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#11 18 Dec 2019 17:01

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

Ă€ TROP TIRER SUR LA CORDE

... Quand tout le monde est noué ensemble, impossible de dévider la pelote sans révéler de troublants liens du destin.

Joué / écrit le 18/12/2019

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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crédits : Sam Rayner, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : violence sur animaux, menace de violence sur enfant.


Passage précédent :
9. Notre Mère la Truie
Le groupe se serre les coudes à l’heure de la première vraie confrontation avec les Soubise.


Coupure à prévoir :
Même les exorcistes prennent des vacances. Il n'y aura pas de feuilleton durant les fêtes : merci de votre compréhension :)


L'histoire :

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Misanthropic Alchemy, par Ramesses, du stoner doom frontal et chimique pour bouillon de culture occulte !

La Soeur Marie-des-Eaux s'acharnait à vouloir défaire ses sangles au plus vite, de peur de manquer la bataille.

"T'es pas si fort que ton père !", lança la Bernadette en brandissant une croix faite de deux brindilles de coudrier en croix enduites de la cire de bougies de la Saint-Jean. De sa main gauche elle faisait le signe des cornes en direction du paysan.

"Fiche-moi la paix, la Bernadette. J'ai triangulé sur l'Hippolyte, alors si t'agis contre moi, tu l'auras sur la conscience."

Cette annonce stoppa net la cuisinière. C'était du sérieux.

"Et puis t'es pas si forte non plus. On le sent sur toi qu't'es partie triquer, t'as gaspillé ton énergie."

Il pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. Elle jeta du sel béni autour d'elle et sur ses camarades, mais elle n'avait plus l'air d'y croire. Les cochons bouâlaient comme des pendus, et les plus valides d'entre eux couraient déjà se rattrouper autour du fils Soubise.

"ça me revient maintenant, gueula la Soeur Jacqueline à travers le vacarme de la tempête.
J'étais l'une d'entre eux. J'étais une servante de la Mère Truie avant d'être au couvent. Mais à l'époque, elle se nourrissait de luxure. Maintenant, elle se nourrit de violence. De la violence qu'on inflige et de la souffrance qu'on endure."

Le novice regarda la doyenne comme le Vieux aurait penché ses yeux sur Sodome et Gomorrhe un instant avant de les foudroyer.

Il s'était enfin désanglé, ou plutôt il s'était lourdement laissé tomber de Maurice, et quand il se releva avec son crucifix dans une main et son opinel dans l'autre, il semblait être davantage prêt à en découdre avec l'autre nonne qu'avec le sorcier.

La Soeur Jacqueline était ébranlée, ça se voyait tout ce que ça lui coûtait de faire un tel aveu.

Et le fils Soubise se régalait de ce spectacle.

"Ramène les bêtes, la Madeleine." Elle cacha son visage pour masquer sa désolation. Elle enleva le lasso de Champo du cou du cochon, et emporta ce dernier avec les autres, sans que le sherpa n'ose rien faire. Il pensait trop à Hippolyte, pris en otage dans ce duel magique.


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Ausserwelt, par Year of No Light, départ pour l'île des morts à bord d'un post-hardcore sans parole.

Le soir, le conseil de guerre était baigné dans la grisaille. Les vitres étaient dégoulinantes de pluie et on voyait à peine les ombres crochues des arbres derrière.

"Je dois vous avouer une chose, lança Champo. C'est moi qui ai lâché les cochons des Soubise. Je pensais que ça nous donnerait des billes.
- Il y a des cochons qui sont morts et l'opprobre est sur nous, tout ça pour rien, asséna la Soeur Marie-des-Eaux.
- Pas tout Ă  fait pour rien, rectifia la Soeur Jacqueline. On a appris des choses.
- Pour sûr, on en a appris, grogna le novice. Mais on en reparlera en tant et en heure. Champo, quand tu es allé dans l'enclos des cochons, est-ce que tu as vu la mère truie ?
- J'ai surtout vu un sacré péteuillot.
- C'est là qu'il va falloir aller. C'est la mère truie qu'il faut voir, je le sais."


Champo ne demanda pas son reste pour prendre congé. La Soeur Jacqueline resta seule face au regard accusateur de la Soeur Marie-des-Eaux, à sa mâchoire tremblante, au crucifix sur son cache-oeil, absurdement incrusté dans un mandala.

"C'est vous qui m'avez formé à l'exorcisme. Comment avez-vous pu ?
- Qu'est-ce que j'y peux, boûala la Soeur Jacqueline. Qu'est-ce que j'y peux de ce passé ? J'ai cru que j'avais passé toute ma vie au couvent enfermée comme une dinde et voilà qu'un souvenir me revient et qu'y a eu un avant, et que cet avant s'est vécu sous l'emprise d'une créature du diable. Que je croyais juste être une sainte femme qui a parfois des pensées pécheresses et maintenant je découvre que je suis pas mieux que les daraus-darous ou les sotrés qui hantent les bois ! Qu'est-ce que j'y peux si l'enfer s'ouvre sous mes pieds !
- Il n'y a qu'une seule solution : il va falloir vous exorciser."


C'était hors de question de procéder dans la chambre de l'auberge que le novice jugeait trop souillé par l'influence de la Bernadette. En parler au père Houillon semblait une idée tout aussi malvenue. Et donc l'église leur était interdite.

Alors, sans en parler Ă  Champo, elles sortirent en pleine nuit pour se rendre Ă  la Chapelotte.

Quelque part, le novice fit preuve d'une grande confiance en cette doyenne corrompue puisqu'il la laissa le sangler sur Maurice et conduire leur convoi par les sentiers communaux en direction de la Grande Fosse.

Sur le trajet, sous le bombardement narquois de la pluie, il récita des versets de l'Apocalypse comme pour conjurer le mauvais sort :

"Que l'Homme reconnaisse ses erreurs et se prosterne devant le Nom du Très-Haut ! Que l'homme arrache sa chemise et la femme rejette ses bijoux. Qu'ils pleurent d'avoir détourné leur regard de la face de Dieu pour adorer le Veau d'Or. Qu'ils pleurent d'avoir mangé la manne qu'ils avaient eux-mêmes faite pousser avec l'aide du Démon, plutôt que de boire l'eau claire et les maigres fruits que Dieu leur offrait. Qu'ils pleurent d'avoir laissé le frère devenir un démon, et le démon devenir un frère. Qu'ils pleurent d'avoir sacrifié le Bouc Noir à de fausses idoles, car alors le Bouc Noir reviendra les hanter, il les prendra et forniquera avec eux et fera d'eux pires qu'un bouc et ils porteront en leur ventre son engeance fétide qui viendra se répandre sur la Terre."

C'est un Maurice transi qui les monta le long de la Grande Fosse, entre les quelques maisons sous les chênes d'où sortaient un peu de lueur. Et sous leurs pieds, à la lumière des fenêtres ou celle de la torche, on voyait s'épanouir, qui n'avait pas été là lors du retour de la veillée : des droséras géantes qui avaient essaimé depuis les Feugnottes.

Et quand elles arrivèrent, un sommet plus loin, au pied de la Chapelotte, elles seraient déjà à moitié mortes de pneumonie si elles avaient été de moins bonne constitution.

La Soeur Marie-des-Eaux dut crocheter la porte de la bâtisse pour les faire entrer, tandis que Maurice s'abreuvait à la fontaine. Le toit était éventré et c'était donc le déluge aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. La Soeur Jacqueline alluma un cercle de bougies autour d'elles. La Soeur Marie-des-Eaux enleva les mousses et les champignons qui avaient poussé sur le tabernacle. Elle en sortit le calice, et le remplit à la fontaine puis en bénit l'eau.

Tous les gestes de la Soeur Marie-des-Eaux étaient ceux d'un pantin prêt à s'effondrer. Il attacha aux bancs la Soeur Jacqueline avec la corde que leur avait offerte Basile : car en cas de crise démoniaque, le novice n'aurait pas la force de la contenir.

Puis elles prièrent ensemble :

"Très glorieux Prince des Armées Célestes, Saint-Michel Archange, défendez-nous dans le combat contre les principautés et les puissances, contre les chefs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs. Venez en aide aux hommes que le Vieux a fait à son image et à sa ressemblance, et rachetés à si haut prix de la tyrannie du Démon. C'est vous que la Sainte Eglise vénère comme son gardien et son protecteur : vous à qui le Vieux a confié les âmes rachetées, pour les introduire dans la céleste félicité. Conjurez le Vieux de Paix pour qu'il écrase Satan sous nos pieds, afin de lui enlever tout pouvoir de retenir encore les hommes captifs, et de nuire à l'Eglise. Présentez au Très-Vieux nos prières, afin que, bien vite, descendent sur nous les miséricordes du Seigneur ; et saisissez-vous même l'antique Bouc Noir, qui n'est autre que le Diable ou Satan, pour le précipiter enchaîné dans les abîmes, en sorte qu'il ne puisse jamais séduire les Nations.

Au nom du Vieux, de son fils JĂ©sus-Cuit, et de l'Esprit-Chou, Amen."

Au-dehors, la pluie avait tourné en tornade et ébranlait les murs fissurés de la Chapelotte. Maurice bouâlait à la mort. La Soeur Jacqueline était puisée des pieds à la tête, étant située juste sous le trou du toit.

Toutes deux pleuraient dans un acte de contrition réelle.

"Bénissez-moi mon Vieux car j'ai péché. J'ai fomonté le voeu de t'abandonner, Soeur Jacqueline, et pour tout dire de laisser tomber le voile. Et je vais me racheter en t'exorcisant et en allant affronter la Mère Truie au nom de la Sainte Eglise."

"Bénissez-moi mon Vieux car j'ai péché, sanglota la Soeur Jacqueline. J'ai forniqué avec la Mère Truie par le passé et j'ai forniqué avec la Bernadette par le présent. Je suis la plus pécheresse de mes brebis et je me racheter en endurant cet exorcisme, en rejetant la Bernadette et en allant affronter la Mère Truie au nom de la Sainte Eglise ! Soeur Marie, je m'en veux, je m'en veux tellement !

- Le Vieux t'absout si ton repentir est sincère. Maintenant tu sais pour m'avoir toi-même formé que dans ton cas un simple exorcisme ne suffit pas, et tu sais ce que je vais être obligée de faire.

- Je le sais. Procède ma Soeur."

A genoux, la Soeur Jacqueline écarta tunique, dévoilant ses seins lourds à la douche de la tornade alors que la Soeur Marie-des-Eaux s'approchait avec l'opinel.

Alors qu'il lui grava une croix sur la poitrine avec sa lame, elle hurla d'une façon qui ne l'avait jamais saisie de la sorte, ce fut d'abord un long cri de souffrance désarticulé qui poussa Maurice à défoncer la porte de la Chapelotte avec sa tête, puis un couinement visqueux qui lui venait d'outre-gorge.

Elle s'écroula les mains au sol. Son dos était agité de spasmes et la Soeur Marie-des-Eaux les soutint à la fois pour l'aider et pour prévenir toute tentative d'agression de sa part.

La doyenne hoquetait et Ă©ructait de plus en plus fort, et enfin elle vomit quelque chose sur le dallage.

Et c'était si hideux et contre-nature, que le sang de la Soeur Marie-des-Eaux n'en fit qu'un tour. Elle en oublia toute compassion à l'égard des créatures de Dieu et écrasa ce que la doyenne avait recraché à grand coup de tabernacle.

Ainsi donc, depuis tout ce temps, ce qui n'était maintenant plus qu'une masse de chair éclatée, ça avait vécu à l'intérieur de la Soeur Jacqueline.

Un foetus de porc aveugle et rempli de merde sous sa peau translucide.

La Soeur Marie-des-Eaux fit ce qu'il ne faisait jamais avec personne. Il prit la Soeur Jacqueline dans ses bras.

Dehors, Maurice brairait Ă  n'en plus pouvoir.


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Lisieux, par Lisieux, du néo-folk, une guitare entêtante, un chant féminin vaporeux, la forêt qui se referme sur elle. Bienveillante... ou non ?

Dans la texture de la nuit à peine détricotée par cette presque-aube, Champo ne se repérait plus qu'au grondement du Ru Migaille gonflé par la crue. Il avait vu des lueurs danser par la porte de sa yourte, et il était sorti dans le péteuillot et avait remonté le Ru Migaille pour en savoir plus.

Et c'est sur les berges, en direction de l'Etang Lallemand qu'il la vit, au milieu des epicéas gluants. Elle était placée au centre d'un cercle de cailloux encadré par trois lanternes et la flotte du matin plaquait ses cheveux noirs et gris sur son visage. Elle avait des clous fichés dans les narines, les lobes des oreilles et sous les lèvres. Malgré ces ténèbres où le matin peinait à percer et où l'inondation perdait tous les sens, on percevait d'elle une forte odeur de plumes mouillées.

"Qui ĂŞtes-vous ?"
Elle avait une voix de gravier.
" Qui je suis n'a pas la moindre importance. Je suis venue pour vous parler.
- Qu'est-ce que vous m'voulez ?
- Je veux savoir ce que vous voulez aux Soubise."

Champo hésita. Il sentait qu'il avait affaire à forte partie, qu'il marchait sur des oeufs.

"Nous ne voulons pas de mal aux Soubise. Nous voulons les libérer, au contraire.
- Les libérer de quoi ?
- Pourquoi je vous le dirais ?
- Parce que vous n'êtes pas en position de négocier.
- Oh et puis vinrat... On veut les libérer de la Mère Truie.
- Vous n'êtes pas de taille à tuer la Mère Truie. Personne ne l'est.
- Qu'importe. On veut pas qu'elle meure. On veut qu'elle laisse les Soubise en paix, et puis le village avec ça.
- Entendu. Cela me paraît raisonnable. Nous ne vous entraverons pas.
- Mais vinrat, qui ĂŞtes-vous ?"

Elle n'Ă©tait plus lĂ .

Des feuilles mortes volaient dans les courants d'air.


"Pourquoi vous partez de l'auberge ? Je vous ai aidées !"
La Bernadette n'avait que la Soeur Jacqueline pour interlocutrice dans la cuisine. La Soeur Marie-des-Eaux était déjà partie atteler Maurice. Elle tenait le morceau de bois du confessionnal en pendentif dans sa main et l'approcha de la joue de la nonne.

La Soeur Jacqueline la repoussa doucement.

"Je vais te dire pourquoi nous partons, vraiment.
Tu aurais pu m'avoir. Il aurait suffi de le demander. Je me serais damnée pour toi.
Mais tu ne m'as pas demandé. Tu as préféré forcer ta chance. Alors c'est fini et je m'en vais.
- Mais tu vas souffrir le martyr. Ce que j'ai fait, je ne peux le défaire.
- Oui, je vais souffrir et ce sera ma pénitence. Et toi tu seras seule et ce sera la tienne."

La nonne tourna les talons trop vite pour voir que la cuisinière pleurait. Elle essuya ces lunettes et renifla.

Je t'ai demandé. C'est juste que je l'ai fait avec les seuls mots que je connaisse.


Champo était totalement déboussolé. Quand sa tournée des enfants passa devant l'auberge du Pont des Fées, il fit ce qu'il s'était toujours interdit. Il laissa les gamins encordés sur la place et alla à l'auberge prendre des nouvelles des nonnes et donner des siennes.

Il y avait sur cette grand-place, à côté de l'abri (qu'on appelait l'Abri d'Ici) tout rammoli par la moisissure et presque désossé par les tempêtes d'automne, un tas de choux pourris, la dernière récolte des Domange qui n'avait pas été une réussite.

Et quand Champo revint de sa rapide défection, il comprit qu'il avait laissé les gamins trop longtemps sous surveillance. Sous l'abri, il y avait l'Hippolyte Soubise et les filles et les garçons lui lançaient des choux pourris à la tête.

"Des choux pour les Soubise ! Des choux pour les Soubise ! Qui savent pas garder leurs cochons ! Qui ont des vaches folles ! Des choux pour les Soubise !"

Et le petit encaissait sans bouger, avec un visage tout rond autour de ses grands yeux et sous la crasse. Un visage qui exprimait toute la détresse du monde sans rien montrer pourtant. Un visage de plus en plus couvert de chou pourri.

Champo fit encore une chose qu'il n'avait jamais faite, il chopa deux gamins aux hasard, la Germaine Fournier et le Cyrille Chaudy, et il leur flanqua des taloches qui auraient assomé un yak.

En fait, le seul Ă  ne pas pleurer ce matin-lĂ , ce fut l'Hippolyte.


Lexique :

être parti(e) triquer : commettre l'acte sexuel (sens fort), vagabonder avec de mauvaises fréquentations (sens faible)
péteuillot : gadoue, pétaudière
darau-darou : loup-garou
puisé(e) : trempé(e)
ru : petit ruisseau.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Bilan :

Un dixième épisode, mine de rien c'est symbolique. Déjà, j'ai la satisfaction d'être allé jusque là, mais aussi ça veut dire que j'ai fait un cinquième de mon projet de roman, ce que j'estime honorable (j'ai prévu de feuilletonner pendant un an, à voir si je fais d'autres coupures que celles des fêtes de fin d'année, et si oui si je les rattrappe, mais en gros on va tourner entre 45 et 50 épisodes). Je pense qu'on va en avoir facilement sous la pédale pour tout un roman (au vu des notes qui s'empilent déjà et de la profusion de systèmes et d'aides de jeu que je n'ai pas encore testés), donc c'est encourageant.

Lors de cette troisième scène d'agression, j'ai concédé très facilement la victoire à Soubise. Je me suis arrêté à un dé par personnage, craignant d'accumuler les empreintes. (Pour tout dire, initialement j'avais noté un dé de traumatisme pour l'aveu de Soeur Jacqueline, mais je l'ai finalement requalifié en dé de vocation, ce qui était acceptable aussi et m'évitait une empreinte automatique). Du côté de la menace, j'avais aussi trois dés, mais j'aurais pu monter jusqu'à 6. J'avais prévu de le faire en cas d'échec au jet de dé (m'autorisant une escalade, ce qui est possible avec L'Empreinte), mais je n'en ai pas besoin, totalisant un score de 8 contre un magnifique triple 1 pour les exorcistes...

Las ! Tout le monde chez les exorcistes est trop amoché pour s'entêter davantage et je veux en garder sous la pédale pour l'acte IV, qui s'annonce très dur, car j'ai prévu la défection de la Soeur Jacqueline lors de la scène d'agression. Le pronostic est noir : perte de personnages ou triomphe total de la Mère Truie.

Cette partie voit un petit retour des règles des Exorcistes, puisque j'ai calqué la marche à suivre pour l'exorcisme de la Soeur Jacqueline. Cette scène est d'ailleurs tout à fait inopinée, je ne l'avais pas prévu, mais suite à la révélation de la Soeur Jacqueline, il m'a paru normal 1) qu'il y ait une discussion avec la Soeur Marie-des-Eaux 2) que la seule solution envisageable soit l'exorcisme.

Tirage d'aide de jeu : Nervure (une fois) + Muses et Oracles (une fois)


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : une empreinte de la Soeur Jacqueline est guérie + une nouvelle empreinte pour Champo : allié des Corax.


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#12 13 Jan 2020 11:53

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

LA FĂŠTE AUX ROGNONS

Un épisode tout en terroir, pour le meilleur et pour le pire. Et qui se termine par une question au public. Vos réponses orienteront le prochain épisode !

Joué / écrit le 13/01/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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bemep, pierson.jerrylee, Sheena Long, cc-by-nc & Asa Hagström, cc-by & Ske, cc-by-sa & Claire Munier, par courtoisie

Contenu sensible : violence sur animaux.


Passage précédent :
10. À trop tirer sur la corde
... Quand tout le monde est noué ensemble, impossible de dévider la pelote sans révéler de troublants liens du destin.


L'histoire :

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The Pomegranate Cycle, par Textile Audio, un opéra intimiste et contemporain, série de vies croisées tragiques et quotidiennes, fragiles comme des biches, dont la nature est témoin.

30 de Serpente

Les nonnes ayant renoncé à l'hospitalité de la Jacqueline, et le retour au presbytère étant exclus, Champo se proposa de les héberger chez lui, au bord du Ru Migaille. Il avait une yourte uniquement meublée de tapis qui lui servait pour méditer, il leur attribua et les reçut pour déjeuner dans sa yourte principale. Elle n'était guère plus meublée, un poêle central, un buffet, deux bassines d'eaux et quelques vaisselles en bois et en terre cuite. Elle sentait l'encens et le vieil homme, et il y faisait trop chaud. Le sherpa n'avait que de la soupe d'orties et du pain sec comme trébeuillot à leur servir, cela régala le novice et dépita la doyenne.

"Les Fournier ont acheté des porcelets aux Soubise. Finalement, ils nous offrent une occasion de les observer sans se battre."

La ferme des Fournier était la plus grande et la plus neuve du village. Pour s'y rendre, il avait fallu remonter la Tranchée, la côte qui prolonge la grand-rue, toute bordée de sapins gluants qui avalent les dernières maisons qui constituent Les Voivres, les hameaux plus loin, n'étant après tout, par leur isolement, que des républiques indépendantes de deux ou trois familles qui n'obéissaient ni aux lois ni aux coutumes de la grand-rue.

Lors de leur ascension, les arbres leurs parurent innombrables. La Soeur Marie-des-Eaux poussait un râle à chaque fois que Maurice marchait sur une bosse ou enjambait une des racines qui bouffait le sentier. Mais des habitants des Voivres, point. Tout le monde restait cloîtré. Le petit groupe ne se sentait pas en manque de courage ou de savoir-faire pour affronter la menace en cours. Il était surtout en manque d'amis.

Des amis, pourtant ils en trouvèrent une à la ferme des Fournier. "Gare !", qu'on leur cria. C'était la Mélie Tieutieu, tout en fichu et en sabots, qui agitaient des bras pour qu'ils reculent. Dans un craquement de fin du monde, un sapin s'écroula sur le sentier. Ses branches battirent comme les ailes d'un oiseau géant, dans des parfums de résine et de sciure, et les corbeaux chassés de ses frondaisons s'envolèrent avec un cortège de cris. "Vinrat, pourquoi tu l'as fait tomber sur le sentier ?"
C'était l'un des frère Fournier, une armoire à glace avec le poil noir comme le cul du loup, qui engueulait l'autre.

Les exorcistes servirent comme prétexte à leur venue le motif de bénir la ferme, et la Mélie les fit entrer sans discussion. C'était l'heure de la traite, et les frères délaissèrent le bûcheronnage pour rentrer les vaches vosgiennes de la pâture. Un défilé de dos grêlés de blanc et de noir s'attroupa placidement dans le bâtiment. La Mélie, la mère des deux frères donc, pourtant hors d'âge, abattait autant de tâche qu'un ouvrier agricole. Des fois il lui arrivait bien de bassotter un peu, elle libérait une vache pour se rendre ensuite qu'elle n'avait pas été traite et la faire rentrer à nouveau. "Faire et défaire, c'est toujours travailler", disait-elle pour faire de ses erreurs une forme de gloire. Champo et la Jacqueline s'emparèrent chacun d'un seau et se dévouèrent pour aider à la traite, une tâche que la Soeur Marie-des-Eaux bouda. Les frères présentèrent leur ferme comme la plus moderne du village. Ils étaient les seuls en dehors du Nono Elie à posséder un tracteur ! Et encore ! Le tracteur du Nono Elie, c'est juste une antiquité du temps d'avant, il fonctionne juste par que le Nono Elie se rend pas compte qu'il est hors d'usage. Il tient debout par la volonté de l'Esprit Chou comme les mamelles de la Jacqueline tiennent dans son corsage ! Mais eux c'est pas pareil. Leur tracteur, ils l'ont fait construire par le cousin Gaston qui est une sorte d'inventeur fou, catégorie agricole. Il a monté des bombonnes d'alambic sur un chariot : c'est un tracteur à vapeur qui tire avec de l'alcool de patate ! Et puis surtout les Fournier voient large. Aux Voivres, c'est comme ailleurs, le peu de terre qui soit pas en forêt, c'est juste un péteuillot bon pour faire gambader les cochons. Ici, y'a pas de chevaux parce que l’herbe est tellement mauvaise que ça les faisait crever ! Mais les Fournier ils vont pas s'avouer vaincus. Et que ça va couper de l'arbre à tire-larigot et que ça va en dégager des hectares hardi petit à travers la broussaille !

Pour tout dire, les frères leur firent une drôle d'impression. Personne n'aime vraiment la forêt, après tout c'est un enfer sur terre envoyé pour faire expier les hommes, mais quelque part dans l'ambition des Fournier à la faire tomber, on sentait une forme d'orgueil pas très catholique.
Mais même la Soeur Marie-des-Eaux se fit violence pour masquer son dégoût, parce qu'ils avaient besoin de leur confiance : on voulait voir les porcelets.

Et justement l'occasion leur fut donnée, car les frères étaient heureux de faire bénir leur nouvel arrivage. Toute une bande de jeunes porcs de sept jours sortis du naissage des Soubise, déjà gras comme des papes. Alors que les soeurs récitaient des prières, l'aîné des Fournier s'empara d'un porcelet et l'autre s'approcha de son arrière-train avec un couteau.

"Qu'est-ce qu'ils font ?, s'indigna la Soeur Marie-des-Eaux
- Ben ils lui coupent les roubignolles. Sinon sa viande aura un goût de pisse de verrat., expliqua la Mélie Tieutieu. Tout le monde fait ça."
Le novice sortit son opinel mais la Soeur Jacqueline lui bloqua le poignet d'un geste ferme.
"On est là pour ouâr, par pour interférer."

Et en effet le frère lui attrappa les rognons. La bête se débattait et criait comme un enfant, mais rien à faire, l'aîné était bien trop costaud. Et shlarc ! dans la douleur et dans le sang le petit cochon fut débarassé de ses bourses. L'aîné le jeta tout tremblant dans la paille et empoigna le suivant et toute la bande y passa pour être ensuite repoussée vers leur soue.

Ils repartirent dépités. Il n'y avait rien de vraiment intéressant à apprendre sur ces cochons. Juste que ces porcelets, et les truies achetées avec eux pour finir l'allaitement, étaient étonnamment gras au vu des maigres ressources naturelles et de l'incurie des Soubise. Et qu'ils étaient condamnés à une vie de souffrance qui s'achéverait tôt en jambon fumé, en pâté lorrain et en fromage de tête.

"Si c'est un horla, si c'est comme la statue du Jésus-Cuit, alors ça se nourrit de quelque chose et c'est tout le noeud de l'histoire. Soeur Jacqueline, vous dites qu'elle se nourrit de violence. Il faut qu'on comprenne mieux son fonctionnement. "

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Wandervogel des Waldes, par Lord Lovidicus, du dungeon-synth aux accents de folk médiéval, patient, nostalgique et atmosphérique.

A redescendre la Tranchée, les environs bruissaient de mille chutes de gouttes d'eau tombées des aiguilles, reliquats des pluies passées. Champo tendit une carte de tarot, le bras bien haut pour que le novice puisse le voir, sanglé comme il était sur le dos de Maurice. La carton était comme bouilli à force d'usage, c'était un jeu de tarot divinatoire réalisé par l'imagerie d'Epinal, à en juger le style de dessin à la fois naïf et précis. Cette carte de la Force représentait un homme levant une grosse branche au-dessus de sa tête en guise de gourdin, prêt à l'abattre sur une bête devant lui.

"J'ai fait inscrire un souvenir dans cette carte. ça m'a coûté cher et c'est à peu près le seul objet de luxe que je possède, mais ça en valait la peine. Quand j'étais enfant, j'avais un patou, un chien de berger capable de tenir tête à des loups. Il connaissait aussi les chemins montagnards mieux que moi-même et a pour ainsi dire fait tout le travail de berger à ma place, en plus de me protéger et d'être mon meilleur ami. Sa dévotion lui a joué un mauvais tour, puisqu'il s'est sacrifié pour me sauver d'un grand danger.
- Je ne comprends pas pourquoi vous avez inscrit ce souvenir dans la carte de la Force.
- Parce que je veux avant tout me rappeler que les animaux sont innocents. Ils nous sont dévoués, ils nous aiment et ils se sacrifient pour nous. Et nous nous montrons ingrats. J'ai choisi cette carte parce que je ne veux pas être comme cet homme. A chaque fois que je serre la carte contre moi, j'ai une revoyotte de mon patou. Et ça me sert à me dicter une ligne de conduite. Mais les gens du village ne sont pas comme ça. Ce sont des braves gens, mais ils n'ont pas compris la leçon de vie que nous enseigne la perte d'un animal cher. Ils prennent les bêtes pour des choses, pour des biens. C'est ça que la Mère Truie exploite. Elle se sert du village pour cultiver la violence dont elle se nourrit, et elle se sert de ses propres enfants pour être les objets de cette violence."
Alors la Soeur Marie-des-Eaux comprit qu'elle partageait avec Champo bien plus qu'un sentier.


C'est de retour à la grand-rue qu'ils croisèrent le curé Houillon en pleine couârie avec le père Domange : "Pendant l’octave de la Saint-Rémi, il ne faut mettre poule à couver, ni semer graine quelconque aux champs : tout germe périt, toute semence est vaine. Alors, il ne vous reste qu'aujourd'hui et demain pour vos semailles, après il sera trop tard." Ils voulurent faire profil bas, mais impossible d'être discrets. Le curé Houillon alpagua les soeurs : "Suivez-moi au presbytère, il faut qu'on parle."

Elles laissèrent Champo et l'accompagnèrent : c'eut été trop conflictuel de refuser cette entrevue au prêtre.

Mais à l'entrée du presbytère, le père Houillon marqua un temps d'arrêt. Deux cordes étaient tirées en travers, tenues par des arçeaux plantés dans le mur, et formaient une croix de Jésus-cuit. Le prêtre devint écarlate : "Par l'Esprit Chou ! Qui est le petit plaisantin qui fait ça ! C'est encore une farce du Cyrille Chaudy ! Je ne sais même pas pourquoi je le garde comme enfant de choeur, il a le diable au corps !"


Lexique :

Sec comme trébeuillot : sec, dur
Bassotter : mal travailler, tourner en rond
A tire-larigot : Ă  toute vitesse
Hardi petit : Ă  toute vitesse
ouâr : voir

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Bilan :

Je devais reprendre la rédaction du roman-feuilleton la semaine dernière, mais j'ai consacré ma session d'écriture à réaliser un photomontage pour la couverture du roman, que vous pouvez admirer dans ce présent épisode.

Durant ce hiatus de trois semaines, les idées se sont accumulées. J'ai maintenant une série d'événements bien planifiée d'un côté, et une autre série d'évènements moins connectés à l'intrigue principale. J'ai ordonné la première dans l'ordre chronologique désiré, mais cela commence un peu trop à ressembler à un plan de roman à mon goût : pour tout dire j'ai tellement de scènes à expédier avant la dernière phase de jeu (l'agression de l'acte IV) que je sais d'avance ne pas y arriver au cours de cette session, qui ne sera donc pas à proprement parler une partie de l'Empreinte (aucun mécanisme du jeu ne sera utilisé). C'est pour cela que j'ai transformé la liste d'événements connexes en table aléatoire : je vais m'astreindre à faire des tirages réguliers dessus, en espérant que ça ramène de l'imprévu et un côté un peu plus jeu de rôle.

Durant mes vacances, j'ai aussi commencé la lecture de quelques romans du terroir ou de SF rurale. Je gage que ça va forcément m'inspirer et augmenter la qualité de mon écriture.
Lecture terminée : Ravage, de Barjavel
Lecture en cours : Les Cailloux Bleus, de Christian Signol + Journal d'un curé de campagne, de Georges Bernanos

J'ai consacré quelques temps à retracer le fil du temps au cours de ce roman. Il a commencé le 23 Serpente et cet épisode 11, si j'ai bien fait le compte, commence le 29 Serpente (oui, la vie de nos exorcistes est bien chargée). Je vais tâcher de garder ce calendrier à jour désormais.

Aides de jeu utilisées :
Table des détails forestiers
Nervure
Oriente
Table aléatoire d'évènements (plusieurs fois)
Historique de Champo initialement tiré avec Session Zéro.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : aucune


Question au public :

Dans l'optique de rendre ce roman-feuilleton plus interactif, et donc plus rôliste, je vais vous poser une question à la fin de chaque nouveau feuilleton, et je tâcherai de tenir compte au mieux de vos réponses dans le feuilleton suivant.

Voici la première question :

Que vont faire les exorcistes pour trouver un moyen de lutte contre la Mère Truie ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#13 20 Jan 2020 15:58

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

LES LĂ‚CHES

Un épisode qui fait mal dans la chair et dans l'âme. Avec une nouvelle question au public à la fin !
Par ailleurs, même si c'est un peu tard (mais pas trop tard), je recherche des personnes concernées qui voudraient bien me faire une relecture critique du point de vue du traitement des personnages féminins et non-binaires. Merci d'avance !

Joué / écrit le 20/01/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Oscar F. Hevia, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : violence sur les animaux

Passage précédent :
11. La fĂŞte aux rognons
Un épisode tout en terroir, pour le meilleur et pour le pire. Et qui se termine par une question au public. Vos réponses orienteront le prochain épisode !


L'histoire :

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A Grave is a Grim Horse, par Steve Von Till, de l'americana forestière et résignée, les confessions d'un bûcheron perdu à jamais.

Pour les exorcistes, ce grand crucifix en cordes noué en travers de la porte n'avait rien d'une plaisanterie, mais plutôt le présage d'une activité sorcière en cours, a priori sans rapport direct avec les Soubise. Mais elles s'abstinrent de partager leurs impressions avec le père Houillon, qui défaisait l'ouvrage, rouge de sueur et d'irritation.

"Bon, c'est pas tout ça, mais si je vous ai demandé, c'est pour vous remonter les bretelles, mes soeurs ! Depuis que vous êtes là, vous faites plus de dégâts dans ma paroisse qu'un renard enragé ! Je reconnais plus le village, tout le monde est en guerre à cause de vous, et pendant l'office je m'entends plus sermonner tellement ça cancanne sur les bancs ! J'ai jamais demandé des nonnes-soldats, moi ! J'aurais bien préféré que le diocèse m'envoie des soeurs pour astiquer l'église et le presbytère.
- Justement, on est là pour débarasser votre péquis, plastronna la Soeur Marie-des-Eaux.
- Puisqu'on parle, vous allez pouvoir prendre votre retraite ! J'ai envoyé un nouveau message par pigeon au diocèse. Je leur ai expliqué la situation et j'ai demandé à ce qu'on fasse venir un vrai prêtre exorciste !"

Devant le porche de l'atelier du Sibylle Henriquet, la fontaine dégueulait comme un torrent. Les nuages s'effilochaient comme des rubans sanglants qu'auraient déchiré les cimes des arbres, en ce crépuscule qui tombait comme un couperet, si tôt dans la journée.

Champo avait pressé pour rentrer les mômes. Il n'aimait pas entrer cette période où l'escorte de l'école plongeait dans le royaume de la nuit. C'est là qu'il croisa le Père Thiébaud, marchant en sabots, les mains jointes derrière le dos, murmurant quelque chose à l'intention d'un interlocuteur absent.
"Il va bientôt faire presque-nuit Père Thiébaud ! Qu'est-ce vous faites là si loin du Chaudron ?
- On dit que dans les Vosges, il y a quatre saisons : l'automne, l'automne, l'automne et l'hiver !"
Le Père Thiébaud était coutumier des traits d'esprits, tournant en boucle sur une dizaine de plaisanteries que Champo connaissait par coeur.
Le Père continua sa promenade. Il avait l'air perdu et de prime abord Champo présuma que la mort de son fils avait fait basculer sa raison. Mais finalement le sherpa Champo le laissa aller, comprenant qu'en réalité il suivait un but.
Il conversait avec les fées, il suivait leur chant et il leur parlait.

Au sortir du presbytère, la Soeur Marie-des-Eaux frissonnait de tout son corps, de froid, de colère, de douleur et de dégoût. Au retour vers la yourte, il laissa la Soeur Jacqueline prendre de l'avance, permettant à Maurice de le conduire à son petit rythme. Il voulait marquer une distance avec la doyenne dont la simple vue lui inspirait la nausée, tout plein qu'il était de la revoyotte causée par l'écrasement du porgrelet. Il détestait tuer, bien qu'il ait le sentiment d'avoir eu à le faire bien des fois, et d'avoir à le refaire encore et encore. Il se savait en grande partie immunisé au choc mental, mais si ça ne lui causait pas le violent choc électrique que ça faisait à d'autres, ça l'affectait quand même sur le plan moral, surtout les revoyottes. Quand on reçoit le souvenir de qui l'on tue, on se sent encore plus sale que de lui avoir ôté la vie. Et là, une revoyotte de foetus, c'était encore pire. Le novice se sentait enveloppé par des muqueuses chaudes et palpitantes, visqueux, plein de sa propre merdre, c'était aussi bref que séquencé, et il y avait ce va-et-vient dans des bruits de succion et de glissements, ce vertige d'être conçu et impulsé... La Soeur Marie-des-Eaux avait des renvois mémoriels dégueulasses, l'accouplement de la Soeur Jacqueline et de la Mère Truie. Reprends-toi. Elle a confessé. Elle s'est repentie. Tu dois donner l'absolution. Tu as besoin d'elle. Personne ne connaît la Mère Truie mieux qu'elle. En tout cas, personne sur qui tu peux vraiment compter.


"ça va bien ?"

Maurice avait conduit le novice à travers le hameau du Moulin aux Bois sans que son cavalier ne s'en rende vraiment compte. C'est là qu'ils croisèrent le maire Fréchin qui faisait la tournée des riverains. Il était rouge de marcher et d'avoir bu des canons à chaque maison. Il tendit la main à la Soeur Marie-des-Eaux, qui l'ignora.

"Je me porte aussi bien qu'on peut se porter aux Voivres, et je m'attache à protéger les ouailles d'ici. Pouvez-vous en dire autant ?
- Faut pas vous monter contre moi. Je sais ce qui s'est passé, et croyez pas que mon fils va rester impuni pour ce qu'il a fait. Je vous promets qu'il va entendre parler du pays ! Faut pas croire, tout ce que je veux c'est l'entente dans le village ! C'est moi qui ai rendu l'obligatoire et c'est moi qui m'esquinte pour que tout dans ce patelin se tienne par les deux bouts ! "
Il lui attrappa le poignet avec sa main grosse comme celle d'une taupe.
" Vous et moi, on est pas si différents. On veut juste protéger les gens, y compris d'eux-mêmes. Et vous avez la même chose dans le sang que moi ! Vous avez le pouvoir de tuerie ! C'est pour ça qu'on me fait abattre les cochons, et c'est pour ça qu'on vous a envoyé ici faire le sale boulot !"
Le novice avait son haleine de foin et de vin rouge en plein dans les narines.
"L'histoire le dira si on est si proches. Pour l'heure, je bénis votre chemin et je suis le mien. Je garde mes brebis, je vous prie de garder les vôtres, sinon je m'en chargerai. La bonne nuit, monsieur le maire."
Il laissa là l'édile que les ténèbres des ramures grignotèrent peu à peu. Avait-il peur de lui, était-il un frère ou un ennemi ? On en saura forcément plus long un jour.

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Metsänkulkija, par Kalmankantaja, du black metal dépressif, épique et animiste, pour une chevauchée suicidaire au fond des bois.

A la lueur mouchetée de la lampe à huile, le souper sous la yourte de Champo ne fut guère plus faste que le déjeuner. Quelques jaunottes passées à la poêle avec des bulbes de rocambole qui emplirent la tente d'une odeur de soufre. La Soeur Jacqueline n'y toucha pas. Elle avait la nostalgie des festins de la Bernadette et de toutes les gâteries qu'elle lui offrait entre les repas, le fromage de tête avec le gras, la gelée, la cervelle et le cartilage dont les textures se mêlaient sous la deux avec le goût puissant du gros sel sur le bout de la langue.
"Vous êtes bien néreuse !", fit le sherpa.
La vérité, c'est que la Soeur Jacqueline avait perdu le goût de manger. La brûlure lui remontait par les cuisses et l'entrejambes jusque dans les boyaux. Elle payait cher d'avoir résisté à l'envoûtement, d'avoir refusé les caresses de leur ancienne hôte. Elle le regrettait dans sa chair et dans son coeur, mais elle ne reviendrait pas en arrière, dusse-t-elle en crever.

Les soeurs rejoignirent leur yourte à la grasse-nuit et la veillée ne traîna pas, la bougie venant à manquer. La main de la Soeur Marie-des-Eaux tremblait comme une feuille en tenant le calame, et la Soeur Jacqueline ne fit aucun effort pour l'aider à tenir le carnet mémographique, aussi cette étape ne traîna pas. Chacune se laissa tomber sur son tapis de sol, au plus proche possible du poêle, et c'est avec comme des tessons de verre dans la gorge que le novice récita à grand-peine un verset de l'Apocalypse :

"Car en vérité je vous le dis, le ver est déjà dans le fruit, et seul le Juste saura le voir. Aussi refusera-t-il de croquer dans le fruit. Aussi brûlera-t-il le fruit au Nom du Vieux."

A la nuit brune, il y eut des bruits à l'extérieur des yourtes, mais les exorcistes étaient trop fatigués et trop meurtris pour les entendre.

Dès que les premières teintes bleuâtres de la presque-aube se superposèrent à la nuit, la Soeur Marie-des-Eaux sortit de la yourte pour prier les matines.

La première chose qu'elle vit, cueilli dans le froid mordant et mou, c'était les larmes aux yeux de Champo.

Il était penché, genoux à terre, sur une masse informe et noyée dans le péteuillot des traces de sabots. Rouge sur gris.

Le novice se précipita, manqua la marche de la yourte, tomba dans la boue et les feuilles mortes, rampa et se jeta sur la carcasse en pleurant de son oeil vivant et de son oeil mort, en criant tout le son que pouvait contenir dans son corps.

"Maurice ! Non, pas toi, pas Maurice !"

Il enfouissait sa tête dans les oreilles de l'âne battu à mort. Champo ne savait pas quoi faire. Le novice se larda la poitrine à coup d'opinel, comme si prendre la douleur sur lui aurait pu faire revenir la pauvre bête. Il hurlait comme un damné, et il fallut toute la force du sherpa et de la doyenne pour le contenir et lui faire lâcher son schlass. Il pleurait comme un enfant qu'il était encore, Champo l'embrassait sur le front comme pour conjurer le pire.

"Pas toi, Maurice ! Les lâches, les lâches..."

Pendant la nuit, Maurice avait payé pour eux.


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Fragment of Sirens, par Icos, du post-hardcore dans la plus grande tension entre lourdeur et mélodie, une âme en peine qui remonte de terre à n'en plus finir.

Champo replaça l'opinel dans la main brisée du novice.
"Marie, tu vas peut-être me trouver dégueulasse de te demander ça, mais... Maurice respire encore un peu. Si tu l'achèves toi-même, comme tu as le pouvoir de tuerie, tu peux le faire sans trop de dommage... Tu pourrais avoir une revoyotte. Tu pourrais savoir qui lui a fait ça.
- C'est hors de question. Tout le monde a déjà fait assez de mal comme ça. Je ne garderai de Maurice que les souvenirs qu'il aura bien voulu me laisser. Laissez-moi, j'ai besoin de prier seul pour lui."

Et comme la Soeur Jacqueline et Champo respectèrent leur volonté, la Soeur Marie-des-Eaux accomplit durant les derniers souffles de son ami un acte que n'importe quel témoin aurait qualifié de blasphème, et elle le fit de crainte que son âme d'âne n'erre dans les forêts limbiques à la merci des monstres purgatides.

Elle le baptisa.

"Au nom du Vieux, de son fils JĂ©sus-Cuit et de l'Esprit-Chou. Amen"

Ses doigts cassés tracèrent le signe de croix sous le chanfrein de Maurice et la brave bête ferma tout à fait ses yeux crottés que déjà butinaient les mouches.

"Adieu, vieux frère. Comment trouverons-nous notre chemin sans toi ?"

La Soeur Jacqueline avait suivi Champo dans la yourte principale pour y tremper ses lèvres dans un brouet de navets. C'était symbolique, pour garder la face.

"C'est la Mère Truie, cette engeance, grinça la doyenne. Elle exacerbe la violence des villageois, elle se sert d'eux.
- Je ne crois pas. C'est juste la nature humaine. Aucune cochonne ou tout autre tulpa n'a eu besoin de pisser dans la terre pour que ce germe-lĂ  n'Ă©close."


Lexique :

Revoyotte : flashback
PĂ©teuillot : gadoue
Péquis : saleté, désordre
Qu'est-ce vous faites lĂ   : Qu'est-ce que vous faites lĂ 
néreux, néreuse : qui boude les plats, qui a des goûts de luxe en matière de nourriture.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Préparation :

Lors du précédente feuilleton, j'ai posé une question au public que je vais tâcher de traiter dans ce feuilleton-ci. Je n'ai eu qu'une réponse, celle de Claude : "Claude : Les exorciste pourraient donner une messe en la mémoire des animaux suppliciés, ou le chant serait celui de la communauté repentante pour arracher les larmes de l'aveugle Tiresias enfoui au royaume des morts." mais elle est très intéressante, alors avant même de commencer à écrire j'ai ma petite idée sur comment l'intégrer à mon jeu-récit. J'espère avoir plus de réponses lors des épisodes suivants !

Je poursuis mon objectif de cumuler à la fois la forme ludique, le persillage de mes idées germées entre chaque épisode, et la volonté de montrer que le village est vivant et que les figurants prennent aussi des initiatives.

Pour cette épisode, j'essaie donc de mettre en place ce système d'alternance :

1 péripétie pré-scriptée ou jouée avec le système de jdr en cours, suivi d'une péripétie générée par un tirage aléatoire dans ma table des idées, suivi d'une péripétie générée par un tirage aléatoire dans la table d'objectifs des figurants, et on recommence le cycle.

Je poursuis également ma lecture de romans du terroir (avec ou sans SF/fantastique dedans), qui me donnent beaucoup d'inspiration. Après avoir lu Ravage de Barjavel, je suis dans un roman de l'école de Brives, sans surnaturel, mais qui brosse à merveille la vie paysanne de la fin du 19ème siècle : Les cailloux bleus, de Christian Signol.


Bilan :

Le rayon des outils de jeu s'agrandit, puisque cette fois-ci, j'ai aussi utilisé Google Street View pour rechercher (sans succès) une fontaine dans la grand-rue des Voivres.

J'ai aussi commencé à tenir trace de l'heure, histoire qu'il ne se passe pas trop de choses dans une même journée, et aussi pour mieux rendre compte des divers moments de la journée.

Bon, ça commence à faire beaucoup d'outils et de méthode. Je ralentis clairement ma cadence d'écriture. Espérons que ce soit plus gagner en qualité que pour procrastiner :)

Je suis mon programme "script/jeu > idée aléatoire > objectif de figurant", mais je ne me gêne pas pour fusionner quand ça m'arrange. Ainsi, la scène scriptée qui suivant l'objectif de figurant étant la mort de Maurice, j'ai décidé qu'il s'agissait de l'avancée d'un objectif de figurant, et j'ai donc omis de tirer un objectif de figurant au hasard, préférant choisir celui qui m'arrangeait.

J'avais encore beaucoup de script à écluser avant d'arriver au moment opportun pour appliquer la réponse de Claude (les nonnes faisant une messe pour les animaux) : ce sera donc pour le début du prochain épisode. Mais ça promet d'être une scène forte, et donc l'exercice est probant et je réitère une nouvelle question à la fin de cet épisode-ci !


Aides de jeu utilisées :
L'Apocalypse selon Millevaux
Nervure (une résolution au sujet de la possibilité ou non d'achever l'âne)


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : ajout d'objectifs de figurants (les frère Fournier, Gaston l'inventeur)


Question au public :

Dans l'optique de rendre ce roman-feuilleton plus interactif, et donc plus rôliste, je pose désormais une question à la fin de chaque nouveau feuilleton, et je tâcherai de tenir compte au mieux de vos réponses dans le feuilleton suivant.

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

Une fois que les exorcistes auront préparé l'affrontement avec la Mère Truie par une messe aux animaux, qui vont-elles recruter pour les joindre dans la bataille ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#14 27 Jan 2020 16:25

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

LA MAIN ET LA COURONNE

Alors que les adversaires montrent les dents, les exorcistes s'organisent pour la dernière bataille. Retrouvez ici la réponse à la première question au public, et bien sûr une nouvelle question !

Joué / écrit le 27/01/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Chianti, licence art libre

Contenu sensible : racisme, sexisme, agression sexuelle

Passage précédent :
12. Les lâches
Un épisode qui fait mal dans la chair et dans l’âme. Avec une nouvelle question au public à la fin !


L'histoire :

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~, par Iamthemorning, voix féminine, piano-cordes, le calme avant la tempête, et des nœuds de tempête au milieu du calme.

Trente-et-un de Serpente

Ni la Soeur Marie-des-Eaux, ni la Soeur Jacqueline n'eurent la force de le faire, alors Champo s'en chargea.

Il découpa l'âne à la hache et mit les morceaux dans des sacs. Il donna deux sacs à chaque nonne et s'en chargea de trois, tout maculé de sang qu'il était. Ils ne pouvaient marcher bien loin, mais l'instinct de Champo les conduisit dans un endroit tout proche. Tour à tour, ils jettèrent les morceaux dans le cercle de champignons, et rapidement, une nuée de corbeaux descendit depuis l'inconnu du ciel à peine crevé par l'aube naissante, et fondit entre les arbres pour s'en repaître. Les cris des charognards se mêlèrent aux pleurs silencieux des exorcistes et à la rumeur d'automne qui allait croissant : le bruit de mille écorces qui travaillent.

Ainsi, Maurice eut-il ses funérailles célestes, à défaut de pouvoir lui en donner de chrétiennes.

Alors que le zénith approchait, incendiant quelque peu les ramures et les faîtes des toits dans les volutes d'humidité en suspension, la Soeur Jacqueline fuit la yourte, elle n'avait pas le coeur à manger, et sentait que sa gêne physique et mentale devenait trop visible. Elle remonta la grand-rue au hasard, peut-être envisageant de trouver le père Houillon et de se confesser.

La Bernadette parut Ă  la porte du bistrot, elle courut vers la doyenne en relevant ses jupes.

"Jacqueline, revenez ! Si vous saviez comme je m'en veux !"

La nonne pressa le pas. Elle battit en retraite dans les fourrés et le sous-bois, mais la cuisinière la suivit, quitte à crotter ses habits. En un instant, elles eurent dépassé l'orée et on n'entendait et on ne voyait plus rien du village à travers les fûts noirs des sapins, comme goudronnés. Il n'y avait qu'elles d'eux et l'odeur de fumure qui remontait de la terre.

"Jacqueline, je vous en supplie, revenez vers moi ! Je vous aime !
- Et moi, je vous aimais avant que vous ne forciez votre chance.
- Il n'y a pas que ça, Jacqueline. Vous portez un enfant de moi.
- Quand bien mĂŞme cette diablerie Ă©tait possible, je n'aurai plus commerce avec vous pour autant. J'en ai assez. Je veux m'appartenir, et appartenir au Vieux."

La Bernadette voulut lui toucher les mains, voulut la regarder dans les yeux. Elle sentait le beurre frit et le savon de résine. La Soeur Jacqueline se dérobat.
"Je bénis votre route et maintenant passez votre chemin."

Elle s'en alla, laissant la cuisinière seule dans le maquis, le coeur brisé.

Le Père Houillon se dirigeait vers la porte de son église pour la fermer. Il détestait cette heure du crépuscule où les vitraux s'obscurcissent, projetant l'ombre de branches crochues sur les dalles et sur les piliers. Les ténèbres dansaient déjà sur les panneaux de bois du chemin de croix, donnant au parcours de Jésus Cuit, bouilli dans la marmite, des allures de danse macabre.

Il détestait être le curé des Voivres, quelle incurie avait-il pu commettre, à qui avait-il déplu, quel péché d'omission, ou quelle offense au Vieux l'avait mené à se faire nommer dans ce trou si loin du Diocèse et de la civilisation ? Il sentait bien qu'ici, la foi n'était que de surface, ou plutôt qu'elle était dévoyée par des forces que son intellect peinait à saisir. Il se sentait constamment menacé par ses propres ouailles, interprétant, les moindres cancans, les moindres allusions, comme des promesses de coercition bien que déjà il fermât sa gueule du mieux qu'il put, ne l'ouvrant que pour ingurgiter la bouffe et la vinasse qu'on lui offrait pour fermer les yeux. Aussi sursauta-t-il comme une biche effarouchée quand les panneaux de l'église s'ouvrirent devant lui.

C'étaient ces deux satanées nonnes.

"Père, dit la Soeur Marie-des-Eaux, nous allons affronter la Mère Truie. Vous allez devoir nous préparer. Pour commencer, vous allez célébrer une messe en la mémoire des animaux martyrisés dans ce village par les mangeurs de viande.
- Mais qu'est-ce que vous broyez ? On peut pas faire ce genre de messe. C'est contre-nature ! Jésus-Cuit n'a-t-il pas multiplié les poissons pour les faire cuire dans sa propre marmite afin de nourrir les fidèles ? N'a-t-il pas jeté le démon dans le corps de mille cochons ? Le père n'a-t-il pas sacrifié le veau gras pour le retour du fils prodige ?
- Je crois que vous ne comprenez pas les forces qui sont à l'oeuvre. La Mère Truie instrumentalise la violence sur les animaux. Il est temps que les voivrais fassent carême.
- Je n'en peux plus de vous. J'ai vraiment hâte que le prêtre exorciste arrive. J'ai été très clair dans mon courrier dans l'urgence de la situation. Je ne me prêterai pas à vos blasphèmes.
- Pardonnez-moi mon père, parce que je vais pécher.
- Qu'est-ce que vous racontez ?"

Et le novice plaqua son canif sous la gorge du prélat. On l'entendit déglutir bien distinctement.

"Entendu... Je vais mettre mon Ă©tole, hein ?"

Décidément, la vie du père Houillon était condamnée à la folie et ce crépuscule le vit faire une étrangeté nouvelle encore. A la lueur des cierges, dans le froid qui vous puise la moelle des os, alors que la lumière du soleil s'était définitivement faite bouffer par les branches et la presque-nuit, il se retrouvait tout seul devant l'autel, sans enfants de choeur et avec pour seul public deux nonnes blasphématoires, à célébrer une messe en l'honneur du bétail abattu, à demander pardon pour une pratique séculaire, à parler sous la dictée du novice et de son Opinel, dont les motifs de la lame resteraient gravées dans sa mémoire, aussi défaillante fut-elle : la main qui bénit surmontée de la couronne, comme une foi nouvelle qui impose son sillon à la pointe de l'acier.

Et comme son calvaire ne semblait pas vouloir prendre de fin, on l'obligea ensuite, tout tremblant de peur et d'indignation qu'il était, à bénir les habits des nonnes comme des armures qu'on allait porter à la bataille :

"Notre secours est dans le Nom du Vieux qui fait le ciel et la forĂŞt. (signe de croix)
En son Nom, je vous exorcise (signe de croix), par Celui qui vous a préparé pour la beauté et l'ornement du genre humain. (signe de croix), par Celui qui revêt les oiseaux du ciel, les bêtes de la forêt et les poissons des rivières (signe de croix), par Celui qui par Moïse fit des habits Saints pour la gloire et l'ornement d'Aaron (signe de croix), par celui qui revêtit le temple de Salomon des bois de l'olivier et du cèdre, d'or précieux, de peintures et des richesses qui chantent votre gloire et votre magnificence.
(signe de croix). Soyez des vêtements Purs et Bénis (signe de croix), exempts de toute tâche et de toute souillure de Satan. Que vous ne puissiez pas garder ses influences, mais que vous soyez des vêtements Bénis (signe de croix) et Sanctifiés (signe de croix) par Celui qui se soumit à la mort par ébouillantement pour racheter le genre humain et qui est maintenant revêtu de la gloire et de l'immortalité et qui vit et règne dans tous les siècles des siècles."

(signe de croix)

"Ainsi soit-il."

(signe de croix)

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Jex Thoth, par Jex Thoth, du stoner doom metal à chant féminin incantatoire, fumeux, charnel et entêtant, une messe de la fertilité.

La flamme sur la torche vacillait sous le fouet du vent pluvieux. Torse nu, Ă  genoux sur la berge chiasseuse, Champo frottait ses habits du mieux qu'il pouvait dans le Ru Migaille pour faire partir le sang. Les carpes s'attroupaient en masses sous ses mains pour y boire le jus de barbaque.

"Qu'est-ce que tu nettoies comme saleté, le métèque ?"
Champo ne se retourna pas. Il avait reconnu la voix du fils Fréchin.
"J'ai le droit de vivre ici tout autant que vous. Qu'est-ce qui te fait croire que t'es plus né ici que moi ? Tu t'en rappelles donc ?
- Arrête de m'embrouiller avec ta sagesse de quatre sous. Les bonnes soeurs sont des nuisibles et toi tu t'es acoquiné avec elles. Je suis sûr que tu les triques sous ta yourte."

Le sherpa se retourna. Son corps ridé, noueux et nu, cassé par l'âge et les épreuves.

Le fils Fréchin le dominait de toute sa hauteur. Il souriait tellement que ça se voyait à travers la pénombre.

"Moi aussi j'aime découper des trucs."

Il lança des choses que le flot du Ru Migaille, engrossé par la crue, emporta aussitôt comme le reste du limon qu'il charriait.

"VoilĂ  ce que j'en fais de ta corde de merdre. Que je te vois plus approcher de nos gamins."

Champo voulut se redresser et lui asséner une réplique bien sentie. Mais il en fut incapable, ce fut les larmes qui sortirent. Il n'en pouvait plus de toute cette chienlit.

Et le fils du maire le laissa à son chagrin, heureux comme un gamin qui savoure sa vengeance en toute impunité.

Quand les nonnes rentrèrent sous la yourte, personne n'échangea sur sa soirée. Elles se réfugièrent rapidement sous leur yourte et cette fois-ci, la Soeur Jacqueline assista la Soeur Marie-des-Eaux dans la tenue du carnet mémographique, et elle récita même l'Apocalypse à sa place, de sa voix douce et grasse :

"Que l'Homme enfin se rende dans tous les lieux déjà rendus à la nature : les égouts de Babylone rendus aux rats, les élevages meuglant et pataugeant des mille vaches dédiées aux appétits de Babylone, ou les forêts et tous les lieux sauvages qui poussent aux lisières de l'empire des Hommes. L'Homme y trouvera la vermine, mais il y trouvera aussi les dernières bêtes et les dernières choses qui obéissent au vrai Nom de Dieu, et les ermites et les sages qui fuient la sottise des Hommes pour venir y vénérer le Buisson Ardent. Que l'Homme combatte la vermine, qu'il ramasse des graines de ces lieux, ou qu'il écoute la parole des sages ou des bêtes : il suivra l'idée que le Très-Haut aura fait germer dans sa tête. Qu'il porte toujours avec lui les deux armes du fidèle : la torche consacrée et la besace de l'humble récolteur."

Premier d'opprobre

Dans les frissons de la presqu'aube, les terres du père Bourquin fumaient comme des bouses fraîches, juste entre le Chaudron et les Feugnottes. Non pas qu'il ait beaucoup d'hectares, ou qu'il croule toujours sous le travail, mais il était toujours en retard pour les travaux des champs. Et le voilà qui s'activait, le péquis lui remontant jusqu'aux bretelles, maugréant dans son grand menton, et va que je te sème, va que je te sème, mais c'était trop tard, on était le jour de la Saint-Rémy maintenant, au début de l'octave qui rendait toute graine vaine. Mais tant pis, il fallait y aller maintenant, et il avait recruté toutes les bonnes volontés qu'il avait pu pour qu'à défaut que ça soit fait en temps et en heure, on en finisse vite sans bassotter.

La Soeur Jacqueline, qui avait à coeur de mener une mission apostolique, auprès des ouailles, avait prêté ses bras comme quelques autres du village, mais c'était désolant de se plier comme à confesse pour jeter ainsi des graines à moitié pourries dans la terre mal charruée sous la bave perpétuelle de la pluie, dans le claquement narquois du vent et des branches.

Il paya un canon à la bonne sœur et la remercia du mieux qu'il put de son ouvrage. Mais ça se voyait dans ses sourcils noirs qu'il sentait la ruine venir. Et déjà les corbeaux piquaient sur les champs comme des vortex maudits, prêts à bouffer les dernières bonnes graines, pour ne laisser que la pourriture dans le ventre infertile de cette terre-glaise si durement arrachée à la forêt, où ne poussait rien que du chardon. A moins de passer un pacte avec le diable.

Et dans le réduit mal éclairé qui servait de maison au père Bourquin et à sa famille, à côté d'une table sale comme les écuries d'Augias, la soeur Jacqueline, tout en étreignant son verre de rouge, n'avait pour se réchauffer, se guérir et se consoler qu'un souvenir en tête, qu'elle se repassait à se soûler. Une vision amoureuse de la Bernadette penchée en sueur dans les fumées de sa cuisine.

La Soeur Marie-des-Eaux était resté auprès des yourtes, n'étant toujours ni d'état ni d'humeur à se prêter aux travaux. Il priait le Jésus Cuit tant et plus pour raffermir sa conviction.
En sortant de sa yourte, il vit Champo vĂŞtu de ses habits Ă  peine secs, dans les frissons de l'aube, en position du lotus au pied des troncs.

"Vous aussi, vous priez ?
- Non, je médite.
- Pour quoi faire ?
- Pour garder ma concentration intacte en vue des batailles qui se préparent. Des parasites mentaux se nourrissent de notre attention, ils nous détournent du sens des choses si on n'y prend garde, et nous voilas enferrés dans un brésaillage sans fin.
- Il y en a encore beaucoup des parasites ici qui se nourrissent d'une chose ou d'une autre sur nous ?
- C'est la roue de la vie, Marie."

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Lisieux, par Lisieux, du néo-folk, une guitare entêtante, un chant féminin vaporeux, la forêt qui se referme sur elle. Bienveillante... ou non ?

Quand les deux chevaux noirs qui menaient la diligence du diocèse martelèrent les pavés de la grand-rue, cela attira tous les gamins du village comme une volée d'étourneaux, buissonniers d'un jour par le congé que venait de prendre leur guide. Il s'en voyait pas passer beaucoup des chevaux. Ils étaient frémissants de fatigue et portaient des marques fraîches de blessures. La lumière du zénith peinait à les sécher. Le cocher avait une gueule de porte-bonheur et ressemblait plus à un mercenaire qu'à un bête conducteur de bourrins. Alors que la diligence s'arrêta devant l'église, le père Houillon en sortit avec empressement, manquant de glisser dans les feuilles mortes, essouflé comme pas permis.

L'homme qui descendit portait la soutane noire avec le col blanc et le chapeau noir. Son embonpoint le gêna quelque peu pour sortir avec son petit bagage mais il restait digne et bénit les gamins sans façon. Il portait sur le visage un sourire de béatitude et respirait la miséricorde.

"Il vient remplacer le curé !, crièrent les mômes !
- Taisez-vous !, boûala le père Houillon, ulcéré."

Le Père Benoît, puisque c'est sous ce nom qu'il se présentera, fit mine de n'avoir pas entendu. Il souriait toujours d'un air bonnasse.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Préparation :

A la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Une fois que les exorcistes auront préparé l'affrontement avec la Mère Truie par une messe aux animaux, qui vont-elles recruter pour les joindre dans la bataille ?

J'ai eu deux réponses :

Damien Lagauzère : "Et bien, pour répondre à la question, peut-être que Champo pourrait « franchir le pas » et devenir « apprenti exorciste ». Peut-être aussi qu’un des assassins de Maurice peut faire preuve de repentir. Et peut-être aussi que, parmi les Horlas ou autres esprits de la forêt, certains ont intérêt à ce que les Exorcistes ramènent un peu d’ordre au village?"

Claude Féry : L'esprit de Charlemagne qui autrefois conclu un pacte avec la nature lors de son long séjour à Gérardmer revient du royaume des morts pour venger Maurice le supplicié.

C'est ma foi fort difficile de choisir entre ces deux réponses et prendre en compte les deux risque de complexifier inutilement l'intrigue. J'ai donc tiré au hasard la réponse que j'ai choisi de prendre en compte, et c'est la réponse de Claude qui a été désignée... A moi donc de caler l'esprit de Charlemagne dans mon intrigue :)


Bilan :

Je continue mon programme "'un script/jeu + un jet sur la table aléatoires d'idées + un objectif de figurant", je trouve que ça marche bien, ça aère le texte, l'intrigue est moins frénétique.

Avec un épisode de retard, j'ai répondu à la première suggestion du public. Claude suggérait que les exorcistes allaient célébrer une messe pour les animaux. Je me suis dit que des nonnes n'étaient pas autorisées à célébrer des offices, aussi devaient-elles passer par le prêtre... que je voyais mal accepter facilement. D'où cette messe sous contrainte particulièrement étrange.

Je crois que tout l'art de la narration improvisée est d'accueillir les hasards qui font bien les choses. Depuis que je tiens un compte précis du temps qui passe et que j'ai un programme pour faire avancer mon intrigue, j'arrive sur le scrit "semis". Et voilà qu'on est arrivé au premier opprobre, jour de la Saint-Rémy, et début de la semaine vaine pour les semailles comme annoncé par le père Houillon : je me retrouve donc à conter une scène de semailles en pleine Saint-Rémy, ce qui me donne prétexte à une description de l'infertilité des choses, à recamper les corbeaux, et aussi à introduire un nouveau personnage d'agri-loser : le père Bourquin.

Le Père Benoît, prêtre exorciste, fraîchement arrivé du diocèse est censé être un antagoniste, mais je n'exclus pas qu'il devienne un allié. Aussi ai-je, en prévention, créé son historique avec Session Zéro


Aides de jeu utilisées :

Surnature, j'y ai repris la prière de bénédiction des vêtements
Nervure, pour savoir si Champo réussissait à intimider le fils Fréchin ou non.
L'apocalypse selon Millevaux (extraits)
Session Zéro (historique du Père Benoît)
Almanach (pour répondre aux questions de Session Zéro)

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
+ J'ai changé l'objectif de la Bernadette, du maire Fréchin et du fils Fréchien puisque je les ai fait progresser lors de cet épisode ou du précédent.
+ J'ai ajouté l'historique de Père Benoît.


Question au public :

Dans l'optique de rendre ce roman-feuilleton plus interactif, et donc plus rôliste, je pose désormais une question à la fin de chaque nouveau feuilleton, et je tâcherai de tenir compte au mieux de vos réponses dans le feuilleton suivant.

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

Que vont entreprendre les nonnes pour s'attirer la sympathie de Père Benoît ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#15 11 Feb 2020 07:07

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

TOMBÉ DU CIEL

Entre un prêtre exorciste qui avance ses pions, une escapade enfantine au cimetière et un mystérieux cadavre, un épisode construit avec un programme d'écriture de plus en plus complet et automatisé.

Joué / écrit le 10/02/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

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Stella Maris, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible :

Episode précédent :

13. La main et la couronne
Alors que les adversaires montrent les dents, les exorcistes s'organisent pour la dernière bataille. Retrouvez ici la réponse à la première question au public, et bien sûr une nouvelle question !


L'histoire :

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What has become of the one i love ?, par Yseulde, du post-americana lunaire et lo-fi pour un feu de camp introspectif Ă  l'infini.

Dans cette fin de jour qu'est le crépuscule vosgien, une brume noyée de feuille mortes, humide comme sortie du lavoir, tombant toujours trop tôt, les questions se multipliaient au village. Déjà on jasait, et qui du Nono Elie ou qui de l'Oncle Mougeot seraient les plus prompts à répandre des rumeurs concernant la venue du Père Benoît. La seule chose certaine dans ce salmigondis de spéculations qui généraient déjà des faits par la seule force de leur existence, c'est que les choses ne seraient plus comme avant. Le prêtre exorciste du Diocèse était là : de tous les vosgiens il était le seul censé capable de tenir le diable par la queue. Mais que ferait-il des mortels ?

La première action publique qu'il fit souleva bien des conjectures. Avec une pique à mirabelliers, il tira le lierre qui rampait sur les murs de l'église.

Le Nono Elie argua qu'il était un peu diot et qu'il se prenait pour la bonne du curé. L'Oncle Mougeot rumina : pour lui, le Père Benoît faisait comprendre à tout le monde qu'il était là pour faire le ménage, sans tarder, et qu'il n'avait pas peur de se retrousser les manches.

L'Oncle Mougeot avait élu le bistrot du Pont des Fées pour quartier général de ses couâries, le Nono Elie était avec les bouilleurs de cru au Grand Bois. On puisait de l'eau dans le vieux château d'eau tout fissuré, elle coulait à gros bras dans les décalitres et les cuves de l'an passé, qu'il fallait rincer à grand renfort en prévision de la distillation prochaine. Les moins vaillants rentèrent dans leur pénate avant la presque-nuit. Le Grand Bois mérite bien son nom, c'est que forêt, ça n'est plus le domaine de l'homme, alors on traîne pas quand vient le soir. Mais le Nono Elie restait, il avait son fusil et son tracteur et puis il avait quelques ares de terrain dans le secteur, alors il alla les inspecter pendant que ses cuves dégorgeaient.

Bon, des champs, c'était juste des clairières aussitôt prises à la forêt aussitôt reprises, mais bon le Nono Elie était comme les autres fermiers, il comptait sur le moindre are, il fallait rien perdre, que ce soit par la forêt ou par les clôtures baladeuses des voisins. Alors quand il vit des corbeaux, vinrat des beusses grosses comme des blaireaux !, qui becquettaient ses grains semés de la veille, son sang ne fit qu'un tour. Il tira un premier coup de carabine qui dispersa les volatiles sans en toucher aucun. Chaque cartouche était précieuse, mais nom de Vieux il avait pas eu sa revanche, alors il tira à nouveau et vit une masse noire glisser dans l'obscurité pour retomber derrière le couvert des sapins. "En voilà un qui l'a pas volé, vindiou je l'ai bien mouché !"

Tac tac tac !

La Soeur-Marie-des-Eaux se redressa d'un coup sur sa couche, l'Opinel à la main. Quelqu'un qui frappe à la porte de la yourte en pleine grasse-nuit, c'est pas normal. Son coeur battait la chamade, contracté comme un utérus parturiant. Ses réflexes de vétéran finiraient par la tuer !

Il réveilla la Soeur Jacqueline et ouvrit la porte de la yourte comme un commando l'aurait fait. Derrière, c'était le Père Benoît, une lanterne dans une main, un bâton de marche dans l'autre.

"Tout est lié, fit-il.
- Tout est lié, répondit la Soeur Marie-des-Eaux, étonné de voir utilisé le salut mémoriel, dont lui-même avait dédaigné l'emploi aux Voivres, par pur dédain des conventions sociales. Mais après tout, le Père Benoît était un civilisé, et cet usage ne pouvait qu'agréer au mémographe qu'était la Soeur Marie-des-Eaux.
- Voici mon histoire : je suis le Père Benoît, je suis le prêtre exorciste du Diocèse. C'est moi qui vous ai formé, Soeur Jacqueline, puis qui vous ai demandé de former Soeur Marie-des-Eaux. Je suis ici sur la demande du Père Houillon, afin de chasser le diable de ces terres.
- Voici mon histoire : je suis la Soeur Marie-des-Eaux, et je suis une ancienne enfant-soldat. J'ai été intégré au couvent des Soeurs du Très-Saint-Sauveur et en effet, c'est la Soeur Jacqueline qui m'a formée à l'exorcisme dans les forêts limbiques. Nous sommes venues aux Voivres par mandat du Diocèse. Donc, pour ce qui est de chasser le diable, nous nous en occupons déjà, Père Benoît.
- Fort bien, je n'en attendais pas moins de vous. Mais la durée de votre absence, et le dernier pigeon voyageur du père Houillon ont incité l'évêque à me mander d'urgence à mon retour de Gérardmer pour prendre les choses en main. J'ai plus d'expérience que vous, je suis habilité à célébrer les offices nécessaires, et vous êtes sous mon commandement.
- ... Mais pourquoi nous réveiller à la grasse nuit ?
- Ne me posez pas de questions. C'est à la Soeur Jacqueline, votre supérieure, que je tiens à parler. J'ai eu fort à faire et j'ai appris sur le tard que vous résidiez chez un païen. Ce ne se peut. Je vous somme donc de rassembler les affaires et de rentrer au presbytère."
Sa figure joufflue était comme une lune à la lumière de la lanterne.

La Soeur Marie-des-Eaux avait la rage au ventre et la Soeur Jacqueline aurait bien voulu rester dormir près du poêle, mais c'eut été créer un grave incident diplomatique que de désobéïr, aussi refirent-elle leur bâluchon et repartirent-elles sous les railleries des hulottes à travers le Moulin aux Bois, sur les traces du Père Benoît et du Père Houillon qui l'avait d'abord guidé, puis ensuite suivi comme un petit chien.

"Ne soyons pas de vilains hôtes, servez donc une collation à nos soeurs, ordonna le Père Benoît avec toute la douceur de celui qui n'est jamais discuté. Sans brésailler, le prêtre leur réchauffa un fricot de toffés avec de la tarte au munster. Comme à son habitude, la Soeur Marie-des-Eaux repoussa la tarte au munster comme toute autre nourriture venue d'une bête, mais honora les toffés. Et comme à sa déshabitude, la Soeur Jacqueline bouda l'un et l'autre.

Le Père Benoît avait par ailleurs conscieusement fouillé le presbytère, et trouvé le buffet secret où étaient rangées les meilleurs bouteilles. Au grand dam de son hôte, forcé de leur servir un Gris de Toul tout couvert d'une noble poussière.

"Hum... Un petit JĂ©sus Cuit en culotte de velours !
...
J'étais à Gérardmer, et j'ai dû y enquêter sur la disparition du chasseur le plus renommé du secteur. J'ai interrogé ses proches, et j'ai compris qu'il tenait commerce avec une femme suspectée de diablerie, une ondine, disaient certains. Les battues n'ayant rien donné, on a fini par draguer les torrents, et on a retrouvé son corps. En voilà encore un qui a voulu serrer le diable dans ses bras de trop près.

...

J'ai aussi vu la Pierre Charlemagne. J'ai consacré ce lieu païen. Saviez-vous que l'empereur Charlemagne en personne venait dans les forêts de Gérardmer chasser le cerf et le loup ? J'ai beaucoup prié devant la pierre, pour que ce saint empereur nous ait en sa garde. Je crois que nous en aurons bien besoin, car nous chassons là un terrible gibier."


Deuxième d'Opprobre

Saint-Léger dans le Calendrier Chrétien
Jour de la pomme de terre dans le calendrier républicain


"Oh l'travail !"

C'est dans la fraîcheur de l'aube que l'exclamation du père Thiébaud résonna. Des rouge-gorges l'observaient depuis les tuiles ébréchées et les gouttières rouillées du Château de Paille, qui donnait son nom au lieu-dit où les divagations du père l'avaient conduit de bon matin.

Etalé dans le péteuillot de la terre semée, baigné par les respirations du sol et la lueur timide qui perçait des frondaisons, gisait le corps d'un homme. Il était beau, il était jeune et il était nu comme un ver. Sa peau était déjà bleue. Ses bras, son cou et ses jambes étaient disloqués comme s'il avait chuté de très haut, et d'ailleurs les branches cassées coincées autour de son buste laissaient penser la même chose. Il portait au flanc des marques de plomb, mais ça n'aurait pas dû pouvoir tuer un homme de sa taille.

Le père Thiébaud ne le connaissait pas, ne l'avait jamais vu aux Voivres, mais pourtant son visage anguleux et ses cheveux sombres lui rappelait celui des colporteurs qui venaient de temps à autres échanger des graines ou boire un pot au Pont des Fées.

"Oh, l'travail !"

Il s'éloigna, les mains jointes derrière le dos, reprenant sa coûarie avec les fées.


"T'as volé ! T'as volé un sou, Soubise ! Voleur, tête de chou !"

Le congé forcé de Champo poussait les enfants à l'inaction et leur école buissonnière n'était pas tendre. Quand Hippolyte Soubise fut surpris à caresser un sou, juste une pièce à l'effigie de Napoléon III, les autres mouflets en déduirent qu'ils l'avaient volé. Il eut beau se justifier, qu'on le lui avait confié pour aller acheter du grain pour les cochons, personne ne voulait croire qu'un Soubise puisse posséder un sou, et donc il venait de la poche de quelqu'un, probablement d'un autre des enfants, oui, il fallait le rendre à l'enfant à qui il l'avait volé, d'un coup, chaque gamin se souvient avoir eu un sou sonnant et trébuchant dans sa poche, et s'il n'y était plus, c'est que la main crochue de l'Hippolyte l'en avait soustraite, à n'en pas douter ! Bientôt, puisque tout le monde avait été volé, on soupçonna le cadet des Soubise de dissimuler toute une goyotte dans ses habits, et le Cyrille Chaudy l'attrappa par les pieds et le secoua, mais il ne fit tomber que des poux.

"J'suis pas un voleur !" Ce qui Ă©tait Ă©nervant avec l'Hyppolite, c'est qu'il ne pleurait pas. Il accueillait les vexations comme une statue sainte accueille les chiures des corbeaux. Sans broncher.

Alors on s'énerva, c'était un voleur, sûr de sûr, et puisqu'il s'en défendait, il fallait engager le code judiciaire des enfants.

"Si t'es innocent, alors tu dois nous ramener une pierre du cimetière ! A reculons !"

L'Hyppolite sembla se prêter de bonne grâce à l'injonction, mais à l'intérieur, c'était tempête sous un crâne. Certes, il était bien plus habitué à l'occulte que les autres mioches, après tout son père et son grand-père étaient des sorciers et ils hébergeaient la Mère Truie qui est un horla, mais finalement sa mère avait réussi à le tenir le plus possible à l'écart de tout ça : aussi n'en avait-il compris que très peu. Mais là, aller au cimetière, c'était du sérieux.

Il marchait à reculons, trébuchant dans ses sabots. Devant lui, la masse des gamins criant, pressés de rentrer manger un frichti, mais tout aussi préssés de voir l'Hyppolite connaître un mauvais sort. Derrière, lui les murailles en ruines de ce cimetière, et les pierres tombales dont on n'avait pas encore enlevé les cordes qu'un vent malicieux avait déposées.

Derrière lui, il y avait toute la masse de la mort.

Sous ses pieds, il sentait les racines.

Sous son nez, une odeur de pipi chaud venait surplomber tous les arĂ´mes rances de sa personne.

Un vent glacial lui balaya la nuque. Enfin, il voyait le portail tout corrodé, tombant à moitié. Sans regarder par terre, il se pencha, tatonna, sur le sol il touchait des racines, des bêtes, et enfin sa main se referma sur du minéral.

Mais il traînait trop ! Déjà ce qui se trouvait là s'en prenait à lui.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Préparation :

A. A la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Que vont entreprendre les nonnes pour s’attirer la sympathie de Père Benoît ?

J'ai eu cette réponse :
Damien Lagauzère : Et bien, peut-être qu’elles pourraient mettre un peu d’eau dans leur vin et être un peu plus consensuelles, tenter d’apaiser les tensions entre elles et la population. Elles peuvent peut-être « tendre la main » et proposer d’organiser un sorte de fête pour célébrer la venue du père et enterrer la hache de guerre, même si elles n’en pensent pas un mot. Ce serait aussi, pourquoi pas, l’occasion d’observer les villageois et faire un rapport circonstancié sur la situation au père, quitte à dévoiler involontairement des informations à un éventuel antagoniste.

Je me suis rajouté cette réponse dans mon script, vous verrez quelle tête ça a :)

B. J'ai découvert que pour remplacer les saints, les jours du calendrier républicain nommaient des fruits et légumes et autres éléments de la vie rurale. Je vais rajouter cette mention car je la trouve vraiment évocatrice.

C. J'ai fait le décompte du nombre de mots des 13 épisodes précédents (en comptant seulement la partie récit) : 30542 mots. On est déjà dans le registre de la novella ou du roman court ! Je ne me projette pas dans un roman très long, alors je dirais que 100 000 mots serait un maximum : ça correspond à la taille de mon roman Hors de la Chair, ce qui correspond, si je garde une cadence d'écriture approchante (et ce n'est pas sûr, car à multiplier les protocoles, je pense que j'écris moins de mots par épisode)... à 42 épisodes. Je retrouve ma projection initiale de 40 à 50 épisodes. Je trouve ça assez encourageant. Cela veut dire qu'écrire le premier jet d'un roman, pour coûteux en énergie que ça semble, est peu coûteux en temps si on a les outils pour écrire vite (et je les ai ! Par Shub-Niggurath, je les ai ! ) : 40 à 50 sessions de 3 h d'écriture, soit 120 à 150 heures, soit l'équivalent d'un mois de travail salarié (semaines de 35 heures). Et j'aurais certainement pu économiser un tiers de ce temps si je n'avais pas réalisé toutes ces mentions techniques ! La relecture / réécriture prend forcément du temps, mais honnêtement ça prend beaucoup moins de temps que le premier jet (surtout un premier jet aussi travaillé). Je dirais une heure de correction pour cinq heures d'écriture, soit 24 à 30 heures, bref une semaine de travail salarié... C'est très encourageant, je devrais faire breveter ma méthode ! :)

D. J'ai complété les fiches de personnages avec une information importante : la liste du matériel important. Les personnages ont collecté quelque matériel notable et ça me semble important d'en garder trace si je ne veux pas commettre d'impair.

E. Toute cette rigueur peut sembler inutile. Elle est toute imprégnée de méthodologie rôliste (et sans doute d'une pointe de procrastination). Elle me semble pourtant pertinente dans le cadre d'un roman. Tout le monde connaît des lecteurices qui font attention aux détails et traquent la moindre incohérence dans l'espoir de se ruiner leur plaisir de lecture :) Lors d'un entretien, un journaliste avait demandé à Raymond Chandler ce qu'il était advenu d'un certain personnage et ce dernier avait répondu : "Je l'ai tout simplement oublié." Même si en tant que lecteur, j'aurais une grande indulgence pour ce genre d'erreur, je crois qu'une partie du lectorat ne goûte guère ces lacunes. Et je pense aussi qu'avoir une cartographie assez nette de la situation en évolution m'aide à construire un récit. Donc c'est bon à prendre. Certes, ça ressemble à de la maniaquerie de geek programmateur appliqué à l'ââârt du roman, et c'est bien ce que c'est. Pour le meilleur et pour le pire.

F. [note du 03/02/20] Toute cette préparation m'a pris beaucoup de temps. J'ai donc décidé d'arrêter ma session d'écriture de la journée. Je reprendrai la semaine prochaine.

G.  [10/02/20] Actuellement, pour mon roman, j'ai un programme de telle façon : "script ou jeu -> idĂ©e tirĂ©e sur une table -> un PNJ avance sur son objectif". D'une je vais rajouter Ă  ce programme un moment de mĂ©tanarration, de deux, je vais rendre ce programme alĂ©atoire, donc au d4 : "Script ou jeu / 2. idĂ©e tirĂ©e sur une table / 3. un PNJ avance sur son objectif / 4. mĂ©tanarration"

H. Je me suis décidé à essayer Draftquest pour la suite de mon roman feuilleton.
https://www.draftquest.fr/
J'avoue que j'avais fantasmé une sorte de logiciel en ligne qui générait un tas de contraintes créatives. Je me suis créé un compte gratuit et je dois avouer que j'ai été un peu déçu. La version gratuite vous génère un tirage aléatoire d'images... et c'est tout. Le compte en ligne vous propose certes d'autres services (enregistrement en ligne de votre premier jet, possibilité de le rendre public, rappels par mail si vous n'avez pas suivi la cadence d'écriture que vous vous êtes fixée) mais qui ne sont pas utiles en ce qui me concerne. Je me demande ce que propose la version payante en plus.
Draftquest propose aussi des formations en ligne, mais il n'y en a plus eu depuis 2017.
Il y a aussi un lien vers un livre au titre alléchant "Oser écrire son premier roman en dix minutes par jour"... qui n'est malheureusement pas disponible (et de toute façon, je n'ai pas les moyens financiers d'acheter des livres).
En revanche, on peut encore trouver des exercices d'écriture, accessibles et gratuits : https://www.draftquest.fr/exercises/ Si j'enlève les quelques exercices associés à l'univers de la Horde du Contrevent, il reste 24 exercices génériques. Je vais donc tenter de faire un tirage aléatoire d'exercice par session.
Et par ailleurs, je vais aussi tenter d'exploiter le tirage d'images que me propose Draftquest, histoire de dire que j'aurai tiré la substantifique moelle de ce site.

I. Le premier exercice tiré aléatoirement s'appelle "La Théorie du genre" et pose ces questions :
1/ Quel est le genre de votre récit? 2/ Pourquoi, personnellement, avez-vous choisi ce genre? En quoi vous intéresse-t-il? 3/ Quelles sont, objectivement, les contraintes qu'impose ce genre?

Je vais donc y répondre :
1/ Roman du terroir post-apocalyptique
2/ En connexion avec mes racines et avec les thèmes que j'explore depuis 14 ans.
3/ Il faut que différents éléments soient présents : la vie rurale, la forêt, le surnaturel, les indices du post-apocalyptique. La principale difficulté est de recycler les éléments du roman du terroir sans contredire l'aspect post-apocalyptique. J'ai par exemple eu cette difficulté car je voulais décrire des scènes de ripaille avec beaucoup de spécialités culinaires locales, mais ça contredit le caractère post-apocalyptique où la pénurie est censée régner. J'ai solutionné ce problème en avançant le fait que ceux qui ont des denrées abondantes ont fait un pacte avec les horlas ou un autre genre de pacte faustien (l'emploi d'innovations technologiques concernant les Fournier, qui pourrait leur valoir le courroux de la forêt. On peut aussi imaginer que certains vivent sur le dos des autres, c'est peut-être le cas du Père Benoît). On voit quelques contre-exemples : la ferme de Bourquin périclite parce qu'il n'a pas pactisé, et Champo et Marie-des-Eaux vivent dans l'ascèse.
Par ailleurs, la présence d'engins agricoles est également liée soit des innovations technologiques post-apocalyptiques, ou à l'égrégore qui maintient des reliques en état de fonctionner (c'est le cas du tracteur du Nono Elie).

J. Je suis en pleine lecture de deux superbes roman tout aussi inspirants l'un que l'aûtre, d'un côté "La Forêt des Mythimages", de Robert Holdstock, sans doute l'oeuvre de SFFF la plus adéquate à l'esprit de Millevaux, et de l'autre, "Les défricheurs d'éternité" de Claude Michelet, un roman du terroir historique, qui retrace la lutte de moines contre la forêt, la guerre et la misère dans l'époque d'après Charlemagne.


Bilan :

K. A peine ai-je (enfin !) commencé à écrire ma session 14 que m'est apparu un problème avec mon programme. Tout d'abord, je me suis dit que si je n'utilisais plus vraiment mes aides de jeu, c'est parce que je ne m'imposais pas. J'ai donc rajouté une cinquième entrée à mon programme : un tirage sur une aide de jeu. Et pour éviter de toujours privilégier les mêmes aides de jeu, j'ai également randomisé leur usage avec cette table des aides de jeu :
1. Oriente 2. La stèle au coeur des plaines 3. Muses et Oracles 4. Almanach 5. Les larmes du Soleil 6. Nervure 7. Lexique gore 8. Table des détails forestiers 9. Image de Draftquest 10. Tarot de Marchebranche
Mais je me suis rendu compte qu'avec ce programme actuel, je n'avais plus qu'une chance sur 5 de tomber sur l'entrée "script ou jeu" ! C'est bien trop peu. J'ai déjà le sentiment que je n'avance plus assez vite dans mon intrigue principale (nous en sommes au 10ème épisode joué avec l'Empreinte et le 3 ou 4ème joué sans jets de dé ! ). J'ai donc pondéré mon programme, quitte à modifier la pondération à l'avenir pour changer le ryhtme d'évolution de l'intrigue :

1-4. Script ou jeu
5. idée tirée sur ma table des idées
6. un PNJ avance sur son objectif
7. métanarration
8. tirage d'une aide de jeu

L. Malgré tout cette programmation et cette randomisation, je fonctionne aussi pas mal à l'instinct, j'essaye de suivre la logique spontanée des choses. C'est ainsi que je recycle le salut mémoriel "Tout est lié", venu des Sentes https://outsiderart.blog/millevaux/les-sentes/ car au moment où la Soeur Marie-des-Eaux ouvre la porte, je me dis que le Père Benoît n'a aucune garantie que le novice se souvienne de lui. Après, ça peut paraître bizarre que le salut n'ait jamais été utilisé auparavant, mais on peut se dire que ce rite éminemment social était circoncis aux régions civilisées du diocèse. En bon mémographe, la Soeur Marie-des-Eaux le connaît forcément, mais son caractère asocial a pu le dissuader de l'utiliser aux Voivres.

M. Comme je l'ai dit, la mise en place de toutes ces procédures supplémentaires m'a coûté du temps, je n'ai d'ailleurs fait que çà la semaine précédente ! Mais j'ai l'impression que ça paye. L'écriture est désormais vraiment fluide. Je ne m'angoisse pas sur ce que je dois coucher sur le papier. Veillons désormais à conserver le mouvement et à être moins verbeux sur la technique lors des prochains épisodes.

Aides de jeu utilisées :
Table des détails forestiers
Muses et Oracles
Nervure (a inspiré la question de fin)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet Ă©pisode : 1898
Total : 32440


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
MAJ : ajout d'un passé oublié pour Soeur Marie-des-Eaux
Liste d'équipement de la Bernadette, de la Soeur Jacqueline, de Champo et de Père Benoît
Rajout d'un objectif de PNJ pour le Père Benoît, mise à jour de l'objectif d'Hyppolite Soubise



Question au public :

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

A quelle personne imprévue les nonnes vont-elles accorder leur confiance ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#16 26 Feb 2020 07:07

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

LE BAPTĂŠME

Quand tout le monde se prépare à la grande conflagration. Un épisode à nouveau marqué par un grand remaniement méthodologique.

Joué / écrit le 25/02/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Verity Cridland, cc-by

Contenu sensible : violence Ă  l'Ă©gard des animaux

Passage précédent :

14. Tombé du ciel
Entre un prêtre exorciste qui avance ses pions, une escapade enfantine au cimetière et un mystérieux cadavre, un épisode construit avec un programme d'écriture de plus en plus complet et automatisé.



L'histoire :

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Pyramids, par Pyramids, du black metal étouffé avec un chant clair éthéré, étrange et déstabilisant.

La lumière du zénith était si dense qu'elle parvenait à trouer les vitres verdies de mousses et baigner le presbytère de sa chaleur. Le père Houillon servit des énormes pommes de terre farcies au père Benoît et aux deux sœurs.

"Pardonnez mes piètres talents culinaires. La nonne qui donne l'école n'a jamais accepté de faire la cuisine ni même de passer le balai.
- Je vous remercie mon père, et pour ce qui est de vos nonnes, nous aurons toutes les discussions nécessaires au sujet de l'obéissance, qui est censée être leur vertu première, avec l'humilité."

Sœur Marie-des-Eaux sépara la farce de la chair de sa pomme de terre. Le chien du curé considérait ses reliefs avec envie, mais le père Houillon le rappela à l'ordre.

"Si le père Houillon est d'accord, peut-être pourrions-nous assister à une messe en l'honneur de votre venue, père Benoît.
- Excellente idée."

La Sœur Marie-des-Eaux fit des gros yeux à la doyenne, mais celle-ci lui fit comprendre d'un regard entendu qu'elle avait une idée derrière la tête.


Toute l'eau des averses tombées dans l'après-midi dégoulinait des branches des bouleaux et des sapins, détrempant le père Fréchin en pleine répétition générale de son discours, perché sur une pierre au milieu du ruisseau du Prédiot, le ruisseau des fous. Il était là, en écharpe tricolore, l'eau dégueulant de son chapeau et de sa moustache, annonnant entre ses dents jaunes des phrases pillées à des grands noms du passé :
" Labourage et pâturage sont les mamelles des Terres Franques et s’il n’en restait plus qu’un, je serais celui-là...

Alors, c'Ă©tait bien ?"

Emergeant des fougères, apparut la femme qui avait parlé à Champo dans le cercle de champignons, près de l'Etang Lallemand. C'était la même, avec ses cheveux en vagues de noir et de gris, ses narines, ses oreilles et ses lèvres percées de bijoux, et son odeur de plumes mouillées. Elle marcha dans le ruisseau sans se soucier de puiser sa cape, jusqu'à être tout proche du maire, sensuelle et inquiétante.

"Ce sera bien si je t'aide.
- Oui, j'ai besoin de ton aide, Augure. Les voivrais sont de plus en plus difficiles à tenir. Même mon fils ne m'obéït plus. Aide-moi à les aider."

Elle referma sa main comme une serre.

"Tu veux les avoir sous ton emprise, et mes pouvoirs peuvent te le permettre. Mais tu sais qu'il t'en coûtera.
- Peu m'importe. Je ne supporte plus que ça parte en quenouille."


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Phillharmonics, par Agnes Obel, un piano-voix pour chanter les derniers et les plus fragiles des grands espaces, et les histoires minuscules qui s'y tapissent.

Le presbytère n'avait a proprement parler qu'une chambre d'hôte, que le Père Benoît s'attribua. Aussi les deux sœurs étaient cloîtrées dans la cave à vins, environnée de l'odeur de moisi qui remontait à la faveur de la presque-nuit. Il n'y avait pas de fenêtre et donc la pénurie de bougies allait se faire sentir plus dure encore. La Sœur Jacqueline toussa. La Sœur Marie-des-Eaux appuyait sur les pages du carnet mémographique pour en expulser l'humidité.
"Qu'est-ce qui vous a pris de proposer une messe en l'honneur de ce garde-chiourme ?
- Ecoutez, Sœur Marie, je sais que vous avez le Père Benoît dans le nez, comme toute figure d'autorité, mais je vous demanderai d'être raisonnable. C'est lui qui m'a formée et je sais ce qu'il vaut. Il connaît les forêts limbiques et ses pièges. Il en sait sans doute plus sur les horlas que vous et moi. Ce que je vous ai appris, c'est juste les inguiottes de ce qu'il sait. Je sais que combattre la Mère Truie vous tient à cœur, mais en ce qui me concerne c'est une affaire de vie ou de mort. Je dois conclure cette histoire, coûte que coûte. Alors, je refuse qu'on se passe d'un tel allié. On va faire profil bas, on va faire pénitence, on va faire ce qu'il faut pour que le Père Benoît marche à nos côtés."

Trois d'Opprobre
Saint GĂ©rard
Jour de l'Auberpine dans le Calendrier RĂ©publicain

Le silence était si profond, à peine quelques bruits d'ailes au travers des branches, qu'il brisa sa méditation. Champo n'y arrivait pas. Assis en tailleur entre ses deux yourtes, recouvert de rosée comme la vieille toile d'araignée qu'il était, il pestait contre son incapacité à chasser les pensées parasites. Le braiement de Maurice et les prières des sœurs avaient tôt fait de lui créer une nouvelle routine de presque-aube, et se retrouver à nouveau seul lui pesait.

Il allait se redresser, car il venait de prendre une décision.

Mais Augure se tenait soudain devant elle, comme par enchantement.

"Vous avez besoin d'aide.
- Oui. J'ignore qui vous ĂŞtes, mais oui j'ai besoin d'aide. Nous avons besoin d'aide.
- Il y a peu, je vous ai garanti ma neutralité, mais les choses ont évolué. Ce avec qui j'ai fait alliance est allé trop loin, et les conséquences de ses agissements m'ont coûté. Alors je suis de votre côté maintenant. Je n'agirai pas directement, mais je vais au moins vous souhaiter bonne chance et vous confier ceci."

Elle faisait de son mieux pour paraître impassible mais quelque chose du domaine du chagrin affleurait sous ses dires et sous sa peau.

Elle posa quelque chose dans la main burinée du sherpa. Une graine blanche.

"C'est la graine de la mort absolue. Faites-en bon usage.
- Mais qui ĂŞtes-vous ?"

Elle n'Ă©tait plus lĂ .

Champo courut jusqu'au presbytère, il jeta des cailloux sur le toit comme un gamin, jusqu'à ce que les sœurs émergent et qu'ils puissent échanger sur leurs expériences récentes.

"Vous êtes sûr de vouloir faire ça, Champo ?
- Oui, sûr. Cela devrait pouvoir attirer ses bonnes grâces.
- Mais, et votre religion ?
- Je pense que c'est tout Ă  fait compatible."


C'est dans le tout petit matin de l'aube, alors que soufflait une bise à vous fossiliser la peau sur les os, que le Concile des Chasseurs se réunit sous la muraille de grès rose de la carrière de la Colosse. Engoncée dans les sentiers en lacets d'une forêt toute en côte, presqu'à tomber dans le ruisseau du Coney en contrebas, qu'on entendait gronder, le site était froid et inhospitalier. Les cabanes de chantier étaient délaissées pour la mauvaise saison, et c'est là que s'étaient réfugiés une demi-douzaine de gars en tenues kakis, avec chapeaux, carabines, chiens bouâlants, et trophées de chasse qui leurs tenaient lieu de masque. Le président du concile, avec sa tête de cerf aux impressionnants andouilliers, ne trompait personne sur son identité, parce qu'on aurait reconnu sa voix rocailleuse entre mille : le Nono Elie.

"C'est plus possible ces corbeaux. Ils sont partout. Ils bouffent les bêtes qu'on tire avant qu'on ait le temps d'arriver. Ils bouffent les semis dans les raies des champs. Ils craillent à tue-tête à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. C'est des bêtes du démon. Ils ont service de cette nom de Vieux de saloperie de forêt. Alors il est temps qu'on s'organise.
On va oublier un temps les chevreugnes et les sangliers.

Notre cible prioritaire maintenant c'est ces beusses de corbacs."


"Agneau du Vieux, qui enlève le péché du monde, prends pitié de nous."

Le Père Benoît jubilait, ça se voyait à son sourire, toujours le même sourire fabriqué que d'habitude en tâche de fond, mais son visage était plus mobile.

Déjà les deux sœurs avaient demandé à être entendues en confession, et il n'avait pas perdu une miette de leur témoignage, il était comme un opiomane en pleine délectation de ces souvenirs si ardents. "Il en faut des humiliations pour former l'humilité", avait-il sous-entendu pour annoncer leur pénitence.

Au départ de la messe, elles avaient monté la grand-rue à genoux, et ça avait ravi les voivrais et les gamins ne s'étaient pas fait prier pour leur lancer quelques choux pourris, une denrée qui ne vient jamais à manquer quand on a besoin d'elle.

Et pendant la messe, elles étaient restées au premier rang, en genuflexion permanente, contrite, reprenant chaque chant. Le père Houillon se sentait plus de joie et en récitant les textes sacrées, sa voix prenait des envolées à faire vibrer les piliers.

Mais le clou du spectacle, c'est cette offrande qu'elles leur avaient faite.

Champo, le païen, sur leur conseil dirent-elles, recevait le sacrement du baptème.

Le père Houillon céda la place au père Benoît afin qu'il oint en personne le sherpa avec l'eau bénite.

Champo avait participé à toute la messe dans un état proche de la torpeur et l'aspersion de son visage l'en tira brusquement. C'est comme s'il plongeait dans les eaux lourdes du passé, dont il vit soudain les contours troublés. Et il s'en serait bien passé.

Les funérailles célestes de ses parents. Les corbeaux par dizaines venus se repaître de leurs corps. Il était là, encore enfant, il pensait qu’ils emportaient leurs âmes dans leur bec, et il voulait savoir où ils les emmèneraient. Alors, obsédé par ce mystère, il suit les oiseaux jusqu’à leur repaire au sommet de la montagne. Et là, il l'a rencontré.

Le père de tous les corbeaux.

Massif, avec sa tête de corbeau surmontant un milliers d’ailes, de becs, de serres et d’yeux.

Alors Champo comprit qu’il ne fallait pas essayer de communiquer avec cette chose.

Il fallait fuir, tout de suite.

Et son patou s’est sacrifié pour couvrir sa fuite. Il ne l’a jamais revu depuis.

Le hurlement de Champo mit un terme à ce qui était jusqu'à présent une messe parfaite.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Préparation :

A. À la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : A quelle personne imprévue les nonnes vont-elles accorder leur confiance ?

J'ai eu cette réponse de : Damien Lagauzère : Et si, finalement, elles devaient accorder leur confiance à un des meurtriers de Maurice? (ne me demande pas pourquoi ^^ )

On peut dire que Damien me soumet à la torture ! Qu'à celà ne tienne, j'intègre sa réponse dans mon programme. Comme j'ai déjà beaucoup de choses programmées, cette scène se passera après la fin de la partie de L'Empreinte. Sera-ce aujourd'hui ? Mystère !

B. Voici l'exercice d'écriture de Draftquest du jour : "L'objet de cette deuxième partie du MOOC, c'est de rentrer dans l'écriture au sens le plus concret, de manière à ce que vous ayez, à la fin du MOOC, fini un premier jet. Premier exercice donc, qui va être double: écrire et lire. 1/ Tout d'abord, donnez-nous à lire une page de votre fiction. Une page, pas plus. 2/ Ensuite: lisez les pages des autres. C'est le meilleur moyen d'apprendre à écrire, en apprenant à corriger des textes. Cet exercice peut être l'occasion de deux choses: vous aider à trouver très vite "la voix" de votre texte - et vous entraîner à recevoir les avis des lecteurs..."

Lire une page de ma plume, c'est fait, puisque je relis toujours ma session précédente avant de commencer. J'ai donc choisi de lire une page de draftquesteur, en l'occurence celle de Sophie-Genevy. Je suis tombé sur un texte de SF, traitant entre autres de réalité virtuelle. Le texte m'a plu, mais si je dois le comparer à ma propre éthique d'écriture, je dirais qu'il y a par moments des choses qui sont présentées (notamment le travail artistique de la protagoniste, qui fait des "frises multi-dimensionnelles") qui me semblent dans le flou même pour l'autrice. Cette technique de foreshadowing me semble fréquente en SF mais ça ne cadre pas à mon éthique d'écriture personnelle. Tout ce qui est présenté en foreshadowing doit avoir un rôle clair dans ma tête : même la part immergée de l'iceberg, que le lectorat ne verra jamais, doit être définie pour moi. J'espère en tout cas y être parvenu jusqu'à présent, grâce, tout simplement au fait que je maîtrise mon univers sur le bout des doigts.

C. J’ai poursuivi mes lectures à thèmes, vous en retrouverez une synthèse dans cet article.

D. Mine de rien, une session d’écriture nécessite de nombreuses sous-actions. Afin de ne me point trop m’éparpiller, de ne rien oublier et d’aller plus vite, je me suis fait une petit programme d’actions intégré dans mon tableau de bord méthodo, à recopier d’une semaine sur l’autre.

E. Tout ce peaufinement de méthodo prend du temps (pour j'espère en gagner !). Je vois encore se profiler une session d'écriture courte, 1h1/2 tout au plus...). J'ai bien peur de ne pas encore voir le bout de la partie motorisée par L'Empreinte !

F. Je trouve que les protagonistes n'ont pas assez souvent de revoyottes au regard de leur riche passé. J'inclus donc la possibilité d'avoir une revoyotte dans mon système !

G. J'ajoute le jeu de cartes du Vertige Logique Ă  ma liste d'aides de jeu :)

H. J'ai un peu développé ce en quoi consiste les interludes de méta-narration grâce à des commentaires d'Alban Paladin.

I. Voici donc mon système mis à jour (lancer 1d10) :

1-5. Script ou jeu

6. idée tirée sur une table

7. un PNJ avance sur son objectif

8. mĂ©tanarration : 
    1- attendez ce qui va se passer est ouf !
    2-preuve de l’investissement d’un perso dans l’intrigue ou on voit qu’un PNJ est dans la merde
    3- les personnages sont plongĂ©s dans le doute

9. Revoyotte :
    1- Soeur Jacqueline
    2- Soeur Marie des Eaux
    3- Champo
    4-Père BenoĂ®t

10. tirage de cartes aléatoires :
    1. Oriente
    2. La stèle au coeur des plaines
    3. Muses et Oracles
    4. Almanach
    5. Les larmes du Soleil
    6. Nervure
    7. Lexique gore
    8. Table des dĂ©tails forestiers
    9. Image de Draftquest https://www.draftquest.fr/
    10. Tarot de Marchebranche
    11. Jeu du vertige logique



Bilan :

A. Je crois que la condition sine qua none à la fluidité d'écriture est de ne pas chercher à en faire plus que ce demande la contrainte d'écriture du moment. L'essentiel de la scène, pas de remplissage, et on passe à l'entrée suivante.

B. A nouveau, je n'ai pas beaucoup écrit vu le temps que m'a pris la mise à jour de ma méthodologie de session, mais j'ai franchement bon espoir d'au contraire économiser beaucoup de temps sur les sessions à venir.

C. La session d'écriture, très drivée par mon système s'est faite comme dans un rêve. Elle a été riche en imprévue du fait des combinaisons des tirages aléatoires et des inférences que je devais faire. On progresse, j'ai pu appliquer une suggestion du public et je pense que le prochaine épisode nous verra enfin en confrontation avec la Mère Truie !

Aides de jeu utilisées :
La stèle au coeur des plaines
Nervure

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet Ă©pisode : 1556 mots
Total : 33996 mots


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
+ ajout d'un matériel pour Champo (la graine de mort absolue)
+ ajout d'un objectif pour le Concile des Chasseurs



Question au public :

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

Quel est l'événement dont la nature (rationnelle ou surnaturelle) va faire débat au sein des exorcistes ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#17 03 Mar 2020 07:11

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

L'HEURE DU SACRIFICE

Enfin uni.e.s, les exorcistes s'apprĂŞtent Ă  tout donner.

Joué / écrit le 02/03/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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nmmacedo, cc-by-nd, sur flickr


Contenu sensible : rien cette fois :)

Passage précédent :

15. Le baptĂŞme
Quand tout le monde se prépare à la grande conflagration. Un épisode à nouveau marqué par un grand remaniement méthodologique.




L'histoire :

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My Firstborn Will Surely Be Blind, par Dead Raven Choir, du folk black metal guerrier mid-tempo, avec chant rauque et cuivres brûlants, pour une chevauchée céleste et catastrophique auprès du Roi-Chasseur.

"C'est entendu, nous allons voir ensemble ce qu'est votre Mère Truie", avait convenu le Père Benoît, prenant la direction des opérations.

On avait à peine pris le temps de rassurer les ouailles émues de la panique de Champo, que déjà l'exorciste avait réuni toute l'équipe dans le presbytère, priant le Père Houillon d'aller voir ailleurs. Il avait béni les habits du sherpa et les siens, et ils s'étaient mis en marche vers la ferme des Soubise, en passant par les chemins buissonniers du Clair Bois. La bise leur fouettait le visage comme si elle en faisait une affaire personnelle et des branches arrachées aux épicéas tombaient de toutes part autour d'eux. Le sol était fangeux des passages des porcs et des vaches, et pour trouver un passage où ils ne laisseraient pas d'empreintes dans le péteuillot, ils s'aventurèrent à travers des buissons d'auberpines et ceux-ci essayèrent de les bouffer, tant et si bien qu'ils n'en ressortirent qu'au prix de violentes contusions et de leurs habits bénis tout en lambeaux.

Ils arrivèrent tous déchirés et crottés devant la soue, et tout le monde fut pris d'un puissant haut-le-coeur en raison des remugles infects. Le Père Benoît, tout certain de son immunité, empoigna la clenche de la porte, mais celle-ci ne tourna pas.

"C'est verrouillé à triple tour, et c'est du solide.
- On enfonce, fit la Soeur Marie-des-Eaux !
- Cela va faire beaucoup de bruit, et d'ailleurs j'ai l'impression que ça s'agite déjà dans la ferme des Soubise, remarqua Champo. On n'aurait pas dû agir au crépuscule. On va tous les avoir sur le dos.
- Tant pis, on repart, ordonna le Père Benoît. Il faudra revenir mieux préparé."

Qu'elle était fière, cette expédition !


Dans la confidence de la presque-nuit, quand enfin le coucou s'était tu, Champo se débarbouillait le greuniot à l'eau du Ru Migaille. Elle était glacée, ça lui faisait du bien, cette eau c'était l'oubli et le pardon, emportant sans relâche les joies et les peines des jours passés vers le limon terminal sans en garder aucune trace.

Plaquée sur son visage, ça lui fit comme un choc électrique, le même que tout à l'heure au baptême, voilà-t-y pas que maintenant cette eau de rinçage et de réconfort agissait sur lui comme une eau de revoyotte !

Lhapka.

Il la revoyait, son visage comme raviné des mille épreuves d'une vie, ses habits cintrés et pratiques auxquels elle suspendait son matériel, battu par le vent des Hautes Vosges. La maîtresse alpiniste l'avait recueilli après la mort de ses parents et sa fuite du Dieu Corbeau. Elle lui avait appris son métier de sherpa.

Ils gravissent ensemble le mont du Hohneck. Il lui parle, est-ce qu'il lui a dit à cette époque ou est-ce le Champo du présent qui cherche à l'atteindre à travers les âges :

"Maîtresse Lhapka, si tu m'as recueilli, c'est pour faire ton devoir d'amie de la famille, mais avais-tu d'autres raisons ?"

Le vent les plaquait contre la paroi, il leur bouâlait dans les oreilles comme un grand tétras énervé.

Ils avaient dû éviter la pente la moins escarpée car un lynx énorme l'arpentait et s'étaient ainsi retrouvés à flanc de falaise. Les prises étaient traîtresse et s'accrocher aux racines et aux arbustes était une option encore moins tentable.

À leurs pieds, la vallée s'évaporait, la forêt de résineux ondoyait. Le monde était sauvage.

La nature, mûe par des forces au-delà de toute compréhension, avait repris ses droits et ils étaient au coeur de cette expérience.

"Je n'ai pas pu avoir d'enfant. Alors, oui le sens du devoir n'a pas été la seule raison. Et j'ai senti ton potentiel. Tu étais le seul à qui je pouvais transmettre ce que je savais.
- Transmettre ce que tu Ă©tais."

Lhakpa lui fit des gros yeux, comme si elle avait compris que Champo lui parlait depuis un autre temps.

Ensemble, ce jour-là, ils avaient gravi le Hohnek alors qu'il était réputé invincible.

Mais lĂ -bas, lĂ -haut ! ...

Elle y a laissé sa vie et Champo y a laissé sa mémoire.



La Sœur Marie-des-Eaux n'en pouvait plus d'être enfermée dans la cave à vins, alors au milieu de la grasse-nuit, il sortit faire les cent pas derrière l'église. Des bruits de gibier foisonnaient sous les broussailles. Un froid comme venu du cul de l'hiver lui rentrait dans la moelle. Il récita l'Apocalypse pour se galvaniser :

"Car en vérité je vous le dis, le Démon et celles et ceux qui portent son visage et parlent en son Nom sont déjà dans les murs de la Cité. Qu'ils aient pris le corps et le visage des Hommes, des bêtes ou des monstres. Qu'ils aient l'apparence séduisante et moite des désirs contre-nature ou qu'ils portent tous les stigmates de la Bête. Ils sont déjà là, à la fois cause et conséquence de la sauvagerie déréglée à laquelle l'Homme s'est voué dans son ignorance et sa désobéissanceau Vieux. Le Juste saura reconnaître les enfants du Démon et du Bouc Noir là où ils se cachent, dans les palais et dans les jungles, dans les cloaques et dans les temples. Et s'il est vrai que le Vieux lui parle, il saura quoi faire : tuer les enfants du Démon, les ramener dans la lumière du Vieux, ou encore empêcher que d'autres abominations viennent à naître."

Il fermait les yeux en récitant, pour mieux se figurer prenant part au combat biblique.

Avant de les rouvrir il sentit d'abord cette désagréable et familière odeur de biscuit et de fumier.

Avant de les rouvrir il avait déjà la main refermée sur son Opinel !

Quand il les rouvrit, le fils Domange était en face, souffle contre souffle, son peut greniot toujours emmailloté dans un bandage : visiblement son nez cassé n'était pas encore guéri.

Il plaqua le visiteur contre l'écorce d'un chêne avec toute la poigne de la colère :
"Salopiaud ! T'as voulu m'faire la peau et t'as zoqué Maurice ! Et tu r'viens encore dans nos pattes ! J'vais t'faire les derniers sacrements !"
Le fils Domange ouvrit grand sa main et ce qu'il dévoila lui sauva la vie.

Le novice se calma un peu et l'écouta parler. Il expliqua les choses avec ses mots à lui, c'était très frustre car il parlait de concepts au-delà sa compréhension avec ses moyens langagiers qui étaient limités. Mais en gros, il reconnaissait ce qu'il avait fait, mais ce n'était pas de vraies décisions de sa part. Il s'était senti "traîné" par quelque chose. Et il n'aimait pas ça. Sûr, c'était pas un saint, et sûr il allait pas assez souvent à confesse, mais c'était pas vraiment lui. Il avait été "traîné". Traîné à fréquenter certaines personnes et traîné à faire certaines choses. Et il en avait marre d'être la pâte d'un meunier invisible, et il était temps de faire quelque chose.

C'est pour ça qu'il lui confia la clé de la soue.

Et si ouvrir cette serrure pouvait rendre le monde meilleur, ou même juste rendre un fils Domange meilleur, ça valait peut-être le coup.


Quatre d'Opprobre
Saint François d'Assise
Jour du Potiron dans le Calendrier RĂ©publicain

"C'est l'heure du sacrifice."

Voici ce que dit Père Benoît quand on le réveilla en pleine noire-nuit pour lui montrer la clé. Il avait compris l'urgence de la situation, et plus tard ils ne sauraient jamais aussi prêts que maintenant.

Ils passèrent par le Ru Migaille récupérer Champo puis s'enfoncèrent à nouveau dans le Clair Bois, sans lanterne. La lune dans son premier quartier dispensa juste assez de ses rais à travers les frondaisons pour leur servir de complice. Cette fois-le sherpa avait sa serpe italienne et l'auberpine, toute affamée qu'elle fut, rendit grâce sous la virgule de sa lame.

"Allez, j'ouvre.", fit le Père Benoît.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Préparation :

A. À la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Quel est l'événement dont la nature (rationnelle ou surnaturelle) va faire débat au sein des exorcistes ?

J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : "Et bien là comme ça tout de suite, je pense à 2 évènements. Le 1er serait… la pluie! La question serait alors de savoir pourquoi une averse poserait des questions justement. Serait-elle la conséquence d’une menace lancée par une sorcière, une sorte d’imprécation? Aurait-elle été précédé de signes qu’un villageois aux talents d’haruspice aurait pu interpréter? S’agit-il d’une pluie acide ou surnaturelle? Et en 2nd, je pensais à l’intervention d’un Horla… mais un gros ^^ un truc énorme du genre d’un rejeton de Shub-Niggurath qui jaillirait du fond de la forêt. Là encore, pourquoi? A-t-il été appelé? Arrivet-t-il par hasard? Je n’en sais rien ^^"

Damien, je rajoute ta réponse à mon programme ! J'espère avoir d'autres personnes qui répondent lors des prochains épisodes, mais je ne suis peut-être pas beaucoup lu. Mais quoi qui ce se passe, même si personne ne lisait, je continuerai :)

B. Je poursuis mes lectures d'inspiration. En ce moment, j'en suis aux deux tiers du Journal d'un curé de campagne, de Georges Bernanos, qui offre de plonger dans l'intimité d'un jeune prêtre aussi pétri de foi que de doutes. Il y a dans cette peinture du mal au quotidien et dans l'exploration d'abysses métaphysiques l'expression d'un genre littéraire tout entier : l'horreur chrétienne. Bien que je ne pourrais et ne saurais singer l'emphase de l'auteur, il y a là forcément source d'inspiration.

C. Voici l'exercice d'Ă©criture de Draftquest du jour :

Il s'agit de partager une page d'écriture (ou de réécriture) ou l'on a tenté de pratiquer le "show don't tell" et de relire une page partagée par un.e autre. Je me contenterai ici de relire une page de la communauté, en l'occurence celle de Saule.

J'ai choisi cet extrait en raison du pseudo de l'auteurice et ce fut une bonne pioche : c'était de la fantasy forestière ! Il y a plein de choses intéressantes dans ce petit texte qui pourraient être repompées dans Millevaux, je n'ai rien trouvé à redire sur le style, mais en revanche, concernant l'application de l'exercice, j'ai quelques réserves. A plusieurs reprises, le narrateur donne des informations de contextes en mode survol : s'il y avait une caméra dans la fiction, elle ne pourrait pas percevoir ces informations (le fait que seuls les sévetiers aient accès à l'arbre-mère, le nom de l'arbre-mère, de la cité de racines, l'importance de la mission du protagoniste...). Autrement dit, ce n'est pas cinématographique comme la consigne "show don't tell" me semble l'encourager. J'essaie pour ma part d'avoir un style cinématographique, d'apporter les informations par la description, les dialogues et éventuellement le ressenti intérieur des personnages plutôt que par des confidences que nous ferait le narrateur. Mais bien sûr c'est plus facile à dire qu'à faire, et cette relecture me montre qu'une vigilance reste de mise et que je serais fort capable de reproduire les mêmes choses que Saule dans son exemple.

D. Mon programme de para-rédaction est aujourd'hui peaufiné, cela me permet de gagner du temps, mais je dois reconnaître que je m'impose trop de para-rédactionnel. Vous dérouler mes lectures du moment et faire l'exercice d'écriture de Draftquest m'a consommé une demi-heure. Je vais continuer à le faire parce que ça m'intéresse, mais je dois être bien conscient que j'économiserais un tiers à demi de temps d'écriture si je zappais tout le para-rédactionnel. Si jamais je refais un jour un autre roman Millevaux, c'est à tout prix ce que je devrai faire.

E. Le prochain jour est la fête de Saint-François d'Assise, fondateur de l'ordre des Franciscains, stigmatisé et défenseur des animaux qu'il juge égal de l'homme devant Dieu : je pense qu'il y a un coup à jouer avec ce saint !

F. J'ai créé une page de blog dédiée à mon système d'écriture, et je la mettrai à jour au fur et à mesure.

G. Bon, j'ai encore passé une heure à tout préparer... Surpréparation quand tu nous tiens...


Bilan :

A. J'ai appliqué la réponse de Damien Lagauzère, qui impliquait que les PJ devaient faire confiance à un des meurtriers de Maurice. C'est ainsi qu'ils se sont retrouvés à commercer avec le fils Domange ! Cela m'intéresse, car ça permet de réhabiliter un personnage que j'ai jusqu'à présent présenté comme totalement mauvais. Toute occasion de nuancer est bonne à prendre, d'autant plus que je crains toujours que le roman pêche par des figurants trop détestables : je veux qu'on s'attache un minimum à eux afin d'épouser la cause des exorcistes.

B. Je continue mon ancrage dans le réel puisque je suis maintenant le calendrier lunaire ! C'est la meilleure option pour mentionner les phases de la lune sans faire d'enchaînements improbables. Je me tâte presque de faire de même pour la météo, mais je veux m'en tenir à une météo détestable, alors si jamais le dernier automne vosgien a été trop clément (réchauffement climatique...), je serai embêté.

C. Enfin j'arrive à mon dernier volet de cette partie du jeu de rôle L'Empreinte ! Prochaine session d'écriture, impossible d'y réchapper, on lance les dés et ça va sharcler !


Aides de jeu utilisées :
Nervure

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet Ă©pisode : 1290 mots
Total :  35286 mots

Le compte de mots par épisode s'amenuise à chaque fois ! Autant ma machine m'a fait gagner du temps, autant je fais trop de para-rédaction !


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Je n'accorde pas encore tout à fait au Père Benoît le statut de PJ : dans le jet de dé final de l'Empreinte, il sera seulement compté comme allié. S'il survit à tout ça, il sera je pense bombardé PJ lors du prochain chapitre, joué avec un autre système de jeu de rôle

Modifications :

Un passé rajouté pour Soeur Marie-des-Eaux (mention de la disparition de son frère Raymond)


Question au public :

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

Durant la confrontation avec la Mère Truie, qui va leur prêter assistance contre toute attente ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#18 09 Mar 2020 15:40

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

DÉFLAGRATION

Le face à face avec la Mère Truie s'avère dévastateur !

Joué / écrit le 09/03/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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(C) Armand Pigss

Contenu sensible : zoophilie, ultra-violence

Passage précédent :

16. L’heure du sacrifice
Enfin uni.e.s, les exorcistes s'apprĂŞtent Ă  tout donner.


L'histoire :

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Migration, par Buried At Sea, un mare de goudron drone sludgecore qui se traîne lourdement à l'infini vers la mort.

La ferme des Soubise semblait endormie, une carcasse sous le croissant de lune, que fouettaient les arbres en se balançant au gré du vent. Entre la soue et la bâtisse, un chaos de courges énormes et d'enclos à cochons. L'un d'eux pouvait se réveiller à n'importe quel moment et donner l'alerte. La nuit était déjà brune, il ne ferait bientôt plus assez sombre pour agir.

"Je vais ouvrir la porte, Père Benoît. Je me sens inspiré par Saint François d'Assise. Il ne tolérerait pas le mal qu'à commis cette créature à nos frères les animaux.

Il y avait du bruit derrière la porte. Mais les dés étaient jetés, il était plus que temps de se lancer.

Il ouvrit !

Dans la pénombre, une masse grognante qui puait comme mille fosses à lisier. Et derrière elle, s'activant comme un beau diable, un vieil homme nu. A son visage rond et ses cheveux frisés, Champo le reconnut, bien qu'il paraissait de plus en plus rarement dans le village. C'était le grand-père Soubise. Et il était en train de triquer la Mère Truie.

"Démon, siffla la Sœur Jacqueline. Ainsi donc, c'est toi le père de tous ces porgrelets !
L'homme resta silencieux. Il se retira des chairs flasques de sa maîtresse, le vît encore dressé.
C'est la Mère Truie qui répondit, d'une voix caverneuse, étouffant les exorcistes de son haleine putride, les aspergeant de glaviots et de pus :
"Grrrrrrrruuuuu-yyyyy-kkkkkkkkrrrrrrrlllllll !!! Gra-ortchl. Comment ose-tu revenir à moi, toi qui t'es enfuie de mon giron ? Comment osez-vous venir me troubler ainsi que ma progéniture ?"
Elle se vautrait sur ses propres porgrelets et en écrasa un par négligence.
"Silence !, bouâla la Soeur Marie-des-Eaux. Tu n'es qu'une mère qui dévore ses enfants. Relâche-les, laisse les voivrais en paix et vas-t-en.
- Légion..., siffla le Père Benoît.
- GRRRRRRREUUUYYYYUUUIIIIRRRRRRRKKKKLLLLL ! A moi, mes cochons ! A moi, les Soubise ! A moi, les enfants !"

Déjà le halo d'une lampe à huile se fit voir derrière les carreaux crasseux de la maison. On accourait !

La Sœur Marie-des-Eaux eut la revoyotte de son dialogue avec le maire Fréchin. "Tu es un tueur, comme moi." Il revit la scène de l'abattage dans l'arrière-salle du Pont des Fées. Son oeil mort palpitait comme une forge.

"Silence ! Tu n'es qu'une mère qui dévore ses enfants !", lança-t-il.
Il se jeta de toutes ses forces sur la gueule immense de la bestiole et planta son opinel entre ses deux yeux. Le monstre rua dans tous les sens en boûlant comme la gorge de l'enfer et propulsa le novice dans les planches de la soue qu'il traversa comme si ça avait été du carton.

Champo se croyait déterminé à affronter l'horreur. Il ne l'était pas. Il tourna les talons, souleva par une forme de lâcheté et de désespoir qu'il ne se serait jamais soupçonné. Dehors, le père Soubise en robe de chambre avec sa fourche, pataugeant dans le péquis, et derrière lui, tenant la lampe à huile, Madeleine avec le petit Hippolyte dans ses basques.

Le père Soubise dépassa le sherpa, enjambant les courges, la protection de la Mère Truie avait sa priorité.

Alors Champo eut une idée pour se redonner une contenance, et il gueula assez fort pour que les exorcistes l'entendent.

"Madeleine, Hippolyte, c'est terminé ! Il faut me suivre ! Il faut s'enfuir !"

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Subliminal Genocide, par Xasthur, black metal dépressif et shoegaze, une peinture des limbes entre ciel et enfer qui se complaît dans la souffrance, y trouve son lit et sa catharsis.

"Vinrat ! Toi, j't'avais donné une chance mais j'vais t'planter !, rugit le père Soubise en se retournant.
Champo leva sa serpe italienne devant ses yeux, dans un geste de défense plus que d'attaque.
Mais quelque chose s'interposa entre lui et le fermier sorcier. Glissant comme des serpents, puis se tendant comme des câbles, venues des quatre coins de la cour, des cordes se tendirent et s'arrimèrent aux pignons des granges, bloquant le passage.
Champo n'en revenait pas, il se demandait ce que c'Ă©tait, puis il se rappela Basile. Basile le cordelier.

Le Père Soubise fouettait les cordes avec sa fourche, sans efficacité. "Nom de Vieux de nom de Vieux, de toute façon, tu peux pas me les prendre, y sont noués !
Madeleine Soubise, dont la lumière éclairait les croûtes du visages pour en souligner le relief, hocha la tête pour confirmer, au désespoir.

"Jacqueline..., chuinta la Truie que le sang giclant de son crâne dérangeait à peine, t'es prise par le con, que ça soit par moi ou par d'autres, ça te perdra ! Elle se recula, manquant d'écrabouiller son amant, avec un mouvement de traction de la tête, comme si elle tirait quelque chose avec les dents. Et la Sœur Jacqueline fut traînée les genoux dans la boue, le bassin en avant, et elle souffrait comme si on lui avait fourré des braises dans l'intimité, comme si on lui coulait du plomb fondu sur les cuisses et le ventre, et dans son intérieur, quelque chose tressauta.

Le Père Benoît récitait les prières d'exorcisme :
"Exorcismus in Satanas !
Et Angelos Apostatos !

Judica Domine nocentes me expugna impugnantes me !

Confundantur et revereantur quærentes animam meam !

Fiat via illorum tenebræ, et lubricum : et Angelus Domini persequens eos !

Gloria ! Patri ! et Filio ! et Spiritui Sancto !

Sicut erat in principio...

Arg...

Et nunc ! Et semper !
Et in sæcula ... sæculorum !!!

AMEN !"

Mais ça revenait à pisser dans un violon.

La Sœur Jacqueline était maintenant les quatre fers en l'air et glissait dans la boue à droite à gauche à mesure que la truie secouait la tête, hurlant, pleurant, traînée de plus en plus vers elle.

"Tu m'auras pas, tu m'auras plus, la Mère ! Moi aussi je suis une sorcière !
Le grand-père sentait qu'il y avait un risque, alors il se campa entre la doyenne et la truie. Il pointa son majeur à l'ongle noir, et le croisa avec le majeur de son autre main pour former une croix inversée, il accentuait le mal de la nonne et tentait de la renverser dans leur camp. Elle était soulevée d'ondes de douleur et de ses profondeurs, remontait, plus horrible encore, une vague de plaisir charnel.

"Imbéciles !, hurla-t-elle avec une voix rauque que le Père Benoît reconnût comme la voix des possédés ! En me torturant à ce point, vous ne me rendez que plus forte ! Je suis votre égAAAALEEEEE !"
Elle se tordit en arrière, sa colonne vertébrale se ploya dans un craquement dégueulasse. Dans son ventre, un poing frappa. Ainsi, c'était vrai, la Bernadette lui avait fait un petiot, et d'une certaine façon il lui venait en aide.

Des vagues de flux spirituel s'échappèrent d'elles en souffles excentriques comme autant de déflagrations. Le grand-père Soubise, pour puissant qu'il fût, tomba à la renverse comme si sa tête avait reçu un boulet de canon, la gueule en sang.

Les cochons étaient tellement en panique qu'ils défoncèrent leurs enclos.

La Soeur Marie-des-Eaux se traînait dans la boue en s'aidant de son crucifix qu'il plantait devant lui, incapable de marcher.

"Wrrriiiiick... Des vieux et des éclopés, voilà tout ce qu'on m'envoit."

Et la Mère Truie se roula sur le novice. La dernière chose qu'il vit fut le corps énorme, puant et couvert d'éclaboussures de porgrelets s'affaisser sur son corps.

Sainte Mère de Vieux ! Je me suis déjà fait écraser par un truc de cette taille !

Alors qu'il sentait ses os à peine ressoudés se briser à nouveau, le novice était en pleine revoyotte, il était tout petiot à l'époque. L'engin agricole était trop chargé d'un côté. Il lui avait basculé dessus. Il ressent à nouveau la douleur, inédite pour l'époque, presque surpassée dans son intensité par la stupéfaction, la stupéfaction de sentir que son corps vient d'être broyé comme une noix. Il n'a que la tête qui dépasse, il n'a même plus l'énergie de crier, il ne peut que pleurer. Tout se brouille, il perd connaissance à intervalles réguliers, à chaque fois de plus en plus de gens attroupés dans la forêt autour de lui. Il entend sa mère pleurer. Il voit son père les bras ballants, complètement impuissants. ça bouâle dans tous les sens, des dizaines de bras qui tentent de soulever le colosse de métal. En vain.

Ainsi donc sa vie n'a été que souffrance.

Champo tirait Hippolyte par la main, le gamin avait beau se débattre, le sherpa l'emportait d'une poigne surnaturelle, et Madeleine avait pas d'autre choix que de les suivre.

Il était rentré dans la ferme, et il fouillait tous les meubles, en sortait tout un bric-à-brac qu'il jetait aussitôt derrière lui :
"Il faut trouver le voult. Il faut trouver l'objet qui vous noue... Fouillez !
- Mais vous comprenez pas, ça sert à rien...
- J'ai dit FOUILLEZ ! J'veux pas encore perdre un môme ! J'en perdrai plus jamais un !" Il était rouge de rage, il écrasait des assiettes et des pots sur le mur au papier peint pourri. Sa mâchoire tremblait et Hippolyte en avait encore plus peur que de son père.

Les cochons, victimes et esclaves de leur mère, couraient au milieu des planches emportées par le vent, éclatant les courges sur leur passage. Gruikkk, gruikkkk, gruikkkkk !!!!

La Mère Truie, toujours bloquant le novice, jubila en présence de la Sœur Jacqueline. Le Père Benoît, lui, ne comptait pas.

"Là où vous m'avez étonné, c'est en réussissant à retourner mes alliés Corax contre moi. Mais ça ne fait rien, finalement, ils ne sont pas venus vous aider, et quoi qu'ils vous aient confié, ça n'a pas l'air de faire d'effet... Grruiikkk
Puis ses paroles se poursuivirent en grognement et son grognement se mua en un langage articulé fait de borborygmes et de hurlements proches du brâme : la langue putride !

"IIIIII wwwww AAAAAaaaaaa.... SssssHHHHHHH BBbbbbbbweur Gniiiii GGGGRRRWWWWRRReeeeuuuuhhhh TTTTTTrrrrrrr GrrrrruIIIIIIIIIKKKKKKRRRRLLLLLL !"

Ils comprirent à cet instant qu'ils avaient affaire à une entité de la fin des temps.

"Whoit ! La graine de la mort absolue !, bouâla Champo. Il s'était enfui avec la seule chose qui pouvait peut-être nuire à ce monstre. Et maintenant, s'il revenait, il serait peut-être trop tard pour sauver Madeleine et Hippolyte !

Le père Soubise s'approchait de la doyenne avec sa fourche tendue. Il sifflotait.

Elle arrĂŞta les pointes avec ses mains. Ou plutĂ´t Ă  travers ses mains.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation + Agression (en cours)


Préparation :

A. À la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Durant la confrontation avec la Mère Truie, qui va leur prêter assistance contre toute attente ?

J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : "Et pour la question… m’inspirant de mon solo en cours… Et si c’était un Horla qui intervenait pour les aider contre la Mère-Truie? Peut-être le ferait-il pour de mauvaises raisons (c’est un Horla) mais peut-être aussi pour de bonnes… voire les deux ^^"

Voilà qui met sur des charbons ardents ! Je rajoute la réponse à mon programme !

B. Voici l'exercice d'écriture de Draftquest du jour : "je vous propose de rédiger un petit texte qui présente tous vos personnages, pas seulement selon leur liens explicites (par exemple, Roger est le mari de Jessica), mais aussi selon leurs liens implicites (Roger et Jessica sont diamétralement opposés: Roger est laid, elle est à tomber par terre - il est drôle, elle est sérieuse - il ne ferait pas de mal à une mouche, elle est potentiellement vénéneuse). Essayez de faire tenir cela en dix lignes. Cela vous permettra, dans un second temps, de faire des personnages qui seront "organiquement" liés. A vos stylos! Et on en parle sur le forum!"

Les quatre personnages, Sœur Jacqueline, Sœur Marie-des-Eaux, Père Benoît et Champo sont des exorcistes. Père Benoît a formé Sœur Jacqueline dans les forêts limbiques, qui a à son tour formé Sœur Marie-des-Eaux. On peut dire que les deux sœurs ont formé Champo, mais c'est encore rudimentaire, il n'a pas encore fait de séjour dans les forêts limbiques.
Père Benoît et Sœur Jacqueline partagent une certaine gourmandise, bien que Sœur Jacqueline ait tendance à la perdre depuis qu'elle a rompu avec la Bernadette.
Au contraire, Sœur Marie-des-Eaux et Champo partagent le sens de l'ascèse et ne se nourrissent que de végétaux. Ils semblent aussi avoir en commun le fait d'avoir un passé tourmenté.
Sœur Jacqueline n'est pas en reste en la matière, puisqu'elle a jadis été une servante de la Mère Truie, à l'époque où celle-ci se consacrait à la luxure et non à la violence. Elle semble avoir oublié beaucoup de son passé, et sa servitude à la Mère Truie ne lui est revenue que récemment.
On ne sait rien du passé de Père Benoît, ni s'il s'en rappelle. Il semble débonnaire et touché par la grâce, mais là aussi on ne sait si c'est une réalité intérieure ou une apparence.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. J'ai l'impression d'avoir été plus rapide dans ma mise en place, pour autant il ne me reste qu'une grosse heure et demie pour écrire mon histoire ! Tâchons d'être efficace !


Bilan :

Ecrire cette dernière scène de confrontation avec les règles de l'Empreinte a été galvanisant ! La musique de fond aidant, j'étais ON FIRE ! Le système de combat de l'Empreinte permet d'obtenir des scènes de conflit très détaillées, et je suis très surpris par la tournure des événements ! Les règles rendent la chose ample, par conséquent je n'en suis qu'à la moitié de mon combat ! Je me suis fixé comme objectif de sauver Madeleine et Hippolyte, mais seul l'avenir nous dira si cet objectif, pour humble soit-il, a des chances d'être atteint !

Aides de jeu utilisées :
Table des détails forestiers
Le jeu de rĂ´le Les Exorcistes
Nervure


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet Ă©pisode : 1707 mots
Total :  36993 mots


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
Une nouvelle empreinte pour SĹ“ur Jacqueline : "enceinte de la Bernadette"



Question au public :

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

Pour qui ou quoi le Père Benoît est-il prêt à se battre ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#19 20 Mar 2020 17:13

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

LE MARTYRE

Suite et fin de l'épouvantable combat contre la Mère Truie !

Joué / écrit le 18 et le 20/03/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Eric Chan, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : violence sur enfant, mutilation génitale (sur adulte)


Passage précédent :

17. DĂ©flagration
Le face à face avec la Mère Truie s'avère dévastateur !


L'histoire :

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S/T, par HKY, un post-hardcore lourd, noir, spatial, Ă  fleur de peau : tristesse, abysse et goudron.

Sœur Jacqueline avança vers le Père Soubise, aggravant ses plaies et se mettant davantage à sa merci. Elle devait prendre ce risque pour espérer prendre un allant décisif sur le fils sorcier.
"C'est toi qui n'es pas fort assez. DĂ©noue Madeleine et Polyte ou il t'en cuira."

Le Père Soubise n'émit qu'un grognement en guise de réponse. Sa gueule se déforma à la maigre lueur de la lune, dans un immonde bruit d'os broyés. Elle devenait son vrai visage, une tête de porc, le groin palpitant, les yeux étroits, couverte de la sanie de cette métamorphose.

La Sœur Jacqueline serra les dents, elle sentait tout ce qui était encore solide dans son corps devenir de la pisse, du sang et des larmes, mais elle tint bon et masqua sa peur autant qu'il était humainement possible de le faire. Ces choses, ces vacheries de choses, ces hommes-porcs qui ressortaient du pus de son passé, c'en était trop, elle sentait tout claquer dans sa tête, couche par couche, mais whoit ! il fallait qu'elle tienne bon, pour la Sœur Marie des Eaux
... pour Champo
... pour Madeleine
... pour le Polyte
... et même pour le Père Benoît

... pour ce qu'elle portait en elle et qui vaille que vaille Ă©tait le fruit d'un amour

... et pour expier.

"Vous me les prendrez pas...", vagit la Mère Truie.

Champo avait défoncé la table de nuit des parents Soubise, maintenant il déchirait le matelas. Il y avait bien des écus planqués, mais pas ce sâpré de nom de Vieux de voult. Alors que Madeleine l'aidait à chercher, il eut un sale pressentiment, il se retourna et il vit qu'Hippolyte n'était plus là.

Il le retrouva vite au bruit de ses hurlements et des coups sourds laissés sur son passage. Il était attiré par la Mère Truie comme un aimant, balloté à travers la maison, beugné contre les murs, entraîné par une poigne invisible vers une fenêtre.

Champo le chopa par les pieds au dernier moment, le môme était passé à travers une vitre et il allait s'envoler vers la créature. Madeleine et le sherpa le tenaient de toutes leurs forces, tandis qu'une force grandissante cherchait à leur arracher le gamin tout lacéré de verre et poisseux de sang.

Champo sentit au fond de lui-même comme une vrille dans l'estomac, il réalisa qu'Hippolyte n'était rien pour la Mère Truie, mais qu'elle cherchait juste à faire du mal à chacun d'eux, et le gamin était sa proie parce que ça l'affectait lui, c'était sa faute, à cause de son sentiment de culpabilité, qu'Hippolyte était en danger !

Le Père Benoît était tordu en quatre, il faisait que prier, ses mains tremblaient comme des feuilles, refermées jusqu'au sang sur son crucifix.


"Vous n'êtes RIEN !, exulta la déité horla qu'était la Mère Truie, tout en mettant bas des grappes de porgrelets sur la tête de la Sœur Marie-des-Eaux, qui n'étaient que foetus gluants à la sortie, et grossissaient à toute vitesse, pour devenir des verrats infâmes, les plus peutes créatures que la terre ait jamais portées, aveugles et sans jambes, qui n'avaient d'autre rôle que d'incarner la colère stupide de leur mère avant de crever sous leur propre poids.


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Metsänkulkija, par Kalmankantaja, du black metal dépressif, épique et animiste, pour une chevauchée suicidaire au fond des bois.

Et les bêtes à groin, libérées de leurs enclos, prises de panique totale et en même temps toujours sous l'emprise de leur mère, se lâchaient dans tous les temps, bousculant la Sœur Jacqueline, piétinant le Père Benoît. La nuit brune n'était plus qu'un loin cri porcin. C'était la fin !

Madeleine et Champo fermèrent les yeux. Ils sentaient les petits doigts du Polyte sur le point de lâcher les leurs.

La main du Père Benoît émergea de la masse des couennes, brandissant son chapelet.

C'est alors que l'événement se produisit.

Une chasse fantôme venue des tripes du ciel et de la forêt déferla sur la soue et les enclos. Des destriers drapés de loques translucides, que montaient des chevaliers du temps jadis, décharnés, nimbés de lumière, et fondant, dans un éclat de jugement dernier, tout droit vers la truie.

À leur tête en gloire, couronne d'or, de rameaux et de baies, la barbe au vent que parcouraient des torques et des bijoux, l'épée au clair et des proies de toutes sortes pendues dans ses gibecières, le spectre d'un

"L'Empereur Charlemagne, unificateur des chrétiens ! Mes prières ont été entendues !", exulta le Père Benoît malgré la douleur.

Et alors qu'il chargait la déité horla, la Sœur Marie-des-Eaux reconnut sa monture.

Il était donc là aussi, le fier animal sauvé des limbes par la grâce divine, et dans un braiement d'outre-tombe revenant à leur rescousse.

Maurice !

"Sâpré nom de Vieux de vacherie !", bouâla le Père Soubise, distrait par l'apparition. Il fit la double erreur de relâcher sa poigne sur sa fourche et de regarder en arrière. La Sœur Jacqueline retira ses mains ensanglantées des pointes de la fourche, puis, mû d'une force qu'on n'aurait jamais pu lui soupçonner, la retourna contre son bourreau.

En plein dans les parties.

Le Père Soubise tourna d'un coup blanc comme un linge à part là où ça pissait rouge le sang, et son corps glissa des lames alors qu'il tombait dans les pommes.


Champo raffermit sa poigne sur l'enfant. Mais n'en pouvant plus, la Madeleine lâcha. Et Champo fut emporté avec le petiot ! Le Polyte passa à travers le réseau de cordes. Il n'en fut pas autant du sherpa, qui s'écrasa dans le réseau et finit étranglé. La dernière chose que vit le môme avant de perdre connaissance, c'était son protecteur, les yeux écarquillés, tirant la langue. C'en était fini de Champo, qui n'avait jamais rien eu d'autre de sa vie en tête que de guider ceux dans le besoin.


Le Polyte tomba comme un paquet sur la couenne de la Mère Truie. Elle poussa une gueulante de mille beusses enragées quand la charge spectrale fondit sur elle avec le grondement d'un coup de tonnerre.

Le Père Benoît, qu'on eut put tenir pour lent et dépassé par les événements, fit la preuve de son sang-froid. Il comprit qu'ils avaient qu'une fenêtre de temps très réduite avant que la chasse fantôme ne révèle que ce qu'elle était : un écran de fumée. Il vit la Madeleine Soubise tenter de passer à travers les cordes, il s'empara de l'Opinel du novice et trancha dans les filins, libérant à la fois la mère et le cadavre du sherpa.
"Prenez votre enfant et suivez-nous, on doit partir MAINTENANT !"

Il ordonna à la Sœur Jacqueline de porter la Sœur Marie-des-Eaux et se chargea lui-même du corps de Champo. Pas question de laisser un chrétien fraîchement baptisé aux mains de ces monstres.

Et c'est ainsi que les exorcistes quittèrent le clair bois pour se réfugier au presbytère, qui ne serait qu'un abri très temporaire.

Alors que la presque-aube jetait un peu de voyotte dans la sacristie et que le Père Houillon rassemblait du vin et des linges, dans un dérisoire simulacre d'assistance, le Père Benoît put constater les dégâts.

La Mère Truie n'avait pas été inquiétée.

Le Père et le Grand-Père Soubise se remettraient de leurs blessures pour si peu qu'ils trouveraient un guérisseur dans le village ou que leur monstrueuse maîtresse possède des soins dans sa palette maléfique.

Il ne voyait pas comment jeter l'anathème sur eux, aussi, le trafic de porcs allait continuer et la Mère Truie pourrait encore se nourrir de la violence faite aux animaux et aux hommes. Tout au mieux pourrait-il en détourner les gens de bien.

Madeleine et Hippolyte avaient pu les suivre. "J'suis plus nouée, je le sens, là.", avait dit la mère. Le Père Soubise devait conserver son voult dans son pantalon, et c'est ce qui l'a perdu. Mais ils ne pouvaient pas rester aux Voivres, sous peine de retomber dans le giron des Soubise. Aussi leur exil était à organiser dans les plus brefs délais.

Le malheureux sherpa était mort et le Père Benoît ne put que lui administrer le dernier sacrement, misant sur la possibilité d'un dernier souffle présent dans sa poitrine.

La Sœur Marie-des-Eaux était condamnée au grabat.

Il surprit une conversation censément privée entre le novice et la Sœur Jacqueline, penchée sur son lit de souffrance :
"Tu vois Marie, les voivrais n'avaient pas le choix, ils étaient sous l'emprise de la Mère Truie.
- C'est faux. En tuant les animaux, ils accédaient à leurs souvenirs. Ils auraient dû comprendre qu’ils faisaient du mal à des êtres sensibles : ils savent mais ils ignorent.
- Assez parlé de ces pauvres bêtes. Parlons de toi, Marie. Je n’ai pas choisi grand-chose de ma vie et toi non plus. Mais toi, tu peux encore saisir ta chance."

Ce furent les derniers mots sensés qu'on entendit de la bouche de la doyenne. Dorénavant, elle n'afficha plus qu'un masque béat en guise de visage. La raison l'avait quittée.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation + Agression


Préparation :

A. À la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Pour qui ou quoi le Père Benoît est-il prêt à se battre ?

J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : "Et si le Père Benoit avait un souvenir tatoué ou gravé à même la peau, quelque chose qu’il ne voudrait et ne pourrait ainsi oublier? Un peur comme dans le film Memento ^^ Cela ferait office pour lui de mobile à ses actions même s’il en a oublié l’origine. Il suivrait « les ordres » de ce souvenir. Cela pourrait être un passage de l’Apocalypse ou une historiette tirée de l’almanach."

Je rajoute la réponse à mon programme !

B. Voici l'exercice d'écriture de Draftquest du jour : "Cette semaine, pour ceux et celles qui ne se sont pas encore lancés, un exercice pour vous aider. Une sorte de petite essai libre, de dix lignes. Dites-nous ce que vous avez envie de raconter!"

Voilà une question difficile ! Je ne suis pas parti avec une idée très précise en tête, les choses se développent au fur et à mesure, j'écris "pour voir ce qui va se passer" pour reprendre l'expression chère aux jeux de rôles propulsés par l'Apocalypse. Mais je suppose que dès le départ, j'avais une idée de mon mélange entre Millevaux et le folklore vosgien du 19ème siècle, pour avoir déjà fait quelques parties de jeu de rôle sur le sujet, et l'idée de faire jouer des prêtres exorcistes était également déjà assez mûrie, pour l'avoir expérimentée sur une de mes parties de jeu de rôle Millevosges. Le couple de sœurs exorcistes m'est venu du couple de moines dans Le Nom de la Rose. J'aimais beaucoup ce couple mais pour être original, je l'ai inversé doublement : outre le changement de sexe, j'ai fait de la doyenne une naïve qui s'ouvre aux plaisirs charnels, et du novice un érudit à la foi inébranlable, bref j'ai inversé les rôles par rapport au Nom de la Rose. Cela s'est avéré fertile. Le fait que les exorcistes soient des sœurs est particulièrement intéressant parce que ça leur interdit de faire les sacrements et les forcent à composer avec le clergé masculin. Quand au concept d'écriture, motorisé par du jeu de rôle, il me vient d'une longue réflexion sur la possibilité d'irriguer des romans par des systèmes de jeu de rôle, initiée notamment avec ce podcast. J'ai lancé Dans le mufle des Vosges pour répondre à ce défi, car je sentais que dans la communauté littéraire et rôliste, tout le monde était dubitatif sur cette possibilité. J'ai recyclé un vieux projet de jeu de rôle, qui était de jouer au jeu Les Exorcistes dans Millevosges et un autre vieux projet, qui était de faire une campagne multi-systèmes, et ça a donné un résultat qui a dépassé mes espérances.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. Par curiosité, je suis retourné voir le nombre de mots de mes précédents romans achevés : 47000 mots pour La Guerre en Silence, et 81000 mots pour Hors de la Chair (qui est en fait un recueil de trois nouvelles qui se suivent). Je réalise donc qu'avec déjà 37000 mots pour 17 session d'écriture (soit 2200 mots par session), j'avance plutôt bien ! Je vais maintenir l'objectif de 40-45 sessions / 100 000 mots, mais je dois garder à l'esprit qu'arrêter avant ce terme serait déjà tout à fait honorable en terme de taille.

E. Confinement oblige, mes habitudes de travail sont chamboulées et il ne m'est plus possible de faire une session d'écriture d'un seul bloc. Pour tenir le rythme d'un épiosde par semaine, je vais donc fractionner ma session de trois heures en autant de micro-sessions qu'il sera nécessaire (mais j'ai au moins un bloc d'1 h 3/4 ce soir).

F. Mes lectures du moment : Je suis en train de lire La Mélie Tieutieû : Couaries avec le Père Fanfan de Georges L'Hôte, une série de saynètes en patois lorrain que j'ai empruntée à la bibliothèque familiale : une inspiration indispensable pour réviser mon patois et mon humour paysan ! Je suis également plongé dans Petits métiers des villes, Petits métiers des champs de Fabienne Reboul-Scherrer, qui met à l'honneur des vieux métiers du 19ème siècle : une source d'inspiration intéressante pour Dans le Mufle des Vosges et tout à fait prodigieuses pour Millevaux.



Bilan :

A. Avec la fermeture des écoles, je dois m'occuper de mon fils, et ça m'a été assez difficile de trouver ces trois heures d'écriture ! En attendant, je suis très en retard sur beaucoup de choses courantes. Alors j'ignore si je pourrai continuer Dans le mufle des Vosges lors des prochaines semaines de confinement. Nous verrons bien.

B. "L'esprit de Charlemagne qui autrefois conclu un pacte avec la nature lors de son long séjour à Gérardmer revient du royaume des morts pour venger Maurice le supplicié" : voilà la réponse que Claude Féry avait faite à une de mes questions au public et qui attendait sur mon script depuis si longtemps ! Il était enfin arrivé le moment de l'appliquer ! J'espère que ça valait le coup d'attendre ! :) J'ai essayé d'annoncer un minimum la chose pour que ça ne fasse pas trop deus ex machine, j'espère que les ficelles ne sont pas trop grosses :)

C. Sur un final à 6d6 pour les exorcistes contre 8d6 pour la Mère Truie, je sentais l'affaire perdue d'avance ! Et bien les probabilités m'ont donné tort, avec un total de 23 pour les exorcistes contre... 22 pour la Mère Truie ! Il s'en est vraiment fallu d'un cheveu ! Mais le mode cauchemar fait quand même bien mal, en me coûtant la bagatelle de deux personnages à qui j'étais très attaché ! Bon, ceci dit, j'avais commencé ce roman en me jurant qu'aucun personnage ne serait sacré... donc l'un dans l'autre j'ai eu ce que je voulais !

D. C'est donc la fin de la partie jouée avec L'Empreinte ! ça aura duré un sacré moment avec presque une demi-douzaine de sessions sans jets de dé ! Mais je pense que ça en valait la peine ! L'Empreinte a été un bon choix pour son caractère désespéré et nous a offert un final digne de ce nom à ce chapitre : je suis assez fier du système de résolution de ce jeu ! Je suis à peu près sûr de jouer la partie suivante avec Oriente, pour jouer l'exil de Madeleine et Hippolyte (qui ont failli ne pas y avoir droit !), ce qui va nous tenir quelques temps éloigné des Voivres.

E. Record bas du nombre de mots depuis que je fais le compte ! Il faut dire que manipuler le système de combat de L'Empreinte a ralenti mon écriture, mais j'espère pour le meilleur ! Après tout c'était un climax et il ne fallait pas le rater !


Aides de jeu utilisées :
Aucune, le combat m'a trop accaparé :)


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet Ă©pisode : 1473
Total :  38466


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : J'ai rajouté une empreinte à Champo et à la Sœur Jacqueline et les ai transféré dans le cimetière des personnages.


Question au public :

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

Qui va guider les exorcistes à travers la forêt pour l'exil de Madeleine et Hippolyte ? La mystérieuse Augure, le roué Nono Elie, le candide menuisier Sibylle Henriquet, ou quelqu'un d'autre ?


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#20 03 Apr 2020 11:58

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : Dans le mufle des Vosges : un roman-feuilleton Millevaux

ON SE COUCHE AVEC SES MORTS

Au lendemain du combat avec la Mère Truie, on compte les retombées.

Joué / écrit le 25 & 26/03/2020 et le 02 & 03/04/2020

Jeu principal utilisé : aucun pour cette session

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Andrew Huff, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : handicap, dépendance


Passage précédent :

18. Le martyre
Suite et fin de l'épouvantable combat contre la Mère Truie !


L'histoire :

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Symballein, par Troum, l'ambient drone d'un monde spectral, ou voix, atmosphères, terre et mer se confondent dans un flou lointain.

Pour le Père Houillon, l'aube, bien que déchirant les ténèbres de ses branches, n'apporta que confusion. Revenant d'une expédition nocturne qu'on lui avait tu, les exorcistes arrivaient avec un mort, un estropié et deux nouveaux-venus.

Dès lors, le Père Benoît avait littéralement fait de lui sa bonne du curé. Il avait dû aménager un grabat pour la Soeur Marie-des-Eaux, faire la toilette mortuaire de Champo, fournir au Père Benoît des béquilles qui lui servaient pour ses crises de goutte.

Rouge de fatigue et d'incompréhension, il s'attela au plus dur. Madeleine Soubise sentait très fort le lait, la bouse, la bauge et le pus. Le petiot sentait le charbon. "Voici ma bassine, la pompe à bras est ici, les pierres chaudes là... Et l'essentiel est... ici !" Il montra le gros morceau de savon de lichen. Il leur pria de conserver par devers eux leurs objets précieux, et jeta leurs robes de nuit au feu, puis leur dénicha des habits de ferme dans la réserve dédiée aux indigents.

Il se dandina ensuite vers le cellier. Une lampée de kirsch lui remettrait les idées en place. Il trouva le Père Benoît en train de descendre sa bouteille.

Pour le repas du midi, le Père Houillon, qui n'avait jamais de si grandes tablées, bricola une salade de pissenlits aux croûtons arrosée d'une meurotte et accompagnée de lardons que le Père Benoît mit de son côté, lui qui pourtant aimait tant la charcuterie. Tous mangèrent en silence, agglutinés autour du founet, qui prodiguait une chaleur bienvenue dans les vieilles pierres du presbytère. Le regard halluciné de la Sœur Jacqueline, tapisserie des horreurs du monde, était impossible à soutenir.

Après le repas, la Madeleine demanda au Père Benoît la permission de faire une sortie rapide. Tout préoccupé qu'il était par d'autres sujets, il lui donna sa bénédiction à condition qu'elle se fît discrète, ce qu'elle jura ses grands Vieux.

Puis il sortit à son tour avec le père Houillon. Il lui prit les clés du presbytère, qu'il ferma à double tour. Une expédition punitive des Soubise était à craindre, malgré l'état dans lequel ils les avaient laissé.

Ils se rendirent dans la chapelle des indigents, au cœur du cimetière, afin que le Père Benoît puisse examiner le corps de l'homme tombé du ciel, à la flamme des bougies. Il étudia longuement ses fractures de chute, mais aussi la texture singulière de son oeil.
Le père Houillon s'épongea le front. "Je ne vois pas pourquoi vous voulez voir ce malheureux... Quel rapport avec votre affaire ? Les enterrements relèvent de mon domaine...
- Et la diablerie relève du mien. Il semble que nous n'en avons pas fini. Par ailleurs, j'ai besoin de vos conseils. Il nous faut mettre Madeleine Soubise et son enfant à l'abri hors des Voivres. Dans quel village pourraient-ils trouver refuge ?
- Si vous voulez les mettre assez loin, que ça soit difficile d'aller les y chercher, je dirais de monter jusqu'à Xertigny.
- Et comment peut-on s'y rendre ?
- Là, c'est le problème. Champo aurait connu le chemin. Mais voilà... Ou sinon, il y a les bohémiens, mais je leur ferais pas confiance."

Quand ils sortirent de la crypte, le ciel Ă©tait devenu une chape de suie.
"Moôn, ça annonce du beau !"


Peu après leur retour, la Madeleine frappa à la porte du presbytère. Elle avait tenu sa promesse de faire court, espérons qu'elle ait été également discrète. Le père Houillon trouva la Sœur Jacqueline assise au chevet de la Sœur Marie-des-Eaux. Cela lui fit l'impression qu'elles se veillaient mutuellement, il trouva ça touchant. Puis il constata que la doyenne s'était pissé dessus.

"Ah, le chameau !"

Le cœur au bord des lèvres, il fit venir une lavandière et lui lâcha un sou avec pour mission de laver ce sale linge humain. Elle s'acquitta de sa tâche en chantant. Elle prit soin de la doyenne comme d'un nourrisson. Le crépuscule tout zébré de branchages jetait sur elles les feux d'un tableau irréel.

Le Père Benoît tendit au curé un message écrit de son calame personnel.
"Un courrier à envoyer d'urgence au diocèse, par un de vos pigeons voyageurs.
- Je ne veux plus envoyer de pigeons ! Les corbeaux les zoquent !
- Puisque c'est comme ça, je vais vous faire plusieurs copies, vous en enverrez une par jour, même après mon départ.
- Mais tout mon colombarium va y passer !
- Alors c’est que le Vieux veut. Il lui déplaît peut-être que vous ayez laissé des pigeons nicher dans votre clocher."

La nouvelle avait couru qu'en tant que nouveau chrétien, Champo aurait droit à une veillée funèbre au presbytère, et quelques personnes se rendirent, qui avec sa quenouille, qui avec son livre, qui avec son morceau de bois, son ciseau et sa gouge, au chevet du sherpa. La Mélie Tieûtieû, encore une fois venue par prodige à pied de Gremifontaine sans encombre, le Sybille Henriquet, tout contrit, étreignant sa casquette, la Bernadette, qui avait fait des beignets de pomme de terre râpées, Sœur Joseph, la maîtresse d'école : "Comment je vais faire maintenant ? Je vais devoir aller chercher les piots toute seule."

La visite la plus surprenante fut celle d'Augure, qui ne lâcha pas un mot de la soirée, se contentant de fixer tout le monde d'un regard ardent.

La Sœur Marie-des-Eaux fut portée en brancard, le tableau rappelait tragiquement la précédente veillée, qui les avait réunis autour du corps de Basile le cordelier.

La Madeleine et l'Hippolyte restèrent confinés dans le cellier, leur présence devait rester secrète.

"Je peux plus filer, dit la Mélie Tieûtieû, j'ai les yeux qui yoyottent."

La Sœur Jacqueline était posée en équilibre instable sur sa chaise, elle bavait que c'en était gênant. La Bernadette lui tint la main toute la soirée, elle prétexta le chagrin du décès pour laisser couler ses larmes.

Champo, allongé, nettoyé, apprêté, avait l'air serein, mais les bougies lui donnaient un air très vieux.

Le père Vauthier arriva un peu tard. Ses habits jaunes étaient sales et apparemment, il s'était bien fourré la culotte. Mais quand il sortit une bouteille de liqueur de poire et proposa de trinquer à la santé du disparu, personne ne se fit prier.

La nuit passa, entrecoupée de cauchemars pour ceux qui dorment et d'angoisses pour les éveillés. Ce fut la première nuit où la Sœur Marie-des-Eaux délaisser son carnet mémographique et ses récitations de l'Apocalypse. Cette nuit avait un goût de rien ne pouvait être pire. Mais c'était faux. Et pendant ce temps, quelqu'un observait, qui savait tout.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Préparation :

A. À la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Qui va guider les exorcistes à travers la forêt pour l'exil de Madeleine et Hippolyte ? La mystérieuse Augure, le roué Nono Elie, le candide menuisier Sibylle Henriquet, ou quelqu'un d'autre ?

J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : "Est-ce que ce serait envisageable de faire intervenir un nouveau personnage? Celui sortirait des bois pour jouer ce rôle de guide et expliquerait qu’il observerait les autres depuis un moment. Pourquoi, comment? Pourquoi n’est-il pas intervenu avant? Vers où compte-t-il les guider? Est-il vraiment fiable? En tout cas, il saurait ce qui vient de leur arriver alors qu’il n’était pas sur les lieux."

Je ne m'attendais pas à ce que Damien propose un nouveau personnage, mais ça me convient, je vais faire avec. En fait, j'ai fusionné son concept avec un autre qui me trottait en tête et je commence à déjà bien visualiser mon futur guide, la chiffonnière Euphrasie Pierron.

B. Pas d'exercice d'écriture de Draftquest ce jour car pendant le confinement, mes conditions d'écriture sont sous-optimales, et aussi j'ai prévu un gros travail de pré-écriture avec la rédaction des feuilles de personnages de Père Benoît et de Madeleine Soubise, donc j'économise du temps là-dessus.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. Je complète mes feuilles de personnages avec quatre caractéristiques inspirées du livre L'anatomie du scénario par John Truby :
+ Son désir conscient
+ Son besoin inconscient
+ Sa faiblesse psychologique (qui pousse le personnage Ă  faire du mal aux autres)
+ Sa faiblesse physique (dont souffre le personnage)

E. J'ai profité de l'offre gratuite du deck de cardes de base de The Story Engine et je m'en suis servi pour créer l'arc narratif d'Euphrasie Pierron, qui sera la guide pour l'exil de Madeleine et Hippolyte.

F. J'ai étoffé deux personnages, Père Benoît et Madeleine Soubise, via une feuille de personnage assez complète proposée par Jérémy Baltac pour créer des personnages de roman. Cette feuille de personnage peut par ailleurs diablement vous intéresser si vous voulez faire des personnages de jeu de rôle particulièrement détaillés !
Fiche du père Benoît
Fiche de Madeleine Soubise

G. Beaucoup de préparation pour cet épisode de transition, à laquelle je consacre mes trois heures d'écriture hebdomadaire. Je l'ai donc fusionné avec la session d'écriture suivante, ce qui m'a fait sauter une semaine de publication dans le planning !

H. Entretemps, j'ai parcouru le livre Les Vosges pittoresques et historiques écrit au 19ème siècle par Charles Charton. La couverture avait tout pour me plaire ! Mais in fine le contenu est peu exploitable. Le style littéraire, en mode Petit Futé du 19ème siècle ultra fan des Vosges, est inénarrable. Je me suis contenté de lire les chapitres concernés à la région de Bains et Xertigny (où se trouvent les Voivres) et à celle de Darney.

I. J'ai modifié mon système d'écriture. Désormais (en m'inspirant d'une technique d'Alban Paladin), les PNJ ne peuvent pas avancer sur leur objectif sans impliquer un PJ.

J. Je n'ai pas utilisé de jeu de rôle pour cette session de transition. Il y a un certain nombre de choses à mettre en place avant de commencer l'exil vers Xertigny, qui sera joué avec Oriente.


Bilan :

A. Au train où vont les choses, je pense que la prochaine session sera également jouée sans système principal. Le guide n'a pas encore été recruté et il me reste pas mal de choses à écrire avant le départ !

B. Seulement 1088 mots de récit pour cette session ! Les fiches de Jérémy Baltac ont clairement grévé ma production, mais je le dois aussi à l'écriture en temps fractionné, j'ai dû faire environ 6 sessions d'une heure pour cet épisode. J'ai beaucoup hésité à carrément arrêter Dans le mufle des Vosges durant le confinement, mais j'ignore combien de temps ça va durer, et j'ai peur de salement perdre la main entre temps. Du coup, je vois cette avancée, même à pas d'escargot, comme une forme de résistance.


Aides de jeu utilisées :
Nervure (pour la question au public)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet Ă©pisode : 1088
Total :  39554


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : ajout d'un objectif pour la SĹ“ur Joseph



Question au public :

Voici la question qui fait suite Ă  cet Ă©pisode :

Un des personnages principaux (la Sœur Marie-des-Eaux, Père Benoîte, Madeleine ou Hippolyte) a scellé un pacte avec un souvenir précieux en gage. Lequel ? Pouvez-vous en dire plus sur la nature du pacte et du souvenir laissé en gage ?


Auteur de Millevaux.
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