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#1 18 Oct 2019 09:41

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

Voil√†, je me lance enfin dans la r√©daction d'un roman Millevaux. J'ai mis beaucoup de temps pour sauter ce pas, car pour avoir √©crit quelques romans, je sais que c'est difficile. Mais aujourd'hui, j'ai un arri√®re-monde tr√®s solide (la for√™t de Millevaux) et j'ai aussi trouv√© le moyen de g√©n√©rer de l'histoire sans effort : utiliser des jeux de r√īles et des aides de jeu. Une apr√®s-midi par semaine, je vais donc m'astreindre √† √©crire √† partir de mat√©riau ludique, un peu comme un jeu de r√īle solo textuel, mais avec une certaine attention port√©e au style. Je ne me donne pas de direction pr√©cise et aucun personnage n'est sacr√© : le jeu me dira o√Ļ √ßa nous m√®ne. Afin de me motiver, je vous propose donc chaque semaine de d√©couvrir mon travail en feuilleton. Nous verrons o√Ļ cela nous conduira. En tout cas, je peux vous dire o√Ļ √ßa commence : dans les Vosges. Dans le mufle m√™me des Vosges.

√Čpisodes :

1. Le centre du Monde
Premier chapitre du roman Millevaux "Dans le mufle des Vosges", r√©alis√© gr√Ęce au jeu de r√īle Les Exorcistes et √† quelques aides de jeu !

2.La folie du cordelier
Chose promise, chose due, je continue mon roman Millevaux. Les deux Soeurs exorcistes partent à la rencontre de l’idiot du village coupable de sacrilège.

3. Un exorcisme dans le poulailler
O√Ļ l‚Äôon en apprend plus sur les lunaires habitants du village, et sur les turpitudes morales de nos deux nonnes exorcistes.

4. Purification
La violence monte au village et la légitimité des exorcistes est remise en cause.

5. Face à la diablerie
Les exorcistes font enfin la rencontre du v√©ritable d√©mon qui faisait peser sa menace sur le village. Et √ßa va faire tr√®s mal ! Je passe ensuite √† un nouveau jeu de r√īle avec le v√©n√©neux L'Empreinte.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#2 18 Oct 2019 09:44

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

LE CENTRE DU MONDE

Premier chapitre du roman Millevaux "Dans le mufle des Vosges", r√©alis√© gr√Ęce au jeu de r√īle Les Exorcistes et √† quelques aides de jeu !

Jeu principal utilisé : Les Exorcistes, de Batronoban et Trickytophe (auquel j'ai aussi pas mal contribué avec le texte de l'Apocalypse de Millevaux et tout le chapitre sur la résolution diceless)

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l'image)

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Ske, Giles Watson, cc-by-sa, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux


Présentation :

Voil√†, je me lance enfin dans la r√©daction d'un roman Millevaux. J'ai mis beaucoup de temps pour sauter ce pas, car pour avoir √©crit quelques romans, je sais que c'est difficile. Mais aujourd'hui, j'ai un arri√®re-monde tr√®s solide (la for√™t de Millevaux) et j'ai aussi trouv√© le moyen de g√©n√©rer de l'histoire sans effort : utiliser des jeux de r√īles et des aides de jeu. Une apr√®s-midi par semaine, je vais donc m'astreindre √† √©crire √† partir de mat√©riau ludique, un peu comme un jeu de r√īle solo textuel, mais avec une certaine attention port√©e au style. Je ne me donne pas de direction pr√©cise et aucun personnage n'est sacr√© : le jeu me dira o√Ļ √ßa nous m√®ne. Afin de me motiver, je vous propose donc chaque semaine de d√©couvrir mon travail en feuilleton. Nous verrons o√Ļ cela nous conduira. En tout cas, je peux vous dire o√Ļ √ßa commence : dans les Vosges. Dans le mufle m√™me des Vosges.


Chapitre 1

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Wandervogel des Waldes, par Lord Lovidicus, du dungeon-synth aux accents de folk médiéval, patient, nostalgique et atmosphérique.

Des coups insistants agitent la clenche de fer sur le portail de l'Eglise Saint-Rémy, frappés si forts qu'ils arrivent presque à couvrir le tambourinement de la pluie. Le temps s'écoule et les coups redoublent. Derrière la porte, on finit par entendre : "Une minute, une minute !", un bruit de clefs et enfin la sous-porte s'ouvre sur un prêtre en forme de tonneau, le nez armé de bésicles, les cheveux blancs de la tonsure en désordre. "Restez pas toquer, rentrez, rentrez, restez pas puisées !"

Celles qui ne sont font pas prier pour s'engouffrer, ce sont deux bonnes soeurs accompagn√©es d'un √Ęne qui a les quatre pieds blancs et les oreilles √† l'avenant, et le bout du nez p√Ęle. Les trois sont tremp√©s comme des soupes, d√©goulinants, sombres et d√©lav√©s √† la fois. Le cur√© commence √† bou√Ęler quand l'√Ęne tout crott√© se fraye un chemin dans la nef, mais la plus jeune des soeurs tape du pied d'un coup si fort qu'il se tait.

"Merci, merci, fait la plus √Ęg√©e. Je suis la Soeur Jacqueline, et voici la Soeur Marie-des-Eaux. Nous venons du couvent des Soeurs du Tr√®s-Saint-Sauveur, et nous sommes mandat√©es par le dioc√®se de Saint-Di√©."
Encadré par son voile, la Soeur Jacqueline avait un visage tout rond qui la rendait difficile à dater. A la rigueur, la couperose de ses joues aidait davantage, environ la cinquantaine arrosée à la bière de lichen. Elle avait une voix forte mais douce et posée à la fois, qui rassura le curé.
"J'pensais pas qu'la forêt serait aussi drue si bas dans la vallée."
En effet, elles n'en avaient émergé que pour tomber sur le panneau du village, Les Voivres, tout bouffé par des lichens en forme de trompette.
"Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Les Voivres, ça veut dire les Friches."

Soeur Marie-des-Eaux √©tait pour sa part tr√®s jeune. Sa robe de novice √©tait ceintur√©e de porte-accessoires, ce qui d√©notait un c√īt√© baroudeur plut√īt surprenant pour une nonne. Mais elle n'avait pas la t√™te du m√©tier de toute fa√ßon. Elle avait un visage ferm√© et semblait en permanence sur le qui-vive. Entre l'√©quipement qui la surchargeait, livres et outils, sa silhouette maigre comme un coup de trique et ses traits androgynes, elle √©tait difficile √† genrer. D'ailleurs, le cur√© s'est surpris √† parler d'elle au masculin, et c'est ce que tout le monde faisait en g√©n√©ral :
"Comment il a fait pour traverser toute la forêt depuis Saint-Dié ?
- C'est le Maurice, c'est notre √Ęne. Il conna√ģt par coeur cette route du dioc√®se, on n'a fait que de le suivre, et puis des fois on a demand√© notre chemin pour v√©rifier, ou on a rejoint les caravanes qui nous paraissaient les plus honn√™tes.
- J'suis l'abbé Houillon, je ne fais que l'église des Voivres et la chapelotte de Bonne-Espérance. Alors vous avez enfin reçu un de mes pigeons ? Je pensais qu'ils s'étaient tous fait bouffer.

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Flykt, par Forndom, du dark folk √©th√©r√© et paganiste au cŇďur des for√™ts glaciales du Grand Nord.

- Si nous en avons reçu un, annonça la Soeur Jacqueline. Nous avons un mandat d'exorcisme du diocèse de Saint-Dié.
- Attendez, vous vous allez peut-être vite en besogne ! Suivez-moi, je vais vous expliquer."

L'église des Voivres était assez grande pour un si petit patelin, elle était brute, austère, craquelée de menaçante fissures. Mais les vitraux avaient de la gueule, les couleurs étaient pas trop passées et mettaient un peu de gaité sur la toile de branchages qu'on devinait juste derrière.
Les soeurs not√®rent les d√©bris d'un grand lustre, mis de c√īt√©. Maurice lapait dans le b√©nitier.
"Pourquoi ça s'appelle l'Eglise Saint-Rémy ?", demanda la Soeur Marie-des-Eaux. En bonne mémographe, elle posait toujours un tas de questions sur tout.
Pas peu fier, l'abb√© Houillon montra du doigt la fresque au-dessus de l'h√ītel. Elle √©tait fissur√©e, √©caill√©e, mais on voyait encore quelques d√©tails.
"L'évêque Saint-Rémy. C'est lui qui a baptisé le roi des Terres Franques.
- Vraiment ?
- Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Les Voivres, c'est le centre du monde."

Puis il leur montra un socle o√Ļ aurait d√Ľ reposer une statue.
Le bruit de la pluie au-dehors donnait l'impression que l'église était sous un bombardement. Saleté d'automne qui commençait.
"J'envoie de temps en temps des pigeons pour donner des nouvelles au dioc√®se. Voil√† ce qui s'est pass√© la derni√®re fois. Basile, c'est l'idiot du village, qui vit chez ses parents dans le hameau du Chaudron. Et bien l'autre fois il √©tait dans la grand-rue pour vendre des cordes - il fabrique des cordes -, et les gars du village l'ont fait boire. Alors il est rentr√© dans l'√©glise, compl√®tement foing√© si vous me permettez, et il a cass√© le lustre avec un b√Ęton. Il a aussi cass√© la main et le visage de la statue de J√©sus-Cuit. Mais bon, c'est tout. Ses parents le tiennent enferm√© maintenant, il sortira plus. Fin de l'histoire. Je ne crois pas que √ßa n√©cessite un exorcisme. Je suis d√©sol√© que vous vous soyez d√©plac√©es pour rien.
- Bon, fit la Soeur Jacqueline, visiblement soulagée. Mais peut-on quand même vous demander l'hospitalité pour la nuit ?
- Je vous en prie, vous pourrez dormir au presbyt√®re et on va mettre votre √Ęne dans la grange. Mais avant, je tiens √† vous inviter au repas de ce soir, √† l'Auberge du Pont des F√©es. Je dois b√©nir le cochon. C'est pour la Saint-Constant.
- Volontiers, mais pouvons-nous juste nous retirer un instant pour sécher nos affaires ?"

Dans l'intimité du presbytère, les soeurs retirèrent leurs voiles. La Soeur Jacqueline avait une longue chevelure blanche tissée de gris qui sentait la sueur et la bougie. La Soeur Marie-des-Eaux avait les cheveux courts en bataille et une odeur animale, qui confirmait l'air de sauvageon qu'elle était, toujours au fond d'elle, malgré le vernis de culture qu'on lui avait inculqué à coup de triques - pour ne citer que la méthode la plus douce - au couvent des Soeurs du Très-Saint-Sauveur, et avant, par son mentor mémographe.

La Soeur Jacqueline retira sa robe pour l'essorer. Elle avait des formes g√©n√©reuses, suaves, ce qui laissait sa consoeur absolument indiff√©rente, elle qui avait tendance √† consid√©rer les autres √™tres humains comme des sortes de machines, et s'en d√©sint√©ressait de la minute o√Ļ elle avait √©valu√© leur niveau de dangerosit√© et les avait consid√©r√©s comme inoffensifs. Ce qui √©tait le cas de la Soeur Jacqueline, qui n'√©tait jamais sortie de son couvent, c'√©tait la plus inoffensive et na√Įve des compagnons de route qu'il lui √©t√© donn√© d'avoir. M√™me l'√Ęne Maurice avait plus de malice.

Tandis que la Soeur Jacqueline faisait trisser de sa robe l'équivalent d'une ou deux baugeottes d'eau, la Soeur Marie-des-Eaux s'employa à vérifier le tranchant de son Opinel, qu'est-ce qu'une bonne soeur faisait avec un schlass pareil, la Soeur Jacqueline se demandait bien. C'était un couteau de belle facture avec une lame damasquinée. Les ondulations et les noeuds sur son acier répondaient aux lignes du bois du manche. La Soeur Marie-des-Eaux ré-aiguisa le fil avec une pierre trempée dans l'eau. "J'ai vu une meule dans la grange, je ferai ça mieux tout à l'heure."
Elle arrêta son aiguisage en plein milieu et sortir son carnet de mémographe pour fouiller dedans. Elle tourna nerveusement les pages craquantes du volume encombré d'herbiers et de marque-pages, pour s'arrêter sur l'éphéméride.
"C'est le jour de l'équinoxe d'automne. Quel genre de chrétiens sont-ils aux Voivres pour fêter une saison aussi pourrie ?"

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Pilgrimage, par Om, du doom / folk à chant clair, ritualiste, mystique et cyclique, pour un séjour dans les dédales de la raison et de l'égrégore.

Pour se rendre √† l'Auberge du Pont des F√©es, il suffisait de descendre la grand-rue. Certes, elle √©tait encombr√©es d'arbres qui avaient pouss√© charnus en travers des pav√©s, mais c'√©tait autre chose que le front v√©g√©tal qui cernait toute la grand-rue. La pluie s'√©tait calm√©e, mais la bise l'avait remplac√©e, pour geler l'eau qui √©tait prise dans leurs os. Le ciel couvert de nuages √† en crever, n'√©tait qu'une masse pituitaire et scabreuse qui ne laisserait plus passer la lumi√®re du soleil avant le printemps, pour sinon qu'une telle saison exist√Ęt dans le val de V√īge.

L'Auberge √©tait de bonne taille et le cur√© leur expliqua qu'on venait encore de loin pour y profiter du g√ģte et de la bonne ch√®re. La Soeur Marie-des-Eaux se demanda √† quel point dans le val de V√īge on √©tait assez stupide pour risquer sa peau √† travers la for√™t juste dans la perspective d'un bon gueuleton.

A l'int√©rieur, c'√©tait pour ainsi dire, dans son jus. On rentrait par un petit bistrot o√Ļ campait Vauthier, le pilier de comptoir, un petit moustachu tout habill√© en jaune dans ses sabots, avec le petit carrelage tout d√©color√©, et l'arri√®re-salle avec des tableaux de clown qui aurait fait peur au plus d√©rid√© des ivrognes.

Le cur√© les conduisit dans la cuisine tout en couloir pour leur pr√©senter la Bernadette, la tenanci√®re de l'Auberge. Elle leva le nez de ses fourneaux pour les saluer d'une solide poign√©e de main. La Soeur Jacqueline sentit une vague de chaleur monter et √ßa ne venait pas que de la cuisine. La Bernadette √©tait souriante, √† peu pr√®s de son √Ęge, celui qu'il est impossible de d√©terminer, elle √©tait toute en chair, et on ne sait pourquoi Jacqueline attarda son retard sur le grain de beaut√© que la cuisini√®re avait √† la joue. Un macaron d'une certaine taille, de ces excroissances qui font partie de nous mais qui en m√™me temps semblent des corps √©trangers avec leur volont√© propre. Elle fut incapable de bafouiller quoi que ce soit d'intelligible, et voyant qu'elle bresaillait, la Soeur Marie-des-Eaux la bouscula pour adresser une poign√©e de main tout aussi ferme √† la cuisini√®re et mettre court √† ce moment g√™nant comme l'√©taient tous les types de relations humaines.

Un hurlement - braillard - une bou√Ęlante de tous les diables dans la remise, c'est qui les accueillit quand le cur√© les amena b√©nir le cochon. La b√™te √©tait encore bien vivante, encore que les gars des Voivres s'employaient fort √† y mettre un terme. C'√©tait un porc d'une envergure exceptionnelle, puant et crott√© comme c'√©tait pas permis. Ils √©taient une dizaine de gars, en costume traditionnelle, chemise blanche, gilet noir, √† le ceinturer avec des cordes - ironie du sort, s√Ľrement celles vendues par Basile - et √† le bourrer de coups de sabots. Y'en avait trois rien que sur le dos de l'animal pour le contenir. Fr√©chin, le maire du village, un type colossal d'un embonpoint baroque, rouge dans l'effort, la moustache frissonnante, un gars qui avait tout de suite une t√™te sympathique, se vit attribuer l'honneur de la mise √† mort.

Le cochon fixa sauvagement la Soeur Marie-des-Eaux dans le regard. Elle sentit quelque chose passer, de complètement fou. Est-ce qu'il l'appelait à l'aide ? Elle porta la main à son Opinel, mais la Soeur Jacqueline l'arrêta d'un geste de la main.

Tandis que les gars maintenaient comme ils pouvaient la t√™te du porc en veillant √† pas se faire mordre, le maire sortit un pistolet d'abattage et le plaqua sur le cr√Ęne de la b√™te. Il y eut une d√©tonation brusque quand le poin√ßon sortit du canon et traversa l'os. Mais ils devaient pas avoir les bonnes cartouches, peut-√™tre ils n'avaient que des cartouches √† vache, o√Ļ peut-√™tre qu'il avait pas appuy√© au bon endroit, car le cochon tomba pas raide mort comme c'√©tait pr√©vu. Il se redressa sur ses pattes, se cambra, envoyant valser les paysans dans tous les sens, et il gueula de toutes ses forces, un truc qui fit vibrer toute la remise et qui raisonna dans les fibres des muscles et de la cervelle de tout le monde, un appel, une plainte, des borborygmes de sang et de salive, une voix.

"La langue putride.", siffla la Soeur Marie-des-Eaux entre ses dents. Elle frissonnait comme un fétu et la Soeur Jacqueline jeta un manteau sur leurs épaules pour s'épargner la suite du spectacle.

"M√ī√ī√ī√īnnnn la vache !, protesta Fr√©chin avant de poin√ßonner deux ou trois fois de plus la gueule du cochon. Elle tomba sur la terre battue en soulevant des kilos de poussi√®re et de merde, et tout le monde sauta sur la fra√ģche carcasse pour la d√©biter avec les couteaux et les feuilles de boucher. Il y avait foutrement assez de sang pour faire du boudin pour toute l'ann√©e, et on dit m√™me que cette nuit-l√†, on avait perdu le p√®re Fanfan et on l'a retrouv√© prisonnier dans une des saucisses qu'on avait faite avec l'animal.


Lexique :

clenche = poignée
puisé = trempé
bou√Ęler = r√Ęler
chapelotte = petite chapelle
foingé = saoul
schlass = couteau
baugeotte = grand panier en osier à deux poignées
bise = vent du nord
brésailler = lambiner, rester à rien faire ou tourner en rond


Bilan :

Je pensais que j'arriverais plus loin dans la fiction, mais j'ai perdu un peu de temps sur la mise en place, pas mal de recherches internet sur le terroir vosgien et sur la religion, et puis j'avais des images fortes en tête depuis une semaine de brainstorming, donc j'ai voulu prendre le temps de les mettre en place.
Du fait de cette avancée lente, je n'ai pas vraiment utilisé les règles des Exorcistes, mais en revanche la création de personnage m'a bien aidé et j'ai pas mal d'idée en réserve juste à partir de ce qu'on sait de l'historique des Exorcistes.
Comme aide de jeu, je n'ai finalement utilis√© qu'un seul tirage de l'Almanach (un truc qui parle de cordes et d'√©gr√©gore, d'o√Ļ la profession de Basile) et trois tirages al√©atoires de musiques d'ambiance.
En tout cas, je suis assez content du résultat, j'utilise beaucoup d'anecdotes de mon vécu ou de choses entendues ici ou là, et c'est très plaisant de passer tout ça à la moulinette de la fiction. J'ai aussi aimé placer des termes-clefs de Millevaux sans les expliciter pour le moment, j'espère pouvoir continuer dans cette veine d'une introduction très progressive de l'univers.
Bref, √ßa m'a fait beaucoup de bien et j'ai h√Ęte d'√™tre √† la prochaine session d'√©criture !


Jauges communes :

Sainteté : 6
Bougies : 0
Chemin de Croix : 0


Feuilles de personnage :

Deux Soeurs du Très-Saint-Sauveur (ordre chanoine, couvent à Saint-Dié)

Soeur Jacqueline

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu r√©cemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait √©t√© clo√ģtr√©e pour contrer son penchant √† la luxure, et qu'on l'ait incit√© √† oublier son pass√© (onction √† l'eau b√©nite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées


Soeur Marie-des-Eaux

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide d√©termination. Parano√Įaque et violente. A re√ßu une formation de m√©mographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- √āne

Lien avec autre PJ :
A sauv√© la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre √ßa dans les dents. La na√Įvet√© de Soeur Jacqueline a failli leur co√Ľter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#3 22 Oct 2019 05:48

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

LA FOLIE DU CORDELIER

Chose promise, chose due, je continue mon roman Millevaux. Les deux Soeurs exorcistes partent à la rencontre de l'idiot du village coupable de sacrilège.

Joué / écrit le 21/10/2019

Jeu principal utilisé : Les Exorcistes, de Batronoban et Trickytophe (auquel j’ai aussi pas mal contribué avec le texte de l’Apocalypse de Millevaux et tout le chapitre sur la résolution diceless)


Avertissement : contenu sensible (voir détail après l'image)

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James C Farmer, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : mort d'enfant (graphique), cruauté envers les animaux


Passage précédent :
1. Le centre du monde


L'histoire :

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Antlia, par Drome, un drone expérimental qui dresse tout un paysage de fermes hantées pour l’éternité.

Le banquet battit ensuite son plein. On jeta un ou deux tocs dans la grande cheminée et la grande salle s'emplit d'une odeur de résine et de suie qui fit du bien aux nerfs et aux corps, si bien que les plus inaptes à la fête finirent manifester l'enthousiasme que la bière de lichen n'avait pas encore réussi à réveiller. Seule la Soeur Marie-des-Eaux gardait cet air renfrogné que seules les personnes comme elles, atteintes de douleurs chroniques, pouvaient affiché, ce renfermement indéridable des traits, cette torture de la chair imprimée dans la face, parce que quand les gens des Voivres trinquaient en l'honneur de l'automne, rejoints par la Soeur Jacqueline qui ne se faisait jamais prier pour partager les instants de convivialité, et bien la Soeur Marie-des-Eaux restait prisonnière de ses os qui lui rentraient dans les organes, elle continuait donc à grincer des dents et ne daignait même pas faire semblant d'être heureuse d'être là.

Elles √©taient en bout de table avec Fr√©chin et l'abb√© Houillon, la place d'honneur dos √† la chemin√©e, avec les craquements du bois qui se joignait aux conversations. A l'autre bout, accompagn√© de sa cour avide de ragots, un homme √©dent√© d'√Ęge canonique, avec des lunettes noires qui lui occupaient tout le visage. On le leur d√©signa comme l'Oncle Mougeot, une sorte de contre-pouvoir dans le village.

La Bernadette, tout sourire, leur servit le cochon qu'elle venait d'apprêter, il était tout en sauce, et les parts étaient généreuses et Fréchin et l'Abbé Houillon eurent même un bout de la tête et de la cervelle, que le curé s'empressa de vanter comme étant la partie la plus noble du plat, les viandes blanches étant le lot des enfants et des sots. La Soeur Marie-des-Eaux refusa son assiette, et obligea la cuisinière à ne lui servir que des oignons. La Soeur Jacqueline porta la viande à sa bouche avec délice, mais elle n'eut le bonheur que d'une bouchée car la Soeur Marie-des-Eaux planta son Opinel sur la table avec un "N'y touchez pas !" qui n'aurait supporté aucune réplique.

La Soeur Jacqueline devait se confesser une chose : son novice lui faisait peur. Pour se consoler de ne pouvoir manger plus de cochon, elle en parla :
"D'o√Ļ vous vient un si beau cochon ?
- C'est un cochon des Soubise, expliqua l'abbé Houillon. Ils l'ont offert en l'honneur de Saint-Constant.
- Et ils sont là les Soubise ?
- Non. Vous savez, ils ne sortent pas beaucoup de leur ferme. C'est la prochaine après l'Auberge.
- Comment ils font pour avoir un tel morceau ?, demanda la Soeur Marie-des-Eaux.
- Alors là, vous m'interrogez sur les mystères de l'élevage."

Il y eut m√™me du dessert avec de la tarte aux brimbelles qui fit le bonheur de la Soeur Jacqueline et dont Soeur Marie-des-Eaux ne mangea qu'une fourchett√©e. Et un gars sortit un accord√©on tout r√Ęp√©, on se mit √† chanter et √† danser. Il y avait des guirlandes de feuilles mortes et de la goutte en l'honneur de l'automne. La Soeur Marie-des-Eaux jetta son verre de goutte dans le feu, mais la Soeur Jacqueline ne se fit pas prier. La mirabelle titrait fort, elle s'empourpra aussit√īt, elle se sentait environn√©e de chaleur √† l'int√©rieur comme √† l'ext√©rieur, la gorge lui piquait et la t√™te lui br√Ľlait. C'√©tait agr√©able. Il n'y avait pas que des choses terribles dans ce monde.

La Bernadette leur demanda, avec sa voix caractéristique, calme, presque endormie, empreinte de bienveillance :
"Alors comme ça vous venez pour un exorcisme ?"
Ce fut la Soeur Jacqueline qui répondit, car la Soeur Marie-des-Eaux était définitivement dans la bouderie.
"Au départ, oui, nous sommes assermentées pour ça. Mais ça ne sera pas nécessaire. Donc nous profitons de votre hospitalité puis nous repartirons à Saint-Dié."
A voix basse, la Bernadette conclut : "De toute façon, je crois que vous voyez les choses avec un biais. Il faudra que je vous explique tout ça."

Un instant d'après, elle dansait avec la Bernadette. La cuisinière avait des yeux plissés derrière ces lunettes, elle avait un sourire qui était taillé pour accueillir les étrangers. Et elle invitait la Soeur Jacqueline dans son rythme.

La Soeur Marie-des-Eaux était économe sur toutes les ressources du groupe, mais faisait une exception avec les bougies. Ce soir encore, dans la petite chambre dans les combles que la Bernadette leur avait douillettement installée, elle maintint l'éclairage jusque fort tard pour tenir à jour son carnet.

Tout en t√Ęchant de trouver le sommeil, la Soeur Jacqueline la regardait noircir les pages de ses pattes de mouches, une √©criture serr√©e, les mots soud√©s les uns aux autres et recroquevill√©es dans une forme d'√©criture cryptique, presque larvaire, con√ßue pour faire durer les carnets le plus longtemps possible et rester herm√©tique √† la lecture des curieux.
"Quelle importance ?, songea la Soeur Jacqueline. Si le petit venait √† dispara√ģtre, personne ne pourra rien comprendre au charabia de son journal et savoir ce qui lui est arriv√©. Lui-m√™me, est-il seulement capable de se relire ?"

Au petit matin, la Soeur Jacqueline mangeait en douce du saucisson offert par la cuisinière, quand elle vit le novice descendre l'escalier, tout équipé. Elle repoussa son assiette vite fait.

"On va quand même aller faire un tour voir Basile. Juste pour avoir sa version des faits. C'est bien au lieu-dit Le Chaudron qu'il habite ?
- Oui, fit la Bernadette.
- Et pourquoi ça s'appelle Le Chaudron ?
- ça, c'est juste des légendes locales.", conclut-elle avec un regard appuyé vers la Soeur Jacqueline.

L'abb√© Houillon trouva inutile de les accompagner. A vol d'oiseau, le Chaudron √©tait tout proche et par ailleurs les soeurs choisirent de couper au plus droit en √©vitant les sentiers communaux, mais la for√™t √©tait si √©paisse que la travers√©e prit un temps cons√©quent. C'√©tait de la pente et des talus, le sol glissant bourr√© de lombrics et l'ombre des √©pic√©as, et l'√Ęne Maurice ren√Ęclait √† progresser, d√©montrant √† nouveau sa haine proverbiale du hors-piste. Il ne pleuvait presque plus mais les aiguilles charriaient la flotte de la veille, si bien qu'elles √©taient tout autant puis√©es. Il y avait peu de marques de coupe sur les arbres, apparemment l'activit√© foresti√®re √©tait moins d√©velopp√©e que dans les Hautes-Vosges, √† croire que les gens des Voivres se terraient dans la grand-rue et n'en sortaient point. Et √† se demander si les animaux √©taient √† l'avenant, car on n'entendait que le coucou.

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Death will someday set you free, par Ghostly Graves, du folk occulte pour western fant√īme.

Elles arrivèrent dans un verger de mirabelliers qui menaçait de se faire engloutir. Une dizaine d'arbres noircis, tordus et souffreteux qui correspondaient à ce que la Bernadette leur avait indiqué comme point de repère (bien qu'elle les eut aussi déconseillé d'éviter les chemins communaux). Il y avait des fruits pourris et des chiures d'animaux aux pieds.
"Il faut descendre comme ça à peu près de biais et ce sera la deuxième ferme.", annonça la Soeur Jacqueline. Puis elle déglutit avec peine. Les grognements qui venaient dans son dos lui avaient coupé le sifflet. La Soeur Marie-des-Eaux fourbit son Opinel.

Trois loups, d√©gueulasses, tous √† moiti√© br√Ľl√©s, la chair √† vif et suppurente (les s√©quelles d'une attaque de camp ?), les avaient encercl√©es sans bruit et maintenant s'approchaient. √ßa se voyait √† leur peut museau qu'ils crevaient de faim. Le novice lan√ßa son bras arm√© vers l'une des b√™tes mais elle lui attrappa le bras entre ses crocs et s'y accrocha comme une tique √† un mollet. La Soeur-Marie-des-Eaux fit abstraction de la douleur, mais elle se retrouvait bloqu√©e comme un con et d√©j√† un deuxi√®me loup arriva dans son dos tandis que le dernier se mit √† gueuler d'un air si sinistre que le novice se rendit enfin compte qu'il √©tait temps d'avoir peur. La Soeur Jacqueline tenta de grimper dans un mirabellier, mais les branches p√©taient sous son poids et d√©j√† le loup gueulard courait vers sa couenne, et l√†-dessus la chanoinesse ne savait plus s'il fallait prier le Vieux ou le Diable pour s'en sortir. Le secours lui arriva d'un endroit inattendu : Maurice d√©cocha une ruade au loup gueulard et le bruit de ses c√ītes cass√©es rappela en plus gros celui d'une coquille d'oeuf qu'on √©crase entre ses doigts. Le loup mutil√© p√©dalait dans la gadoue, tournant sur lui-m√™me et jappant, au supplice. Les deux autres s'enfuirent sans demander leur reste.

La Soeur Marie-des-Eaux se précipita vers leur bête de somme, lui carressant le flanc. "Je crois que tu es l'élément le plus efficace de notre équipe, mon vieux."

La Soeur Jacqueline était pour qu'on décampe en laissant le loup à son sort. Mais La Soeur Marie-des-Eaux protesta : "Il faut qu'on abrège ses souffrances." Et le novice se comporta d'une façon que la Soeur Jacqueline détestait, parce que ça la déstabilisait totalement : dans les moments d'action urgente comme celui qui avait précédé, la Soeur Marie-des-Eaux était d'une implacable rapidité, comme il se mouvait dans sa propre unité temporelle. Donc sa déclaration ne souffrait pas la discussion, parce que déjà elle était sur l'animal et son bras avait décrit un arc-de-cercle au-dessus de sa gorge et l'Opinel crachait un flot de sang noir.

D'abord il y eut la douleur du choc mental, comme un réseau de neurones qui explose, mais la douleur était une compagne familière, et après il y eut le flachebacque du loup, et ça, nul ne peut s'y habituer.

Le voil√† maintenant dans la peau du loup. L'√©tranget√© de courir √† quatre pattes, les affres sp√©cifiques des grands br√Ľl√©s, l'exotisme de sa propre odeur, fauve. L√† avec sa minuscule meute √† √©pier l'enclos aux cochons. Une immense truie qui lui inspire une sainte terreur, seule une faim tenace l'a incit√© √† venir. La puanteur du lisier.

Et cette femme au visage couvert de cro√Ľtes, les cheveux sales coll√©s sur sa peau, couverte d'un manteau de pluie qui cache le reste de son corps. Elle porte un paquet qu'elle s'appr√™te √† jeter aux cochons, et elle voit les loups et finalement c'est √† eux qu'elle le jette, comme par - compassion -.
Et dans la peau du loup, il dévore le contenu du paquet sans réfléchir, c'est tendre et chaud. Et puis un bout en tombe alors qu'il se dispute le festin avec les deux autres loups : une tête.

Une tête de bébé.

La Soeur Marie-des-Hauts perd pied et roule dans la pente. Elle s'éclate contre une souche, plante ses mains dans l'humus et vomit tout ce qu'elle peut sortir son estomac, essentiellement le peu d'oignons et de brimbelles qu'elle avait mangé la veille, puis de la bile qui vient lui cramer la gorge.

"Saleté... de flachebacques."

La Soeur Jacqueline ne lui donne pas vraiment le temps de reprendre ses esprits, elle l'attrappe par le bras et la force à se relever : il faut pas rester là.

Elles arrivent au pied d'un premier corps de ferme, d'un seul bloc, austère, aux murs lépreux et le longent pour atteindre, entre les arbres et le sol marécageux, un étang rempli de prêles - signe qu'elles sont arrivées à la ferme des Thiébaud.

Elles longent la digue √©troite. A leur droite, une fontaine couverte, remplie de lentilles d'eaux et d'animalcules blancs qui pourraient bien √™tre des daphnies et qui pourraient bien √™tre autre chose. A la gauche, la maison des Thi√©baud, le cr√©pi d√©goulinant, avec deux entr√©es de cave sur les c√īt√©s. Devant, l'√©table, on entend une ou deux vaches. Derri√®re, un sentier de gravier conduit aux autres maisons du Chaudron.

Un paysan en pantalon vert est occup√© √† jeter des choses contre le mur de l'√©table. Il se tourne vers elles, il a l'air d√©bonnaire, un teint encore plus couperos√© que celui de la Soeur Jacqueline. Il est comme fondant dans ses habits d√©braill√©s, il leur adresse un petit sourire et agite la main en guise d'accueil, sans l√Ęcher ce qu'il tient : un chaton √©clat√©.

"Fallait pas vous déplacer, j'ai rien pour vous recevoir", leur fit la mère Thiébaud une fois qu'elles furent à l'intérieur. La petite vieille, ridée comme pas permis, le menton en galoche, avait mis une casserolle tordue de chicorée à réchauffer sur le poêle dont les émanations noircissaient le mur. Le père Thiébaud était retourné dans son fauteuil et parlait dans le vide.
"Notre Basile a toujours √©t√© simple, faut lui pardonner. (Elle rajusta son ch√Ęle.) Et puis c'est bon, le probl√®me est r√©gl√©, y sortira plus, c'est promis." Elle leur servit leurs tasses de chicor√©e avec une main tordue par l'arthrose. La Soeur Marie-des-Eaux la regarda avec la sympathie instantan√©e qui lie les personnes originaires de l'empire des rhumatismes. Il y avait un rameau dess√©ch√© au-dessus de la bruyante horloge : on √©tait chez des croyants, la foi du charbonnier sans remise en question et sans ostentation.
"Bobi, si Félix est rentré ?, demanda le père.
- Non, pas encore.", fit la mère, l'air un peu inquiet.
Le novice laissa sa consoeur prendre le temps de se réchauffer près du poêle puis demanda :
"Est-ce qu'on peut le voir ?"

L'abbé Houillon avait dit vrai : pour couper court aux craintes du villageois, les Thiébaud avaient enfermé leur fils dans le poulailler et comptaient l'y laisser pour toujours.

C'était une petite dépendance au-dessus de l'entrée de cave, on y voyait guère parce que la fenêtre était couverte d'une vitre de plastique translucide. L'odeur d'ammoniaque était forte et faisait du lieu une sorte de dimension parallèle, qui n'était pas tout à fait notre monde. Il y avait des poules partout dans ce qui avait jadis été une maison d'habitation, dont aujourd'hui les surfaces étaient recouvertes de paille et de déjections. On les invita à monter l'échelle de rondins. Les parents ne pouvaient pas les suivre, de crainte de se casser le cou, et ils verrouillèrent derrière elles.

Il y avait peu de poules sous les combles, mais le coassement incessant venu du palier rappelait l'indignit√© de la situation. Elles mirent du temps √† trouver Basile, vu que le seul oeil-de-boeuf d√©gageait peu de lumi√®re. Il √©tait recroquevill√©, il y avait peu de place pour se tenir debout. Il √©tait en train de tresser une corde avec les m√™mes grosses mains qu'ont ici tous les gens du village, et les gens des Vosges en g√©n√©ral √† cause du labeur. Il leur adressa un sourire plus timide que m√©fiant. Des cheveux gris et un visage pas m√©chant. La Soeur Jacqueline pensa qu'il avait peut-√™tre le m√™me √Ęge que lui, et √ßa lui fit dr√īle.

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Lashing the Rye, par Harvestman, americana dépressive, sur la superstition paysanne et la grandeur des espaces confinés.

"Y'avait une chatte qui s'était cachée un jour dans ce grenier, fit Basile. Elle était pleine et elle savait qu'on tuerait ses chatons. Alors elle s'est cachée ici. Mais ses chatons ils sont devenus trop grands et elle pouvait plus les nourrir. Un beau jour, la mère elle voit quelque chose tomber de l'oeil de boeuf. C'est la chatte, elle faisait descendre ses chatons. Qu'est-ce qu'ils étaient beaux ! Mais bon ils étaient pleins de puces alors le père y les a claqués contre le mur de l'étable. Mais la chatte elle en avait pas descendu un. Elle l'a descendu plus tard et celui-là on l'a gardé, maintenant il est grand, c'est le chat roux, Félix.
- Vous savez pourquoi on est là ?", demanda la Soeur Jacqueline. La Soeur Marie-des-Eaux la laissait mener les interrogatoires car elle était plus douée avec les gens.
"Parce que j'ai cassé le lustre et le Jésus-cuit, répondit Basile avec un tremblement dans la voix.
- Oui. Pourquoi t'as fait ça ?
- Parce que...
- Parce que t'√©tais so√Ľl ?
- Parce que c'est des voix dans ma tête... Elles m'ont dit de le faire."

En fait il leur inspirait de la pitié. Elles lui firent dire un Pater Noster et un Ave Maria et il leur offrit une corde.

"On est vraiment désolés, fit la mère quand ils furent de retour à la cuisine. Il était un peu ficelle, c'est pour ça qu'il est resté avec nous, il aurait pas pu tenir sa propre ferme. Y s'intéressait qu'aux cordes, et pis à tresser des baugeottes." Elle leur montra quelques uns de ses ouvrages, c'était finement exécuté, et puis il y avait aussi une bombonne à jus de pomme, entourée d'un tressage d'osier de sa main.
"L'ennui, c'est surtout qu'il a cass√© le J√©sus-Cuit. Du coup ils attendent que le dioc√®se en rapporte un nouveau, y va s√Ľrement vous demander de faire la commission. Du coup, le J√©sus-Cuit cass√©, il est dans notre grenier maintenant.
- On peut le voir ?, fit la Soeur Marie-des-Eaux.
- Ah oui, montez, c'est là-haut à droite après l'escalier. Je vous suis pas, j'peux plus monter les marches."

En haut de l'escalier elles tombèrent sur un palier qui communiquait avec les chambres des Thiébaud et de leurs fils. Il y avait une lampe à huile sur une commode, dont la Soeur Jacqueline s'empara.
Elles pouss√®rent une porte toute simple que tenait un cale-porte form√© d'un boudin de tissu avec une t√™te de chien. Le pont √©tait satur√© par l'odeur des oignons qu'on avait mis √† s√©cher, il y avait des carcasses rouill√©es d'engins agricoles et des bombonnes de jus de pomme couvertes de poussi√®re. Elles mont√®rent un escalier de bois des plus instables pour acc√©der au deuxi√®me √©tage du grenier. Il y avait des cartons remplis de livres laiss√©s √† la crasse et aux moisissures. C'√©tait tentant de s'arr√™ter pour les consulter, tout ce qui contient de la m√©moire nous attire comme le miel pour les mouches, mais √ßa aurait √©t√© inconvenant de s'attarder. La Soeur Marie-des-Eaux s'aventura au fond des greniers. Il n'y avait plus de bois de porte pour acc√©der √† la chambre mansard√©e du fond. Elle regarda le plancher en premier lieu, car les planches hors d'√Ęge mena√ßaient de tomber sous son poids, et elle interdit m√™me l'acc√®s √† la Soeur Jacqueline, qui pesait deux fois plus lourd qu'elle. Elle sentit un pr√©sence, et quand elle se tourna vers la fen√™tre, elle sursauta. Car il y avait vraiment quelqu'un !


Lexique :

Goutte : liqueur forte, habituellement √† la poire o√Ļ √† la mirabelle.
Peut : laid, méchant
Bobi : Interjection
Pont : premier étage d'un grenier, qui communique avec l'extérieur pour faire passer les engins agricoles.


Bilan :

On avance √† pas de loup dans l'action, mais je suis content de cette mise en place p√©p√®re. J'ai beaucoup exploit√© les id√©es que j'avais imagin√©es lors de mon premier brainstorming, mais j'ai un peu plus utilis√© le syst√®me : j'ai rajout√© deux croix sur le chemin de croix (une quand Soeur Marie-des-Eaux a interdit √† Soeur Jacqueline de manger de la viande, une quand l'√Ęne les a sortis d'un mauvais), ce qui va leur causer des ennuis d√®s qu'on rajoutera une troisi√®me croix. J'ai aussi allum√© une bougie √† cause de la blessure de Soeur Marie des Eaux et j'en allum√© deux autres parce que les r√®gles disent de le faire √† chaque fois que l'histoire avance. une bougie par session d'√©criture me semble donc un minimum.
J'ai aussi √©t√© surpris par le r√©sultat. Je n'avais pas imagin√© que la Soeur Marie-des-Eaux tuerait le loup mais c'√©tait dans l'encha√ģnement logique. Et du coup, j'ai amen√© une r√®gle h√©rit√©e d'Ecorce : quand on tue quelqu'un, on prend un choc mental (que j'ai d√©crit comme peu impactant tout simplement parce que la Soeur Marie des Eaux est coriace, mais aussi parce que dans ma t√™te, c'est l'√©quivalent de la Tueuse dans Ecorce ; le choc mental ne l'impacte pas.) et on a un flachebacque de la personne qu'on a tu√©. J'ai tir√© sur l'Almanach et √ßa a amen√© cette histoire de b√©b√© que j'ai reli√©e aux Soubise : tr√®s pratique parce que √ßa me surprend et en m√™me temps je fais avancer ma deuxi√®me intrigue.
J'ai prévu une prochaine journée assez pépère mais après il va y avoir de l'action et vu comment les jauges auront monté, ça va faire mal :)


Jauges communes :

Sainteté : 6
Bougies : 3
Chemin de Croix : 2


Feuilles de personnage

Deux Soeurs du Très-Saint-Sauveur (ordre chanoine, couvent à Saint-Dié)

Soeur Jacqueline

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu r√©cemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait √©t√© clo√ģtr√©e pour contrer son penchant √† la luxure, et qu'on l'ait incit√© √† oublier son pass√© (onction √† l'eau b√©nite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées


Soeur Marie-des-Eaux

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide d√©termination. Parano√Įaque et violente. A re√ßu une formation de m√©mographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- √āne

Lien avec autre PJ :
A sauv√© la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre √ßa dans les dents. La na√Įvet√© de Soeur Jacqueline a failli leur co√Ľter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#4 31 Oct 2019 20:07

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

UN EXORCISME DANS LE POULAILLER

O√Ļ l'on en apprend plus sur les lunaires habitants du village, et sur les turpitudes morales de nos deux nonnes exorcistes.

Joué / écrit le 31/10/2019

Jeu principal utilisé : Les Exorcistes, de Batronoban et Trickytophe (auquel j’ai aussi pas mal contribué avec le texte de l’Apocalypse de Millevaux et tout le chapitre sur la résolution diceless)

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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normanack, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux


Passage précédent :
2. La folie du cordelier


L'histoire :

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Black Goat of the Woods, par Black Moutain Transmitter, entre synth√©s √† la Carpenter, musique de giallo et dark ambient, une promenade en for√™t o√Ļ la tension ne redescend jamais.

Une silhouette dans les ténèbres. La main et le visage fracturé.

La Soeur Marie-des-Eaux était tendu, l'Opinel en avant, à bout de nerfs, respirant à haute cadence.

C'√©tait juste la statue du J√©sus-Cuit que Basile avait ab√ģm√©e et qui √©tait remis√©e l√† depuis.

Le novice replia sa lame, mais il quitta le grenier avec le sentiment que quelque chose clochait.

Elles bénirent la maison des Thiébaud et firent quelques prières avec les parents, pour les rassurer. La mère Thiébaud tartina la Soeur Marie-des-Eaux de teinture d'iode, un genre de placebo pour gérer sa morsure de loup.

"Alors il est pas possédé par le démon, mon petit ?
- Non, non... Pourquoi ça s'appelle le Chaudron ici, demanda la Soeur Marie-des-Eaux
- Oh, c'est juste une histoire, d'une peute femme par là qui faisait des choses dans un chaudron. Le père, quequ'cétait-y d'l'histoire de la femme au chaudron ?
- Oh, division, je peux pas tout m'rappeler !
- Il faut toujours que tu passes ton temps à me raminer !
- Bobi, si Felix est rentré ?"


"Et que le Seigneur Vieux soit sur vous, et que sa volonté soit faite, en forêt comme au ciel, lui qui veille sur nous avec son fils Jésus-Cuit, et l'Esprit-Chou."

C'√©tait √† peine rentr√©es au village que les deux soeurs durent se joindre √† la messe de l'apr√®s-midi. L'abb√© Houillon baptisait un nourrisson. Il rappela en chaire l'importance de baptiser les enfants au plus t√īt pour ne pas qu'ils errent dans les for√™ts limbiques en cas de d√©c√®s. Il en appela aussi √† un rapide retour d'une nouvelle statue que le dioc√®se ne manquerait pas de faire parvenir, par l'entremise des deux chanoinesses qu'il pr√©senta cordialement. Il y avait pas mal de monde, apparemment les voivrais √©taient pieux, et les figures locales ne manquaient pas de se montrer, le maire Fr√©chin, la cuisini√®re Bernadette, l'oncle Mougeot √† cancanner dans les rangs du fond. Mais pas de trace des Soubise.

"C'est dr√īle, leur confia l'abb√© Houillon apr√®s la c√©r√©monie, mais apr√®s toute cette affaire, on se sent mieux pendant l'office. Avant, j'√©tais ext√©nu√©, en sueur, fatigu√©, et les ouailles pareilles. Comme si les pri√®res nous tiraient des efforts surhumains. Et l√† aujourd'hui, je me sentais tout l√©ger. C'est peut-√™tre le changement de saison. Mais bon, c'est pas tout √ßa, je regrette que vous ayez √©t√© bless√©, remettez vous vite et ensuite vous pourrez rentrer au calme √† Saint-Di√©, dans la montagne.
- J'ai envie de rendre visite aux Soubise, d'abord, répondit la Soeur Marie-des-Eaux."

La Soeur Jacqueline passa son tour. Elle insista d'ailleurs pour que son novice reste √† se reposer, mais que voulez-vous, une t√™te de m√Ľle pareille pourrait donner des le√ßons √† Maurice.

La doyenne pr√©f√©ra traverser la grand-rue, direction l'Auberge du Pont des F√©es proposer son aide pour le repas. C'est sur le chemin qu'elle croisa un √©tonnant cort√®ge. Des marmots encord√©s qui descendaient le village, men√©s par un homme du m√™me non-√Ęge que la Soeur Jacqueline, le teint tann√©, avec un dr√īle de chapeau et des yeux brid√©s. Comme la Jacqueline √©tait accorte avec les gens, il s'entame vite une discussion ponctu√© par les chants et les plaintes des gamins press√©s. L'homme s'appelait Champo et il conduisait les enfants entre leur maison et leur √©cole, c'√©tait l√† son m√©tier au village. Difficile de savoir qui habite √† un endroit depuis quand vu qu'on ne se souvenait de rien, mais - et quand bien m√™me c'√©tait peut-√™tre lui le seul v√©ritable autochtone - Champo ne faisait pas couleur locale.

"Vous voyez cette corde, il y a un noeud par enfant. Ils sont tous encord√©s et moi je tiens la corde, c'est le moyen le plus s√Ľr de leur faire traverser la for√™t pour le sentier de l'√©cole. C'est la corde de vie. C'est Basile qui l'a faite. Je dis qu'il y a quelque chose de sa bienveillance dedans. Et on en a besoin. Parce qu'il y a pas que les renards enrag√©s et les crevasses dans la for√™t comme danger. Il y a les tulpas aussi.
- Les tulpas ?
- Oui, c'est dans ma religion. Ce sont des choses qui ont une apparence humaine. Elles sont fruits de nos pensées. "
En bout de cord√©e, il y avait un gamin au greugnot tout noir de salet√© que les autres tenaient visiblement √† l'√©cart, et qui inspirait un m√©lange de d√©go√Ľt et de piti√©. C'√©tait le plus jeune des Soubise.

C'est autour d'une tartine de fromage de tête - en profitant de l'absence de la Soeur Marie-des-Eaux - que le trouble de la Soeur Jacqueline s'accrut. Comme si aux Voivres on en savait plus long que dans le catéchisme. Alors qu'elle savourait la terrine constituée de morceaux de tête de porc, la Bernadette lui avoua :
" Vos exorcismes, je crois pas que ça soit utile à plus qu'à rassurer les gens un temps.
- Pourtant, c'est que le diocèse nous a enseigné. Quand la médecine est incompétente, c'est qu'il faut pratiquer un exorcisme.
- Le truc, c'est que c'est pas le Diable qui est derri√®re tout √ßa. C'est autre chose. Mais on vous apprend pas √ßa dans vos livres. Dans le Petit Albert, par contre, il y a les r√©ponses, pour s√Ľr."

On ouvrit la mirabelle offerte par le Père Thiébaud. Elle était vraiment forte, c'était pas loin de l'alcool pur. On trinqua à la sécurité des habitants des Voivres, et la Soeur Jacqueline avait un beau sourire.


"Vous voyez, ici je suis une esclave."

Madeleine Soubise avait d'abord √©t√© tr√®s r√©ticente √† ouvrir les portes de sa ferme √† l'eccl√©siastique. Mais la Soeur Marie-des-Eaux d√©gageait une telle aura de souffrance qu'elle finit par se reconna√ģtre en elle, et la concevoir comme une alli√©e qui vivait des affres comparables. La cuisine o√Ļ elle lui avait servi une chicor√©e trop √©paisse √©tait d'un grand d√©nuement. Sol de terre battue, papier peint d√©chir√©, un gros poele qui occupait toute la place, et deux chiens pel√©s qui occupaient le reste. L'int√©rieur sentait fort la vache et pour cause, Madeleine Soubise sentait la vache et l'√©table √©tait juste derri√®re la porte, d'ailleurs quand la Soeur Marie-des-Eaux demanda les commodit√©s, elle lui indiqua cette porte : on faisait directement dans le fumier. La fermi√®re portait manteau m√™me en int√©rieur, elle transpirait. Elle avait la peau toute rouge l√† o√Ļ elle n'√©tait pas couverte de cro√Ľtes sourdant du pus : un ecz√©ma que la pingrerie des Soubise interdisait de soigner.

Tout le paradoxe des Soubise √©tait l√†. De l'aveu de Madeleine, la ferme sortait des cochons gros comme des mammouths, mais tout le reste √©tait √† vau-l'eau. La Soeur Marie-des-Eaux n'avait crois√© que des vaches maigres jusqu'√† l'os au milieu d'un p√©teuillot qui constituait toutes les terres des Soubise. Pour tout dire, il avait failli louper la ferme, le b√Ętiment √©tait en ruine, enti√®rement recouvert de lierre et des arbres en ressortaient. Mais il y avait des sous dans la caisse. Une g√īyotte qui ne servait jamais, puisque les Soubise n'achetaient rien et se refusaient tout confort.

"Je peux voir vos cochons ?
- Pour s√Ľr non, il faut pas les d√©ranger, si je vous les montrais, je me ferais sacr√©ment houspiller."
On aurait dit qu'elle parlait du P√®re Fouettard plut√īt que de parler de son mari.
La Soeur Marie-des-Eaux ne put voir aucun des membres de la famille des Soubise.
"Vous attendiez un enfant récemment ?
- Non, non, pas du tout !"

Le soir venu, la Bernadette lui confirma que c'était impossible à vérifier, attendu que Madeleine Soubise ne se montrait jamais, et que son entrevue avec le novice avait tout d'un événement exceptionnel.

Le novice s'était senti épié à son départ de la ferme. Par quelqu'un, ou par quelque être.

La convalescence lui servit d'excuse au novice pour refuser de manger plus qu'une ou deux patates, et la Soeur Jacqueline se fit encore taper sur les doigts quand elle voul√Ľt accepter du p√Ęt√© lorrain, la bonne tourte √† la viande de porc marin√©e dans du vin rouge. Les hommes prisaient de la foug√®re s√©ch√©e, et Fr√©chin paya une tourn√©e g√©n√©rale de sirop de bourgeons de sapin, qui ravit le palais priv√© de viande de la Soeur Jacqueline.

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Malkhut, par Dédale(s), un bourbier de dark ambient bruitiste et texturé, qui s'enfonce dans des territoires de plus en plus ténébreux, humides, caverneux, utérins, vers un abandon de soi et une transe horla habitées de gargouillis, de grognements et de chauves-souris toutes de malignité tressées.

Alors ce fut la chambre, et encore des cordes de bougie passées à griffonner dans le carnet. Ensuite la Soeur Marie-des-Eaux rabacha des extraits de prière d'exorcisme :

"Cessa decipere humanas creaturas, eisque æternæ perditionis venenum propinare : desine
Ecclesiæ nocere et ejus libertati laqueos injicere. Vade satana, inventor et magister omnis
falIaciæ, hostis humanæ salutis."

C'√©tait des pri√®res √† retenir par coeur et √† ne surtout pas tourner en latin de cuisine ; aussi le novice avait raison de les r√©citer tous les soirs, et la Soeur Jacqueline lui embo√ģta le pas bien que la t√™te tourn√©e par les exc√®s de bonne ch√®re de la journ√©e.

Mais ensuite, la Soeur Marie-des-Eaux poussait le zèle à réciter des fragments de L'Apocalypse, un texte apocryphe, et à mesure que la bougie faiblissait, sa voix se faisait de plus en plus cassée et haletante, les flammes rendaient son visage spectral :

"Et l'Homme qui survivra à la chute, son esprit chutera encore à l'intérieur de lui-même. Sa mémoire comme une Babylone spirituelle s'effondrera sous le poids de sa démesure. Il oubliera tout ce qui lui était cher, l'odeur de l'amandier et le rire de son enfant, mais il oubliera aussi ses péchés.

Car après la chute, la colère de Dieu n'aura de cesse que de tourmenter les survivants, pour qu'ils vivent dans la crainte de son Nom. Cette colère sera l'amoncellement, comme une tourbe primordiale, de tout ce que les Hommes ont oublié de vertueux et de vicieux. Et ce limon spirituel grossira des craintes divines et vénielles des Hommes, et de toutes leurs pensées, qu'elles soient des prières ou des péchés de tentation ou d'intention. Comme le Nil qui s'enfle de tous ces alluvions, grande sera la colère de Dieu et elle s'incarnera dans mille fléaux, elle les gonflera de son limon. Ainsi, chacun verra la forêt et ses êtres se peupler de ses hantises les plus intimes, porteuses du souffle punitif du Très-Haut ; ainsi chaque homme et chaque femme souffrira dans son propre enfer, créé par Dieu à son image pour le mettre à l'épreuve et le punir du péché d'orgueil des générations précédentes, et du péché d'ensauvagement des générations futures."


La Soeur Jacqueline se r√©veilla au milieu de la nuit, dans les odeurs douc√Ętres de la fum√©e de bougie. Le corps de son novice bruissait comme du bois mort.

La doyenne était en nage, envahie d'un sentiment qu'elle ne pouvait définir, le ventre lourd et chaud. Sans doute à passer du temps à causer avec elle dans la journée, elle avait rêvé de la Bernadette. Elle était avec elle sur un radeau qui dérivait au fil de l'eau entre les arbres et...

Elle avait fait un rêve érotique.

Elle tourna et se retourna dans sa couche, et comme pour chasser son émoi, mais presque à contrecoeur au vu de la phrase enquiquinante qu'elle réinvoquait, elle se repasse les dernières paroles de Soeur Marie-des-Eaux émises en guise de bonne nuit :
"Demain, nous irons exorciser Basile."

Elles mirent un temps fou à pouvoir l'annoncer à la Mère Thiébaud car quand elles retournèrent chez elle, elle était en train d'éviscérer un poulet, et l'odeur de la tripaille, prenante, et la vue des entrailles étalées sur la toile cirée avaient bloqué les soeurs un temps, sans parler des bonnes manières, et vous prendrez bien une chicorée, qu'elle fit réchauffer dans la casserole sans se laver les mains, la même chicorée qui se faisait réchauffer dix fois avant d'être finie. Elle avait les ongles des pouces longs et noirs.

La m√®re Thi√©baud ne fut pas du tout rassur√©e par ce revirement de position, et elle pleurnichait tout en aidant √† porter les seaux d'eau b√©nite vers le poulailler : "Mon petit il est pas poss√©d√© par le Malin, c'est s√Ľr, il est bien trop innocent pour √ßa...
- Si c'est le cas, alors il n'a rien à craindre. Ce n'est qu'une procédure de sécurité."

Le P√®re Thi√©baud tra√ģnait √† la suite, les mains crois√©es derri√®re le dos, et raminait : "Oh l'travail, oh l'travail..."

Champo les avait accompagn√©es, il semblait clair qu'elles avaient besoin d'un guide pour se rendre √† nouveau au Chaudron vu les p√©rip√©ties de la veille. Il les avait encord√©es comme des enfants mais elles n'avaient pas bronch√©. Maintenant, il se tenait sous le poulailler, ce n'√©tait pas son r√īle de les suivre l√†-haut.

"Ne t'inquiète pas Basile, ça va bien aller, dit la Soeur Marie-des-Eaux en lui tenant le visage, essayant de lui transmettre au-delà des mots l'affection qu'il avait à son égard et qu'il ne prodigait pas vraiment aux autres membres de l'humanité.

La Soeur Jacqueline avait allumé six bougies autour d'eux, et elle priait à voix basse, tentant de calmer l'atmosphère. L'odeur d'ammoniaque était peu supportable et les poules qui caquetaient en bas rompaient le sacré.

Basile tremblait de peur, il ne comprenait pas ce qu'on lui voulait. Et quand la Soeur Marie-des-Eaux annonna les premières paroles en latin d'une voix forte et tendue, il ne put retenir un long cri désarticulé :

"Deus cŇďli, Deus terr√¶, Deus Angelorum, Deus Archangelorum, Deus Patriarcharum, Deus
Prophe-tarum, Deus Apostolorum, Deus Martyrum, Deus Confessorum, Deus Virginum,
Deus qui potestatem habes donare vitam post mortem, requiem post laborem ; quia non est
Deus præter te, nec esse posset esse nisi tu creator omnium visibilium et invisibilium, cujus
regni non erit finis : humiliter majestati gloriæ tuæ supplicamus, ut ab omni infernalium
spirituum potestate, laqueo, deceptione et nequitia nos potenter liberare, et incolumes
custodire digneris."

Et il cachait son visage dans ses mains quand le novice brandissait la croix. Il se pissait dessus.

Il attrappa un bout de ficelle auquel il avait des noeuds, un chapelet d'amateur, et il égrénait les prières qu'il connaissait.

"Notre Vieux qui êtes aux cieux,
que ton nom soit plantifié,
que ton peigne vienne,
que ta volonté soit faite dans la forêt comme au ciel..."

La charpente du poulailler craquait comme un navire en perdition.

Maintenant c'était le moment le plus désagréable, et la Soeur Jacqueline se dévoua pour ouvrir le bal.

Il fallait pleurer, alors elle se frotta le visage avec de l'oignon, elle savait que les larmes sinc√®res viendraient plus tard, bien assez t√īt. Les yeux inject√©s de sang, elle se confessa :

"Notre vieux, je confesse le péché de lexure par pensée.
J'ai convoité une personne, j'ai convoité la cuisinière."

La Soeur Marie-des-Eaux se tourna vers elle avec un visage tordu par la désapprobation. Cela n'était pas du tout correct de sa part de la manifester, mais le novice n'avait aucune notion des conventions.

"Que vas-tu mettre en oeuvre pour expier ton péché ?, demanda-t-il. C'était la requête rituelle.
- Nous irons dormir au presbytère, je ne lui adresserai plus la parole et je ferai pénitence."

La Soeur Jacqueline se redressa. Les larmes sincères étaient venues bien rapidement. Elle pris le relais du novice pour brandir le crucifix vers Basile et prêcher en latin :

"Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Ab insidiis diaboli,
Libera nos Domine."

C'était au tour de la Soeur Marie-des-Eaux de morfler :
"Notre vieux, je confesse le péché de colère par intention. J'ai envie de frapper plusieurs personnes aux Voivres, de planter mon Opinel dans leurs chairs. J'ai envie qu'ils souffrent comme ils font souffrir et qu'ils meurent comme ils tuent. Pardonnez-moi mon vieux de vouloir me substituer à votre sainte justice."

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Frjee feather EP, par Forest Swords, un post-rock dub psyché et mazouté à souhait !

"Que vas-tu mettre en oeuvre pour expier ton péché ?
- Je vais m'infliger ce que je voulais leur infliger." Et lentement, le bras empesé par son pansement, il ouvrit sa robe pour se larder la poitrine. La Soeur Jacqueline eut le temps de lui retirer la lame, pesant de tout son corps, avant qu'il n'ait pu s'entailler vraiment sérieusement, mais déjà il y avait du sang partout.

Il régnait une atmosphère de folie furieuse, entre le sang, l'ammoniaque, les gémissements de Basile, la sueur. A la lueur des bougies, l'air était comme tordu, une manifestation commune lors des exorcismes mais qui semblait prendre ici une ampleur inhabituelle et nouait le ventre.

Basile était résorbé en position foetale, et les soeurs s'écroulèrent sur lui, fourbu.

Comme à chaque fois, il n'y avait pas eu de démon à exorciser. Basile était juste ce qu'il était, un simple d'esprit, influençable, qui avait commis une bêtise sous l'emprise de la boisson, et elles venaient de mettre en grand péril ce qu'il lui restait de santé mentale, juste pour vérifier un soupçon.

A leur sortir, Champo les regarda avec l'air attéré d'un témoin impuissant. On avait fait du mal à son ami, et c'est en se sentant bien merdeuses qu'elle réempoignèrent la cordée pour retourner aux Voivres.

Le sherpa se garda d'émettre un jugement, il fit même mine d'être jovial sur le trajet du retour, au milieu des sapins huileux qui bavaient sur le sentier, et derrière le rideau de ténèbres qui cachait des choses hostiles.

En revanche, il ne fit aucun commentaire, à part ce mot, à l'arrivée :
"Vous savez, les tulpas ne sont pas tous néfastes. Certains sont de bon conseil et essayent de nous prévenir du danger des autres."

Elles le quittèrent pour se rendre à l'office du soir, elles étaient à moitié cassées mais elles ne pouvaient se dérober à leur devoir et elles avaient besoin de la communion pour se laver de ce qui était advenu.

La Soeur Jacqueline évita le regard de la Bernadette, à contre-coeur.

La Soeur Marie-des-Eaux refusa les soins que la cuisinière lui offrait, par solidarité avec la doyenne, qui se chargea, du coup, d'examiner les chairs meurtries du novice, dans la chambre, à la lueur de la bougie, alors qu'il griffonnait les mésaventures de la journée dans son fichu carnet.

La Soeur Jacqueline frissonnait d'émotions contraires à voir Soeur Marie-des-Eaux torse nu, corps grêle et noué de cicatrices comme autant de chemins de vie, palpitant de jeunesse et de colère.

Il y aurait supplément de Pater et d'Ave à murmurer durant la nuit.

"La Soeur Jacqueline, Champo vous a-t-il expliqué ce que c'était des tulpas ?"

Et c'est au coeur de la nuit qu'un cri du novice réveilla la doyenne, et peut-être tout l'étage avec :

"Cette histoire de tulpa, c'est la clé ! On a fait fausse route depuis le début !
- Qu'est-ce que vous racontez ?
- Demain, on retourne au Chaudron."


Lexique :

raminer : critiquer, disputer
Division ! : juron
péteuillot : zone de gadoue
g√īyotte : cagnotte, fortune cach√©e
greugnot : visage, bouche



Jauges communes :

Sainteté : 5
Bougies : 5
Chemin de Croix : 1


Bilan :

J'ai utilis√© une aide de jeu intitul√©e Session Z√©ro, pour √©toffer le pass√© de mes deux personnages principaux. Session Zero est un jeu de r√īle cr√©√© par Meghan Cross, traduit par Axel Roll et
publié gratuitement avec l’aimable autorisation de Meghan Cross.
Relecteurs : Angela Quidam, Ga√ęl Sacr√©, Matthieu Braboszcz
Le jeu implique de tirer 5 cartes par personnage, mais je n'en ai tiré que 3, pour ne pas alourdir. Je ne sais pas encore à quel point je vais exploiter ça, mais vous pouvez retrouver les trois souvenirs (oubliés) de chaque nonne dans les deux feuilles de personnage.
J'ai atteint une fois trois croix et j'ai donc considéré que les nonnes étaient désormais sous la surveillance des Soubise.
J'ai fait deux trois tirages de l'Almanach, mais pas de Muses & Oracles.
La prochaine session va nous faire arriver √† un pinacle de l'√©conomie de jeu des Exorcistes, et √ßa va permettre de cl√īturer apr√®s le climax de chapitre que j'avais envisag√©...


Feuilles de personnage :

Deux Soeurs du Très-Saint-Sauveur (ordre chanoine, couvent à Saint-Dié)

Soeur Jacqueline

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu r√©cemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait √©t√© clo√ģtr√©e pour contrer son penchant √† la luxure, et qu'on l'ait incit√© √† oublier son pass√© (onction √† l'eau b√©nite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées


Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J'étais la servante d'une Mère Truie. Je l'ai révélé (sous la torture) à l'archevêque de Saint-Dié. J'ai menti parce que j'étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l'archevêque m'a sauvée de l'emprise de la Mère Truie et m'a accordé l'eau d'oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C'est l'anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j'ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n'évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J'ai √©t√© amoureuse d'une bateli√®re qui menait les p√©l√©rinages vers la fontaine d'oubli. J'aimais la langueur de cette personne. L'histoire s'est termin√©e quand j'ai d√Ľ boire l'eau d'oubli.

Soeur Marie-des-Eaux

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide d√©termination. Parano√Įaque et violente. A re√ßu une formation de m√©mographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- √āne

Lien avec autre PJ :
A sauv√© la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre √ßa dans les dents. La na√Įvet√© de Soeur Jacqueline a failli leur co√Ľter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro)

Il y a quelqu'un de sp√©cial √† qui vous avez ouvert votre cŇďur. D√©crivez votre premier amour :
√Čtait-ce r√©ciproque ? Qu‚Äôest-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c'était réciproque. C'était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c'est ça que j'aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c'est ça qui l'a perdu, il est tombé en miettes quand je l'ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C'est le son de l'eau courante. Cela √©voque la vie et la puret√© qui continuent √† se trouver un chemin, malgr√© tout. Je ne l'ai pas beaucoup entendu durant mon p√©riple, aussi je m'int√©resse √† d√©couvrir o√Ļ sont les ruisseaux aux Voivres, on m'a parl√© des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C'était un lapin dodu et je l'emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m'a fait manger du civet et j'ai appris que c'était mon lapin. C'est le dernier souvenir que j'ai de mes parents.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#5 06 Nov 2019 07:31

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

PURIFICATION

La violence monte au village et la légitimité des exorcistes est remise en cause.

Joué / écrit le 05/11/2019

Jeu principal utilisé : Les Exorcistes, de Batronoban et Trickytophe (auquel j’ai aussi pas mal contribué avec le texte de l’Apocalypse de Millevaux et tout le chapitre sur la résolution diceless)

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux


Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Timothy Vogel, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux, suicide, infanticide


Passage précédent :

3. Un exorcisme dans le poulailler


L’histoire :

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A Night in the Woods, par Dino Van Bedt, post-americana sans paroles, avec drone et field recordings, une traversée séminale et ténébreuse de la forêt de Millevaux. Composé spécialement pour Millevaux !

La lumi√®re de la presqu'aube, filtr√©e par les ramures des arbres, vient effleurer le visage du novice, et avec ses rais et les cris des corbeaux vint le cort√®ge des souffrances et des rhumatismes qui lui rappellent qu'il est vivant et le tirent du sommeil. Machinalement, il effleure sa plaie des doigts. Sans y r√©fl√©chir, il avait plant√© son Opinel dans le sillon d'une ancienne blessure, et l'avoir rouvert avait sorti un souvenir traumatique des tr√©fonds o√Ļ il dormait.

Belle, dans le sang de la révolte.
Blanche, dans le chaos de la guerre.
Seule
Parmi les chapelles, les arbres, les morts...
La Madone à la kalach

Alors qu'il était plus jeune, la Soeur Marie-des-Eaux l'avait suivie. Elle avait cru en elle, elle avait cru qu'en prenant les armes on ferait tomber les maires et les curés et les gendarmes, et que tout le monde serait libre, et qu'il serait enfin libre, pas seulement physiquement, mais mentalement. Et les voilà qui entrent dans le diocèse, les armes à la main, juste la Madone et les sauvageons qui la suivaient, et Marie-des-Eaux se fait planter une baillonnette dans le thorax, et la Madone tombe sous ses yeux, le sang de la Madone macule son visage et ses mains, Marie-des-Eaux crie et les gendarmes et les curetons le clouent au sol...

La Soeur Marie-des-Eaux s'écroule de son lit, dans un bruit si fort qu'il tire du sommeil la Soeur Jacqueline, pourtant si peu matinale.

Alors, elle sort aussi du lit et s'emploie, √† contrecoeur, √† rassembler son b√Ęluchon.

La Soeur Marie-des-Eaux met un temps infini √† se redresse, perclus qu'il est de ses douleurs anciennes comme r√©centes, et compl√®tement chamboul√© √† la suite de ce flachebacque. Pourtant, il ne d√©sirait rien moins que de se souvenir, c'est ancr√© dans ses g√®nes de m√©mographe. Mais avait-il pourtant envie de revivre de telles choses ? A quel point son engagement sacerdotal √©tait-il sinc√®re ou le fruit d'une ali√©nation ? Fallait-il creuser encore davantage dans cette direction o√Ļ viser au d√©ni qui permettait √† une Soeur Jacqueline de vivre sereinement ?

"Nous devons faire preuve de plus d'humilité et donc nous priver de votre hospitalité, Bernadette. Croyez bien que j'en suis navrée."

La Soeur Jacqueline avait la voix tremblante et rougissait au point d'occulter sa couperose.

"Je ne m'en fait pas, conclut la Bernadette en lui tendant une réserve de beignets de pommes de terre dans un torchon huileux. Je sais que vous reviendrez."

La Soeur Jacqueline décampa pour échapper à son sourire.

Mais la Soeur Marie-des-Eaux s'était attardé dans le bar. Dès l'ouverture, Vauthier était là pour la première tournée de schnaps. L'ivrogne local semblait être le seul à partager avec Champo la passion pour les vêtements de couleur jaune, encore que les sessions étaient mouchetés et ravaudés de diverses façons. Il était tout ratatiné autour de son sourire et de sa moustache, on avait envie de faire copain avec lui. On avait envie de lui payer un coup, et c'était bien là le projet de Vauthier dont la langue se délia dès lors que le novice se sépara d'un caps pour lui payer le prochain verre.

"C'est vrai qu'on a fait boire Basile. Il nous faisait de la peine, tout dégingandé à vendre ses cordes au village. On a voulu le dérider.
- Qui ça, "on" ?
- Ben, moi pis surtout ceux qui avaient le moyen de payer des coups : le fils Fréchin et le fils Domange.
- On peut leur parler ?
- Pour s√Ľr. Mais Fr√©chin, c'est le fils du maire, alors son p√®re a comme qui dirait mis de la graisse sur la charrue, pour qu'on bw√Ęle pas trop dans le village. Il a fait pression pour que les Thi√©baud rach√®tent le J√©sus Cuit et enferment leur fils, et il a pay√© un tonneau de bi√®re de lichen au p√®re Houillon pour qu'il en fasse pas toute une histoire. Mais depuis, le fils Fr√©chin y parle pas de cette histoire et il s'est m√™me pas repoint√© au bistrot.
- Et le fils Domange ?
- Oui, vous pouvez allez le voir, mais gaffe c'est un caract√©riel. Je lui laisse me payer des coups mais j'pense quand m√™me qu'il a √©t√© fini √† la pisse d'√Ęne. Vous buvez pas un canon ?
- Non. Ce schnaps que vous buvez là, c'est une liqueur d'oubli. Je tiens au peu qui me reste.
- Vous avez tort. L'oubli, c'est une b√©n√©diction. Je ne suis plus f√Ęch√© avec personne, je fais tous les jours de nouvelles rencontres et j‚Äôai n‚Äôai plus le fardeau d‚Äôune √©pouse. Moi, l'oubli, je trinque √† sa sant√©, vindiou !"

La Soeur Jacqueline fit quelques allers et retours entre le presbyt√®re et des maisons o√Ļ les vieux avaient besoin de soins et de pri√®res. Elle n'arrivait pas √† se d√©faire de l'id√©e qu'on l'observait derri√®re le couvert du feuillage. Pourquoi fallait-il que la for√™t soit ainsi coll√©e au cul des maisons !

C'est dans une des quelques friches o√Ļ on avait pu couper les ronces et mener des b√™tes que la Soeur Marie-des-Eaux trouva le fils Domange. Il √©tait petit et tann√©, avec des yeux de fouine et une odeur entre celle du biscuit et du fumier. Il voulait faire rentrer une vache √† l'√©table, et la b√™te avait d√Ľ trouver une paquerette √† d√©guster, parce qu'elle voulait pas avancer. Le fils Domange l'agonit de vindiou et de vinrat et de coups de pieds, mais comme la b√™te avan√ßait encore pas assez √† son id√©e, il se saisit de sa fourche, les piques point√©es sur elle.

Cela activait une sorte de pilote automatique chez la Soeur Marie des Hauts, qui fon√ßa √† travers les hautes herbes, sans plus vraiment rien voir de ce qui se passait, juste une bouillie de rayons et de branchages. Mais il souffrait de deux blessures graves sans convalescence, et il tr√©bucha et se ramassa dans les bouses √† deux m√®tres du fils de paysan, quand ce dernier planta la fourche dans la panse de la vache. Elle pousse un beuglement aussi court qu'incongru, et s'√©croula dans l'herbe comme un navire qu'on saborde. Elle pissait le sang par la panse, et elle rendit l'√Ęme la t√™te dans les bras de la Soeur Marie-des-Eaux, elle la regardait avec des grands yeux aux cils garnis de mouches, et visiblement elle voulait lui communiquer quelque chose, mais cette tentative fut victime de l'√©ternelle trag√©die du langage entre les hommes et les b√™tes, et elle creva comme √ßa sans avoir rendu son message.

Le fils Fréchin se tenait debout, les bras ballants. "Vindiou, le père va me tuer."

La Soeur Marie-des-Eaux était un genoux à terre, dans un état lamentable, son bras bandé tout raide tenant son Opinel.

"Il aura pas besoin."

Il le plaqua contre un arbre et lui coinça son schlass juste en dessous de la bite.

Sous le coup de la colère, la plaie à la poitrine du novice se rouvrit. Le fils Domange voyait un nuage de sang couvrir sa robe et comprenait plus rien. Il ne dut son salut qu'à la réouverture de sa blessure, qui rappela à la Soeur Marie-des-Eaux son voeu de non-violence de la veille.

"Petit merdeux, tu vas me dire tout de suite tout ce que tu sais sur la fois o√Ļ vous avez fait boire le Basile.
- Piti√©, monsieur, on voulait juste s'amuser ! Plus on lui payait des canons, plus il nous parlait des voix qui y'avait dans sa t√™te. Et pis ils nous disaient qu'elles voulaient le prot√©ger, et ceux du village. Qu'y avait un probl√®me avec la statue du J√©sus-Cuit. Et puis quand il a √©t√© bien foing√©, il s'est lev√©, il est sorti et pis il a pris une longue b√Ľche dans le tas de bois de l'Auberge et il est all√© √† l'√©glise.
- Tu m'feras un Notre Vieux et deux Je vous salue Marie." Et de conclure en lui pétant le nez d'un seul coup de poing. Elle entendit parfaitement le shroc de la cloison défoncée et ses jointures lui firent un mal de chien pendant un sacré moment.

ça lui rappelait son geste avec plus de délice que n'importe lequel de ses gribouillis mémographiques ne l'aurait fait.

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A Given to the Rising, par Neurosis, du post-hardcore sludge et massif, le plus forestier des albums de Neurosis, une chasse morbide vers le secret de l'existence.

"Je vous salue Marie, vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et Jésus-Cuit le fruit de vos tripailles est béni"

Tout le monde se retourna quand la Soeur Marie-des-Eaux arriva en retard à la messe. Impossible de faire une entrée discrète avec les lourds panneaux de fer et de bois. A voir la gueule que tira le père Houillon, il savait que ça allait quimper dur sur sa couenne.

Il se tra√ģna vers un banc du fond, derri√®re un pilier, comme si son espoir de dispara√ģtre p√Ľt √™tre exauc√©.

"Soeur Marie-des-Eaux, nous avons à te parler."

Il y a des phrases comme celles-là qui font leur chemin à travers les broussailles de l'oubli et nous ramènent comme l'odeur écoeurante des souvenirs de merde et des surprises pourries.

√ßa faisait d'autant plus mal que l'abb√© Houillon n'√©tait pas seul √† se tenir l√† dans ce presbyt√®re. La Soeur Jacqueline le flanquait en hochant la t√™te d'approbation. Le novice lui d√©cocha le regard qu'on r√©serve aux tra√ģtres, mais la Jacqueline √©tait trop rassur√©e par la pr√©sence du p√®re Houillon pour se sentir dans son tort.

"Ecoutez, je suis reconnaissant au Diocèse de vous avoir envoyées toutes les deux, et vous lui transmettrez ma gratitude. Mais je ne pense pas que l'archevêque approuverait votre attitude. Le diocèse ne pratique l'exorcisme que sur demande, et personne ne vous a rien demandé. Et surtout pas de vous bagarrer comme un chiffonnier avec mes ouailles. Je pensais vous demander de rester encore vous reposer, mais c'est allé trop loin. Rentrez à Saint-Dié maintenant."

Il était de plus en plus écarlate. Malgré son bouillonnement intérieur, la Soeur Marie-des-Eaux se retint de répondre, ça n'aurait fait qu'empirer les choses.

"Ma Soeur, ajouta la Soeur Jacqueline, je pense que tu dépasses les bornes de notre mission apostolique. Il faut revenir à la raison.
- Les bornes de notre mission ?, éclata le novice, C'est toi qui dépasses les bornes ! Tout ce que tu veux, c'est pouvoir poser ton cul alors que des diableries sont à l'oeuvre !
- Il suffit !, éclata le prêtre. Vous faites vos bagages et vous partez ! Mais avant, Soeur Marie-des-Eaux, j'exigerai de vous entendre en confession !"
La Soeur Marie-des-Eaux lui claqua la porte au nez.
"Allez au diable, si c'est ce que vous voulez !"

Il ne se fit pas prier pour reprendre le chemin avec Maurice. Pas question de tra√ģner et de faner l'haleine du pr√™tre dans le confessionnal. La Soeur Jacqueline suivait derri√®re. Elle n'avait pas os√© dire au revoir √† la cuisini√®re, alors elle mangeait un beignet de patates pour se souvenir d'elle.

Champo les croisa avec sa corde. Il tirait une tête de six pieds de longs.
"Vous savez pas ?
- Quoi, on sait pas ?
- Ben, Basile.
- Quoi, Basile ?
- Il s'est pendu dans le poulailler.
- Comment ça ?
- Si c'est pas possible, finit Champo entre deux sanglots, égrainant les noeuds de sa corde de sherpa. Basile le disait souvent. La corde de vie... (il montrait les noeuds qui servaient à encorder les enfants) La corde de mort..."
Il montrait l'extrêmité de la corde, nouée pour former une massue. Bien maniée en la faisant tournoyer au dessus-de sa tête, une telle arme aurait pu assomer un ours.


Les deux soeurs avaient suivi les indications de Champo pour trouver le ruisseau de la Forge Quenot, au milieu de la for√™t apr√®s l'Etang Lallemand. Les cabanes de chasse √©taient abandonn√©es, tr√īnant comme des miradors d'une autre √©poque. Il y avait un fatras d'orties et de sous-bois qui faisait de l'endroit un secret bien gard√©. Elles pass√®rent entre des roches plates n√©olithiques que les voivrais √©vitaient soigneusement comme des vestiges pa√Įens qu'elles √©taient. Mais la roche la plus impressionnante, avec une large cupule √©vas√©e, ind√©niablement une st√®le de f√©minit√©, portait des empierrements tous frais. Les cultes druidiques existaient donc bien aux Voivres, √† l'abri des regards.

C'est le ruisseau des Forges Quenot que les soeurs avaient demandé à voir.

Le temps √©tait venu pour la d√©sob√©√Įssance et l'action, et pour cela il fallait d'abord b√©nir les eaux et se purifier.

Penchée sur le ruisseau et craignant d'y chuter, la Soeur Jacqueline se retenait à des arbustes d'une main et faisait ses ablutions de l'autre. Mais la Soeur Marie-des-Eaux se dénuda et y plongea entièrement, la morsure de l'eau glacée lui rappela qu'elle était vivante, et la lava de ses souvenirs les plus malsains.

La Soeur Jacqueline était statufiée devant ce corps noueux et marqué de cicatrices en rangs aussi serrés que les pattes de mouche sur le carnet de mémographe. Elle sentait qu'elle avait chaud et elle ne comprenait pas trop pourquoi.


C'est ce moment là que choisit le mal pour attaquer, et le fait qu'elles avaient consacré le lieu n'y changea rien.

D'abord le vent trembla comme une feuille, puis ce fut une v√©ritable bourrasque, un vortex de racines qui s'empar√®rent d'elles et les tra√ģn√®rent dans le plus hideux des cauchemars, et ni la pugnacit√© du novice ni la foi de la doyenne ne furent de taille √† r√©sister.

"je vous aime tous,
mais, je vous en prie,
sauvez mon enfant !"

C'est d'abord cette voix grognante qui leur parvient √† travers le diaphragme des mondes qui se collisionnent. Elles sont compl√®tement sonn√©es, elles sentent dans leur cr√Ęne m√™me, comme si il y avait un probl√®me d'osmose, qu'elles ne sont plus dans le m√™me monde. Quant √† savoir si elles sont dans un r√™ve, dans un souvenir, dans le futur ou dans je ne sais quelle foutue autre endroit des for√™ts limbiques, impossible √† d√©terminer. C'est une salle souterraine d√©di√©e √† la chose m√©dicale vu l'abondance de lits en fers-blancs. Il y a des grands piliers avec des arcs-boutants qui soutiennent des vo√Ľtes de pierres bourr√©es de racines, on est dans la crypte d'un ch√Ęteau ou d'une cath√©drale. De la brume suinte des pores du plancher jusqu'√† leurs genoux. Sur un lit, une femme au corps sublime, le ventre tendu, est en plein travail.

Elle a une tête de cochon.

Et visiblement, vu qu'elles sont les seules et que leurs bras sont déjà maculés de sang, les soeurs sont responsables de l'accouchement.

ça se présente très mal. L'enfant est coincé. Il y a trop de sang. Sa tête est trop grosse. On entend des couinements.

Elles s'esquignent sur la patiente mais c'est très difficile. Soeur Marie-des-Eaux est trop nerveux pour manier le forceps, la Soeur Jacqueline s'en charge mais malgré ses efforts et sa douceur, l'enfant n'avance pas et elle a peur de trop déformer son étrange tête.

Une nouvelle fois, la mère supplie qu'on sauve son enfant.

La Soeur Marie-des-Eaux avise une scie.
"Il faut préserver la vie ! On doit sauver l'enfant, il n'est pas baptisé !"

Il pousse la Soeur Jacqueline, trop tard pour les forceps.

Mais la doyenne emploie toute sa volonté et met la Soeur Marie-des-Eaux au sol d'un seul coup de poing.

Avant que sa tête ne heurte le dallage et lui coupe les circuits de la consicence, le novice entend :

"T'as rien compris. C'est pas un enfant."

Et elle écrase sa tête entre les forceps jusqu'à ce que ça fasse schlorp.

Elle vient de sauver la mère.

Et les racines et les ronces de cette vision d'enfer les rel√Ęchent et elles se retrouvent dans l'eau, compl√®tement hagardes


Bilan :

Peu d'aides de jeu sur cet épisode (un seul tirage de l'Almanach. je me rends compte d'ailleurs que je devrais privilégier mes autres aides de jeu, Oriente et Muses & Oracles, car les tirages de l'Almanach sont un peu trop denses en univers), mais en revanche, j'ai bien utilisé l'économie du jeu Les Exorcistes, et atteint 6 bougies ce qui m'a permis de jouer un moment-clé du jeu, une Réminiscence. Pour le coup, j'ai utilisé une Réminiscence du livre (la première de la liste), en millevalisant juste un peu le décor. Par le fait du hasard, j'ai eu à jouer cette Réminiscence dix minutes avant la fin de ma session d'écriture, ce qui correspond au chrono d'une Réminiscence, donc c'était rigolo de devoir respecter peu ou prou la limite de temps.

J'ai eu beaucoup de plaisir sur cette session d'écriture, on monte en tension, c'est chouette.

L'√©pisode s'est un peu √©crit tout seul parce que j'avais accumul√© une liste de sc√®nes (choses que je fais quand je ma√ģtrise en campagne) et je les ai juste ordonn√©es au d√©but de la session et √ßa m'a fait un plan que j'ai suivi.

Je pense en avoir fini avec Les Exorcistes, j'ai exploit√© les aspects majeurs de l'√©conomie, donc je pense que la prochaine session se fera avec un autre jeu. J'h√©site entre Inflorenza, qui va beaucoup plus driver la narration et y injecter de l'al√©atoire, ou L'Empreinte, si je veux mettre en sc√®ne une menace des Soubise qui se fait imminente. On plonge dans l'inconnu, car avec ces deux syst√®mes, je risque d'ab√ģmer ou de tuer mes persos. Mais il faut prendre ce risque : le proverbe "rien n'est sacr√©" employ√© pour l'univers de Millevaux et certains jeux Millevaux doit tout autant s'appliquer √† mon √©criture romanesque.


Lexique :
vindiou, vinrat : jurons
bw√Ęler, quimper : r√Ęler


Jauges communes à la fin de la session :

Sainteté : 6
Bougies : 0
Chemin de Croix : 2


Feuilles de personnage :

Deux Soeurs du Très-Saint-Sauveur (ordre chanoine, couvent à Saint-Dié)

Soeur Jacqueline

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu r√©cemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait √©t√© clo√ģtr√©e pour contrer son penchant √† la luxure, et qu'on l'ait incit√© √† oublier son pass√© (onction √† l'eau b√©nite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées


Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J'étais la servante d'une Mère Truie. Je l'ai révélé (sous la torture) à l'archevêque de Saint-Dié. J'ai menti parce que j'étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l'archevêque m'a sauvée de l'emprise de la Mère Truie et m'a accordé l'eau d'oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C'est l'anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j'ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n'évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J'ai √©t√© amoureuse d'une bateli√®re qui menait les p√©l√©rinages vers la fontaine d'oubli. J'aimais la langueur de cette personne. L'histoire s'est termin√©e quand j'ai d√Ľ boire l'eau d'oubli.

Soeur Marie-des-Eaux

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide d√©termination. Parano√Įaque et violente. A re√ßu une formation de m√©mographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- √āne

Lien avec autre PJ :
A sauv√© la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre √ßa dans les dents. La na√Įvet√© de Soeur Jacqueline a failli leur co√Ľter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro)

Il y a quelqu'un de sp√©cial √† qui vous avez ouvert votre cŇďur. D√©crivez votre premier amour :
√Čtait-ce r√©ciproque ? Qu‚Äôest-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c'était réciproque. C'était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c'est ça que j'aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c'est ça qui l'a perdu, il est tombé en miettes quand je l'ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C'est le son de l'eau courante. Cela √©voque la vie et la puret√© qui continuent √† se trouver un chemin, malgr√© tout. Je ne l'ai pas beaucoup entendu durant mon p√©riple, aussi je m'int√©resse √† d√©couvrir o√Ļ sont les ruisseaux aux Voivres, on m'a parl√© des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C'était un lapin dodu et je l'emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m'a fait manger du civet et j'ai appris que c'était mon lapin. C'est le dernier souvenir que j'ai de mes parents.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#6 Aujourd'hui 10:30

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

FACE À LA DIABLERIE

Les exorcistes font enfin la rencontre du v√©ritable d√©mon qui faisait peser sa menace sur le village. Et √ßa va faire tr√®s mal ! Je passe ensuite √† un nouveau jeu de r√īle avec le v√©n√©neux L'Empreinte.

Joué / écrit le 14/11/2019

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Dan Noyes, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux, suicide, mutilation

Passage précédent :
4. Purification
https://outsiderart.blog/2019/11/06/dan … ification/


L'histoire :

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Dwelling In A Dead Raven For The Glory Of Crucified Wolves, par Wolfmangler, du drone dark folk riche en cuivres et en chant sinistre, à la fois murmuré et grogné, pour une chasse funèbre entre chiens et loups.

Soeur Marie-des-Eaux encaisse mal le choc. Quand Soeur Jacqueline reprend ses esprits et revient au monde matériel, c'est pour voir le novice se noyer dans le ruisseau des Forges Quenot.

Elle s'empare de sa main gr√™le et tire de toutes ses forces. Un instant, √ßa ne semble pas √™tre suffisant, mais le temps d'apr√®s le corps du novice suit tout seul. Champo avait d√©val√© le talus et avait tir√© l'autre poignet. Le novice ne s'√©tale pas en remerciement, il s'empare aussit√īt de sa robe pour la jeter sur sa nudit√©. Le sherpa n'a pas l'air int√©ress√© par la chose, mais √ßa ne change rien √† la pudeur de Soeur Marie-des-Eaux, qui n'a vraiment confiance qu'en Jacqueline. Un peu confiance.

Les voilà maintenant en haut du talus. Champo a allumé un feu et elles se réchauffent à proximité de la pierre maternaire. Craquements d'escarboucles qui procurent une fausse intimité, une fausse sensation de réconfort. En forêt, il faut toujours être aux aguets.

"Je pense que vous voulez retourner chez les Thiébaud. Je voudrais vous accompagner.
- Pour quelle raison ? Vous nous tenez sans doute responsable de la mort de Basile.
- Je ne raisonne pas en termes de cause √† effet, de bien ou de mal. Certes, votre exorcisme lui a fait du mal, mais c'est trop t√īt pour faire un lien avec son suicide. Et c'est trop t√īt pour savoir si vous avez bien fait ou mal fait. Mais je pense une chose : il y a ici des forces n√©fastes, et les habitants des Voivres sont trop p√©teux pour prendre les choses en main. Vous √™tes des √©trang√®res et vous venez nous aider alors que tout le monde vous crie de vous m√™ler de vos oignons. Moi, je pense que vous √™tes bien intentionn√©es et que c'est mon devoir de vous aider, pour prot√©ger les gens de ce village, en priorit√© les enfants.
- On ne peut pas accepter, c'est un pa√Įen, siffla la Soeur Marie-des-Eaux.
- C'est surtout un homme de bien, coupa la Soeur Jacqueline. Qu'il soit baptisé ou non, c'est un don du ciel pour la mission que tu veux tant dont on s'acquitte."

C'est donc à trois qu'ils remontèrent la grande-rue, en direction du Chaudron. Quand la Soeur Jacqueline vit la Bernadette sur le pas de la porte, son coeur se serra. Quelque chose se noua dans ses tripes, comme si ses chairs se calcinaient, comme si la merde lui remontait le long des intestins, ça faisait un mal de chien comme elle n'en avait jamais connu. Elle s'approcha de la Bernadette, et comme cette dernière ne la repoussait pas, elle se sentait étrangement mieux. L'odeur de graillon et de transpiration de la cuisinière était comme un baume pour le feu qui lui bouffait le bide.
"Alors vous remontez au Chaudron ?
- Oui.
- Soeur Jacqueline, je vous en prie, faites quelque chose pour moi.
- Tout... ce... que... vous voudrez...
- Ramenez-moi la corde du pendu. Elle ne doit pas tomber en de mauvaises mains.
- O... oui...
- Faites attention aussi au petit. Je comprends pas pourquoi il veut pas se faire soigner. Je comprends pas comment il arrive à tenir debout avec toutes ses fractures.
- C'est... C'est sa rage qui le maintient en vie.
- C'est ça, c'est un renard enragé. Prenez garde à sa morsure."

La Bernadette lui prit sa main. La doyenne sentit le contact physique avec une acuité qui lui fit peur. Le fourmillement dans ses articulations, les ongles de la cuisinière enfoncés dans sa peau, le frottement de leurs deux épidermes. Puis la Soeur Marie-des-Eaux la tira de façon bourrue et la séparation fut douloureuse comme un déchirement musculaire.


Il régnait une pluie pisseuse qui détrempait les chemins et collait aux frusques, charriant une odeur de grès qui donnait presque la nausée.
Champo les fit passer par un chemin diff√©rent, pour brouiller les pistes. Au d√©tour de la ferme des Fournier, avant les Faignottes, ils emprunt√®rent un chemin tout encombr√© de pierres sem√©es avec anarchie dans l'humus. Ils pass√®rent √† c√īt√© d'une maison en ruines, "le ch√Ęteau de paille", d'apr√®s leur guide, d'o√Ļ d√©gorgeaient des masses de foin moisi.

La Soeur Jacqueline jetait des regards nerveux derrière son épaule.
"On nous suit... On nous guette..."

Cr√Ę !

Seul le cri d'un corbeau répondit à cette remarque. Il y avait un tel fouilis de broussailles et de branches noueuses, que les tréfonds de la forêt étaient difficile à discerner, malgré la chute des feuilles.

Leur éventuel espion bénéficiait de l'avantage du terrain.

Puis il y eut une c√īte √† descendre, avec des orni√®res si profonde que les deux soeurs, percluses qu'elle √©taient, n'arrivaient pas √† avancer sans l'aide du sherpa qui tirait leur cord√©e comme √† la manoeuvre.

Enfin un chemin √† niveau mais tout aussi accident√© que les pr√©c√©dents, longeant un √©tang obstru√© par les lentilles d'eau, un verger de pommiers retourn√© √† l'√©tat sauvage, et juste avant l'√©curie des Thi√©baud, un entrep√īt passablement abandonn√©, dont le dernier usage semblait √™tre pour le stockage des st√®res de bois en attente de la d√©coupe, et qui √©tait rendu √† l'empire des buissons d'orties, des ronces, des poutres effondr√©es et des b√Ęches d√©chir√©es.

Ils trouvèrent les Thiébaud dans leur cuisine. Dans un triste état. La nourriture était carbonisée dans la poêle sur la cuisinière à bois, le père soliloquait dans son fauteuil et la mère était au trente-sixième dessous, du vomi sur son tablier à fleurs, hagarde. Ils étaient tellement diminués qu'ils étaient à peine conscients du sort de leur fils.

"Bobi, si Félix est rentré ?"

La Soeur Marie-des-Eaux se mit en tête de chercher le chat, dans l'espoir que ça leur redonnerait un peu le moral.

Au pied du poulailler, la Soeur Jacqueline et Champo trouvèrent l'Elie, un chasseur du village. Il était là, le fusil cassé, en bottes de plastique et béret, avec son chien, et comme qui dirait il occupait tout l'espace avec se bedaine et ses yeux de faucon, un peu ici en terrain conquis comme le sont partout les chasseurs. Il portait un jeune chevreugne dans ses bras, avec une grande douceur, comme on porte un enfant. Un enfant avec trois impacts de balle au flanc, et le chargea dans la benne de son tracteur avec délicatesse, amoureusement pour ainsi dire.

La Soeur Jacqueline se dit qu'il avait de la veine que la Soeur Marie des Eaux soit en train de chercher le chat.

Il expliqua qu'il était sur la trace d'un gibier quand il est passé devant la ferme des Thiébaud, et s'est arrêté pour les saluer. Voyant leur état, il s'est dit qu'il irait voir le Basile, et c'est lui qui l'a découvert.
"Je l'ai décroché. Je pouvais pas le laisser comme ça."

L'Elie est le seul équipé d'une CB dans le village, un outil à la fois pratique pour le chasseur et le cancanneur qu'il est. C'est ainsi qu'il a prévenu la mairie et que Champo a été mis au courant par proximité. Ensuite, il a repris sa chasse et là il s'apprêtait à rentrer. Champo l'aida à descendre Basile en bas du poulailler pour le mettre dans la benne contre le chevreugne. On aurait vraiment dit deux enfants, tous deux avec une tête paisible dans la mort.

"Félix ? Minou, minou !"

La Soeur Marie-des-Eaux était monté sur le pont, c'est toujours là que ces cons de chats viennent se cacher.

Au premier étage, il y avait toujours ce relents d'oignons et de jus de pommes ranci mais pas de trace du matou.

Un bruit.

Le novice monta le raide escalier du deuxième avec précaution, il avait l'air aussi esquinté que ses propres abattis et craquait sous ses pieds pareil.

Cette fois, le m√©mographe qu'il √©tait ne put s'emp√™cher de s'arr√™ter sur les cartons de revue. Un observateur ext√©rieur aurait pu le voir feuilleter avec avidit√© les pages hors d'√Ęge du journal La Libert√© de l'Est. Les √©tranges √©v√©n√©ments de l'√Ęge d'or d√©filaient sous ses yeux, de l'encre qui sentait le moisi, des photos bleu√Ętres. Deux hommes chauves. Les irradi√©s de Forbach. Et des consid√©rations sur le danger nucl√©aire. Voici ce qu'un observateur ext√©rieur aurait pu voir.

La gorge de la Soeur Jacqueline se noua quant au terme d'une pénible escalade, elle arriva dans les combles du poulailler. Trois poules gloussaient sous la poutre principale. Le filet de lumière à travers la vitre de plastique éclairait le noeud coulant que l'Elie avait laissé sur le plancher. Il y avait ça et là tout ce qui restait du Basile : des cordes avec d'étonnants noeuds de marins, des baugeottes finement tressées, des bombonnes de jus de pomme à moitiée parées d'osier, et puis de ridicules jouets en ficelle.

Elle prit la corde de pendu dans ses mains, et songea à l'autre corde que le Basile leur avait offert, qui pendait à sa ceinture.

Elle sentit que quelque chose bougeait.

La Soeur Marie-des-Eaux cligna des yeux, et comprit au fourmillement dans son cr√Ęne qu'un temps ind√©termin√© s'√©tait √©coul√© √† compulser des archives sans importance pour ceux qui les produisirent et cruciales pour les personnes d'aujourd'hui qui tombaient dessus.

Des particules de poussière volaient dans la lumière qui perçait du toit.

Il tourna la t√™te vers la pi√®ce o√Ļ √©tait remis√© le J√©sus-Cuit, invisible car dans l'angle mort. Sur le plancher fragile de cette pi√®ce, il y avait un petit corps roux inerte.

La Soeur Jacqueline secouait la po√™le sur la cuisini√®re. Il fallait que la m√®re Thi√©baud mange quelque chose, alors elle avait jet√© quelques oignons et des patates dans cet ustensile qu'avaient cuirass√© les fossiles noirs d'ann√©es et d'ann√©es d'huile br√Ľl√©.

L'Elie faisait la conversation au Père Thiébaud mais c'était pas évident.

"Bobi, si les Etienne sont rentrés des affouages au Beaulieu ?
- C'est pas bon, ça... Il parle de chantiers agricoles qui datent d'il y a trente ans. Les deux-là, on dirait qu'ils était complètement sucés."

Difficile de savoir si le plus effrayant était que le Père Thiébaud soit retombé dans le passé ou si c'était que l'Elie soit capable en toute conscience de dater des choses aussi anciennes.

ça commençait à sentir bon les oignons et les patate, et ça faisait un peu oublier la misère généralisée.

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The Dynamic Gallery of Thoughts, par ...and Oceans, du black metal orné de claviers de toutes parts, maléfique, mélodique et racé.

Le novice s'avança pour se pencher sur le chat. Le plancher grinça.

Félix était mort. Il était tout sec, comme momifié. Comme sucé.

La Soeur Marie-des-Eaux sentit une force qui lui chopa le cerveau à pleine mains et commença à presser.

Cela aurait pu sonner n'importe qui d'autre, mais cette attaque sournoise et violente activa son mode guerre.

Le novice vit aussit√īt volte-face, l'Opinel lanc√© en arc-de-ciel comme une prolongation naturelle de son bras. Son poing vient se briser √† moiti√© sur la surface de son assaillant.

La statue de Jésus-Cuit !

Tous dans la cuisine entendirent des bruits de lutte monumentaux et se précipitèrent dans le salon en croyant que ça venait de là.

C'est ainsi qu'ils virent le plafond s'effondrer sous le poids de la statue et du novice. Sous la secousse, l'horloge comptoise du salon perdit l'√©quilibre et s'√©clata sur le dos de la Soeur Marie-des-Eaux. La statue √©tait explos√©e en trois morceaux et - une foutue - CHOSE - en √©mergeait, comme un amas de ronces d'o√Ļ pendaient des grappes d'humeurs visqueuses et des ocelles qui luisaient d'un √©clat noir. La chose s'aggrippait au corps du novice par ses crampons, labourant sa robe et ses chairs. Le novice chercha √† frapper son ganglion central, une masse de m√©tastases orn√© d'un sphuncter suceur, mais les ronces lui bloqu√®rent le poignet en en faisant gicler le sang dans une sc√®ne christique. Une ronce-sphuncter se jeta au visage du novice - "Non, non, NOOON !" - et lui rentra dans l'oeil, directement, traversant l'orbite comme une pointe dans une planche. Et maintenant, elle n'avait plus qu'√† aspirer sa cervelle. Plus rapide qu'une absorption t√©l√©pathique.

Spprr---lotch !

C'est en résumé le bruit hideux que produisit la chose quand la Soeur Jacqueline écrasa la poêle chaude sur son ganglion central.

C'en était fini du véritable démon qui hantait Les Voivres.



L'√©curie de l'Auberge du Pont des F√©es √©tait calme. Les chevaux respiraient avec silence. La chaleur et l'odeur du crottin formait comme un cocon. La Soeur Jacqueline soignait l'oeil de son novice du mieux qu'elle pouvait. Celui-ci n'avait pas eu la force de refuser qu'on se replie √† l'auberge, mais refusait encore que la Bernadette s'occupe de lui. Il brossait le dos de Maurice et lui donnait de l'avoine par petites poign√©es que l'√Ęne avalait goulument, avec une tranquille approbation. Cela apaisait le novice et occultait un peu l'immense douleur qui le crevait de toutes parts.

Après l'attaque de la chose dans la statue, ni le maire ni le prêtre n'avaient eu à coeur de maintenir l'exil des deux nonnes. Tout juste si le père Houillon avait rappelé qu'il y aurait séance de confessionnal dès qu'elles seraient un peu sur pied.

Le mal qui tirait le ventre de la Soeur Jacqueline s'était un peu adouci depuis qu'elles étaient revenues à l'Auberge, mais elle ressentit le besoin de laisser là le novice et trottiner jusqu'aux cuisines sous prétexte d'aider. Dès qu'elle vit la Bernadette affairée aux fourneaux, penchée sur ses gamelles le front humecté de sueur et les lunettes embuées, elle sentit que ça la bouffait moins.

"Vous prendrez bien du saucisson tant que la Soeur Marie-des-Eaux n'est pas là pour faire la police."

La Soeur Jacqueline hocha la tête. La cuisinière lui tendit une rondelle rouge presqu'à portée de sa bouche. La doyenne s'en empara, c'était graisseux au toucher et chaud et acide sous la langue.

"Je ne comprends pas ce que votre novice a contre la charcuterie. C'est tout le terroir des Vosges.
- Elle aime les créatures du Vieux plus encore que les hommes, je crois.
- En attendant, faudrait bien qu'elle prenne des forces. Parce qu'elle vous expose à un grand danger, sachez-le. Et ça m'inquiète parce que je tiens à vous."

Ces derniers mots eurent plus d'impact que la Soeur Jacqueline ne l'aurait imaginé. Elle se sentait fondre comme si elle était elle-même une rondelle graisseuse de saucisson dans une bouche gourmande. Elle essaya de passer un coup de balai dans ces pensées.

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What has become of the one i love ?, par Yseulde, du post-americana lunaire et lo-fi pour un feu de camp introspectif à l'infini.

"Ce que vous avez vu... au Chaudron. C'était un horla. Il se nourrissait de l'énergie mentale des gens qui allaient à la messe.
- Un horla ?
- Bien entendu, vous n'avez jamais entendu parler de ce terme. Ils vous ont pas bien préparé vos curés exorcistes, au Diocèse. Ils vous ont tout expliqué de travers, avec leurs histoires de diable."

Elle tira un tiroir pour montrer le noeud coulant qui y était caché au milieu des couteaux de cuisine.

"Encore merci pour ça. J'en ferai bon usage.
- Bon usage ?
- Ecoutez, Soeur Jacqueline, je vous suis reconnaissante pour ce que vous avez fait pour le village et je veux vous aider. J'ai appris dans le Petit Albert deux ou trois choses qui pourraient vous être utiles. Vous voudrez bien de mon aide ?
- Naturellement.
- Tant mieux, parce que si vous continuez à taper dans les taupinières, vous pourriez bien trouver d'autres horlas. Maintenant, je vais vous montrer comment cuisiner des rognons."

La chair de foie de veau rissolait dans la poêle, emplissant les narines de son fumet. La main ridée de la Bernadette tenait le poignet de la Soeur Jacqueline pour la guider, doucement mais fermement.


La voix de la Soeur Marie-des-Eaux égrénait les faits de la journée et de la veille. Il avait besoin de dire à haute voix ce qu'il inscrivait dans son carnet mémographique maintenant qu'il était borgne.

√ßa raisonnait dans la t√™te de la Soeur Jacqueline allong√©e, en proie √† la br√Ľlure qui lui tenaillait le ventre et descendait, et bien consciente que √ßa n'aurait pas √©t√© convenable d'aller visiter la cuisini√®re √† cette heure-ci pour se calmer.

La voix du novice énumérait le récit de leur calvaire d'une façon monocorde qui dénaturait ce qu'elles avaient vraiment vécu, et renforçait la conviction que la Soeur Jacqueline avait sur la vacuité du dogme mémographique.

Puis ce fut, alors que la bougie s'étouffait dans sa fumée, l'habituelle litanie des prières d'exorcisme et de l'Apocalypse :

"Et ceci sera l'Ňďuvre du D√©mon. Car le D√©mon est entr√© dans la demeure de l'Homme quand celui-ci lui a ouvert la porte et l'a accueilli √† bras ouverts. Il a laiss√© le D√©mon marcher dans les rues et les palais de Babylone et il lui a servi du vin et l'a appel√© Fils de l'Homme.
Et le Démon lui a donné ce qu'il nommait des bienfaits : la vie, la fertilité, l'abondance, et toutes les bêtes et les choses à son service.
Et l'Homme s'est band√© les yeux, il a go√Ľt√© au fruit tendu par le D√©mon et il a mordu sa chair grouillante d'asticots sans prendre garde √† son go√Ľt infect. Et l'Homme a sacrifi√© les √™tres et les choses innocentes au Nom du D√©mon, il a embrass√© la bouche du D√©mon, et il a dit : ¬ę J'embrasse la bouche du Fils de l'Homme."

La Soeur Jacqueline murmurait en √©cho pour faire acte de participation, mais sans conviction. Et la voix de son infortun√© novice s'√©teint dans un souffle comme la flamme de sa bougie, pour sombrer dans un sommeil o√Ļ la fatigue extr√™me, l'ext√©nuation terminale du corps, avait pour un temps triomph√© sur la souffrance.

Mais pour la Soeur Jacqueline, la nuit s'√©tirait comme une rivi√®re pollu√©e, dans la rumeur des chats-huants, le roulis des feuilles mortes et la br√Ľlure qui la tiraillait encore plus dans l'inaction. Elle descendit le main le long de son ventre et se massa les bourrelets dans l'espoir que √ßa se calme.



Lexique :

péteux : peureux
pont : grenier
baugeotte : gros panier à anse double


Bilan :

Un long pr√©ambule jou√© sans jeu de r√īle attitr√©, puisque r√©diger la fin de l'arc du J√©sus-Cuit m'a pris les deux premi√®res heures, sans suport des Exorcistes, et avant de cr√©er mes feuilles de personnage avec L'Empreinte, r√©serv√©e au nouvel arc consacr√© aux Soubise. Avec cette cr√©ation, j'ent√©rine le fait que Champo fait directement partie de l'√©quipe. Je flippe un peu parce que je pense que mes personnages vont en baver, avec d'importants risques de mort, mais je m'attends √† ce que la nouvelle menace soit vraiment bal√®se et donc je dois pas les surprot√©ger. Allez, comme on n'est quand m√™me qu'au d√©but du roman, je r√®gle la difficult√© du jeu en mode interm√©diaire. Je me dis que Champo servira de fusible, mais sait-on jamais, ce n'est peut-√™tre pas lui qui va y passer, et quelque part √ßa m'arrangerait, j'aimerais bien faire une session d'Oriente centr√©e sur lui.

Bon allez, je change d'avis. Je passe en mode cauchemar pour montrer ce que L'Empreinte a dans le ventre et pour sortir de ma zone de confort. En revanche, je vais rester à un jet de dé par acte.

J'ai en revanche utilis√© Oriente et Muses et Oracle, un tirage de chaque, pour raconter le voyage au d√©but de l'√©pisode. J'ai pass√© beaucoup de cartes Oriente avant de trouver mon bonheur avec la carte "Quelle b√™te vous suit partout ?", qui fait le lien avec le fait que les Soubise ont mis les soeurs en filature. Je tire une carte Muses et Oracles et l√†, parfait, je tombe sur une ic√īne de corbeau. Y a-t-il un lien entre les Corax et les Soubise ou la M√®re Truie ? La suite nous le dira !

J'ai encore une fois utilisé des anecdotes très personnelles mais je me garderai bien de vous dire lesquelles.


Notes liées aux règles de l'Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I - Introspection + Tentation


Feuilles de personnage

Champo (créé avec L'Empreinte)
Vocation : Vagabondage
Métier : guide
Attitudes : Combattre la menace / Fuir la menace


Soeur Jacqueline

Feuille créée avec L'Empreinte :

Vocation : Sorcellerie
Métier : Nonne exorciste
Attitudes : Ressentir de la fascination pour la menace / Agir selon ses propres objectifs dans l'ignorance de la menace

Feuille créée avec Les Exorcistes :

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu r√©cemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait √©t√© clo√ģtr√©e pour contrer son penchant √† la luxure, et qu'on l'ait incit√© √† oublier son pass√© (onction √† l'eau b√©nite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J'étais la servante d'une Mère Truie. Je l'ai révélé (sous la torture) à l'archevêque de Saint-Dié. J'ai menti parce que j'étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l'archevêque m'a sauvée de l'emprise de la Mère Truie et m'a accordé l'eau d'oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C'est l'anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j'ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n'évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J'ai √©t√© amoureuse d'une bateli√®re qui menait les p√©l√©rinages vers la fontaine d'oubli. J'aimais la langueur de cette personne. L'histoire s'est termin√©e quand j'ai d√Ľ boire l'eau d'oubli.


Soeur Marie-des-Eaux

Feuille créée avec L'Empreinte :

Vocation : Combat
Métier : Nonne exorciste
Attitudes :
Combattre la menace / Se rapprocher par erreur de la menace


Feuille créée avec Les Exorcistes :

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide d√©termination. Parano√Įaque et violente. A re√ßu une formation de m√©mographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- √āne

Lien avec autre PJ :
A sauv√© la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre √ßa dans les dents. La na√Įvet√© de Soeur Jacqueline a failli leur co√Ľter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Il y a quelqu'un de sp√©cial √† qui vous avez ouvert votre cŇďur. D√©crivez votre premier amour :
√Čtait-ce r√©ciproque ? Qu‚Äôest-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c'était réciproque. C'était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c'est ça que j'aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c'est ça qui l'a perdu, il est tombé en miettes quand je l'ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C'est le son de l'eau courante. Cela √©voque la vie et la puret√© qui continuent √† se trouver un chemin, malgr√© tout. Je ne l'ai pas beaucoup entendu durant mon p√©riple, aussi je m'int√©resse √† d√©couvrir o√Ļ sont les ruisseaux aux Voivres, on m'a parl√© des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C'était un lapin dodu et je l'emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m'a fait manger du civet et j'ai appris que c'était mon lapin. C'est le dernier souvenir que j'ai de mes parents.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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