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#1 21 Sep 2018 14:53

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

[Les GN Millevaux] Comptes-rendus de partie

Une section r√©serv√©e aux comptes-rendus de jeux de r√īles grandeur nature r√©alis√©s dans l'univers de Millevaux, sous toutes les formes.

** : partie enregistrée, sans récit écrit

Comptes-rendus de partie par Thomas Munier :

(J) : règles du jeu disponibles (les autres GN sont potentiellement reconstituables à partir du compte-rendu, mais demanderont peut-être plus de travail de réappropriation)

1. C-Day, le jour de la Crise (J)
Un GN en huis-clos o√Ļ l'on joue les grands de ce monde la veille de l'apocalypse foresti√®re

2. Rouge (J)
joué sous Millevaux Sombre en réalité augmentée dans les Vosges, au Bois du René.

3. Balade pour un Missile, en réalité augmentée au Bois du René
joué sous Millevaux Sombre Zéro en réalité augmentée dans les Vosges, au Bois du René.

4. Les Buttes-Sludgecore
Une promenade hallucin√©e dans les Buttes-Chaumont pour cette exp√©rience de Millevaux en jeu de r√īle grandeur nature, sans orga et sans costume et dans un lieu public !

5. Une dernière chance * (J).
Quand le jeu de r√īle grandeur nature √† la nordique s'invite √† Millevaux. Une exp√©rience intense. Avec en prime des captations audio des ateliers par Thomas B. !

6. Les Oiseaux * (J)
L‚Äôenregistrement d‚Äôune session des Sentes que j‚Äôai anim√©e. Quand des chasseurs d‚Äôoiseaux d√©sesp√©r√©s se confrontent √† des trains fant√īmes qui ravivent leurs pires souffrances existentielles. Entrez dans l‚Äôunivers ensorcel√© et hallucin√© de Millevaux¬†! Un enregistrement par Claude F√©ry, un grand merci √† lui¬†!

7. Le buisson ardent
Une partie-charnière marquée par une organisation collective de ouf, un briefing chaotique, des ateliers compliqués, une installation faste et une partie magique.



Comptes-rendus de sessions sans l'auteur :

1. Ligne 16: Botzaris - Warhol-Hirst ** (J)
Un crossover entre le GN Magnéto Millevaux et l’univers post-soviétique de Yirminadingrad pour cette partie solo par Prokrast !


Comptes-rendus de jeux écrits par la communauté :

1. Comptines Inflorescentes
Le GN Millevaux po√©tique et doloriste par kF organis√© par mes soins en ligne et en multicanal. Un r√©cit par nompard√©faut  (temps de lecture¬†: 5 mn)


Jeu sans compte-rendu :

1. Le Retour du Roi en Jaune
Une murder hallucinée dans les tréfonds parisiens, dans l'attente de la venue du Roi. (matériel dispo sur demande)

2. La fin du règne
À minuit vous rejoindrez le règne animal. Organisez votre dernière journée dans l’humanité.

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darkismus, cc-by-nc


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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#2 21 Sep 2018 14:53

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Les GN Millevaux] Comptes-rendus de partie

LES BUTTES-SLUDGECORE

Une promenade hallucin√©e dans les Buttes-Chaumont pour cette exp√©rience de Millevaux en jeu de r√īle grandeur nature, sans orga et sans costume et dans un lieu public !

Joué le 26/11/2017 dans le cadre de la Tournée Paris est Millevaux 6

Le jeu : jeu de r√īle grandeur nature, sans r√®gles.

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crédits : Pierre Metivier, cc-by-nc, sur flickr.com

Retrouvez également un retour plus détaillé du point de vue game design sur ElectroGN


Le contexte :

Dans le cadre des tournées, je laisse aux personnes qui m'hébergent le soin de définir l'animation. C'est ainsi qu'on m'a proposer de faire une "promenade hallucinée" intitulée "Les Buttes-Sludgecore" et qui se passerait dans le parc des Buttes Chaumont qu'on imaginerait plongé dans le futur post-apocalyptique de Millevaux.

Nous nous sommes donc retrouvés à 5 dans ce parc. Nous avons défini quelques règles de départ :
+ Charge à nous de "millevaliser" notre environnement par nos descriptions.
+ On peut utiliser tous les objets qu'on porte sur nous comme étant aussi des objets détenus par notre personnage.
+ Nous sommes dans un lieu public (et en l‚Äôoccurrence tr√®s fr√©quent√©). J‚Äôai pourtant dit quelque chose du genre¬†: ¬ę¬†N‚Äôayez pas peur de faire les pitres, tout le monde a l‚Äôair bizarre √† Paris donc on passera inaper√ßus¬†¬Ľ. Dans la pratique, on s‚Äôest quand m√™me un peu autocensur√©s. On a souvent mim√© ou d√©crit nos actions plut√īt que de les faire vraiment, on a aussi √©vit√© de crier, de faire de grands gestes, ou de parler directement aux passants.
+ On dit oui à toutes les propositions... sauf quand on dit non (pour des raisons scénaristiques ou de sécurité émotionnelle).
+ On fait un premier atelier de 1/4 h de mise en jambe (une sorte de mini-partie o√Ļ on tente les trucs les plus fous et o√Ļ on s'exerce √† dire non) puis on joue environ 1h1/2, suivi d'un debriefing de 1/4 d'h.


Atelier :

On part d'une des entrées du parc. Je ne me rappelle plus quel objectif on s'était fixé pour nos persos mais déjà il est question d'aller au Belvédère qui surmonte le parc (je crois que c'était une sorte de temple corrompu). On tente des trucs foutraques, nos corps mutent, on fouille dans les poubelles, on joue avec les feuilles, on s'insulte, on s'empoigne, je trippe sur les pigeons et les corbeaux, je demande à un joueur de franchir une grille derrière laquelle seraient parqués des mères truies (il n'escalade pas la grille, il raconte jusqu'il le fait) et je raconte que la mère truie lui mange une jambe.
A l'issue de cet atelier, on reprécise un peu la corporalité. On se met d'accord pour limiter les contacts physiques entre nous à des gestes peu invasifs. Pas de grandes embrassades ou de grandes bousculades.
On se met aussi d'accord sur le fait qu'il faut composer avec le grand nombre de passants, leur trouver un r√īle dans notre imaginaire partag√©.


La Partie :

Les Buttes-Sludgecore sont devenus un purgatoire o√Ļ errent les d√©funts en attente de leur jugement. Les passants sont des fant√īmes, nous des fant√īmes gardiens, charg√©s de rep√©rer les sorciers, des humains vivants cach√©s parmi les fant√īmes et qui capturent des fant√īmes pour les besoins de leurs sortil√®ges. Nous avons une confrontation avec un chien renifleur de fant√īmes qu'il nous faut fuir. Nous trouvons une rivi√®re de m√©moire, F. y plonge ses mains, et il lui revient √† la m√©moire qu'il √©tait un tueur, il a des mains d'√©trangleur d√©sormais. Il enterre un de ses doigts √† l'attention d'un fant√īme. Nous voyons des sorciers qui prennent l'un d'entre eux en photo : c'est une attitude de mortel utilisant des artefacts m√©moriels. Mais nous ne voyons pas comment l'attaquer.

Nous voyons une statue totalement déformée par l'emprise, monstrueuse. Je ne résiste pas à la tentation de la toucher et mon bras se met à muter. On trouve d'étranges fruits contre l'emprise mais ils sont trop hauts dans un arbre, impossible de les cueillir. On me tend un artefact fait de feuilles agrafées, ça me guérit.

Nous voyons le belv√©d√®re qui abrite les seigneurs fant√īmes qui vivent de la collecte des souvenirs. Un tuyau passe sous la rivi√®re pour atteindre le bas de la colline des seigneurs, mais il est gard√© par des oiseaux anthropophages. Huldu se penche au bord et se fait attaquer par un kraken. Mais il arrive √† passer dans le tuyau, au prix d'une perte de m√©moire. Nous arrivons √† chasser le kraken, F. conserve un de ses tentacules comme arme qu'il porte sur son √©paule. Nous √©laborons un stratag√®me pour r√©attirer Huldu vers nous. Il revient avec un artefact qui est tomb√© du haut de la colline : il appelle √ßa un miroir des √Ęmes mais en r√©alit√© c'est un vieux smartphone.

Nous aperçevons un sorcier en planque dans un tunnel, j'envoie F. le tuer avec ses mains d'étrangleur, il revient sans préciser ce qui s'est passé dans le tunnel.

Nous trouvons un arbre √† feuilles d'or, ce sont les meilleurs souvenirs. Ils sont r√©cup√©r√©s par des r√©colteurs qui sont cens√©s les ramener aux seigneurs, qui ont le monopole sur ces souvenirs. Je ne peux m'emp√™cher de ramasser des feuilles d'or pour me shooter aux bons souvenirs, les autres parviennent √† me ma√ģtriser avant que je ne fasse une overdose. T. attaque un r√©colteur et lui pique sa hotte : il peut ainsi se faire passer pour un r√©colteur.

F. a perdu une partie de sa mémoire. Il nous confie alors qu'il a laissé filer le sorcier sans le tuer, ainsi qu'un plan qu'il a avec P., mais nous comprenons à peine, préoccupés que nous sommes par nos propres soucis.

Nous devons franchir un ruisseau d'oubli à gué, je glisse et tombe dans l'eau, je deviens très-amnésique, il faut tout me réexpliquer. F. voit un corbeau nous espionner, sans doute un Corax. Il le fait fuir.

F. ramasse une feuille de souvenir nécrosée, ça peut être utile. Un mauvais souvenir, très sale, genre le souvenir d'avoir fait beaucoup de mal à une personne qui avait totale confiance en nous.

Nous arrivons √† une terrasse o√Ļ des sorciers sirotent des caf√©s faits avec les bons souvenirs des fant√īmes. Nous comprenons alors que sorciers et seigneurs sont de m√®che. Ivre de rage, je me pr√©cipite sur les buveurs et j'en tue un net, les autres fuient √† l'int√©rieur du caf√© pour demander protection.

Nous arrivons devant le pont, il y a un gardien qu'Huldu neutralise avec son miroir. Nous passons le pont, le vent est fort et il charrie des rumeurs de souvenirs, le pont tremble. A la fin du pont, encore une √©preuve qui nous voit victorieux. Nous marchons parmi les seigneurs repus de souvenirs, sur le chemin du belv√©d√®re nous nous interrogeons mutuellement sur ce que nous ferons une fois les seigneurs renvers√©s. Je rappelle √† F. que la carte √† jouer qu'il d√©tient, le Valet de CŇďur, aura s√Ľrement un r√īle.

Arriv√©s au belv√©d√®re nous y trouvons des seigneurs alanguis autour d'un narguil√© qui contient les meilleurs souvenirs. Je vois Paris, non pas le d√©cor de ruines qu'on voyait √† d'autres points culminants des Buttes, mais le Paris tel qu'il fut, les immeubles intacts, baign√©s de lumi√®re, un paradis terrestre. Je saute pour trouver ce paradis et mon corps s'√©choue dans la rivi√®re. F. d√©fausse son valet de cŇďur qui tue les seigneurs. Il abandonne alors l'id√©e de sa propre libert√© pour lib√©rer les fant√īmes. Alors que les fant√īmes √©mergent d'une sorte d'√©veil √† la conscience et quittent un √† un les Buttes, F. sera un concierge pour les nouveaux arrivants.

P. et T. renoncent à leurs projets de succession des seigneurs et quittent les Buttes, en paix.

Huldu contamine le narguilé avec une feuille pourrie...


Commentaires :

Mise en jeu :

+ Un certain nombre d'√©l√©ments n'√©taient que d√©crits (le kraken, mes mutations) sans support r√©el, mais beaucoup de choses partaient de la r√©alit√© : le chien renifleur de fant√īmes √©tait un vrai chien, les sorciers infiltr√©s de vraies personnes, les oiseaux anthropophages et les Corax de vraies oiseaux (F. a vraiment fait fuir un corbeau :), de m√™me qu'il a vraiment tremp√© ses mains dans une rivi√®re (et l‚Äôeau √©tait tr√®s froide :) ), le fruit √©tait un objet accroch√© dans un arbre, les feuilles des meilleurs souvenirs √©taient des feuilles jaunes de gingko, les rivi√®res de vraies rivi√®res, idem pour le pont et le belv√©d√®re...

Retour personnel :

+ Cette promenade roleplay hallucinée dans les Buttes-Chaumont a été une belle réussite. Une expérience de GN/réalité augmentée très concluante, ça a monté en puissance jusqu'à un final très émouvant sur la vue d'un Paris post-apocalyptique : à ce moment-là on a vraiment une vue superbe sur Paris et ça nous a inspirés. Cela aurait marché encore mieux si j'avais pris la peine de redéfinir les axiomes de Millevaux au départ et être plus clair sur la corporalité. Mais ça m'encourage à poursuivre mes incursions en terre GNistique.

+ Tous les joueurs n'√©taient pas moteurs au m√™me niveau, mais √ßa mont√© en puissance au fur et √† mesure, vers la fin j'ai eu l'impression que tout le monde s'√©tait appropri√© la formule et participait au m√™me niveau. D√®s fois, je complotais dans mon coin avec un joueur ou deux et je voyais les autres se concocter leur petite fiction de leur c√īt√©, c'√©tait tr√®s int√©ressant, on arrivait vraiment sur du jeu sans orga, multipolaire.

+ Le Parc des Buttes-Chaumont est un site intéressant, parce qu'avec son parcours ascendant vers le belvédère, il est à la fois ludique (les escaliers, les détours par des tunnels, les ponts...) et narratif : ça a donné du corps et une direction à notre GN improvisé.

+ On s'est tr√®s peu dit "non", une fois l'atelier pass√©. J'ai lutt√© personnellement contre ma pente naturelle √† faire le PJ-MJ que j'ai dans beaucoup de jeux sans MJ auxquels je participe. J'ai essay√© quand j'y songeais, de faire plut√īt des appels du pied, comme par exemple, quand je sugg√®re √† F., que j'avais vu par ailleurs sortir une carte √† jouer un peu avant sans avoir eu l'occasion de s'en servir, que sa carte tiendra un r√īle une fois arriv√©e au Belv√©d√®re. C'est F. ensuite qui a valid√© mon appel du pied, en se servant de sa carte et en disant pourquoi.

+ On m'a demand√© quelle agentivit√© il y avait dans ce GN (i.e quelle √©tait la libert√© d'action des personnages). Je crois que la notion d'agentivit√© manquait de pertinence vu qu'on √©tait sur du jeu sans MJ. on √©tait plut√īt sur de l'intercr√©ativit√©, sur du "on r√©pond toujours oui", sur de l'interaction chor√©graphi√©e, etc.

Retour à froid d’un des joueurs :
A lire sur son blog

Retour à froid de P. :
Je ne sais pas si tu souhaites mettre en avant le "non" du premier atelier quand tu as parl√© de la M√®re Truie qui attaque T.. Pendant le jeu, tu avais dit qu‚Äôelle lui attaquait la jambe et des g√©nitoires. Le joueur a donn√© un oui pour la jambe mais pas pour ses parties g√©nitales, ce qui a permis de poser des limites de jeu et de voir la limite de chacun sans pour autant que √ßa ait √©t√© un √©l√©ment "interrompant" le jeu. J'ai trouv√© ce moment marquant, voyant que chacun avait sa propre sensibilit√© et qu'on √©tait l√† dans une ambiance bienveillante (non que ce soit malveillant de base, mais plut√īt que le non √©tait aussi accept√© que le oui). J'aime aussi le d√©tail de cette proposition qui avait sp√©cifiquement pour but de mettre dans une situation d√©licate, en tant qu'outil permettant de d√©finir des bornes pour la fiction √† venir.
J'espère être plus présent / prendre plus de décisions avec l'ensemble du groupe à ton retour sur Paris si une promenade sludgecore est reprogrammée haha.


Auteur de Millevaux.
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#3 29 Oct 2018 15:47

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Les GN Millevaux] Comptes-rendus de partie

On réagit aux Buttes-Sludgecore sur le forum Casus No :

cdang a √©crit :

Ba vi, les pratiques r√īlistiques √©tant elles aussi tr√®s larges. Tiens, √ßa par exemple
http://www.terresetranges.net/forums/vi … 757#p17757
on est en plein air et contraint par l'environnement réel, mais c'est pas non plus du GN parce que ça reste essentiellement fondé sur la parole et les descriptions…

Apr√®s, je ne suis pas non plus forc√©ment pour dire ¬ę c'est un JdR si l'autrice d√©cide que c'en est un ¬Ľ mais je suis tr√®s inclusif   :D 

Et puis déjà qu'on a du mal à définir ce qu'est un jeu tout court…

Ravortel a √©crit :

C'est clairement du GN et donc du JdR "pas sur table" (et pas du tout, mais alors pas du tout √† mon go√Ľt). Les limitations en paroles n'√©tant d√Ľes qu'au fait qu'ils √©taient dans un lieu public avec des passants et donc susceptibles de soucis avec les forces de l'ordre peut enclines √† comprendre de sulfureuses explications.

cdang a √©crit :

Pour moi c'est clairement du JdR sur table parce qu'ils n'ont pas de costume :mrgreen: Thomas Munier appelle √ßa lui-m√™me du GN donc oui c'est du GN (et pas que pour √ßa) mais un truc assez insaisissable fait que √ßa me semble √† cheval sur la fronti√®re (et donc que √ßa d√©pend o√Ļ on met le curseur). Apr√®s une autoanalyse rapide, je dirai que j'ai une vision fauss√©e du GN (que je ne connais que tr√®s mal) que j'imagine plus script√© (ou disons plus pr√©par√©). Mais au final ce n'est que reculer pour mieux sauter. On peut jouer au JdR sans table et en ext√©rieur. On peut y jouer en marchant dans la rue. Est-ce le seul fait de prendre en comptes des √©v√©nements de la vie r√©elle dans la di√©g√®se qui fait basculer c√īt√© GN ? C'est sans doute plus √ßa qui me titille.

Par ailleurs, les limitations n'étaient àmha pas dues aux forces de l'ordre mais au contrat initial (ce qui ne change rien à la présente discussion, hein).

angela a √©crit :

C'est un peu th√©√Ętraliser la vie durant un temps d√©fini, s'approcher des happenings (√ßa me fait pas mal penser √† Fluxus, mouvement d'art total (vie=art), des ann√©es 60)

cdang a √©crit :

Ayest, j'ai trouvé ce qui me titille : je dirai que dans du JdR sur table, la diégèse et l'histoire émergent essentiellement du dialogue alors que dans le GN, la diégèse ni les actions des PJ ne sont explicitées (sauf ce que l'on n'arrive pas à reproduire en réel). Ce qui permet de distinguer une scène de GN dans laquelle les joueuses sont assises autour d'une table d'une partie de JdR sur table.

Donc, avec ça en tête, je dirai que Buttes-Sludgecore est à la frontière parce qu'une grande partie de la diégèse et des actions doivent être explicitées, il ne suffit pas d'agir comme si on était dans la diégèse pour que la partie marche.

C'est bien s√Ľr ouvert √† discussion. En particulier, j'imagine bien que les Norv√©giens ont explor√© et d√©pouill√© tout √ßa mais je n'ai pas les ressources (bon, faudrait peut-√™tre bouquiner les actes des Knudepunkts genre √ßa).


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#4 21 Feb 2019 09:07

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Les GN Millevaux] Comptes-rendus de partie

Les Buttes-Millevaux.

Une analyse de mon expérience de GN Millevaux en promenade hallucinée et les conclusions que j’en ai tirées pour la suite de mes aventures Gnistiques ! Sur Electro-GN.

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crédits : Pierre Metivier, cc-by-nc, sur flickr.com


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#5 23 Feb 2019 14:23

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Les GN Millevaux] Comptes-rendus de partie

Ligne 16: Botzaris - Warhol-Hirst

Un crossover entre le jeu de r√īle Magn√©to Millevaux et l‚Äôunivers post-sovi√©tique de Yirminadingrad pour cette partie solo par Prokrast¬†!

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iveka19, cc-by-nc, sur flickr.com


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#6 01 Apr 2019 08:15

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Les GN Millevaux] Comptes-rendus de partie

UNE DERNI√ąRE CHANCE

Quand le jeu de r√īle grandeur nature √† la nordique s'invite √† Millevaux. Une exp√©rience intense.
Avec en prime des captations audio des ateliers par Thomas B. !

Le jeu¬†: Ho‚Äôoponopono, le jeu de r√īle-rituel sur la gu√©rison et la r√©conciliation familiale

Jou√© le 26/05/2018 en For√™t de Rennes, dans le cadre du G√ģte Millevaux

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ex_magician, cc-by-nc, sur flickr.com


Captations audio par Thomas B. : intégral

Lire / télécharger le mp3


Captations audio par Thomas B. : fragments

Présentation de Millevaux
Marche dans la forêt
Le danger de l'eau
Atelier cri primal


Contexte :

Comme je le r√©p√®te souvent, mes envies de Millevaux en jeu de r√īle grandeur nature vont croissant.

Quand j'ai eu l'occasion avec Eug√©nie d'organiser le G√ģte Millevaux, premi√®re convention priv√©e d√©di√©e √† Millevaux, j'avais affich√© l'√©v√©nement comme √©tant biclass√© jeu de r√īle sur table / jeu de r√īle grandeur nature.

Malgr√© un temps radieux, et sans doute √† mettre sur le compte du profil essentiellement r√īliste des invit√©.e.s, nous avons h√©las vu le programme des GN fondre au fur et √† mesure, et le week-end venu, nous n'avons finalement fait qu'un groupe de GN, en une seule apr√®s-midi.

Mais si la quantité fut absente, la qualité fut bel et bien au rendez-vous.

Nous avons fait une voiture (5 personnes en tout), direction la Forêt de Rennes, plus grande forêt domaniale de Bretagne. Notre point de chute : le parking de l'acrobranche, en plein milieu de la forêt. On met 5/10 minutes à traverser la forêt en voiture, je trouve que ça représente une première mise en condition.

J'ai √©t√© le guide de notre exp√©dition. J'avais pour l'occasion achet√© une tenue militaire au surplus de Plo√ęrmel, que j'avais enterr√©e sous quelques cm de sol pendant dix jours. Au final, la terre n'a pas adh√©r√© au v√™tement tant que √ßa. Restait quand m√™me une odeur terreuse int√©ressante. Mais je devrais songer √† r√©enterrer mon costume, plus longtemps, plus profond. J'avais aussi chang√© de lunettes (optant pour des rondes que j'estimais plus post-apo) et mis des chaussures de marche noire qui faisaient un peu rangeo (et √©taient carr√©ment trop chaudes pour la raison, mais je dois apprendre √† souffrir par amour du GN). J'avais aussi omis de me raser pendant six jours, ce qui √©tait finalement la touche la plus cradingue de mon costume.

L'id√©e c'√©tait de marcher un peu (pendant que je r√©expliquais les principes de l'univers de Millevaux), trouver un site pour un premier atelier, remarcher, faire un premier mini-GN, remarcher, en faire un second. Au final, on ne s'est pas beaucoup √©loign√© du parking. Si au niveau visuel, √ßa allait, on ne voyait pas vraiment la civilisation, au niveau sonore, on entendait souvent des √©clats de voix. Clairement on aurait gagn√©, plut√īt que de partir directement dans une parcelle de for√™t comme j'ai fait, √† marcher un temps sur le sentier goudronn√© puis seulement ensuite entrer dans les parcelles. Ceci dit, on n'a crois√© aucun promeneur, et √ßa ce fut assez royal compte-tenu du caract√®re tr√®s fr√©quent√© de la For√™t de Rennes.

Notre parcelle, tr√®s proche de la route, √©tait √† moiti√© en prairie naturelle. C'√©tait assez dr√īle d'√©voluer dans les hautes herbes, le terrain √©tait tr√®s accident√© avec des ruisseaux dissimul√©s sous l'herbe et des creux et des bosses, il fallait vraiment faire attention quand on marchait.

Je voulais que l'activit√© reste accessible aux personnes √† station debout p√©nible / marche p√©nible, aussi j'ai t√Ęch√© de demander r√©guli√®rement si √ßa allait, de laisser les personnes d√©cider des lieux de station, et de veiller √† ce que √ßa soit toujours facile de s'asseoir.

Un participant a fait des captations sonores de notre marche dans cette prairie naturelle en coeur de forêt. Si jamais j'ai accès à l'enregistrement, je le mettrai en accompagnement de ce compte-rendu :)

J'avais oubli√© mon portable dans la voiture, donc j'√©tais d√©pendant des autres pour conna√ģtre l'heure, mais finalement cela a donn√© un c√īt√© plus spontan√© √† mon animation, je n'√©tais pas √† surveiller l'heure constamment, on a laiss√© les activit√©s durer le temps qu'elles devaient durer plut√īt que de tout minuter, m√™me si j'annon√ßais des dur√©es, on les respectait √† la louche.

Notre premier atelier a duré un quart d'heure et s'intitulait "Cri Primal".

L'id√©e √©tait de s'entra√ģner √† faire des cris d'animaux. Quand on est meneur / orga ou personnage dans un jeu de r√īle sur table ou un grandeur nature, ce me semble une habilet√© int√©ressante √† d√©velopper. C'est mieux de faire un cri de chouette plut√īt que de dire : "vous entendez une chouette" : c'est plus charnel, plus pr√©sent. C'est aussi un exercice de l√Ęcher-prise, et c'est une pr√©paration √† une √©ventualit√© propre √† l'univers de Millevaux, o√Ļ les humains sont condamn√©s √† devenir des animaux.

Une joueuse, qui fait de la mise en sc√®ne et de la dramaturgie dans le th√©√Ętre, nous a propos√© un exercice d'√©chauffement du diaphragme en pr√©paration (il fallait sortir des sons de sa bouche tout en se massant le diaphragme). J'ai pour ma part insist√© sur le fait que pendant l'atelier, on chercherait une intention, une voix, pas √† pousser le volume sonore. L'id√©e n'√©tait pas de finir avec une extinction de voix.
Puis, chacun notre tour, on poussait un cri d'animal pendant le temps qui nous semblait opportun. J'ai insisté sur le fait que ça pouvait être un animal fictif, chimérique, ou qu'il fallait pas chercher à être ressemblant. On pouvait accompagner nos cris d'une gestuelle ou de mimiques si ça nous aidait.
Quand tout le monde a fait son cri, on a refait un tour (tout le monde de mémoire, s'est alors essayé à un animal différent), et encore un tour.
Entre chaque tour, j'invitais les gens à reprendre leur respiration.
Et pour le grand final, on a tous fait un cri d'animal en même temps, pour faire une cacophonie.

C'est typiquement le genre d'atelier qu'il faut vivre pour comprendre ce que √ßa signifie. Sur le papier, c'est juste : "on fait des cris d'animaux". In situ, √ßa avait vraiment un c√īt√© primal. Tout le monde m'a souffl√© par sa capacit√© √† improviser des cris vraiment textur√©s, qui racontaient une histoire. La plupart m'ont tout bonnement terrifi√©, et je me suis pris √† m'imaginer en plein bivouac au milieu de la nuit : comment j'aurais r√©agi si j'avais entendu √ßa sans voir l'√™tre qui produisait le son ? C'√©tait aussi sid√©rant de voir les postures et les gestuelles. L'un d'eux a fait un cri d'animal accompagn√© d'une gestuelle qui auraient trouv√© toute leur place dans Walking Dead.

Nous avons remarché dix minutes puis trouvé un nouveau site pour faire un mini-GN. J'avais prévu d'en faire un deuxième à la suite, mais le premier ayant duré un peu plus que prévu, et m'ayant beaucoup marqué, j'ai finalement préféré en rester là. Cela nous a permis de rentrer avant qu'il se mette à (un tout petit peu) pleuvoir.

Ce mini-GN est inspir√© d'un jeu de r√īle sur table de ma cr√©ation qui s'appelle Ho'oponopono.
Le jeu de départ propose de jouer les membres d'une famille polynésienne dysfonctionnelle qui participe à un rituel de réconciliation pour guérir de la maladie qui frappe la famille. J'ai juste adapté en passant en grandeur nature et en décalant l'action dans Millevaux.

Seul moi et un autre joueur étions costumés, mais je crois que le deuxième joueur a prêté une pièce de costume à un troisième, et dans l'absolu, on a pris notre parti des vêtements contemporains des autres (d'ailleurs le joueur de Cadet a intelligemment manipulé son sweat à capuche pour en faire un accessoire dramatique à part entière).

Je savais que ce GN pouvait avoir une certaine teneur émotionnelle, et en ce qui me concerne, c'est exactement vers là que je voulais aller (j'ai omis de le préciser, et je le regrette un peu. Cela s'est bien passé, mais je n'avais aucun intérêt à dissimuler cette attente). Donc j'ai proposé un atelier d'un quart d'heure axé sur la sécurité émotionnelle. Un joueur a demandé à ce qu'il y ait un safe word, alors on s'est mis d'accord sur "Freine" et "Stoppe" (en préférence aux termes consacrés "brake" et "cut" que je trouvais difficile à mémoriser) avec une gestuelle associée.
L'atelier de sensibiliser visait √† nous entra√ģner sur la corporalit√©, √† voir o√Ļ se situaient nos limites et √©ventuellement √† en fixer. Je voulais que par bin√īme on se prenne dans les bras, puis on s'engueule, mais finalement on a fait un atelier un peu plus complexe, inspir√© d'un atelier du GN Serpent de Cendres de J.Tuomas Harvainien
Notre site de jeu √©tait un beau cercle de liti√®re foresti√®re garni de quelques petits arbres. J'ai divis√© le cercle en deux zones : la zone de l'affection et la zone de la rancoeur. J'ai ensuite divis√© l'atelier en trois √©tapes, de niveaux d'intensit√© croissant. Pendant l'atelier, on se d√©pla√ßait comme on voulait entre les deux zones. Pendant le niveau 1, quand on croisait quelqu'un dans la zone de l'affection, on lui adressait un sourire ou une mimique de sympathie, et dans la zone de rancŇďur, on adressait un rictus √©nerv√© aux personnes qu'on croisait. Pendant le niveau 2, on faisait un plus large sourire et on touchait l√©g√®rement le bras et l'√©paule dans la zone de l'affection ; alors qu'on faisait des grimaces et qu'on avait une posture agressive dans la zone de la rancŇďur. Pendant le niveau 2, on se prenait dans les bras dans la zone de l'affection, on avait des gestes tr√®s agressifs dans la zone de la rancoeur (interdit d'approcher √† moins d'un m√®tre cependant).
En debrief de cet atelier, on a valid√© qu'on √©tait tous et toutes pr√™t.e.s √† aller jusqu'au niveau 3 de l'affection et de la rancŇďur. En ce qui me concerne, j'ai cependant dit qu'on serait bien avis√©s de prendre dans les bras avec mod√©ration ; que si tous les personnages le faisaient, √ßa para√ģtrait fabriqu√© ; que c'√©tait sans doute r√©serv√© √† un climax : c'√©tait une r√©serve personnelle que j'ai exprim√©.
On a aussi regrett√© le choix de la zone pour cet atelier. Les deux zones √©taient trop petites, si fait qu'on passait vraiment brutalement de la rancŇďur √† l'affection, sans zone de neutralit√©. Elles √©taient aussi mal d√©limit√©es, j'ai vu au moins une fois une personne se tromper sur l'attitude √† adopter en fonction de la zone, je me suis permis de la lui signaler pour que les choses reprennent leur cours.

J'ai ensuite expliqué le principe du GN en lui-même. Nous sommes dans Millevaux, nous sommes une famille dysfonctionnelle, chacun explique qui est son personnage, qui il est au sein de la famille, comment la maladie l'affecte. Ensuite, la famille doit suivre un rituel de guérison qui consiste ainsi :
+ Chacun et chacune, tournez-vous vers un autre personnage et dites-lui : ¬ę Je t‚Äôaime. ¬Ľ
et dites pourquoi.
+ Chacun et chacune, tournez-vous vers un autre personnage et dites-lui : ¬ę Je suis d√©sol√©(e). ¬Ľ
et dites pourquoi.
+ Chacun et chacune, tournez-vous vers un autre personnage et dites-lui : ¬ę Je te demande pardon. ¬Ľ
et dites pourquoi.
+
Chacun et chacune, tournez-vous vers un autre personnage et dites-lui : ¬ę Merci. ¬Ľ
et dites pourquoi.
+ Puis, chacun et chacune, dites si la maladie s’en est allée.


On a fait un tour de présentation des personnages, puis j'ai annoncé qu'on allait jouer environ trois quarts d'heure si possible sans interruption méta à part le safe word ou éventuellement un point sur les règles si vraiment nécessaire (nous n'avons eu ni l'un ni l'autre).

Il y avait le Grand-Père, le doyen de la famille qui l'a longtemps mené d'une main de fer, mais il souffre d'une extinction progressive de la voix et donc il cherche à céder son leadership à son fils Sylvain.

Sylvain, un des fils de Grand-Père, a vécu dans les brimades de ce dernier, et dans son ombre. Il a beaucoup de rancoeur envers lui.

Prune, sŇďur de Sylvain, est effac√©e. On ne sait pas grand-chose sur elle. Depuis quelques temps, elle ne dort plus du tout.

Karl (que j'ai interpr√©t√©) est le troisi√®me membre de cette fratrie. Depuis qu'il a d√Ľ tuer deux de ses enfants devenus des zombies, il n'est plus du tout le m√™me. Il est autoritaire et parano√Įaque, et se comporte √† la fois comme un gardien et un surveillant pour la famille.

Cadet est le troisième enfant de Karl. Karl l'a épargné car il le pensait exempt du virus zombie. Mais en réalité, Karl est porteur sain, ou en tout cas infecté non déclaré.

Man√®le est la nouvelle femme de Grand-P√®re (qui est veuf). Ils ont beaucoup d'ann√©es d'√©cart (le joueur et la joueuse avaient aussi un √Ęge visiblement assez diff√©rent, on a act√© que c'√©tait la m√™me chose dans la fiction), mais dans un monde post-apocalyptique, n√©cessit√© fait loi. Man√®le a des maux de ventre importants et elle marche avec de plus en plus de difficult√©s.

Je ne suis allé interroger personne sur son identité de genre, mais en gros, je crois qu'on peut dire que Prune était incarnée par un joueur. On a considéré naturel que ça soit autorisé. J'ai juste demandé au joueur d'utiliser régulièrement des adjectifs féminins dans son RP, et en cours de jeu personnellement je l'ai toujours vu comme une fille.

J'ai demandé un silence puis j'ai lancé le jeu en parlant dans le personnage.

Lorsque je cogitais mentalement à ce que je ferais en GN Millevaux, j'avais en tête une expression faciale de dureté. L'idée était de devenir littéralement quelqu'un d'autre. J'ai mis cette idée à profit dans le personnage de Karl, quelqu'un que les circonstances ont rendu méchant, quelqu'un à l'équilibre mental brisé. J'ai essayé de travailler cette attitude de dureté, dans le visage et dans la corporalité tout au long du GN, je crois que ça a aidé à mon immersion et j'espère à celle des autres.

Lors du briefing, j'avais bien pr√©cis√©, et c'est je pense l'un des int√©r√™ts du jeu de r√īle Ho'oponopono, qu'on pouvait jouer un personnage qui m√©comprenait ou d√©fiait les r√®gles du rituel. Comme lors de mon playtest pr√©c√©dent (en jdr sur table), je me suis moi-m√™me engouffr√© dans cette br√®che.

Nous n'avions pas d'orga pour incarner le chamane qui explique les règles du rituel, alors on est partis du principe que c'était un personnage qui connaissait les règles, on m'a proposé que le mien ait justement été initié. Mais je voyais pas trop Karl en guérisseur bienveillant. Alors j'ai dit qu'en effet Karl connaissait le rituel chamanique. Qu'il n'y croyait pas, mais qu'il soupçonnait la "maladie" (dans sa tête, il parlait surtout de la menace du virus zombie) de prendre le dessus sur la famille, et que ce rituel était celui de la dernière chance avant qu'il emploie la manière forte comme autrefois.

√Ä plusieurs reprises durant le rituel, je me suis lev√© en protestant que √ßa ne marcherait pas. J'organisais les tours de parole avec morgue, d'un "au suivant !" m√©prisant et col√©rique. Mon personnage √©tait bien s√Ľr tr√®s r√©ticent, fuyant et proche de l'explosion quand c'√©tait √† son tour de se confier ou de recevoir une confidence. Plusieurs fois ce sont les autres qui ont d√Ľ le rappeler √† l'ordre.

Il y a eu d'autres contournements de règles très intéressants. Sylvain qui fait son "je suis désolé" vers Cadet, mais l'utilise pour dire : "je suis désolé que tu aies survécu", l'accusant d'être porteur de la maladie à venir. Cadet qui utilise son merci pour dire merci à tous...

Comme on a pu le dire en debriefing, on a √©t√© contraints par notre choix de site, tr√®s referm√©. On a commenc√© assis et on a mis beaucoup de temps pour se remettre debout et esquisser quelques mouvements de marche. La joueuse de Man√®le a manqu√© d'occasions de montrer les probl√®mes de son personnage √† marcher. Ces restrictions ont apport√©s d'autres choses, cependant. Le jeu a ras de terre avait son int√©r√™t. J'ai en m√©moire une sc√®ne tr√®s forte o√Ļ je pleure parce que je crains d'avoir √† nouveau √† tuer un membre de la famille, o√Ļ j'exprime mes regrets, et Sylvain me prend dans ses bras. Le fait qu'on soit √† terre a renforc√© l'impact, je pense. Et aussi, d√®s que quelqu'un se levait, √ßa avait beaucoup de sens. √Ä la fin, il y avait vraiment un premier plan, o√Ļ deux personnages centraux interagissent, et un arri√®re-plan, ou les autres personnages jouent l'impact par leurs postures, comme dans le th√©√Ętre contemporain.

La corporalité était forte, dans les gestuelles, dans les effleurements ou les embrassades, dans les vêtements tirés aussi. La voix de Grand-Père s'est fait de plus en plus inaudible, en ce qui me concernait je me contentais de suivre sa gestuelle pour jouer l'impact, sans savoir ce qu'il disait.

Le site fermé nous coupait un peu du monde. Seule interaction, les déplacements de toute fin, et aussi de temps en temps, Karl qui épie les sons, persuadé d'entendre un danger.

C'est un GN sans background de personnages, sinon celui, limit√©, esquiss√© en dix minutes lors du brainstorming commun. Le rituel permet d'amener des r√©v√©lations, et on joue l'impact. Karl explique √† Prune qu'il est d√©sol√© de n'avoir jamais fait attention √† elle, quand √† Prune elle reproche √† Sylvain d'au contraire lui dicter trop souvent sa conduite. Karl demande pardon √† Man√®le pour avoir m√©dit dans son dos, par m√©fiance pour cette √©trang√®re, il reconna√ģt ses torts. Man√®le d√©couvre donc ainsi que Karl est la principale cause de sa mauvaise acceptation dans la famille.

Et puis le joueur de Cadet nous sert un coup de th√©√Ętre sur un plateau. Il se l√®ve, met sa capuche sur sa t√™te, ce qui lui donne un air nouveau, mal√©fique. Il dit qu'il a fait un pacte avec une sorci√®re pour qu'elle donne le virus zombie √† son fr√®re et sa sŇďur et √† lui-m√™me. Il esp√©rait attirer sur lui l'attention de son p√®re, qui d'apr√®s lui l'ignorait au profit de son p√®re et de sa sŇďur. Mais √ßa ne s'est pas pass√© comme pr√©vu.

Sylvain réagit comme un fou. Dans cette colère nouvelle, il se révèle. Alors qu'il était ramassé, faisant la moue, il se redresse. Il gueule.

Le rituel continue tant bien que mal, mais forcément arqué sur cette révélation. Alors qu'on doute de plus en plus de son efficacité, il semble évident que Cadet doit partir ou mourir. La question du pardon importe peu, c'est surtout qu'il est toujours infecté. Karl refuse de tuer à nouveau, et en même temps il refuse que Sylvain prenne cette charge, alors qu'il se propose sans frémir.

Là, dans ma tête, je réalise qu'on a pêché sur l'endgame. On n'a aucun signal pour se dire que le jeu se finit ou comment il se finit. Résolus à rester in character, on s'envoie des signes de mise en scène comme on peut. Karl dit "vas-t-en Cadet", sèchement, puis il craque, il fait un signe de la main. Enfin, Cadet quitte le cercle. Mais il reste à la lisière, observe. En tant que joueurs, on ne sait pas si la partie est finie, c'est flou. Alors Sylvain annonce qu'il faut reprendre la marche. Karl se rue vers son petit, mais on le retient. Sylvain conduit la marche, en dehors du cercle. Karl suit, physiquement cassé, aux aguets, puis le reste de la famille. Enfin, nous avons une fin claire. La maladie a-t-elle été guérie ? Cette question reste en suspens.


Suite à l'intensité de cette partie, j'ai demandé au joueur de Sylvain s'il avait une technique pour sortir du cercle magique. Il a proposé qu'on mette tous au milieu une pièce de costume. J'ai également proposé qu'on se détende, qu'on se débarrasse des attitudes corporelles de nos personnages. On a aussi je crois pris une petite pause silencieuse. Cela nous a aidé à debriefer en étant sortis du personnage.

Je pense que tout le monde a vécu la partie de façon positive. Au niveau du ressenti, l'atelier a visiblement été utile, à la fois pour qu'on soit en relative sécurité, et aussi pour nous autoriser à aller assez loin. En terme de game design, on a surtout discuté des contraintes du lieu (choses rappelées précédemment dans mon compte-rendu). J'ai demandé si je n'avais pas trop cabotiné, l'équipe a dit que ça avait été utile, pour donner un "la". À refaire, si je veux être un orga plus en retrait, j'aurais pu envisager de jouer le chamane, d'être hors de la famille. Un truc avec un masque. J'ai trouvé que c'était un bon conseil.

J'ai personnellement atteint l'objectif que je m'√©tais fix√© : faire du GN √©motionnel dans Millevaux. L'univers de Millevaux subvertit la proposition d'Ho'oponopono avec puissance. J'ai h√Ęte d'utiliser ces acquis dans des propositions de GN Millevaux plus ambitieuses [Note √† la parution du compte-rendu : cette ambition, j'ai pu la r√©aliser avec Les Sentes, qui comporte d'ailleurs un rituel inspir√© de Ho'opopono, et qui reprend √©galement les ateliers exp√©riment√©s lors de cette session], tout comme j'ai h√Ęte de refaire un Ho'oponono Millevaux, ou qu'on en fasse un sans moi : il me semble que c'est une proposition simple et forte, facile √† remettre en place, et qui offre un r√©sultat m√©morable et surprenant.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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#7 23 Oct 2020 09:23

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Les GN Millevaux] Comptes-rendus de partie

COMPTINES INFLORESCENTES

Le GN Millevaux poétique et doloriste par kF organisé par mes soins en ligne et en multicanal. Un récit par nompardéfaut

(temps de lecture : 5 mn)

Le jeu : Comptines Inflorescentes, le GN Millevaux de kF

Joué le 10/05/2020 en ligne en multicanal

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cola miki & martin LaBar & dave_iam, cc-by-nc, sur flickr


Commentaire de Thomas :

Pendant le confinement, j'ai fait un certain nombre de GN en ligne en multicanal, et je me suis donc lanc√© dans ce GN tortur√© et po√©tique qu'est Comptines Inflorescentes. Le gameplay est int√©ressant puisque le r√īle de l'orga se borne √† recevoir les personnages deux par deux et √† leur faire des r√©v√©lations sur leur pass√©. J'avais mon canal d√©di√© pour ce faire, et ensuite les joueuses allaient jouer l'impact et r√©gler leurs comptes dans leur coin. Je n'en avais des aper√ßus que lors de mes entrevues avec elles.
Le jeu est prévu pour 7 prétirés, mais je n'avais que 5 joueuses. Cela a pourtant bien fonctionné, on a écarté les prétirés les moins riches (Rhyvia et Voyageur). Un joueur était un peu perdu donc je lui ai fait des debriefing internes en étant plus cash sur les révélations mais les autres ont eu l'air assez touchés. Un compte-rendu est à venir.


Le retour de kF, l'auteur de Comptines Inflorescentes :

merci pour ton retour ! C'est amusant de lire ce retour, il y a tellement de choses qui ne collent pas √† ma pratique et pourtant √ßa a l'air d'avoir bien march√©. Par exemple, je n'aurais jamais imagin√© jouer en ne r√©partissant pas tous les r√īles, qui ont chacun leur place dans l'histoire ; d'ailleurs, j'aurais dit que Voyageur √©tait absolument central, mais c'est vrai qu'il ne manque pas tant que √ßa en √©tant enlev√© !
C'est int√©ressant aussi d'adapter en ligne des GNs faits pour √™tre jou√©s en physique. Du coup, √ßa devient essentiellement du JDR freeform - ou plut√īt, √ßa cr√©e une petite enclave sp√©cifique, dont la possibilit√© est ouverte par Discord. Ca donne mati√®re √† r√©fl√©chir. Dans mon club, les gens sont assez puristes et n'auraient certainement pas voulu jouer en ligne, avec l'id√©e de "jouer le jeu comme il est vraiment cens√© √™tre jou√©" ; la mort de l'auteur a encore du progr√®s √† faire... en tout cas merci pour ton CR !


Le récit par nompardéfaut :

L'image que je me suis fait de Lucia est un genre de croisement entre une punk enragée, une cancéreuse métastasée et une templière inspirée.

En ce qui concerne le déroulement de la partie, voici son histoire entrecoupée de mes notes pour chaque contine :

1.
Avec Acide :
Je viens d'accoucher blessée je m'évanouie
Lucia assiste à la cérémonie de mariage d'Acide
Lucia découpe Acide en moceaux et la fait cuisiner
UN banquet on sert Acide à manger
Lucia mange la chair d'Acide et pleure en mangeant son foie
Acide une personne horrifi√©e la tient dans ses mains elle  est un b√©b√©

Lucia croit alors qu'Acide est son enfant et qu'elle a mang√© son foie. En sortant de la grotte Acide remue le couteau dans la plaie, Lucia est une boule de nerfs enrag√©e qui renvoie dent pour dent chaque remarque d'Acide. Lorsque Pr√™tre ressort de la grotte il raconte qu'il est perdu et que de toute fa√ßon le pass√© n'a pas d'importance. Lucia le traite de l√Ęche, qu'il choisi la facilit√© en refusant de porter le poid du pass√©. Ils se rendent l'un et l'autre dans la grotte.


2.
avec Prêtre :
Lucia refuse de donner son épée

La comptine de l'espoir
C'est un jour ou Prêtre force quelqu'un à scier son frêre ainé, le bourreau s'évanouit, il est forcé de se remettre à sa tache
Lucia est terrifiée et observe mais a juré de ne pas s'opposer à mon père Samuel qui se fait appeler Prêtre
Lucia reçoit l'épée de son père Samuel ou le Prêtre
Banquet je mange le corps d'une personne, je mange le foie, je pleure. Samuel a pris part au démembrement de cette personne.
Grande bataille en marge, quelqu'un tente de tuer Prêtre, je m'interpose je le protège, je le sauve.

Lucia redouble de rage. Elle comprends qu'elle a tout fait pour son père, qu'il lui a fait porter le poids de ses horreurs et que maintenant il est prêt à tout laisser derrière lui. Acide est présent, il rappelle à Lucia ce qu'elle a commis également. Sorcier est présent, Lucia n'était pas particulièrement hostile à son égard. Lorsque la grotte se vide, Lucia et Sorcier entrent.

3.
Avec Sorcier :
Lucia propose son épée, Sorcier refuse et donne sa bague.

Sorcier cède sa bague. C'est une bague de l'époque de la cité de Précieuse.
Sorcier erre dans Castelgris, il apercoit Lucia dans une aparition publique majestueuse.
Sorcier dans une grotte, Lucia le réveille.
Sorcier fabrique une potion apaisant les douleurs.
Un temps de paix dans la grotte.
Lucia mariée à quelqu'un portant une étoffe rouge.
Sorcier bénit leur union et leur donne la bénédiction de Précieuse.
Lucia prise dans les affres de l'accouchement, on me retire l'enfant de mon ventre. Sorcier est là, il voit l'enfant. Son visage est horrifié, il commande de le tuer et s'enfuit.

Lucia ne sort pas véritablement changée de la grotte. Cendre (et Acide, je crois) rentrent dans la grotte. Les deux personnages restants partent échanger des mots dans une autre zone. Lucia reste seule un moment. Cendre et la personne qui l'accompagne (Acide, je crois) ressortent. Cendre accuse Lucia d'avoir tué son fils Acide. Lucia perd de sa véhémence et montre de la culpabilité. Elle se retrouve seule à seule avec Cendre. Des phrases assassines entrecoupées de silences pour les digérer. L'épée de Lucia lui pèse de plus en plus et elle est petit à petit prise de faiblesse comme écrasée par ce poid. Quand le moment s'y prête, Cendre s'appuie sur Lucia afin qu'elle s'effondre. Lucia verse alors des larmes, elle est anéantie.

Prêtre pénètre dans la grotte, accompagnée de Cendre, je crois. On entends ses cris lorsqu'il se fait arracher les yeux. Lorsqu'ils ressortent, Cendre explique à Lucia qu'Acide n'était pas son fils et que c'est le foie de quelqu'un d'autre qu'elle a mangé. Le moment venu, Cendre propose à Lucia de se rendre dans la caverne. Lucia accepte mais elle est incapable de se mouvoir. Cendre la porte.


4.
Avec Cendre :
Lucia cède son épée.

Cendre est ma mère, souvenirs heureux, Lucia aime Cendre.
Cendre est assaillie de visions prophétiques, Putréfaction. Sa parole gêne, elle doit être internée, je ne peux pas m'y opposer.
Nous étions liées mais c'est défait.

Délestée de l'épée, Lucia est à nouveau capable de marcher faiblement. Elle prend appui sur Cendre.


Les deux derniers protagonistes (Sorcier et Acide, je crois) prennent le relais. On entend les cris de Sorcier qui se fait arracher les jambes. Discussion venimeuse entre Prêtre et Lucia. Prêtre lui annonce qu'elle n'a qu'à s'en aller. Elle s'en va jusqu'à l'église abandonnée. Rejointe un peu plus tard par Cendre. Lucia lui parle des vertus de l'aconit (remède et poison). Elles rejoignent les autres protagonistes.


Finalement les personnages se trouvent à devoir faire un choix pour contrer le retour de Putréfaction. Cendre souhaite se sacrifier mais elle en est incapable. Lucia le fait, pour se racheter, pour donner une leçon de courage à son père, par devoir.


Auteur de Millevaux.
Outsider. √Čnergie cr√©ative. Univers artisanaux.
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