-Paon¬†! Moi aussi, je veux me fabriquer un peuple. Et si cet homme qui tombe du ciel devenait le premier membre de mon peuple¬†?
    Non, Kraken¬†! Lui, Haze, doit mourir¬†!
    Pourquoi¬†?
    Je dois tenir ma promesse.
    Soit¬†! Je ne ferai pas de toi un parjure. Mais puis-je te faire cette proposition¬†? Laisses moi conduire cet homme vers la mort et, en √©change, apprends moi √† dompter les Dunes Vivantes.¬†¬Ľ

    L'Ange-Paon a l'air intrigu√©.

    ¬ę¬†Et comment comptes-tu t'y prendre, Kraken¬†?
    Je compte lui faire ce qu'on nous a fait. Un √™tre peut mourir m√™me si son corps ne meurt pas. Il lui suffit de perdre tout ou partie de son identit√©. Pour toi, je vais alt√©rer cette identit√©, sa m√©moire, et cela le conduira vers la mort. Je n'ai qu'√† m'approcher de lui pour ce faire.¬†¬Ľ

    L'Ange-Paon ne se d√©pare pas de son expression amicale mais pointe n√©anmoins son fusil vers moi.

    ¬ę¬†Non, Kraken¬†! Haze doit et va mourir¬†! Ici et maintenant¬†!
    Soit, mais accepteras-tu malgr√© tout de m'enseigner?
    Non¬†! Jamais¬†! Les Dunes Vivantes transformeront Millevaux en d√©sert et moi seul serai le Roi-Soleil de ce d√©sert √† venir¬†!
    Soit, dans ce cas, je te volerai tes secrets. Je les prendrai par la force¬†!¬†¬Ľ

    Et alors, je sers dans ma main l'amulette offerte par le Corax. J'esp√®re qu'il saura comment s'y prendre contre Y√©z√©dis. Ai-je vraiment raison d'agir ainsi¬†? Ne vais-je pas le payer plus tard, ou m√™me... maintenant¬†? Il me reste une Noix. Une derni√®re. Je la croque pour forcer le destin, mon Karma,¬†? et obtenir ce que je d√©sire... √Čtrange sensation de quitte ou double¬†! Je ‚Ķ Glisse...

    ...le long d'un intestin g√©ant avec tout un tas d'esp√®ces fossiles ou disparues : des limules, des ichtyosaures, des ammonites et des choses gerbantes avec des tentacules √©cumantes de foutre primordial.

    CŇďlacanthe¬†!

    J'√©merge dans la poche √† merde du CŇďlacanthe, qui est pleine √† ras bord de fange liquide et de squelettes de dinosaures morts. Je mourrais √©touff√© si je n'√©tais pas le Kraken. Je mourrais √©cras√© par la pression si je n'√©tais pas le Kraken. Je ne suis pas chez moi au fond de cet oc√©an de merde mais je peux y vivre, y survivre.
    Une silhouette au loin. Je la reconnais. La Magicienne¬†! Que fait-elle l√†¬†? Elle est... √©trange. Elle a des branchies √† la place du sexe et sous les joues. Et ses mains et ses jambes commencent √† √©voluer en pseudo-nageoires. Elle me fait un signe de la main. Elle me montre une direction. Le bas. Je lui fais confiance.

    Je me retrouve maintenant aspir√© dans une for√™t immerg√©e. Il y a de l'eau √† perte de vue, dans tous les sens, au-dessus de ma t√™te, en-dessous. L'effet de la pression est titanesque. Je mourrais si je n'√©tais pas le Kraken¬†! Il y a des arbres gigantesques aux branches moisies par l'eau. Des milliers de cŇďlacanthes mous et fluorescents remontent des Abysses. Je suis au fond de l'oc√©an mais je ne suis pas chez moi. Cet oc√©an est celui des CŇďlacanthes. Je veux retrouver ma pyramide. Je veux retrouver mon nom. Peu m'importe maintenant d'√™tre l'Homme-Libre, le Dompteur des Dunes Vivantes. Je suis le Kraken et je veux retrouver mon nom¬†! Je remonte vers la surface.

    Je suis maintenant √† la surface. Mais il n'y a pas d'eau. Par o√Ļ suis donc arriv√©¬†? Je ne sais pas. C'est une petite pi√®ce aux murs blancs. Il y a peu de meubles mais tout est propre. Par la fen√™tre, je vois que je ne suis plus √† Millevaux. Derri√®re moi, j'entends du bruit. Il y a quelqu'un dans ce petit appartement. Silencieusement, je m'approche. Il y a une porte entrouverte. Je l'ouvre doucement. Je suis accueilli par l'ombre d'un Soar. Pas tout √† fait un Soar. Un homme-sanglier. Son corps translucide est dans un √©tat de putr√©faction avanc√©. √Ä deux pas devant lui, je vois un homme, de dos, pench√© sur son bureau. Il tape sur le clavier de son ordinateur. Je me tourne vers l'homme-sanglier. Il s'appelle NoAnde. Je ne sais pas comment je le sais mais... Quand je le d√©passe, il dispara√ģt. L'homme qui tape √† l'ordinateur est le Joueur. √áa aussi, je le sais. Et je sais qu'il sait que je suis l√†. Pourtant, il ne se retourne pas. Il sait que s'il se retournait, il ne me verrait pas. Pourtant, je suis l√†. Nous le savons tous les deux. Je suis l√†, hein¬†? Ne te retournes pas, Joueur¬†! S'il te pla√ģt¬†!

    Le Joueur est tent√© de se retourner mais r√©siste¬†!

    Je m'approche et lis par dessus son √©paule.

    ¬ę¬†Bonjour Kraken. C'est un peu bizarre de (ne pas) te voir ici. Tu n'as pas besoin de parler. Je sais ce que tu veux. Tu veux retrouver ton nom¬†; je vais te le dire. Tu veux dompter les Dunes Vivantes pour chasser Ithaqua et les Bergers du Givre. Je vais les chasser. Ne t'inqui√®tes pas pour Haze. Finalement, il n'est pas mort. Et l'Ange-Paon de Y√©z√©dis ne semble pas dispos√© √† mourir non plus. Son histoire va continuer encore un peu. La tienne, par contre, va s'arr√™ter l√†. Pour l'instant. Tu reviendras, Kraken, en tant que Kraken ou... qui sait¬†? Je ne sais pas encore. Je t'aime bien, Kraken. Je pense que ce serait bien que tu reviennes. Mais plus tard. Pour l'instant, j'ai d'autres projets. Je vais laisser les Dunes Vivantes s'occuper de Millevaux. Moi, nous, nous allons devoir nous occuper d'autres myst√®res planant aussi autour de Millevaux mais peut-√™tre plus vastes encore. Je te parle de la Crasse, de l'Hommonde. Tu le sais, Millevaux contient bien des mondes en son sein, les For√™ts Limbiques, les mondes des D√©it√©s Horlas. M√™me cette r√©gion des Colonnes est un peu comme une ¬ę¬†poup√©e russe¬†¬Ľ, un Millevaux dans Millevaux. Et bien, j'ai d√©couvert que Millevaux √©tait √©galement une partie d'un univers plus vaste compos√© lui-m√™me de bien des mondes. Et ces mondes ont √©t√© tu√©s. Je sais que les Mouches enqu√™tent. Je veux percer ce secret. Je veux explorer ces mondes. Et j'aurais besoin de toi pour √ßa Kraken¬†; donc, ne t'inqui√®tes pas, tu reviendras. Mais, j'ai l'impression de tourner autour du pot, Kraken. Je repousse ce moment car m√™me si elle n'est que provisoire c'est quand m√™me une fin et √ßa me rend un peu triste. Mais bon, je t'ai promis de te dire ton nom alors je vais te le dire. Je vais m√™me faire mieux. Je vais te dire TES noms, car tu en as deux¬†!
    Le premier nom que je te r√©v√©lerai est Demian Hesse. Mais Demian Hesse est lui aussi une sorte d'avatar. C'est le pseudonyme que je prends, parfois, pour jouer¬†; car oui, c'est un jeu. Un jeu de r√īles dont toi, Kraken, est un personnage, pr√©sent√© √† d'autres par celui qui se fait appeler Demian Hesse mais qui est en r√©alit√©, et c'est le deuxi√®me nom que je te r√©v√©lerai, Damien¬†: le Joueur¬†! Et oui, je suis le Joueur¬†! Et tu es mon personnage que joue en utilisant, parfois, le pseudonyme de Demian. Tu comprends¬†?
    Les Dunes Vivantes vont certainement ravager les Colonnes. Mais Millevaux reviendra d'une fa√ßon ou d'une autre car j'aime cette univers. J'ai encore envie de l'explorer. Nous aurons donc encore des Horlas et des Coelacanthes √† combattre. Nous croiserons encore la route de la Magicienne, ou du Magicien, je ne sais pas encore. Et maintenant, nous croiserons aussi des Mouches, dont je pense qu'elles seront nos alli√©es¬†; Nous croiserons aussi des Cafards et des Soar. J'ai un peu plus de doutes les concernant.
    Il est 17h02. Il pleut. C'est la fin, pour l'instant. Je vais me retourner et il n'y aura personne derri√®re moi. Ni Kraken, ni fant√īme de NoAnde. Haze est perdu quelque part mais je sais qu'il va s'en sortir. L'Ange-Paon de Y√©z√©dis n'est pas encore mort lui non plus. SiAber a toutes les qualit√©s requises √† mon go√Ľt pour √™tre recrut√© par Black Rain. Et Edes et Tad pourraient bien m'√™tre utiles de nouveau...

    Je n'ai pas besoin de me retourner. Je sais bien qu'il n'y a personne derri√®re moi. Pas vrai¬†?


Commentaires de Thomas :

A. "Retrouver mon nom, conna√ģtre mon histoire, voil√† qui apaiserait mon √Ęme." En effet, dans Millevaux il y a tout un tas de personnes qui ont comme qu√™te personnelle de retrouver leur nom de naissance

B. "Cette chute devrait m'√™tre fatale. Mais, je ne sais ni comment ni pourquoi, j'ai eu acc√®s par le pass√© aux pens√©es et aux connaissances du Joueur. Je sais qu'il ne souhaite pas ma mort. Je sais qu'il joue pour savoir ce qui va se passer." Le retour de la mise en ab√ģme > On attend une confrontation plus directe avec le joueur ! :)

C. "Le Joueur a relu Immondys cette semaine. Une bande dessin√©e aux accents lynchesques teint√©s de Bacon avec, peut-√™tre, un arri√®re go√Ľt de Giger. Le personnage principal, un d√©nomm√© Ange, y explore cette ville √©trange mais aussi sa vie, son inconscient. Et si je lui racontais une histoire de ce genre¬†?" Cool que le personnage plonge dans la m√©moire du joueur pour raconter une histoire √† Edes !

D. " Je suis tenté de la prendre. Est-ce une bonne idée ? Qu'en pensent les Yeux ?
    Une image se dessine dans l‚ÄôŇďil valide d'Edes. La r√©ponse¬†!
    Un couteau¬†! Un Ňďil, encore¬†! La lame du couteau s'abat sur un visage, transperce un Ňďil, l‚ÄôŇďil d'Edes Corso." Int√©ressant la symbolique que tu d√©veloppes autour des yeux... Je suppose qu'ils symbolisent entre autre le regard du joueur ?

E. "Un craquement sec secoue le petit garçon." Dans Coelacanthes, le sexe de Camille est inconnu.

F. "La malédiction... Le Soar m'a fait ingérer le code du Cruel Centipède. Il me ronge. Mon temps ici est compté et... Edes ne veut pas être sauvée. Elle est un élément du cycle. L'exception qui confirme la règle. Je pense avoir mes réponses. Je dois maintenant retourner à Millevaux. Retourner au fond du gouffre et lui annoncer qu'elle va mourir, pour le cycle." Le mystère s'épaissit alors que les protagonistes se multiplient tout comme les lignes temporelles. Mais le fait de devoir reconstituer la mort d'Edes Corso rappelle le scénario de Mantra avec Euridyce. A cette étape de la lecture, je me demande si ce n'est pas le Kraken lui-même qui va la tuer pour boucler ce cycle.

G. "Ce n'est pas mon journal. C'est celui d'un certain Dorso, un légionnaire romain. Je lis qu'enfant il a été mordu par un serpent. Un Horla ?" En théorie, Millevaux (et donc les horlas) n'existait pas dans le passé, mais on peut interpréter l'intervention d'un horla à cette époque comme une contagion chronologique opérée par Millevaux, ou une prémisse de Millevaux.

H. "Et alors, je sers dans ma main l'amulette offerte par le Corax. J'esp√®re qu'il saura comment s'y prendre contre Y√©z√©dis. Ai-je vraiment raison d'agir ainsi¬†? Ne vais-je pas le payer plus tard, ou m√™me... maintenant¬†? Il me reste une Noix. Une derni√®re. Je la croque pour forcer le destin, mon Karma,¬†? et obtenir ce que je d√©sire... √Čtrange sensation de quitte ou double¬†! Je ‚Ķ Glisse...

    ...le long d'un intestin g√©ant avec tout un tas d'esp√®ces fossiles ou disparues : des limules, des ichtyosaures, des ammonites et des choses gerbantes avec des tentacules √©cumantes de foutre primordial." OK, je viens seulement de comprendre que pour obtenir un effet d√©sir√©, Kraken doit croquer une de ses noix et affronter un cauchemar de Coelacanthes :)

I. "À deux pas devant lui, je vois un homme, de dos, penché sur son bureau. Il tape sur le clavier de son ordinateur. " Ah, ben la voilà cette confrontation directe avec le Joueur que j'appelais de mes voeux :)


Réponse de Damien :

Hey, salut:) oula, clair que ça remonte oui ^^ je me rappelle pas de tout (l'effet Millevaux sans doute ^^ ) [Note de Thomas : mes commentaires ont été écrits 5 mois après cette partie...]
pour la symbolique de l'oeil, elle tient entre autre à ce que dans The Name of God les autres joueurs incarnent... les Yeux. Autant reprendre ça donc ^^
et pour le sexe de Camille, certes il est indifférencié mais va savoir pourquoi, ça s'est mis comme ça. Donc, j'ai pas cherché plus loin. Et puis je me suis dit qu'il était indifférencié justement pour qu'on puisse choisir.
Sinon, pour les paradoxes temporels, comme j'ai introduit des éléments relatifs à Mantra et la Trilogie de la Crasse, je suis parti d'une vision un peu quantique de l'espace temps. Tout est partout et en même temps mais c'est notre nature humaine qui nous oblige à ordonner toutes ces expériences dans l'espace et le temps, créant ainsi les notions de passé, présent et futur. Mais là, comme on peut voyager d'une réalité à l'autre, d'une époque à l'autre, que tout est entremêlé et confus... ben... rien n'est vrai, tout est permis quoi ^^
Pour l'instant, j'ai mis de c√īt√© ce mix Millevaux/Mantra. J'attends d'avoir fini de relire la Trilogie de la Crasse et de recevoir Mantra et Mantoid pour partir dans un nouveau truc.
En ce moment, je joue un 2nd Grey Cells avec des bouts de Bois-Saule et Coelacanthes dedans. Ensuite, je compte partir sur du Chtulhu plus ¬ę classique ¬Ľ, notamment pour tester le Solo Investigator Handbook et divers mini jdr relatifs √† Lovecraft. Mais, j'aimerais en profiter pour caler des outils des Vertiges logiques et ainsi, √† voir, donner finalement une sorte de coh√©rence √† tous ces petits one shot. Mais bon, d√©j√†, finit Grey Cells entier ^^

ah ouais, non sinon quand m^me... pour le final, j'avais que √ßa a √©t√© un grand moment pour moi ? c'est con √† dire mais... je ne suis pas s√Ľr qu'on puisse faire √ßa lors d'une partie sur table classique √† plusieurs. c'√©tait quand m√™me une premi√®re pour moi et je trouve dingue ces √©motions qu'on peut finalement ressentir en jouant... tout seul ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#45 17 May 2020 08:29

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

I'M ONLY HUMAN

Un essai de faire du jeu de r√īle solo avec une IA dans le contexte post-apocalyptique forestier de Millevaux. Pr√©parez-vous √† un voyage dans la vall√©e de l'√©trange, dans un travail interpr√©tatif profond et dans le vertige psychologique.

Le jeu : AI Dungeon, une IA de jeu de r√īle textuel (vous √©crivez du texte libre et elle r√©agit).

7467188132_dbd338fd42_c.jpg
Jonathan Stampf, cc-by-nc-nd

(temps de lecture : 9 minutes pour le commentaire de partie en français + 9 minutes pour la retranscription de partie en anglais


Commentaire de partie :

Voici un retour d'exp√©rience sur ce qui, √† d√©faut d'√™tre le futur du jeu de r√īle, en est une nouvelle branche diablement int√©ressante.

AI Dungeon est une intelligence artificielle qui a √©t√© nourrie avec des jeux de r√īles informatiques textuels (en tout cas, elle est pr√©sent√©e comme une IA de jeu de r√īle textuel). Il est possible que d'autre mat√©riel ait √©t√© utilis√© pour la nourrir (des romans ? des bases de jeu de r√īle sur table ?), mais l'√©quipe de conception n'explique pas trop quel mat√©riel a √©t√© utilis√©.

Concr√®tement, l'IA vous propose une exp√©rience de jeu de r√īle textuel. Vous choisissez un setting (j'ai choisi "apocalyptic") puis un arch√©type de personnage (j'ai choisi "courrier"), vous dites comme s'appelle votre personnage, et ensuite l'IA vous brosse une situation de d√©part, vous pr√©cisant deux items de votre √©quipement (j'avais un sac de lettres et un pistolet) et un contexte d√©clencheur (je devais livrer le courrier de Boston √† Charleston, le voyage √©tait d√©crit comme dangereux mais il √©tait pr√©cis√© que je connaissais bien la route).

Ensuite, vous devez répondre à la question "What do you do ?". En théorie, il est conseillé de répondre un verbe d'action (par exemple "attack the orcs" ou "you attack the orcs") mais en pratique, on peut taper un peu ce qu'on veut, et l'IA s'adapte.

Vous l'avez compris : cette IA est litt√©ralement un MJ virtuel pour du jeu de r√īle solo.

C'est typiquement l'expérience dont j'aurais rêvé dans ma jeunesse. Je souffre un peu de n'avoir aujourd'hui qu'une réaction vaguement blasée maintenant que ce rêve est devenu réalité, mais heureusement j'ai quand même ressenti assez d'enthousiasme pour avoir envie de vous relater mon vécu.

J'ai d'abord jou√© une mini-partie en "apocalyptic" o√Ļ je jouais un "survivor", puis j'ai recommenc√© une nouvelle partie avec un objectif pr√©cis : tenter de jouer dans l'univers de Millevaux. Cela n'√©tait pas gagn√© de base, l'IA ne proposant que des univers tr√®s g√©n√©riques, mais vous me connaissez, je tente toujours de tout contaminer avec Millevaux, donc j'y suis all√© quand m√™me, et figurez-vous que le r√©sultat a √©t√© inattendu, mais concluant !

J'aurais voulu que cette IA puisse me servir d'assistant virtuel dans mes roleplay solos (par exemple pour mon roman-jdr solo "Dans le mufle des Vosges"), je ne suis pas certain que ça fonctionne à moins d'une gymnastique mentale de ma part, en revanche pour jouer un stand-alone c'est clairement motivant.

La première chose que j'apprécie est que le gameplay est purement textuel. On n'a pas de caractéristiques, de points de vie et visiblement il n'y aucun lancers de dés comme on peut en voir dans la majorité des livres dont vous êtes le héros. Entre nous et l'IA, il n'y a que la langue.

Cela a un peu les défauts de ses qualités, car on sent que l'IA est en mode "yesman" : elle a tendance à accepter toutes nos propositions. On veut tuer un PNJ ? Pas de souci, on le tue. L'IA va juste appliquer des conséquences (par exemple, la milice vous arrête). Cela laisse un sentiment d'absence de résistance qu'il faudra surmonter dans un premier temps : il vaut mieux se mettre dans l'état d'esprit "jouer pour voir ce qui va se passer."

Je ne sais pas si j'ai appris grand chose √† cette IA, mais elle m'en a appris beaucoup sur ce qu'est le jeu de r√īle. Elle chamboule nos pr√©suppos√©s. En rempla√ßant le MJ par une machine, on ne sait plus ce qui est acceptable de ce qui ne l'est pas. Quand un MJ vous r√©pond, vous partez du principe que sa r√©ponse est presque toujours logique. Quand une machine vous r√©pond, a fortiori cette IA qui reste quand m√™me sacr√©ment bugu√©e (en tout cas, elle ne tient pas le test de Turing 5 minutes), on se demande toujours si sa r√©ponse a un int√©r√™t ou une pertinence narrative et ludique. C'est l√† o√Ļ se rend compte que l'indulgence qu'on a envers les op√©rateurs humains (on pense par d√©faut que leurs r√©ponses ont du sens) est un gros huilant pour le roleplay. Cette IA remet en cause d'autres pr√©suppos√©s du gameplay r√īliste. Ainsi, vers la fin du jeu (la suite jou√©e avec un autre joueur), l'IA annonce qu'un PNJ important se fait abattre derri√®re nous. L'IA fait ensuite une ellipse au lendemain ! Ce genre de rupture hyper brutale √©tait un plaisir √† jouer, √ßa nous obligeait √† revoir tous nos r√©flexes.

J'ai dit qu'en th√©orie on ne devait r√©pondre qu'avec des verbes d'action, mais dans la pratique on peut √©crire ce qu'on veut. On peut √©crire les pens√©es de notre personnage, ses lignes de dialogue, et surtout on peut aussi √©crire ce qu'on veut concernant le d√©cor et les figurants, et la machine va valider par d√©faut avant de rench√©rir. Par ailleurs, la machine n'h√©site pas (√† la mani√®re de certains livres dont vous √™tes le h√©ros) √† prendre le contr√īle sur votre personnage, √©crivant ses lignes de dialogue ou d√©crivant certaines de ses actions.
Personnellement, j'ai beaucoup aimé ce brouillage des pistes en matière de partage de la narration, je le pense pour être la principale force de cette expérience, et c'est notamment une partie de cela qui m'a permis de "déplacer" le contexte de jeu à Millevaux.

Je l'ai d√©j√† dit, l'IA n'est pas sans d√©faut, et c'est bien normal, c'est une IA faible, de surcro√ģt d√©velopp√©e par une petite √©quipe (6 personnes √† ma connaissance). Elle peine clairement √† comprendre nos requ√™tes et √† les r√©incorporer et y r√©pondre avec fid√©lit√© et logique. Le fait que le jeu soit en anglais et que ma ma√ģtrise de cette langue est plus qu'approximative a aussi beaucoup jou√©. Par exemple, je parle √† un moment de prendre le premier tour de garde (take the first guard's turn) puis de laisser un PNJ prendre le deuxi√®me tour de garde. Peu apr√®s, l'IA me dit... que je rencontre le troisi√®me garde ! ("The next day you arrive at the town of Charleston. The third guard is already there, he looks very old and weak.")

Je ne veux pas faire le proc√®s de l'IA, je n'ai aucune id√©e de son niveau de performance en comparaison avec les autres IA sur le march√©, √† ma connaissance c'est la seule IA r√īliste, elle a donc le tr√®s grand m√©rite d'exister (si vous en connaissez d'autres, merci de me le faire savoir !). Pointer ses d√©fauts me sert juste √† vous expliquer le contexte et aussi √† vous montrer comment j'ai exploit√© ces d√©fauts pour en tirer une exp√©rience int√©ressante.

Par exemple, il semblerait que l'IA fasse mal la diff√©rence entre votre personnage et les figurants, et je pense que la langue anglaise n'arrange rien (polys√©mie de "you", de "they"...). Ceci a donn√© lieu √† la sc√®ne la plus forte de mon roleplay. Alors que je suis poursuivi par des mutants cannibales, j'escalade le portail de la cit√© de Maysville et rencontre une jeune fille de 10 ans, Marjory Delaqua. Elle me tient des propos √©tranges, alors je l'interroge plus avant, je lui demande qui elle est. Elle me r√©pond qu'elle livre le courrier. Exactement comme mon personnage ! S'il y avait un MJ, et que le premier PNJ avec qui je dialogue avait la m√™me profession insolite que mon personnage, je n'y verrais pas une co√Įncidence mais une malice pour cr√©er du lien.

J'ai con√ßu une ambition folle, qui √©tait d'int√©grer cette exp√©rience dans l'univers de Millevaux. L'IA fournit les bases en offrant de jouer dans un contexte apocalyptique, je me suis alors demand√© si je pouvais nourrir l'IA avec l'univers de Millevaux. Mon premier essai a consister √† lui copier-coller des extraits du lore de Millevaux tir√©s de la version anglaise d'Inflorenza. Mais √ßa n'a pas √©t√© concluant : l'IA y r√©pondait soit en me donnant des conseils de lecture de romans post-apocalyptiques, soit en buguant totalement (commentaires √©tranges, √©criture en id√©ogrammes...). J'ai donc chang√© mon fusil d'√©paules et j'ai t√Ęch√© d'injecter l'univers de Millevaux dans mon roleplay, r√©ponse apr√®s r√©ponse. J'ai donc utilis√© le champ lexical de Millevaux (les "horlas", les "mutants") et j'ai ax√© mes r√©ponses sur trois th√®mes : l'oubli, la for√™t, l'humain/non-humain. Et cette approche a bien fonctionn√©, puisqu'√† plusieurs reprises l'IA a situ√© l'action en for√™t, a parl√© d'oubli (ainsi, quand j'interroge plus avant Marjory sur son pass√©, elle me dit qu'elle a grandi √† New Haven, puis me dit qu'elle ne se rappelle de rien d'autre), a mentionn√© "the howls of the horlas" et m'a fait attaquer par des mutants hommes-rats cannibales.

Le traitement de Millevaux a cependant surtout été de mon fait, puisque j'ai basé mes réactions sur l'idée qu'on était dans Millevaux. Ainsi, face aux réactions étranges de Marjory, j'ai mentionné à l'IA que je pensais qu'elle était un horla, plus exactement un mimique/doppleganger qui copiait son apparence et son comportement de mon passé et de mes attitudes.

Situer l'exp√©rience de Millevaux a donc ax√© mon roleplay sur un intense travail interpr√©tatif. Je vous tanne r√©guli√®rement sur le fait que l'interpr√©tation est la troisi√®me mammelle du jeu de r√īle (avec l'interactivit√© et l'intercr√©ativit√©), et ici √ßa a √©t√© vraiment important. Les sp√©culations que j'ai faites en appliquant une grille de lecture sont devenues les pens√©es de mon personnage et ont ensuite influenc√© ses actions mais aussi la description du monde. Ainsi, le fait que je pose beaucoup de questions √† Marjory ont intensifi√©, je pense, l'√©tranget√© de son comportement, mais aussi le rapport de ce personnage avec la notion de pass√© (nous apprendrons plus tard que Marjory est ma sŇďur ou la copie de ma sŇďur).

La base de ce travail d'interpr√©tation a √©t√© de prendre les propos de l'IA, et donc la di√©g√®se, au s√©rieux. Plut√īt que d'√©carter comme non-pertinent ses d√©clarations les plus √©tranges, je les ai accept√©es comme faisant partie de la fiction et j'ai travaill√© √† leur construire une coh√©rence. Par exemple, quand Marjory me dit qu'elle est courrier, je d√©cr√®te que mon personnage ne croit pas √† une telle co√Įncidence, et qu'il demande √† Marjory de lui montrer ses lettres. L'IA me r√©pond alors que Marjory, non seulement me montre ses lettres, mais m'invite √† les lire. A ce moment, je r√©ponds √† l'IA qu'un vrai postier ne donnerait jamais son courrier √† lire √† un inconnu, ce qui renforce ma conviction que Marjory est une mimique, peu aux faits des subtilit√©s du comportement humain. Je d√©cr√®te ensuite que je lis les lettres mais je mentionne √† l'IA que les lettres n'ont aucun sens : ici j'emploie mon droit √† partager la narration pour renforcer l'impression que Marjory est un mimique et que ses lettres sont des faux.

L'IA manque de cohérence, mais ce manque de cohérence devient alors un terreau pour la fiction. Quelque part, le fait que Marjory échoue au test de Turing s'avère tout à fait cohérent avec l'idée que Millevaux est peuplé de horlas qui singent maladroitement des postures humaines.

Le parcours dans la vall√©e de l'√©trange continue. Ainsi, l'IA semble avoir de la peine a distinguer les temps pr√©sents, pass√© et futurs, et de surcro√ģt, elle tient peu compte des messages les plus anciens √† moins qu'on ne lui en mart√®le la teneur. Marjory confond la ville de Maysville, o√Ļ nous nous rencontrons, avec la ville de New Haven, d'o√Ļ elle vient. Le voyage entre Boston et Charleston, annonc√© d'une dur√©e de quatre jours, se conclut en deux jouers. S'ensuite alors pour mon personnage une v√©ritable errance m√©morielle. Il en vient √† douter de son propre pass√©. Est-il vraiment un postier, ou n'est-il pas un amn√©sique qui a vol√© ou h√©rit√© d'un sac de lettres ? Le caract√®re erratique de son voyage serait-il d√Ľ √† des passages involontaires par les for√™ts limbiques ?

J'ai enfin tir√© beaucoup de satisfaction de l'infinie libert√© de ton offerte par l'IA. Si les pr√©misses esquiss√©es par la machine semblent tr√®s r√īlistes, autour du combat et de l'enqu√™te, elle a une grande capacit√© √† nous renvoyer la balle si on part dans d'autres terrains (et oui, bien des usagers ont tent√© des aventures √©rotiques...), et de toute fa√ßon, en se bornant √† la seule di√©g√®se, elle nous offre une libert√© interpr√©tative totale. Ainsi, c'est moi qui ai d√©cid√© que Marjory n'√©tait pas digne de confiance. Mais c'est aussi moi qui ai d√©cid√© que je m'attachais √† elle, voyant dans cette jeune fille un √™tre √† prot√©ger, fusse-t-elle en r√©alit√© un mimique. Ceci m'a offert un final que je retiendrai. Nous arrivons √† Charleston et je peux distribuer mon courrier. L'IA me dit que Marjory dort dans notre chambre d'hotel. Alors je lui subtilise son propre sac de courrier et je l'abandonne. Si Marjory reste en ma compagnie, elle est en danger. Si elle distribue le courrier elle-m√™me, elle est en danger. Le mieux est donc que je l'abandonne ET que je distribue son courrier. Je continue alors mon cycle de postier, pers√©v√©rant dans mon imposture, m'exposant √† revivre un nouveau cycle d'oubli. Alors que je sors de l'hotel, une bande arm√©e s'en prend √† moi. Parfait cliffhanger, j'arr√™te l√†.

J'ai eu ensuite l'id√©e de jouer √† deux avec l'IA. Il existe un mode multiplayer, mais ici je voulais surtout jouer moi-m√™me l'IA, en annon√ßant ses propositions tout en les arrangeant un peu, tandis qu'un autre joueur aurait jou√© le personnage. J'ai trouv√© un volontaire et lui ai propos√© de continuer l'aventure de mon personnage. L'exp√©rience a h√©las √©t√© moins stimulante que l'essai en solo. L'IA s'est av√©r√©e particuli√®rement bugu√©e, et c'est plus facile de "r√©parer" son incoh√©rence en solo qu'en commentant en direct vers un autre joueur. Il y a eu n√©anmoins des fulgurances au niveau de l'histoire. La bande arm√©e ram√®ne Ravage vers Marjory, qui visiblement leur donne des ordres. Marjory le supplie de la prendre avec lui. Mais Ravage lui a dit de rester √† l'abri, et il lui a tourn√© le dos. C'est alors qu'une d√©tonation retentit, et Marjory tombe morte dans la rue. L'IA d√©cr√®te alors brutalement une ellipse : "le lendemain, tu re√ßois une nouvelle lettre de Marjory". Ravage re√ßoit alors, venues d'on ne sait o√Ļ, des lettres post-mortem de Marjory, qui lui r√©v√®le qu'ils sont fr√®res et sŇďurs... Nous jouons encore quelques temps, avant que l'envie retombe. Ravage, un temps soup√ßonn√© d'√™tre l'auteur du coup de feu, est finalement rel√Ęch√© par la milice. Il quitte la ville alors que le corps de Marjory est toujours allong√© dans la rue. Personne ne l'en a retir√©.

Vous l'aurez compris, cette partie a √©t√© une exp√©rience hors du commun, qui bouscule tous les codes habituels du jeu de r√īle tout en nous faisant r√©fl√©chir dessus. Deux ph√©nom√®nes ressortent : les d√©clarations du MJ n'ont jamais d'arri√®re-pens√©e, ce qui d√©l√®gue l'ensemble du travail interpr√©tatif √† la seule joueuse, et le MJ ne sort jamais de la fiction. Ce sont deux choses totalement nouvelles (m√™me si relativement communes en JDR solo), et qui donnent √©norm√©ment √† r√©fl√©chir.


Partie jouée en solo :

You are Ravage, a courier trying to survive in a post apocalyptic world by scavenging among the ruins of what is left. You have a parcel of letters and a small pistol. It's a long and dangerous road from Boston to Charleston, but you're one of the only people who knows the roads well enough to get your parcel of letters there. You set out in the morning and hope that you can make it before nightfall.

The journey takes four days and nights.


> You in the future, long after a cataclysm. A haunted forest covers the ruins of civilization. Humankind survives in a dark, fantastic, feudal world. Supernatural monsters, the Horlas, terrorize people. Egregore, the sum of all human hauntings, shapes events into nightmares. Milesvale's future is between the hands of heroes, bastards and martyrs of the forest hell.
In the far distance, you see a bright light. The sun has risen and is shining on the horizon. You know that this must be the town of Maysville.


> You [i inserted backgroudn text about madness]

   
Recommends: The Road Less Traveled
MARGARET STREEP'S THE ROAD LESS TRAVELED

Kathleen Stiefvater's novel is about a young girl named Mary who has been


> You [i inserted background text about memory]

???????????????????,???


> You  [i inserted background text about nature]

Recommending books:
I recommend reading these books:
-The Lost World by John Wyndham (a classic)
-The Last Man by William Gibson (an excellent novel about the future)


> You hold [i inserted background text about hold]

?The last moments are the best.

???????????!


> You [i inserted background text about egregore]

    Click to expand...


> You [i inserted background text about religion]

    Click to expand...


> You wander in the forest hell of Milesvale, carrier of important letters. Through the trees, you see the lights that might be the ones of the city of Maysville. You walk carrefully to the city. Beware of the horlas and the mutants.
Your journey begins in the night. The sky is dark and full of stars. You can hear the cries of mutants and the howls of horlas.


> You read aloud your memory journal, struggling against oblivion. you pray for your body and soul. Your pistol is ready in case of attack.
The next day, you arrive at the city of Maysville. A few mutants stand outside the gates. They look like a cross between an old man and a giant rat, with long black hair and large teeth.


> You have been told that not every mutant is evil, but who knows ? You can't take the risk. So you walk through the bush in order to reach the gates without beeing seen by the mutants.
But the mutants are watching you. They stare at you as if they want to eat you alive. But then, this is what they do best: eating humans !
Eventually, you reach the gate.


> You knock to the gate as stronger as you can. you shout to the inhabitants : "please open the door ! The enwilded ones are coming for me !"
You wait patiently for a moment, but no one answers. Then you start to cry loudly and run towards the gate.
Then you hear a voice: "What are you doing here?


> You answer in panic : "I am the courier ! I carry your precious letters ! For God's sake, open the fucking door !"
A woman appears on the other side of the gate. She looks very young, maybe ten years old. Her eyes are red and puffy from crying.
"Who are you?" she asks angrily.


> You look beyond you. Mutants are running. you try to climb the gates, saying : "My name is Ravage ! I no longer remember a lot of my past, but i know that i carry the courrier ! I risk my life so you had news from the other vaults in the forest ! Please let me in !"
She stares at you for a while, before nodding slowly.
"Yes, yes... Yes..." she says softly.
And she opens the gate.
You are now free to go back home!


> You ask to girl to say her name and all that she can say about her life. You write it all in your memory journal.
The girl's name is Marjory Delaqua. She was born in the year 2045, in a town called New Haven. She has lived most of her life since then, working as a courier.


> You say to her : "Your life's story is not coherent. I've never been told about the year 2045. And it is a strange coincidence that you are also a courier. Can you show me your bunch of letters ?"
Marjory smiles shyly.
"Thank you for reading them.


> You that is so strange. You no longer believe her to be human. She must be a horla, a mimic. A real courier wouldn't let a stranger read the letter they carry. You read the letters but they make no sens at all. You look into her eyes, seeking for a detail betraying her non-human nature.
You see nothing.
"Can you tell me more about yourself ?"
Marjory nods again.
"I'm sorry, I don't know much about myself."
You smile.


> You oK. She is definitely a horla. Oblivion is not an excuse that justifies her mimic attitude. You can't kill her with your pistol. Too much noise. So you look for a silent weapon and you ask Marjory : "Can you tell me more about the inhabitants of Maysville ?"
Marjory looks surprised.
"What? No, I can't do that. The residents of Maysville are very different from us."
You laugh.


> You tell Marjory : "I don't understand. Is there not the town of Maysville ? So where are we ?"
Marjory shakes her head.
"No, we are not in Maysville. We live on the other side of the island."
You shake your head too.


> You "So how is this place called ?"
Marjory looks down.
"It's called New Haven. It used to be a city, but now it is just a little village."
You nod slowly.


> You "OK. So why are you in Maysville now ?"
Marjory shrugs.
"We were sent here to deliver a package. There was some trouble when we arrived and we had to fight off the cannibals."
You frown.


> You "OK so we have quite the same history."
Marjory looks up at you.
"Yes, yes we do."
You smile.
"Well then, I'll take my leave now."


> You "Wait, please. I have many doubts about my past, about my human nature, about your human nature. Please take a while. I will read one of the letters that i have to carry. I know that i should'nt do that, but i need to learn more about the whole context." you start to read one of the letters from your bunch.
Marjory smiles.
"Thank you, thank you! That's wonderful!"
You smile back.
"Now come on, let's go."
She nods and follows you into the woods.


> You the letter that you read speaks about the forest that invaded Boston and grows over and over on the way to Charleston. People are worrying about their relatives. It must be important to carry the letters to Charleston. In the other hand, Marjory's reaction is far from normal. There is still something in her behaviour hinting that she could you a horla, something non-human, a mimic. But, you fool, you start to like her. She is an innocent person, like a letter that is yet to be written. Maybe she needs protection. So, you fool, instead of taking refuge in the town of Maysville, you go into the woods with her and look for a place to build a camp.
The two of you walk through the trees. The air is fresh and cool. You feel very happy to be together again.


> You together again ? You don't remember having met Marjory yet. Or did you ? Maybe something in your flesh is reminding her, while your brain has forgotten her. But if she is a mimic, it could have an explanation. Maybe she sucked her appearance from your deep memory. You find a clearing and light a fire. You watch carrefully Marjory, looking for a detail that could remember you some part of your forgotten past.
"I can't believe that you are here!"
"What?"
"That you are here, alone, in this wilderness. How come? Did someone bring you here? Are they coming after us?


> You answer : "I am the courier. People from Boston sent me to Charleston, i have to bring their letters there. People from Boston don't come after us, because they are not our ennemies, they are my customers. And they don't know the way through the woods to Charleston. I came alone because i know the path, because i am a survivalist. At least, it is what i think about me. But now i am not sure at all. Do you think that i am right ? Do you think that i am human ?"
Marjory looks at you, as if she wants to say something, but doesn't.
"I'm sorry," she says.
"It's okay."
"Do you want to talk more about it?"


> You think that Marjory always fails to give human responses. But you want her to be human, you want her so hard. You don't want to be alone. So you answer back : "It's hard. My past is just like a black hole, like a pit in the middle of the woods. I try to catch the roots of my remembrance. I have some feelings of déjà-vu. I can tell you what i fear. Is it possible that i was not the real courrier ? Could i be a rogue that stole the bunch of letters and forgot about his own past ?"
Marjory looks at you again, then she sighs. She puts down her pen and begins to write.
"No, it's impossible."
"Then why did they send me here ?


> You "I mean, why did they choose an amnesic one to carry important letters ? That makes no sense. Or maybe there was no available competent person who suffered not from oblivion. You can sleep now, Marjory." You take the first guard's turn. You try to see what happens in the darkened while looking at Marjory sleeping.
You feel cold, you feel hungry, you feel tired...
But still, you don't want to leave her. You want to stay with her forever.
And so you will keep on waiting for her.


> You think that Marjory is worth your trust enough so you can let her take the second guard's turn. You fell asleep and you start having a nightmare where you wander through the limbic forests which is the domain of horlas, ghosts and dreams.
The next day you arrive at the town of Charleston. The third guard is already there, he looks very old and weak.


> You say : "My name is Ravage. I am a courier coming from the fallen town of Boston. I carry important letters to the inhabitants of Charleston. Please let me in with Marjory who is under my protection."
The guards look at each other and shrug their shoulders. They give you a nod and you enter the house.

Inside, Marjory sleeps on the bed.


> You while Marjoy is sleeping, you carried your letters to the town hall so they can distribute them to the inhabitants. You also asked from a card. You saw that Charleston is very far from Boston, while you used to think that it took only a four days' trip. Maybe you've never started from Boston. Maybe you unconsciously took a shortcut through the limbic forests. Sure you'll never now. You come back to the inn. Marjory is still sleeping. You kiss her forehead. You steal her bunch of letters. You know that they make no sense, but who cares ? You are the courier. You have the power to carry them to the people who are waiting for. Marjory won't be secure if she keeps the letters or if she stays besides you. So you abandon her and you leave with her letters in your bag. The forest is awaiting you.
You are walking along the path when you see a group of three men, two of them are armed with rifles and the third one has a knife.
"I'm here to deliver these letters to the people of Charleston."


La suite, jouée avec un autre joueur :

> You look in your bag, searching for a letter for them.
You open your bag and find a letter from Marjory. She writes that she will meet you soon at the Inn.

"What do you mean?"

"They are waiting for us."


> You follow them.
You follow the men and arrive at the Inn. You don't know why, but you feel happy. A warm feeling fills your heart. You go inside and sit down near Marjory.


> You asked Marjory : "Am i allowed to leave ?"
Marjory looks at you with surprise.

"Are you really going to leave me alone ?"

"Yes, I am sorry."

  "But...but...


> You answer : "I am the courrier. I have to deliver MY letters"
"But..."

"If you want to stay here, then you should wait for my return."

  "But I thought you were leaving !


> You leave the inn, saying to Marjory : "Next time, please be kind. Don't send rogues anymore."
You leave the Inn and walk towards the direction where you saw the men. Suddenly, you hear a gunshot. You turn around and see Marjory lying on the ground.


> You who shot Marjory ?
A man shoots Marjory. He runs away quickly and hides behind a tree.

The next day, you receive another letter from Marjory.


> You open the letter and you read it.
Dear Brother,
It's been a while since we've spoken. I hope everything is okay with you. We can talk more about this later, but right now I need to tell you something important.


We are heading to Charleston, South Carolina. I'm sure you already heard about it because the news is everywhere. But I think it would be best if we didn't discuss any details until after we get there.
The militia has been gathering there for some days now. They say they are looking for a mad doctor called Tobias Church. I wish I could believe all this, but as you might expect, it isn't true.


Tobias Church was a famous blacksmith from Massachusetts who went insane and started killing his family.


> You search for any hint explaining why Marjory has been shot.
After reading the letter, you start searching for any clue that explains why Marjory has been shot.

You find a note on top of a desk in Marjory's room.


> You don't look at the note. You leave the inn in order to deliver your letters.
You don't pay attention to the note. You just leave the inn in order to deliver your letters.

In the afternoon, you receive another letter from Marjory.


> You how can you receive a letter from a dead girl ?


> You ask yourself how did a dead girl manage to send you letters.
Marjory tells you that she doesn't know anything about her mother. She says she had no idea why her mother wrote to her. When Marjory asked why, she said "I just wanted to write back".


> You get red it of and you go traveling.
When you arrive in Charleston, you immediately meet with the local militia. They take you to a house where they are waiting for you.

They tell you that Marjory has been killed by an unknown assailant.


> You say "i know" and you try and leave Charleston.
You say "i know" and you try and leave Charleston. The militia catches up with you and asks you if you want to confess or not. If so, they will release you, otherwise they will shoot you.


> You refuse to confess.
You refuse to confess and you are released.

Later, you return home and Marjory's body is lying in the street. You realize that something terrible happened here...


> You go away. You leave Charleston.
You decide to go away from Charleston and you travel all over the country. Eventually, you reach a town called New Salem which seems to be thriving. You stay there for several days until someone comes looking for you.


> You what does this person want out of yourself ?
You ask yourself what does this person want out of you. What do they want from you? You think about it and then answer:

"I'm sorry."


> You ask the person to say what they want.
The person asks you to say what they want out of you. You reply:

"I don't like being alone."

"That's good..."


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#46 07 Jun 2020 07:42

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LA CHUTE DE MONTS√ČGUR ET DE LA CIT√Č VOLANTE

Un r√©cit choral, occulte, gore, mindfuck et √©pique au cŇďur d‚Äôune grande conspiration pour la contagion foresti√®re.
Une quatrième campagne solo multi-systèmes par Damien Lagauzère, de la taille d’une novella.

Temps de lecture : 2H

Le jeu principal de cette séance : Montségur 1244, vivre les derniers moments de l'hérésie cathare, par Frederik J. Jensen

Avertissement de contenu : voir trigger warnings deux paragraphes plus loin

Télécharger le PDF de la campagne

en gros et en espérant n'oubliez personne, Corso a été joué avec Don't Rest your Head, Lucius avec Annalise, Balthus avec 1000 Years Old Vampire et The Quiet Year, Franky avec la Trilogie de la Crasse, Herbodoudiab avec l'Appel de Chathulhu, les Exorcistes avec... les Exorcistes, Spike avec Abstarct et ODD avec Never Tell me the Odd
j'ai"rythmé" la fin de la campagne avec Montségur 1244 et joué le final avec Face au Titan et Muses et Oracles ? dire que j'ai pris du plaisir à jouer est un euphémisme. j'espère juste que ce sera pas trop chiant à lire ^^

22668106842_5527ec7498_o.jpg
pittou2, cc-by-nc


Campagnes Millevaux solo précédentes :

Campagne 1
Campagne 2
Campagne 3

La suggestion musicale de Thomas pour le final épique de cette campagne :


Trigger warning : viol


L'histoire :

Lucius Salinger :

    Pendant longtemps, nous, les habitants de la Cit√© Volante, avons √©t√© en guerre contre le Peuple des Aquarians. Maintenant, enfin, nous les avons repouss√©s, renvoy√©s au fond de l'oc√©an, et nous connaissons une ann√©e de r√©pit. Une ann√©e de tranquillit√© relative, pendant laquelle nous allons construire notre communaut√© et r√©apprendre √† travailler ensemble. Quand viendra l‚Äôhiver, les Bergers du Givre arriveront et nous pourrions ne pas survivre √† cette rencontre. Mais nous ne le savons pas encore. Ce que nous savons, c‚Äôest que l√†, maintenant, il y a l‚Äôoccasion de construire quelque chose.
    Mais que nous r√©serve cette √©trange for√™t que nous survolons maintenant¬†? On dit que c'est le territoire des Horlas. On l'appelle Millevaux.

    Notre Cit√© porte ce nom parce que, litt√©ralement, nous volons. √Ä l'origine, nos anc√™tres s'√©taient r√©fugi√©s dans les airs pour fuir une menace aujourd'hui oubli√©e. Ils ont ainsi v√©cu √† bord de montgolfi√®re, de dirigeables et autre engins flottants qu'ils ont reli√© les aux autres avec des cordages et des planches de bois. Avec le temps, les mois, les ann√©es, les d√©cennies puis les si√®cles, c'est maintenant une v√©ritable ville de bois, de pierre, de verre et d'acier qui se maintient en l'air gr√Ęce √† notre technologie vapo-√©lectrique.
    Aujourd'hui, nous volons plus haut, plus vite. Nous produisons notre propre √©nergie. Nous avons des champs de cultures hors-sol et des enclos √† b√©tails pour subvenir √† nos besoins. Nous avons des palais pour abriter nos nobles et des quartiers de bric et de broc pour nos plus d√©munis. Par moment, nous en oublions m√™me que nous volons.
    Les palais occupent, pour des raisons avant tout d'ordre a√©rodynamique, le centre et le haut de notre Cit√©. Les quartiers les plus pauvres, ceux qui ne sont constitu√©s que de ponts de singes, de filets, cordages et planches de bois se trouvent √† la p√©riph√©rie et en dessous, coll√©s au secteurs ¬ę¬†industriels¬†¬Ľ de notre cit√©. Par-l√†, j'entends non seulement tout ce qui concerne la fabrication d'objets manufactur√©s, la transformation des mati√®res premi√®res, mais √©galement le centre n√©vralgique de tout notre r√©seau √©nerg√©tique, celui qui alimente tous nos moteurs.
    Entre la pluie et l'oc√©an, nous ne manquons pas d'eau, que ce soit pour boire ou alimenter nos machines. Par contre, nous devons √™tre prudents quant √† nos r√©serves de nourriture et √† nos stocks de mati√®res premi√®res. Notre Cit√© est grande mais nous devons malgr√© tout √©conomiser chaque m√®tre carr√©. Aussi, nous devons rester constamment vigilants afin de ne pas manquer de fruits, de l√©gumes et de b√©tail. Nous devons aussi r√©fl√©chir √† nos d√©placements en fonction de nos besoins en bois ou en acier.

    Ces derniers temps, de grands d√©bats enflamment nos dirigeants. Alors que nous survolons cette Millevaux sans fin, certains de nos alchimistes et autres mages ont identifi√© une source d'√©nergie qu'ils nomment √Čgr√©gore. Ils pensent qu'il est possible de domestiquer cette √©nergie. Leurs opposant consid√®rent que tout ce qui provient de Millevaux est mal√©fique et que nous devrions fuir ce lieu au plus vite. Pourtant, les alchimistes ont convaincu les membres de la noblesse d'√©quiper une exp√©dition afin de poser le pied dans cette for√™t et voir ce qu'il en est r√©ellement de cet √Čgr√©gore.
    Pour ma part, j'ai d√©couvert un nouveau d√©bit de boisson dans les quartiers du ¬ę¬†dessous¬†¬Ľ. je n'y descends que rarement. Le moins possible en v√©rit√©. Mais l√†, je ne sais ce qui a guid√© mes pas dans ces ruelles sombres et ces plates-formes √† l'√©quilibre instable. En tout cas, je l'ai trouv√©. Le Gr√ľneblaue est cette taverne obscure √©clair√©e par une douzaine de cand√©labres tout au plus. Ce clair obscur semble satisfaisant √† cette faune pas si bigarr√©e que √ßa. En effet, on dirait qu'une ¬ę¬†tenue correcte¬†¬Ľ est exig√©e pour obtenir le titre d'habitu√©. Ici, tous sont v√™tus de long imperm√©ables de cuir noir ou sombre. Ils ont tous les cheveux noirs, qu'il s'agisse de leur couleur naturelle ou non, de cheveux tondus presque ras, de longues queues de cheval ou encore de tresses auxquelles sont suspendues des breloques aux reflets m√©talliques. Malgr√© la p√©nombre, nombre d'entre eux portent des lunettes aux verres teint√©s, voire, pour certains, des lunettes de soudeurs. D'autres portent √©galement des masques √† gaz ou ces masques que portaient les m√©decins des temps anciens quand la peste se r√©pandait √† terre. Qu'est-ce que je fais l√† au juste¬†? Je viens boire. Je passe commande sans pr√©ciser le contenu de mon verre. Le barman s'en moque et me sert un liquide bleu-vert. Je porte la chope √† mes l√®vres non sans regarder tout autour de moi avant d'avaler la moindre goutte de ce liquide √† l'odeur √©trange. Les visages me semblent mena√ßant mais pour autant je ne sens personne pr√™t √† me sauter dessus. Ce breuvage est inf√Ęme¬†!

    Cette semaine encore, les journaux, la radio et tout simplement la rumeur se font l'√©cho des d√©bats qui animent nos dirigeants. Les repr√©sentants de la famille Powl ne d√©col√®rent pas. Cette exp√©dition est une erreur lamentable selon eux. Pourtant, les Andes ont convaincu les Corso qui ont d'ailleurs pris la t√™te des troupes au sol. Apr√®s tout, ils sont les mieux taill√©s pour ce genre de mission. Depuis des g√©n√©rations, ces trois familles se partagent le pouvoir sur la Cit√© Volante. Les Corso sont avant tout une dynastie de guerriers. Mais ils ont aussi produit nombre d'ing√©nieurs et scientifiques. Les Powl, quant √† eux, se sont toujours occup√© de notre salut spirituel et des questions de justice. De p√®res en fils et depuis des si√®cles, ils entendent les Lwas et se font l'√©cho de leur volont√©. Les Andes... Je crois que plus personne ne sait vraiment comment cette famille est arriv√©e √† cette position dans notre soci√©t√©. Eux aussi s'occupent des questions d'ordre spirituel mais sont moins dogmatiques que les Powl. En ce sens, ils sont une sorte de contre-pouvoir, peut-√™tre... N√©anmoins, nous leur devons de grands penseurs, des po√®tes, des artistes. Des magiciens aussi... D'une certaine fa√ßon, ils sont notre lien avec la terre, avec le sol. Cette exp√©dition leur tenait vraiment √† cŇďur. D'ailleurs, certains pensent que l‚Äô√Čgr√©gore n'est qu'un pr√©texte et qu'en r√©alit√© ils cherchent autre chose. Je veux bien mais quoi¬†? Cet √Čgr√©gore est d√©j√† assez √©trange pour qu'on ait pas besoin de rajouter du myst√®re. On verra bien ce qu'il en est.

    C'est jour de deuil. Notre Cit√© est bien triste. Nous venons d'apprendre la mort d'Aaron Powl. Son √Ęme a d√©j√† rejoint le territoire des Lwas. Nous devons maintenant nous occuper de son corps. Toute la population lui rendra hommage durant plusieurs jours. C'est la moindre des choses. Aaron Powl √©tait un grand homme. Et maintenant, il le sera pour toujours. Bien s√Ľr, je ne le connaissais pas personnellement, mais je suis triste. Aussi, mes pas me guident vers le Gr√ľneblaue et sa client√®le √©trange qu'on ne trouve que l√†. Le mauvais go√Ľt de cette √©trange mixture me fait oublier l'espace de quelques verres l'amertume de cette perte pour nous tous.
    Mais d√©j√†, les festivit√©s sont teint√©es d'autres consid√©rations. En effet, le si√®ge laiss√© par Aaron Powl ne peut √™tre laiss√© vacant. D√©j√†, on lui cherche un successeur. Elo√Įm, J√©zabel, Esa√ľ¬†? Qui sera le plus √† m√™me de prendre sa place¬†?

    Mais, je ne me suis pas pr√©sent√©¬†! Je m'appelle Lucius Salinger et je suis Vapotechnologicien. Je suis donc sp√©cialiste dans la conception, la fabrication et l'entretien de machines aliment√©es par l'√©nergie vapo-√©lectrique. Je poss√®de un petit atelier personnel bien s√Ľr, mais je suis principalement attach√© √† la maintenance des propulseurs et stabilisateurs de notre Cit√© Volantes. Pour autant, et malgr√© le ronflant du titre, ce serait une erreur de penser que ma position est tous les jours enviables. Certes, je connais ces machines comme ma poche mais c'est au prix d'heures et de journ√©es enti√®res pass√©es √† ramper des conduits √©troits et d√©go√Ľtants. Mais passons, ce n'est pas forc√©ment le plus int√©ressant. Je ne sais pas si c'est int√©ressant mais, depuis toujours, j'ai peur... des r√™ves¬†! C'est idiot, j'en conviens, mais c'est comme √ßa. C'est peut-√™tre l'influence des pr√™ches des Powl. Apr√®s tout, c'est dans leurs r√™ves que leur apparaissent les Lwas. Moi, √ßa me terrifie que des esprits viennent dans ma t√™te pendant que je dors. Que des choses immat√©rielles me parlent et me donnent des ordres pendant mon sommeil, alors que je suis totalement vuln√©rable... Comment font-ils pour ne pas devenir fou? Moi, rien que d'y penser...
    Mon enfance a donc √©t√© plut√īt horrible. Mes nuits surtout. Petit, je refusais d'aller me coucher. Je me r√©veillais en hurlant. Plus grand, je faisais mon maximum pour repousser l'heure de me mettre au lit. Puis, d√®s que cela m'a √©t√© possible, je me suis procur√© toute sortes de produits me permettant de dormir le moins possible, voire de dormir d'un sommeil sans r√™ve. Croyez-le ou non mais on trouve vraiment de tout dans nos quartiers les plus sombres... Je suis d'ailleurs surpris de ne pas avoir √©t√© abord√© √† ce sujet au Gr√ľneblaue. Peut-√™tre que le revendeur attitr√© attend de mieux me conna√ģtre, mieux me cerner, avant de se d√©voiler. Mais je ne serais pas surpris si un jour un de ces hommes en noir devait m'aborder et me proposer quelques produits, sinon illicites, au moins n√©fastes √† la sant√©. D'ailleurs, j'ai rendez-vous avec YesAnde. Ce n'est pas vraiment √©tonnant que ce soit parmi les membres de la famille Ande que j'ai trouv√© celui qui s'est av√©r√© le plus √† m√™me de me fournir en Opium Jaune. Tout le monde assure que ce toxique ouvre les portes √† des r√™ves d'une incomparable profondeur. Pour moi, c'est l'inverse. Gr√Ęce √† l'Opium Jaune, je dors en paix.

    Ces derniers jours, c'est la panique totale¬†! Une temp√™te d'une violence extr√™me s'est abattue sur nous et a provoqu√© de nombreux d√©g√Ęts. C'√©tait m√™me plus qu'une temp√™te¬†. Un cyclone, un typhon¬†! Je ne sais pas. Certains pensent que c'√©tait d'origine magique. Les Powl attendent que les Lwas se prononcent √† ce sujet. Pour autant, les vents √©taient tellement puissants qu'ils ont soulev√© de la mer quantit√© de poissons qui se sont √©cras√©s sur nos avenues et nos trottoirs. Si on ajoute √† cela que les nuages nous ont plong√©s dans une nuit qui a dur√© plusieurs jours, je crois que les peureux et les plus superstitieux d'entre nous ont cru venue la fin du monde. Et pour certains, ce fut le cas. Nous avons eu des pertes √† d√©plorer. Pour ma part, je n'ai pas √† me confronter √† cette r√©alit√©. Ma t√Ęche consiste seulement √† m'assurer que nos machines fonctionnent toujours. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, je ne peux m'emp√™cher de m'inqui√©ter pour les habitu√©s du Gr√ľneblaue. D√®s que possible, je descendrai voir ce qu'il en est advenu d'eux.


Balthus Malmort :
    Je m'appelle Balthus Malmort, nom pr√©destin√© s'il en est. Je suis, ou plut√īt j'√©tais, architecte. √áa, c'√©tait avant, quand je vivais encore dans cette communaut√© √† proximit√© des falaises. Nous avions baptis√©e notre petite cit√© du nom de R√©cif, en r√©f√©rence aux rochers sur lesquels se brisaient les vagues aux pieds des falaises. L√†, nous √©tions √† l'abri de l'influence mal√©fique des Horlas. Du moins, le croyons-nous. J'exer√ßais √† l'√©poque les fonctions d'architecte donc. Tout √©tait √† construire, √† cr√©er. Nous avions chacun nos domaines de pr√©dilection. Moi, je dessinais plut√īt bien. Je pensais que cela serait inutile, qu'il aurait mieux valu que je sache construire une maison ou faire pousser des l√©gumes ou chasser. Mais on m'a demand√© de dessiner des maisons qui tiendraient debout. Et j'ai su le faire.
    √Ä cette √©poque, et malgr√© la rudesse de notre mode de vie, j'avais le sentiment que rien n'aurait pu m'apporter plus de joie que je n'en avais. Je le devais pour l'essentiel √† l'amour que me portait ma douce Aira. Je pensais, na√Įvement, que √ßa durerait toujours. J'avais aussi le soutien de mes amis, Sililia, la sculptrice, et Ith√©ron que tout le monde croyait mort. Je ne pensais qu'√† dessiner des maisons et des monuments. Je me disais que j'aurais tout le temps de me plonger plus tard dans la lecture de ce grimoire et dans la r√©solution de ce puzzle qui s'√©taient invit√©s, impos√©s, dans mes affaires depuis des ann√©es sans que je ne sache plus comment ils √©taient arriv√©s l√†. Mais le destin en a voulu autrement.
    Par une nuit pluvieuse, j'ai √©t√© mordu, d√©vor√©, vid√© de mon sang et ramen√© √† la non-vie par ce Horla qui se fait appeler Orlan Strygias. Il a fait de moi un monstre, un esprit immat√©riel qui ne peut d√©sormais survivre qu'en prenant possession du corps d'un pauvre mortel, marionnette dont j'ai besoin pour pour pouvoir me nourrir. Je lui dois maintenant cette vie d'errance, cette vie de maudit. Et ces √©tranges arabesques qui ornent le visage de ceux que je poss√®de pour me nourrir et qui ne les quittent plus, jamais...

    Je me regarde dans le miroir. Je ne me reconnais pas. La seule chose qui me soit famili√®re sont ces horribles cicatrices qui me d√©figurent. Ce sont les m√™mes que celles...d'Ith√©ron¬†! Est-il possible que ce soit √† lui que je doive d'√™tre devenu une telle horreur¬†? Alors que j'animais le corps de cette pourtant si magnifique jeune femme qui m'accueille contre sa volont√©, je sens la soif monter en moi. Alors que je m'appr√™te √† frapper √† la porte de mon ami, la soif et la faim me submerge. Je ne frappe pas √† la porte. Je la d√©fonce¬†! Je fais irruption dans la pi√®ce principale et m'en vais tirer Ith√©ron de son sommeil. Plus question d'obtenir des r√©ponses. Je ne veux plus que son sang et sa chair¬†! L'ivresse de la fr√©n√©sie et du sang m'emportent. Je m'√©chappe de moi-m√™me et sombre. Je me r√©veille longtemps plus tard au milieu d'un bain de sang. Celui de mon ami. √Čtait-ce bien lui qui, revenu d'on ne sait o√Ļ, peut-√™tre vraiment d'entre les morts, le responsable de mon √©tat ? Je tente de me convaincre que c'est un sentiment de paix retrouv√©e que je lis dans son ultime regard.

    J'ai fui R√©cif ! J'ai abandonn√© l√† mon aim√©e, mes amis. Je les ai perdus il y a maintenant plusieurs semaines, depuis que le monstre m'a projet√© hors de moi, me condamnant √† cette vie d'errance. Mais j'√©tais n√©anmoins rest√© pr√®s d'eux, dissimul√© dans le corps de cette belle jeune femme que j'ai d√©figur√©e en lui imposant mes stigmates. Mais apr√®s la mort d'Ith√©ron, je ne peux rester. Je ne veux pas mettre Aira en danger. J'ai profit√© d'une temp√™te pour m'enfuir. Celle-ci a ramen√© pr√®s de nous une gigantesque Cit√© Volante. Je ne savais pas qu'une telle chose pouvait exister. J'ai r√©ussi √† gagner ses soubassements. L√†, j'ai pu me faire une petite place dans des recoins sombres. Alors que j'errais en qu√™te de nourriture, un certain Boots, tout de noir v√™tu et au regard inqui√©tant, s'est propos√© de me venir en aide. N'attend-il de moi que quelques faveurs malhonn√™tes¬†? En tous cas, il est d√©cid√© √† me servir de guide et de protecteur dans cette Cit√©, mon nouveau chez moi.

    Boots m'a conduit au Gr√ľneblaue, un √©tablissement o√Ļ il a ses habitudes. L√†, il m'a pr√©sent√© comme une amie tr√®s ch√®re qui avait besoin d'aide. Il n'a pas enti√®rement tort. J'aime cet endroit. Tout y est sombre. Les clients sont tous de noir v√™tus. Cela s'accommode bien √† mon humeur. D'autres portent d'√©tranges masque √† gaz dissimulant leurs traits. Il m'en faut un¬†! Je veux des v√™tements comme les leurs √©galement. Je le dis √† Boots qui transmets ma requ√™te √† l'entourage. D√©j√† un homme s'approche et me tend sa cape de cuir doubl√©e de velours. Il se nomme Hexa. Quelque chose d'√©trange dans sa fa√ßon de se tenir le rend... repoussant mais pourtant fascinant. J'accepte sa cape.

    Hexa m'a rendu visite aujourd'hui. Il m'a expliqu√© avoir compris qui et ce que j'√©tais. Il affirme s'en moquer. Il pr√©tend m'aimer. Il veut m'aider. Mais m'aider √† quoi¬†? √Ä redevenir comme avant¬†? Non¬†! Il veut m'aider √†... r√©aliser mon ¬ę¬†potentiel¬†¬Ľ dit-il. Mon... destin¬†? Soit, pourquoi pas¬†? Pourquoi ne pas lui faire confiance¬†? Je n'ai aucune id√©e du destin ni du potentiel auxquels il pense. Je verrai bien o√Ļ tout cela me m√®ne.

   
Lucius Salinger :

    C'est une bonne nouvelle, je crois. Un successeur √† Aaron Powl a √©t√© trouv√© en la personne de Jezabel Powl. Est-ce son √©loquence ou ses magnifiques cheveux roux, elle a su gagner la confiance de tous et, finalement, calmement, s'imposer √† la t√™te de la famille Powl. Mais √† peine install√©e dans ses nouvelles fonctions, elle doit faire face √† une situation d√©licate. Notre Cit√© est stationn√©e maintenant depuis un long moment au dessus de cette √©trange et sinistre for√™t et... l'eau vient √† manquer. Mais cette ressource vitale se r√©v√®le f√©d√©ratrice. Aussi, c'est favorablement que son double projet de consolider et agrandir les r√©cup√©rateurs d'eau de pluie tout en envoyant une √©quipe d'√©claireurs au sol en qu√™te d'une source.

    J'ai fait aujourd'hui la connaissance d'une nouvelle ¬ę¬†habitu√©e¬†¬Ľ du Gr√ľneblaue. Une d√©nomm√©e Trybelhe. J'aurais aim√© m'assurer que son nom √©tait m√©rit√© mais elle cache ses traits derri√®re un masque noir couverts de plumes. Elle ne parle que rarement directement aux autres. Le plus souvent, elle le fait par l'interm√©diaire de ses courtisans. Je reconnais parmi eux, entre autres, Boots et Hexa. Je me m√©fies de ce dernier. Je sais qu'il a de mauvaises fr√©quentations. Aujourd'hui, tous trois proposent √† la cantonade de les rejoindre pour une f√™te d'un genre nouveau et unique. Il va se passer des grandes choses, mais personne n'en ressortira indemne, promettent-ils. C'est une des rares fois o√Ļ j'entends sa voix, √©touff√©e par son masque. Elle promet de grand moment d'extase et de b√©atitude. Une hubris qui nous transportera tous. Elle parle de cette √©trange for√™t que nous survolons et des cr√©atures qui l'habitent. C'est l'une d'elles qu'elle nous propose de rencontrer. Si nous sommes pr√™ts √† en payer le prix... fort¬†! J'avoue √™tre tent√©. Ne serait-ce que par curiosit√©... Autour de moi, les conversations vont bon train. Certains sont enthousiastes, d'autres plus m√©fiants. Trybelhe et les autres attendent patiemment la fin des d√©bats. Ils ont dit tout ce qu'ils avaient √† dire. Au bout d'un moment, tous trois se l√®vent et invitent ceux qui le d√©sirent √† les suivre. Nous ne sommes que trois, courageux affirment-ils, √† nous lever.

    Pour ajouter du myst√®re, on nous bande les yeux. Nous marchons quelques minutes, pas assez pour vraiment nous √©loigner du Gr√ľneblaue. En r√©alit√©, il ne me sera pas difficile de retrouver cet endroit en partant de la taverne. Nous n'avons m√™me pas chang√© de niveau. La pi√®ce dans laquelle on nous √īte nos bandeaux ressemble un peu √† une forge, √† un laboratoire. Je reconnais des bec, des r√©chauds, des produits chimiques, des min√©raux. Au mur, des parchemins √©pingl√©s d√©taillent des proc√©d√©s d'influence alchimique. Je m'attendais √† autre chose. Je lis l√† des r√©f√©rences aux Balances de Jabir, aux travaux de Y√©z√©dis Corso. Corso¬†?
    Mais, nous ne sommes plus seuls. D'autres hommes font leur apparition. Eux aussi portent des masques. Mais uniquement des masques. Ils dissimulent leur visage mais exhibent une virilit√©... d√©mesur√©e¬†! La temp√©rature grimpe de quelques degr√©s. Une odeur de musc envahit la pi√®ce. J'ai l'impression qu'il souffle comme une brise chaude. On nous sert une boisson forte. Je reconnais l'Opium Jaune mais il y a un autre ingr√©dient qui m'est inconnu. J'ai beau √™tre habitu√© √† consommer de l'Opium Jaune, je sombre...

    Un vieux tribunal aux gradins vermoulus, envahis par des champignons blancs g√©ants et des toiles d'araign√©es. Partout, des humains empaill√©s dans des postures diverses mais grotesques et obsc√®nes. Et aussi un renard empaill√© avec un fromage dans la bouche, mang√© aux vers.
Perch√©s dans de hautes tribunes, des juges et des avocats √† t√™tes de corbeaux, en toge noire et perruque poudr√©e. Dans les gradins, des corbeaux. Sur le banc des jur√©s, des t√™tes de corbeaux. Ils me rappellent les masques de certains habitu√©s du Gr√ľneblaue.
    Pendue √† un lustre de branchages garni de bougies tremblotantes, une femme au... p√©nis en √©rection¬†!! et aux seins perlant de lait. Est-ce le vrai visage de Trybelhe¬†? Dans la flaque de foutre √† ses pieds, un tubercule humano√Įde a pouss√©. Je reconnais de la mandragore. Alors que le juge prend la parole, je m'approche discr√®tement et m'empare de la racine √† forme humaine. Les mots du juge peinent √† parvenir jusqu'√† mes oreilles. Ils nous accusent d'un meurtre. Le meurtre de l'Hommonde. Je ne sais pas de quoi il parle. Je porte la mandragore √† ma bouche et... me r√©veille juste avant de croquer dedans.

    Je me r√©veille nu dans l'esp√®ce de laboratoire-forge o√Ļ nous ont conduit Trybelhe, Boots et Hexa. Des femmes nous ont rejoint. Je ne les ai pas vu entrer. Je gis, litt√©ralement, oubli√© dans un coin de la pi√®ce. Ce que je vois, une orgie. Mais... une orgie d'un type particulier. Le jeunes femmes qui nous ont rejoint sont couvertes de sang. On dirait des poup√©es d√©sarticul√©es. Elles ne sont mues que par les soubresauts des coups de boutoir que leur ass√®nent avec violence ces hommes √† la t√™te de... porc¬†?! Je me tasse dans un coin et cherche Trybelhe du regard. Je ne la vois pas. Qu'est-ce que c'est que √ßa¬†? Dans quoi me suis-je embarqu√©¬†? Aussi discr√®tement que possible, je m'empare de quelques v√™tements tra√ģnant l√† et... une main s'abat lourdement sur mon √©paule. Je me retourne et manque de vomir en me retrouvant litt√©ralement nez-√†-nez avec un homme √† t√™te de sanglier. Non pas de porc comme les autres. Mais une vraie t√™te de sanglier. De sanglier... mort¬†! Cet √™tre chim√©rique est mort et en putr√©faction. Il plonge son regard dans le mien. Sa main se tend vers la mienne. Il ouvre sans effort et s'empare de la racine de mandragore qu'il exhibe sous mes yeux. Son haleine est horrible. Son odeur, de terre et de cadavre, manque de me faire vomir. Je sens son √©rection contre ma cuisse nue. Il hal√®te. J'ai l'impression qu'il se retient de me sauter dessus. Il se penche et murmure √† mon oreille¬†:

    ¬ę¬†Je vais t'apprendre...¬†¬Ľ

    Puis, il me retourne et me plaque au sol. Je le sens en moi. Apr√®s de longs et brutaux aller-retours, son essence remonte le long de mon syst√®me nerveux jusqu'√† exploser dans mon cerveau et je vois¬†! La Cit√© Souterraine. Je reconnais le style architectural de certains b√Ętiments. Mais beaucoup d'autres me demeurent √©trangers. J'ai l'impression de voler au dessus des interminables rue de cette √©trange ville peupl√©e d'hommes √† t√™te de porc. Mais tout se passe en acc√©l√©r√©. J'ai l'impression que je vais vomir. Je ferme les yeux. Quand je les ouvre √† nouveau, ma joue racle le sol, maintenue fermement par la main puante de celui qui me chuchote presque tendrement son nom √† l'oreille¬†: NoAnde.

    ¬ę¬†Je vais t'apprendre...¬†¬Ľ

    Puis, il me lib√®re et, presque nu, la joue en sang, quitte pr√©cipitamment le repaire de Trybelhe.

    De retour chez moi, je m'√©croule sur mon lit. Puis, je fais une longue et minutieuse toilette. Je m'√©croule √† nouveau sur mon lit, en larmes. Puis, enfin, je me saisis d'un carnet afin d'expulser de ma t√™te tout souvenir de cette horrible nuit.

    Cette chose, ce NoAnde, est horrible. Son odeur, il pue la mort et la terre. Je sais o√Ļ il se cache. Je saurai le retrouver. Je me rappelle ses mains, puissantes, me plaquant au sol. C'√©tait √† la fois dur et mou, l√† o√Ļ la putr√©faction √©tait la plus avanc√©e. Son apparence et sa brutalit√© me r√©vulsent. Mais la perspective de ce qu'il pourrait m'enseigner m'attire, me fascine. Je me sens comme le papillon volant autour de la flamme de la bougie. Alors que je couche ces mots sur le papier, je sens quelque chose en moi. L'espace d'un instant, j'ai eu peur que ce soit dans mon ventre. Mais non¬†! C'est... dans ma t√™te. √áa se tortille. C'est comme un Ver. Un Ver Cosmique¬†? Un code¬†! Pourquoi ce nom dans ma t√™te¬†? Le Cruel Centip√®de...
    Je veux le revoir. Je veux le tuer. Je veux savoir... NoAnde, que m'as-tu fais¬†?



Balthus Malmort :

    Il s'appelle Ekli Stanpedro. Il est comme moi. Un vampire. C'est ainsi qu'il se nomme. Il m'a ¬ę¬†reconnu¬†¬Ľ. Il m'a abord√© au Gr√ľneblaue et s'est pr√©sent√© sans rien cacher de sa nature. Mon √©tonnement l'a fait sourire. Il a compris que j'ignorais finalement beaucoup de chose sur ma nouvelle nature, que j'√©tais... jeune. Il m'a offert un verre et a commenc√© √† me raconter son histoire, notre histoire. Puis, il s'est arr√™t√©. Il a remarqu√© ma bague et a de nouveau esquiss√© un petit sourire. Il me l'a demand√© en √©change de nouveaux secrets. J'ai h√©sit√© √† me s√©parer de cet objet, ce lien avec mon ancienne vie mais n'est-ce pas justement ce que j'ai de mieux √† faire¬†? Couper ces liens¬†? Je lui ai donn√© la bague et il m'a expliqu√© que nous, les vampires, √©tions une sorte de Horla d'un genre particulier. Il m'a expliqu√© comment fonctionnent nos pouvoirs mais aussi les contraintes qui sont les n√ītres, notamment le Cycle qui nous fait provisoirement quitter ce plan d'existence. C'√©tait √©trange de l'√©couter. C'√©tait un peu douloureux de me s√©parer de ma bague. Mais je pense que j'ai eu raison de le faire. Pour plein de raisons.


Lucius Salinger :

    Je n'ai pas remis les pieds au Gr√ľneblaue avant plusieurs jours. J'avais peur d'y revoir Thrybelhe et cet ignoble cr√©ature qui m'a... forc√©... Mais, au bout d'un moment, la curiosit√© l'a emport√© sur la douleur et l'humiliation. Il a promis de m'apprendre, de m'enseigner. Quoi¬†? Quel secret¬†? Et puis, je sens toujours cette chose dans mon cr√Ęne. Ce Ver Cosmique dont je ne parviens pas √† percer le code. Finalement, renon√ßant √† ma fiert√©, je retournais au Gr√ľneblaue pr√©cis√©ment pour retrouver ceux que je m'√©tais promis d'effacer de ma vie. Et ils √©taient l√†. Non, pas lui, pas NoAnde. Mais Trybelhe, Boots et Hexa. Ils √©taient √† une table et examinaient un √©trange puzzle. Ils ne se cachaient pas. Au contraire m√™me, j'avais plut√īt l'impression qu'ils attendaient que quelques curieux s'int√©ressent √† ce qu'ils faisaient. Encore un moyen de convaincre une innocente victime de les rejoindre et participer √† une de leurs orgies sauvages¬†? Bon, je serai une fois de plus le curieux du jour.

    -Comment le d√©truire¬†? me demande Boots.

    Je m'√©tonnais. Pourquoi d√©truire un simple puzzle. Et puis, il suffit de le jeter ou d'y mettre le feu. Trybelhe fit un bruit de bouche et hocha la t√™te. Non, c'√©tait visiblement plus compliqu√© que cela.
    Elle m'expliqua que ce puzzle √©tait √† elle. Elle me montra ensuite comment les pi√®ces r√©sistaient √† la flamme d'une bougie et √† la lame d'un couteau. Ensuite, elle se mit √† les assembler. Au fur et √† mesure que l'image se pr√©cisait, je sentais monter en moi une terreur irr√©pressible √† laquelle r√©pondait le Ver par des tremblements convulsifs. Le dessin repr√©sentait un homme aux jambes amput√©es. Il aurait d√Ľ m'inspirer de la piti√©. Pourtant, quelle horreur. Son visage √©tait d'une incroyable laideur. Son corps enti√®rement d√©charn√©. Ne fut-ce son regard per√ßant et vicieux, on l'aurait cru mort.  Au moment o√Ļ Trybelhe s'appr√™tait √† poser l'une des derni√®res pi√®ces, je lui saisi le bras pour l'en emp√™cher. Je lis alors de la col√®re dans son regard. Elle me fixe, les l√®vres pinc√©es. Je rel√Ęche son poignet.

    ¬ę¬†O√Ļ est NoAnde¬†?¬†¬Ľ, demand√©-je.

    De retour chez moi, je m'√©croule au sol, saisi de convulsions. Je manque de vomir. Je ne sais pas si le plus horrible est ce que NoAnde m'a fait ou que je l'ai laiss√© faire. J'ai mal partout. Mais un peu moins que la premi√®re fois. Je n'ai pas cherch√© √† m'enfuir cette fois. Je me suis recroquevill√© dans un coin et j'ai attendu. Apr√®s un long moment, alors que j'avais l'impression qu'il avait oubli√© ma pr√©sence, je lui ai rappel√© sa promesse. Son figure a alors √©t√© anim√©e d'une esp√®ce de tic d√©go√Ľtant. Il cracha par terre et s'approcha de moi. Il m'a demand√© ce que je voulais savoir. Je n'en savais rien...
    Il fouilla dans ses affaires et en sorti une petite carte. Il l'agita sous mon nez.

    ¬ę¬†Sais-tu ce que c'est¬†? Non, √©videmment¬†! C'est une accr√©ditation de niveau Indigo. Un passeport pour la Cit√© Bleue.¬†¬Ľ

   
Balthus Malmort :

Que m'arrive-t-il¬†? Je me regarde dans le miroir et je ne reconnais plus mon h√īte. Ses cheveux sont toujours les m√™mes, ainsi que ses yeux, ses √©paules... Mais c'est... sa bouche¬†! Quelque chose a chang√©. Elle est plus grande. Plus... grossi√®re. Elle s'√©tire d'une mani√®re grotesque. Pourquoi cela me rappelle-t-il Itheron¬†? Lui aussi avait tellement chang√© √† son retour. Nous l'avons tous cru revenu d'entre les morts mais nous ne pensions pas avoir √† ce point raison. Je suis maintenant certain que c'est lui qui a servi de v√©hicule √† la chose qui m'a transform√©. Et maintenant, je suis affubl√© de cette Bouche √©trange. Mais... je vois ses l√®vres s'animer. La Bouche... parle¬†! ¬ę¬†Lucius Salinger est-il vraiment celui qu'il pr√©tend¬†? Et pourquoi NoAnde a-t-il jet√© son d√©volu sur lui¬†? Ne te laisse pas doubler par l'homme-porc¬†! Demandes √† Franky de s'en occuper¬†¬Ľ Je plaque alors mes deux mains sur ma (?), sur cette bouche. Je l'ouvre grand, j'articule des mots silencieux. On dirait qu'elle est redevenue mienne. Mais pourquoi attirer mon attention sur Salinger¬†? Et NoAnde¬†? Dois-je me m√©fier de lui¬†? Je vais demander √† Franky d'enqu√™ter √† ce sujet.


Lucius Salinger :

    C'est √©trange. Alors que mes relations sont de plus en plus intenses et intimes avec NoAnde, j'ai de plus en plus l'impression d'√™tre un √©tranger au sein de la Cit√© Volante. Son histoire, sa fa√ßon de voir les choses, ses exp√©riences... Il m'ouvre des perspectives... Je sens qu'il a un projet pour moi et que, dans ce sens, il se sert de moi. Mais je sais aussi que m√™me si ce projet devait s'av√©rer dangereux j'en ressortirais diff√©rent, meilleur. √Ä ses c√īt√©s, j'apprends beaucoup et je sens que j'ai encore beaucoup √† apprendre. De m√™me, nous avons, je pense, beaucoup √† apprendre de ce groupe d'hommes et de femmes que nous avons localis√© au sol. Ils vivent comme des sauvages et nous ne savons pas trop comment eux nous per√ßoivent. Avec envie, certainement. Ils semblent tellement d√©munis vus d'ici. Je marche et capte des bouts de conversations. Chacun a son avis. Il faut les aider. Il ne faut pas s'en m√™ler. Il faut les attaquer avant qu'ils ne nous attaquent. Moi, je ne sais pas. Aupr√®s de NoAnde, mes pens√©es volent ailleurs. Plus loin¬†! Mais, ne serais-je pas suivi¬†? On dirait, oui. Mais par qui¬†? Je ne parviens pas √† le d√©terminer. J'esp√®re r√©ussir √† les semer d'ici √† arriver chez NoAnde.

    Aujourd'hui, NoAnde m'a fait un cadeau. D√©j√†, il ne m'a pas brutalis√©. Au contraire, il s'est montr√© tr√®s aimable et m√™me... tendre. Nous avons longuement parl√© des conclusions auxquelles sont parvenues les membres de l'exp√©dition lanc√©e afin de savoir si l‚Äô√Čgr√©gore pouvait nous servir comme source d'√©nergie. Il semblerait que oui mais que ce ne soit pas sans risque, sans cons√©quence. NoAnde confirme ces r√©serves. De son point de vue, il m'explique qu'il n'h√©siterait pas une minute √† user de l‚Äô√Čgr√©gore mais comprend que, pour nous, la question se pose. Il serait d'ailleurs pr√©f√©rable que nous renoncions. Que vont d√©cider nos chefs¬†? Mais, il m'a aussi fait un beau cadeau. En effet, il s'est enfin ouvert √† moi de certains de ses projets. Il m'a expliqu√© ce qu'est cette chose qui s'agite √† la base de mon cr√Ęne. Il s'agit d'une sorte de Ver Cosmique dont certaines incarnations porte le nom de Cruel Centip√®de. Ce serait une sorte d'agent de l'Entropie. Je ne comprends pas trop ce que √ßa signifie mais NoAnde me rassure. Gr√Ęce √† ce Cruel Centip√®de, qui n'aurait de cruel que le nom, je vais pouvoir faire un grand voyage. Et c'est pr√©cis√©ment √† ce grand voyage qu'il me pr√©pare par nos √©treintes. Les lieux, les √©poques qu'ils me montrent, sont autant de temps et d'endroits que je serais peut-√™tre √† m√™me de visiter. En effet, il veut m'envoyer l√†-bas, au loin, dans d'autres mondes pour percer un myst√®re. Il m'a choisi. Il m'a √©lu pour percer le Myst√®re du Ver. Il veut que je trouve pour lui ce livre qu'on appelle le De Vermiis Mysteriis.


Balthus Malmort :

    Quelque chose a chang√©. Je ne saurai dire quoi. Mais, depuis peu, je ne puis plus me montrer en public autrement que masqu√©. Jusqu'√† pr√©sent, mes scarifications caract√©ristiques de mon √©tat ne m‚Äôavaient pas valu autre chose que de l'√©tonnement ou du d√©go√Ľt. Mais maintenant, les choses ont chang√©. Des gens se sont montr√©s agressifs sur mon passage. Je n'ai d√Ľ mon salut qu'√† l'intervention de Boots et Hexa qui m'ont permis de m'enfuir. Depuis ce jour, je ne sors plus sans gardes du corps. Ni sans un masque. J'ai la chance que cela soit √† la mode dans certains groupes peuplant cette cit√©. Je me suis ouverte de cette m√©saventure √† NoAnde qui m'a expliqu√© qu'il s'agissait d'un nouveau stigmate qu'il a qualifi√© d'Aura Putride. Pourtant, je ne sens rien. Mais il m'a assur√© que les autres, les mortels, ressentaient cette aura avec force. Je lui ai aussi parl√© de cet homme au comportement √©trange. Il n'a pas particip√© √† la tentative de lynchage mais j'ai bien senti qu'il observait la sc√®ne et repr√©sentait une v√©ritable menace pour moi. NoAnde m'a conseill√© de demander √† Boots et Hexa d'√™tre vigilants et de le suivre s'il devait se montrer √† nouveau.

   
Lucius Salinger :

    Il y a des nouveaux venus dans la Cit√©. Des sortes de Pr√™cheurs. Ils se nomment Fr√®res et Ma√ģtres Exorcistes. Ils ont √©t√© re√ßus sans d√©lai par les Anciens. Je n'ai aucune id√©e de ce qu'ils font l√† mais ils ont obtenu de pouvoir circuler et agir √† leur guise dans nos rues. Trybelhe, NoAnde, les autres Soars et moi-m√™me sommes depuis tr√®s vigilants. Je ne suis pas s√Ľr qu'ils en aient apr√®s nous mais je n'ai aucun doute quant au sort qu'ils nous r√©serveraient s'ils apprenaient notre existence et nos buts.
    Pourtant, bien que contraint √† la plus grande discr√©tion, NoAnde m'a r√©v√©l√© qu'il avait r√©serv√© pour nous deux une suite dans un de ces palaces qui se trouvent dans les beaux quartiers. √Ä l'annonce de cette nouvelle, je suis √† la fois curieux et effray√©. Quel sort me r√©serve-t-il cette fois¬†? Pourquoi un tel lieu et pourquoi maintenant¬†?

    NoAnde me rejoindra dans cette suite luxueuse. Pour l'instant, je dois m'y rendre seul. Je le comprends. Difficile pour lui d'√™tre discret. Surtout avec ces exorcistes dans les rues. On dit qu'il y a un Corso dans leurs rangs. Cela expliquerait qu'ils aient pu obtenir une audience aupr√®s du Conseil aussi vite.
    Simple parano√Įa¬†? J'ai l'impression qu'on me suit et c'est plus qu'une impression. Avant m√™me de p√©n√©trer dans les beaux quartiers, un groupe de ces fameux exorcistes sort de l'ombre et se met √† courir dans ma direction. On dirait qu'ils ne sont que trois mais je ne serais pas surpris d'en voir d'autres arriver sous peu. Heureusement pour moi, je connais mieux la Cit√© Volante qu'eux et parviens √† leur fausser compagnie. Mais il s'en est fallu de peu. En tous les cas, maintenant c'est certain, c'est apr√®s nous qu'ils en ont. Mais pourquoi¬†? Et comment ont-ils √©t√© mis au courant de notre existence¬†? NoAnde saura peut-√™tre...

    Une fois arriv√© au palace, il s'av√®re que NoAnde est d√©j√† l√†. Il m'attend avec impatience car il y a visiblement beaucoup de chose √† pr√©parer. Qu'a-t-il pr√©vu pour aujourd'hui¬†?
    Je ne parviens pas √† cacher mon √©tonnement quand je le vois. NoAnde est... enceint. Et pr√®s √† mettre bas. Face √† mon expression, il s'explique. Il est un serviteur de Shub'Niggurath et la Ch√®vre Noire √† des projets. Non pas des projets pour lui. Lui, comme moi, ne sommes que les instruments de ce projet. Il me rappelle que l'objectif de notre organisation et de contaminer les univers en r√©pandant les miasmes de Millevaux.
    Je me garde bien de lui rappeler que ce ne sont pas l√† mes projets. Moi, je ne suis l√† finalement que par hasard. Pour assouvir une curiosit√© qui se r√©v√®le r√©ellement un bien mauvais d√©faut car il risque de me co√Ľter tr√®s cher. Mais la curiosit√© l'emporte une fois de plus. Alors, aidant NoAnde √† se mouvoir dans cette suite luxueuse, je l'√©coute m'expliquer son plan.
    Oui, il sert la Ch√®vre Noire, la Mauvaise M√®re. Certes, il a trahi l'√©thique du Clan des Arbres. Mais √ī combien il a appris de choses et perc√© des secrets au contact des Horlas. D'apr√®s lui, Millevaux n'est pas unique. Il y en a d'autres, beaucoup d'autres. En tant que royaume de Shub'Niggurath, cette for√™t est une sorte de corruption luttant √† la fois pour se r√©pandre, pour vivre et r√©pandre ses miasmes √† travers les mondes. Car, oui, comme il y a un nombre infini de Millevaux, il y a un nombre infini de mondes... √† contaminer.
    Alors que ses hal√®tements s'acc√©l√®rent, il m'explique autant qu'il peut comment le Un Primordial est devenu le Cycle. Comment cet Hommonde est mort et en putr√©faction. Et que, selon la morale du culte qu'il rend √† la Ch√®vre Noire, cette putr√©faction est en r√©alit√© une forme de vie. C'est la mort de l'Hommonde qui permet la vie. Cette mort, selon lui, doit se r√©pandre. En r√©pandant la mort, on r√©pand la vie, affirme-t-il. J'ai du mal √† le suivre dans son d√©lire. Mais il semble convaincu de ce qu'il avance. Il me rappelle qu'il y a plusieurs agents de contagion. Millevaux, la for√™t elle-m√™me bien s√Ľr. Mais il y a aussi ces Vers Cosmiques, agent de l'entropie, comme le Cruel Centip√®de que j'ai dans le cr√Ęne. Le Cruel Centip√®de, la maladie de l'espace et du temps. Le Code. Le Jeu par lequel se r√©pand Millevaux, sa putr√©faction et, en d√©finitive selon NoAnde, la vie. Mais je sens que la d√©livrance est proche. Je suis curieux de voir ce qui va sortir de son ventre.
    NoAnde redevient ma√ģtre de sa respiration. Il m'explique alors que pour que son enfant puisse sortir, il va devoir provisoirement alt√©rer son anatomie par des moyens magiques propres aux rites Soars. Je comprends o√Ļ il veut en venir. Puisant dans ses derni√®re forces, il s'empare de moi. Alors qu'il me force une fois de plus avec une brutalit√© dont je ne le soup√ßonnais pas vu son √©tat, je tente de me convaincre que je me laisse faire par curiosit√©, pour savoir ce qui va sortir de ce ventre, et non par peur ou l√Ęchet√© ou... plaisir¬†?
    Je sens son ventre contre mon dos. √áa bouge √† l'int√©rieur. Je sens la chair se d√©former. C'est √ßa qu'il appelait une alt√©ration de son anatomie. Ses chairs am√©nagent une ouverture par laquelle la chose qu'il contient va pouvoir sortir. √Ä moins que... Non¬†? Non¬†! Entre deux hal√®tements rauques, j'entends son rire. Il me maintient au sol et explose finalement de rire. Cette suite, ce palace, quelle ironie¬†!
    Je sens son ventre s'ouvrir. Quelque chose de visqueux en sort et se r√©pand sur mon dos, m'enserre, m'enlace et m'attire √† l'int√©rieur¬†! NoAnde me plaque au sol de tout son poids.
    C'est un cauchemar¬†! Un cauchemar¬†! Je vais me r√©veiller. Je dois me r√©veiller¬†! De toutes mes forces, je tente de retrouver la ma√ģtrise de mes pens√©es et de mes perceptions comme dans mes mauvais r√™ves. Je tente de me convaincre que ceci n'est pas la r√©alit√©. Si je fais comme dans mes mauvais r√™ves cela sera peut-√™tre moins horrible. Non¬†! Je dois transformer cette r√©alit√© cauchemardesque en un r√™ve dont je vais pouvoir me tirer en me r√©veillant. Je dois... alt√©rer... cette r√©alit√©... comme j'ai vu NoAnde et les Soars le faire durant leurs orgies. Je dois utiliser cette force qui m'immobilise, me contraint, pour...
    Je ne sais comment mais alors que je m'imagine chez moi en train de me pr√©parer plusieurs doses d'Opium Jaune, j'en ressens maintenant les effets. Le produit voyage dans mon corps, en p√©n√®tre chaque cellule et remonte jusque dans mon cerveau. Plus que jamais, je me sens puissant¬†! Pourtant, mes pens√©es m'√©chappent. Le... Cruel Centip√®de m'√©chappe. Oui¬†! Il me sent menac√©. Il se sent menac√©¬†! Et il va r√©agir, se d√©fendre, me d√©fendre. Il sort de mon cr√Ęne par mon nez, ma bouche et mes yeux. Il recouvre mon visage d'un masque chitineux. Alors, je me retourne et fixe NoAnde dans les yeux. Il pousse alors un hurlement et recule en me rel√Ęchant. Alors, la porte de la suite explose et 5 de ces exorcistes envahissent la pi√®ce. Je me d√©gage de sous le corps de NoAnde qui, √† quatre pattes, s'√©loigne en geignant...

   
Balthus Malmort :

    J'ai consacr√© beaucoup de temps √† observer NoAnde. Il n'est pas comme les autres Soars. Et je ne dis pas cela juste parce qu'il est... mort... et fou. Il n'est pas fou dans le sens o√Ļ il serait incoh√©rent. Il est fou car... sa perception du monde, des mondes, de l'espace et du temps n'est pas comme la n√ītre. Il voit tout cela diff√©remment et cela l'am√®ne √† penser diff√©remment. Il con√ßoit les choses autrement et entrevoit des pistes d'exploration conceptuelle qui nous √©chappent, auxquelles nous ne pouvons acc√©der car nous ne pouvons m√™me pas y penser. Pour lui, la r√©alit√© n'a pas ce caract√®re immuable que nous lui attribuons spontan√©ment. Il la voit comme un ensemble de forces sur lesquelles il est possible d'agir. D'apr√®s lui, il est concr√®tement possible d‚Äôalt√©rer le cours du temps, de modifier l'espace, de le modeler √† sa guise. C'est l√† une des propri√©t√©s de cet √Čgr√©gore dans lequel nous baignons. Au d√©but, je ne comprenais pas. Puis, je l'ai vu faire. En d√©naturant les rites Soars, il est parvenu √† modifier la trame du r√©el. Et des choses sont advenues. Et je sais que toutes ses exp√©riences s‚Äôinscrivent dans le cadre de ce projet dans lequel il a embarqu√© Lucius. J'aurais bien bu le sang de ce jeune homme mais... NoAnde en a voulu autrement. Et c'est fort dommage car, entre ce nouveau stigmate, cet Aura Putride, et l'arriv√©e de ces exorcistes, il m'est devenu bien difficile de me nourrir. Aussi, j'avoue avoir recouru en cachette √† cet art auquel recourt NoAnde pour, moi aussi, alt√©rer le r√©el et me faciliter l'acc√®s √† des proies sans risquer de tomber nez-√†-nez avec des exorcistes. Ainsi, l'acte sexuel, m√™me solitaire, me permet d'ouvrir une sorte de br√®che dans l'espace par laquelle le sang de ma victime s'√©coule jusqu'√† moi. Je n'ai m√™me pas √† souffrir de contempler l'agonie de ma proie. Tout se passe de ¬ę¬†l'autre c√īt√©¬†¬Ľ. L√† o√Ļ je suis, je ne vois que des filets de sang traverser l'espace et p√©n√©trer mon corps par chacun des pores de ma peau.

   
Lucius Salinger :

    Tout se pr√©cipite. Alors que je parviens juste √† me d√©faire de l'emprise de NoAnde et de cette chose qui voulait m'attirer en lui, des exorcistes font irruption dans la suite. Je sens toujours le Cruel Centip√®de recouvrir mon visage. √Ä l'int√©rieur du masque chitineux qu'il a form√© autour de mon visage, je sens comme des milliers de cils ou petites pattes s'agiter. C'est une sensation peu agr√©able mais qui ne l'emporte pas sur l'angoisse suscit√©e par cette nouvelle intrusion. En r√©alit√©, je n'ai pas vraiment le temps de me demander quoi faire pour sauver ma peau. Le Cruel Centip√®de se charge de nous sauver. De petits volets en √©caille tombent sur mes yeux. Je sens une sorte de trompe rigide s'introduire de force dans ma bouche et se frayer un chemin jusque dans mes poumons. L'air autour de moi devient solide mais mall√©able. Puis, plus rien¬†! Plus aucune sensation.

Franky¬†:   

Ce n'est pas de gaiet√© de cŇďur que j'accepte d'ob√©ir aux ordres de Balthus mais... Il se trouve que je suis assez d'accord avec lui pour consid√©rer que NoAnde nous cache des choses. Nous avons fui notre cit√© car notre condition de  Khaarij est insoutenable. Et nous avons choisi de servir Shub'Niggurath et de r√©pandre Millevaux √† travers les mondes et les √Ęges avant tout pour abattre cette soci√©t√© injuste et lib√©rer nos fr√®res. Mais NoAnde n'est pas comme nous et nous savons tous qu'il poursuit ses propres buts dont il ne veut rien nous dire. Que Balthus s'ouvre enfin √† moi de ses doutes me rassure quelque part. Au cas o√Ļ NoAnde nous trahirait, le Horla pourra se r√©v√©ler un alli√©.
    Depuis quelques temps maintenant, il a jet√© son d√©volu sur un des habitu√©s du Gr√ľneblaue, un certain Lucius. Mais il n'est pas qu'un jouet sexuel. NoAnde semble lui avoir attribu√© un v√©ritable r√īle dans ses projets secrets. Et je dois savoir lesquels. Je sais qu'ils se retrouvent en cachette. Je sais aussi que NoAnde lui a donn√© rendez-vous dans une suite d'un palace des quartiers riches. Je vais donc en profiter en pour fouiller ses quartiers durant son absence.

Il semble que NoAnde se soit dot√© d'une biblioth√®que des plus particuli√®res. J'ai en effet trouv√© dans ses quartiers des ouvrages relatifs aux rituels Soars. Ces derniers sont parsem√©s de notes expliquant comment les modifier, en contourner certaines r√®gles, afin d'en accro√ģtre la port√©e. L'une de ces notes renvoie notamment au De Vermiis Mysteriis. Je ne l'ai pas trouv√©. J'en d√©duis qu'il doit √™tre √† sa recherche. J'ai trouv√©, par contre, un exemplaire du Rameau d'Or et un autre du Manuscrit de Castro.
Concernant Le Rameau d'Or, il s'agit de deux gros volumes datant de 1890. Cet ouvrage de l'anthropologue écossais James Frazer traite des Mythologies et la religion. On y trouve également le descriptif de plusieurs rituels.
Le Manuscrit de Castro tire son nom de celui d'un dément condamné à mort par l'Inquisition au XVe siècle. Avant son exécution, un moine décida de retranscrire tous les délires qui avaient poussé les inquisiteurs à le croire possédé. La plus grande partie de cet ouvrage semble donc incohérente mais elle recèle de tristes vérités à même de faire vaciller n'importe quel faible d'esprit.

Sans tarder, je vais faire mon rapport √† Balthus. Je le trouve en train de se nourrir d'une nouvelle et bien √©trange fa√ßon. L‚Äô√Čgr√©gore exerce sur lui une bien √©trange influence. L√†, nu, il se livre √† un plaisir solitaire. En face de lui, l'air semble s'√™tre quelque peu solidifi√©. √áa et l√†, on dirait qu'il s'est form√© de petites crevasses par lesquelles s'infiltrent des filaments de sang volant litt√©ralement jusqu'au vampire qui s'en d√©lecte. J'attends qu'il en ait fini avant de manifester ma pr√©sence. Je vois alors qu'il se sent bien. Nullement g√™n√© par ma pr√©sence, il prend son temps pour se couvrir. C'est vrai qu'il ne consid√®re pas vraiment ce corps comme le sien. Cette femme n'est qu'un v√©hicule, une marionnette.
    Il √©coute avec attention mon petit r√©cit. Il semble int√©ress√© par les ouvrages que je cite m√™me s'il avoue n'en conna√ģtre aucun. Contrairement √† ma suggestion, il ne souhaite pas que je m'empare de ces deux ouvrages. Par contre, si NoAnde cherche effectivement un exemplaire du De Vermiis Mysteriis, je dois tout faire pour le trouver avant lui. J'avoue √™tre tout √† fait d'accord. Ce ne sera pas compliqu√© d'ob√©ir √† cet ordre-l√†

.

   
Tad Corso :

    Elle sait qui je suis. Les Lwas le lui ont dit. C'est pour √ßa que nous avons obtenu si facilement cette audience. En tant que successeur d'Aaron Powl, Jezabel peut acc√©der au monde du R√™ve. Je peux le faire aussi parce que j'ai vol√© son pouvoir √† Edes Alom. Et je ne lui ai pas vol√© que son pouvoir. Je lui ai aussi vol√© ses ailes, sa vie.
    Je suis Tad Corso, le 1er des Corso. Mais je me pr√©sente sous le nom de Tad Edes. Aussi, les membres de la famille Corso ignorent que je suis le fondateur de leur lign√©e. De m√™me qu'ils ignorent que je viens d'un autre Millevaux o√Ļ j'ai combattu les Horlacanthes. Mais Jezabel, elle, elle sait. Elle garde le silence mais son sourire en dit long.
    Nous avons demand√© cette audience afin d'obtenir l'autorisation d'aller et venir √† notre guise dans la Cit√© Volante. Nous savons, mes fr√®res et ma√ģtres inquisiteurs et moi-m√™me, que le Mal est ici sous la forme du Cruel Centip√®de. Dans le Millevaux d'o√Ļ je viens, il √©tait un des cavalier de l'Apocalypse. La Pestilence. La maladie de l'espace et du temps. Depuis, il a mut√©, s'est transform√©, s'est adapt√©. Mais il reste une maladie que nous devons √©radiquer.
    Jezabel invoque les Lwas et plaide en notre faveur. Les Lwas lui ont-ils vraiment parl√© de nous¬†? Je n'en sais rien. Mais les Ande et les Corso acceptent de bon gr√© que nous menions notre enqu√™te. Pour autant, ils ne souhaitent pas s'impliquer plus que cela dans nos affaires. Cela signifie qu'ils ne nous viendront pas n√©cessairement en aide. Mais cela veut aussi dire qu'ils ne se m√™leront pas de savoir ce que nous faisons et cela nous arrange bien.

    Une fois sortis, Ma√ģtre Quantus s'√©tonne de ce que cette audience se soit si bien pass√©e. Je lui r√©ponds par un sourire aussi √©nigmatique que celui de Jezabel. Mais il se demande aussi comment nous allons faire pour trouver la trace du Cruel Centip√®de dans cette Cit√© Volante gigantesque. Je me souviens avoir mang√© le Cruel Centip√®de, lui dis-je. Et l√†, je ne sais pas pourquoi, j'ajoute que La R√©alit√© est un Cut-Up. Je presse le pas et lui et Fr√®re Santos peinent √† me rattraper.
    Une fois dans nos quartiers, je m'enferme dans la cellule qui me sert de chambre. J'ai toujours cette amulette contenant ce liquide inconnu. Je n'avais jamais os√© l'utiliser. C'est maintenant ou jamais.
    Je m'assois en tailleur au milieu de la pi√®ce. Je bois une gorg√©e du liquide et ferme les yeux. Et je r√©p√®te comme un Mantra ¬ę¬†La R√©alit√© Est Un Cut-Up¬†!¬†¬Ľ Et je sens le Cruel Centip√®de fr√©mir. Moi aussi je fr√©mis. J'ai peur car je suis... √©puis√©. Et je vois¬†!
    Lucius¬†! Il s'appelle Lucius Salinger et le Cruel Centip√®de est en lui. Je tente de me relever mais... Ma vue se trouble. Je vacille. Je peine √† rester debout. Je tombe. Je sombre...

   
Balthus Malmort :

    Je ne connaissais pas cet homme. Il s'appelle Spike N'Ger, m'explique Boots, et c'est un chasseur de monstres. C'est un errant. Il est d√©j√† venu dans la Cit√© Volante par le pass√©. Sa pr√©sence aujourd'hui n'est pas bon signe. Il est fort probable qu'il vienne pour nous. Heureusement, ces savoirs que j'ai acquis aupr√®s des Soars me permettent maintenant de me nourrir plus ¬ę¬†discr√®tement¬†¬Ľ. Certes, je laisse toujours des cadavres derri√®re moi mais il sera plus difficile de remonter une piste jusqu'√† moi d√©sormais. Et puis, gr√Ęce √† cette magie, je ne suis plus soumis √† la faim avec autant de violence qu'avant. J'esp√®re juste qu'il n'est pas l√† pour nous et que rien ne le mettra sur notre piste. N√©anmoins, je me dois d'en douter et de redoubler de prudence car... on parle dans les rues de la Cit√©. On parle de nous. Personne ne semble r√©ellement soup√ßonner notre existence et encore moins nos buts mais la d√©couverte des cadavres que j'ai laiss√©s derri√®re moi suscite malgr√© tout des interrogations. J'esp√®re vraiment que ce Spike n'en a pas apr√®s nous.

   
Tad Corso :

    Je glisse dans le sommeil. Je glisse le long d'un intestin g√©ant avec tout un tas d'esp√®ces fossiles ou disparues : des limules, des ichtyosaures, des ammonites et des choses gerbantes avec des tentacules √©cumantes de foutre primordial. Je reconnais ce monde. C'est celui des CŇďlacanthes. O√Ļ vais-je me retrouver cette fois¬†? De nouveau dans cette horrible maison au fond des bois¬†?
    Un lac de merde¬†! Je me retrouve dans un lac de merde dans lequel baignent des squelettes de reptiles g√©ants. Au loin, j'aper√ßois une silhouette me faire de grands gestes. Je ne peux pas la reconna√ģtre, mais je sais que c'est la Magicienne. Je ne comprends pas ce qu'elle tente de me dire. Je me laisse entra√ģner. Je glisse. Je crois reconna√ģtre cette for√™t immerg√©e mais je ne suis s√Ľr de rien. Je vois de la lumi√®re en haut. Je rassemble mes derni√®res forces et pousse dans cette direction. Au loin, j'aper√ßois des CŇďlacanthes. Je dois arriver √† la surface avant eux.
    Je retrouve l'air libre en sortant par un puits. Il fait nuit. L'air est frais. Il n'y aucun nuage dans le ciel. C'est beau. Il n'y a pas un bruit. Je regarde autour de moi et constate que je suis au milieu d'une place forte m√©di√©vale. Je connais cet endroit. On m'a racont√© les √©v√©nements qui s'y sont d√©roul√©s. Certains de mes fr√®res, quand j'√©tais un ange au service de Dieu, ont combattu ici. C'est la place forte de Monts√©gur. En 1244, nous en avons fait le si√®ge pour forcer les Cathares √† abjurer. Que fais-je ici¬†?

Les exorcistes :

Comme si Millevaux n'√©tait pas un Enfer suffisant¬†! Corso a de nouveau sombr√© dans le cauchemar des CŇďlacanthes. Qu'a-t-il vu l√†-bas¬†? Que lui est-il vraiment arriv√© pour qu'il nous revienne ainsi¬†? Ces ailes rouges de Corax ne sont que la partie visible de sa... transformation. Je sens bien qu'il a chang√© √† l'int√©rieur. D'ailleurs, il ne se fait plus appeler Corso mais Edes. Pourquoi¬†? Cela ressemble tellement √† l'Had√®s, le royaume des morts. Est-ce de l√† qu'il est revenu¬†?
En tous cas, avant de s'√©crouler, il a eu le temps de nous communiquer toutes les informations utiles concernant notre cible¬†: un certain Lucius Salinger. Celui-ci doit se rendre dans un palace des beaux quartiers en ce moment m√™me. Apr√®s avoir rapidement donn√© des consignes pour qu'on prenne soin de notre fr√®re, Santos et moi sommons trois des n√ītres de nous suivre.
Nous localisons ce Lucius dans la rue mais il parvient malgr√© tout √† nous fausser compagnie. Peu importe. Nous savons o√Ļ il se rend et fon√ßons l√†-bas. Nous perdons du temps √† l'entr√©e de ce somptueux palace car on nous demande nos laissez-passer. Une fois ces formalit√©s r√©gl√©es, nous nous ruons dans les √©tages et trouvons la suite o√Ļ s'est rendu Lucius. Sans attendre, nous enfon√ßons la porte. Et l√†...
Quelle horreur¬†! Lucius est aux prises avec une horrible cr√©ature. Certainement un Horla. La chose est un √™tre difforme en putr√©faction dot√©e, comme si cela ne suffisait pas, d'une horrible t√™te de sanglier. De son ventre grand ouvert jaillissent des tentacules. De l'autre c√īt√© de la pi√®ce, Lucius, nu lui aussi, semble √©touff√© par le port d'un masque noir luisant. J'ordonne √† mes fr√®res d'immobiliser le monstre pendant que Santos et moi nous approchons de Lucius. Mais celui-ci, sous nos yeux et alors que l'homme-sanglier √©clate de rire, devient translucide et dispara√ģt sous nos yeux¬†!
Je me retourne alors vers le monstre qui est en train de se relever. Un geste en direction de mes frères qui comprennent et le chargent de leurs lances. Mais la créature est plus agile qu'elle n'en a l'air et dévie leurs coups avec aisance. Je fais un signe à Santos qui, d'une cabriole, saute par dessus le Horla et atterrit juste derrière lui. Je me saisis de mon poignard et vise la gorge.
Je sens ma lame s'enfoncer dans la chair morte de l'homme-sanglier. Mais celui-ci reste sans r√©action. Alors que je fais tourner ma lame dans son cou, il me sourit. Mais quand Santos s'empare de lui pour l'√©trangler, il se rebiffe et le projette sans effort par dessus son √©paule. Nous voyons alors ces horribles tentacules refluer √† l'int√©rieur de son ventre. Ses chairs se referment dans un d√©go√Ľtant bruit de succion. Il y a des hauts le cŇďur dans nos rangs et nous voyons une lueur de malice dans le regard du Horla.
L'homme-sanglier scande alors quelques mots dans ce que je soup√ßonne √™tre la Langue Putride et lui aussi dispara√ģt sous nos yeux mais... Il y a quelque chose, un livre. Un tr√®s vieux livre. Une sorte de grimoire. Aucun d'entre nous n'ose le toucher. Nous nous approchons assez pour voir le titre ¬ę¬†Le Grimoire de la Bouche¬†¬Ľ. Nos regards se croisent encore. Santos esquisse un geste discret mais que nous percevons tous. Spontan√©ment, nous d√©tournons notre attention en direction du coin de la pi√®ce de la pi√®ce sugg√©r√© par Santos. Rien¬†! Quand nous posons √† nouveau nos regards sur le livre, il a disparu¬†! J'adresse un sourire discret √† Santos qui feint de ne pas comprendre.

De retour dans nos quartiers, Santos et moi prenons mille pr√©cautions avant de manipuler ce livre d√©moniaque. Apr√®s l'avoir asperg√© d'eau b√©nite et r√©cit√© nos pri√®res, nous nous d√©cidons √† l'ouvrir.   Ce grimoire semble appartenir √† un certain Balthus Malmort. En fait de r√©cit, il s'agit plut√īt d'une collection inachev√©e d'articles sur des sujets aussi divers qu'√©tranges. On y parle de Millevaux, de Horlas, de vampire. Mais aussi de choses que ni Santos ni moi ne comprennons. Qu'est-ce qu'un accr√©ditation de niveau Indigo¬†? Qui est ce Y√©z√©dis¬†? Un membre de la famille de Corso¬†? Et ce Haze¬†? Et ce Dionysos¬†? Qui sont ces gens¬†? Que sont ces lieux¬†? Et parmi tous ces √©crits myst√©rieux, nous trouvons les lettres que Corso nous a fait parvenir par le biais des for√™ts limbiques durant le si√®ge des Horlacanthes. Que font-elles l√†¬†?

Franky :

Je crois savoir comment faire pour obtenir des informations sur les projets de NoAnde. En fait, ce sera m√™me plus facile et peut-√™tre m√™me plus agr√©able que pr√©vu. Enfin, peut-√™tre seulement. Le Vish √©videmment¬†! Une dose me permettra de gagner la plage des cafards. L√†, il me suffira de trouver l'objet-totem qui me permettra d'obtenir une vision primordiale. Ensuite, je saurai o√Ļ aller et quoi faire.
J'aurais pu voyager jusqu'au monde des Cafards en abusant d'une de ces si jolies jeunes femmes arpentant les trottoirs de la Cité Volante. Certaines auraient même accepté de me suivre sans même que je ne propose de les payer pour ça. Mais le Vish me procure une autre sorte de satisfaction. Outre l'extase que me procure la drogue, je jouis aussi de savoir à quel point ce peuple que je déteste serait offusqué, outré, de me voir le consommer sans retenue.
J'absorbe le produit et mon corps se raidit. Tout mon corps. Je me retrouve sur la plage et je sais ce que je dois y trouver. Un livre. Un vieux grimoire. C'est le Grimoire de la Bouche. Et cette bouche, je dois la souiller ! Alors, elle me révélera ses secrets.
Une fois arrivée, je ne sais pas vraiment pourquoi mais je préfère me couvrir le visage. Je ne veux pas que les Cafards me voient. Je fais de mon mieux pour me fondre dans le décor et me comporter comme les autres esclaves. Comme eux, je ramasse des détritus mais j'espère y trouver au plus vite le Grimoire que je cherche.
Mais je ne le trouve pas.
Le temps passe. Si lentement que je perds toute notion de durée. Une minute, un an. Je ne fais plus la différence. Je ne perçois plus le cycle circadien. Je suis incapable de dire si un soleil se lève et se couche. Je ramasse des objets, constate que le Grimoire n'est pas parmi eux et les conduis à l'incinérateur. Et je recommence, inlassablement. Je sens ma volonté et ma conscience se diluer, se déliter. Et c'est quand j'ai l'impression de ne plus vraiment savoir qui je suis que j'entends derrière moi.
¬ę¬†NoAnde¬†? Tu es NoAnde, c'est √ßa¬†?¬†¬Ľ
Je me retourne.
¬ę¬†Non, pardon. Tu n'es pas lui. Tu lui ressemble, avec ta t√™te, mais tu n'es pas lui. D√©sol√©¬†¬Ľ.
Je lui demande qui il est et me dit s'appeler Damon Haze. Je lui dis qu'il va m'aider.

Odd Olkvolg¬†:   

ODD OLKVOLG a fait un pari, celui de s'introduire dans cette gigantesque Cit√© Volante qui survole Millevaux. Mais, il ne s'agit pas seulement d'impressionner les autres Sc√©l√©rats de sa communaut√© de voleurs et de pillards. Il agit aussi, et surtout, suite aux injonctions de son ¬ę¬†fant√īme¬†¬Ľ, la belle et √©th√©r√©e SiY. Il ne sait pas pourquoi mais un jour elle est apparue dans un coin de son champ de vision. Magnifique et, surtout, sans aucun v√™tement. Ses propos ne sont pas toujours compr√©hensibles, ni m√™me coh√©rents. ODD croit qu'elle est folle mais... elle se balade toute nue et elle ne lui a jamais menti. Alors, quand elle lui a dit qu'il devait absolument aller l√† haut et trouver un certain NoAnde √† la t√™te de sanglier et bien... pas question d'h√©siter. SiY sait forc√©ment ce qu'elle dit¬†!
    C'est bien s√Ľr sans probl√®me qu'ODD, avec l'aide de SiY, a pu s'introduire dans la Cit√© Volante. En cela, il reste fid√®le √† sa r√©putation. Et il regrette un peu d'ailleurs que les autres Sc√©l√©rats ne puissent assister √† cette nouvelle victoire. Mais, d√©j√†, SiY le guide √† travers le d√©dale de avenues et de ruelles. Il se retrouve bient√īt dans une des parties les plus sombres de la Cit√©, l√† o√Ļ se trouvent les machines lui permettant de rester en l'air et de se mouvoir. SiY semble savoir o√Ļ se cache ce NoAnde. Ainsi, ODD d√©couvre rapidement sa planque. Mais, ce type ne vit pas seul. SiY insiste pour qu'ODD rentre tout de suite. Elle sait que NoAnde est absent et veut qu'ODD fouille sa chambre et ce malgr√© la pr√©sence de ses complices. D'apr√®s elle, ils sont nettement moins dangereux que lui. ODD examine la situation. De son pont de vue de Sc√©l√©rat, la situation est des plus risqu√©es. Quoi qu'en dise la jolie fant√īme, la pr√©sence des complices de NoAnde est vraiment un probl√®me, d'autant plus qu'il n'a aucune id√©e de leur puissance. Mais bon, il sait aussi qu'il peut compter sur son petit gabarit pour rentrer discr√®tement √† peu pr√®s n'importe o√Ļ. Sauf l√†... Il est presque imm√©diatement rep√©r√© et pris en chasse par des types v√™tus de longs manteaux de cuir. Ils portent aussi des masques √† gaz ou des masques avec une sorte de long bec. ODD tente de les semer en esp√©rant qu'ils n'ont pas vu son visage. En v√©rit√©, il esp√®re bien pouvoir retenter le coup plus tard. Mais ces types ont l'air hargneux¬†! Allez, vu la situation, autant tenter un gros coup de poker¬†! ODD court dans le d√©dale de rues. Il tente de semer ses poursuivants tout en faisant en sorte de tourner en rond. Il esp√®re en r√©alit√© revenir sur ses pas et avoir le temps de s'introduire dans la planque avant de se faire rattraper. Les autres penseront l'avoir perdu et ne penseront pas, du moins l'esp√®re-t-il, √† le chercher dans leur propre cachette. Mais, alors qu'il introduit une des lames de son kit de crochetage dans la serrure, une lourde main s'abat justement sur la sienne, lui tordant le poignet et brisant son outil au passage. ODD se retourne et l√®ve la t√™te. Au dessus de lui, une silhouette massive dont le visage est masqu√© par la capuche d'une cape sombre.

   
Balthus Malmort :

    C'est √©trange. Incompr√©hensible, bizarre, mais... int√©ressant. √Ä mesure que je me familiarise avec les rituels de NoAnde, je me sens de moins en moins soumis aux instincts de la B√™te. Je ne parviens pas seulement √† modifier certains aspects de mon environnement. Je sens que je contr√īle la B√™te aujourd'hui plus qu'elle ne me contr√īlait jusqu'√† pr√©sent. Je ne sais pas si je dois y voir un rapport de causalit√©, une simple co√Įncidence ou un effet de synchronie dont le sens m'appara√ģtra peut-√™tre plus tard mais de la m√™me fa√ßon que la bouche de la B√™te est devenu La Bouche, la couverture de mon vieux grimoire s'est lui aussi orn√© d'une Bouche quasi identique. Je ne doute pas que NoAnde aurait des r√©ponses √† ce sujet. Mais, je pr√©f√®re rester dans une ignorance temporaire que de devoir lui poser la question. Pour autant, malgr√© toutes ces incertitudes et questionnements, je suis en paix. Pourtant, nous traversons des moments difficiles. NoAnde poursuit ses propres buts √† l'aide de Lucius. Je suis sans nouvelle de Franky que j'ai lanc√© apr√®s lui. Et puis, je viens d'apprendre que Boots s'√©tait fait capturer par des Exorcistes. Depuis que la Cit√© Volante stagne au dessus de Millevaux, nous nous sommes lanc√©s dans une s√©rie de rituels en l'honneur de la Ch√®vre Noire afin d'√©tendre l'influence de la For√™t aux cieux. Pour cela, nous avons besoin de ¬ę¬†pr√©parer¬†¬Ľ certains lieux en vue d'une grande c√©r√©monie que j'esp√©rais prochaine. Mais avec l'arrestation de Boots, cela pourrait bien √™tre compromis. Mais, l√† o√Ļ le temps va peut-√™tre malgr√© tout jouer en notre faveur, c‚Äôest que l'exp√©dition est revenue avec cette ¬ę¬†bonne¬†¬Ľ nouvelle qu'il y a de l'eau potable √† proximit√©. Aussi, il me para√ģt tr√®s probable que la Cit√© reste encore en vol par ici quelques temps. Cela nous permettra de lib√©rer Boots ou de poursuivre notre projet sans lui. En esp√©rant qu'il ne dise rien. En tout cas, pour ce qu'on m'en a rapport√©, cette arrestation fait beaucoup parler et ces Exorcistes viennent ainsi de rallier √† leur cause une partie de ceux qui doutaient de la pertinence de leur pr√©sence ici. Jezabel Powl doit s'en r√©jouir, elle qui les a visiblement tant soutenus.


Spike N'Ger :

Herbodoudiab a beau m'arriver √† la taille, il n'en est pas moins un chat et passe son temps √† dormir. Mais ses r√™ves me sont bien utiles. Et quand il daigne se r√©veiller, l'esp√®ce de bouche qui lui d√©chire le flanc gauche lui permet de me faire part en langue intelligible du contenu de ses songes. Intelligible mais pas toujours compr√©hensible. Avec le temps, toutefois, j'ai appris √† comprendre certains symboles. Je sais par exemple que tout ce qui est m√©chant et mauvais lui appara√ģt sous la forme de scintillements vifs de couleur rouge fonc√©e, orange ou parfois noire. Les humains lui apparaissent comme des boules ou des tourbillons dont la couleurs lui disent s'ils sont bien ou mal intentionn√©s envers les chats. Parmi les chats, Herbodoudiab est une sorte de Proph√®te, de devin. Partout o√Ļ nous allons, quand il y a des chats, il tient des conf√©rences et dispense ses bons conseils. Ce sont ces m√™mes conseils qui nous ont conduit dans cette Cit√© Volante.
Je suis √† la recherche d'une de mes anciennes partenaire, Nuancia. Je l'avais laiss√©e au sein d'une communaut√© nomm√©e R√©cifs. Elle voulait prendre du repos, en avait assez de cette vie de chasseur de Horlas. Mais quand j'ai voulu la revoir, on m'a dit qu'elle avait disparu. Herbodoudiab a alors invoqu√© ses Dieux ‚Äď Phtar &Axlan, je crois ‚Äď qui nous ont guid√© jusqu'ici. Apr√®s nous √™tre install√©s dans une auberge acceptant les animaux, et surtout ceux de cette taille, mon chat s'est mis √† r√™ver. Alors en plein sommeil, sa Bouche m'a parl√©. Il a vu des choses. Et ce n'√©tait pas de bonnes choses. Une flamme noire¬†! Tr√®s mauvais signe. Dans la langue des chats, ce type d'homme s'appelle un Diss√©queur. Ce sont les pires. Ils prennent plaisir √† torturer et tuer des animaux. Et il y en a un ici. Et d'une fa√ßon ou d'une autre, il tourne autour du Nuancia.

Les exorcistes :

Santos et moi sommes en pleine lecture de cet étrange grimoire. Qui sont ces gens ? NoAnde, Paul Singer, Damon Haze ? Et pourquoi certains passages concernent Corso et Edes ? Qui est ce Roi-Volcan ? Et que signifie cette mention de Thot-Hermès ? Rien de bon assurément ! Je connais ce vampire de nom. C'est un des pires qu'on puisse trouver ! Et il serait donc le meurtrier du Doyen des Powl ? Comment et pourquoi tout ceci s'est-il retrouvé compilé dans cet ouvrage ?
En tout cas, plus que jamais nous devons nous activer. Il y a bel et bien un vampire ici. Et s'il s'agit de Thot-Hermès... Je n'ose y penser... Et Tad serait mêlé à tout ça ? D'une manière plus subtile que ce que nous avions pu envisager jusqu'alors.
Soudain, nous sommes tir√©s de nos r√©flexions par un fr√®re qui nous annonce la capture d'un h√©r√©tique, d'un cultiste, d'un serviteur des Horlas. Apr√®s avoir rang√© le livre avec soin, nous nous rendons dans la cellule o√Ļ il est retenu. Pour l'heure, on a r√©ussi qu'√† apprendre son nom. Il se fait appeler Boots. √Ä Santos et √† moi d'en apprendre plus.
Nos fr√®res nous apprennent qu'il a √©t√© trouv√© dans les environs de l'A√©rium. Des voisins avaient attir√© l'attention des forces de l'ordre apr√®s avoir retrouv√© plusieurs fois la m√™me porte fractur√©e et les lieux souill√©s par du sang, des excr√©ments et autres s√©cr√©tions d'origines organiques, humaines et animales. Je ne peux m'emp√™cher de jeter un regard d√©go√Ľt√© en direction de ce Boots qui me lance quant √† lui un regard que je jurerais amical. Mais Dieu sait que je ne veux pas √™tre l'ami d'un tel √™tre¬†! Et je me fais fort de lui extorquer tout ce que nous devons savoir pour arr√™ter ses complices et mettre fin √† leurs manigances.
Santos me conna√ģt bien et voit que je br√Ľle de le soumettre √† la question. Il me retient et me rappelle que ce genre de serviteur des Horlas aiment √† parler d'eux. Il ne sera peut-√™tre pas besoin d'en venir √† la torture. Aussi bien, il a refus√© de parler jusque l√† √† ceux qu'il consid√©rait comme du menu fretin, mais s'il pense que nous sommes vraiment des fr√®res et ma√ģtres important dans notre hi√©rarchie, il voudra s√Ľrement nous impressionner en nous r√©v√©lant une partie au moins de ses plans. Je laisse alors Santos d√©buter l'interrogatoire.
Santos commence en rappelant simplement les faits. Il lui signifie √©galement qu'√©tant en connaissance de son identit√©, nos fr√®res et ma√ģtres ont d√©j√† remont√© une partie de la piste menant √† ses complice. Pieux mensonge. Il parlera et nous remonterons effectivement cette piste. Toutefois, Santos veut en savoir plus sur ces buts. Boots part alors dans une logorrh√©e incompr√©hensible. Je crois reconna√ģtre certains mots de la Langue Putride. Mais Santos et moi ne pouvons nous emp√™cher de nous regarder quand il parle du Roi-Volcan. Il se lance ensuite dans de sinistres impr√©cations √† Shub'Niggurath. On dirait qu'il est fou mais quelque chose dans son regard me laisse penser qu'il se moque de nous. Pourtant, comment peut-il avoir √©voqu√© le Roi-Volcan¬†? Ce ne peut √™tre qu'une simple co√Įncidence¬†?
Santos me para√ģt quelque peu pris au d√©pourvu et ne parvient plus √† l'arr√™ter. Aussi, je tente de les stopper en lui demandant tout simplement o√Ļ trouver NoAnde. Il s'arr√™te net et me regarde d'un air d√©daigneux. Il reprend son monologue mais je sens qu'il tente l√† de retrouver une certaine contenance. En r√©alit√©, je suis convaincu qu'il ne cesse de parler pr√©cis√©ment pour ne pas nous laisser l'opportunit√© de lui poser plus de questions et lui soutirer les r√©ponses dont nous avons besoin. Alors, je m'empare d'un couteau √† large lame que j'examine de mani√®re ostentatoire. Mais, il √©clate alors de rire et reprend ses impr√©cations √† la Ch√®vre Noire. Dans son baragouinage en Langue Putride, je reconnais le nom de Damon Haze. Pourtant, l√†, je ne lis plus la m√™me d√©fiance dans son regard. J'ai le sentiment qu'√† ce moment pr√©cis il est r√©ellement poss√©d√©. Mais par qui¬†?
Alors que je m'empare d'une Bible, d'un crucifix et d'une fiole d'eau b√©nite, je fais un signe de t√™te √† Santos qui comprend tout de suite o√Ļ je veux en venir. Nous devons savoir qui nous parle par l'interm√©diaire de Boots.
Santos se met à chanter la Gloire de Notre Seigneur. Je m'approche en brandissant devant moi le crucifix et somme ce qui habite Boots de décliner son identité.
¬ę¬†Vous vouliez savoir o√Ļ est NoAnde¬†? Et bien je suis l√†¬†! Vous pouvez tuer cet imb√©cile. Il ne me sert √† rien¬†! Vous voulez conna√ģtre nos objectifs¬†? Mais bien s√Ľr¬†! Nous allons r√©pandre Millevaux √† travers le monde, √† travers les mondes et l'Hommonde¬†! Nous allons d√©sint√©grer son cadavre et ce sera la mort d√©finitive et irr√©m√©diable de tout ce qui vit √† tout jamais¬†! Et vous aurez un avant go√Ľt de la catastrophe quand cette ridicule Cit√© Volante s'√©croulera, soumise √† la For√™t, √† la Terre et √† Shub'Niggurath. Tuez-le¬†! Tuez Boots¬†! Vous ne nous arr√™terez pas, jamais¬†!¬†¬Ľ
Et alors, sous nos yeux, les chairs de Boots se mirent √† se d√©former. Ses rires se craquel√®rent et se transform√®rent en hurlements. Les os de son cr√Ęne se bris√®rent et se reconfigur√®rent afin de donner √† celui-ci la forme d'une... cl√©¬†? Et son √©paule gauche se mit √† enfler et enfler. Sous la peau, on voyait quelque chose rougir. On devinait les vaisseaux sanguins, les os. Puis la peau se d√©chira et un torrent de feu et de lave en fusion se d√©versa sur le sol.
Nous nous regardons avec Santos, stup√©faits. √Ä nos pieds g√ģt le corps m√©connaissable de Boots, une cl√© g√©ante √† la place du crane. Cela n'a aucun sens. Est-ce vraiment NoAnde qui nous a parl√© ou autre chose qui s'est moqu√© de nous¬†?
Je... J'ai besoin d'une pause, de faire le point...

Franky :

Ce Haze conna√ģt NoAnde. Enfin, il croit le conna√ģtre. Il m'avoue ne plus √™tre s√Ľr de rien. Il ne sait m√™me plus depuis combien de temps il est coinc√© l√†. Il me dit savoir comment partir mais quelque chose le retient. Il a l'air d'avoir peur et au-del√† de cela, j'ai l'impression que son s√©jour ici lui a √īt√© toute volont√©. Mais j'ai pourtant envie de le croire quand il me dit qu'il sait comment partir. Il est fort probable qu'il ait √©t√© initi√© par un autre passeur. Il pourrait ainsi me permettre de rentrer. Mais j'avoue √™tre emb√™t√© √† l'id√©e de lui c√©der mon cŇďur. Mais s'il le faut. Apr√®s tout, en ai-je vraiment besoin¬†?
Mais pour l'instant, je dois trouver ce maudit Grimoire et lui fourrer ma queue dans la Bouche. L√†, il me r√©v√©lera ses secrets¬†! Je d√©cris l'objet √† Haze qui pense l'avoir vu quelque part mais ne se rappelle pas vraiment o√Ļ. Je le secoue par les √©paules et songe qu'il a int√©r√™t √† vite se rappeler s'il ne veut pas que je lui fasse remonter ses souvenirs en poussant par le fond¬†!
¬ę¬†La r√©p√©tition est une forme de changement.¬†¬Ľ
Je ne comprends pas pourquoi il dit ça. Je le fais répéter. Lui non plus ne comprend pas.
La répétition est une forme de changement. Répètes encore, lui dis-je.
Et il obéit, encore et encore...
¬ę¬†La r√©p√©tition est une forme de changement.¬†¬Ľ
¬ę¬†La r√©p√©tition est en forme de changement.¬†¬Ľ
¬ę¬†L'art est p√©tition et en forme de chant, je mens.¬†¬Ľ
¬ę¬†L'arr√™t p√©tition, es-tu une forme de changement.¬†¬Ľ
¬ę¬†La r√©p√©tition est une forme de changement.¬†¬Ľ
¬ę¬†Le chant est l'art de celui qui ment¬†?¬†¬Ľ
Le chant et le mensonge. Pourquoi √ßa me parle¬†? J'ai d√©j√† vu √ßa quelque part¬†! O√Ļ¬†?
La biblioth√®que de NoAnde¬†! Les Chants Dhols¬†! J'ai vu ce livre chez lui. Mais il me faut avant tout le Grimoire avec la Bouche. Je ne peux plus attendre. Je m'empare de la main de Haze et le force √† me branler. √Ä mesure que l'orgasme monte, je descends dans ses pens√©es √† la recherche de l'endroit o√Ļ il a vu le livre. La volont√© de Haze est √† ce point atomis√©e par son s√©jour ici qu'il ne songe m√™me pas √† se d√©fendre. Alors, je vois l'endroit.
Je me répands sur ce sol recouvert d'immondice et fonce vers le grimoire. Il n'est pas loin. Je le sais. Haze l'a vu et je l'ai vu aussi !
Je m'empare du livre. Il y a effectivement cette √©norme et grotesque bouche qui en d√©figure la couverture. Je m'enfonce dedans et ex√©cute de violents va-et-vient. Tout au fond, je sens les petites lettres imprim√©es. √áa parle de NoAnde, de Haze, de plein de choses et m√™me... de moi¬†! Je viens¬†! Je vais rentrer¬†! Non¬†! Pas chez moi¬†! Pas dans la Cit√© Volante¬†! C'est √† Monts√©gur que Haze doit me renvoyer. Je vais lui laisser mon cŇďur en gage et il va m'envoyer l√†-bas. C'est l√†-bas que je dois me rendre¬†!

ODD :

Se faire capturer est aussi un moyen de p√©n√©trer une place forte¬†! ODD est bien s√Ľr convaincu que SiY ne l'a pas abandonn√© mais il aimerait quand m√™me que son soutien soit plus ¬ę¬†concret¬†¬Ľ √† cette heure car il se sent quand m√™me tr√®s mal parti. La poigne qui lui enserre le bras est des plus fermes et, quand il tente de discerner les traits de son agresseur, il a l'impression de reconna√ģtre... un √©norme groin¬†! O√Ļ est-il tomb√©¬†? Dans quel gu√™pier SiY l'a-t-elle fourr√©¬†? Pour l'instant, il se laisse sagement conduire. Il verra bien o√Ļ cela m√®ne. De toute fa√ßon, il ne compte pas partir sans avoir fouill√© les affaires de ce NoAnde. Est-ce lui d'ailleurs¬†? Pour l'instant, il n'ose rien dire. On le conduit dans un sous-sol dont le plafond est constitu√© d'une succession d'arcades. ODD distingue un lutrin sur lequel est dispos√© un √©norme grimoire. Il s'adresse une note √† lui-m√™me comme quoi il lui faudra penser √† le prendre avant de partir car il a certainement de la valeur. En tout cas, pour l'instant, il a l'impression de se retrouver dans le repaire de quelque secte vou√©e au culte de divinit√©s malveillantes. S'agit-il d'adorateurs de Horlas¬†? En attendant d'en savoir plus, il prend des notes mentales concernant la configuration des lieux. On lui fait suivre plusieurs couloirs des plus √©troits. On dirait le r√©seau d'une gigantesque toile d'araign√©e. Il y a vraiment de quoi se perdre. Mais, finalement, on l'enferme dans une toute petite pi√®ce. La question est maintenant de savoir s'il y a quoi que soit d'utile dans tout ce capharna√ľm. Des bijoux sans grande valeur tout d'abord. Quelques fioles et petites bouteilles remplies de liquides color√©s. Mais surtout... un livre¬†! ¬ę¬†La Qu√™te de l'Ange-Paon de Y√©z√©dis¬†¬Ľ, par un certain Jone King. √Čtrange. Mais maintenant, il faut sortir. ODD examine la serrure. M√™me sans ses instruments de crochetage, il devrait y arriver. Et s'il n'y arrive pas, c'est vraiment qu'il n'est plus le meilleur¬†! Mais... il est toujours le meilleur¬†!

Spike N'Ger :

Et me voici errant dans les rues et avenues de cette incroyable cit√© volante. Les r√™ves d'Herbodoudiab ont leurs limites. Maintenant, je dois me d√©brouiller par mes propres moyens pour retrouver la trace de Nuancia. J'accoste donc les passants un peu au hasard et leur fais une description de mon ancienne partenaire. L'ont-ils vu¬†? Savent-ils quelque chose √† son sujet¬†? Cette cit√© est gigantesque et r√©colter des informations est tout sauf facile. Mais je suis t√™tu et finis par obtenir quelques renseignements apr√®s des heures √©puisantes √† arpenter les rues et les passerelles de la Cit√© Volante. Quelqu'un ressemblant vaguement √† Nuancia a √©t√© aper√ßu dans les quartiers inf√©rieurs, du c√īt√© des machines centrales. Mais, la description qui m'est faite me laisse un arri√®re-go√Ľt bizarre. Oui, la jeune femme qui a aper√ßu Nuancia la reconna√ģt dans ma description mais elle y ajoute des d√©tails inqui√©tants. Un visage scarifi√©. Une bouche contrefaite. Des gardes du corps v√™tus de noirs et portant des masques. Toutefois, outre des inqui√©tudes, j'ai un nom¬†: le Gr√ľneblaue. Ce serait un endroit o√Ļ Nuancia a √©t√© vue plusieurs fois accompagn√©e de sa nouvelle clique. Ou de ses ravisseurs... Apr√®s √™tre repass√© par ma chambre et constat√© qu'Herbodoudiab dort encore, je m'octroies moi aussi un peu de repos et repars. Je trouve facilement cet √©tablissement. C'est une sorte de taverne √† la d√©coration tr√®s sombre et un peu gothique. La client√®le est √† l'image de la salle. Sombre¬†! La majorit√© des clients portent effectivement des v√™tements de velours ou de cuir noir. Certains portent aussi des masques √† gaz ou de th√©√Ętre peints en noir. Discr√®tement, je longe le mur sur la gauche et, tout en me dirigeant vers le bar, j'observe la client√®le. Et si elle √©tait parmi eux¬†? Je m'approche du bar et fais signe au serveur. Avant m√™me que je ne formule ma commande, il fait glisser sous mon nez une chope remplie d'un liquide bleu-vert d√©gageant une odeur √©trange. Le plus discr√®tement possible, j'observe cette femme entour√©e de toute une petite cour d'hommes en noir. Le bas de son visage est cach√© par une √©paisse √©charpe de velours noir. Mais, pour autant, elle laisse appara√ģtre quelques unes des scarifications d√©crites par mon t√©moin. Je reconnais bien certains traits de son visage, ses cheveux. Mais il y a quelque chose dans son regard qui m'inqui√®te. Je ne sais pas si elle m'a vu¬†; si tel est le cas, elle n'en a rien laiss√© para√ģtre. Ou alors, est-il possible qu'elle ne m'ait pas reconnu¬†?

   
Balthus Malmort :

    Pour l'instant, on dirait que tout se passe bien. Certes, Boots s'est fait capturer mais j'ai assez confiance en lui pour √™tre s√Ľr qu'il ne parlera pas. De plus, √† force de fr√©quenter le Gr√ľneblaue, j'ai pu cerner le profil des habitu√©s les plus mall√©ables. Maintenant, s'il m'est difficile de sortir sans escorte, nous sommes tous √† l'abri du besoin puisque tous ces sots mettent un point d'honneur √† remplir nos caisses de leur or. Et en √©change, il me suffit de les autoriser √† participer aux orgies rituelles des Soars. Je dois garder √† l'esprit que ce Spike est peut-√™tre sur nos traces. Je dois aussi rester vigilant quant √† ces exorcistes qui fourmillent dans les rues. Mais j'ai confiance en l'avenir. Malgr√© les disparitions de Boots et Lucius et bien que NoAnde poursuivent ses propres plans, je ne doute pas une minute de la r√©ussite de notre entreprise. Nous allons r√©pandre Millevaux. Ici, la For√™t va conna√ģtre une pouss√©e expansionniste sans pr√©c√©dent pour la plus grande gloire de Shub'Niggurath. Et ce n'est pas une poign√©e de pr√™tres qui va nous en emp√™cher. Dans la rue, on dit qu'un groupe obscur gagne en puissance¬†? Ils ne savent pas √† quel point ils ont raison. Mais autant ils savent que nous existons, autant ils ne savent rien d'autre et surtout pas comment nous arr√™ter¬†!

    De houleuses discussions animent la Cit√© Volante en ce moment. Un membre des Andes tente d'accro√ģtre l'influence de sa famille. Mais, ce dont personne ne se doute, c'est que nous sommes derri√®re toutes ses manigances. S'il acc√®de au pouvoir √† la place de J√©zabel Powl, c'est nous qui seront aux commandes de la Cit√©. Les exorcistes, les Corsos et bien entendu les Powl tenteront de nous arr√™ter. Mais je suis immortel. J'avance ainsi mes pions. M√™me si cette offensive devait √©chouer, le temps joue en ma faveur et nous vaincrons. Shub'Niggurath vaincra et Millevaux se r√©pandra √† travers les restes de l'Hommonde. J'ai raison de me montrer prudent. Pour autant, force est de constater que les d√©bats que suscitent cette tentative de prise de pouvoir par le Ande a pour cons√©quence imm√©diate de g√™ner les exorcistes dans leurs investigations. Je ne peux que m'en f√©liciter. Parall√®lement, je n'ai pas aim√© la fa√ßon dont cet homme m'a fix√© du regard au Gr√ľneblaue. Et s'il √©tait li√© au pass√© du corps que j'occupe¬†? Je n'avais jamais pris le temps ni la peine de creuser sa m√©moire mais peut-√™tre aurais-je des r√©ponses en le faisant¬†?
    Elle s'appelait Nuancia. Elle a perdu son enfant √† cause des Horlas. Elle est donc devenue chasseur de monstres aux c√īt√© de cet homme¬†: Spike N'Ger¬†!


    Lucius Salinger¬†:

O√Ļ suis-je¬†? Le Cruel Centip√®de vient de lib√©rer mon visage. J'ai l'impression de respirer √† nouveau. Je me sens bien mais je n'ai aucun id√©e d'o√Ļ je suis. Autour de moi, quelques tombes. Je regarde les dates. La plus r√©cente date de 1242. Qu'est-ce que √ßa veut dire¬†? Au vue des manigances de NoAnde, la question n'est peut-√™tre pas tant de savoir o√Ļ je suis mais quand¬†! Quel tour m'ont jou√© le Soar et le Centip√®de¬†?
    Chose √©trange, le Cruel Centip√®de a chang√© de forme. Il est devenu une sorte de liquide noir au fond d'une fiole en verre fum√©. Je ne cherche plus √† comprendre. Je dois maintenant en savoir plus sur l√† et quand je me trouve. Si je suis l√†, c'est que le De Vermiis Mysteriis doit s'y trouver aussi. D√®s que j'aurai mis la main dessus, il faudra que je trouve un moyen de rentrer.

    J'ai mis la main sur une robe de bure. Je me suis ainsi m√™l√© √† la population de cette place forte. Elle porte le nom de Monts√©gur et se veut un bastion Cathare. Je ne sais pas trop ce que c'est. Une sorte de religion. Une variante de la religion officielle qui ne pla√ģt pas √† tout le monde. Pourtant, c'est gens m'ont tout l'air d'√™tre des femmes et des hommes bons. C'est d'ailleurs ainsi qu'ils se nomment eux-m√™mes¬†: les bonnes femmes et les bonshommes. Ils m√®nent l√† une vie simple m√™me si, √† ce que j'ai cru comprendre, certains au moins d'entre eux consid√®rent que cette Terre est l'Enfer. Je ne peux m'emp√™cher de penser √† l'enfer qu'est Millevaux. Ces Cathares savent-ils quelque chose au sujet de Shub'Niggurath, de la for√™t et des Horlas¬†? Je vais tenter d'en apprendre davantage.
    Je sais maintenant que je suis en 1242, en France. Un inquisiteur a √©t√© assassin√©.

    Un an plus tard... que s'est-il pass√©¬†? Monts√©gur est assi√©g√© par les forces de l‚Äô√Čglise catholique suite √† l'assassinat de l'inquisiteur. Mais les Cathares tiennent bon. Nous ne manquons en r√©alit√© de rien, pour l'instant. Ce soir, d'ailleurs, l'ambiance est festive. J'entends les notes d'une musique pleine d'entrain. Mais je ne m√™le pas √† la f√™te. Depuis que je suis l√†, j'ai eu le temps de mener mon enqu√™te. √Ä d√©faut de trouver le De Vermiis Mysteriis ou un moyen de rentrer chez moi, j'ai au moins trouv√© les traces d'un culte rendu √† Shub'Niggurath. En effet, depuis mon arriv√©e, des c√©r√©monies se sont tenues au rythme d'un cycle bien pr√©cis en vue de ¬ę¬†pr√©parer¬†¬Ľ certains lieux √† un rituel de plus grande importance. Mais je ne sais pas du tout lequel. Et je ne suis pas encore parvenu √† identifier quelque membre que ce soit de cette congr√©gation. Je n'ai os√© m'ouvrir √† personne de mes recherches. Je me fais le plus discret possible, convaincu qu'on s'apercevrait tr√®s vite que je n'ai rien √† faire ici. Aussi, je me d√©brouille seul.
    Ce soir, je pense avoir une id√©e de l√† o√Ļ devrait se d√©rouler le prochain rituel. J'esp√®re ne pas m'√™tre tromp√©. J'ai transpos√© quelques unes des connaissances √©sot√©riques et alchimiques acquises aupr√®s de NoAnde pour tenter de d√©terminer le lieu et le moment les plus propices √† une c√©r√©monie en l'honneur de Shub'Niggurath. Il n'est pas possible de quitter Monts√©gur pour gagner la for√™t mais je pense que certaines parties des sous-sols de la forteresse sont autant de lieux propices.
    Le temps passe et un groupe d'hommes et de femmes se regroupent. Ils sont nus sous leur cape. Ils portent des masques repr√©sentant les uns des porcs, les autres des chats. Celui qui joue le r√īle de ma√ģtre de c√©r√©monie ne porte en guise de masque qu'un loup. Sa bouche est d√©form√©e par deux horribles cicatrices qui lui barrent le visage. Apr√®s avoir invoqu√© les noms de la Ch√®vre Noire et de la M√®re aux Milles Petits, ils se livrent √† des actes obsc√®nes et cruels. Ils r√©pandent √ßa et l√† du sang, des excr√©ments et d'autres mati√®res malodorantes. Cela dure des heures. Je m'approche discr√®tement, mais pas assez...
    Deux hommes portant des masques de porcs se saisissent de moi. Ils sont nus, recouverts de sang et de merde. Mais il y a quelque chose d'encore plus repoussant dans leur fa√ßon de se tenir et de bouger. J'ai le sentiment que ce n'est pas... humain de bouger comme √ßa. Et je crois que cela me d√©go√Ľte encore plus que leur apparence et leur odeur. Ils me conduisent devant leur chef. Cette bouche me rappelle Trybelhe et j'ai peur de ce qu'elle va me dire.

Spike N’Ger :

Cette femme n'est pas Nuancia. Elle se fait appeler Trybelhe. Elle est pourtant bien la femme que je connais mais... Et ce ne sont pas seulement ses cicatrices qui me font douter, ni m√™me qu'elle ne semble pas me reconna√ģtre. Il y a quelque chose dans son attitude, comme si elle n'√©tait pas elle-m√™me, comme si elle √©tait... poss√©d√©e¬†? Oui, c'est certainement √ßa. Elle doit √™tre poss√©d√©e par un esprit ou un Horla. Serait-ce le Diss√©queur dont m'a parl√© Herbodoudiab¬†? Je quitte le Gr√ľneblaue aussi discr√®tement que possible. J'esp√®re ne pas avoir attir√© l'attention et que personne ne me suit. Mais, je connais divers moyens de m'assurer de ne pas √™tre l'objet d'une filature. Et il se trouve que c'est le cas. Si la chose qui a pris possession de Nuancia a vu en moi une menace, elle n'a pas cru bon d'envoyer un de ses sbires apr√®s moi. Une fois dans ma chambre, je m'appr√™te √† consulter mon Recueil des Monstres et Horlas afin d'y trouver des informations sur la cr√©ature qui s'est empar√©e de mon amie. Mais Herbodoudiab est r√©veill√© et il a visiblement quelque chose √† me dire. Je sens qu'il ne va pas bien. Il se frotte contre moi et manque de me renverser. Je repose mon livre avant m√™me de l'avoir ouvert et le caresse afin de le rassurer. Il se met √† ronronner. La bouche sur son flanc articule d'une voix tremblotante.¬†: ¬ę¬†J'ai peur de dormir. Reste pr√®s de moi. J'ai vu un soleil grima√ßant. Les adorateurs du Roi-Volcan nous menacent. Le Roi-Volcan... Je crois que c'est une autre forme du Soleil. L‚ÄôŇďil de R√Ę nous observe et menace nos vies. Le mal est plus important que ce que je croyais. Mais nous avons des alli√©s ici m√™me. Il y en a un qui joue sa vie √† pile ou face. Lui aussi combat le m√™me mal que nous. Ce mal prot√©iforme, polynomal. Ce mal qui ne sait m√™me pas qu'il est pluriel. J'ai sommeil, Spike... Reste avec moi s'il te pla√ģt...¬†¬Ľ Je continues de le caresser d'une main. Il pose sa lourde t√™te sur mon giron tout en continuant de ronronner. Je le bouscule un peu afin de pouvoir m'asseoir sur le lit. Je l'invite √† grimper √† c√īt√© de moi. Alors, il s'endort enfin et je reprends mon Recueil. L√†, je crois trouver la r√©ponse √† ma question. Nuancia pourrait fort bien √™tre poss√©d√©e par ce type de Horlas qu'on appelle Vampire.

ODD :

Le Meilleur, certes, mais perdu! SiY l'a envoy√© ici afin de trouver NoAnde, ou au moins des informations le concernant. Elle est un fant√īme. Elle doit forc√©ment pouvoir faire quelque chose pour lui, m√™me ici. Si elle a pu remonter la trace de ce type jusqu'ici, elle doit bien pouvoir trouver un moyen de le guider dans cet d√©dale avant qu'on ne lui tombe dessus. Allez, il se concentre et tente d'attirer l'attention de SiY. En r√©alit√©, il ne doute pas vraiment de capter son attention car il est convaincu qu'elle l'aime bien. Et on dirait qu'il a raison car le joli fant√īme lui appara√ģt. Elle lui fait signe de garder le silence et la suivre. Maintenant face √† une porte close, il voit Si passer au travers. Mais... et lui¬†? Il n'a plus son kit de crochetage. Comment entrer¬†? ODD soupire. Cela ne l'enchante gu√®re mais il ne voit pas d'autre solution √† part tenter de d√©foncer la porte. Il esp√®re vraiment ne pas s'√™tre d√©mi l'√©paule, ni avoir attir√© l'attention. En tout cas, les gonds de la porte ont c√©d√©. Il se masse son √©paule douloureuse, regarde autour de lui au cas o√Ļ quelqu'un viendrait et... Oh non!!!


    Tad Corso¬†:

Je ne suis pas arriv√© en 1244 comme je le pensais mais en 1242. Bien plus t√īt, donc. J'ai ainsi eu l'occasion d'assister au meurtre de cet inquisiteur qui a d√©clench√© le si√®ge de Monts√©gur. De l'int√©rieur, j'ai eu tout le loisir d'observer ces cathares que les miens, les anges, √† l'ext√©rieur, vont s'√©vertuer √† massacrer. Et je doute. Oui, leurs mani√®res de croire et adorer notre Seigneur d√©vient du dogme en vigueur. Oui, ils n'aiment pas Dieu comme nous le voulons. Mais sont-ils mauvais pour autant et m√©ritent-ils de mourir? √Ä voir ces hommes, ces femmes et ses enfants, je doute. Au d√©but, j'ai pens√© quitter la place forte et rejoindre mes fr√®res parmi les assi√©geants. J'ai ensuite song√© √† leur pr√™ter main forte de l'int√©rieur. Maintenant, je me demande si je ne devrais pas mieux tenter de calmer leur courroux. Et si c'√©tait pour cela que Dieu m'avait envoy√© ici?
    Presque un an plus tard, le si√®ge dure toujours. Je n'ai pas pris de d√©cision quant √† ma conduite √† venir. Et ces Cathares ne perdent ni l'espoir, ni la foi. Et s'ils avaient raison? Et si cet Enfer qu'ils voient sur Terre √©tait une vision de Millevaux √† venir? Et si leur fa√ßon de croire avait permis d'√©viter tout cela? Si le Catharisme √©tait une solution √† Millevaux?
    Mais les choses sont plus compliqu√©es qu'il n'y parait. Les Cathares ne sont pas les seuls h√©r√©tiques en cette place. J'ai d√©couvert, dans les souterrains, des traces de rituels mal√©fiques en l'honneur, je pr√©sume, de Shub'Niggurath ou quelque autre avatar de ces divinit√©s morbides. Je ne me suis pas encore d√©cid√© √† passer √† l'action mais peut-√™tre devrais-je contacter mes fr√®res anges non pas pour attiser ou √©teindre leur col√®re envers les Cathares mais plut√īt pour mettre fin √† ce culte. Mais je dois en savoir plus.
    Le son de l'acier contre l'acier me tire de mes pens√©es. On se bat √† l'√©p√©e non loin de moi. Je me l√®ve et r√©ajuste la cape qui dissimule mes ailes rouges sang, ou plut√īt celles d'Edes √† qui je les ai vol√©es.
    Qui se bat? L'un des deux a la t√™te recouverte d'un heaume. Il se bat avec une canne de fer et non une √©p√©e. Il tente de prot√©ger une fiole contenant un liquide noir. L'autre a le visage marqu√© par la petite v√©role. Lui, par contre, a une √©p√©e. Je suis frapp√© aussi par ses canines pro√©minentes. Malgr√© sa p√Ęleur, il d√©gage quelque chose de flamboyant. Il y a de la fr√©n√©sie dans ses attaques, dans son regard. Je ne me peux m'emp√™cher de penser qu'il s'agit l√†, comme moi, d'un √™tre surnaturel. Mais pas comme moi. Pas un ange. Non! Plut√īt un d√©mon. De Samigina peut-√™tre? Ou un Horla? Je reste dans l'ombre et observe. Qui prend l'avantage?
    L'homme au heaume, apr√®s avoir √©t√© contraint √† reculer, reprends du poil de la b√™te et du terrain sur celui que je pense √™tre un monstre. Il le jette √† terre et, se jetant sur lui √† sa suite, commence √† l'√©touffer en √©crasant sa barre de fer sur gorge.
    J'ai toujours avec moi mon marteau de guerre millevalien et cette √©p√©e-d√©mon r√©cup√©r√©e Dieu seul sait quand dans la for√™t. Je serre la poign√©e de l'√©p√©e et presse le d√©mon de m'en dire plus. Cet homme p√Ęle est-il un des siens? La lame reste muette. Je la secoue. Surgit alors dans mon cr√Ęne l'image d'un soleil grima√ßant. Qu'est-ce que √ßa veut dire? Que le soleil est une menace ? Pour qui? Cette cr√©ature ou moi¬†? Parle, lame maudite¬†! Je vois... L‚ÄôŇďil de R√Ę! Le symbole des pharaons d‚Äô√Čgypte. Mais aussi de Nyarlathotep, le Pharaon Noir et le messager des Dieux Anciens. Et je comprends que la lame ne me parle pas car elle est muette de... peur!
    Oui, cette chose est bien un d√©mon de Samigina. Un vampire! Mais ce n'est pas lui que je dois craindre. C'est l'autre! L'homme au heaume. Le serviteur de Nyarlathotep et des Anciens. Je rel√Ęche ma lame. Dans son √©tat, elle m'est inutile. Je m'empare de mon marteau de guerre et m'en vais pr√™ter main-forte au... d√©mon!
    Je jaillis de l'ombre, marteau lev√© et l'abats sur le cr√Ęne de mon adversaire. Il s'√©croule sur le coup, inconscient. Je lance un regard glacial au d√©mon qui comprend qu'il doit rester immobile et silencieux. Je retire le heaume. Dessous, une t√™te de porc. Cette chose est un Soar ! Je souris √† l'id√©e de ce qu'il aurait fait subir au vampire si je n'√©tais pas intervenu. Je le fouille et r√©cup√®re la fiole. √Ä l'int√©rieur, bien que liquide, je reconnais le Cruel Centip√®de.
    Ce vampire peut-il m'√™tre d'une quelconque utilit√©? √Ä part me dire ce qu'il fait l√† et si Satan a une quelconque projet pour les Cathares... Je m'approche de lui, me baisse √† son niveau et attends la r√©ponse. Je souris car le vampire est mort de peur. Non, Satan n'a pas de plan particulier concernant les Cathares. Lui ne s'est retrouv√© ici que par hasard, pour se nourrir. Et maintenant, il est coinc√©, ne pouvant sortir sous peine de tomber entre les griffes des anges qui attendent dehors. De m√™me, il ne sait rien concernant cette cr√©ature √† t√™te de cochon mais il en a d√©j√† vu √† Monts√©gur. Il n'y a pas que des Cathares ici. Quelque chose de bien plus grave se pr√©pare. Le vampire conna√ģt quelques uns de leurs lieux de r√©union. Bien, cela me sera utile. J'explique ensuite au vampire comment je vais le lib√©rer et lui permettre de quitter Monts√©gur. Il n'a pas le temps de crier‚Ķ


Herbodoudiab :

C'est terrible! J'ai peur de dormir. J'ai d√Ľ m'abaisser √† demander √† mon humain de rester pr√®s de moi pour pouvoir c√©der au sommeil. Et, pour la premi√®re fois, j'ai esp√©r√© un sommeil sans r√™ve.
Je sais qu'il y a un Disséqueur dans cette Cité. Je sais qu'il y a des monstres, une menace bien réelle et bien plus importante que tout ce que nous avons combattre par le passé Spike et moi.
Dans quel pétrin s'est fourée Nuancia? Dans d'autres circonstances, j'aurais été tenté de la laisser se débrouiller mais là...
Spike a fini par s'endormir sur son grimoire. R√™ve-t-il? Peu importe en v√©rit√©. Son sommeil m'a r√©veill√©. Et je ne veux pas dormir s'il ne veille pas sur moi. Je me l√®ve, saute du lit et, d'un coup de patte, ouvre la porte de la chambre d'h√ītel.
Dans la rue, personne ne me pr√™te attention. Pourtant, je ne suis pas un chat ordinaire. Je suis un chat millevalien, ce que les gens d'ici appellent un ‚Äúmutant‚ÄĚ. Et surtout, je suis un Tigre-R√™vant. Cela devrait m'attirer leur respect. Mais j'ai l'impression qu'ils sont pr√©occup√©s par d'autres choses.
L'agitation règne dans les rues. Nous ne sommes pas les seuls chasseurs de monstres ici. Les Exorcistes et Inquisiteurs sillonnent les rues. Traquent-ils la même menace que nous? Sont-ils sur les traces du Disséqueur?
D'ailleurs, comment m'assurer que Nuancia est bien le Disséqueur que je crois?
Spontan√©ment, j'ai fait ce rapprochement et j'ai ¬ę¬†invit√©¬†¬Ľ Spike a en faire de m√™me mais... il est apr√®s tout possible que le Diss√©queur ne soit pas tant la chose qui habite Nuancia aujourd'hui mais autre chose agissant dans l'ombre.
Et si je suivais ces Exorcistes ?
Quel est cet √©trange b√Ętiment¬†? Une... l√©proserie¬†? Que viennent-ils faire l√†¬†?

Les exorcistes :

Alors que les Exorcistes continuent à traquer le mal dans les rues de la Cité Volante, Santos et Quantus se sont retirés afin d'étudier cet étrange Grimoire sur lequel ils ont mis la main.
Outre les lettres que Corso leur avait fait parvenir lors du si√®ge des CŇďlacanthes, il y a l√† toute une collection de textes aux significations les plus bizarres.
Ainsi, le premier est l‚ÄôŇďuvre d'un certain SiAber de la famille Ande. Il traite d'Edes Corso. Mais, √† sa lecture, les exorcistes comprennent vite qu'il ne s'agit en rien des familles r√©gnantes ici m√™me. Peut-√™tre est-ce un texte tr√®s anciens datant d'avant la construction de la Cit√© Volante¬†? Peut-√™tre qu'√† cette √©poque, les familles Andes, Corso et Powl formaient d√©j√† le noyau dur de leur communaut√© et vivaient pr√®s de cette pyramide qui est √©voqu√©e comme la r√©sidence des Horlas et des CŇďlacanthes. Mais surtout, qu'est-ce que ce M√©ta-Monde que SiAber pr√©tend avoir gagn√©¬†?
Le second texte, relatif √† la Prison du Roi-Volcan, √©voque aussi ce fameux SiAber. Mais pas seulement¬†! Il parle aussi de Haze et de Dionysos. Qui sont-ils ? Qu'est-ce que cet h√īpital¬†? Qui est le Patient 13¬†? Et qui est ce Roi-Volcan¬†? Le grand pr√™tre d'un culte h√©r√©tique¬†? Pourtant, il affirme avoir subi les assauts de Shub'Niggurath et Millevaux.
Le troisi√®me texte parle de la mort d'Elo√Įm Powl mais... il n'est pas mort. Il √©tait au contraire un des pr√©tendants √† la succession d'Aaron Powl. Et qui est ce Dorso qui l'aurait tu√©¬†? Est-ce l'assassin d'Aaron¬†?
Le texte suivant n'a plus aucun sens pour les deux exorcistes. Il raconte comment un homme a été pris de violence et s'est pris pour... Tad Corso après avoir lu un roman. L'homme a parlé du Roi-Volcan et du 13ème jour du 13ème mois. Il y a certainement un rapport avec ce Patient13.
Jone King serait donc l'auteur de ce roman qui rend fou. Mais pourquoi en se prenant pour Tad Corso¬†? Comment l‚Äôauteur peut-il le conna√ģtre et pourquoi en faire un personnage de roman¬†? Et, comment peut-il √©voquer Millevaux de cette fa√ßon¬†? Il en parle comme du simple th√©√Ętre d'une histoire pour faire peur. Mais... Il s'agit du monde¬†! Le voyage de Corso n'est pas une histoire. C'est la r√©alit√©. Et elle n'a jamais rien eu √† voir avec cet Ange-Paon de Y√©z√©dis¬†! Et qu'est-ce que NoAnde vient faire l√†-dedans¬†? Car c'est bien lui qu'ils ont surpris dans cette chambre. Cet √™tre horrible √† t√™te de porc¬†! Comment ce Jone King peut-il faire de leurs vies une simple histoire¬†? Et pourquoi y ajouter ces √©l√©ments √©tranges¬†? Puis, Quantus a une illumination. Jone King, Jone Roi, Jaune Roi, le Roi en Jaune... Hastur l'indicible. L'article se conclut d'ailleurs ainsi¬†: ¬ę¬†Mon vrai nom... On ne peut pas le dire. Il ne doit pas √™tre dit.¬†¬Ľ Cela expliquerait pourquoi on raconte plus tard que ce roman est maudit...
Le d√©nomm√© Haze serait l'auteur de l'article suivant. Il s'adresserait √†... Edes Corso¬†? Mais laquelle¬†? Ce grimoire semble faire √©tat de plusieurs Edes justement. Mais il parle aussi de Gargouilles semblables √† celle qu'a affront√© Tad Corso lors du si√®ge des CŇďlacanthes. Et on en apprend un peu plus sur ce Y√©z√©dis. Il serait dot√© d'un groin lui aussi. Serait-ce un homme-porc comme NoAnde¬†?
Un autre fragment parle de Dionysos. Il parle de mort, de vie, de putréfaction et, encore une fois, d'un cycle qui se répète. Et le suivant parle encore de ce Haze qui serait mort, disparu en tout cas. Serait-ce dans les circonstances décrites plus haut ?
Ce Thot-Herm√®s dont il a d√©j√† √©t√© question appara√ģt ici comme l'assassin d'Aaron Powl. Il ne s'agirait donc pas de ce fameux Dorso¬†? Mais ces deux textes parlent-ils vraiment de la m√™me chose. Dans l'un, c'est Elo√Įm qui est assassin√©¬†?
Puis il y a de nouveaux une r√©f√©rence √† l'H√īpital. Cette fois, le texte pr√©cise les liens unissant Dionysos √† ce qui est appel√© ¬ę¬†la Bouche¬†¬Ľ. Le texte laisse entendre qu'il y aurait plusieurs h√īpitaux. Un √† Millevaux et un autre dans cette Cit√© Bleue. Mais o√Ļ est-elle¬†?
Des notes attribu√©es √† Haze √©voquent une fois de plus Corso. Cette famille s'adonnerait √† la magie¬†? Mais dans le plus grand secret alors... A moins que ce soit une allusion aux pouvoirs ang√©liques de Tad. Comment savoir¬†? Et surtout, comment l'auteur de ces notes peut le savoir¬†? Et pourquoi encore une allusion √† NoAnde¬†? Comment Corso et NoAnde peuvent-ils √™tre li√©s¬†? Corso n'en a jamais parl√©. Il ne semble pas conna√ģtre ce monstre. En tout cas, ce NoAnde est entr√© en possession d'une sorte de passe qui en fait quelqu'un de vraiment dangereux.
Le texte suivant serait l‚ÄôŇďuvre de Haze. Il parle pourtant d'un sujet beaucoup plus familier puisqu'il fait l'√©tat des lieux des connaissances relatives √† ces Horlas qu'on nomme aussi ¬ę¬†vampires¬†¬Ľ. Les stigmates dont il est question pourraient √™tre ceux attribu√©s √† ce Y√©z√©dis. Cet Ange-Paon pourrait-il √™tre un vampire¬†? Et Thot-Herm√®s¬†? Et s'ils devaient chercher un vampire ici m√™me¬†? Qui serait affubl√© de tels stigmates... ou d'autres¬†? En effet, il appara√ģt que sous l'influence de l‚Äô√Čgr√©gore, les stigmates varient d'un Horla √† l'autre. O√Ļ pourrait se cacher un √™tre d√©figur√© par la mal√©diction d'un Horla¬†? Un h√īpital √©videmment¬†! Mais pas n'importe lequel. La l√©proserie de la Cit√© Volante¬†!
L'article suivant confirme la dangerosit√© de NoAnde qui serait en possession non seulement d'un ¬ę¬†passe¬†¬Ľ mais surtout de biens des ouvrages impies. Et il semblerait qu'il soit √† la recherche d'un exemplaire du De Vermiis Mysteriis. Est-il possible qu'un tel exemplaire se trouve ici, √† la Cit√© Volante¬†?
Le dernier texte va lui aussi dans le sens de l'existence de plusieurs mondes et de plusieurs Millevaux. Finalement, peut-√™tre qu'il y a des Andes, des Corso et des Powl dans chacun. Et d'ailleurs, ce NoAnde pourrait tr√®s bien √™tre issu d'une des familles Ande. Mais de quel monde¬†? Son ¬ę¬†passe¬†¬Ľ et ses rituels pourraient tr√®s bien lui permettre de voyager d'un Millevaux √† l'autre.
Quoi qu'il en soit, NoAnde s'est bien allié avec d'autres hommes à tête de porc ainsi qu'à un vampire. La forme de la menace se précise. Il faut absolument trouver ce vampire au plus vite et, si possible, mettre la main sur le De Vermiis Mysteriis avant NoAnde.

Franky :

Les Chants Dhols et le De Vermiis Mysteriis. Si NoAnde a lu le premier et cherche le second, c'est qu'ils contiennent des √©l√©ments importants quant √† la r√©alisation de ses plans.  Et si j'ai atterri ici... C'est certainement pour la m√™me raison.
√Ä cette √©poque plus encore qu'au 21√®me si√®cle, je dois me cacher. La situation √† Monts√©gur est des plus tendue. Ces Cathares ne sont pas des gens mauvais. Au contraire m√™me. Spontan√©ment, j'aurais m√™me plut√īt tendance √† vouloir les soutenir. Mais j'ai vraiment d'autres chats √† fouetter. En r√©alit√©, face √† la n√©cessit√© de me cacher dans les sous-sols de la forteresse, j'ai d√©couvert les traces de c√©r√©monies en l'honneur de divinit√©s bien plus dangereuses que ce qu'on peut attribuer aux Cathares. J'en suis m√™me arriv√© √† me demander si le si√®ge de Monts√©gur n'avait pas pour but r√©el que d'√©radiquer ces serviteurs des Anciens. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Il y a ici des serviteurs de Shub'Niggurath, Nyarlatothep et bien d'autres. Je pense que le meurtre de l'inquisiteur n'est qu'un pr√©texte. En r√©alit√©, les assi√©geants savent tr√®s bien ce qui se trame dans les souterrains mais ne peuvent se r√©soudre √† r√©v√©ler ces secrets au grand jour. Alors, sous couvert de combattre l'h√©r√©sie des Cathares, ils en profiteront pour faire le m√©nage aux sous-sols. Mais pas si je peux les en emp√™cher. En effet, ces serviteurs et moi poursuivons finalement des buts similaires. Je dois les trouver et m'en faire des alli√©s. Avec un peu de chance, ils poss√®dent les livres dont j'ai besoin.
Un examen minutieux des lieux o√Ļ ce sont d√©roul√©s ces c√©r√©monies m'a permis de comprendre qu'il s'agit d'un grand rituel collectif visant √† pr√©parer, en le souillant, un ensemble de lieux en vue de ce qui semblerait √™tre une invocation. Ces gens seraient-ils assez fous pour tenter d'invoquer un Ancien¬†? Peut-√™tre... Il m'a fallu du temps pour cartographier les sous-sols de Monts√©gur et comprendre le sch√©ma qui se dessinait en reliant ces divers lieux. C'est un symbole ancien li√© √† Nyarlathotep, je crois. Si j'ai bien compris, souiller ces lieux en respectant ces rituels est un moyen d'attirer l'attention du Messager. Il semblerait que dans leur optique ,Nyarlathotep n'a pas vocation de leur transmettre le message des Dieux. Non, ce serait m√™me plut√īt l'inverse. Je crois qu'il veulent charger Nyarlathotep de transmettre leur message aux autres Dieux, √† Shub'Niggurath peut-√™tre. √Ä moins que, agissant sous terre, ils souhaitent s'attirer les faveurs de Shudde M'ell et ses chtoniens.
Mais, j'ai beau retourner les données que j'ai recueillies dans tous les sens, je ne peux faire que de creuses spéculations. Je ne parviens pas à comprendre la logique de ce cycle de cérémonies et encore moins à deviner le prochain lieu afin de les rencontrer.
Les jours et les semaines passent. Les rituels continuent d'avoir lieu et j'en trouve toujours les traces trop tard. J'en arrive à me demander s'il il y a vraiment une logique à leurs actes. Seraient-ils totalement fous ?
J'ai refait tous mes calculs, une fois de plus. Je pense avoir découvert le lieu probable d'une prochaine cérémonie. J'espère ne pas m'être trompé une fois de plus.
L√†, je vois des hommes et des femmes approcher. Ils sont nus sous leur cape. Ils portent des masques repr√©sentant les uns des porcs, les autres des chats. Celui qui joue le r√īle de ma√ģtre de c√©r√©monie ne porte en guise de masque qu'un loup. Sa bouche est d√©form√©e par deux horribles cicatrices qui lui barrent le visage. Apr√®s avoir invoqu√© les noms de la Ch√®vre Noire et de la M√®re aux Milles Petits, ils se livrent √† des actes obsc√®nes et cruels. Ils r√©pandent √ßa et l√† du sang, des excr√©ments et d'autres mati√®res malodorantes. Il r√®gne une indescriptible odeur de pourriture . Cela dure des heures. Je m'approche discr√®tement, et je reconnais... Lucius¬†?! Que fait-il l√†¬†?
Deux hommes portant des masques de porcs se saisissent de lui. Ils sont nus, recouverts de sang et de merde. Ils le conduisent devant leur chef. Cette bouche ressemble à celle de Trybelhe. Est-ce un Horla ? Attendons de voir comment les choses vont tourner avant d'intervenir.


Balthus Malmort :

    La Bouche,ma (?) Bouche m'a parl√©. Quelque part dans la l√©proserie de la Cit√© Volante, un malade doubl√© d'un ali√©n√© hurle √† qui veut l'entendre que nous tramons quelque chose. Il a manifestement √©voqu√© l'Aura Putride qui m'entoure. Je dois m'en d√©barrasser si je veux moins attirer l'attention. Je connais quelques rituels √† cette fin. Cela sera douloureux mais √ßa marchera. Je dois pour cela marquer mon corps de symboles semblables √† ceux qui ornent mon visage. Et je dois ensuite y faire couler le mercure dont la nature aura √©t√© suffisamment alt√©r√©e pour lui permettre de se solidifier dans ces nouvelles cicatrices. Mais je veux aussi en savoir plus sur cet homme. Qui est-il¬†? Comment sait-il¬†? Nous devons le faire taire si nous voulons r√©aliser nos plans¬†! Aussi, je sommes Hexa d'envoyer des hommes l√†-bas. Je ne connais ce malade mais... je lui ferai regretter les souffrances que je dois endurer pour me d√©barrasser de l'Aura Putride.

   
Lucius Salinger :

    Et cette Bouche m'a reconnu comme √©tant un ennemi de leur cause. Un tra√ģtre¬†! L'homme √† abattre¬†! Alors, dans un sursaut de bravoure ou de b√™tise, je me d√©bats et projette l'un des hommes de main qui me retenait √† terre. L'autre est surpris, me laissant le temps de bousculer √©galement le pr√™tre √† la Bouche. Je le frappe au visage, tire sur sa cape. L√†, je me rend compte qu'il dissimulait dans une poche secr√®te un ouvrage. Je m'en empare. Il s'agit du De Vermiis Mysteriis¬†! Je m'enfuis sans chercher √† en savoir plus. Je cours au hasard dans les sombres souterrains. Au bout d'un moment, √† bout de souffle, je me laisse guider vers la surface par le bruit du vent faisant claquer des fanions. Je rejoins alors la cellule me servant de cachette, priant pour que ces femmes et ces hommes ne sachent o√Ļ je me trouve.
    Les semaines passent et je les consacre √† l'√©tude du De Vermiis. Avant de tomber entre les mains de l'Inquisition, Ludwig Prinn a √©tudi√© les aspects les plus sombres des religions de l‚Äô√Čgypte ancienne. Ses p√©r√©grinations intellectuelles et √©sot√©riques l'ont men√© sur les traces de Nyarlathotep.  Manifestement, ces serviteurs de Shub'Niggurath attendent que le Messager des Dieux leur d√©livrent la parole de la M√©chante M√®re. Jusqu'√† quel point ai-je contrecarr√© leurs projets¬†? Pourquoi suis-je toujours coinc√© √† Monts√©gur¬†? Je pensais que la magie de NoAnde aurait fait en sorte de me ramener instantan√©ment √† la Cit√© Volante sit√īt que j'aurais mis la main sur le Livre. Mais non, je suis toujours l√†. Heureusement, ces cultistes ne m'ont toujours pas trouv√©. Apr√®s, j'imagine qu'ils doivent √™tre bien occup√©s √† assurer leur propre s√©curit√©. En effet, r√©cemment, les Cathares ont eu √† repousser une offensive. Une poign√©e d'√©claireurs a r√©ussi √† s'introduire dans la place forte et a causer de lourdes pertes. Combien des leurs comptent parmi les victimes¬†? Si seulement ils pouvaient tous √™tre morts.

    Mais Lucius se reprend. Loin de lui l'id√©e de se voir d√©tourn√© de ses recherches par ce genre de pens√©es. Outre des r√©ponses concernant les plans des serviteurs de Shub'Niggurath, il veut aussi en appendre plus sur les buts de NoAnde et, surtout, trouver un moyen de regagner la Cit√© Volante. Et c'est effectivement le cas. Il y a dans ces pages un rituel qui pourrait lui permettre de quitter Monts√©gur. Mais, alors que la monotonie de sa lecture lui fait fermer les yeux, il sent le sommeil venir pour l'emporter. Craignant de se mettre √† r√™ver, il se jette sur une dose d'Opium Jaune. Paradoxalement, cette substance toxique lui permet de rester √©veill√©. Alors, venant du fond des pages, il a l'impression d'entendre les pleurs d'un enfant...


Spike N’Ger :

Herbodoudiab n'est plus l√† quand je me r√©veille. Ce n'est pas dans ses habitudes, lui qui passe tellement de temps √† dormir justement. Mais il avait l'air si effray√© √† l'id√©e de dormir. Et s'il √©tait parti sur les traces de cet alli√© potentiel ? Celui qui ‚Äújoue sa vie √† pile ou face‚ÄĚ comme il a dit. La rumeur ambiante me permettra peut-√™tre de le trouver. En effet, √† peine ai-je mis le nez dehors que j'entends d√©j√† les vives discussions concernant les proph√©ties et autres mises en garde apocalyptiques provenant d'un des patient de la l√©proserie. Je ne savais m√™me pas qu'il y en avait une ici. Quel int√©r√™t de garder ici ces malades? Autant les jeter par-dessus bord. Enfin... Toutefois, ces rumeurs m'interpellent. En effet, on parle d'un monstre aur√©ol√© d'une Aura Putride et cela me rappelle le monstre qui a pris possession du corps de Nuancia. Aussi, apr√®s avoir demand√© mon chemin, je me dirige vers cette fameuse l√©proserie. L√†, une foule s'est amass√©e, mais la situation reste sous contr√īle gr√Ęce √† l'action des Exorcistes et Inquisiteurs. Il m'est donc facile de m'approcher mais vais-je pouvoir entrer pour autant? Et mon chat est-il dans les parages? On dirait que non ! Dommage... Occup√©e √† contenir la foule, la troupe d'Exorcistes ne me pr√™te aucune attention. Aussi, c'est finalement assez facilement que j'arrive √† m'introduire dans le b√Ętiment en passant par une fen√™tre donnant sur une ruelle adjacente. √Ä l'int√©rieur, l'air est glacial. Je sens mes membres s'engourdir et mes paupi√®res tomber. Je repense √† Herbodoudiab et sa soudaine peur de dormir et de r√™ver. Je me reprends et me mets en mouvement. Je n'ai aucune id√©e d'o√Ļ aller mais j'ai cette intime conviction que si je reste immobile, je vais m'endormir et √™tre la proie d'un cauchemar. J'entends du bruit sur ma gauche. Aussi silencieusement que possible, je m'approche. Je vois un homme, manifestement aveugle. Il a de longs cheveux noirs et semble entour√© d'une brume sombre. Il est seul, immobile. Et alors m√™me que j'√©tais certain d'√™tre bien cach√©, il prononce mon nom!

ODD :

‚Ä̬†Qui sont ces deux types¬†? Et que font-ils l√†¬†? Pourquoi maintenant¬†? √Ē SiY, aides-moi! Si tu peux ou veux faire quelque chose pour moi, c'est maintenant. Ne m'abandonnez pas, mon joli fant√īme!¬†‚ÄĚ Et... rien! SiY n'est plus l√† et ces deux hommes v√™tus de noir se jettent sur ODD. Mais n'est-il pas le meilleur pour sortir de n'importe o√Ļ¬†? Quand bien m√™me la place serait gard√©e? Oh si, il l'est¬†! Certes, il est rep√©r√© et ne pourra rien rapporter mais au moins il va sauver sa peau et sortir d'ici¬†! Ainsi, √† la grande surprise des deux hommes, il se jette entre eux mais, loin de chercher √† les bousculer ou quoi que ce soit, se contente de d√©taler comme un lapin. Il ne conna√ģt pas les lieux mais peu importe. Dans l'imm√©diat, il s'agit seulement de les semer et de trouver un endroit o√Ļ reprendre son souffle et trouver un moyen de sortir de ces couloirs. Mais, soudain, alors qu'il pensait pouvoir se reposer un peu, ODD est le t√©moin d'une sc√®ne des plus √©tranges. Un homme √† la t√™te de porc est en train de se battre avec une sorte de forme √©th√©r√©e. Mais ce n'est pas SiY. Ce fant√īme lance des sortes d'√©clairs en hurlant. Cela cr√©e une sorte d'effet stroboscopique dans la salle. Mais l'homme √† la t√™te de porc ne se laisse pas impressionner. Lui aussi crie, mais dans la Langue Putride √† ce qu'il croit en reconna√ģtre. Cela doit forc√©ment √™tre le cas car il per√ßoit clairement des noms de dieux maudits comme Shub'Niggurath et Nyarlathotep. Mais, dans un coin, il remarque alors la silhouette translucide de SiY. Que fait-elle¬†? Il lui trouve un air m√©fiant et mauvais. Elle devrait combattre l'homme-porc mais n'en fait rien. ODD a alors un tr√®s mauvais pressentiment. Et si la belle n‚Äôavait fait que se servir de lui pour pouvoir entrer en ces lieux¬†? Quels sont ses v√©ritables plans¬†? Et si, en r√©alit√©, elle ne cherchait pas tant √† se venger de ce NoAnde qu'√† en faire un alli√© ou √† prendre sa place au sein de quelque mal√©fique cabale¬†?


Tad Corso :

Une fois le vampire renvoy√© dans le n√©ant qu'il n'aurait jamais d√Ľ quitter, je me tourne vers le Soar toujours inconscient. Lui aussi va p√©rir. Mais avant, il m'aura livr√© quelques uns de ses secrets. Le pouvoir ang√©lique d'Edes me permet de fouiller √† ma guise sa m√©moire et ses r√™ves. Et je d√©couvre une horreur abominable.
    √Ä l'insu des Cathares, un culte s'est r√©uni autour des Anciens. Il regroupe des humains autour de Soars et de Horlas. Leurs plans concernent Shub'Niggurath et Shudde'Mel. Mais avant cela, il souhaitent contacter Nyarlathotep et le charger d'un message √† l'attention de leurs divinit√©s. Ils veulent attirer leur attention sur nous, sur Terre, maintenant¬†! Ils n'en sont pas tous conscients, mais le Soar le sait. Il s'agit l√† de h√Ęter la venue de Millevaux. H√Ęter la fin du monde. Involontairement, en raison d'une partie de leurs convictions, les Cathares renforcent ce culte puisqu'ils consid√®rent que, d'une certain fa√ßon, nous sommes d√©j√† en Enfer.
    La question est maintenant de savoir si mes compagnons faisant le si√®ge de Monts√©gur sont au courant de tout cela. Aussi, je dois sortir et le trouver. Je dois en tous cas trouver un moyen de les contacter. Mais avant, je dois m'assurer que ce Soar ne nuira plus √† personne. Aussi, je m'empare de mon √©p√©e-d√©mon et enfonce la lame dans son cŇďur. Alors, il se r√©veille et pousse un ultime hurlement de douleur.
    Apr√®s avoir dissimul√© le corps de l'homme-porc, je tente de rassembler mes esprits en vue d'un plan d'action. Je comprends mieux maintenant les raisons de ma pr√©sence √† Monts√©gur. Il s'agit d'emp√™cher l'av√®nement de Millevaux. Je n'ai aucune id√©e quant au fait que les anges √† l'ext√©rieur soient ou non au courant de ce qui se trame r√©ellement ici. Je n'ai aucun moyen de les contacter. Pour cela, je dois sortir. Mais, me sera-t-il possible de rentrer alors m√™me que la situation se complique¬†? En effet, depuis, les Cathares se sont attel√©s √† la construction d'une catapulte. Il ne faudrait pas d√©clencher un assaut malheureux, ni me retrouver sous des jets de pierres. Pourtant, je dois sortir et ce au plus vite¬†!
    Je n'attends pas et tente une sortie d√®s la nuit tomb√©e. La chance semble √™tre avec moi car je parviens √† franchir les murs sans encombre. Pourtant, je sens planer sur moi l'ombre malveillante et tourment√©e des Horlas. Mais pas n'importe lesquels. J'ai l'horrible sentiment que chacune de mes actions me rapproche des CŇďlacanthes. L'espace d'un instant, je crains qu'ils n'aient infiltr√© les rangs des assi√©geants et de me pr√©cipiter droit dans la gueule du loup. J'implore le Seigneur qu'il n'en soit pas ainsi.
    Pourtant, alors que j'approche d'un campement √† la recherche d'un visage ami, je reconnais un visage ha√Į...


Herbodoudiab :

les Exorcistes se font introduire dans cette l√©proserie sans aucune difficult√©. Mais moi, comment faire¬†? Je contourne le b√Ętiment et finis par trouver une fen√™tre par laquelle je pourrais m'introduire. Ce serait une t√Ęche ais√©e pour n'importe quel chat de goutti√®re, mais moi je suis un Tigre R√™veur et il m'en co√Ľte rien qu'√† penser √† hisser ma carcasse jusque l√† haut.
Ce n'est pas sans peine ni fracas que je parviens à passer par cette fenêtre. Et déjà j'entends une voix demander qui va là. Je ne sais pas ce qui me prend et réponds tout simplement par la bouche qui orne mon flanc.
¬ę¬†Je suis Herbodoudiab¬†! Le Tigre R√™veur¬†! Je veux savoir ce que cherchent ces Exorcistes¬†!¬†¬Ľ
Je me retrouve alors face à un homme en blouse blanche armé d'une matraque. Il a l'air méfiant, sceptique. Je crois qu'il n'arrive pas à concevoir que ce soit moi qui lui ai adressé la parole. Aussi, je réitère ma demande.
¬ę¬†Je suis Herbodoudiab¬†! Je veux savoir ce que cherchent ces exorcistes¬†!¬†¬Ľ
et je m'avance vers lui, du pas le plus s√Ľr dont je suis capable apr√®s m'√™tre cass√© la figure en escaladant cette maudite fen√™tre. Le fauve en moi me dit de lui sauter dessus et de le d√©chirer de mes crocs et de mes griffes mais, n'ayant pas dormi depuis trop longtemps, je me sens faible et me contente d'avancer dans sa direction sans plus rien dire.
Je sens que ce garde est décontenancé par ce qui lui arrive. Il range sa matraque et s'approche de moi. Je le laisse me caresser et écoute ce qu'il a à me dire.
Il ne sait pas vraiment ce que les Exorcistes viennent faire ici mais pense néanmoins que cela est en lien avec cet étrange malade aux prédictions et prophéties apocalyptiques.
Cet homme en sait peut-√™tre plus qu'il ne le croit. √Čcoutons ce qu'il a √† dire.

Les Exorcistes :

La lecture de ces textes a laissé Santos et Quantus dans un état d'hébétude totale. Il y aurait donc plusieurs mondes, plusieurs Millevaux, mais aussi plusieurs... Corso ? Et ce dernier combattrait les Horlas et les Coelacanthes, un parmi tous ceux mentionnés dans ces textes qui semblent les combattre également. Et qui est ce Patient 13 ? Lui aussi semble être un personnage central de ce cycle. Car il s'agit bien d'un cycle, hein ?
Et si ce lépreux clamant ses prophéties apocalyptiques du fond de sa cellule était plus sensé que ses paroles n'en ont l'air ? Et si cet exemplaire du De Vermiis Mysteriis après lequel tant de monde court contenait des réponses ?
Après un long moment de silence et de réflexion, les deux exorcistes se décident pour un plan d'action. Ils vont devoir mettre la main sur un exemplaire du De Vermiis Mysteriis. Et ils vont aussi devoir rendre visite à ce lépreux car il doit forcément savoir des choses quand à ce groupe chaque jour un peu plus puissant de serviteurs des Anciens. Et si ce Boots faisait bien partie de ce groupe...
Prenant avec eux quelques uns de leurs fr√®res et ma√ģtres, Quantus et Santos se rendent au plus vite √† cette l√©proserie. Forts de leur statut d‚ÄôExorcistes, ils obtiennent rapidement l'autorisation d'entrer et d'√™tre re√ßus par le responsable des lieux. Ce dernier met √† leur disposition les transcriptions des d√©lires auxquels s'est laiss√© aller ¬ę¬†ce pauvre aveugle¬†¬Ľ, comme il l'appelle. L√†, ils en lisent bien plus que ce que la rumeur a rapport√©. Il d√©crit ainsi l'un des ma√ģtres de ce cultes, un ¬ę¬†Horla sans corps baignant dans l'Aura Putride¬†¬Ľ. Il parle aussi d'hommes √† la t√™te de porc. Il se livre √† de longs d√©lires concernant des fl√©aux venant de l'espace, des pluies de m√©t√©ores et autres cataclysmes. Mais surtout, il parle de Millevaux. Et pas seulement de la for√™t, de leur monde, de leur Enfer. Il parle du Titan Millevaux¬†! Qu'est-ce que cela signifie¬†?
Les deux Exorcistes demandent alors à ce qu'on les conduise jusqu'au lépreux dont ils se demandent de plus en plus s'il ne s'agira de ce mystérieux Patient 13. Une fois devant la porte ouverte de sa cellule, ils se retrouvent face à un aveugle. Il a de longs cheveux noirs et est entouré d'une sorte de brume sombre qui empêche de bien discerner le détail des traits de son visage. Il sourit. Manifestement, il les attendait.
¬ę¬†Patient 13¬†?
-Tu peux m'appeler comme ça mais ce n'est pas moi. Je ne suis pas lui.
-Qui êtes-vous ?
-Appelles-moi le Lépreux. C'est ce que je suis. Un pauvre lépreux. Un pauvre fou. Tu viens pour mes folies, pour Millevaux, pour le Titan !
-Qu'est-ce que ce Titan ?
-Je ne peux te dire que ce que je sais. Le Titan Millevaux va se r√©veiller. Des √Ęmes noires s'y attellent. Ces √Ęmes baignent dans l'Aura Putride et se roulent dans la fange de la bauge des homme-porc. Ils sont l√†. Dans notre Cit√©. Je ne sais pas o√Ļ trouver le De Vermiis Mysteriis. Mais je sais que ces serviteurs des Anciens ont un message pour leurs Dieux. Je ne sais pas o√Ļ ils se cachent et...¬†¬Ľ
Et alors, la brume s'est intensifiée. Le lépreux a semblé étouffer l'espace d'un instant. La brume est devenue opaque. Puis, tout est devenu noir. Quand la lumière est revenue, la cellule était vide.

Franky :

Qui a le plus de chance de Lucius ou de moi¬†? Il parvient √† s'enfuir et, d‚Äôune certaine mani√®re, me laisse le champ libre. J'attends que chacun se remette de ses √©motions et fais mon apparition, la plus th√©√Ętrale possible. Mon apparence de Soar, je l'esp√®re, va me servir.
Alors que je fais mon entrée, des regards suspicieux se tournent vers moi. Nulle frayeur en tout cas sur les visages de ces hommes et ces femmes. J'interpelle leur chef.
¬ę¬†Horla¬†! J'ai d√©j√† vu un sourire comme le tien. Ne te pr√©occupes pas de cet homme, ni de l'ouvrage qu'il t'a d√©rob√©. Tu n'en as plus besoin maintenant que je suis l√†. Je d√©tiens les connaissances n√©cessaires √† la r√©alisation de tes plans. Je connais Shub'Niggurath et Nyarlathotep. Mais avant toute chose, dis m'en plus.¬†¬Ľ
L'homme √† la bouche de Horla demeure impassible et je doute d'avoir vraiment convaincu les autres. Mais soudain, au loin, tr√®s loin, on entend alors les pleurs d'un enfant. Et je me rappelle cette vieille histoire de cette femme de l‚Äô√Čgypte ancienne enterr√©e vivante avec son enfant. Je me rappelle d'un lien avec Nyarlathotep. Certainement le fait qu'il s'agit d'un pharaon. Aussi, j'interpr√®te ces pleurs dans ce sens en esp√©rant m'attirer les faveurs de ces serviteurs des Anciens. Je ne sais pas si c'est cette histoire o√Ļ mes seules connaissances concernant les Anciens mais j'ai finalement r√©ussi √† capter leur attention. Je leur explique ensuite √™tre un Soar, d'o√Ļ je viens et pourquoi je sers Shub'Niggurath. Et alors, je vois l'expression de leur visage changer pour devenir plus amicale. Int√©rieurement, je l√Ęche un soupir de soulagement. Je ne cherche pas √† me poser en chef de ce groupe. Au contraire, je me propose de jouer le r√īle de ¬ę¬†conseiller¬†¬Ľ, d'√©missaire. Je propose de leur faire profiter de mes connaissances occultes pour les aider √† r√©aliser leurs plans. J'esp√®re qu'ainsi ils finiront par m'en dire plus.
Et le chef, celui √† la bouche de Horla, d√©cide finalement de me conduire dans leur repaire. L√†, il m'explique la finalit√© de tous leurs rituels. Il s'agit de ¬ę¬†pr√©parer¬†¬Ľ Monts√©gur √† √™tre le th√©√Ętre d'une  grande c√©r√©monie visant √† invoquer Shub'Niggurath. √Ä cette fin, ils souhaitent √©galement charger le Pharaon Noir d'un message √† l'attention de leur divinit√©. Et il semblerait que ces pleurs d'enfants soient un heureux pr√©sage en ce sens. En raison de la nature chtonienne de leurs c√©r√©monies, j'attire leur attention quant au culte rendu √† Shudde M'ell, le Fouisseur. Il pourrait √™tre utile de s'attirer le soutien de quelques chtoniens le moment venu. Et j'√©voque alors l'existence et ma connaissance des Chants Dholes.

   
Balthus Malmort :

Les probl√®mes s'accumulent en ce moment. D√©j√†, je ne peux plus utiliser la magie de NoAnde pour me nourrir. Je ne sais par quel coup du sort mais ma derni√®re proie pratiquait elle aussi cette m√™me forme de magie et l'a retourn√©e contre moi. Aussi, non seulement, je ne peux plus alt√©rer la r√©alit√© autour de moi mais mon corps se retrouve alt√©r√©. Ainsi, une t√™te de dragon, inutile, pend au dessus de mon √©paule gauche. Mais ce n'est pas tout¬†! Les d√©lires de ce l√©preux ont attir√© l'attention des Exorcistes et il semble qu'ils en aient appris plus que n√©cessaire √† notre sujet. L'√©tau se resserre et il va falloir jouer serr√©. Et ce d'autant plus que je suis toujours sans nouvelle ni de Franky, ni de NoAnde. Notre mouvement ne perd pas en puissance malgr√© la menace mais il va falloir pourtant accro√ģtre la fr√©quence de nos rituels tout en nous montrant de plus en plus prudent. En effet, a ce qu'on m'en a dit, non seulement les Exorcistes se rapprochent de nous mais de plus en plus de citoyens de la Cit√© Volante s'int√©ressent √† nos activit√©s, non pour nous rejoindre, mais pour nous combattre. Dois-je y voir l'action non seulement des Exorcistes mais aussi des Powl¬†? Et derri√®re eux la volont√© des Lwas¬†?

   
Lucius Salinger :

Je me terre dans les sous-sols de Monts√©gur depuis que j'ai r√©ussi √† fausser compagnie √† ces serviteurs des Anciens. J'ai jusqu'√† pr√©sent consacr√© l'essentiel de mon temps √† l'√©tude du De Vermiis Mysteriis. Je prends sur moi pour dormir le moins possible afin de ne pas laisser l'opportunit√© de venir hanter mes r√™ves √† ceux qui vivent au-del√† de notre compr√©hension. Pour autant, √† mesure que je poursuis ma lecture, je sens de plus en plus pr√©gnante l'empreinte de Nyarlathotep sous la forme des rires de cette femme que la l√©gende dit avoir √©t√© inhum√©e vivante conform√©ment √† la volont√© du Pharaon. Je crains que m√™me mon √©veil soit maudit. Mais une nouvelle menace appara√ģt en ce mois de Janvier 1244. En effet, des troupes de Gascons ont escalad√© la falaise et tu√© plusieurs Cathares. Il s'en est suivi des bombardements causant beaucoup de morts et de destructions. Et alors que je cherche √† survivre et percer les myst√®res des √©crits de Prinn, je dois aussi, plus prosa√Įquement, penser √† sauver ma peau¬†!
    Ainsi, je me cache des serviteurs des Anciens qui veulent certainement r√©cup√©rer leur Livre, mais aussi des Cathares auxquels je vole ma nourriture et des catholiques qui se sont introduits dans la forteresse. Je suis, avouons-le, √©puis√©. Il y a bien dans cet ouvrage des rituels qui me permettraient de quitter Monts√©gur mais j'ai le sentiment que je dois rester ici jusqu'au d√©nouement de toute cette histoire, fut-il tragique. J'ai un r√īle √† jouer et je ne dois pas fuir cette responsabilit√©. Pour autant, quel est ce r√īle¬†? Alors que, dehors, la bataille fait rage, je d√©cide finalement d'en profiter pour sortir de ma cachette et repartir espionner les cultistes. O√Ļ en sont-ils de leur entreprise¬†?
    Mais, je prends alors conscience que je n'ai aucune id√©e de l√† o√Ļ ils peuvent bien se cacher. Il est peu probable en r√©alit√© que je les trouve au m√™me endroit que la fois pr√©c√©dente. Aussi, malgr√© ma peur des r√™ves et des cauchemars, je me r√©sous √† utiliser l'Opium Jaune afin de trouver leur trace par le biais du monde onirique.
    J'ai de la chance. Je les retrouve facilement. Et je d√©couvre aussi que Franky, le Soar, est parmi eux. Que fait-il ici¬†? J'h√©site l'espace d'un instant √† attirer son attention mais me reprends, avec raison. En l'√©coutant parler avec cet homme √©trange √† la bouche horrible je saisis mieux leurs plans √† tous les deux. Ces hommes et ces femmes veulent donc r√©ellement attirer l'attention de Nyarlathotep afin que celui-ci d√©livre leur message √† Shub'Niggurrath. Ils esp√®rent vraiment r√©ussir √† invoquer la Ch√®vre Noire ici, √† Monts√©gur. D'une certaine mani√®re, ils profitent des troubles occasionn√© par le si√®ge pour op√©rer le plus tranquillement possible. Toutefois, ils doivent parvenir √† leurs fins avant que la place ne tombe. Franky, de son c√īt√©, leur explique venir d'un territoire sous l'emprise de Shub'Niggurath justement, cette for√™t maudite nomm√©e Millevaux. Il lui raconte comment, chez lui, des serviteurs de la Ch√®vre Noire Ňďuvrent √† accro√ģtre sa puissance. Je comprends alors que non seulement ces deux sectes ont un projet similaire mais que celui-ci s'inscrit en r√©alit√© dans un projet global ourdi non pas tant par les cultistes que par les Anciens eux-m√™mes qui souhaitent voir leur puissance accrue et leur domination √©tendue en parvenant √† une invocation de Shub'Niggurath √† deux √©poques et dans deux plans de r√©alit√© diff√©rents. Je ne suis certain de rien mais crains n√©anmoins l'apparition d'un nouvel avatar de la Ch√®vre Noire. Quelle forme pourrait-elle alors prendre¬†? En tous cas, alors m√™me que je me demande comment arr√™ter tout √ßa, j'entends Franky proposer d'attirer des Chtoniens en proc√©dant √† des rituels en l'honneur de Shudde M'ell.
    Je me r√©veille alors en nage. Ma t√™te tourne. Je peine √† me relever. On me tend la main. Je la saisis et l√®ve la t√™te pour d√©couvrir un homme aux long cheveux gris. Mais ce n'est pas tout. Il arbore une paire d'ailes rouges sang. Il se pr√©sente comme √©tant un ange, un certain Tad Edes, du clan Corso. Il est accompagn√© d'autres hommes, des anges, comme lui, ainsi que de Pierre Amiel, l‚Äôarchev√™que de Narbonne. Edes m'explique venir de la Cit√© Volante lui aussi. Il pense avoir √©t√© envoy√© ici pour emp√™cher un rituel encore plus horrible que ce dont les d√©mons sont capables. Cela aurait trait √† Shub'Niggurath. Je ne peux que confirmer ses dires. Il se tourne alors vers l'archev√™que et je comprends que le si√®ge de Monts√©gur ne vise pas tant les Cathares que les serviteurs des Anciens.


Spike N’Ger :

Comment cet homme conna√ģt-il mon nom¬†? Et qui est-il lui-m√™me d'ailleurs¬†? Il m'explique que certains le consid√®rent √† tort comme le Patient 13. mais il n'est qu'un pauvre l√©preux. Je peux le nommer ainsi, le L√©preux. Certes, il est aveugle mais il voit. Il voit un autre monde, celui des R√™ves des Chats. Il me dit conna√ģtre Herbodoudiab. Oh, ils ne se sont jamais crois√© ni parl√©, mais il le reconna√ģtrait s'il le voyait. D'ailleurs, il est ici, non¬†? Mais peu importe. Il a des choses √† me dire. Celui qu'Herbodoudiab nomme le Diss√©queur a pris possession de Nuancia. C'est un tueur qui ne reculera devant rien. Une grande catastrophe se pr√©pare. Cela pourrait transformer Millevaux en quelque chose d'encore plus terrible, d'une ampleur sans pr√©c√©dent. Oui, il faut retrouver Nuancia et arr√™ter ce qui a pris possession d'elle. O√Ļ la trouver¬†? Mais c'est tr√®s simple. D'apr√®s lui, il suffirait que je me laisse guider par les lumi√®res  dans sa brume. Je ne comprends pas tout mais cela me rappelle ce qu'Herbodoudiab a d√©j√† pu me dire de ses songes. Le L√©preux me sourit et je comprends que mon visage vient de trahir une h√©sitation. Il me tend la main. Je la saisis. Je me retrouve dans une vaste √©tendue de noir. √áa et l√†, des lumi√®res de diverses formes et couleurs virevoltent en tous sens. Je regarde un peu partout autour de moi et reconnais Nuancia, le Diss√©queur. C'est l√† que je dois me rendre.

ODD :

ODD ne sait pas trop ce qu'il doit faire. Une partie de lui lui dit de s'enfuir mais une autre reste concentr√©e sur SiY. Le beau fant√īme se moque-t-il de lui depuis le d√©but¬†? Il veut en avoir le cŇďur net. Aussi, afin de s'assurer que SiY est toujours de son c√īt√©, il prend son √©lan et se jette sur l'homme-porc¬†! ODD attendait une r√©action de SiY en sa faveur. Mais, en r√©alit√©, elle n'a finalement pas esquiss√© le moindre geste. Et ODD s'est tout simplement heurt√© √† ce Soar qui s'est r√©v√©l√© dur comme un mur de pierre. Ce dernier ne semble m√™me pas avoir per√ßu le choc de ce contact. ODD, lui, se retrouve au sol. Il observe SiY. Elle ricane mais elle ne semble pas se moquer de lui. En fait, elle se moquerait plut√īt de l'autre forme √©th√©r√©e. ODD, vex√©, se rel√®ve. La belle se d√©tourne de lui, il va se rappeler √† son bon souvenir. ODD se concentre afin de ¬ę¬†capter¬†¬Ľ l'essence de SiY et la forcer √† lui ob√©ir. Il sait le faire, cela lui est d√©j√† arriv√©. De plus, SiY ne lui pr√™tant aucune attention, elle n'en est que plus vuln√©rable. Elle se retrouve alors propuls√©e contre son gr√© vers le Soar qu'elle traverse de part en part. La peau de l'homme-porc se couvre de l√©zardes. ODD a l'impression qu'il se transforme en un bloc de pierre. Alors que SiY ressort dans son dos, des √©clairs l'accompagnent. Bien qu'elle soit immat√©rielle et lui de pierre, le Soar, en se retournant, saisit SiY et la projette contre un mur qu'elle traverse en hurlant. Mais l'autre esprit r√©agit en envoyant trois sph√®res enflamm√©es qui, en touchant le sol, se transforment en arbres dont les branches et les feuillages s'agitent au point de former des tourbillons faisant chuter l'homme-porc. L'esprit a les traits tendus et ODD craint qu'il ne soit √† bout de forces. Aussi, toujours convaincu que SiY veille sur lui malgr√© ses √©tranges agissements, il se jette sur le Soar arm√© de sa dague. La lame s'enfonce dans la gorge du porc mais SiY n'est pas revenu. A-t-il perdu son ange-gardien¬†? Alors, il tourne son visage vers l'autre esprit...

   
Tad Corso :

Pierre Amiel¬†! L'archev√™que de Narbonne¬†! Du moins √† cette √©poque. Je d√©teste ce parvenu. Cet ange a toujours fait en sorte de choisir ses incarnations afin de profiter au mieux de la vie terrestre. Toujours un noble ou un pr√©lat. Une honte aux vŇďux de pauvret√© et d'humilit√©. Mais que fait-il ici¬†? Me reconna√ģtra-t-il si je m'approche¬†? Esp√©rons-le. Ce n'est certes pas le meilleur d'entre nous mais... c'est l'un d'entre nous.
    Alors que je m'avance, ne cherchant pas √† dissimuler mes ailes rouge sang, Amiel tourne vers moi un regard suspicieux. ¬ę¬†Toi, ici¬†?¬†¬Ľ Il n'ose utiliser mon nom ang√©lique. Aussi, je me pr√©sente sous le nom de Tad Edes. Il hoche la t√™te mais je sens comme une hostilit√© √©manant de sa personne. Il sent que je ne l'aime pas. Je l√®ve les mains en signe que j'esp√®re de paix. Je me rappelle mon pr√©c√©dent combat contre les CŇďlacanthes et lui raconte.
    ¬ę¬†J'ai fait un cauchemar. Notre monde n'√©tait qu'une illusion. Demian Hesse, le Patient 13, est quelque part dans ma t√™te...¬†¬Ľ
    Et je ne lis qu'incompr√©hension dans son regard. Pour autant, je sens qu'il ne me prend pas pour un ennemi.
    ¬ę¬†Pierre, je sais qu'un culte est en train de devenir tr√®s puissant.¬†¬Ľ
    L√†, je sais que j'ai capt√© son attention. Nous allons pouvoir discuter.

    Pierre n'est pas √† Monts√©gur pour les Cathares. Le si√®ge n'est que le pr√©texte √† l'√©radication d'un culte √† des divinit√©s anciennes. Il n'ose le nommer mais je sais qu'il pense √† Shub'Niggurath. Et je sais qu'il a raison. Ici, √† Monts√©gur, Millevaux n'est encore qu'une lointaine menace mais il ne faudrait pas que les manigances de ces sorciers h√Ętent la fin du monde. Je ne suis pas certain qu'il me croit mais il m'√©coute quand je lui explique venir d'un monde futur o√Ļ des serviteurs des Anciens ont r√©ussi √† invoquer la Ch√®vre Noir, transformant ainsi le monde en Millevaux.
    Je l'assure √™tre ici pour l'aider au mieux et il semble me croire. Il me pr√©sente ceux de ses hommes ‚Äď ses anges ‚Äď qui sont dans le secret. Nous avons besoin d'un plan. Je sais que les cultistes ne sont pas encore tout √† fait pr√™ts pour leur invocation finale. Pour autant, nous ne devons pas perdre de temps. Amiel pense que nous devrions profiter d'une offensive, d'une perc√©e dans les d√©fenses de Monts√©gur pour entrer et traquer ces sorciers. Mais o√Ļ chercher dans cette immense place forte¬†? J'ai mon id√©e. J'ai d√©j√† fait des r√™ves pr√©monitoires. Je peux recommencer. Peut-√™tre m√™me que je pourrais ainsi √©crire le futur¬†? Ou au moins un futur¬†?
    Je n'ai aucune id√©e de combien de temps pourra prendre ce r√™ve √©veill√©. Aussi, je prie Amiel de s'atteler aux pr√©paratifs de l'attaque. Pendant ce temps, je m'en vais r√™ver les yeux ouverts, esp√©rant √©chapper aux CŇďlacanthes. Je sens planer la menace de leur t√™te osseuse mais parviens √† √©viter de tomber dans leurs filets. Je suis dans le r√™ve... le R√™ve √Čveill√©¬†! Je le sais. Je peux voir le futur et le r√©√©crire. Du moins, une partie.
    Je sens Millevaux grandir en puissance mais d'une fa√ßon que je ne parviens pas √† cerner.  Je cherche les adorateurs de la Ch√®vre Noire dans tout Monts√©gur. Je ne les trouve pas mais je per√ßois une autre lueur. Lucius¬†! Il est l√†¬†! C'est lui que nous cherchions. Il est l'alli√© de NoAnde. Pourtant, sa flamme brille d'un √©clat amical. Cet aura est faible. Je le renforce. Lucius sera notre alli√©.
    Je ne sais pas quelle forme prendra notre ennemi. Mais je sais, car je l'ai vu et √©crit, que nous entrerons dans cette forteresse. Je sais que nous trouverons Lucius et qu'il nous aidera √† vaincre. Nous vaincrons. Je le sais. Je l'ai vu. Je l'ai √©crit. Mais quel sera le prix de notre victoire¬†? √áa, je n'ai pour l'heure plus assez d'encre du R√™ve pour l'√©crire...

    Je cligne des yeux et sors de mon R√™ve √Čveill√©. Je ne sais pas comment je suis arriv√© l√†. Je suis dans un souterrain. Derri√®re moi, Amiel et ses anges. Devant moi, Lucius, terroris√©. Je lui prends la main et lui souris. Un travail de b√Ľcheron nous attend. Nous avons une for√™t √† abattre.


Herbodoudiab :
Je ne sais pas pourquoi mais ce garde a beaucoup à me dire quant à ce Lépreux. J'ai droit à une succession de prophéties plus ou moins fantasques mais il capte mon attention quand il parle de ce que je comprends être le Disséqueur. Il le décrit comme je le vois dans le Rêve.
Il parle aussi de Millevaux. La Forêt, dans ces prophéties, va gagner en puissance. Elle va changer de forme, d'après le Lépreux. Le monde va changer. Ce serait une catastrophe sans précédent.
J'invite le garde √† me parler √† nouveau du L√©preux. Il √©voque alors cette √©trange brume qui l'entoure et masque en partie les traits de son visage.  Mais elles ne font pas que cela. Ces brumes sont un myst√®re. Elles cachent des choses ou en r√©v√®lent.
Alors que le garde continue sa logorrhée, je me frotte à lui en ronronnant. Je souhaite d'une part qu'il se taise car il n'a visiblement rien de plus intéressant à m'apprendre. Par contre, je veux qu'il me conduise à ce Lépreux. Et maintenant !
Sans savoir d'o√Ļ lui vient cette envie soudaine, le garde me guide √† travers le d√©dale de couloir jusqu'√† une cellule. √Ä son grand √©tonnement et √† ma grande d√©ception, elle est vide¬†!

Les Exorcistes :

Non¬†! Non¬†! O√Ļ est pass√© ce L√©preux¬†? Qu'est-ce que ce Titan Millevaux¬†?
Quantus hurle des ordres afin qu'on le retrouve au plus vite. Lui-m√™me se met √† courir mais sans avoir aucune id√©e de l√† o√Ļ il doit se rendre. Il a juste l'intime conviction que cet homme est encore l√†, dans ces murs.
Quantus a la foi. Dieu l'a sauv√© par le pass√©. Il l'a sauv√© lors de cet accident qui aurait d√Ľ lui co√Ľter la vie. Et il a sauv√© son √Ęme de la folie en lui offrant de devenir un Exorciste. Il guidera ses pas encore aujourd'hui.
Et Dieu le guida. Dans un couloir, le L√©preux appara√ģt. Il est seul mais Quantus et Santos distinguent nettement une autre silhouette, comme une ombre, dans sa brume. Le L√©preux sourit, un peu tristement. On dirait qu'il s'excuse.
Il explique aux Exorcistes qu'il n'est pas ma√ģtre de sa brume et qu'il avait pour elle une t√Ęche √† accomplir qui ne pouvait attendre. Et avant que les Exorcistes ne puissent dire quoi que ce soit, le L√©preux leur tend la main.
¬ę¬†Vous allez traverser un monde de cauchemars¬†¬Ľ leur dit-il tristement.
Quantus et Santos échangent un regard et rejoignent le Lépreux dans sa brume.

Les deux Exorcistes se retrouvent dans une salle de bains. Les murs sont couverts de carrelage vieillot et de fa√Įence fendue. Des robinets ouvrag√©s gouttent en permanence. Il fait froid et la fen√™tre ouverte donne sur la for√™t. On entend des chouettes. Le bidet et le lavabo sont sales. Il y a une baignoire remplie d'une eau grise o√Ļ surnagent des feuilles mortes. Ils reconnaissent ce lieu car Corso ‚Äď Tad Edes ‚Äď le leur a d√©crit. La Maison Carogne, un des domaines des CŇďlacanthes.
Spontanément, ils s'éloignent de la baignoire et quittent la pièce.
De l'autre c√īt√© de la porte, ils se retrouvent les t√©moins du repas familial de la famille Carogne. La salle √† manger est trop grande. Il y a des animaux empaill√©s. Le vaisselier est rempli d'assiettes aux motifs forestiers. Le tic-toc de la pendule √† coucou est assourdissant, beaucoup trop fort. La soupe aux ch√Ętaignes est trop froide. Un vent glacial parvient d'une fen√™tre ouverte sur la for√™t. Camille a quelques ann√©es. Les parents Carogne se montrent presque gentils. La M√®re Carogne lui parle de fa√ßon tr√®s douce. Le P√®re Carogne ne dit rien, mais il fixe toujours Camille du regard. Camille, il s'agit bien de se petit gar√ßon martyris√© dont Corso a racont√© la triste histoire. Mais l'enfant se montre sage et la M√®re Carogne lui offre une part de g√Ęteau. Puis, une fois le repas fini, Camille se l√®ve et quitte la pi√®ce. Les deux exorcistes le suivent jusqu'√† une autre salle de bain, identique √† celle qu'ils ont quitt√©. L√†, Camille, sans m√™me √īter ses v√™tements, entre dans la baignoire remplie d'une eau sombre. Il s'y enfonce et dispara√ģt. Quantus inspire une grande goul√©e d'air et se jette √† son tour dans la baignoire. Santos le suit.

Loin devant eux, ils distinguent la silhouette du petit gar√ßon. Mais, est-ce √† cause de l'eau qui trouble leur vision, ils ont parfois l'impression qu'il grandit pour ressembler √† Corso. Les t√©n√®bres laissent parfois appara√ģtre des lueurs de couleurs et de formes diverses. Mais Camille semble en chercher une bien particuli√®re. Ils le suivent jusqu'√† une sorte de puits de lumi√®re au milieu duquel s'agite une flamme noire. La silhouette de Camille devient trouble et dispara√ģt.
Quantus et Santos sortent de l'eau. Ils sont dans une pièce de taille moyenne faite de pierres apparentes recouvertes de sang. Ils émergent dans une partie de la pièce baignant dans l'ombre. Et eux aussi, loin d'être trempés comme ils le pensaient sont en fait recouvert d'ombre.
Sous leurs yeux des hommes nus aux corps lac√©r√©s sont les victimes volontaires de s√©vices inflig√©s par des hommes √† t√™te de porc¬†! Au milieu d'eux d√©ambulent une femme, elle aussi √† moiti√© nue, dont le corps est recouvert de scarifications dans lesquelles a √©t√© coul√© du m√©tal. Son visage est lui aussi scarifi√©. Sur son √©paule pend ce qui semble √™tre une t√™te de dragon mort. Et cette bouche. Ils reconnaissent La Bouche criant ¬ę¬†√Źa √Źa Shub'Niggurath¬†!! L√®ve-toi Millevaux¬†! L√®ve-toi, Titan Millevaux¬†!¬†¬Ľ
D'instinct, Santos saisit le poignet de son fr√®re d'arme. Et alors, il lui fait tourner la t√™te en direction d'un homme tapi dans l'ombre lui aussi. Il reconna√ģt un membre de son ancien clan, le d√©nomm√© ODD. Au dessus de lui, un √™tre √©th√©r√© et lumineux lui adresse des mots qu'il √©coute avec attention sans pour autant d√©tacher son regard de cette femme monstrueuse.
Puis l'air se fracture. √Ä travers cette cicatrice, ODD et les Exorcistes per√ßoivent des t√©n√®bres parcourues de formes lumineuses. Mais surtout, ils voient un homme s'extirper de cette faille trop √©troite. Celui-ci parvient finalement √† s'extraire des t√©n√®bres avant que celles-ci ne disparaissent dans une sorte de claquement sec. Alors, tomb√© √† genoux, il se rel√®ve. Il se tourne vers la femme et lui dit¬†: ¬ę¬†Nuancia¬†? C'est bien toi¬†?¬†¬Ľ

Franky :

Nous sommes déjà en janvier 1244. Le temps passe si vite.
C'est sans peine que j'ai convaincu ces hommes et ces femmes que mes connaissances √©sot√©riques valaient largement la perte du De Vermiis Mysteriis. Certains voulaient absolument retrouver Lucius et lui faire payer son forfait. Nul besoin en v√©rit√© de perdre ainsi son temps. Nous devons nous h√Ęter.  De plus en plus souvent, lors de nos c√©r√©monies, j'entends les pleurs et les rires d'un enfant et d'une femme faisant √©cho √† cette l√©gende selon laquelle le Pharaon Noir ‚Äď Nyarlathotep¬†? ‚Äď aurait fait inhumer vivant une m√®re et son fils. Nous sommes tous d'accord pour voir l√† le signe que Nyarlathotep s'est bien fait notre messager et a porter notre parole √† Shub'Niggurath.
Par nos rites orgiaques auxquels j'ai ajouté quelques spécificités Soars, nous avons préparé Montségur à la venue de la Chèvre Noire. Nous avons littéralement souillé et corrompu les sous-sols de la forteresse.
Et pendant ce temps, les Cathares luttent pour leur survie...
Mais maintenant nous sommes pr√™ts. Alors que la menace d'une attaque men√©e par les catholiques se fait de plus en plus pr√©cise, nous avons maintenant une vision claire de la fa√ßon dont notre D√©esse va nous appara√ģtre.
Shub'Niggurath, la Chèvre Noire, la Mauvaise Mère sera la Forêt Mouvante, la Forêt Verticale, sera le Titan Millevaux !
Titan Millevaux¬†! Tu seras la For√™t et la Ruine¬†! Tu seras l'Oubli¬†! Tu seras l'Emprise et l‚Äô√Čgr√©gore¬†! Tu seras les Horlas et les CŇďlacanthes¬†!
Tes ennemis seront pi√©tin√©s ou lac√©r√©s par les Horlas ou broy√©s par les cauchemars des CŇďlacanthes¬†!
Lèves-toi, Titan Millevaux ! Laisses-toi guider jusqu'à nous par les rires et les pleurs de la mère et du fils du Pharaon Noir ! Laisses-toi guider par les vibrations des Chtoniens rampant sous Montségur !
Au-dessus de nos têtes le combat fait rage car les Catholiques sont entrés mais cela ne fait rien. Pour eux tous, il est trop tard.
La terre tremble des reptations des Chtoniens sur lesquels s’appuie ton ascension !
Et alors que certains s'apprêtent à savourer leur victoire et que d'autres se résignent à accepter la défaite, tous désormais tremblent car...
Tu es debout, Titan Millevaux !

   
Tad Corso :

Je ne sais pas o√Ļ nous sommes ni comment nous sommes arriv√©s l√†. Je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est pass√© apr√®s que j'ai pris la main de Lucius. Il est l√†. Je le vois. Je reconnais aussi Quantus et Santos, mes fr√®res et ma√ģtres Exorcistes. Mais qui sont les autres¬†? Je d√©cide alors de prendre les choses en main.
    ¬ę¬†Je m'appelle Tad Edes¬†! Certains d'entre vous me connaissent aussi sous le nom de Tad Corso. Avec mes fr√®res Exorcistes, nous combattons Shub'Niggurath et ses Horlas. Je sens que nous sommes tous r√©unis ici par la volont√© du Patient 13. Aussi, nous serons la 13√®me Compagnie. Celle dont on ne sait pas si elle va revenir. Mais je sais que nous vaincrons car dans mon r√™ve j'ai √©crit le futur. Et j'ai √©crit notre victoire...
    Et vous, qui √™tes-vous¬†?¬†¬Ľ

    ¬ę¬†Je suis Lucius Salinger, citoyen de la Cit√© Volante. C'est contre mon gr√© que j'ai rejoint cette secte d'adorateurs de Shub'Niggurath. C'est aussi contre mon gr√© que j'ai √©t√© initi√© √† leurs secrets les plus noirs. Mais aujourd'hui, je me joins √† vous et ces connaissances que j'ai pay√© le prix fort nous permettront de l'emporter. Ils baigneront tous dans leur sang, je le promets¬†!¬†¬Ľ

    ¬ę¬†OK, je suis Spike N'Ger. Je suis un chasseur de monstre. Je vois bien que ce que nous allons combattre maintenant est bien plus puissant que le Horla qui a pris possession de mon amie. Mais cette chose est un monstre et je chasse les monstres. Aussi, comptez sur moi, je traquerai cette horreur et je la tuerai¬†!¬†¬Ľ

    ¬ę¬†Tu me connais Santos, je suis ODD. Je suis le meilleur dans ma partie. Je n'ai pas mon pareil pour entrer et sortir de n'importe o√Ļ. Et s'il faut rentrer dans le torse de ce monstre pour lui arracher le cŇďur, je me fais fort d'y parvenir¬†!¬†¬Ľ

    ¬ę¬†Nous sommes Santos et Quantus, fr√®res et ma√ģtres Exorcistes¬†! Nous traquons le mal sous toutes ses formes. Nous ne reculons devant rien pour faire triompher la Voix de Notre Seigneur. Millevaux est une √©preuve divine. Cette chose est une nouvelle √©preuve que nous surmonterons tous ensemble. Le sang va couler. Ce sera peut-√™tre le n√ītre, mais ce sera s√Ľrement aussi celui de ce monstre¬†!¬†¬Ľ

    Les pr√©sentations faites, il s'agissait maintenant de savoir o√Ļ nous √©tions. Lucius et moi √©tions dans les sous-sols de Monts√©gur mais les autres, manifestement, venaient de la Cit√© Volante, de Millevaux.
    Nous nous √©tions tous habitu√©s √† la p√©nombre. Aussi, le manque de lumi√®re ne nous d√©rangeait pas. Il nous a donc fallu un moment pour remarquer les faibles liserais de lumi√®re qui z√©braient cette obscurit√©. Alors, nous approchant des murs, nous avons pu observer qu'ils n'√©taient fait que de bois. Nous nous √©tions retrouv√©s au centre d'une grande cabane. Dehors, nous parvenaient, lointain, le fracs des armes. Le si√®ge de Monts√©gur devait se poursuivre. Par intermittence, on entendait le tonnerre et des hurlements d'animaux.

    ¬ę¬†Tu semble en savoir plus que nous sur toute cette affaire, Corso. Qu'as-tu √† nous dire¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Je comprends ta m√©fiance ODD. Pour autant, fais moi confiance. Je ne vous cacherai rien. Ce n'est pas dans mon int√©r√™t. Saches qu'√† une autre √©poque, avant Millevaux, j'√©tais d√©j√† au service de Notre Seigneur. J'√©tais un ange. Puis Millevaux est venu et a chass√© notre Seigneur, nous infligeant l'√©preuve de la For√™t Maudite de la Ch√®vre Noire. Avec mes fr√®res et ma√ģtres, nous poursuivons notre combat contre les Horlas et les adorateurs de Shub'Niggurath. Et par le pass√©, j'ai aussi √† combattre les CŇďlacanthes. L√†, j'ai fait la connaissance de la Magicienne. Et derri√®re elle, se cachent le Patient 13 et le Joueur. Leurs intentions sont floues mais malgr√© les apparences ils ne sont pas contre nous. Ils sont pour... l'Histoire. Pour l'heure, il me semble qu'un rituel d‚Äôinvocation de Shub'Niggurath a permis √† la Ch√®vre Noire de s'incarner sous une nouvelle forme. Et c'est celle-ci que nous allons combattre maintenant. Ai-je raison, Quantus¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Tu as raison, mon fr√®re et ma√ģtre. Nous sommes bien sortis, Santos et moi, d'un cauchemar ourdi par les CŇďlacanthes en pleine c√©r√©monie en l'honneur de la Ch√®vre Noire. Le Horla qui pr√©sidait ce rituel a parl√© d'un Titan. Le Titan Millevaux. Ce sera certainement l√† notre plus grande √©preuve en l'honneur de Notre Seigneur. Mais, et toi ODD, comment t'est-tu retrouv√© ici¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Je, j'√©tais sous l'emprise de ce que je croyais √™tre un bel esprit mais qui n'√©tait peut-√™tre qu'un horrible Horla. Par go√Ľt du d√©fi je me suis introduit dans cette Cit√© Volante en qu√™te, pour ma belle, de celui qu'elle nomme NoAnde. Mais tout n'a √©t√© que de mal en pis. J'ai √©t√© captur√©, me suis enfui, ai combattu un homme √† la t√™te de cochon, ai vu ma belle m'abandonner et suis maintenant accompagn√© de ce Lwa dont je suis certain maintenant qu'il s'agit d'un bon esprit. Mais, et toi Spike, tu semblais conna√ģtre cette sorci√®re¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Oh oui je la connais. Ou plut√īt, je la connaissais. Nuancia √©tait mon amie, mon alli√©e dans notre combat contre les monstres. Souhaitant se reposer quelques temps, je l'avais laiss√©e au sein d'une petite communaut√© baptis√©e R√©cif. Mais quand je suis revenu la trouver, elle avait disparu. C'est gr√Ęce √† mon chat, Herbodoudiab, que j'ai pu retrouver sa trace jusqu'√† la Cit√© Volante. Il l'avait vue dans ses r√™ves. Mais elle √©tait entour√©e d'une lueur malfaisante. Je la croyais en danger mais je n'avais pas compris qu'elle √©tait devenue le danger. Je crains fort qu'aujourd'hui mon amie ne soit plus. Alors, ce sera sans remords que j'userai de tous les moyens pour mettre fin √† cette horreur qu'elle a d√©clench√©. Mais, et toi Lucius, tu dis conna√ģtre des secrets. Quels sont-ils¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†J'ai √©t√© initi√© aux secrets des Dieux Anciens. J'ai lu certains ouvrages et j'ai vu le d√©nomm√© NoAnde pratiquer sa magie contre nature. C'est m√™me pire que √ßa. Cet √™tre n'est pas tant contre la nature que contre la R√©alit√©¬†! Il la tord, la d√©chire et en use √† sa convenance. Gr√Ęce √† l'Opium Jaune notamment, je peux moi aussi produire certains de ces effets. Mais j'ai aussi en ma possession le De Vermiis Mysteriis, ce Livre Maudit qui leur est √† tous si pr√©cieux. L√†, il y a des secrets concernant les Dieux Anciens, leurs buts, leurs points forts mais aussi leurs points faibles.¬†¬Ľ

    Nous avions encore beaucoup de choses √† apprendre les uns des autres. Mais dehors, le combat faisait rage. Et plus j'y pr√™tai attention, plus je comprenais qu'il ne s'agissait pas de la simple lutte des Cathares contre leurs assi√©geants. Nous devions nous attendre √† ne pas reconna√ģtre ce que nous allions voir en sortant de cette cabane. Ni Lucius ni moi n'√©tions plus √† Monts√©gur. Et les autres n'√©taient plus dans leur Cit√© Volante. Nous n'√©tions ni sur Terre ni √† Millevaux. Nous √©tions... Face au Titan¬†!


    Mais que savions-nous de ce Titan Millevaux, si ce n'est qu'il s'agissait d'une sorte d'avatar de Shub'Niggurath¬†? Les hypoth√®ses allaient bon train. Santos, Quantus et moi-m√™me avions tendance √† consid√©rer les Horlas et les CŇďlacanthes comme ce qui pourrait √™tre le syst√®me immunitaire de ce Titan. Nous les imaginions d√©j√† d√©cha√ģn√©s et parcourant le Titan √† sa surface et √† l'int√©rieur de lui-m√™me. Et je pensais aussi que les Coelacanthes, dans cette optique, devaient Ňďuvrer au niveau de la psych√© du monstre. En r√©alit√©, nous n'en savions rien...
    ¬ę¬†Mais comment en savez-vous autant sur ces CŇďlacanthes¬†? Je crois n'en avoir jamais entendu parler¬†¬Ľ
    J'expliquai alors √† Spike que nous, les fr√®res et ma√ģtres Exorcistes, avions √©t√© appel√© √† la rescousse pour aider une communaut√© dont le village √©tait assi√©g√© par les CŇďlacanthes. C'est alors que je fus d√©sign√© pour quitter le village afin de qu√™ter de l'aide aupr√®s de la Magicienne. J'ai alors entrepris un long voyage √† travers Millevaux, les For√™ts Limbiques et les cauchemars des CŇďlacanthes. Ainsi, j'ai appris l'existence d'autres mondes et d'√™tres √©tranges comme Demian Hesse, la Patient 13 et le Joueur. Pour ces derniers, l'existence d'autres mondes n'a rien d'√©trange. Ils y voyagent avec aisance en usant de portes oniriques et d'avatars sans cesses diff√©rents. Le Joueur, par exemple, peut entrer dans ta t√™te et partager ses pens√©es avec toi. Il peut te faire voyager entre les mondes et te donner les connaissances dont tu as besoin pour vaincre tes ennemis.

    Spike, quant √† lui, ne savait pas trop quoi ajouter. Aussi, il s'approcha de l'entr√©e de la cabane et se borna √† d√©crire ce qu'il vit. Au milieu d'un d√©sert de rocaille s'√©levait le Titan Millevaux, la For√™t Verticale. Un √™tre aux proportions gigantesques, d√©mesur√©es. Litt√©ralement, il s'agissait d'un monde forestier dress√© sur deux jambes titanesques. Et quelque part, autour de cet √™tre, la Cit√© Volante devait graviter tel un simple moustique.
    ¬ę¬†Et la vois-tu, la Cit√© Volante¬†? Penses-tu que nous pourrions la rejoindre¬†?¬†¬Ľ
    Ainsi avait parl√© Santos. Mais Spike ne voyait rien. Le Titan √©tait bien trop √©norme pour que la Cit√© Volante soit visible. Il esp√©rait surtout qu'elle n'avait pas √©t√© d√©truite avec l'apparition du Titan. Cette chose √©tait si √©norme qu'elle aurait tr√®s bien pu r√©duire la Cit√© Volante en ruine sans m√™me s'en rendre compte.

    La voix plus pos√©e que celle de Santos, Quantus prit la parole.
    ¬ę¬†Je crois savoir qu'il y avait un tr√©sor √† Monts√©gur, √† l'√©poque du si√®ge. Si le Titan Millevaux est n√© des ruines de la forteresse, peut-on penser que ce tr√©sor est en lui¬†? Et quelle serait sa nature¬†? Et si ce tr√©sor √©tait... un point faible¬†?¬†¬Ľ
    Ces derniers mots attir√®rent l'attention de Lucius qui confirma la rumeur concernant un tr√©sor. Mais, dans son esprit, il n'√©tait question que d'or et d'argent. Pour autant, aux vues de ses exp√©riences √©sot√©riques, il en √©tait venu √† penser que la connaissance constituait √©galement un tr√©sor. Aussi, peut-√™tre que le tr√©sor en question n'√©tait rien d'autre que les ouvrages collectionn√©s par les serviteurs des Anciens. Et il √©tait vrai que ceux-ci pouvaient renfermer des informations quant aux points faibles de Shub'Niggurath.
    ¬ę¬†Mais dis-moi, Quantus, comment pourrait-on s'y prendre pour acc√©der √† ce tr√©sor¬†? Je n'ai avec moi que le De Vermiis Mysteriis or il concerne surtout Nyarlathotep. Mais il contient n√©anmoins des sorts permettant d'invoquer un Enfant de la Ch√®vre Noir ou m√™me de contacter Yg. Le Dieu du Peuple Serpent pourrait peut-√™tre nous aider¬†?¬†¬Ľ
    Je vis mon fr√®re et ma√ģtre faire la moue. Je partageais ses pens√©es. Recourir √† la magie des Anciens, m√™me pour les combattre, me paraissait √™tre un risque √† ne courir qu'en ultime recours. Mais, j'avais une petite id√©e de ce √† quoi il pensait et cela ne me semblait pas moins risqu√©, ou √† peine...
    ¬ę¬†Avant d'en arriver, reprit-il calmement, peut-√™tre que nous pouvons explorer d'autres chemins. Non moins dangereux, certes, mais que nous connaissons mieux, notamment car nous venons de les emprunter Santos et moi. Je pense au monde cauchemardesque des CŇďlacanthes. Par l√† aussi nous pouvons attendre le Titan Millevaux.¬†¬Ľ

    Lucius encha√ģna, f√©brile. Selon lui, il √©tait possible que le Titan lui-m√™me soit une porte vers d'autres mondes. Et par cons√©quent, son cŇďur devait forc√©ment √™tre accessible par d'autres mondes √©galement. Venant de la Cit√© Volante, initi√© par NoAnde et ayant atterri √† Monts√©gur par des moyens occultes, ces notions lui √©taient rapidement devenues famili√®res. Il semblait r√©fl√©chir √† toute vitesse et chercher un moyen de p√©n√©trer le cŇďur du Titan. Oui, c'√©tait son id√©e. Si le Titan √©tait une porte menant √† d'autres mondes, la r√©ciproque √©tait vraie. Nous devions pouvoir atteindre le cŇďur du Titan en passant par un autre monde. Mais lequel¬†? Celui des CŇďlacanthes¬†? Le monde du cauchemar ou... celui du R√™ve¬†? Je me rappelais alors les For√™ts Limbiques puis, tr√®s √©trangement, nous nous tourn√Ęmes tous vers ODD et l'esprit qui flottait au dessus de son √©paule. Qu'avaient-ils √† nous dire tous les deux¬†?

    ODD et le Lwa, car cet esprit luminescent √©tait bien un Lwa, parlaient en m√™me temps, d'une m√™me voix se faisant √©cho, et nous invitaient √† nous interroger quant aux origines du Titan Millevaux. Nous savions tous que le Titan √©tait la cons√©quence d'une double invocation de Shub'Niggurath qui s'√©tait d√©roul√©e √† la fois √† Monts√©gur et dans la Cit√© Volante. Mais ODD et le Lwa nous interrog√®rent sur ce qu'ils nommaient le ¬ę¬†vecteur¬†¬Ľ. Et alors que je me creusais la t√™te pour comprendre de quoi ils parlaient, j'eus une sensation √©trange. Je rappelais alors avoir mang√© le... Cruel Centip√®de, celui que je croyais alors √™tre l'un des cavaliers de l'Apocalypse. Or, je ne sentais plus sa pr√©sence en moi. J'en fis part au Lwa qui sembla satisfait. Alors, Lucius poussa un petit cri. Il nous expliqua avoir √©t√© √©galement expos√© au Cruel Centip√®de mais il ne l'avait plus. C'est lui qui lui avait permis de survivre √† son voyage jusqu'√† Monts√©gur. Mais il avait disparu. Il l'avait... perdu. Le Cruel Centip√®de √©tait-il la cl√© de tout cela¬†? ODD n'en savait rien. Mais il savait qu'il √©tait le meilleur pour entrer et sortir de n'importe o√Ļ. Et s'il fallait rentrer √† l'int√©rieur de ce Titan, il se faisait fort d'y parvenir.


    Nous √©tions toujours dans notre cabane. Nous n'avions os√© jeter que quelques coups d‚ÄôŇďil furtifs √† l'ext√©rieur et n'avions finalement pas vu grand chose. Je crois qu'il √©tait clair pour tout le monde que les mondes que nous avions connus, qu'il s'agisse de Millevaux, de Monts√©gur ou des cauchemars des CŇďlacanthes, n'existaient plus. Ou, en tous cas, ce n'√©tait dans aucun de ces mondes qu'√©voluait le Titan Millevaux. D'une certaine fa√ßon, le Millevaux que nous connaissions n'existait plus puisqu'il √©tait maintenant devenu le Titan. Et le monde de Monts√©gur¬†? Il ne pouvait avoir surv√©cu √† l'apparition du Titan Millevaux. Quel √©tait donc ce nouveau monde¬†?
    Il faudrait bien que nous sortions √† un moment ou √† un autre. Aussi, avant peut-√™tre de r√©aliser que je me pr√©cipitais peut-√™tre vers une mort horrible et avant que quiconque et encore moins ma propre raison ne m'en dissuade, je fon√ßai vers la porte de la cabane et mis le pied dehors.
    Et je ne vis qu'un vaste d√©sert de rocailles et de poussi√®res. Il n'y avait nulle v√©g√©tation, nulle trace de nuage dans le ciel. En fait, tout la verdure √©tait rassembl√©e dans le Titan Millevaux dont la silhouette colossale se dressait au loin. Par le jeu d'une √©trange perspective et de ses dimensions inimaginables, le Titan pourtant si loin semblait pourtant si proche. Le fixant, je voyais aussi que les seuls nuages qu'il y avait dans le ciel gravitaient autour de lui. J'entendais, par moment, r√©sonner le tonnerre. L'eau, la v√©g√©tation, le Titan Millevaux √©tait finalement constitu√© de tout ce qui rendait la vie possible. Lui, la mort en marche, √©tait finalement la vie. Il avait aspir√© la vie de deux mondes pour redevenir un monde abritant la vie, pour donner la vie. Mais √† quoi¬†? √Ä des nouveaux Horlas¬†? √Ä de nouveaux CŇďlacanthes¬†? √Ä de nouveaux monstres et cauchemars¬†? Quelles horreurs ce nouvel avatar de Shub'Nigurrath allait-il engendrer¬†?
    ¬ę¬†Le Cruel Centip√®de est une maladie...¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Qu'as-tu dit¬†? Qu'est-ce que cela signifie?¬†¬Ľ me demanda Lucius alors que je n'avais m√™me pas conscience d'avoir parl√©.
    Je me retournais vers lui et les autres.
    ¬ę¬†Le Cruel Centip√®de est une sorte de maladie. Il est une pestilence qui se propage et propage Millevaux sous diverses formes. Cette for√™t, ce mal, est prot√©iforme. Il ne dispara√ģtra jamais. Il changera de forme. Il lutte pour sa vie. Il est une forme de vie pr√™te √† tout. Millevaux, par le vecteur du Cruel Centip√®de, est une incarnation de la Pulsion de Vie dans ce qu'elle a de plus primal. Elle ne vise qu'√† sa survie et son expansion, quel qu'en soit le prix. C'est aussi pour √ßa qu'on appelle Shub'Niggurath la Mauvaise M√®re, non¬†? Elle engendre la vie, elle se perp√©tue. Mais comment et √† quel prix¬†?

    Mes mots semblaient trouver un √©cho chez Lucius qui s'approcha de la porte et, me bousculant sans m√©nagement, passa la t√™te hors de la cabane.
    ¬ę¬†Ce monde aurait pu √™tre beau. Mais le Titan en a aspir√© toute la vie. Ou presque¬†! Qu'est-ce que c'est l√†-bas¬†? Regardes, Corso¬†! De la fum√©e¬†! On dirait des v√©hicules √† vapeur comme ceux qu'on trouve dans la Cit√© Volante¬†? Je ne parviens pas √† voir s'ils fuient le Titan ou tentent de s'en approcher. S'en approcher serait une folie √† moins que...¬†¬Ľ
    ¬ę¬†A moins que quoi¬†?¬†¬Ľ trancha ODD.
    ¬ę¬†A moins qu'ils n'aient un plan et ne tentent de gagner le Titan. Peut-√™tre savent-ils quelque chose eux aussi sur ce tr√©sor qu'abriterait le Titan¬†? Peut-√™tre sont-ce des citoyens de la Cit√© Volante tentant de sauver les leurs¬†? Qui sait¬†? Nous ne sommes peut-√™tre pas les seuls √† vouloir gagner ce Titan¬†?¬†¬Ľ

   
ODD √† son tour s'approcha de la porte. Nous lui f√ģmes de la place. Par dessus son √©paule, le Lwa passa la t√™te et sourit. L√† o√Ļ nous ne voyons que ruine, ils voyaient de l'espoir. Tous les deux semblaient confiants en ce monde pourtant d√©vast√© par le Titan. Et pourquoi¬†?
    ¬ę¬†Regardez¬†! Ce monde n'est pas un d√©sert. Il est habit√©. Ces gens ne sont pas des rescap√©s de la Cit√© Volante. Ce sont les habitants de ce monde. Pour nous, seuls quelques instants se sont √©coul√©s. Mais pour eux, ce sont des √©ons¬†! Ils ont toujours v√©cu √† l'ombre du Titan Millevaux. Ils le connaissent. Ils le connaissent bien. Et surtout, ils combattent les Horlas. Ils suivent la voie des Lwas. Ils ne sont pas... Horlas-Lwas¬†! L√† est la v√©ritable Pulsion de Vie. Il ne s'agit pas, comme le fait la Ch√®vre Noire, de voler la vie des autres pour donner naissance √† de nouvelles formes corrompues. Non¬†! Ces hommes et ces femmes, sont n√©s dans un d√©sert de rocailles √† l'ombre d'un Titan malfaisant et pourtant, ils sont l√†¬†! Depuis des √©ons¬†! Depuis toujours¬†! Ils ont r√©ussi √† vivre. Ils combattent le Titan anim√© de l'espoir que leur donne la Pulsion de Vie. Ce monde est merveilleux, vous ne trouvez pas¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Tu dois avoir raison mais... comment nous en assurer¬†? Comment √™tre certains que ce sont des alli√©s et qu'ils vont nous aider¬†? Et d√©j√†, comment √™tre certain qu'ils ne vont pas se faire √©crabouiller par le Titan¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Santos, tu devrais √™tre plus optimiste. Quand je te dis que ces gens suivent la voix et la voie des Lwas, je sais de quoi je parle¬†¬Ľ
    Alors, l'esprit √©th√©r√© se retourna vers mon fr√®re et ma√ģtre exorciste et je crus voir sur son visage l'esquisse d'un sourire bienveillant.

    Quantus, alors, s'approcha √† son tour de la porte. Il secoua la t√™te et souffla fort par le nez.
    ¬ę¬†ODD, je ne veux √™tre un oiseau de mauvaise augure mais... regardes bien. Qu'est-ce l√†¬†? Qui sont ces troupes descendant des flancs et des cuisses du Titan¬†? Ce ne sont pas des Horlas mais bien des hommes. Quelles cr√©atures chevauchent-ils¬†? Quel horribles mutants¬†! Et sur leur bani√®re, que lis-tu¬†? Qui sont ces Titanides¬†? Un peuple nouveau habite ce d√©sert mais un peuple nouveau semble habit√© aussi Millevaux, tout inf√©od√© √† la Ch√®vre Noire et pr√™t √† tout pour la d√©fendre.
    Spike √©tait rest√© dans l'ombre. D'une voix f√©brile, il demanda √† Quantus d'en dire plus sur ce qu'il voyait. Qu'√©taient donc ces Titanides¬†?
    ¬ę¬†Spike, je crains fort que ces Titanides soient aussi dangereux que des Horlas. Ils n'ont fait qu'une bouch√©e de ces hommes sur leurs machines m√©caniques. Leurs animaux horribles les ont d√©chir√©s de leurs crocs et griffes. Et les survivants... Veux-tu vraiment le savoir¬†? Par contre, mes amis, l'heure ne me para√ģt plus aux paroles car... on dirait bien qu'ils s'approchent de nous¬†!

    Spike fit finalement un pas vers la porte. Pour autant, il ne regarda pas √† l'ext√©rieur.
    ¬ę¬†ODD et le Lwa ont raison. Gardons espoir. Et pour autant, continuons de r√©fl√©chir. Nous savons que ce monde n'est plus que rocailles hant√©es par Millevaux qui en aspirent la vie. Pourtant, il y a toujours des hommes et des femmes suivant les Lwas. Cela doit donc signifier qu'ils doivent savoir comment voyager dans le monde des R√™ves.¬†¬Ľ
    ¬ę¬†Et qu'est-ce qui te permet d'affirmer √ßa¬†?¬†¬Ľ
    ¬ę¬†C'est comme √ßa que le L√©preux m'a conduit jusqu'√† vous. Quand bien m√™me il s'agit d'un cauchemar, c'est par une sorte de r√™ve que toi et Santos nous avaient rejoint pour assiter √† cette c√©r√©monie. Et si c'√©tait par le r√™ve que nous pourrons contacter ces gens¬†? ODD, peut-√™tre que ton Lwa pourrait nous y aider¬†?¬†¬Ľ


    Tous les regards √©taient tourn√©s vers moi, Tad Edes Corso. Manifestement, j'√©tais celui qui avait la plus grande exp√©rience du combat contre les Horlas et les CŇďlacanthes. Et je devais √™tre le plus familier avec ces notions d'autres mondes. Je compris alors que tous attendaient de moi un plan. Mais en avais-je vraiment un¬†? Je murmurais, plus pour moi-m√™me que pour les autres.
    ¬ę¬†Un plan... Nous n'atteindrons le cŇďur du Titan qu'en empruntant les voies du R√™ve. Si je c√®de aux cauchemars, les CŇďlacanthes m'ouvriront malgr√© eux une porte vers Millevaux.¬†¬Ľ
    Puis, je vis le regard de ODD qui fixait mon √©p√©e.
    ¬ę¬†Elle¬†? C'est une √©p√©e d√©moniaque ramen√©e d'un de mes voyages √† travers les For√™ts Limbiques. J'appr√©cie son tranchant mais surtout ses r√©v√©lations. Le d√©mon qui l'habite est avare de mots et souvent ne me parle que par images. Mais je sens qu'il n'est pas mon ennemi. Il a toujours √©t√© honn√™te avec moi. Cela fait longtemps que je ne l'ai pas sollicit√©. Peut-√™tre a-t-il quelque chose √† nous dire¬†?¬†¬Ľ
    Je m'emparais alors de la lame. Le d√©mon savait-il comment venir √† bout du Titan sans s'exposer aux CŇďlacanthes, sans passer par le cauchemar¬†? J'eus alors une sensation √©trange. C'√©tait un peu comme si le d√©mon n'attendait que √ßa, que d'√™tre appel√©. Il avait des choses √† dire mais semblait ne pas oser prendre la parole sans y avoir √©t√© invit√©. Alors comme √ßa, il connaissait un moyen de venir √† bout du Titan¬†?
    ¬ę¬†Pour an√©antir le Titan sans recourir √† la magie, il faut exploiter ses faiblesses. La Mauvaise M√®re ch√©rit ses enfants et ne tol√©rera pas qu'on leur fasse du mal. Trouvez-le¬†!¬†¬Ľ
    Je transmis ces mots √† mes compagnons sans vraiment les comprendre. J'esp√©rai qu'ils feraient sens pour eux. Comment trouver un enfant de Shub'Niggurath sans recourir √† la magie pour invoquer un de ses sombres rejetons¬†? Je me tournai alors vers Lucius.

    Lucius secoua la t√™te. Il ne voyait pas comment proc√©der sans recourir √† la magie, ni aux connaissances occultes. Seul un rituel complexe pouvait permettre d'invoquer et contr√īler un rejeton de Shub'Niggurath. Il garda le silence un moment puis se mit √† r√©fl√©chir √† haute voix.
    ¬ę¬†D'une certaine fa√ßon, NoAnde est un enfant de Shub'Niggurath. Si on le retrouvait... Mais pas seulement, il y a aussi le Cruel Centip√®de. Sa relation avec la Ch√®vre Noire est complexe. Il est le vecteur ayant donn√© naissance au Titan Millevaux mais sans Millevaux, il n'y aurait jamais de Cruel Centip√®de, je me trompe¬†? En ce sens, le Cruel Centip√®de est un enfant de Millevaux. Nous l'avons eu en notre possession, Corso. Il y en a plusieurs. Si nous le retrouvons ou en trouvons un autre...
    ¬ę¬†ODD, penses-tu que ton Lwa pourrait nous dire o√Ļ trouver un Cruel Centip√®de¬†?¬†¬Ľ

    Le Lwa sourit. Il se tourna vers ODD et, pour la premi√®re fois, traversa sa nuque de sa main.  La t√™te de ODD se mit alors √† bouger bizarrement, puis il se mit √† parler.
    ¬ę¬†Le Cruel Centip√®de est la maladie, la corruption. Il est une forme de vie en expansion, un parasite. Il peut prendre n'importe quelle forme tant qu'il respecte ce principe de pr√©dation, expansion et corruption. Une forme du Cruel Centip√®de est... un jeu. Un jeu de r√īle. Cr√©ez un jeu. Cr√©ez des personnages. Laissez-vous corrompre, transformer par ce jeu millevalien. Cr√©ez un monde et ses r√®gles. Cr√©ez un Cruel Centip√®de. Soyez Cr√©ateurs¬†! Soyez Joueurs¬†!¬†¬Ľ
    Les mots s'acc√©l√©raient dans la bouche de ODD qui ne parvenait plus √† suivre le rythme. Alors, le Lwa se tut. ODD sembla reprendre ses esprits. Il fouilla dans sa poche et en sortit une paire de d√©s √† 6 faces qu'il tendit √† Spike.
    ¬ę¬†Je te sens le plus joueur de tous nos compagnons. As-tu une id√©e de ce √† quoi nous pourrions jouer¬†?¬†¬Ľ

    Spike √©tait pris de cours. Il cherchait ses mots. Tout en faisant jouer les d√©s entre ses doigts, il r√©fl√©chissait √† haute voix. Selon lui, tout jeu poss√©dait des r√®gles. Il faudrait donc commencer par les √©crire. Ensuite, s'il comprenait bien les mots du Lwa, tout jeu de r√īle avait pour cadre un univers pr√©cis. Il faudrait le cr√©er aussi. Ainsi que les personnages qui en seront les h√©ros.
    ¬ę¬†Nous sommes face √† un Titan. Appelons ce jeu ¬ę¬†Face au Titan¬†¬Ľ. Qu'en dites-vous¬†? Il nous faut des r√®gles simples pour lesquelles deux d√©s √† six faces suffisent. Nous n'avons pas grand chose pour √©crire ni prendre des notes. Notre syst√®me de jeu doit √™tre plut√īt narratif je pense. Et nous devons pouvoir nous passer de fiche de personnage. Je ne sais pas trop... Et vous, les Exorcistes, vous n'avez encore rien dit...¬†¬Ľ

    Quantus et Santos √©coutaient en silence. Ils n'√©taient vraiment pas √† l'aise avec ces consid√©rations mais ne voyaient pas vraiment comment faire autrement que de se pr√™ter √† ce jeu.
    ¬ę¬†Soyons simples et pratiques, dit Quantus. Notre jeu aura pour seul finalit√© de vaincre le Titan. Aussi, ses diff√©rentes √©tapes auront pour but de pr√©senter ses forces et faiblesse ainsi que nos propres ressources. Ainsi, nous pourrons ensemble d√©cider de la marche √† suivre. Je propose que nous commencions notre jeu dans une cabane comme celle-ci. Au d√©but, nos personnages ne sauront rien du monde dans lequel ils √©voluent. Ils devront apprendre et r√©fl√©chir ensemble pour trouver le meilleur moyen de vaincre le Titan. Et euh, je ne sais pas si c'est de la triche mais... Peut-√™tre aussi que nous pourrions en profiter pour placer dans ce monde quelques √©l√©ments qui pourraient nous √™tre utiles¬†? Nous pourrions peut-√™tre am√©liorer cette technologie dont semblent disposer les habitant de ce monde¬†?¬†¬Ľ

    Arm√©s d'une paire de d√©s, de quelques feuilles de papier, de crayons et de notre imagination, nous, la 13√®me Compagnie, √©tions maintenant aux commandes de notre propre Cruel Centip√®de. Nous √©tions pr√™ts √† faire face au Titan¬†!


    Alors, nous quitt√Ęmes notre cabane. Moi, Tad Edes Corso, l'ange plus ou moins d√©chu, arm√© de mon √©p√©e d√©moniaque, de mon marteau de guerre et porteur de cet √©trange pouvoir consistant √† √©crire le futur dans mes r√™ve. Oui, j'avais √©crit notre victoire. Je ne craignais donc pas tant notre d√©faite que le prix de notre victoire car celui-l√† m'√©tait inconnu...
    Lucius Salinger se tenait √† ma droite. Autrefois m√©canicien charg√© de la maintenance des moteur de la Cit√© Volante. Aujourd'hui, initi√© aux secrets des Dieux Anciens par l'un de leurs plus abominable serviteurs, NoAnde¬†!
    Venaient ensuite Spike et ODD. Le chasseur de monstres avait √©t√© guid√© jusqu'√† nous par son chat r√™veur et ODD, le roi des monte-en-l'air, √©tait l'objet des esprits.
    Mes fr√®res et ma√ģtres Exorcistes, enfin, Quantus et Santos, aussi prompt au combat √† l'√©p√©e qu'au combat spirituel contre les d√©mons.
    Nous avions d√©cid√©, autant que possible, de ne pas user de magie. Nous comptions notamment sur Lucius pour nous faire part de ses connaissances concernant les Anciens mais aussi de ses connaissances techniques pour utiliser autant que possible la technologie d√©velopp√©e par les habitants de ce monde ravag√© par le Titan Millevaux. S'il y avait une faille dans la cuirasse du Titan, ODD la trouverait. Ensuite, une fois √† l'int√©rieur, ce serait √† nous autres de combattre les Horlas et gagner le cŇďur du Titan afin de le d√©truire.

    Je prends mon marteau dans ma main droite et l'√©p√©e d√©moniaque dans la gauche. Je d√©ploies les langues ailes d'Edes et m'envole. Je compte effectuer un vol de reconnaissance, faire le tour du Titan. Je veux en savoir plus sur les positions tenues par les Horlas et ces Titanides que nous avons vu.
    J'ai vu notre victoire mais je n'en connaissais pas le prix.
    Alors que j'approche, le Titan Millevaux se tourne vers moi. Il se campe sur ses jambes et se penche dans ma direction. Je ne suis qu'une mouche compar√© √† lui mais il m'a vu. Il pousse un hurlement terrible qui me glace, litt√©ralement. Son souffle me cong√®le sur place et je tombe comme une pierre... et je me fracasse au sol en mille morceaux.
    J'ai vu notre victoire et maintenant j'en connais le prix¬†!

    Le Titan hurle et frappe du pied, provoquant des secousses dignes de Shudde M'ell.
    Lucius tremble mais se reprend. Il se rappelle les mots de Corso et demeure certain de leur victoire. Aussi, respectant leur vŇďux de ne pas user de magie, il se rue vers le Titan, prenant soin de se diriger vers un des v√©hicules abandonn√©s par le petit groupe de survivants r√©duit √† n√©ant un peu plus t√īt par la For√™t Verticale. Comme pr√©vu par le jeu, ce v√©hicule est mieux √©quip√© qu'√† l'origine. Non seulement il est en parfait √©tat de marche mais il est en plus dot√© de toute une batterie d'armes et de gadgets qui les aideront √† approcher le monstre.

    Les deux exorcistes prennent place √† bord. Les commandes des armes sont intuitives. Elles ont √©t√© con√ßues √† cette fin lors de la cr√©ation du jeu. Aussi, alors que Lucius roule √† toute vitesse vers le Titan, ils tirent des torrents de flammes sur les Titanides qui se pressent √† leur rencontre.
    √Ä bord de l'engin, Spike et ODD attendent leur heure. Mais ODD ne se sent pas bien. Il para√ģt perturb√©. Spike l'appelle mais il ne r√©pond pas. Spike en appelle alors au Lwa qui l'accompagne. Ce dernier explique qu'ODD est victime d'un des mal√©fices du Titan Millevaux. Comme tous ses habitants, il commence √† perdre la m√©moire. Alors, Spike saisit le bras du voleur et, √† l'aide de sa dague, grave ces mots sur son avant-bras. ¬ę¬†Je m'appelle ODD¬†¬Ľ. Ce dernier, lisant cette phrase, se reprend et lui sourit. Spike lui sourit √©galement. Il se penche vers lui et lui glisse quelques mots qui lui arrache un √©clat de rire. Concentr√©s sur leur t√Ęche, les Exorcistes ne se rendent compte de rien mais Lucius ne peut s'emp√™cher de jeter un coup d‚ÄôŇďil rapide dans leur direction. Il aper√ßoit le Lwa voletant en rond dans l'habitacle.

    Le terrain est accident√© mais Lucius se r√©v√®le un bon pilote. Il esquive autant que possible les Titanides. Son v√©hicule est bien plus rapide que leurs montures monstrueuses. Ainsi, il s'approche encore un peu plus du Titan.
    De leur c√īt√©s, les Exorcistes concentrent maintenant leurs tirs sur les jambes du Titan. Ils esp√®rent ainsi l'affaiblir. Mais la chaleur d√©gag√©e devient vite insoutenable et ils craignent de manquer de carburant. Aussi, devant l'absence de r√©action du monstre. Ils stoppent leurs tirs mais restent vigilants.
    Spike fait l'inventaire de ses armes. Dagues en tout genre, arbal√®tes. Il se sent pr√™t √† en d√©coudre une fois qu'il aura mis pied dans le Titan. ODD, quant √† lui, envisage d√©j√† diff√©rents moyens de s'introduire dans le cŇďur du Titan. Il est confiant dans l'aide du Lwa et sait qu'une fois √† l'int√©rieur Spike saura faire face √† toute menace.

    Le Titan gronde. Le long de ses bras courent des hordes de Horlas charg√©s d‚Äô√Čgr√©gore. L'air cr√©pitent de magie corrompue. Lucius braque et contre-braque √† plusieurs reprises esquivant les attaques des Horlas. Les Exorcistes ont repris leurs tirs. Et alors, le Lwa fait son apparition aux c√īt√© de Lucius et lui glisse √† l'oreille¬†:
    ¬ę¬†Le Jeu de R√īle est un Cut-Up...¬†¬Ľ
    Ces mots sonnent √©trangement. Lucius, sans rel√Ęcher sa concentration sur la route, r√©fl√©chit. Certes, ils ont d√©cid√© de ne pas user de magie mais... le Cut-Up, est-ce de la magie¬†? Non¬†! Il ne sait pas d'o√Ļ lui viennent ces pens√©es mais il sait que le Cut-Up est avant tout un genre litt√©raire. Et aussi une fa√ßon de pratiquer le jeu de r√īle. Et l√†, tout s'√©claire. Le Cut-Up est une r√®gle du jeu, pas de la magie. Ils peuvent y recourir sans risque de trahir leur vŇďux de ne pas utiliser la magie corrompue des Anciens.
    Puis, le Lwa lui murmure un nouveau mot¬†:
    ¬ę¬†Batro...¬†¬Ľ
    Bien s√Ľr, l√†, Lucius comprend tout. √Ä travers le Lwa, c'est celui que Corso appelait le Joueur qui lui parle. Batro est un auteur de jeu de r√īle dans la r√©alit√© du Joueur. Et il est l'auteur d'un jeu appel√© les Exorcistes. Dans ce jeu, les personnages ont aussi se pouvoir d'utiliser des mots pour alt√©rer la r√©alit√©. Certes cela n'est pas sans influence sur leur chemin de croix mais... ils peuvent le faire. Ainsi Quantus et Santos doivent forc√©ment √™tre capables de Cut-Up. Et lui aussi d'ailleurs. Il a appris √† le faire gr√Ęce √† NoAnde. Maintenant, il sait qu'il n'a plus besoin d'Opium jaune pour cela.

    ODD avait vu le Lwa s'approcher de Lucius et, l'air de rien, √©coutait ce qu'ils se disaient. Il tiqua en entendant ce nom de ¬ę¬†Batro¬†¬Ľ. Il √©tait certain de ne l'avoir jamais entendu mais ce nom lui disait pourtant quelque chose. Il s'approcha et √©couta ce que Lucius et le Lwa se racontaient au sujet du jeu de r√īle comme Cut-Up. Il sourit quand il comprit qu'il y avait dans ce point de r√®gle le meilleur des moyens de p√©n√©trer le cŇďur du Titan. Laissant l'esprit et le pilote deviser entre eux, il rejoint Spike et lui expliqua son plan.
    Puisqu'ils √©taient dans un jeu, ils devaient en suivre les r√®gles. Or, les r√®gles des jeux de Batro utilisaient le Cut-Up. Ils leur suffisaient d'en faire autant et alt√©rer la r√©alit√© autour d'eux sous l'influence de ¬ę¬†mots-cl√©s¬†¬Ľ. Spike √©tait circonspect. ODD allait lui faire une d√©monstration.
    Alors, le Joueur s'empara de son paquet de cartes Muses & Oracles. Il en saisit une et lit le mot sous son pouce. ¬ę¬†Jumeau¬†¬Ľ. ODD sourit et d√©clare √† tout le monde.
    ¬ę¬†Mon fr√®re jumeau est √† Millevaux. Il va nous aider √† entrer¬†!¬†¬Ľ
    Spike le d√©visage et ODD lui dit¬†:
    ¬ę¬†A ton tour. Pioches une carte...¬†¬Ľ

    ¬ę¬†Commanditaire...¬†¬Ľ
    Pas facile, se dit Spike. Surtout que de commanditaire ils n'en avaient point.
    ¬ę¬†Fais marcher ton imagination, l'encourage ODD.
    ¬ę¬†Commanditaire... Commande... Terre. Commandes la Terre¬†! Je commande la Terre, hurla Spike.¬†¬Ľ

    Et sous eux, la terre se mit √† trembler et √† s'√©lever en une improbable passerelle en direction du Titan. Alors que la For√™t Verticale se rapprochait, Lucius se sentait attir√©, guid√© par une lueur, un feu. Et alors qu'ils allaient toucher le sol de la For√™t, √† c√īt√© de ce phare improvis√©, Lucius reconnu ODD. Ou plut√īt, son portrait crach√©, son jumeau, EVEN.
    Mais la joie des retrouvailles entre les deux fr√®res fut plus que br√®ve car d√©j√† des troupes de Millevaliens en armes, adorateurs de la Ch√®vre Noire, se pr√©cipitaient vers eux en hurlant.

    Les Exorcistes s'√©taient remis √† tirer et des torrents de lave coulaient en direction des serviteurs de Shub'Nigurrath. Mais pour une douzaine qui br√Ľlaient, douze autres sortaient des bois. Comment gagner le cŇďur du Titan¬†?
    ODD eut alors une id√©e et se tourna vers son fr√®re. Chacun allait tirer une carte et ils combineraient les effets de leurs mots-cl√©s.
    ¬ę¬†Langue¬†¬Ľ, ¬ę¬†D√©tection¬†¬Ľ.
    Les deux fr√®res se regardent, vaguement d√©go√Ľt√©s √† l'id√©e de ce qu'ils s'appr√™tent √† faire.
    Alors qu'un nouvel opposant fait son apparition, ils se jettent hors du v√©hicule et se mettent √† l√©cher les arbres. Et, comme souhait√© bien qu‚Äôimprobable, ces derniers r√©v√®lent une piste. Aussi grotesque que ce soit, c'est en l√©chant les arbres et en reconnaissant la saveur des mal√©fices de Shub'Niggurath ‚Äď le go√Ľt de l‚Äô√Čgr√©gore¬†? ‚Äď qu'ils parviendront jusqu'√† son cŇďur.

    Lucius, quant √† lui, voyant arriver cet homme en armes et rev√™tu d'une lourde cuirasse, oriente le v√©hicule dans sa direction et fonce sur lui. Entre la force de l'impact et le br√Ľlant des armes des armes des Exorcistes, celui-ci se retrouve rapidement hors-combat, semant la panique parmi les autres cultistes.

    Bravant les flammes et les derniers tirs d'arbal√®tes et jets de lances, Spike se rue sur le cadavre tout en tirant une carte.
    ¬ę¬†Bas-relief¬†¬Ľ
    Et √† travers les flammes, il parvient √† discerner quelques gravures sur l'armure et reconna√ģt une repr√©sentation du Cruel Centip√®de. Sur le coup, il ne comprend pas ce que cela signifie puis se rappelle que le Cruel Centip√®de n'est pas qu'un vecteur de corruption. Il est aussi un rem√®de. Aussi, sans parvenir √† √©chapper √† de terribles br√Ľlures, il d√©barrasse le chevalier de son armure. Dessous, l'√™tre qui la portait a une t√™te de... porc¬†?!!
    ¬ę¬†Franky¬†!¬†¬Ľ cria alors Lucius.
    ¬ę¬†Plus tard¬†!¬†¬Ľ r√©pond-il √† Spike qui l'interroge du regard.

    Alors, malgr√© la chaleur, Spike enfile cette armure. Et apr√®s que les Exorcistes aient mis en fuite les derniers serviteurs des Anciens, tous se mettent √† suivre la piste d√©gag√©e par ODD et son fr√®re.

    A l'int√©rieur de l'armure, Spike souffre le martyre. Pour autant, il refuse de l'√īter. En effet, selon lui, les jumeaux vont les guider jusqu'au cŇďur du Titan Millevaux. Mais c'est parce qu'il porte cette armure que les gardiens de ce cŇďur le prendront pour un des leurs et le laisseront entrer. Et il veut qu'ils le voient arriver de loin.

    La fin est proche. Ils le savent tous. L'espace d'un instant, ils ont envisag√© de faire croire que le chevalier revenait avec des prisonniers. Mais cette ruse leur a paru tr√®s convenue. Non, que Spike entre seul √©tait risqu√© mais peut-√™tre, finalement, la meilleure chose √† faire.
    √Ä mesure qu'il avan√ßait, le chasseur de monstres se disait qu'il lui avait sembl√© si peu probable que ce soit lui qui doive porter le coup fatal au Titan. Il pensait, comme eux tous, que ce serait le r√īle de Corso. Puis, il s'√©tait laiss√© aller √† penser que Lucius romprait leur vŇďu et userait de magie, combattant le mal par le mal. Mais on dirait que ce serait lui. Ils approchaient et il regrettait qu'Herbodoudiab ne soit pas l√†.

    Puis les jumeaux leur dirent √† tous de s'arr√™ter. Devant eux, √† quelques centaines de m√®tres, s'√©levait le cŇďur du Titan. Ou plut√īt, la forteresse qui le prot√©geait. Paradoxalement dans ce d√©cor forestier, ce b√Ętiment qui ressemblait √† un phare √©tait recouvert de coquillages. Mais pas de beaux coquillages aux reflets multicolores. Non, leurs formes avaient quelques choses de hideux et glacial. Il √©manait d'eux et du b√Ętiment quelque chose de vorace, de carnassier. Spike avait le sentiment qu'il allait se faire d√©vorer par quelque chose de marin.
    ¬ę¬†Chtulhu?¬†¬Ľ hasarda Lucius.
    L'initi√© malgr√© lui expliqua que dans le panth√©on des Anciens, Chtulhu √©tait la divinit√© consacr√©e √† la mer. Mais pas seulement. Il √©tait aussi Celui Qui R√™ve...

    Et la porte s'ouvrit. Spike craignait de se faire d√©vorer par un cauchemar...

    Sa ruse va-t-elle fonctionner¬†? Spike n'est plus s√Ľr de rien. Aussi bien, cette porte va s'ouvrir sur une horde de Horlas et de CŇďlacanthes qui le d√©voreront. Mais il n'en est rien. Il distingue bien plusieurs silhouettes se dessinant dans l'ombre mais elles ne montrent aucune hostilit√© √† son √©gard. Au contraire m√™me, elles l'invitent √† entrer.
    Les lieux baignent dans un brouillard √©pais. Spike est guid√© dans les escaliers jusqu'√† une chambre se situant plusieurs √©tages au-dessus de l'entr√©e. Il tente de rester ma√ģtre de lui-m√™me et de ne pas para√ģtre trop insistant quand il pose son regard sur ceux qui l'accompagnent. Il reconna√ģt des physionomies humaines mais horriblement alt√©r√©es sous l'influence de l‚Äô√Čgr√©gore. Il y a aussi de ces Horlas √† sept t√™tes de serpents.
    Une fois dans cette chambre aux murs ravag√©s par le gel et aux meubles vermoulus et rendus bancals par l'humidit√©, Spike distingue une silhouette dans le lit. L'espace d'un instant, il a cru qu'il s'agissait de son amie Nuancia. Mais non¬†! De sous les couvertures rapi√©c√©es √©merge...
    ¬ę¬†Herbodoudiab¬†?!¬†¬Ľ
    Oui, c'√©tait bien son chat qui se r√©veillait l√†¬†! Mais Spike vit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Herbodoudiab ne bougeait pas comme il avait l'habitude de le faire. Il grognait d'une mani√®re √©trange. Il se tourna et exposa celui de ses flancs d√©chir√© par cette Bouche qui lui permettait de parler la langue des hommes. Mais l√†, il parlait la Langue Putride¬†!
    L'armure se mit alors √† chauffer, √† redevenir br√Ľlante. Mais Spike vit que les chairs de son chat, ou plut√īt de la chose qui avait pris possession de lui, fumaient √©galement. Herbodoudiab devait payer le contrecoup de sa magie. Qui craquerait le premier¬†?
    Spike et son chat se fixaient droit dans les yeux. Et Spike ne reconnaissait pas cette chose qui le faisait litt√©ralement r√ītir dans cette armure. Il posa alors un genou √† terre. Mais toujours conscient, il se dit alors que l'armure n'avait peut-√™tre pour fonction que de le faire entrer dans ce phare. Peut-√™tre n'en avait-il plus besoin pour briser le cŇďur du Titan Millevaux. Aussi, il tenta de l'√īter. Contre toute attente et avant que quelques Horlas ou mutants aient le temps d'intervenir, Spike s'√©tait d√©gag√© de ces plaques de m√©tal port√©es au rouge. Herbodoudiab en profita pour mettre fin √† son sortil√®ge. Lui non plus n'aurait peut-√™tre pas pu tenir beaucoup plus longtemps.

    ¬ę¬†...Briser le cŇďur du Titan...¬†¬Ľ

    Spike se demanda quel √™tre aim√© du Titan Millevaux pourrait se d√©tourner de lui et lui causer une peine telle qu'il renoncerait √† la vie.
    Millevaux, la Mauvaise M√®re comme l'appelait souvent Herbodoudiab. La Ch√®vre Noire aime ses enfants. Ses enfants horribles. Les horribles mutants qui l'entourent en ce moment m√™me. Quel plus grand drame pour une m√®re que de perdre ses enfants¬†? Mais comment √©radiquer de la surface de la For√™t Verticale tous ses enfants corrompus par l'Egr√©gore¬†?

    ¬ę¬†Tire une carte...¬†¬Ľ

    ¬ę¬†N√©gligence¬†¬Ľ

    Spike se demande ce qu'il a n√©glig√©. Ou ce que le Titan aurait pu n√©gliger. Quel d√©tail leur aurait √©chapp√© √† tous¬†? Et Spike se rappelle la Bouche d√©figurant le visage de Nuancia. La m√™me que celle s'ouvrant sur le flanc d'Herbodoudiab. La m√™me encore que sur cet √©trange Grimoire trouv√© par les Exorcistes. La Bouche... Avait-elle quelque chose √† dire¬†? Ou plut√īt, et s'il suffisait de la museler pour faire taire cette folie¬†? Spike sourit. Pas Herbodoudiab...

    Des mots¬†! Tout cela n'√©tait que des mots prof√©r√©s par une Bouche folle qui devait maintenant se taire √† jamais.
    Spike se jeta sur le lit. Il se saisit d'un drap et s'en servi pour b√Ęillonner Herbodoudiab qui n'eut pas le temps de r√©agir. Le chat feulait, grognait mais ne pouvait plus parler. Il se cabrait, tentait de griffer et mordre son compagnon mais Spike tenait bon. Autour d'eux, les Horlas et les mutants n'osaient pas bouger. Peut-√™tre avaient-ils peur de blesser Herbodoudiab¬†?
    Puis le gros chat cessa de se d√©battre. Il finit par se laisse retomber sur le vieux matelas moisi. Il respirait encore. Spike fit en sorte que cela cesse. Alors, il d√©fit le b√Ęillon et s'assura que la Bouche avait, elle aussi, rendu son dernier souffle.
    Horlas et mutants √©taient saisis d'effroi. L'espace d'un instant, Spike crut qu'ils allaient se jeter sur lui mais tous savaient qu'√† pr√©sent tout √©tait fini. Aussi, il s‚Äô√©cart√®rent et le laiss√®rent quitter le phare. En descendant les marches, Spike se demandait si, en d√©finitive, tout cela n'√©tait pas un r√™ve.


    Le Titan Millevaux est mort. Ou au moins, il a cess√© de se mouvoir. Pour autant la For√™t Verticale se dresse toujours au milieu de ce d√©sert de rocailles. Peut-√™tre que ce phare √©tait une porte vers un autre monde, un autre r√™ve. En r√©alit√©, nous n'en savons rien et notre confr√©rie d'Exorciste a aujourd'hui pour mission de s'assurer que personne ne le sache jamais. Nos fr√®res et ma√ģtres sillonnent la for√™t et le d√©sert, traquant ce qui restent de Horlas, mutants et CŇďlacanthes. Santos et moi sommes les gardiens du phare. Le cŇďur du Titan est une porte vers d'autres mondes et nous en sommes les gardiens.
    Lucius, quant √† lui, a d√©cid√© d'utiliser ses comp√©tences en ing√©nierie et en occultisme au service de la communaut√© vivant dans le d√©sert. Il r√©pare les machines, en cr√©e de nouvelles et use de ce qui reste d‚Äô√Čgr√©gore pour faire le bien, autant que possible. Il a aussi gard√© de NoAnde ce go√Ľt pour les connaissances √©sot√©riques et il lui arrive de faire de longs voyages en qu√™te d'un Ouvrage ou d'une l√©gende...
    Spike est et reste un chasseur de monstres. Mais apr√®s avoir abattu le Titan Millevaux, il a d√©cid√© de s'en prendre √† une nouvelle cat√©gorie de monstre. Ce phare semblait consacr√© √† celui qu'on nomme Chtulhu. S'il a pu d√©faire un avatar de Shub'Niggurath, il devrait bien r√©ussir √† en faire autant avec un avatar de Chtulhu...
    ODD apprend √† conna√ģtre son jumeau, EVEN. Tous deux sont guid√©s par le Lwa qui ne les quitte plus.  Et tous ensemble, ils s'exercent √† cette √©trange magie du Cut-Up car ce ne sont pas de simples r√®gles du jeu, c'est bien de la magie finalement...

    Tel √©tait donc le prix √† payer. J'ai √©crit le futur. J'ai √©crit notre victoire. Le Titan Millevaux n'est plus... et moi non plus. Pour autant, je sais que l'esprit de Millevaux ne peut mourir. Il ne peut pas dispara√ģtre. Il y aura toujours un Millevaux tant qu'il y aura des Cr√©ateurs de jeux pour investir cet univers. Il y aura toujours un Millevaux tant qu'il y aura des Ma√ģtres du jeu pour explorer cet univers, le d√©former, le faire leur. Il y aura toujours un Millevaux tant qu'il y aura ne serait-ce qu'un seul Joueur, m√™me solitaire. Sans Ma√ģtre de Jeu ni m√™me n√©cessairement de r√®gles de du jeu.

    Le Titan Millevaux n'est plus mais le Joueur est toujours l√†. Alors, Millevaux reviendra par l'interm√©diaire du Cruel Centip√®de, et ce quel que sera sa forme ou son nom. Et si Millevaux revient, peut-√™tre que moi aussi, Tad Edes Corso, je reviendrai.




Commentaires de Thomas :

A. "Alors que nous survolons cette Millevaux sans fin, certains de nos alchimistes et autres mages ont identifi√© une source d'√©nergie qu'ils nomment √Čgr√©gore. Ils pensent qu'il est possible de domestiquer cette √©nergie."
You fool !

B. "Le mauvais go√Ľt de cette √©trange mixture me fait oublier l'espace de quelques verres l'amertume de cette perte pour nous tous." Serait-ce une liqueur d'oubli ?

C. "J'aurais aimé m'assurer que son nom était mérité mais elle cache ses traits derrière un masque noir couverts de plumes. " Est-ce que tous les habitués de la taverne sont des horlas cachant leur vraie nature ?

D. ¬ę¬†Sais-tu ce que c'est¬†? Non, √©videmment¬†! C'est une accr√©ditation de niveau Indigo. Un passeport pour la Cit√© Bleue.¬†¬Ľ
Toute cette histoire de phobie des rêves et de conspiration onirique me rappelle la fiction audio d'Alt236, Maelstrom

E. "Il m'a expliqu√© ce qu'est cette chose qui s'agite √† la base de mon cr√Ęne. Il s'agit d'une sorte de Ver Cosmique dont certaines incarnations porte le nom de Cruel Centip√®de."
Dans Millevaux, il y a un parasite, le Ver Vorace, qui se nourrit de chair humaine. Depuis un arbre, il tombe sur le cou d'un h√īte humain, dont il va ensuite prendre le contr√īle de temps √† autre pour le forcer √† manger de la chair humaine.

F. "Et c'est précisément à ce grand voyage qu'il me prépare par nos étreintes. Les lieux, les époques qu'ils me montrent, sont autant de temps et d'endroits que je serais peut-être à même de visiter."
Donc l'homme-sanglier a le m√™me pouvoir que les hommes-porcs dans La Trilogie de la Crasse. Pour info, les hommes-sangliers qu'on voit dans Coelacanthes sont effectivement inspir√©s des hommes-porcs (d'avant La Trilogie de la Crasse), j'en ai juste fait des sangliers pour donner le c√īt√© plus forestier. Les hommes-sangliers sont donc des sortes de Soar nettement plus sauvages.

G. "Je me suis ouverte de cette mésaventure à NoAnde qui m'a expliqué qu'il s'agissait d'un nouveau stigmate qu'il a qualifié d'Aura Putride." : j'aime ce concept que les horlas auraient une sorte d'aura que certains peuples ou personnes puissent détecter.

H. "Je sens son ventre contre mon dos. [...] Je me dégage de sous le corps de NoAnde qui, à quatre pattes, s'éloigne en geignant..." Une scène très intense avec tout le body horror propre à Millevaux !

I. " En dénaturant les rites Soars, il est parvenu à modifier la trame du réel." Ce qui confirme qu'en tant qu'homme-sanglier, NoAnde est un Soar perverti... ou au contraire, plus sauvage, donc plus naturel.

J. "Mais, alors qu'il introduit une des lames de son kit de crochetage dans la serrure, une lourde main s'abat justement sur la sienne, lui tordant le poignet et brisant son outil au passage. ODD se retourne et lève la tête. Au dessus de lui, une silhouette massive dont le visage est masqué par la capuche d'une cape sombre."
C'est int√©ressant de changer de personnage juste au moment o√Ļ l'action prend un tournant. √ßa m√©nage du suspense pour le joueur solo que tu es, et pour le lectorat que nous sommes.

K. "Depuis que la Cité Volante stagne au dessus de Millevaux, nous nous sommes lancés dans une série de rituels en l'honneur de la Chèvre Noire afin d'étendre l'influence de la Forêt aux cieux. " Une petite partie jouée avec Loué soit Soth, pour incarner des cultistes de Shub-Niggurath, pourrait s'avérer intéressante...

K2. J'ai eu de grosses difficult√©s √† d√©m√™ler les diff√©rents protagonistes. J'ai essay√© de rajouter leur nom au d√©but de chaque section, mais je suis s√Ľr d'avoir fait des erreurs, alors je veux bien que tu v√©rifies STP (voir doc ci-joint)

K3. "Mais pour l'instant, je dois trouver ce maudit Grimoire et lui fourrer ma queue dans la Bouche. " Ce concept de relation sexuelle avec des grimoires maudits, c'est très creepy-kink :)

L. "Mais je suis têtu et finis par obtenir quelques renseignements après des heures épuisantes à arpenter les rues et les passerelles de la Cité Volante. " A nouveau, la forêt est finalement la grande absente de tes séances de Millevaux. Je sais bien que sur cette campagne, la forêt n'est pas le cadre, mais une menace sous la ville, mais on peut envisager qu'une ébauche de colonisation se fasse (racines, lianes, radicelles, mycoses), qu'il y ait des signes avant-coureurs. A moins que tu estimes que la simple apparition de tels signes serait déjà le signal que c'est la fin. Mais dans ce cas-là, il faut faire peser la menace. Quelques descriptions rapides de la forêt de Millevaux sous les pieds des habitants de la Cité Volante pourrait permettre de mettre la pression.

M. "Ces Cathares savent-ils quelque chose au sujet de Shub'Niggurath, de la forêt et des Horlas ? Je vais tenter d'en apprendre davantage. " Il y a un petit passage sur les Cathares dans l'Atlas de Millevaux. Passage que j'ai par ailleurs mis en jeu dans ce compte-rendu de partie : Bugarach Survivors

N. "Je me fais le plus discret possible, convaincu qu'on s'apercevrait tr√®s vite que je n'ai rien √† faire ici. Aussi, je me d√©brouille seul. " En fait, il y a une mise en ab√ģme assez vertigineuse √† ins√©rer Monts√©gur 1244 dans les jeux de cette campagne Millevaux, parce que justement le jeu ne para√ģt pas tout √† fait cadrer avec le reste : le joueur doit partager le sentiment du personnage d'√™tre en quelque sorte en infiltration dans le jeu.

O. "je m'apprête à consulter mon Recueil des Monstres et Horlas afin d'y trouver des informations sur la créature qui s'est emparée de mon amie." : un recueil que j'imagine des moins fiables car il est impossible de répertorier exactement les horlas...

P. "Je jaillis de l'ombre, marteau lev√© et l'abats sur le cr√Ęne de mon adversaire. Il s'√©croule sur le coup, inconscient. Je lance un regard glacial au d√©mon qui comprend qu'il doit rester immobile et silencieux. Je retire le heaume. Dessous, une t√™te de porc. Cette chose est un Soar !" L'omnipr√©sence de cr√©atures surnaturelle dans l'enceinte de Monts√©gur m'√©voque un temps m√©di√©val ou le merveilleux fait encore partie de la vie quotidienne. Ici, un combat entre un Soar, un vampire et un ange, et √ßa n'offusque personne.

Q. "En effet, il appara√ģt que sous l'influence de l‚Äô√Čgr√©gore, les stigmates varient d'un Horla √† l'autre. O√Ļ pourrait se cacher un √™tre d√©figur√© par la mal√©diction d'un Horla¬†?" : on comprend donc pourquoi la taverne grouille d'√™tre masqu√©s. Ceux qui portent un bec de corbin sont certainement des Corax.

R. "En r√©alit√©, face √† la n√©cessit√© de me cacher dans les sous-sols de la forteresse, j'ai d√©couvert les traces de c√©r√©monies en l'honneur de divinit√©s bien plus dangereuses que ce qu'on peut attribuer aux Cathares. J'en suis m√™me arriv√© √† me demander si le si√®ge de Monts√©gur n'avait pas pour but r√©el que d'√©radiquer ces serviteurs des Anciens. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Il y a ici des serviteurs de Shub'Niggurath, Nyarlatothep et bien d'autres. Je pense que le meurtre de l'inquisiteur n'est qu'un pr√©texte. En r√©alit√©, les assi√©geants savent tr√®s bien ce qui se trame dans les souterrains mais ne peuvent se r√©soudre √† r√©v√©ler ces secrets au grand jour. Alors, sous couvert de combattre l'h√©r√©sie des Cathares, ils en profiteront pour faire le m√©nage aux sous-sols. " Est-ce que c'est une intrigue que tu as rajout√©e, o√Ļ est-ce pr√©sent dans le livre de jeu de Monts√©gur 1244 ?

S. "En effet, √† peine ai-je mis le nez dehors que j'entends d√©j√† les vives discussions concernant les proph√©ties et autres mises en garde apocalyptiques provenant d'un des patient de la l√©proserie. Je ne savais m√™me pas qu'il y en avait une ici. Quel int√©r√™t de garder ici ces malades? Autant les jeter par-dessus bord. " L'√©vocation d'√©pid√©mies et de masques de docteurs de la peste m'√©voque un d√©tour par le jeu de r√īle Macadabre...

T. " Involontairement, en raison d'une partie de leurs convictions, les Cathares renforcent ce culte puisqu'ils considèrent que, d'une certain façon, nous sommes déjà en Enfer." Effet de l'égrégore...

U. "Mais surtout, il parle de Millevaux. Et pas seulement de la for√™t, de leur monde, de leur Enfer. Il parle du Titan Millevaux¬†!" Pour la petite histoire, Gulix, l'auteur de Face au Titan, m'avait demand√© si je voulais bien √©crire un Titan Millevaux pour son jeu. H√©las, trop d√©bord√©, j'avais d√Ľ d√©cliner...

V. "Et je découvre aussi que Franky, le Soar, est parmi eux. " Je capte seulement maintenant que Franky n'est pas un simple cultiste, mais un Soar...

W. " Un travail de b√Ľcheron nous attend. Nous avons une for√™t √† abattre." Come get some !

X. "Quantus a la foi. Dieu l'a sauv√© par le pass√©. Il l'a sauv√© lors de cet accident qui aurait d√Ľ lui co√Ľter la vie. Et il a sauv√© son √Ęme de la folie en lui offrant de devenir un Exorciste. Il guidera ses pas encore aujourd'hui." J'y repense seulement maintenant, mais dans Les Exorcistes, il y a L'Apocalypse selon Millevaux, que tu as par ailleurs utilis√© dans des parties pr√©c√©dentes, si ma m√©moire est bonne... La lutte contre Millevaux s'inscrit donc comme une mission des exorcistes de la Cit√© Volante / inquisiteurs qui donnent le si√®ge √† Monts√©gur.

Y. "¬ę¬†Le Cruel Centip√®de est la maladie, la corruption. Il est une forme de vie en expansion, un parasite. Il peut prendre n'importe quelle forme tant qu'il respecte ce principe de pr√©dation, expansion et corruption. Une forme du Cruel Centip√®de est... un jeu. Un jeu de r√īle. Cr√©ez un jeu. Cr√©ez des personnages. Laissez-vous corrompre, transformer par ce jeu millevalien. Cr√©ez un monde et ses r√®gles. Cr√©ez un Cruel Centip√®de. Soyez Cr√©ateurs¬†! Soyez Joueurs¬†!¬†¬Ľ
    Les mots s'acc√©l√©raient dans la bouche de ODD qui ne parvenait plus √† suivre le rythme. Alors, le Lwa se tut. ODD sembla reprendre ses esprits. Il fouilla dans sa poche et en sortit une paire de d√©s √† 6 faces qu'il tendit √† Spike." H√© h√© mise en ab√ģme, quand tu nous tiens !

Z. Le terme de Forêt Verticale pour désigner le titan Millevaux est-il un clin d'oeil au texte de Claude Féry intitulé Dans la Forêt Verticale ?

AA. "Ce dernier explique qu'ODD est victime d'un des maléfices du Titan Millevaux. Comme tous ses habitants, il commence à perdre la mémoire." ça manquait, un peu d'oubli, dans cette campagne !

AB. "Ces mots sonnent √©trangement. Lucius, sans rel√Ęcher sa concentration sur la route, r√©fl√©chit. Certes, ils ont d√©cid√© de ne pas user de magie mais... le Cut-Up, est-ce de la magie¬†? Non¬†! Il ne sait pas d'o√Ļ lui viennent ces pens√©es mais il sait que le Cut-Up est avant tout un genre litt√©raire. Et aussi une fa√ßon de pratiquer le jeu de r√īle. Et l√†, tout s'√©claire. Le Cut-Up est une r√®gle du jeu, pas de la magie. Ils peuvent y recourir sans risque de trahir leur vŇďux de ne pas utiliser la magie corrompue des Anciens." Trop styl√©e cette mise en ab√ģme : ce n'est pas de la magie, c'est de la triche !

AC. "Alors qu'un nouvel opposant fait son apparition, ils se jettent hors du v√©hicule et se mettent √† l√©cher les arbres. Et, comme souhait√© bien qu‚Äôimprobable, ces derniers r√©v√®lent une piste. Aussi grotesque que ce soit, c'est en l√©chant les arbres et en reconnaissant la saveur des mal√©fices de Shub'Niggurath ‚Äď le go√Ľt de l‚Äô√Čgr√©gore¬†? ‚Äď qu'ils parviendront jusqu'√† son cŇďur. " Cela rappelle le baiser pr√©dictif dans Coelacanthes

AD. "Pour autant, je sais que l'esprit de Millevaux ne peut mourir. Il ne peut pas dispara√ģtre. Il y aura toujours un Millevaux tant qu'il y aura des Cr√©ateurs de jeux pour investir cet univers. Il y aura toujours un Millevaux tant qu'il y aura des Ma√ģtres du jeu pour explorer cet univers, le d√©former, le faire leur. Il y aura toujours un Millevaux tant qu'il y aura ne serait-ce qu'un seul Joueur, m√™me solitaire. Sans Ma√ģtre de Jeu ni m√™me n√©cessairement de r√®gles de du jeu.
    Le Titan Millevaux n'est plus mais le Joueur est toujours l√†. Alors, Millevaux reviendra par l'interm√©diaire du Cruel Centip√®de, et ce quel que sera sa forme ou son nom. Et si Millevaux revient, peut-√™tre que moi aussi, Tad Edes Corso, je reviendrai. "
Tr√®s sympa et √©pique, la conclusion - mise en ab√ģme :)



Réponse de Damien :

Olala, que de déjà vieilleries tu exhumes là ^^ [Note de Thomas : Ma réponse survient trois mois après la fin de la campagne]

A-bah ce n'est qu'une théorie des persos hein ^^ y a rien de prouvé !

B-je ne sais pas, je crois surtout que cette boisson est dégueulasse XD mais je ne peux pas dire, je ne bois pas d'alcool…

C-Non, ce sont surtout l'équivalent de nos gothos et fétiches. Mais elle, en l'occurrence est... autre chose ^^

D-Merci pour le lien. Depuis peu, je mate quelques Stendhal Syndrom justement, c'est vraiment chouette.

E-Et bien j'√©tais pass√© √† c√īt√© de l'existence de ce ver... C'est une info √† garder sous le coude pour plus tard. Merci !

F-Oui, là j'en ai fait une sorte de Soar. C'était ma façon de glisser vers la trilogie de la Crasse.

G-Ce stigmate est une cons√©quence du jeu 1000 Years Old Vampire  Bon jeu solo s'il en est.

H-Au départ, mon perso devait se taper la vampire évidemment mais... le destin en a décidé autrement. Là encore, magie du jdr en solo. Quoi qu'en disent les détracteurs de cette façon de jouer, on ne peut vraiment pas tout prévoir

I-NoAnde est une sorte de Soar millevalien mort-vivant sectateur de Shub-Niggurath. Ça commence à faire beaucoup ^^

J-Je crois que j'ai d√Ľ m'arr√™ter l√† certes pour m'offrir un pti cliffanger mais aussi parce que je ne devais plus trop savoir comment poursuivre ; donc, autant stopper, laisser m√Ľrir et reprendre plus tard. Magie du solo l√† encore:)

K1-Je ne connaissais pas Soth à l'époque. C'est réparé.

K3-Là encore, c'est tiré de la Crasse ^^ mais j'avoue que c'est pas évident pour moi de faire des Rps dans ce genre. Disons que c'est un exercice de style.

M-En fait, j'avais pr√©vu qu'un rituel soit accompli afin qu'il y ait une ¬ę pouss√©e millevalienne ¬Ľ et que la for√™t envahisse la cit√© volante. Et c'est vrai que j'aime bien cette id√©e de Millevaux comme menace plus que comme cadre. J'aime bien alterner les 2.

N-Là, c'est surtout que j'avais envie de rejouer à Montségur 1244 ^^

O-Certes, mais comme j'aime bien le bestiaire de Steamshadows, je les considère comme des horlas.

P-Bah, ça n'offusquerait que les sottes gens, non ?

Q-C'est possible. En tant que repère de gothos, ce dress code permet à bien des gens de cacher leur véritable nature. Et je ne joues pas assez les corax. Il faudrait que je leur consacre plus de temps.

R-Non non, c'est perso ça ^^ De mémoire, il n'y a rien de surnaturel dans Montségur 1244.

S-Mais j'aimerais bien jouer à Macadabre. Surtout que j'ai l'impression que je pourrais m'en servir comme Coelacanthes.

T-Peut-être ^^ en vrai j'en sais rien.

U-Dommage, quand j'ai commencé à m'intéresser à Face au Titan j'ai tout de suite pensé à Chtulhu et au Titan Millevaux et c'était clair que cette campagne aller maintenant dans cette direction. Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas garder cette idée pour mes prochaines campagnes.

V-Il s'appelle ainsi en référence à un morceau de Marilyn Manson ^^

X-J'aime bien ce jeu, Les Exorcistes. C'est en pensant à eux que j'ai créé Corso. Là, j'en ai profité.

Y-Franchement, ces mises en ab√ģme l√† sont super √† jouer:) c'est vraiment dommage de ne pas avoir sous la main un groupe de joueurs motiv√©s car... c'est vraiment super !!

Z-Oui ! Complétement. J'ai trouvé que ça sonnait super bien et ça aussi ce serait chouette que je le reprenne ^^

AA-Ouais, j'avoues oublier de faire oublier mes persos  c'est aussi pour √ßa que 1000 Years Old Vampire est int√©ressant, car il joue l'oubli justement.

AB-de la triche... disons que j'ai joué sur les mots ^^ si un PJ m'avait dit ça... j'aurais peut-être accepté.

AC-Ralala, je ne sais plus d'o√Ļ √ßa vient √ßa ^^

AD-je confesse une certaine tendresse pour Corso... m√™me s'il est mort comme une merde sur un bon vieux fumble des familles XD Je pense, j'aimerais, le rejouer plus tard. Ou jouer un autre Tad Corso en tous cas  Lui et Haze, je les aime bien. √áa pourrait faire le duo de ma prochaine campagne. Je verrais bien Haze en Mouche de la Crasse dans une r√©alit√© proche de la notre et Corso dans un Millevaux Vertical. Faut voir‚Ķ


Thomas :

A. En fait, l‚Äôid√©e d‚Äôutiliser l‚Äô√©gr√©gore comme √©nergie est √ľber cool. C‚Äôest juste qu‚Äôil y aura forc√©ment un retour de flamme.

B. En fait, je pensais que cette boisson faisait tomber les buveurs sous l'emprise des horlas. Ou alors √ßa pourrait √™tre un nutriment essentiel aux horlas. Bref, c'aurait √©t√© cool de lui trouver une justification, en fait l√† √ßa s'est av√©r√© √™tre juste un d√©tail sans importance :) [Dsl c'est le c√īt√© romancier qui parle. Ou lecteur curieux]

Q. Quelques comptes-rendus de partie mettant en scène des Corax :
Florence Charnelle
Venise Mortelle
Rome éternelle
Corbeaux des Balkans
La nef des fous
Cromlech 2

AA. Parmi les jeux Millevaux centr√©s sur l‚Äôoubli, il y a Les Rem√©morants  et D√©gringolade


Réponse de Damien :

Pour le A, c'est l'idée oui ^^ ptte que j'aurais l'occasion de tester ça dans un scenar. je suis aussi tenté par du Millevaux steampunk, ça pourrait le faire. et pour le B, bah ouais c'est vrai que je n'avais pensé à rie nde particulier si ce n'est que c'était le cocktail maison du bar quoi ^^ et merci pour ls liens, ça va encore me faires trucs à lire XD n'empêche, je viens de récupérer une aide de jeu pour évoquer la mort dans les jdr, je vais voir à intégrer ça aussi. ouais, j'avais lu Les remémorants, mais l'ayant lu en même tant que L'empreinte, j'avais préféré ce dernier auquel il faut vraiment que je joue au bout d'un moment!! et… Dégringolade? ça sort quand? ^^


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#47 17 Sep 2020 08:10

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

L'ENVOL DE L'ANGE

Nous exp√©rimentons une version queer et √©mancipatrice de la for√™t de Millevaux avec le mythique jeu de r√īle d‚ÄôAvery Alder¬†! Un actual play √† retrouver sur la cha√ģne Youtube 1 MJ de Trop et en mp3¬†!

Le jeu : Dream Askew, d'Avery Alder, vivre au sein d'une enclage queer et post-apocalyptique

Joué en ligne le 31/01/2020

Voir sur Youtube (cha√ģne 1 MJ de Trop)

Lire / télécharger le mp3

4410027200_7a42f32de6_z.jpg

image : © Q Center: Connecting the spectrum of Portland’s LGBTQ community


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#48 18 Nov 2020 16:46

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Syst√®mes Millevaux] Comptes-rendus de partie

CURIOSA PLAGA

O√Ļ les personnages tr√©buchent en plein Millevaux de l'An Mil. Une partie enregistr√©e par Claude F√©ry.

(temps de lecture : 3 minutes, temps d'écoute : 1H53)

Le jeu : Damnatio, le jeu de r√īle surnaturel de l'an Mil, par Yakaab Multiversalis

Joué le 22/06/2019

640px-Upper_palaeolithic_wall_painting_showing_wolf._Wellcome_M0011689.jpg
Wellcome Images, cc-by


Voici le témoignage audio d'une partie / tentative première de Damnatio de Yakaab. Nous avons joué en une heure et demie la moitié du scénario de découverte, Curiosa Plaga, adapté à notre table afin de l'insérer dans notre campagne Millevaux Mantra. Quoique je pense assez fidèle à l'esprit du jeu, il y a des morceaux de Millevaux dedans. La part de Millevaux et Mantra augmentera dans la suite que nous jouerons mercredi.
bonne écoute,


Partie précédente de la campagne Millevaux Mantra :
Ramasser la peau de leur voix à l'ombre de leurs gestes
Le prologue d’une campagne Millevaux Mantra Oniropunk jouée avec Sève et For the Queen !


Thomas, retour après écoute :

A. C’est embêtant de refuser à Xavier de tirer à l’arc pour le plaisir et de le forcer à être chasseur.

B. Intéressant la chaleur / sécheresse, ça change du climat froid et humide qu’on pratique le plus souvent à Millevaux.

C. √Ä nouveau le horla-loup est tr√®s peu d√©crit, c‚Äôest cool car √ßa laisse de la place aux interpr√©tations multiples et parano√Įaques

D. C’est cool que les personnages aient un repas végétal.

E. En terme de localisation, tu dirais que la partie se passe dans les Vosges ?

F. On ne sait pas si le vieux milites oublie ou arnaque les persos, c’est intéressant.

G. Intéressant de voir que le bulletin de sécurité émotionnelle t’a amené à occulter un aspect du scénario (la pédophilie, j’ai l’impression?).

H. La partie me semble archétypale de tes intrigues habituelles. Penses-tu avoir été fidèle au scénario ou te l’es-tu beaucoup approprié ?

I. Hum, je sens que le perso mordu va devenir un loup-garou.

J. Tu parles de pervasivit√© et oui, les joueuses auraient demand√© une description plus ample de la cr√©ature, en mode time freeze, √ßa se serait pass√© diff√©rement. Mais √† l‚Äôinstar des personnages, elles ont plut√īt r√©agi en mode instinctif sans prendre le temps de se poser.

K. L√Ęcher des chiens enrag√©s chez l‚Äôennemi¬†: √©tonnante anecdote¬†historique !


Claude :

A. L'an mil n'est pas une √©poque caract√©ris√©e par l'ouverture d'esprit, la libert√© individuelle, etc.. Avant de d√©buter la cr√©ation de personnages j'ai pris l'attache de Yakaab afin de d√©terminer l'incidence de la jeunesse des personnages au regard des points de cr√©ation. Pour lui la r√©ponse tenait en l'absence d'aptitudes de combat ou d'aptitude sp√©cialis√©e. Gabriel a choisi la lecture de la bible avec le prieur en r√©duisant ses aptitudes g√©n√©rales, tandis qu'Alexane et Xavier ont choisi des aptitudes de combat. Dans la mesure o√Ļ leur groupe est un groupe d'enfants marginaux et cr√®ve la faim, le braconnage sur les terres du Duc de France fait sens.

B. C'est la caractéristique mise en avant pour décrire l'époque. Un réchauffement graduel qui accompagne les mutations culturelles politiques et religieuses.

C. Dans le scénario de Yakaab ce sont des chiens errants et affamés, qui errent dans la brume suscitée par le démon Mardas. J'ai tenté de demeurer le plus ambigu possible sur leur aspect. Xavier a commenté qu'ils ne font pas peur lorsque le premier s'approche de Camille.
En revanche, les descriptions brèves et parfois contradictoires font que lorsqu'Hélinant est confronté à la gueule de la bête il est terrorisé et Xavier surtout qui fond en larmes.
Ce ne sont pas alors des chiens, des loups ou même des loups garous mais l'incarnation de la peur du loup.
Par là j'entends que mon intention était bien de proposer ces molosses terrifiants à la frontière du fantastique.
En revanche je regrette que Xavier ait eu aussi peur.

D. Le choix d'une communauté pauvre dans ce contexte permet de s'inscrire dans une dimension de frugalité et de respect de la Nature.

E. Non pas du tout. L'ancrage géographique est très clair. Ce sont des serfs du duc de Sinletis, (Senlis) , Robert le pieux, roi des hommes libres, des francs, second des capétiens. Ils se perdent en forêt d'Halatte, forêt domaniale du roi, pour déboucher dans la vallée de Criolo (Creil), dans le hameau de Mortefontaine, (Villers-Saint-Paul) domaine de Foulque. Nous jouions dans l'Oise.

F. Il ne le sait plus lui même, il est rongé par le démon de la maladie qui lui boulotte ses souvenirs.

G. La méchante du scénario a été violée et laissée pour morte par son seigneur. Rongée par l'esprit de vengeance elle propage la maladie par son souffle possédée par le démon.
Interdits : rapport charnel, pédophilie, viol.

H. Foulque est un d√©v√īt. Il ne supporte pas son penchant jamais assouvi pour les femmes qui l'entourent. Le d√©mon l'habite et par son souffle il emporte dans la pestilence les femmes tentatrices.
Foulque, alli√© ind√©fectible des cap√©tiens, fut un d√©v√īt cruel et violent au point de choquer ses contemporains. Il tenta de racheter son √Ęme souill√©e en b√Ętissant des √©glises et des clo√ģtres.

I Camille sera possédé par le démon (non prévu, résultat du tirage du tarot en début de seconde session)

H.
Voici la réaction de Yakaab après écoute :

Salut,

J'apprécie beaucoup la façon dont tu t'es approprié Curiosa Plaga pour le transposer en un autre lieu. Tu utilises le jeu comme un support d'apprentissage historique et c'est tellement ce que j'avais en tête en créant ce jeu.
L'immersion est excellente ; la narration sublime le scénario et comble ses manques.
Ce f√Ľt vraiment un r√©gal √† √©couter.
Merci encore.

Je ne sais plus lequel de tes deux grands fils, peut-être les deux, fait une remarque sur l'équilibre du mélange historicité / fantasy, mais c'est ce que je vise. De même pour le système qui mêle volontairement ludicité et narrativiste : je veux que chacun y trouve son compte.
En tout cas, avec un MJ de ta qualit√©,  Damnatio prend toute sa dimension. C'est un pur bonheur pour moi.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

Pied de page des forums