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#41 31 Jan 2020 10:59

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Systèmes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LA TÉNÉBREUSE

Une nouvelle incursion millevalienne dans ce jeu de donjon enfantin, avec la rencontre de moultes créatures aussi sympathiques qu'inquiétantes. Un enregistrement de partie par Claude Féry.

Le jeu : Milky Monsters, de Valentin et Guillaume Jentey, un jeu de rôle adapté aux enfants pour jouer des aventures dans un univers d'heroic fantasy

Joué le 09/03/2019

Lire / télécharger la partie enregistrée au format mp3

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Frank Starmer, cc-by-sa, sur flickr

Cet épisode fait suite à une première aventure jouée avec Milky Monsters : Pigasus.


Thomas, retour après écoute :


A. Un épisode délibérément plus gris et millevaux que le premier

B. Le crocodile gourmand est tour Ă  tour terrifiant et marrant:)

C. Moi je me méfierais des corbeaux et je ne les suivrais ni eux ni leurs conseils..

D. La sorcière aux yeux charbonneux est-elle un Corax ?

E. Le monstre qui vole les dents des enfants et qui récupère leur vrai nom, ça vient des notes de Surnature, n’est-ce pas ?

F. Sympa de mettre un saule, j’oublie trop souvent de mentionner les essences d’arbres

G. Ils tombent et tu déclare la perte de leur équipement mais tu leur permets de récupérer aussitôt leur matériel : seulement une partie ou la totalité ?


RĂ©ponse de Claude :

A. et G. En partie seulement, mais l'idée maîtresse de Milky Monsters c'est qu'ils doivent gagner à la fin. En somme je l'ai teinté Millevaux mais j'ai tenté de coller à la proposition de Guillaume et de rester sur une histoire à hauteur d'enfant. Xavier avait vraiment la frousse à certains moments mais cela permettait à Mathieu de jouer le grand frère et cela a augmenté son plaisir de jeu.

B. Là c'était une incursion dans l'univers de Sedeck Siew et Munkao qu'a reconnu immédiatement Gabriel.

C. Mais les garçons sont fans de Corbeaux alors pour moi la tentation était trop forte et les émotions partagées autour de la table provenaient autant des personnages que des joueuses.

D. Oui

E. Je ne me souvenais pas avoir lu ce passage. Lorsque j'ai préparé la partie j'avais le dessin de Valentin et le petit bonhomme au fond de l'estomac de la créature. Le dentophage est un monstre que j'ai glané dans mes lectures de la scène osr anglophone et que j'avais traduit pour moi en me disant qu'il serait un méchant tip top pour les garçons.


RĂ©ponse de Thomas :

C. En réalité, les Corax ne sont pas forcément dangereux, cruels, trompeurs ou maléfiques. Ils peuvent aussi être dotés de bonnes intentions. Cela va dépendre de leur clan, de leur voie et des individualités. Les PJ Corax dans mes parties d'Inflorenza étaient plutôt du côté du bien, en tout cas de la lutte contre les horlas :)

E. Le monstre qui vole les dents des enfants est un classique de la littérature enfantine. Par coïncidence, il s'avère que je l'avais moi aussi repris à mon compte dans mes notes pour Surnature (je crois que ça figure dans la dernière mise à jour du document) :)


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#42 05 Feb 2020 06:49

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Systèmes Millevaux] Comptes-rendus de partie

J’AI TUÉ POUR TON NOMBRE

Une suite multipliant les jeux, les mises en abîme, la contagion forestière et le délire numérologique.

Joué le 27/10/2018

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Jonathan Gray, cc-by-sa, sur flickr

Épisodes précédents :

1. Le Peuple des Ruines (joué avec The Quiet Year)
Damien Lagauzère reprend sa cosmogonie personnelle de Millevaux avec l’intro d’une troisième campagne solo qui amène beaucoup de pistes intrigantes et fait à nouveau planer la menace des Cœlacanthes et la perspective de nouveau cauchemars !

2. Un clou dans la main, deux trous pour les yeux (joué avec Omniscience)
Souvenirs psychotiques d’un futur antérieur où la menace horla prend des allures de guerre totale.


Et voila donc le dernier CR en date ? celui-lĂ  a Ă©tĂ© jouĂ© avec Dans La Nuit Longue et Glaciale  (un mini PBTA) et 2 jeux Protocol (le Tueur du Calendrier et Eons). j'ai aussi jouĂ© un cauchemar de CĹ“lacanthes, rĂ©utilisĂ© le contexte de Lacuna, rajoutĂ© un p’tit intermède avec Omniscience et un article rĂ©digĂ© selon les règles des Forges d'Encre. Pour vraiment conclure ce chapitre, je dois d'ailleurs encore en Ă©crire un mais bon, ça attendra un peu, y a pas urgence ^^ maintenant, je dois trier toutes mes notes et prĂ©parer ma partie avec le personnage du Kraken et... prĂ©parer aussi tout ce qui concernera La Trilogie de la Crasse. j'attends d'ailleurs de recevoir Mantra et Mantoid que j’inclurai lĂ  dedans ?

L'histoire :

DLN...
    Je suis l'agent Damon Haze. Je travaillais pour le FBI. Aujourd'hui, je travaille pour la Compagnie. Je possède un niveau d'accrĂ©ditation Vert. Je n'ai donc pas encore vraiment accès Ă  Blue City. Je dois encore faire mes preuves. Je suis d'ailleurs en train de les faire.
    On m'a chargĂ© d'une affaire digne de celles sur lesquelles je travaillais au sein du FBI, le Tueur du Calendrier. Un cas difficile puisque ce tueur n'opère que le 13ème jour du 13ème mois. C'est dans le cadre de cette enquĂŞte que je me suis retrouvĂ© avec... ça !

    Alors que je voyageais Ă  bord d'un hĂ©licoptère avec un dangereux virus, une violente tempĂŞte a Ă©clatĂ©. J'ai eu le temps de sauter de l'appareil avant que celui-ci ne s'Ă©crase sur le flanc d'une montagne. Je suis seul, perdu au milieu d'une forĂŞt brumeuse et enneigĂ©e, Ă  plusieurs kilomètres du crash. Ă€ mon rĂ©veil, j'entends des coups de feu. Avec pour seules ressources du matĂ©riel d'escalade et quelques rations, je vais devoir survivre, dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© sur ce lieu et dĂ©couvrir ma vraie nature. Mais pour l'heure, j'ai froid. Et plus encore, je me sens terriblement dĂ©primĂ©.

EONS
Nom : Damon Haze
Rôle : Enquêteur. Il a le truc pour poser les bonnes questions et repérer ce qui n'est pas à sa place.
Motivation : Récompense/Provocant : ce n'est pas pour rien qu'il a quitté sa place au FBI pour la Compagnie. Il veut en savoir plus sur cette affaire « Millevaux » et il est convaincu que c'est en gravissant les échelons de la Compagnie qu'il en apprendra plus. Il n'est pas prêt à tout mais presque et prendra les initiatives nécessaires.
Relations : Romance/Folie : tout a changé pour Johanna Ackermann depuis que la lumière a été faite sur l'existence et le rôle de Sodek NoFink dans toute cette histoire. Sur le plan légal, rien n'a pu lu être reproché. Aussi, elle est libre. Mais son équilibre psychologique est plus précaire que jamais et maintenant qu'il n'appartient plus au Bureau, Haze entretient une relation de proximité relativement ambiguë avec celle dont il ne sait plus si elle est victime ou bourreau dans cette affaire.

LE TUEUR DU CALENDRIER
Nom : Damon Haze
Rôle : Enquêteur. L’enquêteur a le don pour poser les bonnes questions et repérer ce qui n’est pas à sa place.
Motivation : Impulsif/Envie : ce n'est pas pour rien qu'il a quitté sa place au FBI pour la Compagnie. Il veut en savoir plus sur cette affaire « Millevaux » et il est convaincu que c'est en gravissant les échelons de la Compagnie qu'il en apprendra plus. Il n'est pas prêt à tout mais presque et prendra les initiatives nécessaires.
Relations : Romantique/Argent : si Haze entretient une relation ambiguë avec Johanna Ackermann, c'est également le cas avec Edes Corso, l'héritière de la famille Corso qui a fait fortune dans la fabrication et la vente d'armes. Ils se sont connus au moment où Haze quittait le FBI pour la Compagnie. Il ne peut s'empêcher de se demander si c'est vraiment par hasard que leurs chemins se sont croisés. Edes Corso n'est pas seulement riche, elle est aussi très pieuse et se sent investie, comme tous les membres de sa famille, d'une sorte de mission. Elle accorde beaucoup d'importance aux questions de foi et de morale, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de Haze qui, depuis Millevaux et Ackermann, navigue en eaux troubles aux frontières de l'occulte.

XxXxX

    Haze n'attend pas d'en savoir plus quant Ă  ces coups de feu. SpontanĂ©ment, il court dans la direction opposĂ©e et se retrouve Ă  dĂ©valer Ă  toute vitesse ce flanc de montagne enneigĂ©e. Ă€ mesure qu'il s'Ă©loigne de l'origine des dĂ©tonations, il prend un peu plus le temps d'observer son environnement. Quelque chose cloche. Une forĂŞt sous la neige, OK ! Mais pas une forĂŞt comme ça. Haze finit par s'arrĂŞter pour examiner un arbre. Il s'agit d'un arbre typique d'un forĂŞt tropicale. Il n'y connaĂ®t rien, certes, mais il sait reconnaĂ®tre un arbre tropical et il sait que ces rĂ©gions ne connaissent jamais de pĂ©riodes de neiges. Donc, quelque chose cloche.
    L'espace d'un instant, il se demande si... mais non, impossible ! Son niveau d'accrĂ©ditation est vert. Il n'a pas accès Ă  Blue City et mĂŞme dans ce cas, il faudra que ce soit une mĂ©ga-interfĂ©rence pour que la ville apparaisse sous cette forme. OĂą a-t-il atterri ? Quel est cet endroit ?
    Haze vĂ©rifie le contenu de ses poches et de son sac. Du matĂ©riel d'escalade, super ! Des rations, mieux ! Le Virus, le plus important. Il doit l'emmener quelque part, mais où ? Curieusement, sa mĂ©moire lui joue des tours. C'est comme quand on cherche un mot qu'on a sur le bout de la langue. On le connaĂ®t, pas de problème lĂ -dessus ! Mais pour l'instant, impossible de s'en rappeler. Ça reviendra, on le sait. Mais quand ? Pas trop tard espère-t-il.
    Par contre, il se rappelle bien de quelque chose. Le Virus. Le Cruel Centipède. Le Virus a Ă©tĂ© conçu Ă  partir d'extrait du Cruel Centipède. Ce n'est pas facile, mais Haze rassemble sa mĂ©moire. Il doit fixer ses idĂ©es quant au Virus avant d'oublier. Il sait que ce lieu, cet endroit, cette forĂŞt va tenter de lui faire perdre la mĂ©moire. Parce que cette forĂŞt est... Millevaux. Et le Cruel Centipède est issu d'une variation, d'une interprĂ©tation de Millevaux. Le Virus est une variation de Millevaux. Une mutation de Millevaux. Parce que Millevaux est une maladie. Une maladie qui altère le temps et l'espace. Une maladie qui se rĂ©pand d'autant plus facilement que, sous licence Creative Commons, l'accès Ă  ses diverses interprĂ©tations est gratuite. Auteurs comme joueurs peuvent s'en emparer sans problème pour crĂ©er et rĂ©pandre leurs propres versions de Millevaux. Mais dĂ©jĂ  il a oubliĂ© comment il avait mis la maison sur cette version, le Cruel Centipède. Est-ce la Compagnie qui lui a donnĂ© ordre de le remettre Ă  quelqu'un, quelque part ? Ou alors, l'a-t-il dĂ©robĂ© Ă  quelqu'un et doit-il le remettre Ă  la Compagnie au plus vite ?
    Ces pensĂ©es dĂ©rivent alors vers les deux femmes qui partagent ses pensĂ©es et sa vie actuellement. Johanna Ackermann d'abord. Il culpabilise de cette relation car il sait au fond de lui qu'il l'entretient en grande partie pour percer le mystère entourant son « autre » personnalité : Sodek NoFink. Et Edes Corso. Il ne sait pas ce qu'elle lui trouve. Elle a tout. L'argent, le pouvoir, la beautĂ©. Pourquoi s'ĂŞtre intĂ©ressĂ©e Ă  lui ? Et lui, pourquoi s’intĂ©resse-t-il Ă  elle, si diffĂ©rente, issue d'un monde si lointain. Un monde si lointain ?
    Sans s'en rendre compte, il a repris sa marche dans la neige et est arrivĂ© dans une clairière. LĂ , un autre fait Ă©trange. Au milieu de cette forĂŞt tropicale, un arbre qui une fois de plus n'a rien Ă  faire là : un Noyer. Haze se sent bizarrement attirĂ© par l'arbre. Quelque chose en lui... Non, quelqu'un Ă  l'extĂ©rieur de lui sait que ce qu'il s'apprĂŞte Ă  faire est complètement stupide et que cela va le prĂ©cipiter dans un monde de cauchemar. Il sait que toutes ses interrogations ne sont que de futiles tentatives de gagner du temps car il va le faire. Il ne peut pas faire autrement. Il tente de se convaincre que cela lui permettra de mieux comprendre ce qu'a vĂ©cu Johanna. De mieux cerner la personnalitĂ© d'Edes. Une Ă©trange association d'idĂ©es lui fait songer Ă  l'Hadès. Et si la belle hĂ©ritière Ă©tait son monde des morts ? Alors, Johanna serait la vie. Non, elle est la folie. Après Éros et Thanatos, il y aurait Hybris et Thanatos ? L'Hybris ? Dionysos ?
    Haze soupire et regarde la Noix qu'il trouve dans le creux de sa main. Dans son sac, il se saisit d'un mousqueton d'escalade et s'en sert pour en briser la coquille. Une soudaine rafale de vent lui arrache quelques larmes. Il songe alors Ă  cette chanson de Laibach, Hell Symmetry et Ă  ces quelques mots relatifs Ă  la « 7 deadly sins industry ». Sans mĂŞme songer Ă  s'essuyer les yeux, il gobe la Noix...

    Il ouvre les yeux. Il est lĂ  mais n'est pas lĂ . Il se voit quelques mètres devant lui. Il se souvient. C'Ă©tait avant de venir profiler au FBI. Il Ă©tait alors nĂ©gociateur. Il intervenait lĂ  sur une prise d'otage. Cette grande avenue. Laquelle ? Quelle ville ? Il a dĂ©jĂ ... oubliĂ©... Cette grande avenue avait Ă©tĂ© bloquĂ©e, Ă©vacuĂ©e par les forces de l'ordre. Le forcenĂ©, un braqueur en fuite, s'Ă©tait rĂ©fugiĂ© dans un bus et avait pris les passagers et le conducteur en otage. Des snipers avaient Ă©tĂ© placĂ©s en des endroits stratĂ©giques dans les immeubles de chaque cĂ´tĂ©. Des SWAT, positionnĂ©s dans les rues perpendiculaires, attendaient le feu vert pour intervenir. Lui, tentait de gagner du temps, d'obtenir qu'il libère les otages et de dĂ©tourner son attention pour permettre aux SWAT, menĂ©s par son coĂ©quipier, de s'approcher sans ĂŞtre vus. Qu'est-ce qui avait cloché ? Tout semblait bien se passer puis la situation a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. Le braqueur a Ă©tĂ© abattu mais des otages sont morts et son coĂ©quipier a reçu une balle qui lui a sectionnĂ© la moelle Ă©pinière. Haze revoit la scène de loin mais la revit de l'intĂ©rieur. De loin, il voit cette petite porte d'environ 1m de haut. Était-elle vraiment lĂ  ce jour ? Il ne sait pas. Et s'il l'avait emprunté ? OĂą l'aurait-elle mené ? Quelque part d'oĂą il aurait pu sauver son coĂ©quipier ? Et si... Il fait un pas dans cette direction. Et ce retrouve au milieu d'un cercle composĂ© d'hommes et de femmes nus Ă  tĂŞte de sanglier, le corps couvert d'humus, de mousse et d'asticots. Ils se tiennent debout, les bras croisĂ©s, sans mot dire. Autour de lui, la moisissure a pris des proportions dantesques : buissons de mousse et masses fongiques. Le limon coule de partout. On entend un grondement et on sent la terre trembler. Il pense alors Ă  Johanna, Ă  Sodek et, va savoir pourquoi, Ă  Shub-Niggurath. Puis, les hommes et femmes sangliers disparaissent. Il n'en reste plus qu'un, avec une verge d'une taille monstrueuse qui pend entre ses cuisses et deux seins gonflĂ©s de lait. Verge comme seins dĂ©goulinent de pus. Immobile, inerte, il se contente de dire : « Fais pire, au nom des Abysses. »
    Pire ? Qu'est-ce qui peut ĂŞtre pire que ce fiasco Ă  part avoir tirĂ© lui-mĂŞme sur son coĂ©quipier ? Ă€ part l'avoir... tué ?
    De tout cela, rien n'est rĂ©el. Haze le sait et c'est pour ça qu'il pointe son arme en direction du crâne de son coĂ©quipier et qu'il tire. Il garde les yeux fermĂ©s si fort que ça lui fait mal mais il ne veut pas les ouvrir. Il attend d'entendre siffler les coups de feu. Il attend d'entendre les cris. Il attend  de se sentir projetĂ© au sol et menottĂ© par les SWAT.

    Il attend et... rien ne se passe...

    Le siège, ou en tout cas un des sièges, de la Compagnie. Depuis cette affaire qui l'a confrontĂ© Ă  Millevaux, Haze a quittĂ© le FBI. Il a Ă©tĂ© recrutĂ© par la Compagnie. On ne lui a pas prĂ©sentĂ© les choses ainsi mais il a compris qu'il devait remplacer un autre agent, Paul Singer, liĂ© lui aussi Ă  toute cette histoire. Haze sait, mais comment ?, que sous l'influence de Millevaux il a tendance Ă  perdre la mĂ©moire. Ou, du moins, certains Ă©lĂ©ments deviennent flous, disparaissent. Il sait qu'il connaĂ®t Paul Singer. Mais d'où ? Se sont-ils rencontrĂ©s ou a-t-il seulement entendu parler de lui ? Il ne sait plus. En tout cas, Singer est aujourd'hui portĂ© disparu et Haze sait qu'ayant travaillĂ© sur cette mĂŞme affaire il est tout dĂ©signĂ© pour remplacer Singer au sein de la Compagnie. Pour autant, il doit faire ses preuves. Pour l'instant, son niveau d'accrĂ©ditation est Vert. Il n'a pas accès Ă  Blue City. La CitĂ© Bleue. Le bourreau de Johanna en avait parlĂ© dans un de ses messages dĂ©lirants. Le bourreau de Johanna ou l'instrument de Sodek NoFink ? Les dirigeants de la Compagnie savant-ils qu'il la frĂ©quente ? Il n'en serait pas Ă©tonnĂ©. De mĂŞme qu'il ne serait pas Ă©tonnĂ© qu'on le fasse suivre, qu'on l'espionne et que, comme lui, on cherche Ă  percer le mystère de Johanna/Sodek. Le mystère de Millevaux. Enfin, un des mystères de Millevaux.
    La mission de Singer a montrĂ© une chose. Millevaux est contagieuse. Millevaux n'aurait pas dĂ» s'infiltrer dans Blue City, mĂŞme au titre d'interfĂ©rence. Quelque chose, quelqu'un, a volontairement contaminer Blue City en y introduisant le concept de Millevaux pour le pervertir, en faire la proie de Shub-Niggurath et du Roi en Jaune. Le Jaune contre le Bleu. Dans cette histoire, la Compagnie a perdu l'agent Singer. Et l'agent Singer, lui, a perdu... la raison ?
    Pour l'instant, en tant qu'agent Ă  la cravate verte, Haze doit « simplement » Ă©plucher toutes les sources d'informations Ă  sa disposition pour se faire l'idĂ©e la plus prĂ©cise de la situation concernant Millevaux. D'une façon ou d'une autre, il faut « protĂ©ger » Blue City, ramener l'ordre. Ou au moins, ramener le niveau d'interfĂ©rence Ă  un degrĂ© plus convenable. GĂ©rable ? Haze avait bien compris ce qu'on attendait de lui.

    Haze reprend ses esprits. Il est toujours près du Noyer. Il n'a aucune idĂ©e du temps qui a bien pu s'Ă©couler. Toutefois, il fait maintenant presque nuit et de plus en plus froid. Un vent glacial l'Ă©loigne de l'arbre. Alors qu'il va pour se rĂ©chauffer les mains et les frottant l'une contre l'autre, il remarque que sa paume gauche saigne. Il se rend alors compte que sa main a Ă©tĂ© transpercĂ©e. Comment ? Quand ? Par qui ?
    Alors que le vent le pousse, l'Ă©loigne encore plus de l'arbre et de la montagne, un grincement attire son attention. Ă€ cause du vent, il a du mal Ă  savoir d'oĂą cela provient. Il tourne sur lui-mĂŞme et son regard tombe alors sur un homme en fauteuil roulant. Son ancien coĂ©quipier ! C'est forcĂ©ment une illusion, une hallucination ! Comment il aurait pu arriver jusqu'ici en fauteuil roulant ? En plus, il porte un costume-cravate complètement inadaptĂ© Ă  la situation. SpontanĂ©ment, Haze porte la main au niveau de son aisselle gauche mais ne trouve rien. Il n'a aucune arme sur lui.
    Son ancien coĂ©quipier sourit. Ă€ mesure que sa bouche s'Ă©largit, s'ouvre, du sang en coule et inonde sa chemise. Il ouvre grand les yeux. Son sourire se crispe. Ses traits se figent. Il articule quelques mots que Haze saisit mal Ă  cause du vent.
    « Le nid de serpents gĂ©ants... LĂ  est le Niaucheur... Il parle le Langage Noir... ou le Langage Jaune... Il mange de la Viande Noire... ou fume l'Opium Jaune... »
    Haze se prĂ©cipite sur son coĂ©quipier. Il se jette sur lui et renverse le fauteuil ! Il se rĂ©ceptionne mal et une douleur aigue lui vrille la main. Il se relève et se rend compte qu'il est seul. La nuit est maintenant tombĂ©e. Haze se retrouve au bord d'un fleuve gelĂ©. Il ne sait pas comment il est arrivĂ© lĂ . Il distingue l'ombre d'un bâtiment au loin. Il y a de la lumière.
    Après une marche finalement assez courte, Haze se retrouve devant un portail en fer forgĂ©. Le mur d'enceinte est haut mais en ruine. Il trouve facilement un passage et s'introduit Ă  l'intĂ©rieur de cette ancienne propriĂ©tĂ©. Un peu plus loin s'Ă©lève la bâtisse. La porte d'entrĂ©e est ouverte. La neige a envahi l'accueil. Il s'agit bien d'un accueil, Haze reconnaĂ®t un comptoir. Il y a mĂŞme un tĂ©lĂ©phone. Au cas oĂą, il s'en empare : « ContrĂ´le ?
    Agent Haze ?
    Oui. ContrĂ´le ?
    Oui. Que faites-vous là ?
    Je ne sais pas. Je ne sais pas oĂą je suis.
    Je... Je ne sais pas non plus.
    Mais, si vous ĂŞtes ContrĂ´le, c'est que je suis Ă  Blue City, non ?
    Oui, non. Normalement. Enfin, vu votre niveau d'accrĂ©ditation vous ne devriez pas ĂŞtre Ă  Blue City. Mais, si nous avons cette conversation c'est que vous ĂŞtes Ă  Blue City, non ?
    Je ne sais pas. Je ne sais pas oĂą je suis. Mon hĂ©lico s'est Ă©crasĂ© en pleine montagne. Il y a une tempĂŞte de neige. Je suis redescendu dans la vallĂ©e et me suis rĂ©fugiĂ© dans une propriĂ©tĂ© en ruine. On m'a tirĂ© dessus. Enfin, j'ai entendu des coups de feu. J'ai le Virus. J'ai le Cruel Centipède.
    Vous avez le Cruel Centipède ?!
    Oui, je ne sais pas comment je l'ai eu mais je l'ai. Et je ne sais pas ce que je dois en faire. ContrĂ´le ?
    Surtout n'y jouez pas !
    Y jouer ?
    Oui, savez-vous ce qu'est le Cruel Centipède ?
    Non. Un ver ? Une limace ? Un insecte dĂ©goĂ»tant ?
    Non ! Oui, d'une certaine façon. Le Cruel Centipède est une maladie du temps et de l'espace. Une corruption, un corrupteur. Un jeu.
    Comment ça, un jeu ?
    Agent Haze, souffrez-vous de pertes de mĂ©moires ?
    Je ne sais pas. Oui, peut-ĂŞtre, Ă  cause du crash...
    Ou Ă  cause de Millevaux. Vous ĂŞtes dans une forĂŞt, n'est-ce pas ?
    Oui, j'ai traversĂ© une forĂŞt.
    Millevaux est LE jeu, la corruption qui menace Blue City. Vous avez oublié ?
    Je crois bien que oui.
    Le Virus que vous transportez, agent Haze, cet extrait du Cruel Centipède, est un nouveau jeu de rĂ´le dans l'univers de Millevaux. Et Millevaux est une maladie d'autant plus contagieuse que, sous licence Creative Commons, sa gratuitĂ© fait qu'il est facile et tentant pour les auteurs et les joueurs d'investir cet univers, de le faire vivre, de l'explorer, le faire muter, le rĂ©pandre. D'après ce que nous savons, un joueur qui se fait appeler Demian Hesse a introduit Millevaux dans Blue City, contaminant ainsi la CitĂ© Bleue. Blue City et l’HĂ´pital sont des portes entre Millevaux et... un certain niveau de rĂ©alitĂ© que souhaitent atteindre les CĹ“lacanthes. Pour ce Demian Hesse, tout ceci n'est qu'un jeu. Mais pour nous, c'est une menace rĂ©elle. Si les CĹ“lacanthes... Agent Haze, vous ĂŞtes Ă  l'hĂ´pital, hein ?
    Je ne sais pas. Il y avait une grille en fer forgĂ© et lĂ  tout est en ruine.
    C'EST UN HĂ”PITAL, AGENT HAZE ! NE ME MENTEZ PAS ! VOUS ĂŠTES A L’HĂ”PITAL !
    Je ne sais pas, ContrĂ´le, je ne suis pas sĂ»r. C'est possible que cet endroit soit un ancien hĂ´pital. Ce n'est pas une maison en tout cas. ContrĂ´le ! Je dois vous laisser ! »

    Haze raccroche prĂ©cipitamment. Une ombre vient de lui passer devant. C'Ă©tait fugace, presque translucide. Ça portait un masque... et des cornes. Ça s'est jetĂ© dans les escaliers en direction de l'Ă©tage. Haze sent qu'il doit monter lui aussi.

    En haut, Haze entend des rires et des chants. Ă€ mesure qu'il gravit les marches, la neige est remplacĂ©e par des algues et une indescriptible odeur de poisson mort. Plus il monte et plus il est difficile pour lui de se rappeler que rien de tout cela n'est normal. Il jette un Ĺ“il, aussi discrètement que possible Ă  travers la porte d'oĂą proviennent les chants et les rires. Dans une grande pièce, une troupe d'hommes et de femmes, Ă  moitiĂ© nus, chante et danse au pied d'un trĂ´ne de fortune. Sur ce trĂ´ne, un homme revĂŞtu d'une toge grecque et d'un Ă©norme masque Ă  tĂŞte de scarabĂ©e. Au dessus de son Ă©paule, sur sa gauche, une bouche dessinĂ©e sur le mur scande : « Je suis Dionysos ! La Voix de la Bouche ! Dansez ! Chantez, les ivres et les fous ! »
    Haze fait un pas en arrière, de peur qu'on le remarque. Alors, il distingue un fragment de miroir brisĂ© encore fixĂ© Ă  un mur. Il y plonge son regard mais n'y trouve pas le sien. Qui est cet homme au masque Ă©trange, le connaĂ®t-il ? Il ne sait plus. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il est celui qui porte la maladie ! Le Cruel Centipède !

    « Entre, Haze ! Entre en scène ! Rejoins mon petit théâtre ! La Bouche ne te veut aucun mal. »

    Haze croit reconnaĂ®tre cette voix. Il n'est sĂ»r de rien, Ă  cause de ce masque mais... Paul Singer ? Cet homme est-il l'agent Paul Singer ? Cet agent de la Compagnie qui a disparu après cette Ă©trange affaire ? C'est lui qui avait retrouvĂ© Johanna dans Blue City puis dans Millevaux. Il ne sait plus trop, sa mĂ©moire vacille.

    « Paul... Singer ?, hasarde Haze en approchant lentement.
    Oui, non. Je suis Dionysos, la Voix de la Bouche et la Bouche a des choses Ă  te dire. »

    Dionysos change alors de voix. Autour de lui, les hommes et les femmes dansent et chantent toujours en riant et buvant du vin Ă  mĂŞme la bouteille.

    « Agent spĂ©cial Haze, les tueurs qui tu as arrĂŞtĂ©s vont Ă  l'hĂ´pital ou en prison. Le Tueur du 13ème Jour du 13ème Mois n'est pas ici. Tu dois aller le chercher en prison. La Prison du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan te donnera un nombre et ce nombre sera le 13. En chemin, arrĂŞte-toi devant les nids de serpents. Parles au Niaucheur. Parles-lui le Langage Noir ou le Langage Jaune. Partage avec lui la Viande Noire ou l'Opium Jaune. Écoute sa plainte. Maintenant, va, Agent Haze. La Bouche a parlĂ©. »

    Haze plonge sa main dans sa poche et en tire un jeu de cartes. Il en sait pas ce que ce jeu fait lĂ . Il n'aime pas jouer aux cartes. Enfin, pas spĂ©cialement. Juste comme ça, il en tire 2 au hasard : 10 de cĹ“ur et 5 de trèfle. Il a envie d'un cafĂ©. Dans ce parc, la tempĂ©rature vient de chuter brutalement. Un cafĂ© le rĂ©chauffera. Il fait signe a un des agents en uniforme, celui qui tient le petit plateau garni de gobelets en carton fumant. Une tasse Ă  la main, il parcourt de nouveau la scène de crime des yeux.
    La victime est un homme dans la cinquantaine. LĂ©gèrement en surpoids. Est-ce par coquetterie qu'il a les cheveux teints ? Il devait faire son jogging dans ce parc. Il porte encore ses vĂŞtements sportswear. Pourtant, le tueur lui a baissĂ© son pantalon. Ils se sont visiblement battus. Le visage de la victime est couvert d'hĂ©matomes. On voit aussi des marques au niveau de ses cuisses. Haze parcourt les environs du regard. Cette partie du parc n'est pas la plus exposĂ©e aux regards. Pour autant, ce n'est pas non plus l'endroit le plus opportun pour une agression. Haze se laisse aller Ă  penser que le tueur savait ce qu'il faisait en agissant ici. Peut-ĂŞtre a-t-il procĂ©dĂ© Ă  quelques repĂ©rages. Au fait du parcours de cet homme, il a estimĂ© que c'Ă©tait le meilleur endroit pour l'agresser. Oui, le tueur savait parfaitement oĂą et quand attaquer. Avec un peu de chance, ça faisait plusieurs semaines que le sort de cet homme Ă©tait scellĂ© et personne ne le savait. Ă€ part le Tueur du Calendrier, celui qui tue le 13ème jour du 13ème mois. C'est SON calendrier. Il y a dĂ©jĂ  eu 4 victimes, que des hommes dans la cinquantaine. Et les briseurs de codes du Bureau, en examinant les dates des meurtres, ont mis en Ă©vidence ce cycle de 13 mois et 13 jours. Toujours le mĂŞme modus operandi. La victime est rouĂ©e de coups puis Ă©tranglĂ©e. Le tueur lui baisse son pantalon mais ne procède Ă  aucune agression sexuelle. Visiblement, il s'agit surtout d'une dernière humiliation consistant Ă  laisser la victime dans cette posture pour le moins inconvenante. Les corps ne sont ni dissimulĂ©s ni spĂ©cialement mis en Ă©vidence. Le tueur les laisse lĂ . Il sait qu'on les trouvera. Il veut qu'on les trouve, mais pas trop vite. Les autopsies ont montrĂ© que, vu les angles des coups portĂ©s, le tueur devait ĂŞtre plus petit que ses victimes mais en meilleure condition physique. Pourquoi s'en prendre Ă  des hommes plutĂ´t âgĂ©s ? Haze pense que le tueur a peut-ĂŞtre Ă©tĂ© victime d'un pĂ©dophile et qu'il se venge. Il a mĂŞme demandĂ© Ă  ce qu'on fouille le passĂ© des victimes Ă  ce sujet. Pour l'instant, cela n'a rien donnĂ© mais cela ne prouve pas grand chose. Il y a tant de criminels qui ne sont jamais inquiĂ©tĂ©s... Et si le tueur s'en prenait aux membres d'un rĂ©seau ? Ou alors, il fait une simple projection sur ces hommes-là ? Ou alors, Haze fait totalement fausse route... Il n'exclut pas non plus que l'assassin soit une femme ou un enfant, un adolescent. Cela expliquerait sa taille. Haze soupire et boit une gorgĂ©e de cafĂ©. Soudain, son tĂ©lĂ©phone sonne. C'est Johanna. Il la rappellera plus tard.

    Haze ne fait plus partie du Bureau. Aussi, un de ses anciens collègues lui signale le plus courtoisement possible qu'il va maintenant devoir quitter les lieux et... laisser la police faire son travail. Haze comprend. Il lui sourit et le remercie pour... le cafĂ©. Il lui promet de le tenir informĂ© si, de son cĂ´tĂ©, il devait apprendre quelque chose. Il prends ensuite un taxi et se rend Ă  l'Auberge, ce cafĂ© Ă  thème oĂą il doit retrouver le Chef-Instructeur Snyder. Son niveau d'accrĂ©ditation est Indigo/Blanc. Il n'est plus envoyĂ© Ă  Blue City mais il joue, parfois encore, le rĂ´le de mentor pour les nouveaux agents de la Compagnie comme Haze. Snyder n'est pas un rigolo. C'est un dur. Mais il est rĂ©glo et il connaĂ®t son boulot. Il est convaincu que ce Tueur du Calendrier a quelque chose Ă  voir avec les affaires de la Compagnie et Haze lui fait confiance Ă  ce sujet. Le 13ème jour du 13ème mois. Ce ne peut pas ĂŞtre une coĂŻncidence. C'est forcĂ©ment liĂ© avec cette histoire de Patient 13. Que ce serait-il passĂ© si Coleman Ă©tait parvenu Ă  tuer 13 femmes ? Il voulait ouvrir une porte vers Millevaux, pour les CĹ“lacanthes. Et Johanna...
    Snyder tire Haze de ses pensĂ©es d'un claquement de doigts. Il interpelle la serveuse et lui commande cafĂ© et donuts. Haze est ravi. Il fait si froid en ce moment. Il est gelĂ©, mĂŞme Ă  l'intĂ©rieur de l'Auberge. Un cafĂ© lui fera du bien. Alors que la serveuse revient, il se rappelle avec amusement le chef DiCompain de la police d'Olympia, grand amateur de donuts devant l’Éternel.

    « Et que vient faire Ackermann dans cette histoire ?
    - Pardon ?
    - Oui, Ackermann... Vous la... frĂ©quentez si je ne m'abuse.
    - Oui, non euh... Oui, nous nous... frĂ©quentons, comme vous dĂ®tes, Chef-Instructeur Snyder.
    - Bien, alors, quel est son rĂ´le dans cette histoire ? Quelque chose m'Ă©chappe.
    - Et bien, pour faire court, Johanna... Miss Ackermann est une des victimes de Coleman. Il la retenait prisonnière, en vue de son exĂ©cution Ă  venir, quand les forces de l'ordre sont intervenues dans sa planque. Elle a Ă©tĂ© admise en soins intensifs. Sauf que, d'après les rapports de la Compagnie que j'ai lu, l'Agent Singer a eu au mĂŞme moment un « contact » avec elle dans Blue City. Poursuivis par une crĂ©ature, ils se sont retrouvĂ©s Ă  Millevaux. C'est lĂ  que Johanna s'est rĂ©vĂ©lĂ© possĂ©der une double personnalitĂ©. L'autre, nommĂ© Sodek NoFink, semblait alors ĂŞtre un complice de la Magicienne, ou du Magicien, ce n'est pas... plus très clair... NoFink aurait en fait manipulĂ© Coleman afin qu'il tue. Il aurait fait en sorte, malgrĂ© tout, de garder Johanna en vie, nĂ©cessitĂ© oblige. Mais, les investigations de Singer notamment tendent Ă  montrer que les choses Ă©taient en rĂ©alitĂ© plus complexes. Finalement, Johanna ne serait plus vraiment une victime. Elle aurait jouĂ© le rĂ´le de la victime auprès de Coleman pour rester près de lui et serait passĂ©e par l'intermĂ©diaire de la personnalitĂ© de Sodek NoFink pour le manipuler. Dans cette nouvelle configuration, Sodek n'est plus qu'un pion et Johanna n'est plus du tout une victime. Elle serait mĂŞme, finalement, Ă  l'origine des meurtres. Toutefois, aucun examen psychiatrique n'a pu mettre en Ă©vidence l'existence cette personnalitĂ© de Sodek NoFink. Aussi, les rĂ©flexions de l'agent Singer sont restĂ©es lettre morte et Johanna continue d'ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme une victime et uniquement comme cela.
    - Bien, et votre opinion ? Sachant que vous... frĂ©quentez Johanna Ackermann.
    - Aucune trace de NoFink. Avec moi en tout cas, elle est Ă  100% Johanna. Je ne remets pas en cause l'existence de Sodek mais je ne peux qu'affirmer ne l'avoir jamais vu depuis la fin de cette affaire. Je pense, mais je n'ai aucun Ă©lĂ©ment pour Ă©tayer ce point de vue, que Sodek ne peut se manifester que dans Blue City et Millevaux. Coleman Ă©tait fou et obsĂ©dĂ© par Millevaux. C'est sans doute pour ça que Sodek a pu lui apparaĂ®tre. Il faudrait, je pense, ramener Johanna Ă  Blue City puis Ă  Millevaux pour pouvoir accĂ©der Ă  Sodek.
    - Et pensez-vous qu'elle ait quelque chose Ă  voir avec cette affaire du Tueur du Calendrier ?
    - Non, mais je pense par contre que cette affaire est liĂ©e Ă  Millevaux d'une façon ou d'une autre. Pour Coleman, Blue City Ă©tait un sas entre Millevaux et notre rĂ©alitĂ©. Il est possible que le Tueur du Calendrier partage un dĂ©lire similaire. Vous prenez le dernier donut ? »

    Haze quitte donc l'HĂ´pital et Dionysos. Il ne sait pas pourquoi mais quelque chose lui manquera et ça le dĂ©prime encore plus, plus que la nuit et le froid. Cela lui semble aberrant. Qu'est-ce qui pourrait bien lui manquer dans un endroit pareil ? Aberrant aussi, cette idĂ©e que le Virus ne serait qu'une espèce de jeu de rĂ´le qui parviendrait Ă  contaminer la rĂ©alitĂ©. Mais après tout, lui aussi est roliste. Il en a jouĂ© des personnages, que ce soit IRL, sur table, ou derrière son Ă©cran sur des forums. Finalement, il comprend un peu cette notion de contamination du rĂ©el par le jeu. Il se rappelle le jeu De Profundis, un jeu de rĂ´le Ă©pistolaire dans un univers lovecraftien. Au passage, il note que Millevaux emprunte aussi au mythe de Chtulhu. Mais surtout, l'auteur de De Profundis insistait sur le fait que chaque expĂ©rience du quotidien pouvait venir enrichir le rĂ©cit. Ainsi, d'une certaine façon, on ne sortait jamais du jeu et c'Ă©tait finalement une sorte de contamination du rĂ©el par le jeu. Mais avec Millevaux, ça allait plus loin. Ça allait d'autant plus loin que Haze savait pertinemment qu'il n'avait pas lu De Profundis. Ce n'Ă©tait pas lui, ce n'Ă©tait pas son souvenir. Mais qui ? Demian Hesse ? Que signifiait tout ça ? Il ne savait plus vraiment. Sa mĂ©moire commençait vraiment Ă  lui jouer des tours. Il pensait savoir qui Ă©tait ce Demian Hesse mais finalement en doutait. Il ne savait plus s'il Ă©tait sensĂ© le connaĂ®tre ou non. Mais, il savait aussi que ces pertes de mĂ©moires Ă©taient caractĂ©ristiques de Millevaux. Était-il donc contaminé ? Se dĂ©barrasser du Cruel Centipède suffirait-il Ă  lui rendre ses souvenirs ?
    Haze longea le fleuve gelĂ© jusqu'Ă  ce que, sous la glace, il aperçut les entrĂ©es des nids de serpents gĂ©ants. LĂ , il devait trouver le Niaucheur. Mais comment accĂ©der aux nids ? Fouillant dans son sac, il se dit qu'il pouvait peut-ĂŞtre utiliser un gros mousqueton d'escalade pour tenter de briser la glace. Mais il n'avait en rĂ©alitĂ© que peu d'espoir d'y parvenir. MalgrĂ© tout, prudemment, il posa un pied sur la glace et entreprit de traverser le fleuve. Regardant Ă  travers la glace, il ne voit rien de vivant. Pas un poisson ni mĂŞme un batracien ne peut vivre dans ces conditions. Encore moins un serpent, fut-il gĂ©ant. Il fait beaucoup trop froid. Au moins, pense-t-il, il ne risque pas d'ĂŞtre la proie d'un reptile. Mais comment trouver le Niaucheur ?
    Haze pose pied sur l'autre rive et entreprend de faire du feu. Cela le rĂ©chauffera et, peut-ĂŞtre, attirera le Niaucheur. Mais, contre toute attente, le feu prend bien mieux que prĂ©vu. Beaucoup trop mĂŞme. Et le manteau de Haze prend feu. Il se jette dans la neige pour l'Ă©teindre. Il y parvient rapidement mais souffre malgrĂ© tout de vilaines brĂ»lures aux bras et au torse. Il ouvre son manteau et sa chemise et se recouvre de neige pour apaiser les brĂ»lures. MalgrĂ© tout, il ne peut retenir ses larmes, autant de dĂ©pit que de douleur. Et il se surprend Ă  pleurnicher comme un gamin. Pleurnicher... Niaucher comme dit Anke, son amie rĂ´liste fribourgeoise. Le Niaucheur, le Pleurnicheur !! Est-ce possible ?
    Ă€ 4 pattes, Haze gagne le bord du fleuve et contemple le reflet de son visage dans la glace. Presque torse nu, il est fascinĂ© par les brĂ»lures qui, remontant de son torse Ă  son cou, le dĂ©figurent. Ou peu s'en faut qu'il ne soit dĂ©figurĂ© en tout cas. Il fixe l'homme dans la glace. Il ne se reconnaĂ®t pas. Mais, il sait que c'est lui. Il se rappelle les mots de la Bouche. Il doit parler au Niaucheur, partager avec lui. Le Langage Noir ou le Langage Jaune. La Viande Noire ou l'Opium Jaune. Noir, c'est forcĂ©ment nĂ©gatif, ce sont les tĂ©nèbres, l'obscuritĂ©. Mais le Jaune, il le sait bien, c'est l'indicible, c'est la folie hasturienne ! Il se regarde droit dans les yeux et prend conscience qu'il ne sait pas quoi se dire.

    « Qui es-tu, Niaucheur ? As-tu quelque chose Ă  me dire ?
    - Non, mais... en vĂ©ritĂ© je te le dis, tout a dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  changer dans les murs de la CitĂ© Bleue. Ce qui Ă©tait pur devient vermine, ce qui Ă©tait laid se pare d'une beautĂ© artificielle et contre-nature, l'homme qui Ă©tait vertueux devient un pĂ©cheur et la femme qui Ă©tait fidèle voit son corps enfler de concupiscence. Et le cĹ“ur mĂŞme de la CitĂ© Bleue n'est jamais tout Ă  fait ce qu'il Ă©tait hier. Les palais deviennent des cloaques, les jardins deviennent des jungles. La bĂŞte docile et servile devient un monstre sauvage, elle mord la main qui l'a nourri, force les barreaux de sa cage et part semer la terreur dans la CitĂ© Bleue. Et des choses dorment dans des cocons, ce qu'elles Ă©taient auparavant n'est plus que limon Ă  l'intĂ©rieur d'une carapace, et ce qui en sortira portera le visage du DĂ©mon.
    Que le Juste châtie ses semblables qui ont dĂ©jĂ  chutĂ©, qu'il leur donne l'absolution, qu'il traite les maladies et les difformitĂ©s, ou qu'il se prĂ©munisse lui-mĂŞme contre toute forme d'impuretĂ© et de changement, le Juste devra lire en son cĹ“ur pour savoir ce que Dieu veut qu'il fasse en son Nom. »

    Haze fixe le Niaucheur, les yeux grand ouverts. Il croit comprendre. Il a peur de comprendre. La maladie a commencĂ© Ă  se rĂ©pandre Ă  Blue City. Et, de lĂ , elle pourra se rĂ©pandre dans le monde rĂ©el. L'avenir s'annonce bien sombre. Haze a parlĂ© le Langage Noir. Il doit maintenant partager la Viande Noire. Dans la glace, il voit que son torse brĂ»lĂ© est devenu noir justement. Il retourne Ă  son sac et trouve dedans un petit couteau. De retour au bord du fleuve, il s'attaque Ă  dĂ©couper un morceau de viande carbonisĂ©e Ă  mĂŞme son torse. La douleur est insupportable. Il y a du sang partout dans la neige, sur la glace. Le visage du Niaucheur ne lui apparaĂ®t plus que derrière un voile de larme et de sang. Pourtant, malgrĂ© tout, il prĂ©sente un bout de chair sombre au Niaucheur et entreprend de dĂ©vorer cette Viande Noire et crue.
    Puis, il s'Ă©croule, inconscient, dans la neige et le sang.

    L'appartement de Johanna Ackermann. Elle est seule. Elle fait la cuisine. Elle a de la visite ce soir. Damon Haze, l'ex agent du FBI qui s'est occupĂ© d'elle suite Ă  son kidnapping par le tueur Coleman. Elle a passĂ© du temps en soins intensifs puis, Ă  sa sortie, Haze est revenue vers elle. Pour l’aider. Mais pas que. Aujourd'hui, ils ont une relation pour le moins ambiguĂ«. Ă€ la limite du platonique et... d'autre chose. Elle sent bien que Haze n'en a pas fini avec cette histoire et qu'il reste auprès d'elle aussi, entre autre ou principalement pour en savoir plus sur les dĂ©lires de Coleman. Et aussi sur tout ce qu'elle a ou croit avoir vĂ©cu dans cette CitĂ© Bleue et cette forĂŞt maudite. Mais rien de tout cela n'Ă©tait rĂ©el, hein ? D'ailleurs, mĂŞme le type avec qui elle s'est retrouvĂ©e lĂ -bas a disparu. Elle ne sait mĂŞme pas s'il a vraiment existĂ© ailleurs que de son crâne. D'après certains mĂ©decins, elle aurait inventĂ© tout ça pour tenir psychologiquement face aux sĂ©vices infligĂ©s par Coleman. Une sorte de fuite, de fugue psychologique. Oui, elle est tentĂ©e d'y croire. Elle y croirait plus facilement si Haze y croyait et se dĂ©cidai Ă  franchir le cap. Ce soir, peut-ĂŞtre...

    « Toc Toc !
    Qui est là ?
    C'est moi, Sodek.
    Qu'est-ce que tu me veux encore ?
    Tu le sais, on a du travail. C'est bientĂ´t le jour.
    Non ! Ce n'est pas le jour. Il y a encore du temps. Beaucoup de temps avant la prochaine fois. Tu n'as aucune raison de venir m'importuner. Pourquoi ?
    Pourquoi ? Mais... mais parce que tu t'es assez servi de moi, Johanna. Maintenant, c'est mon tour. Pourquoi attendre le 13ème jour du 13ème mois pour s'amuser un peu ? Qu'est-ce que ça changera ? Rien du tout !
    Bien sĂ»r que si ! Se laisser aller comme ça est le meilleur moyen de commettre une erreur qui les mettra sur ta trace, notre trace.
    Mais non ! Il suffit de changer de mode opĂ©ratoire. LĂ , ce ne sera pas pour ce que tu sais. Ce sera juste pour... s'amuser. Allez, il n'y a personne dont tu voudrais te dĂ©barrasser ?
    Si ! Il y a cette femme. Edes Corso. Je sais que Damon la connaĂ®t. Je sais qu'il la voit.
    Et tu voudrais qu'il lui arrive quelque chose Ă  cette Edes Corso ? Pourquoi attendre le 13ème jour du 13ème mois ?
    Tu es certain que ça ne bouleversera pas nos... tes plans ?
    Certain !
    Pourquoi ? Pourquoi fais tu ça, Sodek ?
    Tu le sais très bien. Tu as eu ta chance, Johanna. Et tu as Ă©chouĂ©. Maintenant, c'est moi qui prend les rĂŞnes. On va faire ça Ă  ma manière. Ça va prendre un peu plus de temps mais ça marchera  cette fois.
    Sodek, pourquoi dis-tu qu'on a du travail alors que tu sais que le 13ème jour du 13ème est dans longtemps et que tu veux seulement t'amuser ?
    Je dis ça parce qu'on a vraiment du travail. Certes, nous avons du temps devant nous mais il y aussi de long prĂ©paratifs et de longs rituels Ă  accomplir pour que tout soit parfait. Tu sais bien de quoi je parle...

    « Le roman qui rend fou ! » Voila quel sera dĂ©sormais l'argument de vente de ce vieux roman de fantasy Ă©crit en 1958 par un certain Jone King : La QuĂŞte de l'Ange-Paon de YĂ©zĂ©dis. En vĂ©ritĂ©, l'intrigue importe peu. Ce qui importe, c'est ce qui s'est passĂ© ce samedi 25 mai dans une bibliothèque de quartier d'Olympia, Ă©tat de Washington. En effet, un homme d'une cinquantaine d'annĂ©e en train de lire ce roman a subitement Ă©tĂ© pris de folie. Criant ĂŞtre l'un des personnages principaux, un certain Tad Corso – aventurier explorant une forĂŞt hantĂ©e par des monstres nommĂ©s Horlas, l'homme s'en est pris avec les plus grande violence aux autres usagers ainsi qu'aux membres du personnel. Il a fallu l'intervention conjointe des forces de police et des services de sĂ©curitĂ© de la bibliothèque pour maĂ®triser le forcenĂ©. Celui-ci a finalement succombĂ© Ă  une crise cardiaque. Ces derniers mots concernèrent le Roi-Volcan et parlèrent du 13ème jour du 13ème mois, un autre personnage et un moment fort du livre.

    Haze Ă©merge lentement et douloureusement de son inconscience. Il a l'impression qu'on s'agite autour de lui. Il sent des mains qui le palpent sans mĂ©nagement. On est en train de lui faire les poches ! Il se retourne sur le dos aussi vite qu'il peut et tente de voir Ă  qui ou Ă  quoi il a Ă  faire.
    « Edes ? »
    Non, ce n'est pas elle. Impossible. Qu'est-ce qu'Edes ferait ici. Et puis, son Ĺ“il ? Comme une coquille de noix. Et... ce dĂ©guisement ! Ces ailes en bois... Haze tente de se redresser en prenant appui sur son coude.
    « Edes ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Qu'est-ce que tu... ?
    Qui es-tu ? D'oĂą tu me connais ?
    C'est moi, Damon.
    Les seuls dĂ©mons que je connais sont ceux que j'ai tuĂ©s ! Es-tu un Horla ? Tu ne ressembles pas Ă  un CĹ“lacanthe.
    Non,non Edes. C'est moi, Damon Haze. Rappelles-toi, on est... ami.s Enfin plus ou moins. Plus que moins mĂŞme. Enfin, tu vois ce que je veux dire ? »
    Il semblait bien que non. Cet Ă©trange sosie d'Edes, qui rĂ©pondait pourtant Ă  son nom, fit un petit bond en arrière, s'arma d'une dague et fixa Haze avec mĂ©fiance.
    « Euh, Edes... J'ai vu le Niaucheur. Il m'a dit que la corruption allait se rĂ©pandre. Qu'elle s'Ă©tait dĂ©jĂ  rĂ©pandue. Ça a dĂ©jĂ  commencĂ©. Elle traverse les mondes. Les Justes doivent Ă©radiquer les dĂ©mons... au nom de Dieu. »
    Haze, en jouant franc jeu autant que possible, espĂ©rant ainsi apaiser cette femme et gagner sa confiance. Il savait qu'il n'Ă©tait clairement pas en position de force. En cas de combat, elle l'emporterait certainement. Et puis, peut-ĂŞtre que tout ça aurait du sens pour elle.
    La femme, Edes ? le fixait toujours mais son visage prit une nouvelle expression, moins menaçante. Elle semblait Ă©tonnĂ©e, surprise, mais aussi plus attentive.
    « Tu parles comme lui
    Comme qui ?
    Le Fondateur de notre famille, l'Ange Guerrier, le RĂŞveur. Tad Edes Corso. C'est de lui que je tiens mon nom et mes dons. C'est grâce Ă  lui que j'entends les Lwas en songe. C'est notre devoir d'aller dans le cauchemar combattre les CĹ“lacanthes. Tu ne dois pas y aller. Tu ne peux pas. C'est Ă  nous, les Corso hĂ©ritiers du don du Fondateur, qu'incombe cette tâche. Et les Powl nous aident en attirant sur nous la bienveillance des Lwas. »

    OK, cette femme est folle. Elle ressemble Ă  Edes. Elle rĂ©pond au mĂŞme nom. Mais elle est folle. Comment se tirer de ce mauvais pas ? Haze ne pense plus qu'Ă  une chose, se tirer le plus vite possible. Pourtant...

    « Je dois me rendre Ă  la Prison du Roi-Volcan.
    Non ! N'y vas pas ! Cet endroit est maudit. On ne peut y accĂ©der sans danger que le 13ème jour du 13ème mois.
    Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? Que sais-tu du tueur du 13ème jour du 13ème mois ? »

    Et Haze eut une vision. Un flash. Il se rappelle alors une conversation avec Johanna. Dans sa cuisine. Elle Ă©tait en panique totale et lui a parlĂ© du tueur. Elle disait le connaĂ®tre. Elle disait que c'Ă©tait lui, Sodek Nofink, qui tuait chaque 13ème jour du 13mois. Lui aussi, comme Coleman voudrait ouvrir une Porte aux CĹ“lacanthes. Mais il aurait un plan Ă  long terme. Ă€ beaucoup plus long terme. Cela ferait longtemps que Sodek mĂ»rit son plan. Il aurait mĂŞme commencĂ© Ă  tuer avant Coleman. Et Sodek voulait tuer... Edes !

    Haze ne savait plus. Edes avait-elle Ă©tĂ© assassinĂ©e ou non ? Si oui, cette fille Ă©tait un fantĂ´me et il Ă©tait... certainement pas au Paradis. OĂą ça alors ? L'Enfer ? Le Purgatoire ? Était-il mort lui aussi ? Dans le crash de l'hĂ©licoptère... Avait-il basculĂ© dans ce monde de folie et de cauchemars dont parlait Coleman, ce Millevaux ? Et jamais un tĂ©lĂ©phone quand on en a besoin ! Il aurait bien eu besoin des conseil de ContrĂ´le Ă  ce moment prĂ©cis.

    « Edes... Es-tu... Vivante ?
    Évidemment, imbĂ©cile ! Je ne serais pas lĂ  Ă  te parler sinon. Mais je suis la dernière, la seule survivante. Mon clan, toutes mes familles ont pĂ©ri dans la fracture. Seules... enfin, nous avons pu remonter de l'Abysse.
    Nous ?
    Oui, la Magicienne. Elle aussi a pu remonter. C'est elle qui m'a tirĂ© de lĂ . Elle m'a sauvĂ©, cette fois encore. »

    Et Edes tapotait du doigt la coquille de noix qui lui servait d’œil.
   
    « La Magicienne ? Je dois la voir. OĂą est-elle ?
    Je suis lĂ , Damon-Demian. »

    Haze reconnut tout de suite cette silhouette. Ce long manteau et cette toque en fourrure. Le Magicien ! La Magicienne... C'Ă©tait pourtant bien UN Magicien qu'il avait interrogĂ© dans les locaux de la police d'Olympia quand il enquĂŞtait sur Coleman ?

    « Je dois rĂŞver, lâcha-t-il dans un souffle. Mais je ne veux pas.
    Tu vois, rebondit Edes. Tu parles encore comme lui. Le Fondateur disait ça lui aussi. Il devait rĂŞver mais ne voulait pas. »

    La magicienne l'observa avec un certain amusement. Elle fouilla dans sa besace et tendit devant lui ses deux paumes ouvertes.

    « La Bille ou la Noix ? Le 13ème jour ou le 13ème mois ? Choisis ! »

    Et le visage de la Magicienne se fendit d'un large sourire. Haze flairait l'arnaque Ă  plusieurs kilomètres. Il ne voulait pas choisir. Et pourtant... Il fixa Edes droit dans les yeux. Dans l’œil et la Noix... Vas pour la Noix ?

    Et il saisit la...

    Le rĂ©fectoire d'un hĂ´pital. Non ! Le rĂ©fectoire DE l'HĂ´pital. Les patients sont en train de manger. Soudain, l'un d'eux se lève. Pris d'une crise de dĂ©mence, il renverse sa chaise. La bave aux lèvres, il se jette sur son voisin et lui plante sa fourchette dans la gorge.
    Le patient 58,un homme d'une cinquantaine d'annĂ©es, est rapidement maĂ®trisĂ© par les Blouses Blanches. Sodek, comme beaucoup d'autres patients, est restĂ© impassible. Il a tout de mĂŞme  remarquĂ© que le patient 58 a les Ă©paules couvertes de pellicules. Mentalement, il prend des notes. Aujourd'hui, le 58. Avant-hier, le 71. Demain, le 46...
    Pour Sodek, n° 82, tout est clair. Ceci est un message. Et qui dit message, dit messager. Et qui dit messager dit... Nyarlathotep !

    Ville de XXXX. Ce parc d'attractions est particulièrement bien gardĂ©, de jour comme de nuit, car son sous-sol abrite des locaux de la Compagnie. Aujourd'hui, ici-mĂŞme, le chef-instructeur Snyder participe Ă  une rĂ©union du DĂ©partement SpĂ©cial de la Compagnie avec des cadres de l'IngĂ©nierie MnĂ©monique et de la Mythographie.
    Ce matin, tout le monde tente de faire bonne figure mais, contrairement Ă  ce qui se passe en surface, l'ambiance n'est pas Ă  la fĂŞte. Le dĂ©sespoir et la peur se lisent dans les regards des uns et des autres. La nouvelle est tombĂ© et elle est mauvaise. Très mauvaise. Blue City est en proie Ă  une corruption d'origine inconnue. Des noms reviennent nĂ©anmoins : le Cruel Centipède, Shub'Niggurath, le Roi en Jaune, Millevaux.
    Snyder tente malgrĂ© tout d'ĂŞtre rassurant. Il a une piste, affirme-t-il, un atout. Ce nouvel agent, Haze. Il connaĂ®t Millevaux. Il y a encore une chance de sauver Blue City... et le monde.

OMNISCIENCE :

    Depuis quelques jours, depuis qu'il a tuĂ© deux membres de sa communautĂ©, SiAber se sent mal. Ce ne sont ni les remords, ni la culpabilitĂ© mais des images Ă©tranges qui lui sont venues en rĂŞve peu de temps après qui le rongent. En rĂ©alitĂ©, ce ne sont pas des rĂŞves mais des souvenirs. Mais, ce ne sont pas les siens. Ce sont ceux des personnes qu'il a tuĂ©es. Il voit ainsi la première dans une cabane Ă  moitiĂ© en ruine, sorte de taverne, perdue dans des marais. LĂ , il boit en compagnie d'une bande de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s qui ont tout l'air d'une bande de cannibales. Tous, ils rient en buvant et se donnant de grandes tapes dans le dos. Son autre rĂŞve lui paraĂ®t plus intĂ©ressant. MĂŞme si plus mystĂ©rieux. Il revoit la Prison du Roi-Volcan. Ce membre de son clan s'y est rendu. Il a vu, dans ces ruines, le Roi-Volcan et le Roi-Volcan lui a donnĂ© un nombre. Ce nombre Ă©tait le 13.

    Aujourd'hui, SiAber a suivi la Magicienne dans la forĂŞt. Ou plutĂ´t, elle s'est laissĂ©e suivre. ArrivĂ©e au Noyer, elle lui fait face et, lui tendant les mains, paumes ouvertes, lui propose de choisir entre une Noix et une Bille.
    SiAber choisit la...
    Ses visions le transportent dans un autre monde ou un autre temps. Il ne sait plus. En tout cas, cela n'a rien Ă  voir avec ses visions habituelles. LĂ , il ne se contente pas de voir fugacement, partiellement, ce qui va advenir. Ses visions lui donnent... une mission. Il doit accomplir quelque chose pour accĂ©der Ă  une vision « Primordiale », quelque chose d'important, de capital !

    Quand il ouvre les yeux, SiAber reconnaĂ®t cette Ă©trange pyramide au Nord-Ouest des Colonnes. Mais quelque chose a changĂ©. Quelque chose de majeur. De radical ! Il neige !!! La pyramide. La forĂŞt. Millevaux est sous la neige !
    Une silhouette se dessine Ă  l'une des entrĂ©es de la pyramide. Un Horla ! Il a un corps d'homme mais sa tĂŞte est un amas de tentacules grouillants. Le torse de la crĂ©ature est scarifiĂ© au niveau du cĹ“ur. Ces cicatrices, SiAber le sait, symbolise le nombre 13. malgrĂ© la neige et le froid, le Horla ne porte qu'un long pagne de couleur pourpre. Il a les bras levĂ©s en croix et semble dans une sorte de transe qui le fait onduler lentement. Autour de lui, l'air se cristallise en pĂ©tales de fleurs tombant Ă  ses pieds. Fragments de rose en hologramme...
    SiAber est terrifiĂ©. Pourtant, le Horla semble inoffensif. Il ne bouge pas. Ă€ se demander s'il a conscience de la prĂ©sence de SiAber. Pourtant...
    « Je suis le Kraken ! L'oubli m'a jetĂ© au fond d'un ocĂ©an de solitude, Ă  13000 m de profondeur. Retrouver mon nom apaiserait mon âme... Parce que le joueur le sait, je le sais et tu le sais. La forĂŞt est Millevaux est Shub'Niggurath. La neige est Ithaqua. La Magicienne est Ă  tes cĂ´tĂ©s. »
    Et Ă  ces mots, le Kraken s'en retourne Ă  l'intĂ©rieur de la pyramide, laissant SiAber lĂ , interdit.  Un raclement de gorge Ă  sa droite attire son attention. La Magicienne est lĂ ... Ă  ses cĂ´tĂ©s. Mais quelque chose a changĂ© chez elle. Son long manteau glisse sur ses Ă©paules qui se rĂ©vèlent ĂŞtre en acier. Des symboles sont gravĂ©s dessus. SiAber s'approche pour mieux les voir mais la Magicienne recule et remonte son manteau. Elle le regarde droit dans les yeux. SiAber jurerait qu'elle tente de le charmer. Elle fouille dans ses poches et en sort une Bille et une Noix.
    « Choisis »
    Et SiAber choisit la...

    Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? LĂ , de jeunes garçons sont la proie de horlacanthes qui leur arrachent les bourses avec une arme-cactus Ă©lectrique, sans anesthĂ©sie. L'arme les cautĂ©rise. Puis ils restent parquĂ©s ici, vivant captifs dans leur propre merde. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que doit-il faire ? Sauver un enfant ? Lequel ? DĂ©jĂ , il cherche un endroit d'oĂą pouvoir mieux observer la scène sans ĂŞtre vu des CĹ“lacanthes.
    Une fois Ă  l'abri derrière... Derrière quoi ? SiAber se rend alors compte que si les enfants et les CĹ“lacanthes lui apparaissent très nettement, tout me reste est flou. Concrètement, il lui est impossible de dire oĂą il est, Ă  quoi ressemble cet endroit. Cela lui donne presque le tournis. Il doit mĂŞme se concentrer pour que les enfants ne deviennent pas flous eux aussi. Il sent qu'il doit agir vite. Aussi, il relâche les araignĂ©es qu'il a en lui et les envoie faire diversion. Il espère ainsi attirer ailleurs l'attention des monstres pendant qu'il s'emparera d'un enfant (mais lequel et pourquoi celui-lĂ  plus qu'un autre?) et s'enfuira par cette porte qu'il sait (mais comment?) ĂŞtre derrière lui sur sa gauche.
    Il se recroqueville alors sur lui-mĂŞme et ouvre grand les yeux et la bouche. Il sent alors des milliers d'araignĂ©es s'agiter et sortir de son corps. Alors qu'elles se mettent Ă  recouvrir deux horlacanthes opĂ©rant sur de jeunes garçons, SiAber rampe dans la direction opposĂ©e. Il s'approche d'un enfant et le tire par le bras. Il lui plaque la main sur la bouche pour l'empĂŞcher de crier et, alors que les monstres se dĂ©battent avec les araignĂ©es, il le tire vers la sortie. Mais avant de passer la porte, il tire deux Noix de sa besace et lui en tend une. Et lui dit :
    « Je suis le Corvidé ! Ici et maintenant je te donne cette Noix pour transporter ton âme dans la vie suivante. Je suis le Corvidé !
    Écoute les yeux, rĂ©pond le garçon. Ils te disent de rĂ©pĂ©ter ton mantra pour accĂ©der Ă  la Vision. Ils te disent que mon sang doit couler »

    SiAber acquiesce. Il sort une dague de sa besace et entaille la main du garçon. Alors, le dĂ©cor cesse d'ĂŞtre flou. Et la porte apparaĂ®t nettement. Il entraĂ®ne le garçon.

    Dehors, dans la neige, la Magicienne est lĂ . Elle attend.

    « Camille ! Viens ! »

    Elle ouvre grand son manteau et le jeune garçon s'y rĂ©fugie, Ă  l'abri du froid. Alors qu'elle le referme sur eux deux, elle prend soin de laisser nues ses Ă©paules d'acier. SiAber s'approche et parcourt du doigts les Ă©tranges gravures en langue putride. Il comprend...

    Le Cruel Centipède, une nouvelle forme de Millevaux, cette maladie qui ronge l'espace et le temps. Cette corruption. Cette putrĂ©faction. L'univers, les univers meurent ! Il(s) se dĂ©compose(ent) et Millevaux sont ses miasmes protĂ©iformes et pourrissant qui en Ă©manent et se rĂ©pandent, condamnant ce qui reste du cadavre de l'Hommonde Ă  une lente dĂ©sagrĂ©gation. L'Hommonde ? Qu'est-ce que c'est ?
    SiAber a un mouvement de recul. La Magicienne se retourne et lui prĂ©sente son autre Ă©paule. D'autres gravures, mais pas en langue putride cette fois. Les « Dunes Vivantes », la paix contre la nocive alliance.
    SiAber fixe son regard sur la Magicienne mais elle ne lui accorde plus aucune attention. Elle ne songe plus qu'Ă  rĂ©chauffer et cajoler le jeune Camille. Mais il sait ! Il sait que les Dunes Vivantes l'aideront Ă  vaincre la neige, Ă  vaincre la forĂŞt, Ă  faire reculer Millevaux !

    SiAber ouvre les yeux. La Magicienne, celle aux Ă©paules de chair, est face a lui. Elle lui sourit. Quelque chose dans son regard lui dit qu'elle sait. Elle sait tout ! Tout ?
    Elle lui tend les mains, paumes ouvertes. L'une est vide. Dans l'autre, il reste une...
    SiAber s'en saisit...

    Il reconnaĂ®t cet endroit. Il est consacrĂ© au Roi-Volcan. Devant la porte, deux personnes semblent l'attendre. Un homme, plutĂ´t mal en point, Ă  l'air nerveux, se prĂ©sente comme Ă©tant un certain Damon Haze. Le femme prĂ©tend s'appeler Sodek NoFink et elle fait peur Ă  SiAber. Elle lève la main et dĂ©clare.
    « Le Roi-Volcan m'a donnĂ© un nombre et ce nombre est... »

    Et d'un geste, elle nous invite, ce Haze et moi ,Ă  entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, Haze et SiAber ont très bien compris ce qu'il doivent faire : trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
    SiAber se rappelle que tout cela n'est qu'une vision. Rien n'est rĂ©el. Pas encore. Il sait, en tant que chaman du clan des Arbres, qu'il a la main-mise sur une partie de ce qui va se passer. Ce Haze est certainement un homme bon, mais s'il veut savoir, percer les secrets, SiAber doit trouver le Roi-Volcan avant lui.
    Haze entre et prend immĂ©diatement le couloir sur sa gauche. SiAber, lui, demeure immobile et se concentre. Mais il a du mal Ă  conserver son calme. Une voix rĂ©sonne en lui. « Commence par la dernière chose ! Le monde est un cut-up ! »
    Ses yeux lui piquent d'une façon vraiment dĂ©sagrĂ©able. Ça bourdonne dans sa tĂŞte. Il farfouille dans sa besace et en sort une carte. Une sorte de lame de tarot. Mais dessus, il y a des mots. Sur tout le pourtour de la carte, des mots. Au milieu de la carte, des mots ! Un titre : Soudain... Juste en dessous : « Commence par la dernière chose. Perds ton calme. Aide l'ennemi ou le monstre. Un tremblement de terre. Une personne a en fait un dĂ©doublement de personnalitĂ©. » Il y a bien d'autres mots sur cette carte mais SiAber ne parvient pas Ă  les lire. Il comprend que cette douleur dans sa tĂŞte et dans ses yeux est la rage qui tente de sortir. Il comprend que l'ennemi qu'il doit aider est Sodek. Il comprend que cet homme dans ce corps de femme, Sodek, souffre d'un dĂ©doublement de la personnalitĂ©. Et quand il se concentre sur la terre, pour Ă©couter les conseils des racines des arbres, il entend les prĂ©mices d'un tremblement de terre. La dernière chose Ă  faire... serait de rester dans cette prison dont ce qui reste des ruines va bientĂ´t s'effondrer sur ceux qui seront Ă  l'intĂ©rieur. Et il aidera son ennemi, Johanna, en la dĂ©livrant de Sodek. Tuer Sodek ! Ce serait vraiment la dernière chose Ă  faire. Comment percer ses secrets s'il meurt ? Ça, ce serait vraiment la dernière chose Ă  faire. « Perds ton calme ! »

    SiAber pousse un grognement et sort de la prison. Il se plante, les deux pieds dans la neige, face Ă  Sodek et crie :
    « Je suis le Corvidé ! Ici et maintenant, pour maintenir l'Ă©quilibre entre la vie et la mort, je vais transporter ton âme dans sa vie suivante ! Je suis le Corvidé ! Je vais vider ton corps ! »

    Sodek s'empare alors de son arme, une sorte de pistolet-cactus, et la braque en direction de SiAber. Mais quelque chose l'empĂŞche de tirer. Les Yeux de la forĂŞt sont braquĂ©s sur eux. Ils vont dire Ă  SiAber ce qu'il doit faire. S'il accepte, alors Sodek mourra.

    « Tout cela est un cycle dont l'ivresse te guĂ©rira... Mais Haze mourra...
    J'accepte ! »

    Alors, la terre se met Ă  trembler. Derrière lui, les ruines de la prison du Roi-Volcan s'Ă©croule. Le bruit est tel qu'on entend mĂŞme pas les cris de Haze. SiAber enfonce profondĂ©ment ses pieds dans la neige. Il sent les vibrations de la terre. Il veut se transformer en arbre pour tuer Sodek mais quelque chose ne fonctionne pas dans son mantra. Le CorvidĂ© est lĂ . Il fait obstacle. Il s’immisce. Alors que SiAber tente de plonger ses racines dans le sol Ă  la recherche de celles de son totem, il sent les cornes de son masque pousser. Vers le haut, dans le ciel. Mais aussi vers le bas, dans son crane. Les bois s'enfoncent dans son cerveau et cheminent tout le long de son système nerveux. Jusqu'au bout de ses pieds, de ses racines, pour enfin s'enfoncer dans la sol. Les bois vont jusqu'au bout de ses doigts qu'ils transpercent pour devenir d'improbables griffes. SiAber lève les bras en direction de Sodek et ses branchages s'allongent Ă  toute vitesse, transperçant Sodek de part en part. Alors, le sang de Sodek se mĂŞlant Ă  la sève de SiAber, ce dernier sait. Il sait qui est la Terre et il sait qui est la Neige qui la recouvre. Ithaqua, le Marcheur du Vent, s'est alliĂ© Ă  Shub'Niggurath. Il a recouvert Millevaux de son manteau de neige protectrice, figeant ainsi la forĂŞt dans un hiver Ă©ternel. La Neige, la poudre, la poussière d'ange, l'ivresse, la dĂ©fonce, l'hubris, la folie dionysiaque... La Neige d'Ithaqua est cette cocaĂŻne qui maintient Millevaux dans une perpĂ©tuelle folie. Johanna Ă©tait folle. Folle car habitĂ©e par Sodek NoFink. Les meurtres perpĂ©trĂ©s par Sodek n'avaient pas pour seule vocation d'ouvrir une porte aux CĹ“lacanthes. Sodek savait ce que Johanna ne savait pas. Ces meurtres n'avaient pour seule vocation de sceller l'alliance entre Ithaqua et Shub'Niggurath. Sodek savait pour l'Hommonde ! Il savait que l'Hommonde Ă©tait mort et que sa mort, sa dĂ©composition avait engendrĂ© un cycle d'entropie. Or, l'entropie c'est la vie ! La mort de l'Hommonde Ă©tait donc synonyme de vie. Mais cette dĂ©composition s'achèverait nĂ©cessairement par la disparition totale du cadavre de l'Hommonde, signifiant alors la fin de la vie, de toutes les formes de vie ayant Ă©mergĂ© de ce corps mort. Toutes les formes de vie dont Millevaux, les miasmes s'Ă©chappant de ce corps en putrĂ©faction. Ces miasmes portĂ©s par le vent qui se rĂ©pandaient et contaminaient le NĂ©ant, accĂ©lĂ©rant (involontairement?) la dĂ©composition du cadavre de l'Hommonde. Les hommes que tuait Sodek n'Ă©taient pas que d'anciens patient de l'HĂ´pital, ils Ă©taient aussi, Ă  ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant. Tel Ă©tait donc le secret de Sodek. SiAber n'Ă©tait pas certain d'avoir tout saisi ni tout compris. Mais cela, il le sentait, ne lui appartenait plus. Sous son masque, par sa bouche de bois, les araignĂ©es quittaient son corps par milliers. Elles courraient le long des branches jusqu'Ă  Sodek et tissaient leur toile autour de lui. Certaines commençaient Ă  le manger, Ă  pondre. SiAber se sentit Ă©trangement vide quand la dernière araignĂ©e eut dĂ©sertĂ© son corps de chair et de bois. Mais alors, une mouche vint se poser sur lui. Et d'autres arrivèrent. Elles, elles achèveraient de comprendre tout ce que cela voulait dire...

    SiAber ouvre les yeux. Il est dans une clairière. Au centre, un gigantesque noyer. Au pied de l'arbre, un vieux grammophone. Il y a un disque posĂ© dessus. SiAber remonte la mĂ©canique en tournant la manivelle. Une musique dissonante et discordante se fait entendre. Puis une voix...

    « Je suis le Corps VidĂ©. Je ne suis ni un bon ni un mauvais prĂ©sage. La dernière âme que j'ai accompagnĂ© au repos est celle de Johanna Ackermann. C'est dur de vivre entre la vie et la mort... »

    SiAber se met Ă  pleurer. Il se dirige vers l'arbre et cueille une poignĂ©e de Noix.


    Haze ouvre les yeux dans une salle de bain. Les murs sont fait de carrelages vieillots, la faĂŻence est fendue. Les robinets sont ouvragĂ©s avec raffinement mais très abĂ®mĂ©s et gouttent en permanence. Il fait froid et la fenĂŞtre ouverte donne sur la forĂŞt, on entend des chouettes. Le bidet et le lavabo sont sales. Il y a une baignoire remplie d'une eau grise oĂą surnagent des feuilles mortes. Une Ă©trange musique vient de... impossible Ă  dĂ©finir. Haze reconnaĂ®t l'album Body and Soul de Cabaret Voltaire. Il se plante devant la glace et ne se reconnaĂ®t pas. Face Ă  lui se tient un enfant. Une fille ou un garçon, difficile d'en ĂŞtre sĂ»r juste en regardant ce visage triste.
    Haze s'approche de la baignoire. Quelque chose de fatal va arriver, il le sent. Mais il sent aussi que...
    Il se plonge dans l'eau sale. Il aspire une grande goulĂ©e d'air et plonge la tĂŞte la dans l'eau en fermant les yeux. Quand il les ouvre Ă  nouveau, il est de nouveau dans cette forĂŞt enneigĂ©e. Il entend toujours la musique. Devant lui, un vieux bâtiment en ruine. AdossĂ©e Ă  un mur, une cigarette Ă  la bouche, Johanna. Non, Sodek NoFink !

    « Edes ? Elle est morte ? Tu l'as tuĂ©e finalement ?
    Oui, et j'ai fait ça salement si tu veux savoir. Comme un porc... »

    Haze se jette sur Sodek ! Mais il pare le coup, lui saisit le bras, le retourne et manque de lui dĂ©mettre l'Ă©paule.

    « Ne fais pas l'enfant ! Calme-toi. On attend quelqu'un.
    Qui ça ?
    Je ne sais pas trop. Un chaman du Clan des Arbres. Sais-tu oĂą nous sommes ?
    Non.
    La prison du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan doit me donner un nombre.
    Un nombre ?
    Oui, mais... C'est compliquĂ©, Damon. Tout ça te dĂ©passe. Nous dĂ©passe. Tout a un sens mais ce n'est pas forcĂ©ment Ă  nous qu'il incombe de le saisir. C'est la tâche du Joueur. Nous ne sommes que des rĂ©vĂ©lateurs. Des pions amĂ©liorĂ©s. Mes morts ont un nombre et le Roi-Volcan en a un aussi. Je tuerai Ă  nouveau, comme j'ai tuĂ© Edes et comme j'ai tuĂ© ces nombres. Mais il me faut aussi le nombre du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan est bon mais il lui faut un sacrifice. Ce sera toi ou lui. »

    Haze se tourne dans la direction indiquĂ©e par Sodek et voit un homme Ă©trange. Aucune idĂ©e d'oĂą il surgit, ni mĂŞme de comment. Ses vĂŞtements de cuir et de fourrures sont sales, couverts de terre et de sang. Il porte un masque, sorte de sac de toile sur lequel sont fixĂ©es des cornes de cerf.

    Sodek se tourne vers le nouvel arrivant, lève la main et dĂ©clare.
    « Le Roi-Volcan m'a donnĂ© un nombre et ce nombre est... »

    ...d'un geste, elle nous invite, ce type et moi, Ă  entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, tous deux ont très bien compris ce qu'il doivent faire : trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
    Haze ne sait plus si tout cela est bien rĂ©el, mais s'il veut savoir, percer les secrets, il doit trouver le Roi-Volcan avant ce type. Haze entre et, plantant l'homme dans l'entrĂ©e, prend immĂ©diatement le couloir sur sa gauche.

    Haze n'a aucune idĂ©e de comment trouver ce foutu Roi-Volcan. Il n'a mĂŞme aucune idĂ©e de ce Ă  quoi il peut bien ressembler. En tout cas, tout ça est liĂ© Ă  Millevaux. Et il porte une part de Millevaux sur lui : le Cruel Centipède. Après avoir vĂ©rifiĂ© que l'autre gars ne l'avait pas suivi, il se saisit du Cruel Centipède et le fixe du regard, espĂ©rant un signe. Aucune rĂ©action de la part de cette chose mais... Haze se rend compte qu'il entend toujours cette musique. Toujours le mĂŞme album du mĂŞme groupe. Ça n'a pas de sens. Si, ça a forcĂ©ment du sens. RĂ©flĂ©chis Haze !

    Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une scène, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumières, LA Lumière, la mĂ©taphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre mĂ©taphysique ! Soul, l'âme. Une âme, celle de qui ? La sienne ? Celle de Johanna, de Sodek ? De ses victimes ? L'âme ? Qu'est-ce que l'âme ? Une illusion. Un produit permettant Ă  un organisme de percevoir son unitĂ© en vue de mettre en place les stratĂ©gies de prĂ©servation de son intĂ©gritĂ©. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout ça n'est qu'un petit théâtre. Et si ce qui Ă©tait le plus important aux yeux des hommes n'Ă©tait qu'une illusion, un spectacle ? Ă€ destination de quel spectateur ? Qui se rĂ©jouit du spectacle de nos âmes ? Un Dieu ? Le Joueur ? Des Dieux ? Millevaux est hantĂ© par des Dieux.
    Haze croit comprendre. Il y a un message derrière tout ça. Ce spectacle est Ă  destination de quelqu'un. C'est bien un message. Mais qui dit message dit messager. Et qui dit Messager dit Nyarlathotep ! Nyarlatothep ! Le messager des Dieux, le message et le moyen de communication. Et quel meilleur moyen de communication pour un Dieu fou qu'une sĂ©rie de meurtres ? Les meurtres de Sodek ne sont pas que les bornes d'un rituel visant Ă  ouvrir une porte aux CĹ“lacanthes. C'est aussi un message. Un message chiffrĂ© puisqu'Ă  chaque victime correspond un nombre. Mais lequel ? Des... coordonnĂ©es. Tous ces chiffres doivent ĂŞtre des coordonnĂ©es, ou un code dont le Roi-Volcan aurait la clé ?
    Haze secoue la tĂŞte. Comment sait-il que les victimes de Sodek ont chacune un nombre ? Johanna lui a racontĂ© une partie de son histoire. Mais celle-là ? Il ne sait plus. Mais il sait que ce que sait le Joueur, les personnages le savent Ă©galement. Ou du moins, ils peuvent accĂ©der Ă  quelques bribes de ce savoir. La musique ! C'est ça ! Haze comprend. C'est le Joueur qui Ă©coute cette musique. LĂ , maintenant, tout de suite, il a accès au Joueur !

    Soudain, la terre tremble ! Quelques briques tombent du haut des murs. Haze sait qu'il n'en a plus pour très longtemps. Mais il sait ce qu'il doit chercher. Les Yeux ont menti. Il ne mourra pas ! Ou alors, il mourra pour renaĂ®tre.

    La terre tremble de plus en plus et ce sont maintenant des pans de murs entier qui s'Ă©croulent. Haze regarde autour de lui et ne trouve nul part oĂą se mettre Ă  l'abri. Dans sa main, il tient toujours le Cruel Centipède. Il a une idĂ©e. Ça va marcher. C'est obligé !

    Il libère alors le Cruel Centipède. La crĂ©ature tombe au sol. Elle se met Ă  grandir et se tortille, s'enroule sur elle-mĂŞme en un motif compliquĂ©. Haze, grâce au Joueur, reconnaĂ®t ce motif. C'est la rune Hshl et le nombre du Roi-Volcan est le 1808. Haze cligne des yeux. Un horrible bourdonnement de mouches lui vrille le crane. Il se sent aspirĂ© par le NĂ©ant dans lequel gĂ®t le cadavre de l'Hommonde. Ça n'a aucun sens. Pas encore... Il doit mourir pour renaĂ®tre...

    Haze a donnĂ© rendez-vous Ă  Johanna sur le front de mer. Il comptait prendre un verre avant de l'emmener au restaurant mais... la conversation a pris une autre tournure. Sodek s'est invitĂ©. Non en tant qu'interlocuteur mais malgrĂ© tout en tant que sujet. Johanna a peur. Elle fait de son mieux pour garder une certaine contenance mais Haze sent bien qu'elle est Ă  deux doigts de craquer. Il sent  aussi que c'est le bon moment.

    « Johanna, c'est toi qui a tuĂ© Edes ?
    Oui. Enfin, c'est Sodek.
    Et tout ça a Ă  voir avec son « grand plan » ?
    Bien sĂ»r. Il n'y a pas de hasard. Ces autres victimes ont un nombre. Mais pas Edes. Elle, c'est diffĂ©rent mais ça fait aussi parti du plan. Ce meurtre lĂ , c'est comme... une fractale. Un fragment de rose en hologramme. C'est l'univers...
    Des nombres ?
    Oui, chaque victime avait un nombre, un numĂ©ro... Ă  l'HĂ´pital. Je crois que tout ça forme une sĂ©rie. Je ne sais pas trop. Il ne m'a pas tout dit. Mais il y a une histoire de nombre.
    Et Edes, pourquoi cette mise en scène ? Pourquoi le... porc ?
    Parce que... c'est comme ça. Partout. Partout oĂą Le Meurtre a lieu, il y a... le porc. Et le Tueur... Des fois, c'est un tueur en sĂ©rie. Des fois, c'est un enfant. Des fois, il est aveugle. Des fois, il a des cornes sur la tĂŞte. Mais tout le temps, il y a le porc...
    Est-ce que... est-ce que je vais mourir ?
    Oui, mais... pour renaĂ®tre... »

    Haze a reçu un appel anonyme. On lui a donnĂ© rendez-vous dans un terrain vague. Il doit venir cette nuit. Seul, Ă©videmment. Et sans arme bien sĂ»r. Son interlocuteur a dĂ©clarĂ© travailler pour quelqu'un qui avait quelque chose Ă  lui remettre pour la Compagnie. Il n'a pas voulu en dire plus mais cette rĂ©fĂ©rence Ă  la Compagnie Ă©tait suffisante pour qu'Haze prenne le risque d'accepter ces conditions.
    Ă€ l'heure dite, une limousine aux vitres teintĂ©es fait son apparition, phares Ă©teints. Le vĂ©hicule s'arrĂŞte Ă  une dizaine de mètres de Haze. Il fait mine de s'approcher mais la porte du conducteur s'ouvre. Celui-ci fait mine de porter la main droite au niveau de son aisselle gauche et, de la main gauche, lui fait signe de rester lĂ  oĂą il est. Haze obĂ©it. Le chauffeur ouvre alors la portière arrière. Le chauffeur se penche et Ă©change quelques mots inaudibles avec son patron. Il ferme la portière et se dirige vers Haze. Sans un mot, il lui remet une boĂ®te. Haze ne peut s'empĂŞcher de l'ouvrir. Dedans, une fiole en verre. Et dans la fiole, le Cruel Centipède. Le chauffeur se barre les lèvres de son index puis, les deux paumes levĂ©es, fait signe Ă  Haze de reculer. Marchant Ă  reculons, le chauffeur regagne la limousine et redĂ©marre.
    Haze range la boĂ®te dans la poche intĂ©rieure de sa veste. Il en est convaincu, l'Horreur vient de prendre une nouvelle forme, arpentant le monde au milieu des mortels...

    Le meurtre d'Edes Corso a fait la une de tous les journaux et l'ouverture de tous les JT nationaux et mĂŞme internationaux. La riche hĂ©ritière Ă©tait très cĂ©lèbre et les journalistes ont adorĂ© dĂ©crire encore et encore les dĂ©tails les plus salaces de la scène de crime. Les blessures au visage mais surtout... le porc. CĂ©lĂ©britĂ© et argent oblige, la police a mis les bouchĂ©es doubles sur l'affaire. Des croisements effectuĂ©s Ă  la suite de prĂ©lèvements d'ADN ont permis de remonter jusqu'Ă  une certaine Johanna Ackermann. Il semblerait donc que cette femme ait Ă©tĂ© prĂ©sente sur toutes les scènes de crime. Pas seulement celle d'Edes Corso mais aussi celles de ces hommes dont la mort Ă©tait attribuĂ©e au Tueur du Calendrier.
    Ackermann s'est rendue sans opposer de rĂ©sistance. Lors des premiers interrogatoires, elle a peinĂ© Ă  raconter ce qu'elle savait. On aurait dit qu'elle racontait une histoire vĂ©cue par un autre. Puis, au dĂ©tour d'un entretien avec un des experts psychiatres, la personnalitĂ© de Sodek NoFink a fait son apparition. Il a tenu alors des propos plus qu'incohĂ©rents, affirmant que oui toutes ces morts, mĂŞme celle d'Edes Corso s'inscrivaient dans un vaste plan. Oui, ce plan Ă©tait interrompu mais, après tout, le mal Ă©tait fait et rien n'empĂŞcherait plus sa rĂ©alisation. Ici ou ailleurs... il affirma Ă©galement que ce n'Ă©tait pas par hasard qu'Edes Corso s'Ă©tait entichĂ© de cet ancien agent du FBI. Elle savait qu'il Ă©tait mĂŞlĂ© Ă  tout ça. Et elle savait qu'elle allait mourir. Il alla mĂŞme jusqu'Ă  dire que c'Ă©tait pour l'approcher lui, Sodek, qu'elle avait fait la connaissance de l'ex agent Haze. Tout ça faisait donc parti de ce fameux plan. Aucune logique lĂ -dedans, aux dires du psychiatre. Les dĂ©lires d'un fou. Ou plutĂ´t, d'une folle. C'Ă©tait certainement par unique jalousie qu'elle s'Ă©tait attaquĂ©e Ă  Edes Corso. Et pour les autres hommes, une enquĂŞte sur l'enfance de Johanna fit Ă©tat d'une hospitalisation en maison de repos. LĂ , il semblerait qu'elle fut abusĂ©e par un autre patient pouvant prĂ©senter des ressemblances avec ses victimes en tant que Tueur du Calendrier.
    Ackermann fut condamnĂ©e Ă  ĂŞtre internĂ©e en institut psychiatrique de haute sĂ©curitĂ© pour une durĂ©e de 13 ans.


Réponse de Thomas !

A. Encore un grand merci pour ce CR qui s’avère être à nouveau une novelette !

B. Damon Haze et Edes Corso en couple, la rencontre de deux persos principaux de la première et de la deuxième campagne, c’est enthousiasmant ! Tu es train de tisser ta saga personnelle à travers Millevaux.

C. J’adore le côté super méta de voir Millevaux comme un virus libéré sous licence creative commons, afin que n’importe qui puisse créer ses propres souches mutantes ! Pour l’exactitude, Millevaux n’est pas en creative commons mais dans le domaine public. Je pense qu’ « open source » serait le terme qui collerait mieux à ta fiction, pour sa connotation hacker.

D. Sympa de voir certaines thématiques de Millevaux (l’emprise, avec cette forêt tropicale enneigée, et l’oubli) se retrouver exploitées dans ce CR !

E. La contamination des mondes par Millevaux est un thème récurrent de Millevaux Mantra, j’ignore à quel point tu exploites ce jeu dans ta campagne (juste le contexte ? Aussi les tables ? Ou aussi le système?)

F. « une bouche dessinée sur le mur scande « Je suis Dionysos ! La Voix de la Bouche ! Dansez ! Chantez, les ivres et les fous ! » : la bouche dessinée chante vraiment où les paroles sont justes écrites sur le mur ?

G. « Haze plonge sa main dans sa poche et en tire un jeu de cartes. Il en sait pas ce que ce jeu fait là. Il n'aime pas jouer aux cartes. Enfin, pas spécialement. Juste comme ça, il en tire 2 au hasard : 10 de cœur et 5 de trèfle. » Je suppose qu’il s’agit des cartes à tirer dans le jeu « Le Tueur du Calendrier » motorisé par Protocol ? J’aime beaucoup cette mise en abîme !

H. Encore un trip méta avec le personnage qui base ses réflexions sur le jeu de rôle épistolaire De Profundis… qu’il n’a en réalité pas lu : la pervasivité entre le personnage et le joueur joue à plein.

I. Un petit extrait de l’Apocalypse selon Millevaux fort à propos suivi d’une dégustation de sa propre chair carbonisée, un moment tout cronenbergien !

I. Le Roman qui rend fou : hommage au roi en jaune et nouvelle poupée gigogne narrative avec cette référence à Tad Corso, le PJ de ta deuxième campagne Millevaux:)

J. Les références à Patient 13 sont de plus en plus appuyées. A ce sujet, je ne peux que conseiller L’Hôpital, un crossover Millevaux / Patient 13 par Eugénie.

K. SiAber possède les souvenirs des personnes qu’il a tuées : clin d’œil à Ecorce, je suppose ?

L. Intéressant que l’enfant sauvé de l’abattoir par SiAber dans un des cauchemars de Coelacanthes s’avère être Camille, l’enfant d’un autre des cauchemars de Coelacanthes:) Tout ceci préfigure un maelstroms de liens logiques entre tous les éléments de ta campagne.

M. Les gravures sur la chair de la Magicienne évoquent la sarcomantie, l’art de remodeler la chair qui est pratiqué à Millevaux, avec du « liquide sarcomantique » et des baguettes de bois

N. Est-ce que la « lame de tarot » que prend SiAber est une carte de Muses & Oracles ?

O. « Les hommes que tuait Sodek n'étaient pas que d'anciens patient de l'Hôpital, ils étaient aussi, à ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant. » Est-ce qu’on peut dire que Sodek s’en prenait à des anciens PJ ou a des PNJ-clés, commentant des meurtres au caractère très méta ?

P. Retour à la Maison Carogne pour Haze. Finalement, ce scénario de Coelacanthes s’avère central dans ta cosmogonie de campagne. Je me demande ce que donneraient d’autres zones méta de Coelacanthes, comme le Château Illogique qu’on trouve en zone 9 dans le cauchemar d’Alice.

Q. Est-ce que les nombres du Roi-Volcan (et d’autres) que recherchent Sodek NoFink correspondent à des numéros de carte, comme par exemple les cartes de Muses & Oracles ?

R. « Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une scène, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumières, LA Lumière, la métaphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre métaphysique ! Soul, l'âme. Une âme, celle de qui ? La sienne ? Celle de Johanna, de Sodek ? De ses victimes ? L'âme ? Qu'est-ce que l'âme ? Une illusion. Un produit permettant à un organisme de percevoir son unité en vue de mettre en place les stratégies de préservation de son intégrité. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout ça n'est qu'un petit théâtre. Et si ce qui était le plus important aux yeux des hommes n'était qu'une illusion, un spectacle ? À destination de quel spectateur ? Qui se réjouit du spectacle de nos âmes ? » : tout ceci m’évoque, en plus de la métaphore méta, les palais mentaux, reflet de l’inconscient des personnes, dans Little Hô-Chi-Minh-Ville, et le fait que ces palais soient sous surveillance.

S. J’adore le fait que le personnage entende la musique qu’écoute le joueur. On poursuit la mise en abîme. Pour te confier une anecdote personnelle, il m’arrive très souvent de rêver que je mets en place une partie de jeu de rôle (souvent d’ailleurs sans pouvoir la concrétiser), ou de « réaliser » que mon rêve est en fait une partie de jeu de rôle, et sur un rêve particulièrement intense, j’ai justement entendu une bande-son.


EDIT : Commentaires de Damien Lagauzère (05/02/2020) :

je n'ai pas pu mettre ce pti com à la suite donc, le voila: "C’est drôle de me replonger dans cette partie si longtemps après ^^
Je ne crois pas avoir déjà lu Mantra à l’époque (c’est fait depuis) mais cette idée de Millevaux en tant que « virus » contaminant les mondes me vient de Coelancanthes. Je crois bien que c’est le premier jeu « Millevaux » auxquels j’ai vraiment joué (ou Sombre, je ne sais plus). Mais c’est bien de Coelacanthes que me vient cette idée de Millevaux comme éant à la fois un « monde » mais aussi une menace qu’il faut empêcher. Millevaux est devenu chez moi une sorte de croquemitaine. Et c’est de nouveau le cas dans la campagne de Seekers Beyond the Shroud que je joue en ce moment.
Pour le F, la Bouche est un PNJ de Patient 13 et elle parle vraiment pour qui sait ou peu l’entendre ^^
De même, j’ai vachement aimé joué en méta-jeu. C’était vraiment bien et faudrait ptete que je le refasse.
Franchement, cette campagne de Millevaux était vraiment sympa à jouer. Je ne sais pas si c’est très intéressant à lire pour les autres ^^ mais c’était vraiment sympa à jouer ? Pour l’instant, je n’ai pas encore fait de méta-jeu dans mon solo actuel mais je vais ptete le faire après avoir relu tout ça ^^

mais c'est vrai que ces moments "méta" dans la campagne, notamment celui où j'écoute un album de Cabaret Voltaire ont été cool à jouer. ce sont des moments de jeu comme celui-là qui me font dire que le jdr en solo a vraiment sa plus-value et n'est pas qu'un pis-aller au jdr tradi.


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