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#121 18 Dec 2015 15:43

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Ma life en conv

9 démos à Créateurs en jeux – décembre 2015 – La Rochelle


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Le vert fluo, c'est stylé
photo Maud Hamonic pour La Ludothèque



Au milieu de Mireuil, un quartier populaire de La Rochelle, il y a une ludothèque flambant neuve dirigée par Benoît, El Medico pour les habitués de ma table. J'étais présent, il y a un peu plus d'un an, lors de son inauguration, et voilà t'y pas qu'on m'y réinvite. C'est loin, fatiguant et les perspectives de business sont faibles (je sais d'avance que je ne vais pas vendre des kilos de zines), mais je dis oui parce que Benoît est un bon pote, que l'invitation s'accompagne d'un défraiement complet et que j'ai été hyper bien reçu la dernière fois. La qualité de l'accueil, pour moi, ça compte. J'y reviendrai plus bas, en même temps que je vais causer de tout un tas d'autres trucs. Un peu en vrac et je m'en excuse, mais ça vient comme ça vient, au fil de la plume.

Initialement, j'avais l'intention de pondre un petit compte rendu rapide comme je fais ces derniers temps pour les conventions, genre ouais-génial-c'était-cool-bodycount-de-ouf-malade-tavu. Mais en fait non. Je sens que je suis parti pour en chier un roman façon ma vie, mon œuvre, mes démos. Effet de saison sans doute. La fin d'année est propice aux bilans, ce d'autant que cela fait presque six mois que j'ai monté Terres Etranges, l'entreprise. Un semestre, ça se fête. Pour tout dire, j'ai besoin de cette bafouille. Je suis un littéraire à la base. Pour bien faire le point, faut que j'écrive. Si je peux poser noir sur blanc ce qui me trotte dans la tête, c'est grâce aux tipeurs de Sombre. Merci les gens, vos sous m'achètent du temps d'écriture.

Or donc, La Ludothèque, adossée au centre sociâââl Le Pertuis, dans un coin de La Rochelle où que les immeubles le disputent aux barres. Folichon tout plein, Mireuil. Dedans le gros cube en béton couvert d'espaliers, une équipe de ludothécaires dont n'importe quelle commune rêverait. Jeunes et moins jeunes, dynamiques, efficaces, impliqués, curieux, concernés, pas blasés pour un sou. Qui plus est super sympas et adeptes de la vanne qui tache. Je vivrais dans le coin, je ferais des pieds et des mains pour bosser le plus souvent possible avec eux. Leur event, Les créateurs en jeux, consiste (comme son nom l'indique) à rassembler des auteurs et des éditeurs pendant deux jours dans leurs (chouettes) locaux pour qu'ils y assurent des démos de leurs jeux.

Franchement, ça m'a carrément bien plu. C'était super agréable de passer deux jours avec des pros du jeu, et surtout d'avoir assez de temps pour s'intéresser à leur production. Parce qu'en conv standard, tu ne causes pas avec les gens. Tout le monde est mobilisé par son stand et ses démos. Là, on a pu échanger et ce fut hyper enrichissant. C'était d'ailleurs le but : la rencontre était aussi bien avec le public qu'entre nous. Oui, les gens de la Ludothèque ont *vraiment* pensé à nous. Pas juste à ce qu'on pourrait apporter à leur événement, mais ce qu'on pourrait en retirer. Et ça c'est classe. Mais Benoît est un gars classe, c'est bien raccord que son event le soit aussi.

Pour ce qui est de moi-même personnellement tout seul, l'objectif fut atteint : ce week-end m'a carrément mis les neurones en mouvement. D'où la présente tartine. Mais d'abord, un poil de contextualisation. Dans notre pool d'auteurs, j'étais le vilain petit canard (normal, je m'habille en noir). J'entends par là le seul pur rôliste au milieu de gens qui font du jeu de société grand public ou du platal une chouille plus pointu. Y'avait des biclassés, hein, j'ai même vendu un Sombre 1 à un éditeur. Des rôlistes pratiquants ou ayant pratiqué, mais dont la production ludique ne s'inscrit pas dans le hobby, même si certains s'en inspirent pas mal. Je pense en particulier à Christophe Pinson de Woody Ludie, dont l'un des jeux en bois est un PMT ripoliné jeu de société.

Et bin, y'a un truc qui m'a juste sauté à la gorge des yeux : les démos de jeux de société ou de plateau, c'est fingers in ze nose à côté de celles de Sombre ! Putain, les cartes ou le platal, c'est carrément les vacances. Quelque part, ça m'a fait tout bizarre de le découvrir après plus de dix années de conventions, mais 1/ je fais en majorité des events rôlistes, 2/ même quand c'est plus mélangé, les zones de jeu sont généralement compartimentées, et 3/ en temps normal, j'ai pas trop le loisir de regarder comment se déroulent les parties des autres parce que j'enchaîne les miennes comme un taré. Mais le samedi fut très très trèèès tranquille, et j'ai donc eu tout le temps de zieuter ce qui se passait autour de moi.

Frédéric Guerard, qui présentait le proto d'un jeu de plateau un peu technique, avec la patate de matos, genre la grôôôsse boîboîte d'un demi-quintal, gavée ras la gueule de pions, cartes, figs et autres tuiles, jouait à sa propre table. Les autres se contentaient généralement d'arbitrer (ils ne jouaient qu'en cas de pénurie de volontaires, pour compléter), voire simplement d'expliquer les règles puis, après deux ou trois tours, de laisser les joueurs se prendre en main. Christophe mettait carrément son matos à dispo sur sa table et allait jouer sur une autre, à d'autres jeux. Putain de vâââche, c'est là que tu touches du doigt les limites intrinsèques du jeu de rôle. Je ne peux pas faire ça, moi. Une démo de Sombre, c'est de l'animation pleine bourre du début à la fin. Si je me barre au milieu d'une partie (ce que j'ai d'ailleurs été contraint de faire samedi en fin d'après-midi pour choper mon train), y'a plus de jeu. Et ce n'est pas non plus de la démo relax, genre je fais avancer un pion toutes les trente secondes. En flash, je suis à fond les ballons tout le temps. Et ça me crève.

J'y cogite pas mal ces derniers temps. D'abord parce que depuis que j'ai monté la boîte, le taf s'accumule et la fatigue des conventions me pèse de plus en plus. Je suis revenu totalement déchiqueté de La Rochelle, mais j'étais déjà à demi mort lorsque j'y suis parti. L'avant-veille, j'étais aux Caves Alliées jusqu'à tard pour la soirée de lancement de Sombre 5. Super sympa d'ailleurs. C'est hyper plaisant de constater que, numéro après numéro, des gens se déplacent pour le jeu. Ces soutiens fidèles me font vraiment chaud au cœur. Damned, y'avait des vrais fans de Sombre ce soir-là aux Caves et ça m'a carrément fait kiffer !

Pour en revenir aux convs, je m'interroge sur le futur. Parce qu'en dehors d'accumuler le taf, je ne rajeunis pas. Fringuant quinca, tonton Alias continue de courir les events comme il le faisait il y a trente ans (ouais, quand j'étais ado, il était déjà en photo dans old Casus, à sa table de Tigres Volants. Respect), mais pour ma part, je me vois mal continuer sur mon rythme actuel encore dix ans. Je ferais du jeu de société, je ne me poserais pas la question. Dans notre petit groupe d'auteurs de La Rochelle, la moyenne d'âge était assez élevée. La différence est que si la fatigue pesait sur les épaules de tout le monde le deuxième jour, moi j'étais *total* à la ramasse.

En 2015, ça va encore. En bonne santé et pas trop mauvaise forme, je fais ce qu'il faut pour le rester. Ça aide bien. Très sérieusement, le JdR tel que je le pratique est sportif. C'est hyper exigeant pour l'organisme. Du coup, clair qu'en 2025, ça ne le fera plus. Or il n'est pas dit que dans dix ans, j'aurai définitivement tourné la page Sombre. Je me connais, je vais avoir du mal à lâcher le morceau avant d'avoir complètement abouti le projet. Hé, Alias s'accroche encore au sien. Or lui et moi, on se ressemble pas mal pour ce qui est de l'entêtement tendance obsessionnel jusqu'au-boutiste. Sauf qu'à un moment, et je sais que ça va sans doute arriver plus tôt que je ne le pense, enchaîner les démos flash des week-ends entiers quinze fois par an ne sera plus du tout gérable. Le souci est que ces démos sont le nerf de la guerre. Ce sont elles qui font vendre les zines et tourner la boîte. Si je lève le pied sur les convs, patatras, tout s'écroule.

Alors oui, je me démène pour essayer de diffuser le jeu par d'autres canaux, en particulier les boutiques de jeux. Mais le marché est super rude et mes marges si faibles que s'il n'y avait pas les ventes directes, dont une bonne partie sont réalisées en convs, je n'aurais strictement aucune chance de prétendre équilibrer les comptes de Terres Etranges. Parce qu'il ne faut pas rêver : j'espère bien augmenter mon volume de ventes annuel en passant par les magasins, mais je ne vais pas du jour au lendemain y écouler du Sombre par palettes entières. Ce serait trop beau. Du coup, les perspectives d'avenir ne sont pas super roses. Mais pas super, euh, sombres non plus, notez bien.

Je suis encore loin de maîtriser aussi bien que je le voudrais tous les paramètres comptables et commerciaux (j'apprends, hein, ça va venir), mais depuis juin que je turbine à faire avancer la boîte, et en dépit des quelques portes que je me suis prises dans la gueule (bon sang, ce phoner « Sombre n'est pas un JdR », quel grand moment !), je me dis que y'a moyen. Sur un malentendu, ça peut marcher. Si je ne le pensais pas, je ne me serais pas lancé dans le monde merveilleux de l'entreprise. Juste, y'a pas de voie royale. Pas de martingale. Aucune super combo imparable qu'il me suffirait de sortir de mon slip pour que ça le fasse à coup sûr, seulement un ensemble de micro stratégies convergentes. Des ajustements à droite et à gauche pour que les petits ruisseaux fassent de grandes rivières. Parce que j'en suis là : grappiller quelques sous ici et là pour au final tenir l'objectif, ce fameux zéro euro (pas de déficit la première année) qui me met des étoiles dans les yeux.

La page Tipeee fait partie de ce mouvement. Je me suis assez vite aperçu qu'avec l'accroissement de ma charge de travail, ma to do list avait de plus en plus tendance à se décanter, les trucs qui mettent des jetons dans la tirelire passant avant ceux qui ne rapportent rien, ou du moins pas directement. Or, et c'est là qu'on en revient à La Rochelle, j'ai une tendance certaine à enchaîner les animations. Je ne fais pas que ça, mais j'en fais pas mal. Trop sans doute pour mon propre bien et celui de Terres Etranges. Si vous avez été attentifs à mes derniers comptes rendus de conv, vous avez sans doute remarqué que j'en ai déjà parlé. J'ai identifié le problème il y a un certain temps, mais peine à le résoudre. Il va falloir que je me discipline plus, que je trie mieux les events auxquels je participe. J'explique.

Au fil du temps, j'en suis venu à faire la nuance entre animes et démos. Une animation, c'est Johan qui mène du Sombre. Je pose l'ambiance, fais des blagues, déroule mon scénar Zéro, décime les personnages. Dans 99% des cas, les gens sont contents. Ils se marrent bien, flippent un peu (les jump scares, c'est le Bien), gerbent un peu (le gore, cet autre Bien). Fun et jeune. Une démonstration, c'est Johan qui mène du Sombre. Je pose l'ambiance, fais des blagues, déroule mon scénar Zéro, décime les personnages. Dans 99% des cas, les gens sont contents. Ils se marrent bien, flippent un peu (les jump scares, c'est le Bien), gerbent un peu (le gore, cet autre Bien). Fun et jeune.

Bon chasseur, mauvais chasseur ? Toutafé. Pratiquement, il n'y a pas de différence entre animation et démonstration. Enfin si quand même, le public n'est pas le même, ce qui impacte la partie aussi bien que la manière dont je la mène, et jusqu'au matériel que j'utilise (tel scénar plutôt que tel autre). En anime, la table est constituée de noobs du JdR, typiquement des enfants ou des familles standard (par oppositions aux familles de gamers. Ouais y'en a, et de plus en plus, c'est übercool). Des gens à qui je n'ai strictement aucune chance de vendre un fanzine. Enfin, je mens : ça arrive de loin en loin, mais c'est de l'ordre du mirâââcle. Un plan Bernadette (Soubirous) comme j'appelle ça, genre j'allume un cierge tellement ça n'existe normalement pas. Une opération du Saint-Esprit rôliste, quoi. Les parties sont bonnes, hein, et souvent, les gens en redemandent. Ils reviennent à ma table plus tard dans la journée ou le lendemain. C'est hyper flatteur, ça fait du bien à l'ego, mais ça ne fait pas avancer mon bizness d'un centime.

A contrario, la démo est une partie avec des gens un minimum aware du JdR et/ou des cultures de l'imaginaire. Des rôlistes ou des geek branchés horreur, fantasy, SF, whatever. Des gens que je n'ai pas à pousser beaucoup pour qu'ils m'achètent des zines. Une partie où quand j'attaque mon briefing, je peux me dire que j'ai une chance raisonnable de faire une ou plusieurs ventes à la fin. Bon, ça ne marche pas à tous les coups. Des fois, les joueurs accrochent moins que je ne l'espérais, soit que la partie n'a pas été aussi bonne qu'il aurait fallu (même avec des milliers de playtests dans les pattes, le JdR n'est pas une science exacte), soit que j'ai mal jugé leurs profils ludiques, soit qu'ils sont tentés mais, pour une raison ou une autre, ne passent pas le cap de l'achat. Sortir des sous de son porte-monnaie pour se faire plaisir avec un produit ludique est un acte fortement irrationnel. Le rapport de l'humain à l'argent et à ses loisirs est complexe. Au sortir d'une démo (par opposition à une commande par correspondance), on est dans le cadre de l'achat d'impulsion et tout un tas de facteurs entrent en jeu. Ça bouillonne grave dans la ciboule.

Alors on pourrait se dire que cette dichotomie anime/démo n'a aucune sorte de pertinence. Que le boulot d'un auteur est de montrer son jeu partout, tout le temps, au plus grand nombre. Sauf que non, parce que l'auteur en question, il n'est pas qu'animateur/démonstrateur. À côté de ça, il doit créer du matériel de jeu, écrire et mettre en forme au moins un zine par an (mais deux seraient mieux), playtester sérieusement ses règles et ses scénars, faire imprimer sa revue et depuis peu, s'échiner à la placer en boutiques. Or l'auteur, il est comme tout le monde, il n'a que 24 heures par jour.

Hop, petit calcul rapide. Je fais environ 200 parties publiques de Sombre par an. Dans leur écrasante majorité, du Zéro au format flash. 15 à 25 minutes de jeu, 35 à 45 si on compte l'explication des règles, le briefing et la promo. Allez, on va dire 40 minutes en tout. 200 x 40 = 8000 minutes, soit 133 heures. Rapporté à la durée légale du travail en France, presque quatre semaines de boulot. C'est de la connerie par paquets de douze, hein, mes semaines de taf font bien plus de 35 heures, mais c'est pour donner un ordre d'idée.

133 heures, ce n'est pas rien, surtout par les temps qui courent (Johan de plus en plus occupé, toussa). Il faut que je les optimise, ce qui veut dire faire en sorte de privilégier autant que possible les démos. Ou au moins, les events présentant une forte probabilité de nombreuses démos. Sinon, je fonce droit dans le mur. Alors bon, c'est un peu beaucoup au doigt mouillé, bien sûr. Je ne sais jamais trop exactement dans quoi je mets les pieds et souvent, il faut essayer au moins une fois pour en avoir le cœur net. Juste, il va falloir à l'horizon 2016 que je privilégie sérieusement les animations qui sont rémunérées. Oui, certaines le sont, et je vais en assurer quelques unes en début d'année prochaine (je vous en reparlerai sans doute). Faut aussi que j'arrête de me laisser convaincre de traîner mes guêtres dans les micro-convs à public familial parce que « Ouais mais tu sais, y'aura des rôlistes, d'ailleurs y'a un club dans la commune d'à côté ». Parce que les rôlistes en question, ils ne se déplacent pas pour ce genre d'events. Ils restent tranquilles au chaud, à jouer dans leur club.

Bon, à proportion animes/démos égale, la qualité de l'orga fait la différence. Comme je le disais, pour moi, l'accueil est important. Foncièrement, je n'ai rien contre un peu de bénévolat quand on me le demande gentiment et qu'on fait l'effort d'un accompagnement de qualité. Je dis ça parce que les gens de La Rochelle ont été exemplaires : défraiement du transport à l'avance, prise en charge complète, hébergement gracieux (on était logés dans un appart de la mairie, le même qu'ils utilisent pour les artistes des Francofolies. C'te luxe) et aide au recrutement pour remplir ma table. La totale. Du bénévolat sympa. Pas très raisonnable, mais sympa. Oui parce que le week-end dernier, j'ai quand même pas mal fait le ludothécaire à zéro euro de l'heure, occupant les gamins et les familles du voisinage. La différence avec Benoît et son équipe est que je ne présentais qu'un jeu, le mien. Mais sinon, même taf tout pareil que.

Si je compare avec Villepreux et son festoche du jeu, c'est le jour et la nuit niveau accueil (alors que les structures organisatrices sont similaires, municipalité et ludothèque). La différence ? À La Rochelle, j'étais considéré comme un auteur invité. À Villepreux, comme un bénévole lambda. Or moi, je préfère être auteur invité. Parce que quinze convs par an en temps que bénévole, c'est juste l'enfer. Pour pouvoir les enchaîner comme je le fais, j'ai besoin que les orgas me simplifient la vie avant, pendant et après l'event. Sinon, je perds un temps et une énergie colossales. Faut être juste, la quasi-totalité des convs rôlistes avec lesquelles je bosse tous les ans sont super carrées. Et c'est d'ailleurs pour cela qu'elles durent. Tu ne fais pas cinq, dix ou quinze éditions de ta conv sans un gros minimum de sérieux. Si t'es un branlo, ça se pète la gueule avant. Ils ont certes l'excuse de la première fois, mais à Villepreux, personne n'est venu me chercher ni me raccompagner à la gare (putain, ce kilomètre aller et retour avec mon gros sac de zines), il a fallu que je me trouve moi-même un hébergement (merci encore, Raph) et pour ce qui est du défraiement, c'est en train de virer à l'ubuesque. Un mois plus tard, pas encore remboursé de deux malheureux tickets de RER. Le tout englué dans une comm' hyper administrative à base de formulaires et mails type, que t'as l'impression de te retrouver au guichet des Assedic. Truc. De. Ouf.

Clairement, quitte à faire l'animateur municipal non rémunéré, je préfère aller le faire à La Rochelle. Bon, y'avait carrément plus de monde et de rôlistes à Villepreux (sur les stands surtout, les rôlistes), mais c'est sans doute un truc qui pourrait être amélioré à La Rochelle. Je précise que je ne connais rien à la ville. J'y ai mis les pieds deux fois dans ma vie. Le concept général de banlieue populaire, je connais un petit peu bien par contre. Et bon, l'ambiance au Mireuil, c'est téci. À vue de pif, pas trop déglingue (plutôt propret, le grand ensemble), mais téci quand même. La Ludothèque est un équipement pur classe. Un gros investissement, avec un budget de fonctionnement visiblement très correct. J'applaudis des deux pognes. Dans les cités, en général, on construit plutôt des terrains de sport pour occuper les jeunes. Ça ne coûte pas cher et ça fait vaguement illusion. Là, on est clairement dans la catégorie supérieure. Clap clap clap.

Par contre, ça reste un équipement de quartier. Jamais de la vie tu vas faire venir au Mireuil des gens des classes moyennes et bourgeoises pour un événement ludique. Eux ne se radinent en téci que pour acheter du chichon ou travailler dans le sociâââl (les ludothécaires n'habitent pas le quartier et on les comprend. Quand on a le choix, on préfère vivre ailleurs), pas pour pousser du pion ou taper le carton. Or le point, c'est que mes clients, ce sont plutôt lesdites classes moyennes et bourgeoises (surtout moyennes d'ailleurs, me semble-t-il). Aux gens de Mireuil, des zines, j'en vends pas. Deux fois que je viens, deux fois que je repars avec mon carton de revues quasi plein. Donc moi, très égoïstement et parce qu'il faut que je fasse tourner ma chtite boîte, j'aimerais bien que Créateurs en jeux brasse un peu plus large, socialement parlant.

Pour qui habite hors Mireuil, un event culturel au pied des HLM, même relayé par de la comm' en centre ville (flyers et tutti quanti) ne vend grave pas du rêve. Du coup, il ne mobilise que le public des HLM, en l'occurrence les habitués de La Ludothèque. Les quelques joueurs venus d'ailleurs étaient en grande majorité des amis des orgas, m'a-t-il semblé. Au passage, certains d'entre eux connaissaient Sombre pour y avoir joué à la table de Benoît. Super sympa. Mais bon, au global, ces deux après-midi ludiques furent business quasi as usual. La Ludothèque telle qu'en elle-même, juste avec des jeux et des animateurs supplémentaires. Nous, les zoteurs.

Comment faire pour développer le machin ? Parce qu'à mon avis, il mérite de prendre de l'ampleur. L'orga et les orgas sont super, y'a pas de raison que ça ne puisse pas grossir un peu. Mon souhait serait que d'un événement pur Mireuil, ça mute en événement plus globalement rochelais, qui me permettrait de mettre un peu de démos dans mes animes. À mon avis à moi que je partage, il faudrait deux lieux, le vendredi aprème animation à la Ludo. Le samedi, journée jeux quelque part en centre ville, dans une salle prêtée par la mairie. La logistique et l'orga seraient certes un poil plus costauds (et encore, peut-être pas tant que ça vu que Benoît et ses collègues ont passé deux jours à nous convoyer) mais ça risquerait bien de booster un peu la fréquentation.

Allez, après ces digressions diverses et (a)variées, je finis sur un compte rendu plus classique, avec quelques anecdotes qui vont bien. Vendredi, à La Grosse Boîte, une boutique de jeux très sympa, où que y'a de tout sauf du JdR (alors que le patron est ancien rôliste, sad but true), démo de Sombre pour les ludothécaires et les invités de Créateurs en jeux. Dix joueurs sur une table dans le fond de la boutique pour un Dracula trèèès sympa. En soirée, des démos, euh des animes, à La Ludothèque. Pas moins de cinq parties, du Camlann, de l'Overlord, du Chombre et encore un Dracula (à huit joueurs, celui-là).

Samedi, le rush attendu n'a pas eu lieu. Public plus clairsemé, majoritairement des gamins avec ou sans leur mère. Je ne fais pas le forcing niveau recrutement car je suis à la ramasse. J'attaque par un Camlann avec quatre mômes, dont un qui avait déjà joué hier (Esteban, le fils du gérant de La Grosse Boîte, archi-fan de Sombre). Je gagne, les gamins me demandent une partie de plus. Je réponds que j'attends un peu pour voir si d'autres personnes, qui ne connaîtraient pas le jeu, voudraient le découvrir. Comme y'a pas foule, ça n'arrive pas. Du coup, les mômes se repointent. Re-Camlann. Là, ce sont eux qui gagnent. Ils veulent refaire une partie, mais avec des monstres. Parce que Camlann, ça ne fait pas peur (répète en boucle la plus âgée de la table). Truc rigolo, j'ai affiché mes visuels sur le mur derrière moi et les enfants croient qu'il s'agit des scénarios que je propose et qu'on peut choisir comme sur un menu de restaurant. Ouais, ils sont à la Ludo comme chez eux. De vrais habitués.

Leur idée n'est d'ailleurs pas tout à fait fausse. Les dessins de Greg illustrent bien des scénars, mais sur le tas, il n'y en a qu'un que je propose en conv, Toy scary. Pas question de le jouer avec les mômes bien sûr, son gameplay est bien trop complexe. Le plus jeune joueur de la table ayant neuf ans, Overlord pourrait seul faire l'affaire. Mais je ne le sens pas. Ils ne connaissent rien au JdR et n'ont pas vraiment le profil gamer. Avec des gamins type Esteban, la transition depuis Camlann n'aurait pas posé de problème. Ct'un p'tit gamer, le gars Esteban (mais il a de qui tenir). Par contre, les trois que j'ai en face de moi n'en sont pas tout à fait là. Je le leur dis. Ils insistent, et la fille continue de répéter en boucle « Sombre ça fait pas peur ». J'avoue, ça me fatigue un petit poil. Le fond du problème est que c'est le genre de public qui exige un animateur frais et dispo. Sauf que là, en milieu d'aprème, je suis loin du compte.

Autre souci, Overlord propose de jouer des soldats alliés, dont des Français. Et je sais que ça ne passe en général pas super bien avec les ados et préados issus de l'immigration. Ça ne leur vend pas du rêve, ils préféreraient jouer des Allemands pour mettre sur la gueule des froggies. D'ailleurs, la fille m'en fait aussitôt la demande. Sauf que non, chérie, à Sombre, on ne joue pas de nazis. C'est une position de principe de l'auteur. Faut poser des bornes aux limites des frontières, sinon c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. J'ai déjà été confronté à ce type de réaction. Je me souviens notamment d'une anime à Bagneux il y a presque trois ans, avec des collégiens. Durant la journée scolaire et professionnelle du festival Zone Franche. Une cata, cette démo. Le JdR en milieu scolaire, oui, mais sur la base du pur volontariat. Quand les profs obligent leurs élèves à s'asseoir à ta table, et même si c'est fait avec la meilleure intention du monde (éveil culturel, initiation ludique, blablabla), ça a de bonnes chances de produire de la merde. J'évite désormais.

À La Rochelle, aucun problème de motivation. Les joueurs sont plus que volontaires. Vu qu'ils ne sont que trois, la limite basse d'Overlord, je pourrais virer les deux prétirés français pour ne laisser que les anglais et les américains. Sauf que je suis tellement crevé que je n'y songe pas. Et y aurais-je pensé que ne l'aurais de toute façon pas fait. Hé, le principe du jeu de rôle, c'est de faire un petit poil d'efforts pour jouer un (je vous le donne en mille) rôle, c'est-à-dire se mettre dans la peau d'un Autre (avec une majuscule pour faire savant, genre universitaire lacanien). Ça te sort la tête du cul, élargit ton horizon culturel, t'aide (un micro peu) à comprendre que les vaches du pré voisin, là-bas derrière la haie (au delà des barres, je veux dire), ne sont pas si différentes. Vu l'époque qu'on vit, on a bien besoin de ce genre de passerelles, s'pas ? Je suis le premier à dire que le JdR tient bien debout tout seul, sans alibi culturel ou pédagogique, mais je peux moi aussi faire dans le sociâââl quand je veux. Animateur municipal à zéro euro de l'heure, que je vous dis.

Donc Overlord as usual. Et le hasard faisant bien les choses, les deux Français du cast sont tirés par les joueurs. Pas super enchantée de se retrouver avec un Gaulois sur les bras, l'ado. Mais bon, la pilule finit par passer. T'façon, y'a pas le choix : c'est ça ou c'est rien. Or les gamins veulent jouer, donc c'est ça. Comme je l'avais prévu, le contexte (la Seconde Guerre mondiale) et le gameplay rôliste leur passent grave au-dessus de la tête, ce d'autant que je suis trop fracasse pour le leur expliquer pas à pas. La fatigue me rend impatient. Mais c'est pas grave parce que je sais pertinemment que dans ce scénar, la phase de roleplay initiale n'accroche pas les gamins.

Avec des joueurs de ces âges, il commence à tourner à partir de la jump scare. Du coup, je soigne mon effet. C'est LE truc qui doit les mettre dans la partie. Je braille comme un goret, bien à contretemps comme il faut, et ça marche du feu de Dieu. Les mômes font des bonds d'un mètre cinquante sur leur chaise et clairement, ça leur plaît. Content, Johan. Alors, ça fait toujours pas peur Sombre ? Gaffe à ce que tu demandes, jeune fille, tu pourrais bien l'obtenir. La suite est fingers in ze nose, avec une grosse baston bourrine et un peu de flottement à la fin lorsqu'il s'agit de fuir (normal). Une partie cool.

À la suivante par contre, je me vautre. C'est la dernière avant de repartir et comme Esteban se rassoit à ma table (hardcore fan, hein), je n'ose pas lui infliger un troisième Camlann en deux jours. J'aurais dû pourtant, les gamins de son âge ont une tolérance hyper élevée au replay. Au lieu de ça, je me mets en tête de faire un Chombre. Bad move. D'une, je suis trop crevé pour ce scénar, surtout à cinq joueurs. De deux, il est surdimensionné par rapport aux capacités de la table. Les profils ludiques et les âges sont hyper disparates et dans ces cas là, il vaut toujours mieux se mettre à la hauteur des moins aware. Oui, ça nivelle par le bas, mais la partie tient debout et ça n'empêche pas ensuite d'enchaîner avec une autre, plus exigeante. Double feature power.

Sauf qu'avec mon choix de scénar, c'est carrément pas ça que je fais. Bon, j'ai des excuses aussi, et pas que la fatigue. Chombre est calé, mais cela ne fait pas encore très longtemps que je le mène (à vue de pif, une grosse vingtaine de parties) et je commence tout juste à en prendre la véritable mesure. À cerner un peu son public cible, qui n'était carrément pas celui de la table, ça c'est sûr. Résultat, une partie un tantinet poussive, façon gentil pédalage dans la choucroute. Pas la grosse cata, mais le truc un peu mal embrayé, au rythme trop lent et qui donc s'étire en longueur. Par là-dessus, un meneur tellement à la ramasse qu'il n'a que peu de chances de redresser la barre. Je ne saurai jamais si j'y serais parvenu parce que j'explose mon créneau de jeu et suis contraint d'interrompre la partie pour attraper mon train. D'autant plus rageant qu'en fait, il a eu vingt minutes de retard. J'aurais pu le terminer, ce Chombre !



Mon body count

9 parties, 50 joueurs, 39 morts.



*



Remerciements

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Merci de tout cœur à Glayroc, Chroniques d'Altaride, Alias, Kayaane, Florent, BATRO, Tholgren, furst77, Dorothée, Valentin Thouzeau, Kyorou, pseudo, kF, Vincent.


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Hors ligne

#122 18 Dec 2015 17:37

Peggy
video killed the radio star
Inscription : 11 Dec 2015

Re : Ma life en conv

ah  tu l'as mis  aussi  ici  ton C R  :)
contente  que  ca t'as plu et que  mon ptit  lien  photo te serve
et c  nous qui te remercions d'ĂŞtre  venu ,  je confirme   c'Ă©tait   vraiement sympas  yes

Hors ligne

#123 18 Dec 2015 19:42

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Ma life en conv

Merci pour les mercis. bcsmile


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#124 21 Feb 2016 21:48

Johan Scipion
auteur de Sombre
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Re : Ma life en conv

7 démos aux RRX – février 2016 – Palaiseau


RRX.jpg
Wâââ, trop cool votre cosplay steampunk ! C'est juste un peu dommage que tout le monde ait le même costume, je trouve...



Troisième année aux RRX et c'est la première fois que je n'ai pas la crève. Joie, bonheur et volupté. Bon sang, ça change la vie ! Bosser avec la crève dans le freezer, pardon le grand hall, de Polytechnique, n'est pas tout à fait une sinécure. Cette fois-ci, j'ai pris l'option light : samedi seulement. D'une, le dimanche de l'année dernière avait été hyper trop calme. De deux, je rentre dans un tunnel de convs, qui s'annonce bien long et bien rude. J'enchaîne pas plus tard que le week-end prochain sur le Salon Fantastique. Faut que je me ménage un minimum.

Du coup, je rentre chez ouame dans la nuit noire et obscure, avant que les gars torchés n'envahissent le hall, ce qui m'évite les déboires à la Kevin de l'année dernière. Ce n'est pas plus mal, je dois dire. Malgré un après-midi façon Waterloo morne plaine, le bilan de la journée est plutôt bon : sept parties, dont trois Chombre (j'avais des petits trucs à playtester dessus) et même un Dracula à sept joueurs (partie hyper fun, ce n'est pas souvent qu'il n'y a qu'un survivant. J'ai le sentiment de progresser sur la question de l'équilibrage).

À part ça, j'ai croisé quelques kopaings, ai eu le plaisir de rejouer avec Piouh et d'entrevoir kF juste avant qu'il ne file mener Chains, son super scénar d'horreur psychologique pour Sombre classic. Toujours sympa de mettre un visage sur un pseudo, même en coup de vent. Niveau orga, rien que du cool : une tétrachiée de jeunes gens en t-shirts rouges, aimables et efficaces. Merci tout plein à Gabriel et son équipe.



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#125 03 Mar 2016 12:48

Johan Scipion
auteur de Sombre
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Re : Ma life en conv

9 démos au Salon Fantastique – février 2016 – Paris



16_Salon_Fantastique.jpg
Sombre, le jeu qui rend dingoooo !
photo Caroline Viphakone pour infinite-rpg.com



Mon deuxième Salon Fantastique en trois ans. J'avais fait celui de 2014, mais pour une raison que je ne m'explique plus (sans doute un chevauchement de dates avec une autre conv, j'ai oublié), pas celui de l'année dernière.

Et bin, c'est toujours aussi sympa ! Plein de gens costumés et même cosplayés, un public plutôt jeune et trèèès agréable, des tas de stands dans tous les coins. Les cultures de l'imaginaire en force. Tout ça en parallèle d'un autre salon, celui du livre ancien. Les mélanges improbables, c'est le Bien.

Invité par Opale sur le stand jeu de rôle, j'assure neuf parties en deux après-midis. J'ai séché le vendredi pour me ménager un petit peu car la saison des convs s'annonce bien rude cette année.

Je fais un peu de tout, de l'Overlord, du Chombre, du Camlann et même un Grimmies. Essentiellement mes scénars d'initiation car j'ai une large majorité de noobs à table. Plus quelques têtes connues pour faire bonne mesure, les fameux usual suspects. Ça se passe trèèès bien. Les conditions ne sont pas faciles (y'a pas mal de brouhaha), mais les parties sont bonnes et c'est tout ce qui compte.

Samedi, je monte un Overlord à l'arrache avant mon créneau, sur une table désertée en avance par son meneur. Un survivant, qui d'ailleurs fut peut-être bien une survivante (me souviens plus trop, j'avoue). Ce sera le seul du week-end car j'enchaîne ensuite huit TPK d'affilée. Longtemps que cela ne m'était plus arrivé. Rigolo tout plein.

Sinon, une bonne nouvelle : Chombre tourne vâââchement mieux. D'une, je l'ai mieux en main. De deux, j'ai modifié un micro truc à la suite d'un retour de playtest de Renaud. Et il s'avère que c'est le genre de micro truc qui fait la différence. Merci monsieur Mike.

Pour finir, un énorme merci aux blouses blanches d'Opale. Efficacité et coolitude, rien que du bonheur. Super orga, comme d'hab.



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#126 14 Mar 2016 14:41

Johan Scipion
auteur de Sombre
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Re : Ma life en conv

15 démos à Ludesco – mars 2016 – La Chaux-de-Fonds (Suisse)


16_Ludesco.jpg
Les tentes suisses, c'est bien carré.
photo Guillaume Pasquier pour Terres Etranges



Johan 2, le re-retour. La dernière (et d'ailleurs première) fois que j'avais mis les pieds à Ludesco, c'était il y a trois ans. J'en gardais un si bon souvenir que je n'ai pas hésité une seconde à accepter leur invitation cette année. On s'y pèle bien comme il faut (putain, les montagnes, c'est clairement pas mon milieu naturel), mais l'orga y est top de chez top, et les gens super sympas.

L'événement est transludique (ouais, j'invente des mots car les néologismes, c'est trop du ballon de la hype), c'est-à-dire qu'on peut y jouer à tout et même à n'importe quoi (platal, cartes, JdR, GN, you name it) pendant une grosse cinquantaine d'heures. Non-stop. Bon, moi quand même, j'ai dormi. Parce que deux jours et demi de conv lointaine, c'est bien fatiguant. Fatiguant, mais excellent.

Grâce à l'appui logistique des orgas et de Gap, mon fidèle comparse en Helvétie, j'ai pu enchaîner pas moins d'une quinzaine de parties. J'ai mené partout : en salle commune (dans le brouhaha), sur mon propre stand (converti en table de jeu), sous la tente (ouais, ils avaient monté une tente JdR, voyez la photo), et même dans l'espace dédié aux rôlistes (j'ai pas de limites : des fois, je pose du JdR là où on est censé le faire. How weird).

Une écrasante majorité de trèèès bonnes parties, une ou deux plus moyennes (à la dernière du samedi, ma neuvième de la journée, j'étais un gros poil à la ramasse), et une poignée de franchement excellentes. Mention spéciale au Grimmies de samedi après-midi. Trois gamins à table (deux filles, un garçon, tous entre 10 et 11 ans) et une mère de famille. Un tantinet larguée la maman, mais les mômes étaient au taquet. L'une des filles était à 150 % dans la fiction et c'était hyper plaisant. Bon sang, une super partie ! L'une des meilleures que j'aie menées cette année à Ludesco. Les gamins sont bien sûr revenus à ma table le jour suivant pour un Camlann (qu'ils ont gagné) puis un Overlord, qui fut ma dernière démo du week-end.

Un énorme merci aux orgas, tous ces gars et filles en t-shirt noir et tablier bleu, qui m'ont facilité la vie de mille et une manières durant tout le week-end. Spéciale dédicace à Laurent, Lionel et Marco, qui se sont particulièrement occupés de moi avant et pendant l'event. Accolade fraternelle et chaleureuse à Gap, qui a tenu le fort (enfin, le stand) durant deux jours, tandis que j'étais par monts et par vaux, exterminant du PJ par paquets de douze. Toujours aussi cool de bosser avec toi, kopaing.

Par contre, je ne remercie pas Projets-R, nos voisins de stand, adeptes des effets saucisson-gore, et sponsorisés par une marque célèbre de Viagra pour vieux (à consommer de préférence par piscines entières). Ces énergumènes m'ont fait subir deux jours de vannes pourries au seul prétexte que moi aussi, j'ai un humour de merde. Si ça continue comme ça, va falloir que ça s'arrête ! Faut poser des limites aux bornes des frontières des blagues nulles. Il en va de la survie de la civilisation, nom de Dieu.

Allez, prochaine convention dans trois semaines, toujours en Suisse, mais à Lausanne cette fois-ci, pour ce qui sera ma deuxième Orc'idée en deux ans. D'ici là, dans quinze jours, j'assurerai une animation d'une journée à la médiathèque de Lillebonne, en Seine-Maritime. Venez nombreux mourir à ma table. Ça va être fun, je vous assure.



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15 parties, 79 joueurs, 74 morts


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#127 14 Mar 2016 22:28

Wistan
membre
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Re : Ma life en conv

Salut, ravi de t'avoir rencontré à Ludesco.
Rendez-vous dans trois semaines pour Orc'idée.
Longue vie (ou plutĂ´t morte) Ă  Sombre.

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#128 14 Mar 2016 23:19

Johan Scipion
auteur de Sombre
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Re : Ma life en conv

Hello Wistan.


Bienvenue sur les Terres Etranges, ravi de te compter parmi nous.


Wistan a Ă©crit :

ravi de t'avoir rencontré à Ludesco.

Plaisir partagé.


Rendez-vous dans trois semaines pour Orc'idée.

Yep. Ça va dépoter sévère !


Longue vie (ou plutĂ´t morte) Ă  Sombre.

Merci tout plein. yes


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#129 23 Mar 2016 11:49

Johan Scipion
auteur de Sombre
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Re : Ma life en conv

4 animations au Microlycée 94 – janvier et février 2016



L'année dernière, un gars me contacte par Internet. Pour préserver son anonymat, je l'appellerai Mathieu. Il a lu certains de mes comptes rendus sur les forums rôlistes et Sombre a éveillé son intérêt. Il voudrait m'acheter les zines pour se rendre compte en vrai. OK que je lui dis, donne-moi ton adresse et je t'envoie ça. Stupeur ! Il habite à deux rues de chez moi. Sa réaction : « Ah oui donc, c'était bien Johan Scipion le mec au bandana que je voyais déambuler entre la boulangerie, Carrouf Market et la Poste ». Ouais, j'ai des aventures de taré dans mon quartier. Des fois, j'achète des yaourts. Truc de malade.

Tout de suite, je me sens un peu gêné de lui faire payer des frais de port pour lui envoyer son petit tas de zines. La Poste pour une livraison à moins de cent mètres de ma porte, ce serait quand même du n'importe quoi en barre. Donc je lui propose de les lui apporter en mains propres. Terres Etranges, c'est un peu le luxe extrême de l'édition : les auteurs viennent eux-mêmes te livrer leurs œuvres dans ton salon. C'est pas chez Gallimard qu'ils feraient ça, hein.

On en profite pour discuter un peu le bout de gras. Il s'avère que Mathieu est un gars over sympa, rôliste curieux et passionné. Pile-poil le genre de personne avec qui je m'entends bien en général. Vu qu'on est voisins, je l'invite à ma table pour quelques playtests. Le courant passe, on est effectivement ludocompatibles. Une chose en entraînant une autre, il finit par me proposer d'animer un atelier de découverte du jeu de rôle dans le lycée où il travaille. Car Mathieu est prof. Vous avez remarqué comme la moitié des rôlistes bossent à l'Éducation Nationale, pendant que l'autre moitié turbine dans l'informatique ? Y'a un pattern, moi je dis.

Mathieu m'explique que son établissement est particulier. Il s'agit d'un tout petit lycée (d'où le « micro » dans le titre de ce compte rendu, suivez un peu siouplait sinon on va pas s'en sortir). 90 élèves en décrochage qu'une équipe pédagogique mo-ti-vée s'efforce de remettre dans le circuit scolaire. Des jeunes qui, pour des raisons diverses et variées, ont pris un, deux ou trois ans dans la vue et qu'on essaie de réacclimater aux études. Dans leur emploi du temps, à côté des cours ordinaires, des activités culturelles et sportives. Dont le JdR évidemment, ce sport de l'extrême.

Moi, ça m'intéresse carrément bien. Parce que des interventions en milieu scolaire, je n'en ai jamais fait. Je bosse régulièrement avec des enfants, des préados, des ados et/ou des jeunes adultes, mais c'est en contexte rôliste (les convs), chez des particuliers, en ludothèque ou en centre de loisirs. Dans une école, cela ne m'est pas encore arrivé. Donc forcément, je suis curieux. Et puis, c'est payé. De l'animation qui rapporte des sous, je ne vais carrément pas cracher dessus. Hé, j'ai un petit bizness à faire tourner et la thune ne pousse pas sous les sabots des chwals.

Quand même, je m'informe un peu plus. En particulier, je demande à Mathieu si ces ateliers ont une quelconque ambition pédagogique. Le plan serait-il d'apprendre des trucs aux élèves par le biais du jeu de rôle ? Non, me répond-t-il, il s'agit uniquement de faire découvrir l'activité. Tout de suite, je respire. Pas que j'aie quoi que ce soit contre le JdR qui cherche à te faire réfléchir sur la vie, la mort, l'Histoire, les grands problèmes de société ou le prix des tomates cerises, mais ce n'est pas mon créneau. Moi mon truc, c'est de découper des gens. Des petits films d'horreur imaginaires autour de la table. Des bons, si possible.

De la flippe et du fun, sans alibi pédagogique ou culturel. Parce que, très sincèrement, je ne pense pas que le jeu de rôle en ait besoin. C'est un média puissant et riche, qui tient bien debout tout seul. Il mérite d'être apprécié pour ses qualités propres, au même titre que le cinéma, la littérature, la peinture ou la bande dessinée. Il n'est pas nécessaire qu'il soit le vecteur de quelque connaissance ou grande idée que ce soit. Il peut l'être bien sûr, comme tout média narratif, mais ce n'est pas une condition sine qua non, ni même une condition tout court. De mon point de vue, le divertissement suffit amplement à justifier la pratique. L'éclate, m'voyez. Y compris à l'école. Oui, parfaitement. J'ai pas de limites.



Première séance

Voilà donc qu'à la rentrée de janvier, Johan vient poser du Sombre au Microlycée. Du fait de ses particularités, l'établissement a des règles de fonctionnement différentes d'un bahut ordinaire. Mathieu m'a prévenu, je ne saurai jamais à l'avance combien j'aurai d'élèves dans mon atelier. Y'a douze inscrits, mais c'est carrément pas sûr qu'il y ait douze présents. En toute probabilité, ils seront moins, voire beaucoup moins. Et de fait, ils sont cinq.

Pour une première expérience en milieu scolaire, ça me va bien. Un petit comité, c'est cool. C'est d'autant plus cool que la plupart de mes casts de prétirés proposent de 4 à 6 personnages. Je vais donc pouvoir faire jouer tout le monde à ma table sans être contraint de recourir à quelque expédient. Pas de spectateurs, pas de jeu en rotation, pas non plus besoin de débaucher Mathieu pour qu'il fasse deuxième meneur. Pratique.

Allez, deux petites minutes de présentation et on se met à jouer. Cinq joueurs, trois hommes, deux femmes. Des profils assez divers en termes d'origines sociales, ethniques et culturelles. Ma banlieue, quoi. Juste un point commun, de purs noobs. « C'est quoi un jeu drôle ? ». Okaaay, on part de loin. Du coup, j'amorce avec un Camlann. Petit tour de chauffe, juste pour briser la glace, présenter le concept rôliste et le système sur une base proche du jeu de société classique. Partie cool, qui se termine (c'est assez rare) sur un match nul.

Profitant que tout le monde est chaud, j'enchaîne bite à cul avec un Overlord, un petit cran au-dessus en terme de rôle. Ça passe plutôt bien. Durant la mise en place, l'un des joueurs me refait le fameux coup du « Je veux jouer un Allemand ». Prévisible. J'en avais d'ailleurs touché deux mots à Mathieu durant notre réunion préparatoire. Deuxième partie cool. Trois survivants parce que je ne mets pas trop la pression sur la fin et que les joueurs ont le bon réflexe, celui de la fuite.

Il nous reste une petite demi-heure. En faisant le forcing, je pourrais caser une troisième partie, mais je profite que rien ne me presse pour nous offrir un vrai débriefing. L'atelier est prévu en quatre séances de deux heures et je n'en suis qu'à la première. Y'a pas de rush. Putain, ça me change du rythme des convs, où j'enchaîne comme un taré. Là, je peux y aller tranquille et c'est super agréable. Je prends le temps de répondre de façon détaillée aux questions que me posent les élèves. On cause de Sombre, du cinéma d'horreur, de narratologie aussi (ce n'est pas sale). Trèèès sympa.



Deuxième séance

Aujourd'hui, affluence : neuf élèves, dont trois que j'avais vus la semaine dernière, soit six nouveaux. Ajoutés aux cinq de la fois précédente, on arrive à onze, c'est-à-dire presque l'intégralité de l'effectif. Et c'est cool, parce qu'on ne peut pas continuer à enchaîner les séances d'initiation. À un moment, va falloir passer la seconde.

Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, on repart sur la présentation du hobby. Je confie les trois vétérans à Mathieu, qui s'isole dans une salle voisine pour leur mener un Deep space gore. Très bonne partie semble-t-il. Première maîtrise Sombre pour Mathieu, qui en revient enchanté. Ça fait plaisir. De mon côté, je lance un Overlord à six joueurs avec les novices. Et ça dépote.

En deuxième heure, je réunis tout le monde, Mathieu compris, pour un Dracula à dix. Parce que ouais, j'ai peur de rien. Et même, je m'autorise un petit poil de playtest car j'ai toujours mes soucis d'équilibrage. Suite à mes dernières démos, j'avais gonflé les vampires, qui me semblaient un poil faibles. Oulaaah, j'ai été trop généreux ! Over costauds, ils sont devenus. Je m'en vais les brider, y'a besoin. Heureusement, cela ne nous a pas gêné. La partie fut cool et tout s'est terminé au finish. Très sympa.

J'avoue, cette séance m'a plongé dans des abîmes de perplexité. Les élèves sont plutôt cool et raisonnablement intéressés par l'activité. Certains plus que d'autres bien sûr, mais en moyenne, Sombre suscite l'intérêt. Ça fait plaisir. Par contre, je me trouve à gérer des trucs dont je n'ai pas l'habitude. D'abord, il y a cette question d'effectif à géométrie variable, qui m'empêche de planifier. Mon idée est d'emmener les élèves vers un quickshot en quatrième séance, mais comme je ne sais jamais ni qui ni combien seront présents, je n'ai pas moyen de bien doser la progression. Je bricole mon programme sur place et ce n'est pas idéal.

La taille du groupe n'est par contre pas un souci. Avec Mathieu qui mène en parallèle, ça le fait bien. Évidemment, ça reste sportif quand tout le monde joue ensemble, mais je ne prévois pas de rééditer l'exploit. Alors que je pourrais, hein, y'aurait moyen que je sorte un Dozen de mon slip. En PvP, il tourne à douze joueurs. Sauf que jusque là, on n'a fait que du Zéro. Je n'ai pas envie d'embrouiller le truc en présentant un autre système. J'ai mon matos Max dans mon sac à chaque séance, mais ne le dégainerai qu'en cas d'urgence.

Nan, le vrai truc qui me cause souci, c'est l'hétérogénéité des profils ludiques. Pas que je n'y sois pas habitué. Avec le nombre de démos que j'ai au compteur, il n'y a plus grand-chose qui me surprend de ce côté. Je pense avoir vu à ma table tous les types de joueurs possibles et imaginables. J'ai même mené pour un groupe de trisomiques, ce qui se pose là en terme d'expérience rôliste extrême. Sauf qu'au Microlycée, les conditions sont particulières. J'explique.

En conv, je fais avec ce qui vient. Les gens s'assoient à ma table, plus ou moins aware du JdR, plus ou moins gamers, plus ou moins actifs, plus ou moins éveillés. Au sens propre comme au figuré : y'a des gens un peu lents, d'autres un peu (beaucoup) fatigués, surtout après deux jours de festoche. Et puis, y'a aussi ceux qui sont un peu éméchés. Ah bin oui, dans les bars, on boit de la bière (et pas que). Du coup, passé 22h, tout le monde n'a plus tout à fait les yeux en face des trous. Au final, certains percutent vite, d'autres moins vite, d'autres pas du tout vite.

En début de démo, je fais un tour de table rapide pour évaluer rapido le degré d'awareness de chacun, choisis celui de mes scénars qui me semble le mieux adapté et avanti. Durant la partie, je joue avec ceux qui le veulent/peuvent : les plus motivés, les plus concentrés, les plus impliqués, les plus actifs, les plus sobres. S'ils sont deux ou trois, ça tire le reste de la table et fait de bonnes démos. Parfois, la mayonnaise monte moins bien, certains joueurs passant, pour tout un tas de raisons différentes, plus ou moins à côté de la partie. Ce n'est pas un drame. Au pire du pire, s'ils se sont emmerdés, elle n'aura duré qu'un quart d'heure. Y'a pas mort d'homme.

Dix minutes plus tard, parfois moins lorsque y'a un gros flux de joueurs, je repars pour une autre démo avec un autre groupe. Assez souvent, les gens qui ont apprécié l'expérience finissent par se repointer à ma table, un peu plus tard dans la conv ou à un autre event. Ceux qui se sont fait chier l'évitent désormais. Rien que de très normal. Le quotidien de n'importe quel démonstrateur.

Au Microlycée, ça ne marche pas comme ça. Les élèves se sont inscrits pour quatre fois deux heures de Sombre et même si on ne leur tape pas sur les doigts lorsqu'ils sèchent, ils sont censés tenir leur engagement, c'est-à-dire assister à toutes les séances. En pratique, une (toute) petite minorité fera les huit heures. Après la deuxième séance, seuls trois élèves peuvent prétendre au grand chelem. L'effectif global n'en demeure pas moins constant. Douze inscrits, toujours les mêmes, ce dont je n'ai pas l'habitude. En huit heures de conv, j'assois *beaucoup* plus de douze joueurs à ma table.

Au Microlycée, je ne peux pas me dire que les gens un peu à la traîne (ceux qui ont moins d'aptitudes et/ou moins d'expérience parce qu'ils ont séché certaines séances) vont prendre leur mal en patience pendant quinze minutes et iront ensuite faire un tour du côté de l'arène GN, du concours de cosplay ou du karaoké de génériques de séries animées. Nan, ils vont rester à ma table au moins deux heures, peut-être plus. Faut donc que je trouve le moyen de les mettre à niveau. Parce qu'à côté d'eux, y'en a d'autres qui percutent vite et avec lesquels je suis vachement tenté de faire des trucs plus exigeants. De l'impro, notamment.

En clair, j'ai le problème de n'importe quel prof : dans ma classe, y'a une tête et une queue. Je ne peux pas trop ralentir la tête parce que sinon, je risque la démotivation et par voie de conséquence, l'absentéisme. En même temps, faut que je tire grâââve la queue pour essayer de réduire l'écart. L'objectif est que d'ici deux séances, je sois en mesure d'improviser un quickshot qui tienne à peu près la route. Voire s'il y a assez d'affluence, qu'on puisse, Mathieu et moi, le faire chacun de notre côté. Y'a du challenge.



Troisième séance

Tandis que je patiente en salle commune, j'apprends que Sombre a fait le buzz dans l'établissement. On a parlé du Dracula de la semaine dernière, me dit une prof de français, rapport aux vampires lesbiennes. Je lui explique que j'ai pillé Le Fanu. Là où y'a de la gêne, y'a pas de plaisir. Peu après, Mathieu me briefe : « Aujourd'hui, on risque de n'avoir que cinq ou six élèves ». Tout ce bel optimisme fait plaisir à voir, parce qu'en fait, ils ne sont que trois !

La faute à des perturbations sur le RER dans la matinée... alors que l'atelier se déroule en fin d'après-midi. L'effectif du Microlycée est tellement volatile que dès que y'a un piti truc qui déconne, ça produit de l'absentéisme pour toute la journée. « Tu touches du doigt la difficulté de notre métier », me dit Mathieu. Ah oui, tout à fait. Et même que j'y mets la main jusqu'au coude. Je m'en étais déjà un peu rendu compte sur les deux premières séances. Là, ça me saute à la gorge des yeux. 5 présents il y a quinze jours, 9 la semaine dernière, 3 aujourd'hui. Putain, c'est les montagnes russes ! Et jamais les mêmes personnes, en plus. Ah si, il y a *un* assidu. S'il vient à la quatrième séance, il aura fait le grand chelem, mais ce sera bien le seul. Quel suspense, mes amis, quel suspense.

Clairement, ce public à géométrie (très) variable me complique le boulot. Pas la maîtrise en elle-même. Il y a quelques années, ça m'aurait mis salement dans la merde. Aujourd'hui, j'ai assez de matos de démo pour gérer à peu près n'importe quelle configuration de jeu, de trois à onze joueurs. Hé, c'est que j'ai gratté du pEx au fil des convs. Il n'existe pas de génération spontanée du scénar. J'ai bossé dur pour développer les outils rôlistes dont j'ai besoin pour être efficace dans un maximum de configurations de démo.

Que les élèves se pointent à trois, huit ou douze, pas de souci : je vais pouvoir les occuper. Mais cela me semble un peu faible dans le cadre d'un atelier de découverte. Je veux dire, on ne me paie pas à faire le babysitter. Je ne viens pas simplement divertir, comme je peux le faire lorsqu'on loue mes services pour un anniversaire. Avec mes quatre fois deux heures d'atelier, je m'inscris dans une démarche d'apprentissage du hobby. Le format m'autorise à être plus ambitieux que pour une animation standard. J'ai la possibilité de pousser un peu l'initiation, ce serait ballot de ne pas en profiter.

Sauf que pour le faire bien, il faudrait que je puisse établir un programme et m'y tenir. Or ce n'est pas possible si je ne sais pas d'une séance sur l'autre combien j'aurai de présents. En l'état actuel des choses, j'en suis réduit à du bricolage au jour le jour et c'est un peu frustrant. Les conditions de jeu sont super (j'ai une salle de cours pour moi tout seul, deux si je veux), le nombre d'heures plus que confortable, mais l'intendance ne suit pas. Rhâââ, ça me criiiispe ! Et encore, je ne viens que pour poser du jeu de rôle dans le cadre d'un atelier de découverte. Zéro enjeu scolaire. Mathieu, lui, prépare ses élèves au Bac. Je ne l'envie pas, putain.

En cas d'affluence, j'avais prévu de le mobiliser en tant que second meneur, mais vu qu'on est en petit comité, je réduis la voilure et m'en tiens à mon programme perso : un Not another slasher movie à quatre joueurs, les trois élèves + Mathieu. L'idée est de dépasser le flash pour se lancer dans le court (une seule partie sur toute la séance, cette fois). Les séances précédentes ayant été plutôt orientées jeu, je voudrais aussi appuyer un peu le côté rôle. En clair, il s'agirait de dépasser le stade de l'initiation pure pour passer level 2.

Allez, trêve de bavardages, on s'y met. Je briefe et on joue. Partie super sympa ! Comme il y a bien longtemps que je n'ai mené NASM, j'ai de la fraîcheur. Par ailleurs, c'est la seconde (et pour l'un d'entre eux, la troisième) fois que ces trois joueurs s'assoient à ma table. Du coup, je cerne mieux leur profil ludique. Y'a de fortes disparités d'ailleurs, avec un effet tête et queue assez marqué. Avec quatre joueurs seulement à table, j'ai le temps de travailler à réduire (un peu) le delta. Je m'appuie autant que possible sur Mathieu, vieux routard qui montre l'exemple, et la mayonnaise prend bien. On gratte même un petit quart d'heure en fin de séance, après la sonnerie, pour boucler le climax, preuve que les joueurs accrochent. Clairement, la meilleure partie que j'aie menée jusque là au Microlycée. Le challenge maintenant, c'est de faire au moins aussi bien la prochaine fois, dans quinze jours. Vu que ce sera un quickshot, y'a du boulot.

En sortant, comme on est le troisième mardi du moi, j'enchaîne avec une Rencontre opalienne aux Caves Alliées. Deux démos dans des conditions un poil difficiles (pas mal de monde, beaucoup de brouhaha). Un Overlord très très cool, suivi d'un Dracula un chouïa plus rock'n'roll. Huit joueurs aux Caves, ce n'est jamais très raisonnable. Une grosse mais bonne journée.



Quatrième séance

« Alors aujourd'hui, on invente un exercice, on le fait et on le corrige ! ». Enfin, en théorie. Mon idée depuis le départ, c'est-à-dire depuis avant la première séance, est de terminer mon atelier rôliste sur un petit quickshot Zéro en deux heures. C'est très gérable. En playtest dans ma cuisine, je les boucle en soixante minutes, voire quarante-cinq. Sauf que je ne suis pas en playtest, mais en animation, pas dans ma cuisine, mais dans un lycée, pas avec la dream team, mais avec des noobs. Ça change un peu tout.

Et faut être honnête, là comme ça, le quickshot, je ne le sens pas. Aujourd'hui, il y a cinq joueurs, dont une majorité d'habitués. Loïs a fait le grand chelem, il était présent à toutes les séances et c'est le seul. Spéciale dédicace, gars. Victoria et Clémence en sont à leur troisième. Céline et Mehdi à leur seconde seulement. Et là, clairement, ce n'est pas assez : il leur faudrait un peu plus de bouteille pour brainstormer efficace. Sans compter qu'il y a de tout à cette table, du gros déconneur doucement relou à la pure timide. Vache de vache, c'est le grand écart. Comme d'hab, en fait.

Rhâââ.
Gnééé.
Chiotte.
Ça se goupille mal.

OK, laisse béton le quickshot. J'avais l'intention de sortir mon plan Paradise lake, je le remets dans mon slip. À la place, un Patchwork, scénar tout nouveau tout beau, qui a l'intérêt d'être proche du format quickshot. La partie s'ouvre par un brainstorming, mais dans un cadre assez précis. Pas de la vraie impro, mais ça y ressemble pas mal. Un ersatz, on va dire, qui a l'avantage d'être plus accessible qu'un quickshot pur. Pour moi, ça reste un petit peu casse-gueule parce que 1/ il ne s'agit que de ma deuxième partie (la troisième en fait car je l'ai écrit à partir d'un quickshot) et 2/ je ne l'ai jamais mené à plus de quatre joueurs. Or là, avec Mathieu que je ne veux pas laisser spectateur (c'est toujours moins cool que de jouer, et puis ça m'arrange d'avoir un joueur expérimenté dans le cast), j'en ai six. C'pas grave, je me lance. Faut savoir mener dangereusement.

Je ne vais faire de compte rendu détaillé. Pour être exact, je l'ai écrit pour garder la trace de la fiction, mais comme pour mes deux parties précédentes, ne le publierai pas de suite. Je veux éviter de spoiler ce scénar car je vais sans doute le mener en convention dans le courant de l'année. Je dirais simplement que la partie fut plutôt cool, malgré que six joueurs (dont cinq noobs), c'était un peu beaucoup. Quand même, on a eu du fun. Ah bon sang, ce scénario est barré juste comme j'aime !

Allez, petit bilan de cette première expérience en milieu scolaire. Comme je le disais à Mathieu lorsque nous en avons parlé après notre dernière partie, j'ai trouvé ça hyper intéressant parce qu'assez ardu. J'ai l'habitude des contraintes de maîtrise. Pas qu'on me mette le couteau sous la gorge, mais mener aux Caves Alliées, à Geekopolis ou à la Japan n'est pas toujours simple. La combo brouhaha + noobs + alcool (parfois) est loin d'être idéale, pour dire le moins. Or là, et c'est ce que je trouve intéressant, je découvre de nouvelles contraintes, liées à la structure qui m'accueille. Je mets de côté la question de la volatilité de l'effectif, énôôôrme contrainte dont j'ai déjà causé en long en large et en travers.

Comme je l'ai expliqué en introduction, je n'avais d'autre objectif que de montrer ce qu'était un JdR, en l'occurrence le mien. Je ne l'utilisais pas comme support d'apprentissage et ne donnais pas non plus de notes. On jouait pour jouer et c'est top. N'empêche qu'on reste dans le cadre de l'école, assez différent de celui des convs. En conv, tu trouves facilement à remplir ta table avec des gens venus pour jouer et qui aiment beaucoup ça. Au Microlycée, c'était loin d'être le cas. Bon, ce n'était pas une nouveauté pour moi, vu que je mène dans des bars est des events transmédia. Le public, très mélangé, n'y est pas forcément plus réceptif. Sauf qu'aux Caves Alliées, au Dernier Bar ou à Cidre & Dragon, les gens sont en mode détente. Y'a bien que les tabergistes, les orgas et les démonstrateurs tels que moi qui bossent. Les autres sont là pour prendre du bon temps avec leurs amis.

Au Microlycée, j'ai mené dans une salle de classe, durant les horaires des cours, dans le cadre d'une activité encadrée et (semi) contrainte, qui plus est avec un prof à ma table. Qu'on le veuille ou non, ça ne pose pas le jeu sur les mêmes bases. Du coup, j'ai appris plein de trucs. Pas du tout sûr que j'aie été significativement meilleur à la quatrième séance qu'à la première (j'étais plus détendu en tout cas), mais j'ai gratté du pEx. Il va me falloir un certain temps pour décanter tout ça et en tirer les leçons qui s'imposent. Par contre, je peux d'ores et déjà affirmer que je suis partant pour une deuxième saison. En dehors de toute question financière, j'entends. C'est une évidence que je n'ai pas les moyens de cracher sur des animes rémunérées, mais y'a pas que ça.

Je découvre des conditions de jeu et un public spécifiques. Comme toujours, ça m'interpelle. Durant ces quatre séances, je ne pense pas avoir démérité. J'ai tenu mes huit heures sans plantage, ce qui est déjà cool, mais je vois bien que j'ai une marge de progression. Y'a du challenge et ça me stimule. Je sens mes neurones qui bougent dans tous les sens, ça me fait des guilis rigolos dans le dedans de mon cerveau. C'est tout plein festif. Comme le dit Annie Cordy, cette immense poétesse des temps modernes, « Moi, j'aime ça quand ça fait ding ding ding di-gue-ding comme une samba ».



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#130 29 Mar 2016 09:48

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Ma life en conv

5 animations en médiathèque – Lillebonne – mars 2016


16_Lillebonne.jpg
Des gorilles dans la brume ? Que nenni, du JdR au milieu des bouquins.
photo Chrystel Hue pour la médiathèque de Lillebonne



Le réseau rôliste existe, David Vincent, euh nan Johan Scipion, l'a vu. Vincent justement, que je connais depuis la CJDRA (vache, ça commence à faire un bail), a une sœur bibliothécaire, Audrey. En recherche d'une animation dans le cadre d'une thématique sur la couleur rouge, elle me propose de venir dans ses locaux mener des parties de mon jeu. Moi tout de suite, je dis oui. Rouge > sang > gore > films d'horreur > Sombre, le raisonnement me paraît sans faille.

Je débarque donc avec armes et bagages en Seine-Maritime, fais un petit crochet par Le Havre (qui me permet de taper la discute avec Christophe, un gars over sympa et qui kiffe bien Sombre), puis m'en vais poser du jeu à la médiathèque de Lillebonne. Super équipement. À l'extérieur, ça ne paie pas mine. Dedans, le bâtiment a la classe. C'est pas dur, pendant toute la journée, je me suis cru dans la bibli de The Breakfast Club, en vachement plus grand. L'hallu.

Je ne suis pas le seul à animer, il y a aussi un calligraphe, qui avance sur la voie du chemin de la route de l'humilité, option art contemporain. Ouloulou, ça rigole carrément pas. Moi à côté, je fais dans le jeune et fun, as usual. L'éclate horrifique, m'voyez. Pas tout à fait la même approche. Du coup, je migre. On m'avait d'abord installé en section adulte, sauf qu'à force de brailler sur les joueurs (des joueuses surtout, en fait) pour les faire flipper (une jump scare dans le silence feutré d'une bibli, ça pète bien), ça bousculait un poil la zénitude calligraphique. Pô grave du tout, à l'étage, au fond de la discothèque, c'est bien aussi.

Au total, j'enchaîne cinq parties dans la journée, du Grimmies, de l'Overlord et du Camlann. Cinq bonnes parties, la dernière un peu speed parce que je commençais à être bien rincé et qu'il fallait que j'attrape mon train. Une démo à sens unique d'ailleurs : j'ai dû réussir deux jets de dés en vingt minutes et me suis fait poutrer bien comme il faut.

Merci à toute l'équipe de la médiathèque (Audrey, Valérie, Chrystel, Pascale et les autres, dont les prénoms m'échappent) pour l'accueil convivial et chaleureux. Merci en particulier à Vincent pour la mise en relation, à Audrey pour l'invitation et l'orga, et à Chrystel pour l'hébergement. Ce fut une journée bien bien cool.



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