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#171 13 Jun 2016 07:41

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
Site Web

Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

MILLECROCS

Pour cette séance radiophonique : la dangereuse quête du savoir dans une forêt hantée par nos monstres intimes.

Jeu : Inflorenza minima, contes cruels dans la forêt de Millevaux

Joué le 30/05/2016 dans les studios de Plum'FM, à Serent (Morbihan).

Personnages : Agen, Raôc, Genzo, Gaeriss

Partie enregistrée en direct dans l'émission radio Des Luds et des Plums, sur Plum FM.

A retrouver en podcast sur le site de Plum FM ou sur le site de Des lud's et des plums (mise en ligne à venir)

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crédits : Iguana Jo, licence cc-by-nc, galerie sur flickr.com


Les feuilles de personnages :

Genzo
Objectif : retrouver la bibliothèque pour comprendre les origines du cataclysme
Symboles : peur du noir, lampe de poche

Gaeriss
Objectif : accompagner Genzo jusqu'à la bibliothèque
Symboles : Papier, Chêne

Agen
Objectif : trouver le deuxième volume du livre de contes dans la bibliothèque
Symboles : Volume I, médaillon de moi et mon frère

Raôc
Objectif : utiliser le deuxième volume pour trouver Millecrocs et le tuer
Symboles : dents, masse


L'histoire :

C'est la veille du départ des braves de la communauté qui ont décidé de se mettre en quête de la légendaire bibliothèque qui contiendrait les livres de l'Âge d'Or. Toute la tribu est réunie autour d'un grand feu de camp où l'on brûle une effigie de paille pour porter bonheur aux aventuriers.
Agen, le vieux conteur, raconte une dernière histoire aux enfants, tirée de son vieux grimoire. Cette histoire parle de Millecrocs, un terrible loup aux crocs innombrables. Les adolescent font de terribles ombres chinoises dans le feu pour effrayer les plus jeunes. Ce que tait Agen, c'est que Millecrocs a dévoré son frère il y a longtemps. Il n'en a retrouvé que des morceaux. De lui, il ne lui reste qu'un médaillon qui les représente tous les deux.
Raôc, le plus forts des guerriers de la tribu, collectionne les dents de ses victimes. Il s'est juré que les dents de Millecrocs seraient son plus beau trophée, et c'est pour cela qu'il se joint à l'expédition : dans la bibliothèque, Agen a bon espoir de trouver le deuxième volume de son livre de contes, et Raôc pense qu'il contient des informations pour trouver et vaincre Millecrocs.
Roche, la cheffe du village, s'approche de Genzo, le jeune asiatique qui a décidé l'expédition. Son bras droit et une partie de son visage sont figés par une maladie de pierre à laquelle elle doit son nom. Elle invite une dernière fois Genzo à renoncer. Il ignore ce qu'il trouvera dans cette bibliothèque. Genzo dit que c'est trop dur pour lui de rester dans l'ignorance. Il pense que la bibliothèque recèle le secret des origines de Millevaux, et des informations pour créer un monde meilleur. Agen l'appuie. Selon lui, le deuxième livre de contes contient des informations pour lutter contre les horlas.
Roche leur fait promettre de ne pas revenir au village s'ils étaient pourchassés par des horlas comme Millecrocs.

Noix, le petit-fils d'Agen, la seule famille qui lui reste, souffre d'une rage de dents. Agen demande à Raôc de lui arracher sa dent malade. Mais Noix a très peur de ce terrible guerrier, de sa masse, et de sa bourse de dents. Pour se rassurer, Noix demande à Raôc de raconter un moment de sa vie où il a été gentil. Raôc hésite, et évoque le jour de sa naissance : ses parents ont été très heureux de l'avoir. Noix est un peu rassuré et se laisse faire. Raôc lui arrache sa dent avec sa grosse main. L'enfant crie de douleur et de surprise, et cela provoque des remous dans l'égrégore. L'espace d'un instant, Raôc revit le moment de sa naissance, où il remonte sur la poitrine de sa mère.
Une fois que la douleur est passé, Noix insiste pour se joindre à l'expédition. Agen l'en dissuade, c'est trop dangereux, il est trop petit, la prochaine fois... Noix craint de ne jamais revoir Agen. Agen lui promet qu'il reviendra.

Flash-forward.
Genzo, Raôc et Gaeriss reviennent de l'expédition. Agen n'est pas avec eux. Ils expliquent à Noix qu'il a dû rester là-bas. Noix est sous le choc, il pense qu'Agen est mort. Ils lui remettent le deuxième volume : il va pouvoir reprendre le flambeau de son père. Noix accepte cette charge. On voit que le chagrin l'a transformé du tout au tout.

Mystère la chamane du village, une femme vêtue d'un manteau de plumes de corbeau et d'un masque de corbeau en bois, va voir Gaeriss, le quatrième membre de l'expédition. Gaeriss suit Genzo parce que ce sont les instructions notées sur un fragment de papier journal qu'il possède : "Suis-le." Mystère propose à Gaeriss d'éclaircir son esprit par un rituel.

Mystère et Gaeriss vont dans la hutte de la chamane. Gaeriss consomme une décoction d'herbes et de champignons, Mystère allume un grand feu dans la hutte. Soudain, les flammes s'estompent et Gaeriss se retrouvent dans un autre décor.

Flash-back.
Gaeriss est dans la bibliothèque. Elle est dans un bunker. Les livres sont couverts de moisi et de feuilles mortes, et dégagent une aura dangereuse. Gaeriss vient de déchirer son papier journal en deux, il a gardé la partie avec écrit "Suis-le" et a jeté l'autre au sol. Au milieu du bunker, il y a un grand chêne noueux, qui lui rappelle les chênes de son enfance, un souvenir heureux. Mais le chêne grandit de façon anarchique, comme un haricot magique, et il dégage aussi une aura maléfique. Le chêne lui dit de partir.
Gaeriss sait que son temps est limité pour explorer la vision. Il se dirige vers le chêne et lui demande pourquoi il devrait fuir. Le chêne répond d'une voix grave : "Parce que nous nous nourrissons de vous."

Retour au présent.
Soudain, toute la bibliothèque s'enflamme. C'est juste que Gaeriss revient à la réalité, dans la hutte de la chamane, avec les flammes autour de lui. Mystère lui rappelle qu'il est interdit de divulguer le secret des visions chamaniques. Si Gaeriss parle aux autres de sa vision, elle enverra ses corbeaux le traquer.

Les aventuriers ont cheminé pendant longtemps. Ils bivouaquent au pied des arbres, autour du feu. Gaeriss monte dans un arbre pour surveiller l'horizon. A la lueur de la pleine lune, il aperçoit un chêne-haricot magique qui dépasse les autres cimes et se déplace rapidement, comme pour lui indiquer une direction.

Puis on entend un hurlement de loup, de l'autre côté. Suivi d'un cri d'enfant terrorisé ! Raôc et Agen se précipitent dans cette direction, en passant par les branches des arbres pour se dérober au prédateur. Gaeriss préfère suivre le chêne tant qu'il est encore temps. Incapable de se décider, Genzo reste sur le bivouac un moment.

Raôc et Agen découvrent que l'enfant en détresse, c'est Noix, qui a suivi son grand-père à son insu, et le loup qui le pourchasse, c'est Millecrocs !
Noix a une jambe cassée, il rampe les feuilles, hurle, appelle au secours. Millecrocs a la taille d'un ours, il peut se dresser sur ses pattes arrière, et sa gueule est un amas de crocs contre-nature. Il pousse un brame hideux.

Raôc se laisse tomber de l'arbre et assène un coup de masse à Millecrocs. La bête est sonnée juste un temps, cela lui laisse une unique occasion, soit de sauver Noix, soit de tuer Millecrocs (mais alors Millecrocs aurait le temps de tuer Noix). Raôc et Agen n'ont aucun besoin de réfléchir : ils tirent Noix dans les arbres. Pour tuer Millecrocs, on trouvera une solution plus tard.

Gaeriss arrive dans le bunker-bibliothèque. En son centre, le chêne-haricot magique, toujours plus gros et boursouflé. Il trouve le deuxième morceau du papier journal, où il est écrit de sa main : "... pour l'en empêcher." Le message entier était "Suis-le pour l'en empêcher." Il y a aussi le deuxième volume du livre de contes. Et posé à côté, un jerrycan d'essence et un briquet. Gaeriss a très peu de temps pour se décider avant l'arrivée de Genzo. Il sent qu'avec toute la magie concentrée dans ce bunker, la moindre flamme pourrait embraser toute la bibliothèque. Il décide de suivre sa vision et le message du papier journal, il met le feu au deuxième volume. Les flammes attisées par l'égrégore se communiquent à tous les autres livres et au chêne.

Gaeriss sort du bunker. Quand Genzo arrive, c'est trop tard. Il ne peut que constater les dégâts. Il a du mal à croire Gaeriss quand il lui explique que c'était la meilleure chose à faire. Il ne saura jamais. Il aura toujours peur de l'inconnu, peur du noir, malgré sa lampe-torche fétiche qui ne le quitte jamais.

Raôc, Agen et Noix fuient d'arbre en arbre. Ils cherchent une solution pour tuer Millecrocs. Ils se refusent à retourner au village pour demander conseil à la chamane, car ce serait trahir la promesse faite à Roche. Ils se refusent aussi à aller vers la bibliothèque, car ils mettraient Gaeriss et Genzo en danger. Ils appellent un corbeau de la chamane et lui demande d'appeler sa maîtresse. Le corbeau veut être payé en échange de ce service, il demande que l'un d'eux lui donne sa vue. Agen propose plutôt de lui donner un souvenir précieux : le souvenir de son frère.

Flash-back.
Un souvenir heureux qu'Agen a avec son frère. Agen tient le livre de contes, et son frère lui demande de créer une histoire qu'ils parleraient d'eux deux, du lien qui les unit. Alors Agen écrit dans le livre de contes l'histoire de Millecrocs, et de deux enfants qui échappaient toujours aux griffes de ce monstre. Son frère dessine maladroitement le monstre sur une page du livre. Mais le vrai Millecrocs est comme dans le dessin, difforme, absurde.
Agen réalise qu'il a créé le monstre qui a déchiqueté son frère. Il se rappelle n'en avoir retrouvé qu'un morceau.
Le corbeau apparaît dans le souvenir. Il fait : "Donne-moi ce souvenir, maintenant." Son frère crie : "Non, ne fais pas ça !" Mais Agen lui répond que c'est nécessaire, pour protéger Noix et les autres. Il demande à Raôc de continuer à lui parler de son frère. Son frère lui dit que ça ne suffira pas, il n'y aura aucune affection dans l'histoire de Raôc. Agen pourtant s'y résigne.
Alors Agen laisse le corbeau prendre son médaillon dans son bec, dernière marque physique du souvenir. Sous l'effet du vent, son frère s'éparpille en centaines de morceaux de papier. Dans tous ses souvenirs, son frère s'éparpille.
Il tient le bras de son frère, le seul morceau qu'on en ait retrouvé après l'attaque de Millecrocs, et le bras s'envole en dizaines de morceaux de papier.

Retour au présent.
Alors que la bibliothèque continue à brûler, Genzo et Gaeriss voient des êtres tomber des branches. Des fées, avec des yeux en perles d'eau et des ailes en feuilles mortes. Tomber. Mortes. Dans un silence assourdissant.
Gaeriss ramasse dans ses mains la dernière fée vivante. Elle est à l'agonie. Elle lui dit : "Alors, tu es revenu..." Les fées meurent parce que les livres de contes brûlent. Elle dit à Gaeriss qu'il peut retourner dans le passé pour comprendre mieux ce qui se passe. Pour cela, il lui suffit de lui enlever ses ailes, et son dernier souffle lui permettra d'aller dans le passé. Mais les autres personnes autour, comme Genzo, le suivront forcément. Et ils pourront changer le cours des choses. Gaeriss a-t-il temps besoin de savoir qu'il est prêt à prendre le risque de défaire ce qui est fait ?

Le corbeau se met à parler à Agen et Raôc avec la voix de la chamane. Il leur explique les options qui s'offrent à eux pour terrasser Millecrocs : Agen peut se sacrifier. Comme il a tué Millecrocs, Millecrocs mourra avec lui. Ou Raôc peut affronter Millecrocs, mais il mourra aussi dans le combat. Ou enfin, quelqu'un peut attirer Millecrocs dans le Val sans Retour. Ni lui, ni Millecrocs ne pourront en revenir.

Agen, Noix et Raôc, rejoignent l'abord du bunker enflammé par la voix des cimes, toujours poursuivis par Millecrocs. Ils y retrouvent Genzo et Gaeriss. Millecrocs reste à l'écart, à cause du feu. Gaeriss retire les ailes de la fée, et tous les aventuriers retournent dans le passé.

Le passé.
Ils sont tous dans le bunker, les livres sont là. Gaeriss tient la fée mourante dans ses mains. Agen inspecte les livres. Certains parlent de merveilles, d'histoires qui finissent bien, de guérisons de maladies, d'autres en effet parlent d'horreurs, de monstres, d'histoires qui finissent mal. Le premier volume contenait surtout des histoires qui finissent bien, la fée l'avait confiée à Gaeriss pour qu'il l'amène au village et le donne à Agen. Pour protéger le village. Mais les livres qui restent, s'ils peuvent sauver des vies, veut aussi provoquer des morts. Agen, Noix et Gaeriss décident de rester dans le passé pour faire le tri entre les histoires, brûler les histoires qui finissent mal et conserver les histoires qui finissent bien. Genzo et Raôc retournent dans le présent.

Le présent.
Raôc court dans la forêt, il attire Millecrocs à lui, il l'attire dans le Val sans Retour. L'air est différent, les couleurs sont différentes, ils sont passé dans un autre monde, et aucun retour en arrière n'est possible. Millecrocs plante ses innombrables dents autour du torse de Raôc, Raôc le frappe et le met à terre, Millecrocs le laboure de ses griffes et lui mort les membres, Raôc lui éclate le crâne d'un coup de masse, et soudain sa vue se voile de noir.

Agen, Gaeriss et Noix sortent du bunker, barbus. Noix est devenu adulte, Agen est au crépuscule de sa vie. Genzo leur demande s'ils ont trouvé le secret des origines de Millevaux, mais il n'y avait rien de tel dans le bunker. Ils retournent au village apporter les bonnes histoires.

La chamane Mystère demande à Genzo s'il veut en savoir plus sur le secret des origines. Il acquiesce. Elle lui dit qu'elle peut le lui révéler, mais seulement s'il accepte de prendre sa suite, et de respecter les deux engagements des chamanes : garder les secrets, et veiller sur la tribu. Genzo accepte.

Il suit la chamane dans sa hutte. Elle allume un feu, puis l'éteint d'un coup. Genzo est plongé dans le noir. Il sort sa lampe de poche fétiche, mais elle n'a jamais fonctionné. Mystère enlève son masque, elle le tend à Genzo. Genzo le met sur sa tête. Alors Mystère allume un brandon. Genzo voit son vrai visage, celui d'une femme très âgé. Son visage est un parchemin ridé, comme le parchemin qu'elle tient dans sa main, le parchemin où est écrit le secret des origines :

"C'est arrivé parce que nous pensions qu'on le méritait."

Genzo est le nouveau chamane corbeau. Il préside à la cérémonie du passage à l'âge adulte. Il a réuni les adolescents de la tribu autour d'un feu, ainsi que Noix, qui a passé l'âge à cause de sa réclusion dans le bunker, mais qui doit faire la cérémonie également. Les jeunes s'écorchent tour à tour le bras avec un couteau et versent leur sang dans une coupelle commune. L'ombre du valeureux Raôc plane sur la cérémonie.

Noix se tient debout à côté de Genzo alors qu'il verse son sang dans la coupe.

Genzo voit alors un objet dépasser de la besace de Genzo.

Le premier volume.

Garni d'annotations.


Commentaires :

Durée :
10 minutes de création de personnages, 1h1/2 de jeu pour 2h d'émission (un quart d'heure de présentation, un quart d'heure de pauses musicales)

Profils des joueurs :
Les joueurs de Raôc, Genzo et Gaeriss font partie du staff de l'émission, ils ont plusieurs parties radiophoniques à leur actif. C'était la première partie radio pour le joueur d'Agen, mais c'est un rôliste expérimenté

Brainstorm initial :
On a fait le topo sur l'univers et la création des personnages avant de démarrer l'émission, pour des raisons de rythme et pour que j'ai l'opportunité d'imaginer une trame avant que l'émission commence.

Défis :
C'est ma première partie radiophonique ! On émettait en direct, donc il y avait un vrai challenge.

Mise en jeu :
On a mis à profit les deux intermèdes musicaux (on a passé A Night in the woods, la BO Millevaux par Dino Van Bedt, c'était top !) pour faire des bilans sur l'aventure et le rythme et repartir de plus belle après la pause.

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A Night in the Woods, par Dino Van Bedt, post-americana sans paroles, avec drone et field recordings, une traversée séminale et ténébreuse de la forêt de Millevaux. Composé spécialement pour Millevaux !

On a fait une première pause après la vision de Gaeriss, les joueurs m'ont demandé à ce que le rythme augmente, qu'on quitte le village. C'est pour cela que j'ai fait une ellipse sur le bivouac juste après. Le joueur de Raôc, qui faisait des blagues pendant la première partie, a demandé si on partait sur une note un peu grave, je lui ai dit oui, et il s'est interdit de refaire des blagues : bonne prise de conscience du fait que la partie est enregistrée, que la dramatisation a de l'importance. On a fait une deuxième pause, je crois après que Gaeriss ait mis le feu à la bibliothèque. Là, les joueurs m'ont dit que le rythme convenait, qu'ils étaient bien immergés. On a plus ou moins clôturé l'aventure avec le dernier combat de Raôc, alors j'ai introduit des rebondissements jusqu'à ce qu'on atteigne l'heure de fin.
J'ai aussi usé des changements de points de vue pour maintenir une sorte de suspense.

Debriefing :

Je pense qu'on est tous tombé d'accord sur le fait que c'était une réussite. La principale difficulté était dans le fait que tacitement, on s'est interdit de parler en surplomb du jeu pendant l'émission. Les joueurs se transmettaient des remarques par bouts de papier, quelque part le jeu et l'émission auraient profité qu'on les fasse à haute voix. Il y avait des remarques sur qui devait se sacrifier qui sont ainsi restées sous format papier. Le joueur de Genzo m'a envoyé un papier comme quoi dans le passé, il serait devenu le chêne, c'était une super idée, mais ça m'a été difficile de l'intégrer, justement parce que c'était non verbal, et j'étais trop engagé dans la conversation pour arriver à valider sa proposition.

L'exercice était très intéressant, avec des contraintes très particulières (émettre en direct fait qu'on tient beaucoup plus compte du public qu'en différé), et hormis cette remarque sur l'usage du papier, je pense qu'on a carrément remporté le challenge, notamment en réussissant à boucler une aventure entière en une heure et demie, là où les autres parties radiophoniques avaient dû interrompre l'aventure en cours de route (plus exactement, le maître de jeu avait dû raconter la fin plutôt que de la jouer).

Le prochain à se prêter au jeu, ça devrait être Monsieur Phal avec MashUp. Stay Tuned !


Outsider : Créativité, épanouissement et folklores personnels vus depuis la marge. http://outsider.rolepod.net/
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#172 27 Jun 2016 07:07

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
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Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

ORCHIDÉE

Une fable poétique et déchirante pour cette première partie d'Inflorenza minima sans aucune préparation.

Jeu : Inflorenza Minima, le jeu de rôle des contes cruels dans la forêt de Millevaux

Joué le 26/02/2016 chez l'habitante, dans le cadre de la tournée Rennes est Millevaux

Personnage : Elle.

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photomontage réalisé pour l'occasion par Simon "Angeldust" Li, licence cc-by-bc-nd, stocks par skeeze, Isatsza, tpsdave, domaine public


Feuille de personnage :
(elle n'a pas de nom)
Objectif : Souder une communauté pérenne
Symboles : orchidée, confiance


L'histoire :

Ils étaient deux groupes, qui se sont rencontrés dans la forêt et ont décidé de mettre leur destin en commun. Elle, et son ami, le taciturne Elias. Et de l'autre côté, les parents, Orge la femme et Mari l'homme, et leur fils Fève. Ils ont trouvé une rivière et ont décidé d'installer un campement en son creux. Elle croit beaucoup en ce projet de communauté et veut la rendre pérenne.

Mari et Orge doivent partir chasser. Ils lui confient la garde de l'enfant, à elle, pas à Elias : ils manquent de confiance en lui.

Fève a aperçu une orchidée au fond des bois, pourtant elle ne la voit pas. L'enfant insiste pour aller la chercher, alors elle l'accompagne jusqu'à une ravine au milieu des arbres, où pousse une magnifique orchidée blanche. Elle n'en a jamais vu de telle. Fève tombe amoureux de la fleur, au point que c'est désormais la seule chose importante pour lui. Il veut arracher la fleur pour la replanter dans sa poitrine, mais elle le lui déconseille : la fleur pourrait mourir. Elle lui propose au lieu de cela d'aller la revoir régulièrement avec elle.

Quand elle revient plus tard avec l'enfant, l'orchidée a fané. L'enfant veut en garder à tout prix le souvenir, alors elle lui propose de lui apprendre à écrire et à dessiner. L'enfant accepte, il lui tire le carnet qu'elle a toujours sur elle et lui demande de lui montrer tout de suite, tant qu'on peut dessiner l'orchidée. Elle sent qu'au fur et à mesure qu'elle lui montre les techniques, l'enfant lui draine son talent, comme s'il était tiré de son sang. Elle renonce alors sciemment à savoir écrire et dessiner pour que l'enfant puisse reproduire le souvenir de l'orchidée, ce qui correspond aussi à laisser une partie du sort de la communauté entre ses mains, pour ce qui est de tenir le journal et les itinéraires. L'enfant promet qu'il s'en occupera.

Des jours passent. Les réserves en chasse et en cueillette de leur territoire s'épuisent, alors Elias veut aller explorer un nouveau territoire qu'il juge fertile, pour en faire un terrain de récolte régulier. Il veut prendre l'enfant avec lui, pour qu'il garde trace de leur itinéraire par l'écrit et le dessin. Comme Mari se méfie de ce qu'il pourrait arriver à l'enfant seul avec Elias, il les accompagne pour un voyage de quelques jours.

La nuit tombée, elle est seule au coin du feu avec Orge. Orge en profite pour lui déclarer son amour, lassée d'une liaison exclusive avec Mari. Orge essaye de l'embrasser.

Par le passé. Elle et Elias étaient harcelés par les loups affamés, et c'est au cours de cette fuite qu'ils ont rencontré Mari, Orge et Fève, et ont fui ensemble. C'est pendant cette fuite, lors d'un bivouac auprès du feu, qu'Orge a proposé de former une communauté durable. "Je veux qu'on forme une famille."

Retour au présent. Elle repousse Orge et sa tentative de baiser. Elle lui dit d'en parler avec Mari d'abord, qu'il accepte ses désirs, qu'il accepte la position d'Orge d'en finir avec la monogamie.

Elias, Mari et Fève reviennent avec le fruit de leur récolte. Pour fêter le succès de l'expédition, ils utilisent ces victuailles pour improviser un banquet au coin du feu. Quand Elias et Fève sont allés se coucher dans leurs baraques respectives, elle se retrouve près du feu avec seulement Orge et Mari. Orge annonce alors à Mari qu'elle veut vivre une aventure avec elle. Les yeux de Mari se mettent à exprimer une émotion nouvelle, une grande surprise, une grande colère, un grand mépris. De rage, il empoigne Orge pour lui plonger la tête dans le feu. Elle s'interpose, se met en danger elle-même pour protéger Orge, et dans la lutte, c'est elle dont Mari brûle le visage. Elle sera pour toujours défigurée.

Elias et Fève accourent. Avec Orge, ils s'apprêtent à lapider Mari pour ce qu'il a fait, mais elle leur somme de se retenir. La pérennité de la communauté compte plus que tout. Mari doit rester parmi eux, malgré ce qu'il vient de commettre.

Plus tard. Fève vient la trouver. Il se plaint que Mari dépérisse, il se sent coupable et Orge le rejette. D'ailleurs, elle sait bien, vu la promiscuité de leur campement, qu'Orge et Mari ne font plus l'amour depuis cette affaire. Elle propose à Fève de redonner un peu de fierté à Mari : ils vont lui donner un nom parce qu'il n'en avait pas vraiment jusqu'alors, et ce nom sera Espoir.

La nuit, autour du feu, ils organisent une cérémonie de remise du nom. Elle se tient en face de Mari, de l'autre côté du feu. Elle le somme de s'approcher du feu autant qu'elle, pour prouver sa confiance. Puis elle lui dit qu'il doit plonger son visage dans le feu pour y trouver son nom. Il tremble de tout son corps, mais il le fait, il se brûle le visage, et une fois qu'il le ressort du feu, tout couvert de cloques, elle lui donne son nouveau nom : Espoir. Mari pleure de douleur et de soulagement, et quand ses larmes tombent sur le sol boueux, il en fleurit de minuscules orchidées.

Le lendemain matin, incapable d'en supporter davantage, Orge quitte la communauté. Ils s'abstiennent de tenter de la faire revenir.

Plus tard. L'hiver a été rude, partout la neige et le froid. Poussés par la faim, les loups ont fini par encercler la communauté. Meute de loups noirs, tout autour. Sur l'autre rive enneigée de la rivière, une louve blanche, la cheffe de meute. Elle s'adresse aux humains d'une voix rauque : s'ils se défendent, ils les tueront tous. Si au contraire, l'un d'eux se sacrifie pour les nourrir, alors ils épargneront les autres et les protégeront pour la durée de l'hiver, car un sacrifice est une chose sacrée. Elle insiste pour que la louve s'engage à protéger la communauté pour le restant de ses jours, justement en respect du caractère sacré d'un sacrifice, ce qu'elle accepte.

Espoir veut se sacrifier, mais elle refuse. Il représente l'espoir de cette communauté, et son combat serait vain si c'était lui qui partait. Elle veut le faire. Fève essaye de la retenir, il ne veut pas l'oublier. Elle lui dit qu'il pourra maintenir sa mémoire et son message, en la dessinant. Mais depuis le début, l'enfant n'a jamais dessiné que l'orchidée. Il ne sait dessiner qu'une chose. Il a le choix entre encore dessiner l'orchidée ou maintenant la dessiner elle.

Avec Fève, elle explore leur passé, dans la ravine, ce matin où elle lui a appris à dessiner. Il se fait violence et dessine le visage d'elle au lieu de dessiner l'orchidée. Il lui demande d'arracher l'orchidée, car lui n'en a pas la force, alors elle le fait, elle arrache l'orchidée. La fleur est palpitante de sang, elle ne demandait qu'à s'enraciner dans un cœur.

Elias veut se sacrifier à la place d'elle, il s'est toujours senti le maillon faible. Elle refuse. Il la prend dans ses bras. Il pleure, et alors que les larmes lui ravinent le visage, y poussent de minuscules orchidées.

La louve blanche dit qu'il est temps.

Alors elle jette un dernier regard à ceux qu'elle a aimés, puis se tourne vers la louve qui est sur la rive opposée.

Et elle entre dans la rivière.


Commentaires :

On a joué une heure et demie.

Cette partie est spéciale dans le sens où c'est la première fois que je lance un Inflorenza minima sans avoir rien prévu, pas même une accroche ou un thème.

Ce qui s'en rapprochait le plus auparavant, c'était L'Inconnu, mais il y avait quand même un théâtre, fut-il limité à six mots. Ici, on a commencé par définir l'objectif du personnage et on s'est complètement laissé porter par ça.

Ce fut aussi l'occasion de tester pour la première fois la playlist Millevaux, avec les titres les plus fragiles du catalogue : une grande réussite là aussi.

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Sphere from the woods, par Empusae, de l'ambient ritualiste pour un parcours animiste dans la forêt des rêves perdus.

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Mare Decendrii, par Mamiffer, du piano / ambient / post-rock / noise à chant désincarné pour une mise en lumière de la désolation.

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Come the Thaw, par Worm Ouroboros, musique gothique avec guitares tantôt classiques tantôt doom, autour du chant fragile d'une biche qui n'en finit pas d'attendre le dégel.


La combinaison du jeu sans préparation et de la playlist mobile (parce que sur internet) et actionnable depuis n'importe quelle machine sans avoir besoin de créer aucun compte est un solide aboutissement personnel : jouer à Millevaux devient un exercice spontané.

Et le résultat était la hauteur : la partie fut à mes yeux aussi intéressante que si j'avais préparé : moins ambitieuse, mais plus brute, spontanée, sincère. Élégante.


Outsider : Créativité, épanouissement et folklores personnels vus depuis la marge. http://outsider.rolepod.net/
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#173 29 Jun 2016 02:04

kF
membre
Inscription : 26 Sep 2015

Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

Tiens, je vais essayer de tester Inflorenza Minima bientôt, et ce CR soulève un point qui ne me semblait pas tout à fait évident.

Tu dis que c'est la première fois que tu ne prépares rien. J'ai relu le jeu récemment, il ne me semble pas qu'il fasse mention de faire une quelconque préparation ; comme il s'inscrit dans la lignée d'Inflorenza, on peut naturellement partir du principe qu'Inflorenza Minima peut se jouer avec un théâtre, mais que son mode de jeu standard est l'improvisation. D'autant plus que les personnages sont amenés à formuler une quête personnelle, autour de quoi tout s'organise. Du coup, quelle est la place de la préparation, là-dedans ?

S'agit-il d'une situation de départ (qui doit pouvoir s'adapter aux buts des joueuses), un cadre ou un type d'ambiance (forêt hantée, Paris sous la neige de papier, post-apo rouillé) ? Est-ce que tu te mets d'accord avec les joueuses pour leur demander de jouer dans une direction, ou gardes-tu ta préparation secrète ?

Tu évoques l'Inconnu, et son théâtre à six thèmes, et je me souviens que la partie commence par la description d'une tête de sanglier. C'était en audio une scène très forte qui posait d'emblée une ambiance lourde et puissante, et c'est l'enregistrement qui m'a décidé à adopter la fameuse minute de silence dans ma propre maîtrise. Cette description faisait-elle partie de ta préparation, ou l'as-tu inventée pendant la minute de silence ? Réponse d'entre-deux, s'agit-il d'un fragment d'idée, d'histoire, qui t'es venu un jour et que tu as décidé de recycler ?

Dernière modification par kF (29 Jun 2016 02:05)

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#174 29 Jun 2016 07:05

Thomas Munier
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Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

Oui en effet, Inflorenza Minima a été rédigé pour se jouer sans préparation aucune.

Mais encore oui, on peut lui greffer des théâtres comme pour Inflorenza Classique. Tu peux reprendre ceux d'Inflorenza Classique ou en écrire qui soient dans la même veine. Tu peux aussi procéder comme dans l'Inconnu, proposer une série de symboles (et quelque part, la formule d'Inflorenza Minima par défaut est une création de mini-théâtre collective : le théâtre est la somme des symboles inventés par les joueuses pour leurs personnages).

Tu peux préparer des théâtres qui définissent à gros traits un lieu et/ou une problème de départ (dans Pompéi, le lieu est une Pompéi décalée dans l'univers de Millevaux, le problème c'est que dans 24H les personnages seront morts dans l'éruption du Vésuve et ils en ont eu la prémonition : que vont-ils faire du temps qui leur reste à vivre ?), tout comme élaborer de vrais bacs à sable avec des rumeurs, des ambiances, des figurants, des problèmes multiples, comme c'est le cas avec L'Autoroute des Larmes ou Les Sels de Millevaux.

Tout comme tu peux t'essayer à des théâtres minimalistes, qui tiendraient dans un tweet ou un haiku (Paris sous la neige de papier, la Surface est belle, mais dangereuse).

Si je joue sans théâtre, je rappelle quand même les six marqueurs de Millevaux (ruines, forêt, oubli, égrégore, emprise, horlas).

Si le théâtre est court, je révèle tout ce que j'ai préparé (a fortiori si on joue en Carte Rouge). S'il est long, j'en garde sous la pédale pour le révéler en cours de jeu et par le jeu, essentiellement parce que je veux éviter de saturer les joueuses d'information avant la création de personnages.

De mémoire, je pense que la tête de sanglier m'est venue pendant la minute de silence. Après, je macère des images forestières dans ma tête depuis dix ans, il m'est impossible de garantir que ça ne m'était jamais venu à l'esprit auparavant :) Je pense notamment que cette image doit beaucoup à cette illustration :

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crédit : thomas hawk, licence cc-by-nc, galeries sur flickr.com

Evidemment, j'aimerais que les meneuses et les joueuses puissent se dispenser d'avoir une telle expérience pour sortir des scènes de forêt convaincantes. Les tables aléatoires et l'Almanach sont là pour fournir de l'inspi.


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#175 12 Jul 2016 08:42

Thomas Munier
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Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

LES ORPHELINS DE VIENNE

Entre la dentelle et le sordide, grandeur et décadence de l'Empire d'Autriche-Hongrie, avec le pire MacGuffin depuis longtemps.

Jeu : Inflorenza, héros, salauds et martyrs dans l'enfer forestier de Millevaux

Joué le 26/02/2016 à Rennes lors de la Tournée Rennes est Millevaux

Personnages :
Ritter Alwin Von Wallenstein, Graf Stanislas Von Kenshten, Gräfin Lisbeth Aurora, Graf Charles du Bourg, Graf Aurès, L'artiste

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illustration : domaine public


Le théâtre :

Nous jouons à Vienne telle qu'elle est décrite dans l'Atlas. Capitale d'un Empire d'Autriche-Hongrie qui fut fondé par des barbares, elle se donne deux générations plus tard un air de centre de la civilisation. La haute noblesse autrichienne se pare de dentelle et de majesté, de sabres dorés, d'opéras, de perruques et de clavecins, mais sous le velours se cache encore des origines monstrueuses.

Création de personnage :
Trois phrases dont un objectif, un élément sordide et un style de combat (la façon dont le personnage lutte pour atteindre ses objectifs, ce peut être un style martial, un art, un comportement social, etc...).


L'histoire :

Un grand bal est donné au palais de l'Impératrice Wilhelmina-Astrid 1ère, la plus belle des femmes de soixante ans, droite dans son corset, contemplant la foule de ses gens de haute noblesse depuis son balcon. Que de mauvaises langues profèrent qu'elle aurait un symbiote horla dans le ventre, avec une bouche à la place du nombril, comme avait sa barbare de grand-mère qui a fondé l'empire, elle ne laisse rien paraître de son agacement. Ce soir, l'empire est grand, c'est un des plus beaux palais du monde, parquet lustré, lustres en cristal de Bohème, plafonds à tympans ornés des plus grandes fresques, tous les grands nobles de l'empire réunis dans leurs plus beaux atours, dentelles et perruques, orchestre symphonique et chanteurs interprètent pour le plaisir de la cour un opéra composé juste pour l'occasion : une cérémonie de remise de fonds pour l'Orphelinat de Vienne.

Les orphelins et les orphelines, parés pour l'occasion comme des nobles miniatures, dansent au milieu des convives. Ils attirent bien des convoitises. Le premier à vouloir s'avancer sur la piste pour danser avec eux, c'est le Marquis, magnifique dans sa tunique de velours bleu, avec sa grande perruque bouclée et sa canne-épée brodée d'or.

La plupart des nobles de l'Empire cachent quelque chose de sordide sous leur apparence gracieuse. Ceux qui ont fait ce monde étaient des barbares il y a seulement deux générations. Il en reste des séquelles.

Ainsi du Graf Stanislas Von Kenshten, qui veut attirer les enfants sous son emprise pour tenter des expériences sur eux avec ses champignons. Il s'approche du marquis et lui fait respirer un gaz de champignon qui lui fait pourrir le visage. Le Marquis s'enfuit, en proie à la honte et à l'horreur. Il est recueilli par le Graf Aurès, qui se targue d'être médecin en public, en réalité un automate qui accède peu à peu à l'humanité en rajoutant à son corps des éléments de chair humaine. Sous prétexte de soigner le Marquis, il lui arrache la peau du bras pour la greffer sur la sienne. Le Marquis n'est pas un homme comme les autres, c'est un Masque d'Or, il raconte que l'Impératrice en est sûrement aussi une : des plus qu'humains qui gouvernent le monde dans l'ombre et complotent pour la suprématie.

L'un des comtes, celui qu'on nomme l'Artiste parce qu'il peint comme un dieu, observe chaque orphelin. Surtout les orphelines. Il aime leur innocence, leur chair neuve. Il aime les écorcher et les violer. Il tombe en arrêt devant celle qui semble être la meneuse, la princesse des orphelins, Ludmila, la pureté incarnée, avec ses boucles blondes et ses grands yeux et sa petite robe, un ange tombé du ciel. Il veut danser avec elle, mais quelqu'un s'en mêle. La Gräfin Lisbeth Aurora. Sa bizarrerie à elle, c'est de jouer avec les tarots, de jouer avec les destins des hommes comme si c'était des cartes. Et elle est là en spectatrice, pour conduire chacun de ces nobles décadents vers son destin. Un autre compte, le Graf Charles du Bourg, comploteur obséquieux, convoite les orphelins qu'il veut envoyer en Transylvanie comme colons pour la gloire de l'Empire. La comptesse Lisbeth tire une carte qui dit que ce sera remis à plus tard. Elle met le feu à une tenture. Le feu se communique à toute la salle de bal, les enfants s'enfuient.

L'Artiste court pour rattrapper Ludmila, à travers les immenses jardins à la française, par-delà la grille d'or forgé qui termine l'enceinte du palais, à travers les maisons des nobles de Vienne, à travers les maisons bourgeoises, puis jusque dans les bouges les plus sordides à la lisière de la forêt. Il la trouve acculée dans une impasse, en face d'un clochard qui lui dit d'approcher, d'une voie éraillée, qui cache son apparence d'une hideur certaine derrière une capuche élimée. L'Artiste tue le clochard et sauve Ludmila, il l'amène dans son salon privé, lui offre des sucreries et tant de belles choses, et lui promet une vie dorée, elle lui dit que personne ne s'est jamais occupé ainsi d'elle, qu'elle est pour toujours son obligé, qu'elle se soumettra au moindre de ses désirs, mais qu'elle souhaiterait aussi que ses amis les orphelins soient aussi sauvés de la condition misérable qui les attend. L'Artiste a pensé un temps violer et démembrer cette victime parfaite, mais il préfère prolonger cette douloureuse attente. Il peint un portrait de Ludmilla et remarque que son art a évolué. Son pinceau est toujours aussi prodigieux, mais maintenant il transmet aussi des émotions. Il peint à même l'égrégore. Est-ce de l'amour ?

Le Marquis revient au bal, le visage couvert de son masque d'or, il le trouve en flammes et affronte Von Keshten en duel en équilibre sur une palissade. Mais avec ses champignons, Von Keshten le plie à sa volonté, et en fait un esclave dévoué à ses plans.

A l'issue de l'incendie, les orphelins ont été regroupés sous la responsabilité de l'Impératrice, qui les a emmenés dans son donjon. Les comptes et la comtesse demandent audience auprès de l'impératrice, qui les reçoit dans son salon privé avec les duchesses qui l'accompagnent, dont Ottavia, sa favorite. Le Graf Charles Du Bourg, qui est capable de détruire les esprits les plus forts, sous-entend qu'à la cour on médit sur le symbiote de sa Majesté, qu'on appelle une rose noire en terme de cour, puisqu'à la cour chaque insulte porte un nom de fleur. Aussitôt, les duchesses, à l'exception d'Ottavia, murmurent dans le dos de l'impératrice, et celle-ci se retrouve contrainte de donner aux comtes l'accès aux orphelins. Pour autant, elle maintient qu'ils sont au service de l'Empire, et confie que d'ici deux jours on leur implantera une rose noire pour en faire des super-soldats, qu'on utilisera pour traquer en premier lieu les espions de l'ennemi ottoman. Le Graf Alwin, absent de la réunion, mais présent le soir du bal, est sûrement le premier sur la liste. Il n'a pas de projet pour les enfants, bien qu'il soit fasciné par l'art morbide des champignons de Von Keshten et curieux de ce qu'il peut faire sur les enfants. Il est le dernier survivant d'un temple dédié aux horlas, le temple de Mlada Boleslaw. Le temple a brûlé avec ses fidèles alors qu'il le fuyait. Il est à Vienne pour renverser l'Impératrice au profit des Ottomons, dévoués aux horlas comme lui.

Le Graf Aures se rend au donjon pour voir la personne chargée d'implanter les roses noires aux orphelins. C'est en fait le frère d'Alwin, il a le même visage quoique beaucoup plus barbu et hirsute. Celui-ci accepte de lui implanter une rose noire. Le Graf Aures, désormais pourvu d'un symbiote au sein de son abdomen, dont la bouche ressort à la surface, se sent désormais entier. Il se sent enfin humain.

Quand Stanislas et Charles arrivent pour récupérer chacun un tiers des orphelins à leur sinistre but, il est trop tard. Ludmila s'est présenté à eux et leur a offert à chacun un dessin de la main de l'Artiste. Grâce à la peinture magique, les enfants se sont retrouvés téléportés dans un lieu secret, hors d'atteinte des comptes.

Mais le Graf Aures s'empare de Ludmila. L'Artiste les poursuit et les retrouve dans la chambre des tortures de l'automate devenu humain. Il dit à Ludmila qu'il va rentrer avec lui. Il sait désormais qu'il ne pourra jamais lui faire le moindre mal. Sa pureté l'a vaincu. Ludmila le prend dans ses bras.

Mais le Graf Aures tire Ludmila à lui. Il la tue et la découpe sous ses yeux pour se parer de sa peau vierge et ensanglantée
"C'est drôle, je ne ressens rien. On dirait bien que je ne suis pas resté humain bien longtemps."

Alwin est convoqué par l'Impératrice. Elle est seule avec Ottavia. Elle lui avoue qu'elle sait pour sa duplicité, et lui somme de se soumettre tant qu'il en est encore temps. Ottavia dégrafe le corset de l'impératrice : elle a bien un symbiote dans le ventre, et une bouche noire à la place du nombril. Ottavia se penche et embrasse la bouche noire à pleine langue. Puis Ottavia se retire, et l'Impératrice somme à Alwin de se pencher et faire de même. Alwin comprend qu'elle utilise les symbiotes horlas comme armes, qu'elle va en implanter à chaque humain pour en faire des robots de chair porteurs de son code génétique, les asservir. Finalement fasciné, il se soumet et embrasse le ventre de Sa Majesté. Le voilà à son tour doté d'un symbiote.

En capturant Ottavia, les autres comptes obtiennent une entrevue par l'impératrice retranchée au sommet de son donjon. Charles s'y rend avec Ottavia. Avec son fiel légendaire, il demande qu'on lui donne les moyens de récupérer les enfants, il demande aussi qu'on coupe la tête d'Alwin.
De son côté, Lisbeth Aurora tire les cartes de façon à ce que chacun connaisse le pire destin.

L'Impératrice envoie Charles croupir en prison.

Et elle envoie Alwin se battre aux frontières
avec une maigre troupe
charger contre l'armée ottomane
dans une contre-attaque suicidaire
seul au fond des bois


Feuilles de personnages :

Charles, Comte Du Bourg

Objectif : recruter des orphelins pour semer le chaos en Transylvanie
(barré) Style de combat : pousser les gens au suicide ou à la perte de combativité
(barré) Element sordide : a été contraint de céder au cannibalisme durant l'expansion de l'empire et y a pris goût
(barré) Je fuis au lieu de sauver les enfants : je suis un pleutre

L'artiste

Objectif : recruter les orphelins pour les envoyer en Transylvanie, sauf les vierges, que je vais garder
(barré) Element sordide : Je viole les vierges et récupère leur sang
Style de combat : plume et pinceaux, sur les gens ou sur du papier. Je dessine et ça prend vie et effet. Je dessine avec du sang. Le mien ou celui des autres. J'aime beaucoup le sang des jeunes filles.
(barré) Pouvoir : transfert des émotions par l'art : une toile ou une sculpture véhiculent plus d'émotion que nul discours ou regard. L'art est un appel, l'art est une arme, l'art est sorcier
Ludmila

Ritter Alwin Von Wallenstein

(barré) Objectif : destituer l'Impératrice actuelle pour l'Empire Ottoman
Element sordide : Adorateur de Shub-Niggurath
(barré) Temple à Mlada Boleslaw
Style de combat : putréfaction par la parole.
Folie, hallucination, temple brûle
Symbiote venu de l'impératrice

Stanislas Von Kenshten

Objectif : formater les enfants (champignons spécifiques), tuer les adultes
Element sordide : trouble de la personnalité, collection de la peau des gens, champignons donnés en cachette : champignons qui prolifèrent progressivement, individu qui se décompoesent et meurt progressivement. j'ai le vaccin / remède.
Style de combat : Projection de nuage ou de jus acide de champignons qui brûle
(barré) J'ai oublié les gamins derrière moi, après la lutte sur la balustrade
J'ai le Marquis

Graf Aurès

Objectif : médecin expérimental, devenir humain en récupérant des morceaux de différentes espèces intelligentes
se nourrit des expressions et les provoque
Element sordide : bien obligé de perdre des morceaux eet faire des essais sur les victimes
Je me fais passer pour médecin
Style de combat : se bat avec des fils de marionnettiste
Le Marquis. Je suis son allié. Jusqu'au moment opportun. Quand on ne s'y attend pas.
Ce qui est en bois : pas de douleur

Lisbeth Aurora

(barré) Objectif : amener les autres vers leurs destin.
Element sordide : je me nourris et me complais dans les émotions extrêmes
Style de combat : tarot du destin.


Commentaires :

Nous avons joué en Inflorenza classique, en Carte Blanche, sans instance. Nous avons aussi utilisé la règle des pouvoirs, et certains personnages en ont donc développé un en cours de jeu, pour ajouter à la grandiloquence des situations !

J'avais cinq personnes à ma table, dont un qui avait lu Inflorenza mais qui attendait de pouvoir y jouer avec moi pour en comprendre le fonctionnement, et un qui avait peu de parties de jeu de rôle à son actif.
Pour davantage de fluidité, j'ai encouragé les joueur.se.s à jouer entre elles sans se préoccuper de moi quand c'était nécessaire, et même à se rajouter ou à corriger des phrases dès que ça leur paraissait logique, sans me consulter au préalable, ce qui m'a permis de me concentrer sur l'arbitrage des conflits et sur l'envoi de nouvelles péripéties quand c'était nécessaire. Mon boulot consistait également à faire en sorte que le sujet de la cour autrichienne soit traité, dans sa majesté et sa décadence.

Le fait d'avoir demandé à chaque personne de décrire un élément sordide pour leur personnage a conduit la table à définir des personnages classes en apparence, mais vraiment détraqués dans la réalité ! Cela a dépassé mes attentes, surtout le fait que le MacGuffin, l'objet de l'attention des personnages, était une bande d'orphelins dont ils voulaient user et abuser, mais en fait je m'en suis bien accommodé. J'ai beaucoup aimé le schéma de rédemption qu'a adopté l'Artiste, et comment le Graf Aurès a étouffé dans l'œuf toute possibilité de happy end. J'ai pris beaucoup de plaisir à voir chacun.e des joueur.se.s se défouler dans ce théâtre à leur (dé)mesure. Cette partie a ressemblé à ce que je voulais obtenir quand j'ai fais jouer La Meute, et que j'ai manqué parce que j'avais omis de cadrer l'action très exactement à la cour de l'Impératrice et d'appuyer sur cette double thématique de la majesté et de la décadence.

La joueuse de Lisbeth Aurora m'a fait un peu peur quand je l'ai vu développer un personnage un peu évanescent, se plaçant en arbitre des aventures des autres, mais j'ai laissé faire car je savais cette joueuse expérimentée, je venais juste de faire une autre partie avec elle, j'ai supposé qu'elle était à l'aise dans ce rôle qu'elle s'était donné et ce fut le cas.


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#176 16 Jul 2016 09:30

Thomas Munier
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Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

VENISE NOIRE, VENISE BLANCHE

Deux mondes parallèles pour une revisite mindfuck-trash de Roméo & Juliette sous forme d'heptagone amoureux

Jeu : Inflorenza, héros, salauds et martyrs dans l'enfer forestier de Millevaux

Joué le 27/02/2016 à Rennes lors de la Tournée Rennes est Millevaux

Personnages : Juliette Blanche, Roméo Blanc, Cecil Blanc, Juliette Noire, Roméo Noir, Cecil Noir, l'enfant yin-yang, l'enfant-Changement

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crédits : Peter Edin & veronica belmont & mistoacrilico, licence cc-by-nc, galerie sur flickr.com


Le théâtre :

Venise Noire, Venise Blanche est un développement du théâtre Venise Mortelle compris dans le livre de base.
Deux Venise :
† Une Venise blanche de sel où l'ordre règne en apparence, où le chaos prolifère en cachette.
† Une Venise noire, où le chaos anarchitecte règne, l'ordre est caché, les canaux donnent sur le vide spatial.
Dans chaque monde, deux familles se disputent la suprématie, les Montaigu et les Capulet : une famille de Corax d'un côté (les Capulet), de Masques d'Or de l'autre (les Montaigu). Mais deux d'entre eux s'aiment à la folie. Ils se rencontrent lors d'un bal où ils ne se voient plus que l'un et l'autre, les autres convives comme disparus.
† Les deux familles sont préoccupées par une adversité commune : le risque de disparition imminente de Venise, leur terrain de jeu.
† Chaque personnage possède une clef pour passer dans l'autre Venise. Entre les deux : coulisses de théâtre.
† Le Carnaval de Venise a lieu pendant la partie : dans la Venise Blanche on peut acheter des masques, dans la Venise Noire on peut acheter des visages.


L'histoire :

C'est un grand bal dans le Palais des Doges, l'ouverture du Carnaval de Venise. Au centre, sur le sol de marbre, danse le Doge en personne, en habits et masque doré, solaire, il ouvre le bal. Tous sont costumés et masqués. Par les fenêtres en ogive, dentelles de pierre gothique et byzantine, paraît le ciel de Venise, éternellement blanc, comme est blanc le désert de Sel, et le soleil, toujours brûlant, puisque dans ce monde-ci, il fait toujours jour.

Alors que le bal commence, de trois escaliers, descendent les héritiers de chacun des trois familles qui règnent sur Venise dans l'ombre : les Montaigu, qui sont des Masques d'Or, les Capulet, qui sont des Corax, et les Sans Nom, qui sont des Horlas.

Et dans un autre monde, il se passe la même chose. Dans la salle de bal du Palais des Doges, à la Venise Noire. Sauf que si dans la Venise Blanche, c'est l'ordre qui règne en apparence, dans la Venise Noire, c'est le chaos qui règne en apparence. Ici, les nobles sont débauchés et ils portent des masques de chair, des visages volés à d'autres. Et par les fenêtres, on voit la nuit puisque dans la Venise Noire il fait toujours nuit, et au lieu de la lagune de sel, on voit l'espace intersidéral qui s'enfile dans les canaux de la ville.

Celui qui descend l'escalier des Montaigu dans la Venise Noire, c'est Roméo. Un physique tordu pour une démarche sensuelle, un maître escrimeur rompu à tous les vices, à qui on connaît une cohorte de maîtresse, serré dans un costume de pourpre, de cuir et de métal, un masque de peau couvrant son visage.

Au même instant, dans une autre réalité, dans la Venise Blanche, c'est un autre Roméo qui descend l'escalier. C'est le même, mais il est ici paré des plus beaux atours et sa démarche est plus glissante que tordue, il est paré de son épée, car ici aussi c'est le meilleur escrimeur de la ville, et les belles se pâment sous ses yeux mais lui il se pâme d'ennui.

Dans un autre escalier descend Cecil Sans Nom, une personne agenre, dans une robe bleue à la collerette glacée.

Dans la Venise Noire, Cecil a un chignon complexe, des collants noirs bouffants, une armure noire, métallique et lustrée. Son masque de chair ne comporte ni bouche ni nez, seuls deux orbites troués ou perce un regard froid et abyssal.

Descend alors de son escalier, dans la Venise Noire, Juliette Capulet, elle dans une robe de haute couture qui laisse paraître ses flancs mais son port est si gracieux, ses gestes si innocents, qu'on comprend qu'elle est la seule personne pure de cette Venise Noire, qu'elle est vierge et innocente comme si elle venait au monde. A travers son masque on devine ses yeux, de deux couleurs différentes.

Et dans la Venise Blanche, la Juliette Capulet porte une robe provocante qui ne cache rien de ses appas, elle aguiche chaque courtisan, chaque courtisane, elle glisse ici un mot, là une caresse, qui plonge chacun dans des envies de luxure. Pourtant, elle a les mêmes yeux que la Juliette Noire.

Danse avec le doge une personne qui attire le regard de Cecil sans Nom dans la Venise Blanche. C'est la Cardinale, une longue robe rouge, un port altier, des cheveux noirs de jais, et un masque rouge qui porte une croix dorée.

Et tout à coup, tous les autres disparaissent, le doge disparaît, les nobles disparaissent, les courtisans, les musiciens. Il tombe une pluie de roses, noires pour la Venise Blanche, blanches pour la Venise Noire, certaines tombent sur le sol de marbre dans un grand fracas, d'autres sont suspendues en vol, car le temps est soudain suspendu dans cette ville de Venise, alors que ces six personnes, les héritiers des familles, tombent instantanément, et ce à travers le mur même des réalités, éperdument amoureux les uns des autres. Et reste aussi la Cardinale, parce que Cecil Blanc est en plus tombé.e amoureu.x.se d'elle.

Chacun, chacune et chacun.e descend de son escalier. Il est temps de former des couples et de se retrouver dans des alcôves pour se montrer son visage et confirmer la passion. Roméo Blanc éprouve une passion qu'il pense exclusive pour Juliette Blanche. Fasciné par sa beauté impudique, il la rejoint dans une alcôve. La discussion se transforme vite en danse. Mais lorsque les gestes de sa partenaire se font plus équivoques, Roméo la repousse, déçu une fois de plus que la conquête se révèle trop facile. "J'aime la victoire, mais je préfère encore le combat" lui murmure-t-il, un rien amer, avant de la quitter, mais celle-ci l'ignore. Il comprend alors que c'est Juliette qu'il aime, qu'elle soit de ce monde ou de l'autre. Comme chaque héritier de famille, il possède une clef magique. Qu'il ouvre une porte avec cette clef, et elle donnera sur les coulisses qui permettent de passer d'un monde à l'autre. Il passe alors dans la Venise Noire à la recherche de la Juliette Noire, mais trop tard : elle est déjà dans une alcôve avec Roméo Noir. Roméo Noir est fasciné par sa pureté, lui qui n'a connu que la luxure et le chaos, et Juliette Noire l'appelle son Roi Noir. On murmure dans les familles qu'aucune histoire d'amour ne peut avoir lien entre membres de familles différentes, que ce serait la catastrophe, que la guerre qui existe déjà entre les familles prendrait un tournant en fatal, que l'avenir même de Venise serait en danger, mais ces deux-là n'en ont cure.

Cecil Noir passe dans la Venise Blanche et obtient de contempler le visage de Juliette Blanche. Ils échangent longuement, Juliette Blanche est complètement sous le charme du visage androgyne et abyssal de Cecil Noir, et Cecil Noire comprend qu'elle sera le nouveau réceptacle idéal pour son esprit.

Cecil Blanc et la Cardinale se révèlent leurs visage dans une alcôve. La Cardinale est une femme de cinquante ans, son visage est dur, il porte la marque d'une grande expérience, il est terriblement beau de son âge et de son passé. Le visage de Cecil est ambigu, émacié, son regard est perçant. La Cardinale avoue qu'elle a voué sa vie à la vertu, et qu'elle veut l'abandonner entière dans une étreinte avec Cecil. Mais c'est Cecil qui s'est voué à la vertu et ne veut en démordre. Alors pour faire patienter la Cardinale, il passe sous sa robe et lui fait connaître le péché en n'utilisant que sa bouche.

Puis Cecil Blanc et Cecil Noir se retrouvent. Ils s'affrontent à coups de pouvoirs mentaux et Cecil Blanc rompent. Le symbiote Horla qui vit au sein de Cecil Noir étend ses pseudopodes qui s'infiltrent dans Cecil Blanc et la fécondent. Elle accouche d'un enfant, l'enfant des deux mondes, un bébé blanc et pur parcourue de veines noires gorgées d'emprise. Le yin et le yang. Cecil Blanc obtient de la Cardinale qu'elle le cache et en prenne soin, elle l'entraîne dans les geôles de l'Inquisition, là où personne ne pensera à aller le chercher.

Roméo Blanc est arrivé trop tard dans la salle de bal noire. Juliette Noire et Roméo Noir veulent se marier. Le temps a repris son cours, les roses ont recommencé à tomber, et tous les figurants ont réapparu. Juliette Noire et Roméo Noire s'adressent à la Cardinale Noire, la Cardinale du culte sataniste, engoncée dans un corset de cuir bardé de lames, la poitrine mise en valeur, un pentacle gravé au fer rouge sur le front. Ils veulent qu'elle les marient. On allume une centaine de bougies noires dans le palais des Doges, on amène un bouc et une vierge à sacrifier. Roméo Blanc sort sa lame. Il déchire des tentures, le feu se déclare au palais. Cecil Noir, pour empêcher ce mariage, séduit la Cardinale Noire. Elle l'entraîne dans sa chambre des supplices, où ils commettent le plus bestial des péchés de chair. Le bal reprend, on danse dans les flammes.

Roméo Noir et Roméo Blanc se battent dans un duel d'escrime total, au fleuret pour Roméo Blanc, avec toutes sortes de lames pour Roméo Noir. Ils sautent de lustres en escaliers en tapis, et leur danse combative se poursuit sur le toit du Pont des Soupirs. Sous leur pied, le vide intersidéral qui tient lieu de canal, et la Voie Lactée qui en fait le lit. On saura enfin qui des deux est le plus grand escrimeur de la réalité, le plus digne d'obtenir l'innocence de Juliette Noire.

Cecil Blanc les rattrape et s'interpose. Elle arrête les deux lames ennemies avec ses mains, elle embrasse les deux Roméo sous la bouche, et par cette magie amoureuse, les force à rompre le combat.

Tous passent dans la Venise Blanche. Ici, les canaux sont asséchés, une croûte de sel en fait le lit, aveuglante. Alors que dans la Venise Noire, il fait toujours nuit, ici, il fait toujours jours. Les trois familles ont déclaré la guerre à leurs héritiers, qui ont commis le sacrilège d'amour. Juliette Noire veut fuir avec Roméo Noir, étendre leur empire, conquérir des terres inconnues, des mondes nouveaux, le Mexique. Cecil Blanc lui propose de changer de visage en s'accouplant avec elle pour obtenir ses pouvoirs de métamorphoses horlas. Mais Juliette Noire pense qu'il lui suffit de se transformer en corbeau comme le peuvent ceux de sa famille, et de fuir en volant au-dessus de la forêt. Seulement, sa propre famille pourra encore la pourchasser, donc pour offrir cette chance à Juliette Noire, il faut en finir avec la famille Corax, qui est venu de toute la Venise Blanche et de la Noire pour la traquer.

Ils les pourchassent sur les toits plombés et verts-de-gris de Venise, sur les coupoles et les dômes des églises et des clochers, ceux de la famille Capulet sont tous beaux, avec les épées et leurs costumes, ils sautent de toit en toit, et quand les toits sont trop éloignés, se transforment en corbeaux entre chaque. Mais quelle chance avaient-ils contre les six héritiers à la fois. Ils tombent un par un sous leurs lames mortelles, s'écroulent dans les canaux de sels de la Venise Blanche. Roméo Blanc plante sa lame dans de nombreux corps de Corax, c'est lui qui tue la mère de Juliette Noire, il est tellement couvert de sang Corax qu'il en devient lui-même un. Juliette Noire prend dans ses bras sa mère tombée au combats. En expirant, elle s'accroche à sa fille, et dans un filet de sang lui dit ces derniers mots : "Au moins, sois libre."

Cecil Blanc convainct Roméo Blanc de servir d'intermédiaire pour la transmission du pouvoir de change-visage à Juliette Noire. Ils commencent à faire l'amour et Cecil Blanc s'écartèle, il n'est plus qu'une vulve qui absorbe Roméo Blanc comme s'il revivait le jour de sa naissance à l'envers. Roméo en ressort luisant de placenta.

Cecil Noir et Juliette Blanche font enfin l'amour, Cecil change de sexe en permanence pour lui faire connaître l'extase, puis la féconde et ils fusionnent tous les deux. Juliette Blanche s'envole dans le ciel blanc de Venise avec de gigantesques ailes noires. Elle se brûle au soleil comme une Icare et s'en est finie d'elle, mais tombe sur le sol de sel, comme un météore, l'enfant fruit de leur union, le Changement, celui.elle qui est à la fois Corax, Masque d'Or et Horla.

Roméo Blanc pourchasse Juliette Noire, qui refuse de se livrer à sa chair. Elle s'envole sous forme de corbeau. Roméo, poisseux du sang et des plumes de ceux qu'il a tué,  s'envole à la poursuite de Juliette et la pourchasse dans le ciel brûlant et blanc, au-dessus de la forêt éternelle, il la pourchasse pour la violer, mais Juliette est plus rapide, elle s'enfuit à jamais, elle est un oiseau maintenant. "Au moins, sois libre", comme lui a dit sa mère le jour de sa naissance et le jour de sa mort. Le soleil et l'épuisement auront raison de Roméo et il chutera sur la croûte blanche de la lagune tel Icare, son cadavre bientôt changé en statue de sel.

Les Masques d'Or jurent la mort des héritiers, et surtout du fruit de leur union qu'ils nomment l'Abomination. Les deux Venise tremblent sur leurs fondations. Les héritiers vont voir le Père-Mère de la famille Sans Nom, un.e Horla suspendu.e au plafond de leur palais, pondant des enfant.e.s en permanence. Avec leurs pouvoirs mentaux, ils obtiennent la coopération de Père-Mère et des Sans Noms.

La guerre contre les Masques d'Or les entraînent sur la lagune spatiale de la Venise Noire. Le dernier combat a lieu sur des gondoles suspendues au-dessus du vide intersidéral. Les Masques d'Or sont nobles, leurs capes claquent au vent, leurs masques et leurs épées scintillent dans la nuit. Père-Mère dirige ses troupes sans nom depuis sa caravelle flottante. Roméo Noir est soumis au désespoir depuis qu'il manqué son combat contre Roméo Blanc et perdu l'amour de Juliette Noire. Il se lance dans cette bataille avec une énergie tragique. Une orgie de sang contre son propre sang.

A l'horizon, on voit la Venise Blanche et la Venise Noire entrer en collision pour devenir une Venise Grise, dans un fracas de fin du monde et de clochers qui s'effondrent. Il ne peut rester qu'une Juliette, qu'un Cecil, qu'un Roméo. Il ne peut rester qu'une Venise. Le cataclysme est accompli.

L'enfant yin-yang a grandi très vite, il est devenu adulte. Le Changement aussi. Ils fusionnent dans un frisson d'extase.

Au-dessus des forêts, un corbeau vole. Au moins, libre.


Feuilles de personnage :

Juliette Blanche
L'union avec une des deux autres familles servira à semer la discorde et à renverser l'ordre établi
Mon coeur est un général, mon esprit est un stratège et les mots sont mon armée. Nul ne survit aux guerres mentales que je déclare
Je vais faire tourner la tête de ce jeune Adonis. Toute pureté cache une part de vice, et je compte bien découvrir et exploiter celle de Roméo Blanc
Seule la mort de Roméo scellera ma destinée
Mon alter ego m'a prouvé qu'elle maîtrisait son destin, et moi pas
Je suis l'amante secrète de la cardinale blanche
Devenez mon champion, devenez mon hérault, non, devenons-le ensemble
Et maintenant, nous ne sommes plus qu'un
Mon Roméo m'a prise. Un nouveau dieu est né

Roméo Blanc
Je veux trouver quelqu'un à ma hauteur
L'escrime
Je veux que Juliette ne désire plus rien d'autre que moi
J'aime la victoire mais je préfère le combat
Si je ne peux avoir Juliette, je supprimerai son prétendant
De par mon héritage, tout m'est dû !
Je prendrai la virginité de Juliette
Les symbiotes seront les maîtres de Venise
Si je ne peux avoir Juliette comme roi blanc, je serai le roi noir
Il ne restera de moi qu'une statue de sel

Cecil Blanc.he
être ou ne pas être fécondé
Mon pouvoir est celui que j'exerce sur toi. Mon amour que je transmets sur moi. mon attraction sexuelle ou non que j'exerce sur toi et uniquement sur toi.
Que je t'aime, que je me déteste
(barré) J'ai séduit la cardinale
(barré) Elle est insistante
L'orgasme que j'ai donné au régulateur de passion
Ielle me fait confiance, nous sommes une équipe
(barré) J'ai pris du plaisir à être une esclave
La cardinale blanche est nôtre, la noire aussi
Je suis jaloux(se) de Cecil
Coloniser les familles et prendre le contrôle
Protéger les enfants symbiotiques
Je prends l'apparence de quelqu'un d'autre
J'ai le mémoire des Corax et j'ai leurs compétences martiales

Juliette Noire
Objectif : maintenir et pérenniser l'ordre établi par mon pouvoir et celui de ma famille (via le mariage)
Pouvoir : guerre psychologique. Mon cœur est mon général, mon esprit est un stratège et les mots sont mon armée. Nul ne résiste aux guerres que je déclare.
(barré) amour inconditionnel pour le Roméo Noir
(barré) Le Roi Noir tuerait pour moi
(barré) Roméo Noir est d'accord pour se marier avec moi
(barré) A de l'amitié pour Cecil qui a sauvé le Roi Noir
Je ne cherche pas le pouvoir mais mon bonheur dans la paix
Mariage N°1 entravé par Cecil. mauvaise réputation
Doute du Roi Noir, perçoit l'influence du Roi Blanc et de Cecil.

Roméo Noir
(barré) Je veux trouver quelqu'un à ma hauteur
Je suis la plus fine lame de Venise (escrime)
La purté des Juliettes me trouble.
(barré) Je suis sous la coupe de Juliette
La confiance de Juliette soutient mon bras
Je suis seul et n'ai rien à perdre
(barré) Les frustrations nourrissent ma colère
(barré) Romeo Regnum
J'ai été séduit par Cecil Blanc.he
Mon masque est brisé et je suis deux
Ma chair souffre, mon sang brûle

Cecil Noir
But : se faire féconder par Roméo ou féconder Juliette puis devenir son parasite
Pouvoir : capacité d'attraction envers des personnes ciblées
Ressenti : s'autoféconder avec Cecil blanche
Je me sens délaissé. Amour. Trahison.
Mon double blanc est maintenant ma porteuse
Ma progéniture est née et est protégée
Le mariage n'aura pas lieu
Roméo a pris ses armes contre moi
Nous nous sommes compris au premier regard
Et maintenant nous ne sommes plus qu'un
La fusion totale est faite. Une nouvelle espèce va régner.

L'enfant yin-yang
Une seule espèce doit régner
Je n'ai plus besoin de me transférer d'un hôte à un autre, je me réplique et je m'étends tel la peste
(barré) Mon espèce court un danger dans cet affrontement

L'enfant-changement :
Une seule espèce doit régner, je suis stérile mais je trouverai un moyen
Je suis le CHAOS, la trinité sauvage, le dernier enfant du monde. Le Changement.
(barré) Une presque-mère et un presque-frère ne feront jamais une vraie famille.
J'abandonne mon unicité dans cette ultime hybridation, le futur ne dépend que de moi/nous


Commentaires :

Durée de jeu :
environ une heure de braistorming commun / création de personnage (en binôme par prénom de personnage : chaque double avait la même création au départ : une phrase d'objectif, un style de combat)

On a joué en Inflorenza Classique, Carte Blanche sans instance. Pour fluidifier le jeu, j'ai autorisé les joueur.se.s à se rajouter des phrases sans chercher ma validation, et j'ai rendu les apartés possibles. J'avais précisé que les joueur.se.s pouvaient aussi incarner des figurants, notamment les alliés de leurs personnages, pour s'impliquer dans un maximum de scènes, mais les joeur.se.s avaient déjà tellement à faire avec leurs personnages que ça s'est avéré inutile.

L'idée de départ était qu'une personne incarnerait Roméo dans la Venise Noire, un autre incarnerait Roméo dans la Venise Blanche, pareil pour Juliette. Comme il y a eu six joueur.se.s, nous avons inventé une troisième famille, les Sans Nom, qui serait composée de Horla, et transformé la romance Roméo Montaigu + Juliette Capulet en triangle amoureux Roméo+Juliette+Cecil Sans Nom, Cecil étant d'un genre ambigu.

L'intro de la séance prévoyait de jouer le coup de foudre, le moment où tout le monde disparaît sauf l'être aimé. En la jouant, ça m'est paru logique, comme les personnages étaient connectés d'un monde à l'autre par l'égrégore, que le coup de foudre ne soit pas cloisonné à l'intérieur d'un monde, mais bien que les six protagonistes tombent tous amoureux.se.s l'un.e de l'autre. La personne qui nous hébergeait a introduit une règle maison, avec un gros D20 en métal : chacun l'a lancé, et celui qui avait le résultat le plus proche du meneur avait droit à un traitement spécial. Ce fut la joueuse de Cecil Blanc, et j'ai décidé qu'ielle tomberait amoureux.se d'une personne supplémentaire : en l'occurence, je lui laissé le choix entre le Doge Blanc et la Cardinale Blanche, ielle a choisi la Cardinale.
Lors de la scène du coup de foudre, j'ai demandé à chaque joueur.se de rajouter une phrase concernant l'un des êtres dont son personnage tombait amoureux.se.

Le groupe de jeu représentait un défi spécial. La base était formée par 4 ami.e.s de longue date avec qui j'ai beaucoup joué, du jeu de rôle traditionnel principalement, et entre nous on est très décontracté et on ne se censure pas. C'est quasiment le même casting que la partie que La Cité de la Chair et L'Anarchitecte.
Quand deux autres personnes extérieures ont voulu s'inscrire, j'ai pris la précaution de prévenir avant de valider leurs inscriptions que ça allait être trash, non seulement parce qu'on joue non censuré entre nous d'habitude, mais aussi parce que du coup j'avais prévu un théâtre taillé pour ça. J'ai quand même poussé le bouchon loin, avec notamment ce symbole de substitution :

Sexe : 1 Déviances 2 orgasme mémoriel 3 rapports inter-espèces 4 symbiote sexuel 5 magie sexuelle 6 change-forme 7 manipulation 8 péchés 9 passion érotique 10 lieux de débauche 11 orgasme tueur 12 sado-masochisme.

Quelque part, j'ai aussi rajouté un défi dans le défi, avec un théâtre très très mindfuck.

Les deux personnes ont accepté le marché, et ça s'est bien passé dans le sens où d'un côté le joueur de Roméo Blanc s'est tout à fait coulé dans le moule (on a pas mal échangé sur l'horreur organique en debriefing) et de l'autre côté la joueuse de Juliette Noire, qui pouvait être plus en difficulté vu qu'elle était débutante (sa seule autre partie de jeu de rôle fut avec moi, c'était sur Les Chemins de Compostelle
Elle s'est abstenu pour sa part d'amener des sujets chocs en jeu, et le système a fait en sorte qu'elle puisse se protéger (puisqu'elle déterminait elle-même les conséquences exactes de ses réussites et de ses échecs), même dans les situations les plus critiques (tentative de viol par Roméo Blanc). En revanche, elle nous a confessé s'être moins amusé que prévu, simplement parce que les thématiques de l'aventure lui convenaient moins que Compostelle : je pense qu'elle aurait apprécié plus de voyage et d'introspection, c'est notamment ce que je l'ai entendu appeler de ses voeux au cours de la partie. Si je devais lui reproposer de jouer dans l'univers de Millevaux, je serais beaucoup plus à l'aise de lui proposer Marchebranche. Mais ça, c'est ma fâcheuse manie à mettre les personnes dans les cases. Cette joueuse est en train de découvrir le jeu de rôle, de tester ce qui lui plaît et lui déplaît, quelque part je l'envie pour être dans cette phase d'expérimentation.


Outsider : Créativité, épanouissement et folklores personnels vus depuis la marge. http://outsider.rolepod.net/
http://www.facebook.com/folkloreoutsiderhttps://twitter.com/Outsider_Daily + Google + : Thomas Munier
https://twitter.com/Millevaux

Hors ligne

#177 25 Jul 2016 09:34

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
Site Web

Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

L'ENFER DE DANTE

Grandeur et décadence de la famille Borgia dans un enfer Renaissance où le destin et le temps forment un labyrinthe empli de pièges, où petites et grandes histoires saignent ensemble.

Jeu : Inflorenza Minima, contes cruels dans la forêt de Millevaux

Joué le 28/02/2016 à Rennes lors de la Tournée Rennes est Millevaux

Personnages : Lucrèce Borgia, le Pape Jules II (Roderic Borgia), César Borgia, Rodrigue Borgia, Alessandro Borgia

Gustave_Dore_Inferno23.jpg
illustration : Gustave Doré, domaine public


Le théâtre :

On joue en Enfer tel qu'il est décrit dans l'Enfer de Dante, en le décalant dans l'univers de Millevaux, et la table incarne forcément des membres (historiques ou imaginaires) de la famille Borgia.
La marque :
Chaque personnage porte sur le front un tatouage indélébile qui dit pour quel péché en priorité il a été condamné à l'Enfer. Les miroirs n'existent pas en Enfer et l'eau ne reflète rien, aussi il est impossible de lire sa propre marque.
Souvenirs :
Les joueur.se.s avaient ce choix à la création : soit leur personnage se rappelle de tout son passé de mortel sauf de son péché, soit il se rappelle uniquement de son péché.
Clause de vaudeville :
Un personnage peut intervenir dans n'importe quelle scène même si le Meneur a omis de l'appeler.
Charger son cœur :
J'habille le principe du pouvoir d'Inflorenza minima de cette façon : les damnés ont le cœur froid, mais s'ils font quelque chose qui leur nuit ou les éloigne de leur objectif, leur cœur se remet à battre. Ils peuvent ensuite décharger leur cœur pour obtenir une fois ce qu'ils veulent sans payer le prix.
[NDLA : Entretemps, j'ai publié Inflorenza Minima et le terme technique "charger son cœur" a été adopté pour tout le jeu.]
L'Obole :
On peut payer des services avec une obole = une info, un bon souvenir, un mauvais souvenir, un remords, un regret. Petite obole : on raconte seulement. Grande obole : on offre l'information, qui devient maintenant la propriété de l'acheteur (cela peut revenir à offrir son passé, par exemple).
Le Supplice :
Un jour ou l'autre, le démon intime de chaque personnage viendra le trouver pour lui infliger le supplice qui lui est dû. Les joueur.se.s avaient le choix à la création de déterminer si le supplice avait déjà eu lieu, où s'il était encore à venir (et dans ce cas, on ignorait sa nature).


Feuilles de personnage :

Lucrèce
Péché = J'ai jalousé les amantes de mon père
Objectif = empêcher Rodrigue et Alessandro de quitter l'Enfer

Le Pape Jules II
Péché = J'ai intrigué pour que toute ma famille se retrouve en Enfer à mes côtés (ne s'en rappelle pas)
Objectif = empêcher ma famille de quitter l'Enfer

Rodrigue
Péché = J'ai tué Ottavia par sodomie (ne s'en rappelle)
Objectif = retourner dans le monde des mortels pour retrouver Ottavia (il a oublié qu'elle est morte).

César
Péché = J'ai convoité ma soeur (ne s'en rappelle pas)
Objectif = couper les ponts avec sa famille.

Alessandro
Péché = j'ai tué mon frère sur un coup de colère
Objectif = retrouver son frère au paradis


L'histoire :

Le passé, quand les Borgia étaient encore des mortels.

Alessandro a 8 ans. Il joue avec son petit frère Giacomo dans le palazzio Lucrécia, sous la surveillance distraite de Bianca, leur gouvernante. Sa mère Lucrèce, est absente. Elle voit rarement ses enfants. Giacomo veut prendre un jouet à Alessandro, Alessandro se fâche et le frappe. Giacomo tombe sur une pile de jouets en bois. Il est mort.

Bianca met les mains sur sa bouche, elle est paniquée. Statufié, Alessandro ne dit rien. Bianca prend le petit corps dans ses bras. Elle est vite couverte du sang qui file du crâne de Giacomo.

Entre Rodrigue, en armure. A cette époque, il est encore vivant, il est encore condottiere, c'est avant que son frère César ne le fasse tuer pour prendre sa place. Il comprend que Bianca finira bien par dire la vérité un jour, et ce sera une opprobre supplémentaire pour la famille Borgia. Il la prend dans ses bras, comme pour la rassurer, et commence par serrer, serrer.

Alessandro part en criant.

Rodrigue sait que s'il tue Bianca, Alessandro échappera à l'Enfer, il échappera à la rumeur d'être un assassin. Mais il n'ose pas le faire. Il desserre son étreinte, et convient avec Bianca de faire passer la mort de Giacomo pour un accident. Sur son lit de mort, bien des années plus tard, Bianca racontera ce qu'elle a vu, et c'est ainsi qu'Alessandro ira en Enfer... La culpabilité que Rodrigue ressent alors se met à réchauffer son coeur. Rodrigue est en train de desserrer son étreinte sur Bianca, et son propre corps est froid et son coeur à l'arrêt, comme si c'était moins un souvenir de sa vie de mortel qu'une revisite de son passé, et soudain la culpabilité qu'il ressent pour avoir éviter de changer le cours du temps en faveur d'Alessandro, cette culpabilité réchauffe son coeur, qui bat à nouveau.

Le présent, en Enfer.

Bianca a fini en Enfer pour avoir dénoncé Alessandro. Elle se présente, toute vieille, à la Basilique Saint-Pierre où règne le Pape Jules II, grand-père d'Alessandro, auprès de ses cardinaux qui le détestent. Il a désormais fait main basse sur le pouvoir séculaire aussi bien que sur le pouvoir religieux, dans les sept cercles de l'Enfer.

Bianca lui demande l'Indulgence, puisqu'il en fait commerce, puisqu'il fait commerce de places au paradis. Elle a appris qu'on ne peut mourir une fois qu'on est en Enfer, hormis si l'on a acheté une indulgence, auquel cas on meurt à nouveau. Personne ne sait ce qu'il advient d'un damné qui meurt, mais on raconte que s'il a acheté l'indulgence, il va au Paradis. Ce que le Pape sait, c'est qu'il fait commerce avec un démon. Quand quelqu'un achète une indulgence, il laisse le démon tuer la personne. Aucune garantie que cela amène au paradis. Le Pape accepte de vendre une indulgence à Bianca. Cette fourberie réchauffe son coeur, qui se remet à battre. En échange, Bianca doit payer une grande obole. Elle décide de payer avec un de ses regrets : le regret de n'avoir jamais divulgué un secret.

Elle entraîne Jules dans son souvenir. Ensemble, ils s'aventurent dans le palazzio Lucrecia, dans le passé. Elle l'amène devant une porte, à laquelle la jeune Bianca est en train d'écouter. La vieille Bianca et le Papes Jules franchissent le seuil. Derrière, une chambre avec des roses et des bougies, et sur le lit rouge à baldaquins, c'est sa fille Lucrèce, nue et offerte.
Elle vient de tuer une des maîtresses du Pape qui lui ressemblait beaucoup, et elle s'est teint les cheveux pour prendre sa place. Le Pape du passé n'a jamais compris la supercherie. La vieille Bianca déshabille le pape du présent et l'invite à saillir Lucrèce, pour recréer le passé. S'il omet de le faire, Alessandro ne sera jamais né. Alors, il monte sur le lit, et il prend sa fille, de toutes ses forces.

Alors qu'il la couvre, il voit le démon sortir de derrière les tentures, et se diriger vers la vieille Bianca. Il fait chut du doigt pour que le Pape le laisse prendre son dû. Et alors que le Pape et sa fille connaissent l'orgasme, le démon arrive dans le dos de la vieille Bianca et l'étrangle, en silence.

A la taverne du septième cercle, le bouge qui recueille les pires damnés, un théâtre qui s'enfonce dans le sol par paliers, et sur le dernier palier, un comptoir où l'on sert les liqueurs les plus fortes que seules les damnés peuvent apprécier : ciguë, pétrole, acide. César Borgia est crasseux, hirsute, ivre. Il a coupé les ponts avec sa famille. Il regarde le monde des damnés avec ironie. Un homme se présente à lui. Machiavel, son biographe, celui qui l'admirait tant pour sa cruauté guerrière. Il porte une capuche pour masquer le fait que son front est vierge de la marque infamante du péché : Machiavel est encore un mortel, seulement il a le pouvoir de se rendre en Enfer pour assurer des transactions avec les damnés. Ses yeux sont clairs et ses ongles impeccables. Machiavel a appris que Rodrigue et Alessandro veulent quitter l'Enfer, et il peut le leur permettre. Il souhaite que César le conduise à ses frères.

Ils sortent de la taverne. Pas de ciel en Enfer, puisque l'Enfer est sous terre, mais un plafond de sol d'où pendent des millions de racines, et d'où suintent les larmes des mortels qui pleurent leurs disparus. Machiavel affirme que si aucun mortel ne nous pleure, il est impossible de revenir dans le monde des mortels. César ouvre la bouche et goûte les larmes qui tombent. Il goûte les larmes du seul mortel qui le pleure. Son fidèle chien de chasse.

Le passé, revisité. César est dans la forêt avec son chien, ils traquent une biche. Maintenant, ils l'ont débusqué, César n'a plus qu'à lancer son chien dessus. Le chien regarde César, et pleure. Il lui dit : "Tu sais, quand tu seras parti, tes ennemis se vengeront de toi, à travers le seul être que tu aies jamais aimé et qui t'ait jamais aimé. Ils me tomberont dessus et me tueront à coups de bâtons." Machiavel est à l'orée de cette clairière, il ne perd pas une miette de la scène. César se penche sur son chien. Le chien niche une de ses pattes sous le bras de son maître et il tend le cou pour que César puisse faire ce qu'il a prévu. César égorge son chien avec le couteau de chasse, pour lui épargner la mort infamante de la bastonnade. Ce faisant, il s'interdit aussi tout retour dans le monde des mortels.

César revient au palazzio Lucrécia. Les serviteurs lui donnent un bain, un homme lui rase la barbe avec douceur et application, un autre lui coupe les cheveux. Il reçoit Rodrigue et Alessandro et leur expose l'offre de Machiavel. Puis entre Lucrèce.
Quand César a fini son bain, il se lève et urine dans la baignoire. Encore un pied de nez.

Rodrigue, Alessandro et Machiavel partent à cheval vers la taverne pour retrouver Machiavel.

Arrive un billet à l'intention de Rodrigue : le Pape le veut comme condottiere pour mener son armée contre l'armée de France : c'est la guerre en Enfer et seul Rodrigue est capable de la lui faire gagner. Mais le billet arrive trop tard, Rodrigue est déjà parti pour la taverne.

Le Pape retrouve Lucrèce qui lui explique le départ de ses frères. Elle veut savoir où ils sont partis et interroge César, qui refuse de lui dire. Elle pense alors à demander à un démon, moyennant une obole, un de ses souvenirs.

Avec le Pape, elle descend dans la chapelle du palais et ils entrent dans le confessionnal. De l'autre côté, il y a le démon à qui il faut raconter un remords. Le Pape raconte comment il a laissé son fils César tuer Rodrigue pour s'assurer qu'il aille en Enfer à ses côtés.

César descend dans la chapelle. Il entre dans le confessionnal à côté du démon. Il dit : "Pardonnez-moi mon père, car je me prépare à assassiner mon frère pour lui dérober son titre de condottiere."

Un combat mental s'engage entre lui et le Pape et Lucrèce, qui veulent le dissuader de commettre ce crime.

César est dans la baignoire. Il sent la lame de rasoir passer très lentement sur son visage. Ses cheveux tombent dans l'eau au ralenti. Entre Lucrèce. Il l'avait oublié comme il a oublié son péché : le désir qu'il a toujours éprouvé pour elle. Elle entre dans la pièce, c'est la plus belle femme du monde. Il pourrait tomber instantanément à nouveau amoureux d'elle. Mais il choisit d'étrangler cet amour dans l'oeuf. Ce renoncement réchauffe son coeur, qui se remet à battre.

César se défend, il refroidit son coeur pour avoir plus de poids. Mais en face, il y a Lucrèce et le Pape, et le Pape refroidit son coeur aussi, alors ils ont le dessus. Ils le convainquent d'épargner Rodrigue. Rodrigue n'est finalement jamais mort assassiné par César. Il est toujours vivant.

Alors qu'Alessandro et Rodrigue chevauchent côte à côte vers la taverne, Rodrigue disparaît.

Le démon dit qu'il a laissé un cadeau pour eux dans la chapelle, et ce cadeau leur dira où sont partis Rodrigue et Alessandro. Lucrèce et le Pape sortent du confessionnal. Posé sur l'autel, il y a un miroir. C'est le petit miroir que le Pape avait offert à Lucrèce pendant leur vie de mortel, qu'elle utilisait toujours pour se coiffer. Les miroirs sont censés ne pas exister en Enfer, et l'eau elle-même ne renvoie le reflet de personne ! Les miroirs permettent de voir le péché qui est sur son front.

Mais comme le Pape a sauvé Rodrigue de l'Enfer, son péché n'est plus d'actualité. La phrase sur son front a changé. C'est maintenant écrit : "J'ai forniqué avec ma fille." Lucrèce s'empare du miroir et songe à le brisé, mais le Pape s'y oppose. Il se regarde dans le miroir, contemple son péché, et en arrière-plan, il voit la taverne. Il part aussitôt à cheval vers la taverne, suivi de près par Lucrèce.

Quand Alessandro arrive à la taverne, elle est abandonnée. Il n'y a plus que Machiavel, au comptoir. Il descend le voir et lui dit qu'il veut une entrevue avec son frère Giacomo qui est au paradis. Machiavel lui tend un verre d'arsenic : il va mourir le temps de voir son frère, et ensuite Machiavel le ramènera à la vie. Il allonge Alessandro sur une table et lui donne l'arsenic. Le Pape est arrivé en haut de la taverne, mais il laisse faire, curieux de voir la suite. Alessandro meurt.

Quand il se réveille, il est dans le salon avec tous les jouets renversés, il est au sol. Giacomo le contemple. Il lui dit qu'il ne lui a jamais pardonné de l'avoir tué, car s'il le fait, Alessandro quittera l'enfer. Il mourra tout à fait, il ira nulle part. Alessandro lui demande pardon. Alors Giacomo lui dit : "Je te pardonne." et il lui ferme les yeux.

Machiavel voit qu'Alessandro ne se reveille pas. Il lui fait des massages cardiaques sous les imprécations du Pape, mais rien n'y fait. Alessandro est mort pour de bon. Lucrèce arrive juste pour voir ça.

Machiavel insiste pour qu'Alessandro ait des funérailles chrétiennes. Le Pape veut une cérémonie en grandes pompes, mais ce n'est pas possible, il faut faire vite, le corps d'Alessandro va partir en cendres. Alors ils l'enterrent juste en haut de la taverne, sans fleur ni couronne. Le Pape fait inscrire comme épitaphe : "Sa famille était trop unie."

Lucrèce demande à Machiavel de le faire accéder au monde des mortels, pour qu'elle convainque Rodrigue de redescendre. Machiavel lui demande un souvenir en échange de ce service. Elle raconte comment elle a empêché le Pape d'avoir un dernier enfant avec sa première épouse. Elle et Machiavel sont derrière des tentures, ils voient la scène. Un grand lit, où le pape couche avec son épouse. Lucrèce s'approche de la table où se trouve la bouteille de chianti préférée de sa mère, un vin que son père déteste, elle sort une fiole de poison abortif. Mais cette fois-ci, elle n'ose pas verser le poison. Quand le pape a fini son oeuvre, son épouse lui demande de lui servir du vin. Il sait que si sa femme a ce dernier enfant, sa vie sera changé, il sera une meilleure personne. Il ira au purgatoire après sa mort. Séparé de ses enfants qui iront en Enfer. Alors il verse le poison abortif dans le vin et sert sa femme.

Machiavel estime qu'il a été payé. Il entraîne Lucrèce au fond des tentures. Ils traversent les tentures, il y en a toujours, c'est très long. Le sol monte, et devient boueux, chargé de racines et d'asticots. Les asticots qui se nourrissent des morts.

Enfin, ils arrivent dans l'étude de Rodrigue. C'est maintenant un vieillard, il rédige son testament. Lucrèce demande à Machiavel de lui raconter son péché. Machiavel fait entrer Rodrigue dans une salle attenante. Ils y retrouvent Ottavia, nue, attachée par des chaînes, offerte. Rodrigue la prend avec sauvagerie. A ce moment, voyant que la situation lui échappe, Ottavia le supplie d'arrêter. C'est à ce moment-là que par colère il a continué et l'a tuée à la tâche. Mais c'était un autre Rodrigue. Celui-là comprend qu'un tel geste lui vaudrait la damnation éternelle. Alors, il se retire. Et il devient moine, c'est ainsi qu'il passera ces derniers jours.

Machiavel dit à Lucrèce qu'il est temps de retourner en Enfer. Mais Lucrèce le tue. Plus aucun témoin. Puisqu'en Enfer, ni Rodrigue ni Alessandro ne l'attendent, elle va rester dans le monde des mortels. Elle entre au couvent pour avoir une bonne raison de couvrir son front, et ainsi cacher aux mortels son terrible secret, le secret de son identité et le péché gravé sur son front.

Si le Pape a renoncé à Rodrigue, il n'a pas renoncé à sa guerre. Il envoie Rogue, son meilleur homme de main, pourchasser César pour le forcer à devenir son condottiere.

César a fui dans la forêt. Rogue le retrouve et lui cloue le bras contre un arbre avec un carreau d'arbalète. Rogue est en armure, il porte la même armure que Rodrigue quand il était condottiere. C'est un démon.

Des hommes arrivent. Ce sont les ennemis de Borgia. Les Sforza, les Farnese, les Orsini. Ils sont armés de bâton.

Au loin dans les arbres, on entend le fracas des armées, les hommes en armure qui courent, les lames, les cris, les chevaux blessés.

Rogue dit à César qu'il peut se laisser corrompre, lui permettre d'échapper à la charge de condottiere. Mais en échange, il doit accepter ce qui vient. Le supplice qui lui était réservé. Les coups de bâton de ses ennemis.

Son chien est là, il gémit. Il est prêt à se sacrifier à sa place.

Le Pape arrive. César hurle, il arrache le carreau de son bras et fonce vers ses ennemis. Il frappe le premier. Mais les suivants abattent leurs bâtons sur lui. Ses os craquent, encore, encore et encore. C'est l'heure du supplice !

Le Pape est forcé de constaté qu'il a perdu son dernier fils. Le fracas des armes se rapproche. Alors Rogue l'aide à monter sur son cheval, il lui donne son armure.
Jules n'est plus le Pape. Il est ce qu'il était avant, Roderic Borgia, le père de Rodrigue. Il est le condottiere. C'était sûrement cela, son supplice.

Il charge à mort en direction des armées

à jamais.


Commentaires sur le jeu :

Joué en Inflorenza Minima, en Carte Blanche.

Une demi-heure de création de personnage, deux heures et demie de jeu.

Mon hébergeur, très connaisseur de Millevaux, m'avait demandé du psycho-trash, et peu de mécaniques. L'Enfer de Dante, en Inflorenza Minima, était juste parfait pour cette demande, et ça m'arrangeait car je voulais le tester depuis longtemps.

On a eu une ambiance de ouf. Entre la playlist Millevaux qui tombait au poil, des joueur.se.s impliquées et moi qui étais créativement au taquet (troisième jour de tournée), j'ai trouvé que la partie était mémorable. La scène où Jules et Lucrèce procrèent alors que Bianca se fait tuer dans leur dos, c'était ouf. "Eros et Thanatos", comme avait remarqué le joueur de César.

Je suis parti direct dans le vertige logique, usant et abusant des flashbacks dynamiques que j'ai aussi utilisés comme souvenirs transformables, métaphores à habiter et paradoxes temporels. A un moment, on a commencé à se poser des questions sur la cohérence, et le joueur de César a dit un truc qui nous a libérer : "On s'en fout, le temps, c'est magique ici." Bien vu. Super bien vu.

La joueuse de Lucrèce était assez débutante, j'ai souri quand le joueur de Jules II lui a dit à la fin : "Mais tu sais, d'habitude, le jeu de rôle, c'est pas comme ça, ça se joue dans l'ordre chronologique, y'a des dés, des feuilles de perso..."

J'ai apprécié le fait que les joueur.se.s ont fait des personnages très variés dans leur psychologie. Je crois que la question originelle du péché qui avait damné leur perso a été fertile. Mention spéciale pour le personnage d'Alessandro, qui venait beaucoup nuancer, un extrême qui valorisait les autres extrêmes tels que le personnage de César.


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#178 25 Jul 2016 12:32

kF
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Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

Ca a l'air d'une super partie, en effet ! Une de plus qui donne envie de jouer avec le temps et la causalité !

Une question que je me pose, que je ne suis pas sûr d'avoir compris. Pour les personnages qui choisissaient de se souvenir de leur passé mais pas de leur péché, les joueur.se.s choisissaient-ielles quand même du péché, en jouant comme s'iel ne le connaissaient pas ? Et pour celleux qui se souvenaient de leur passé, as-tu passé du temps à le décrire ou étais-ce une invitation à prendre la narration de temps en temps pour raconter un souvenir pertinent (par exemple pour les oboles) ?

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#179 25 Jul 2016 15:10

Thomas Munier
auteur de Millevaux
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Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

A. Merci pour ton intérêt ! L'Enfer de Dante est un théâtre qui exploite très bien les potentialités d'Inflorenza Minima. Un peu de connaissance sur les Borgia est un plus, mais déjà lire les articles Wikipédia qui leur sont consacrés apporte un bon éclairage.

B.Si le personnage ignorait son péché, la personne qui le jouait l'ignorait aussi, le péché restait à ma discrétion.

C. Si le personnage se rappelait de son passé, de mémoire la personne qui le jouait s'en rappelait aussi, elle en dévoilait un peu au début de la partie et pouvait rajouter des détails en cours de route, mais que par le roleplay ("je me souviens que"), la mise en scène me restant dévolue (même si je dis en général oui à tout ce que raconte une joueuse, j'utilise mon véto rarement, mais j'ai aussi rarement des personnes à ma table des personnes qui se mettent à incarner frontalement décor et figurants sans y être invitées, j'en suis généralement à valider des suppositions des joueuses ou des souvenirs des personnages).


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#180 25 Jul 2016 17:10

kF
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Re : [Inflorenza : Héros, salauds et martyrs à Millevaux] Comptes-rendus

B. D'accord. Mais du coup, comment tu as géré le contrat social ? C'était pendant une tournée et il y avait au moins une débutante, donc je suppose que tu n'avais pas que des joueurs que tu connais bien, or tu donnes à certain des péchés assez trash (Rodrigue qui tue Ottavia par sodomie). Est-ce que c'est parce que tu as brodé sur les souvenirs qu'ils dévoilaient, et que ça s'est mis en place doucement via leurs incitations ? Ou est-ce que tu as choisi ça en amont et amené la fiction à révéler ce péché, auquel cas es-tu passé par un contrat social détaillé en début de séance ?

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