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#1 17 Jun 2016 07:00

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
Site Web

[Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

Les Sels de Millevaux est un jeu en développement, par Yoann Calamai, où l'on incarne des alchimistes rongés par l'achèvement du grand œuvre au cœur de l'enfer forestier de Millevaux.
Les règles sont inspirées d'Arbre et d'Inflorenza Minima.
J'ai eu l'honneur et le plaisir d'en faire les premiers tests, sous la forme d'une campagne qui a marqué mon parcours rôliste.

En bonus : la playlist des Sels de Millevaux

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illustration : Balthazar Schwann pour le Philosophia Reformata de Daniel Mylius, domaine public

Liste des comptes-rendus par Thomas Munier :
* : parties enregistrées

1. Le Convent de Prague *
(La formation d'un convent d'alchimistes à Prague, la ville fantastique. Premier test très prometteur ! )

2. L'autodafé *
(Dans sa quête des livres, des métaux et de l'athanor, la vie du Convent se complique à l'extrême ! Avec l'apparition des scènes de vie quotidienne, du doublement des daemons, et des rêves de daemons.)

3. La promesse *
(L'Ă©tau se resserre sur les alchimistes.)

4. Selon Lazare *
(Premier test des labyrinthes et des golems, et mise à bas complète du statu-quo ! )

5. Le placard aux cafards *
( Les horlas sont-ils des êtres sensibles ? Les monstres humains sont-ils capables de rémission ? Les âmes les plus pures n'ont-elle aucune souillure ? )

6. Le Grand-Oeuvre *
( Quand tous les fils se dénouent, un climax de campagne riche en daemons, en révélations, en rebondissements et en vertige logique. )


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#2 17 Jun 2016 07:08

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
Site Web

Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE CONVENT DE PRAGUE

La formation d'un convent d'alchimistes à Prague, la ville fantastique. Premier test très prometteur du jeu de Yoann Calamai sur l'alchimie à Millevaux, un hack d'Arbre et d'Inflorenza minima !

Jeu : Les Sels de Millevaux par Yoann Calamai, jouez des alchimistes rongés par l'achèvement du grand œuvre au cœur de l'enfer forestier de Millevaux.

Joué le 01/02/2016 sur google hangout

Personnages : Matilda Dobner, Petr Vlk, Anselmo Montela

Partie enregistrée sur ma chaîne youtube ici et ici

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illustration : Balthazar Schwann pour le Philosophia Reformata de Daniel Mylius, domaine public


L'histoire :

Une crypte sous le cimetière juif de Prague. Fragments de la Torah gravés sur des plaques. Candélabres. Une grande table ronde de pierre où figure une étoile de David. Quatre personnes en capuche réunies pour la première fois, assemblée secrète pour constituer un convent d'alchimistes.

Celle qui prend la parole en premier, c'est Isadora, la plus expérimentée, qui a recruté les trois autres. Elle baisse sa capuche, révèle le visage ferme d'une femme de trente ans aux longs cheveux noirs. Un œil orange, un œil violet.

Ils tombent leur capuches. Matilda Dobner est une jeune femme, 18 ans, elle a un bonnet de tissu, des tresses brunes, des grands yeux innocents, elle semble très influençable, c'est une alchimiste brodeuse. Petr Vlk est un noble, qui travaille pour le Gouvernement. Il est rondouillet, il a des yeux globuleux, une peau ridée, des lèvres fines. Cet alchimiste de la mémoire sourit peu et paraît empêtré dans ses convictions et ses projets occultes. Enfin, Anselmo, alchimiste du corps humain, est un médecin qui fait des expériences avec l'électricité. Il est de faible constitution et tousse souvent. Il est très pâle, des cernes noirs, une moustache et une barbichette poivre et sel. Il est encore jeune, quarante ans, mais il a vraiment l'air malade. Isadora se lèche les lèvres en le regardant, elle dit être impatiente d'expérimenter une autopsie humaine à ses côtés, bien que la pratique soit interdite. Les autres alchimistes disent qu'ils seront aussi curieux de voir ça. Matilda essaye-t-elle de paraître plus courageuse qu'elle n'est ?

Elle leur demande de convenir ensemble d'un objectif à atteindre par le grand-œuvre. Tous s'accordent à éradiquer l'oubli. Isadora les interroge sur leurs motivations, ils répondent, qui Matilda la bonté, Anselmo l'humanisme, Petr restaurer la mémoire et la fierté du peuple. La cynique Isadora en rit.

Elle leur demande leurs spécialités, d'où ils tiennent leur savoir, et quel est leur objectif personnel en dehors du grand-œuvre. Matilda dit qu'elle tient ses savoirs de sa mère, brodeuse alchimiste comme elle, et que sa mère est morte sur le bûcher, accusée à tort de sorcellerie. Isadora demande si elle pu récupérer ses cendres, Matilda répond qu'elles ont été dispersées dans le vent. Isadora réplique qu'elles peuvent peut-être encore être récupérées : avec l'alchimie, tout est possible tant qu'on est prêt à payer le prix.

Elle leur présente des écritoires, des plumes et des parchemins, pour qu'ils écrivent leurs testaments. Ensuite, il est temps de mettre fin à leur apprentissage. Elle leur tend une seringue faite du fer le plus pur, réputé pour annuler la souillure, afin qu'ils s'injectent les sels d'un ancien alchimiste dont ils obtiendront les savoirs, mais qui les hantera : leur daemon. Même l'innocente Matilda présente ses veines à la seringue sans sourciller. Bientôt, les daemons parleront dans leur tête et les tourmenteront.

Ensuite, ils gobent chacun un œuf d'albâtre, qui pourra charger leur infortune et la décharger pour empêcher une autre infortune, selon la loi des équivalences alchimiques.

Elle les instruit du danger, pour leur intégrité et pour la réalité elle-même, d'opérer pour le grand-œuvre dans un simple laboratoire. Il leur faudra chacun créer un labyrinthe, un théâtre mental, et un golem, qu'ils enverront dans ce labyrinthe procéder au grand-œuvre à leur place ; ainsi ils protégeront la réalité d'un possible désastre comme le chimiste œuvre en se protégeant derrière une vitre.

La première urgence est de se trouver des locaux pour opérer ; la suivante de se procurer les métaux et du matériel d'alchimie : athanors, alambics et creusets ; la dernière de rassembler les savoirs nécessaires à la création des labyrinthes et des golems. Isadora propose qu'on se dote d'un moyen de communication rapide et fiable ; Matilda propose que chacun s'arrache une oreille, qu'on les réduise ensemble dans un mortier, et que chacun récupère une oreille reconstituée, alors tout le monde entendra ce que dira tout le monde ; mais si Matilda fait confiance à tous dans l'innocence de sa jeunesse, les autres sont encore à se jauger, alors la motion est rejetée.

Anselmo et Isadora, l'un fasciné par la vie et l'autre par la mort, conviennent d'œuvrer ensemble dans la crypte du cimetière juif. Isadora se chargera d'en calciner une pièce et de condamner ses accès à la chaux, afin que la souillure des morts ne contamine leurs expériences.

Il leur faut des occupations, qui leur procurent à la fois couverture et argent. Le Gouverneur de Prague, Soleymane, sans doute pour faire un pied de nez au pouvoir central de l'Empire d'Autriche-Hongrie, Vienne la très-catholique, a soumis un décret qui ouvre Prague à toutes les religions et toutes les philosophies. Les temples les plus exotiques comme les ateliers d'alchimiste ont donc toute liberté d'ouvrir enseigne en pleine rue. Mais Isadora préfère opérer dans l'ombre, craignant le contrôle du Gouvernement. Ne dit-on pas qu'il a jadis employé des alchimistes, les condamnant en public et les asservissant en privé, dans les caves des archeries de la Ruelle d'Or, sous l'ombre du gigantesque Château de Prague ?

Anselmo veut se faire médecin, après tout c'était sa profession avant de fuir Gênes, où son maître a connu l'opprobre et la mort pour ses méthodes avant-gardistes. Il se rend dans la Nouvelle Ville, grands quartiers tracés au cordeau sur une assise de marais assainis à la va-vite, marchés grouillants de la plèbe. L'hôpital est sis dans une ancienne cathédrale dont les fondations s'enfoncent chaque jour un peu plus sous terre. C'est là un assemblage de passerelles et de lits cachés par des tentures blanches. Isobel, la médecin en chef qui le reçoit, la soixantaine, vêtue de noir, des gros grains de beauté sur le visage et des mains gonflées par les âges et l'ouvrage, paraît débordée, désabusée. La diphtérie et le choléra remplissent l'hôpital comme les eaux du marais gonflent le lit de la Vlatva. Elle envoie Anselmo à l'épreuve, on le charge d'opérer une toute jeune femme, Petra. Elle agonise dans son lit d'hôpital. Anselmo retire son drap ensanglanté et voit sa jambe, qui fut écrasée par un arbre, broyée, en bouillie, empestant la gangrène, les orteils gonflés, les ongles ayant sauté sous la pression. Anselmo mande à une nonne infirmière une scie, du fil, une aiguille et une bougie. Il sait qu'il passera pour un fou s'il stérilise les instruments au seul feu qui est la cheminée de la cantine, alors il stérilise sous la cachette de la tenture, à la bougie. Tout le monde a la migraine dans l'hôpital, Anselmo l'attribue aux miasmes, mais Petra, peut-être dans son délire, a une autre opinion. Elle dit qu'il s'agit de la souffrance des malades, c'est elle qui donne la migraine. Elle lit dans les énergies, c'est un don qu'elle tient de sa mère. Anselmo s'apprête à l'amputer. Petra sent la vie d'un vieil homme dans un autre lit, atteint de la grippe, il mourra si Anselmo la sauve, par le principe de circulation des énergies vitales. Anselmo lui dit qu'ainsi va la vie, certains vivent et d'autres meurent. Elle crie de tous ses poumons alors qu'il la découpe. La bonne soeur se cache les yeux avec les doigts, mais de temps elle les écartes, ce qui fait qu'elle regarde quand même. Anselmo conserve la jambe de Petra : il lui promet qu'il lui rendra un jour. Elle le supplie de le prendre ensuite à son service, car dans son village on ne voudra pas d'une handicapée, elle serait chassée, réduite à la mendicité. Anselmo lui dit de se contenter de vivre. Elle dit : "Qu'à cela ne tienne, je reviendrai vous voir tous les matins jusqu'à ce que vous changiez d'avis."

C'est Matilda, la petite brodeuse innocente qui vit chez sa tante, qui se charge d'aller quémander des métaux. Elle se rend à la ruelle d'Or, étroit passage à l'ombre du château où s'entassent dans les maisons à encorbellement échoppes de bijoutiers et d'alchimistes. C'est là que Maître Szolt, qu'on dit avoir été l'alchimiste secret de Soleymane, a ouvert le premier une boutique de joaillerie-alchimie. Matilda y entre, elle y découvre une dizaine de vendeurs qui s'affairent. Maître Szolt vient à elle, il la connaît puisqu'elle lui a demandé de la choisir comme apprentie, chose qu'il a refusé. C'est un homme très grand, le visage mou mais sévère, en manteau brodé de fourrure. A chacun de ses doigts une bague réputée contenir quelque minéral ou poison. Il l'invite à la suivre au sous-sol, elle découvre le plus grand laboratoire d'alchimie dont on puisse rêver. Vastes voûtes sous lesquelles peinent et suent une cinquantaine d'apprentis autours des feux de forges et des alambics complexes, enfants aux pieds nus qui actionnent des soufflets qui font trois fois leur taille, tintement de l'enclume des forgerons et des joaillers. Un jeune homme se distrait un temps de son ouvrage pour observer Matilda à la dérobée, avec curiosité. C'est Pavel, l'apprenti que Maître Szolt a choisi à sa place.

Le laboratoire contient maintes chambres secrètes fermées par des portes blindées, le maître entraîne la brodeuse dans l'une d'elle, son bureau et laboratoire privé. Sur le meuble, il y a pour une fortune de paillettes d'or, et une collection impressionnantes de grimoires sur l'étagère. Quand Matilda lui annonce qu'elle souhaite acquérir tous les métaux nécessaires au métier d'alchimiste, le maître lui rit d'abord au nez puis la bombarde de questions : qui est son nouveau maître ? Ou travaille-t-il ? L'innocente brodeuse ne connaît pas le mensonge, et malgré les mises en garde de son daemon, annonce que son maître vient d'arriver de Gênes. Szolt devine qu'il s'agit d'Anselmo. Elle dit qu'elle ignore où se trouve son laboratoire. Comment va-t-elle le payer ? Le daemon lui parle avec la voix de sa mère. Isadora serait-elle parvenu à récupérer les cendres de sa mère pour lui injecter ? Sa « mère » la prévient que Szolt va sans doute en vouloir à sa vertu, elle doit s'en méfier. Mais la brodeuse lui fait une meilleure proposition : elle coudra la robe de mariage de sa fille. Le maître acquiesce, mais il augmente le défi : sa fille se marie dans une semaine, à Soleymane en personne. La robe devra être d'une grande majesté, et surtout elle devra contenir un charme pour envoûter le gouverneur, à jamais. La brodeuse rétorque qu'une robe de mariée ne pourra être utile qu'un jour et une nuit. Le maître répond qu'elle a tout à fait raison ; c'est donc une toilette entière qu'elle doit lui confectionner en une semaine. Atterrée, Matilda essaye de négocier en sus un athanor et un alambic, mais le maître lui fait bien comprendre que c'est lui qui dicte les conditions !

En sortant du laboratoire, Matilda croise un homme étrange. Beau de sa personne, un bouc bien taillé, des habits brodés et rouge... et des porte-jarretelle. Il semble évoluer comme s'il était persuadé d'être invisible, aussi il s'étonne que Matilda la voie et le bouscule. Il lui promet qu'ils se reverront.

Petr retourne au Château. Pour travailler aux services de la censure du Gouverneur, c'est lui qui a rassemblé tous les livres confisqués aux victimes de l'Inquisition, dans une bibliothèque interdite sise dans une tour du château. Son accès est gardée par un labyrinthe ; alors que depuis le décret la bibliothèque est ouverte à tous, la seule personne hormis Petr qui y soit jamais parvenu, c'est Isadora, pour y consulter certains ouvrages licencieux, tels le Kitab Al-Azif, écrit par un scribe syrien dément, puis pour recruter Petr au sein du convent.

Mais n'a-t-il pas franchi le seuil du château qu'on le convoque chez le gouverneur. On le conduit dans une antichambre où il ronge son frein pendant quatre heures, et enfin deux gardes en livrée avec des hallebardes le conduisent au bureau du Gouverneur. Au fond de la pièce, une vaste peinture représentant l'impératrice, jeune et belle, perruque, corset, diamants et robe de princesse. A des lieues de la légende que raconte Isadora, comme quoi les autrichiens étaient des barbares il y a seulement une génération et que la mère de l'impératrice avait un symbiote horla dans le ventre, et que l'impératrice actuelle pourrait bien en avoir aussi un.
Le faciès de Soleymane tranche aussi avec la délicatesse impériale. Le turc est un peu bouffi par les excès, une de ses paupières tombe depuis ce que certains appellent "une crise" et l'on sait que ses docteurs l'entoure de près.

"On va vendre tous les livres", assène-t-il à Petr. Il faut remplir les caisses du gouvernement, et en mettre plein la vue aux autrichiens lors de son mariage, dans une semaine. Il donne à Petr un jour pour faire l'inventaire. Dans vingt-quatre heures, un érudit viendra faire un contre-inventaire, et ensuite ce sera la vente aux enchères. Petr argumente de son mieux, mais il obtient juste que ce premier inventaire se borne aux ouvrages les plus précieux, et donc les plus chers ; précisément les ouvrages que Petr cherche à sauver.
Il s'en retourne à la bibliothèque, immense, sombre et désordonnée, hauts plafonds, étagères massives et escaliers roulants. Il met de côté les grimoires consacrés aux golems et aux labyrinthes, qu'il compte bien détourner au profit du convent. Isadora se présente à lui, comme à son habitude elle semble venir de nulle part. Elle prend dans ses mains le Kitab Al-Azif et le compulse avidement. Les pages respirent, poissent et chuintent, la couverture en peau humaine est toute chaude. Elle insiste pour que Petr sauve pour elle le Kitab, et aussi l'Evangile selon Lazare, un traité de nécromancie chrétienne. Mais Petr refuse, il lui dit de les prendre avec elle si elle veut, mais Isadora révèle que pour franchir le labyrinthe, elle a une martingale, qui lui interdit de s'encombrer d'objets. Le ton monte entre les deux. Ils ne se font pas confiance. Petr lui dit de racheter les ouvrages à la vente aux enchères. Elle dit qu'elle a ses raisons pour ne pas s'y présenter ; elle confiera des deniers à Anselmo et l'y mandera pour acheter l'Evangile selon Lazare, mais elle insiste pour que Petr dérobe pour elle le Kitab ; Petr annonce qu'il ne veut pas tromper l'érudit, alors ce ne sera fait que si Isadora s'en charge elle-même.

Tous se réunissent à nouveau dans la crypte et font part de leurs avancées et de leurs problèmes. Le problème le plus urgent est celui de Matilda. Elle a besoin d'acheter du temps. Il y a une méthode : la transfusion sanguine, mais elle ne fonctionne qu'avec une personne avec laquelle le transfuseur a passé un moment privilégié, et le rendement est très mauvais : pour gagner un mois, il faut prendre vingt ans à l'autre. Anselmo fait venir Petra. Elle est en béquilles, et elle n'a d'yeux que pour Anselmo. Sur le chemin, elle l'a chastement embrassé dans le cou, et ça l'a laissé sous le choc, il l'a emp?ché d'aller plus loin. Il dit qu'il la prendra à son service si elle accepte de donner une partie de son sang à Matilda et perdre alors vingt ans de sa vie. Petra accepte à une condition : si elle perd vingt ans, elle sera ménopausée, alors elle veut qu'Anselmo lui fasse un enfant tout de suite : la lune est propice. Anselmo refuse, au prétexte qu'il ne peut plus toucher une femme ; son daemon lui susurre que s'il s'agit d'une promesse qu'il a tenue à quelqu'un qui a disparu, comme son ancienne femme, il est temps de se détacher de cette promesse pourrie, mais Anselmo persiste. Il demande à Petr de féconder Petra a sa place. Petra accepte le compromis. A l'aide d'une seringue en fer pur, ils procèdent ainsi à la transfusion. Le visage de Petra se creuse et se bouffit en cinq minutes, et en moins d'une minute son ventre gonfle, et elle accouche. Le temps qu'Anselmo coupe le cordon, l'enfant a déjà trois ans. Ses traits rappellent la physionomie de Petr. Petra demande à Anselmo de lui trouver un nom, il répond : Angelo.

Matilda sent le sang arriver dans ses veines, et avec elle une vision terrible, une partie de la vie de Petra. Mais Matilda serre les dents, renonce à arracher le tube, et accepte le sang. Elle reçoit vingt ans de la vie rêvée de Petra, épousant Anselmo, élevant leurs enfants avec lui, heureuse. Cette vie qui n'aura pas lieu. La brodeuse sent alors la violence d'un temps qui s'accélère pour elle ou ralentit pour les autres, elle voit les autres alchimistes au ralenti, elle pourrait tous les tuer si elle voulait, mais au lieu de ça elle s'éclipse, il est temps pour elle de se mettre à l'ouvrage. A peine les alchimistes ont fini un clignement d’œil qu'ils ne la voient plus.

La question d'envoûter les robes n'est pas tranchée. Ce sera l'objet d'autres sacrifices. Elle a déjà des idées derrière la tête sur ce point.


Commentaires sur le jeu :

La création de personnage et le briefing étant fastidieux, j'ai décidé, pour respecter la volonté de l'auteur d'incorporer au maximum dans la narration des éléments habituellement circonscris au méta, d'incorporer ces éléments à la première réunion du convent. Si au départ les personnages sont sous des capuches, c'est à la fois pour montrer la situation de manque de confiance, et aussi pour permettre aux joueurs de décrire leurs personnages seulement quand ils seraient prêts. C'était une grande réussite, il faut dire que le thème du jeu s'y prêtait bien.

Je voulais éviter aux joueurs une info dump sur l'alchimie. Aussi je suis parti du principe que leurs personnages étaient certes des scientifiques ou des mages expérimentés, mais qu'ils avaient encore beaucoup à apprendre pour accomplir le grand-œuvre, et donc les informations leurs seraient distillées au compte-goutte et en roleplay, par le biais des figurants et des grimoires. De même, j'ai transmis les informations sur la Prague géopolitique par le roleplay d'Isadora. Je suis assez content de cette idée.

Enfin, pour introduire les choses en douceur, j'ai estimé qu'avant d'opérer dans le labyrinthe avec son golem, il fallait d'abord les créer, ce qui rajoute un enjeu dans la campagne et retarde le moment où je devrai expliquer les spécificités techniques des labyrinthes, des golems et du grand-œuvre.

Le thème de l'alchimie et le traitement qu'en fait l'auteur colle à merveille avec le système de prix à payer et de Goupil (ici renommé Daemon). J'ai vraiment pris un grand plaisir de jeu, et j'ai la matière pour mettre en place une grande campagne urbaine, tendue comme j'aime. Je crois fort au potentiel des Sels de Millevaux !

Le jeu moral a très bien pris, et c'était mon objectif premier pour ce test. Il y avait aussi une ambiance super, entre Kafka, l'ère soviétique, le médiévisme, l'obscurantisme et l'ouverture...

Par contre, le jeu est exigeant pour moi, énormément d'infos à traiter. Je me suis résumé le livre de base en mots-clés pour m'en sortir.

Les joueurs se sont bien appropriés le concept du Daemon, ils commencent à leur donner une personnalité, surtout le joueur de Petr, qui incarne le Daemon de Matilda et agit comme s'il s'agissait de sa mère défunte.

Lors du debriefing, j'ai demandé aux joueurs leurs attentes, ils n'en avaient pas, alors je me donne carte blanche pour la prochaine. Il me faut développer mes fronts et voir quels sont les entourages plus positifs autour des alchimistes. On testera juste une nouvelle règle : les daemons pourront plonger leurs alchimistes dans des rêves de leur fabrication, afin de les tourmenter ou d'enquêter sur leur passé ou leurs sentiments.


Retours des joueurs :

Joueur d'Anselmo :

+ Le fait de faire la création de personnage en roleplay, c'est génial.

+ Avec le daemon, c'est compliqué d'imposer narrativement quelque chose. [Réponse de Thomas : je rappelle alors les différentes possibilités du daemon, en plus de causer avec son alchimiste : suggérer des actions d'infortune qui chargent l'oeuf d'albâtre, faire la balance karmique, suggérer des choses au MJ, et surtout enquêter sur le passé de son alchimiste...]

+ J'aurais voulu pouvoir faire des suggestions aux autres joueurs sur leurs personnages [réponse de Thomas : en théorie, on peut se donner des papiers entre joueurs, mais j'ai oublié d'appuyer dessus, on le fera par la prochaine séance. De surcroît, le daemon peut servir à faire des suggestions d'historique : "tu as peur de retrouver ta fille ?")

+ C'était fluide à jouer, comme on n'avait pas de dés ni de chiffres.

+ Le Grand-œuvre, pour moi, c'est juste un Mac Guffin. Ma priorité actuelle, c'est de roleplayer l'instant.

Joueur de Petr :

+ La feuille de perso est absconse, il faudrait la faire plus compréhensible.

+ J'ai le sentiment que ce jeu appelle des joueurs subtils, capable de distiller les informations de leur background au fur et à mesure. [réponse de Thomas : le jeu a des armes pour leur arracher leurs secrets, que ce soit le daemon, ou le système de l'Obole, ou on utilise ses secrets comme monnaie.]

Joueuse de Matilda :

+ Je n'y connais rien en alchimie, est-ce que c'est un défaut pour jouer ? [retour de Thomas : j'essaye de maîtriser pour que le jeu soit accessible même dans ce cas. Je crois que ce qui est important, c'est que les joueurs s'exercent à avoir une pensée magique, et tu l'as eu, par exemple, en proposant la fusion des oreilles. Le principal, c'est de considérer que tout est possible. Tu n'as qu'à dire ce que tu souhaites, moi je dis comment le faire et quel est le prix à payer. Tu peux aussi dire comment faire, dans ce cas je me borne d'énoncer le prix à payer.]

+ Retour à froid : On a parlé aussi d'être toujours sincère avec son daemon, même si notre personnage peut s'entêter dans une illusion, un déni, une exagération... C'est comme ça qu'on l'a joué instinctivement, mais on l'a acté pour la suite.


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#3 25 Jun 2016 07:35

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
Site Web

Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

L'AUTODAFÉ

Dans sa quête des livres, des métaux et de l'athanor, la vie du Convent se complique à l'extrême ! Avec l'apparition des scènes de vie quotidienne, du doublement des daemons, et des rêves de daemons.

Jeu : Les Sels de Millevaux, alchimistes dans l'enfer forestier de Millevaux (un jeu de Yoann Calamai)

Joué le 15/02/16 sur google hangout

Personnages : Matilda, Anselmo Montella, Petr Vlk

Partie enregistrée sur ma chaîne youtube en deux morceaux : ici et ici

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De Lapide Philosophorum, decima figura, Musaeum Hermeticum, p. 361


Le contexte :

Campagne de Prague, Ă©pisode 2, suite de : Le Convent de Prague


L'histoire :

Anselmo (jeune) et un vieil homme se disputent devant le corps d'une jeune femme. Manifestement, Anselmo veut obtenir que son maître fasse quelque chose mais celui-ci refuse. Dehors, l'orage se déchaîne.

Le vent disperse la fumée et les cendres sur la place des bûchers. Matilda rentre avec sa tante chez elle. Un archer, fidèle soupirant de sa tante, les accompagne. Ils trouvent la maison sans dessus dessous. Matilda court à la cave. Le laboratoire de sa mère a été dévasté. L'archer les aide à ranger.

Petr assiste à un bûcher. Il se rappelle du chef de file des hérétiques, qui le fixait encore alors qu'il était la proie des flammes.

Le convent se réunit à nouveau à la hâte. Isadora impose à chacun l'injection des sels d'un daemon supplémentaire.

Petr rêve qu'il parcourt le labyrinthe. C'est un rêve provoqué par son nouveau daemon. Il déboule dans le palais de Soleymane, qui lui demande s'il a bien la liste à transmettre à l'Inquisition. Ce n'est pas la liste des livres comme il le croit, mais la liste des alchimistes à rafler et brûler. Petr rêve qu'il parcourt le labyrinthe, il a le livre avec les noms des alchimistes sous son bras, il s'enferme dans sa bibliothèque qui ressemble à un tombeau. Petr rêve qu'il parcourt le labyrinthe, il est poursuivi et se réfugie dans une salle de torture où des alchimistes sont sommés de renier leur science. Son daemon lui demande s'il serait prêt à subir ça. Petr avoue en être incapable.

Matilda rêve qu'elle est dans une sombre forêt. C'est un rêve provoqué par son nouveau daemon. Il pleut et elle est trempée. Elle réalise que les arbres qui l'entourent sont d'immenses robes, et la pluie est de sang. Elle est couverte de sang, au-dessus d'elle des corps s'égouttent… Prise de panique, elle tente de défaire son ouvrage pour rendre le fil aux corps, mais la tâche est titanesque. Son daemon se manifeste sous la forme d'une petite fille en robe blanche, en larmes, et que le sang ne souille pas.

Anselmo rêve qu'il est à Gênes avec son épouse Anabella. C'est un rêve provoqué par son nouveau daemon. Des corps de cadavres pestiférés partout. Anselmo essaye de sauver sa femme. Il a le choix entre prendre le chemin de l'université, où il pourrait avoir une chaire, mais ça le forcerait à traverser une mer de cadavres contaminés, ou retourner à la maison avec son épouse. Il choisit de sauver son épouse avant tout.

Le nouveau daemon d'Anselmo lui parle avec la voix d'Anabella, mais Anselmo est certain que c'est une mascarade. Il sait oĂą se trouve la vraie Anabella.

Anselmo est à l'hôpital. Il cherche un précepteur pour élever Angelo. Sœur Judith, la nonne infirmière qui l'a assisté lors de l'opération de Petra, se propose. Anselmo lui rétorque qu'il veut un enseignement laïque, car il est lui-même non croyant. Sœur Judith lui avoue une admiration pour sa démarche rationnelle. Mais pour elle, Dieu et le diable existent, car on peut les rencontrer. Sa foi serait donc toute scientifique. Elle se propose cependant d'omettre l'enseignement religieux dans les cours qu'elle donnera à Angelo. Alors qu'Anselmo accepte son aide, elle lui répond : "Je ne suis pas votre serviteur, je suis votre obligée." Elle semble fascinée par les recherches d'Anselmo.

Elle lui annonce ensuite qu'un homme tout endiamanté veut le voir. Il le fait venir, il s'agit de Maître Szolt, qui se protège le visage des miasmes avec un mouchoir brodé par Matilda. Maître Szolt avoue avoir les miasmes en horreur, il soupçonne d'ailleurs Sœur Judith de charrier la "miasma", la souillure religieuse. À cause de son costume et de sa cornette, on ne voit d'elle que l'ovale de son visage. On ignore si c'est un ange ou un démon.
Maître Szolt semble tourmenté par son daemon. Il s'assure que la curieuse Sœur Judith est loin avant de parler. Il propose à Anselmo de le rejoindre comme associé, et le met en garde que s'il se mettait à son compte comme alchimiste, des concurrents pourraient "lui briser les doigts". Il lui offre une broche dorée représentant le calice à deux serpents des médecins. Anselmo se méfie de l'objet et le fourre dans son tiroir.

Petr a rendez-vous avec Isidor Kelst, l'archiviste du gouvernement. C'est un homme avec des petits lorgnons, il souffre d'un syndrome d'Asperger qui se traduit par une mémoire eidétique et des troubles du comportement, comme le fait de devoir toujours compter les choses autour de lui. C'est Kelst qui est chargé de faire le contre-inventaire des livres. Petr le conduit dans le labyrinthe mais le distrait en faisant tomber une bourse d'or afin que Kelst ne puisse retrouver son chemin tout seul. Arrivés dans la bibliothèque, Kelst se vante d'être un Gnome, une de ses lignées consanguines d'humains immunisés à l'oubli. Il avoue aussi sa phobie des actes illégaux et sa passion pour l'alchimie, qu'il aimerait exercer maintenant que c'est légal. Isadora, cachée derrière un rayonnage fait signe à Petr de venir le voir. Petr menace de la frapper avec le tome qu'il tient dans ses mains. Elle le somme de soudoyer Kelst pour faire sortir le Kitab Al-Azif de l'inventaire mais à nouveau Petr refuse. Alors une dizaine de corbeaux viennent se percher sur les épaules d'Isadora. Elle menace de régler les choses elle-même, ce qui implique de faire très mal à Kelst. Petr lui interdit de faire une chose pareille dans l'enceinte de sa bibliothèque, mais Isadora s'en moque, elle met en cause la loyauté de Petr. Finalement, ils trouvent un compromis : Isadora rappelle ses corbeaux, elle se présente à Kelst et lui propose d'intégrer le Convent (mentionnant le nom de Petr pour l'attirer), en échange de l'escamotage des livres sur les Golems, les Labyrinthes... et le Kitab Al-Azif. Quant à l’Évangile selon Lazare, sa présence dans cette bibliothèque est trop notoire pour l'évacuer de la sorte. Il faudra le racheter aux enchères.

Matilda coud dans la cave de la maison de sa tante. Sa tante vient la déranger. Elle est effarée par la quantité de tenues en cours et lui demande où elle cache ses ouvrières, et aussi pourquoi elle fait tant de bruit, et enfin ce qu'elle a fait à ses mains (qui sont abîmées par le travail acharné). Elle dit que Petra veut la voir, Matilda accepte de la recevoir un instant parce que Petra a menacé de révéler des choses à sa tante. Petra descend l'escalier avec sa béquille. Toc, toc, toc. Elle demande à Matilda de lui raconter les vingt ans qu'elle ne vivra jamais, ces vingts ans potentiels passés heureuse aux côtés d'Anselmo. Matilda répond que ce sont des mensonges, qu'il n'y a qu'un seul fil, Petra insiste, Matilda arrive à temporiser jusqu'au mariage.

Nouvelle réunion de convent, pour présenter Kelst. Anselmo est méfiant mais finit par l'accepter.
Anselmo reproche à Matilda sa naïveté pour avoir donné son nom à Szolt. Isadora et lui poussent Matilda à révéler les véritables intentions de Szolt quant à ces robes : il veut asseoir son pouvoir sur Soleymane. Ce qui déplaît férocement à Isadora. Matilda avoue que le charme que lui a demandé Szolt fonctionnera de toute façon dans les deux sens : Lenka, la fille de Szolt, sera elle aussi sous le charme de son mari. Pour le réaliser, elle aura besoin de deux « cœurs à briser », soit deux personnes qui renonceront à leur amour pour quelque chose. Seul Petr se propose. Matilda tient absolument à amputer Anselmo de son amour pour Annabella, qui le fait manifestement souffrir, mais il refuse obstinément. Isadora demande également à Matilda de se lier d'amitié avec Lenka, en prévision des mauvais jours.

On débat des enchères. Kelst propose à Matilda de lui acheter le Livre de fil, un livre unique sur l'alchimie de la couture.

Les enchères ont lieu dans la grande salle de bal du château. Lustres de cristal, plafonds à tympans ornés de fresques et de dorures, balcons, dont le balcon couvert d'un rideau, celui réservé à l'Impératrice, où elle pourrait tout à fait se trouver pour observer la vente.
Petr et Kelst sont salués par Jacob de Budapest, l'Inquisiteur catholique, mine sévère, ample manteau noir, sobre, une grosse croix de bois en sautoir comme simple ornement. Celui qui a ratifié toutes les crémations lors de la Purge. Il avait des centaines de vie à sa merci, il n'en a sauvé aucune. Dont la mère de Mathilda. Il semble en cheville avec Jacinthe d'Aldrecht, la jeune et charmante ambassadrice de l'Impératrice, tunique bleue, perruque poudrée, visage blanc moucheté.
Anselmo est venu en compagnie de Maître Szolt.
L'inquisiteur achète la majorité des ouvrages, avec les finances de l'ambassadrice. Anselmo disposait des économies d'Isadora pour acheter l'Evangile Selon Lazare, ouvrage indispensable à elle comme à lui (s'il veut ressusciter sa bien aimée Annabella), mais il manœuvre pour que ce soit Szolt qui achète le livre. Il sera à la disposition d'Anselmo... sous verre dans l'atelier de Szolt.
Est présent aux enchères un certain Jossip Kinski, que nos alchimistes connaissent pour être un alchimiste du bois, disposant d'un athanor et d'un alambic qu'ils souhaitent lui acheter. Kinski est un original, avec ses semelles de bois, ses joues creuses et son regard ardent. Il enchérit sur plusieurs livres consacrés à l'emprise, dont le Livre des Métamorphoses. Szolt avoue à Anselmo qu'il le voit comme un concurrent à éliminer prochainement. Szolt ouvre une ligne de crédit à Anselmo pour qu'il achète le Livre des Métamorphoses. Quand il perd l'enchère, Kinski brise un lustre en y lançant sa chaussure à semelle de bois, et se fait évacuer par les laquais.
Petr va voir l'inquisiteur alors qu'il emporte les livres achetés avec l'ambassadrice. L'inquisiteur lui confie que puisqu'il ne peut plus brûler les hommes, il brûlera ces livres, lors d'un autodafé sur une place de la Mala Strana, qui aura lieu demain.

Plus tard, Anselmo se rend avec le Livre des Métamorphoses dans le fief de Kinski, la Maison Dansante, une maison molle avec des fenêtres de travers. À l'intérieur, toutes les boiseries sont l’œuvre de Kinski. Parquet en vagues, balcons tordus, escaliers dont on ne sait dire s'ils montent ou descendent. Sous la musique endiablée d'un orchestre folklorique, des couples de danseurs s'affrontent dans une impitoyable épreuve d'endurance pour remporter un prix en or qui peut-être leur assurera une vie meilleure. Anselmo trouve Kinski dans son atelier au sous-sol, au milieu des poupées et marionnettes de bois, enfants, diables et sorcières. Kinski rabote un bateau fuselé comme une raie manta. Anselmo lui présente le Livre des Métamorphoses et lui annonce son prix : un athanor et un alambic. Kinski n'a pas de matériel en double : il lui propose de mettre le sien en commun avec lui. Mais Anselmo ne veut pas de ce partage, il veut un athanor et un alambic pour lui seul. Kinski le menace avec un ciseau à bois, il le met en garde contre l'action désespérée qu'il pourrait tenter, mais Anselmo ne cède rien. Alors Kinski lui promet de lui rapporter son dû sous deux jours.

Kelst offre à Matilda un livre qu'il a acheté aux enchères, pour lequel il a sacrifié toutes ses économies : le Livre de Fil, le manuel ultime pour l'alchimie de la couture, indispensable à Matilda pour qu'elle réalise son oeuvre de purification. Kelst sous-entend toute la dévotion qu'il a pour l'innoncence de Matilda.

Matilda rentre seule de la réunion de convent. Un homme la suit dans les ruelles alors que tous les autres hommes se meuvent au ralenti. Il l'aborde, c'est l'homme barbu et élégant en porte-jarretelles qu'elle a croisé dans l'atelier de Maître Szolt. Il se présente : Méphisto, racheteur de dettes d'honneur, réparateur de réputations. Il l'invite à boire un chocolat chaud dans une taverne populaire toute proche, une hospoda. Matilda refuse sous prétexte de manquer de temps, alors Méphisto suspend tout à fait son écoulement. Les chats sur les gouttières, les hommes dans la taverne, tous sont immobiles. Un homme à une table bat les cartes, Méphisto échange deux cartes suspendues dans le tas. Il lui apporte un chocolat chaud à l'ancienne, chose introuvable dans cette auberge à bière. Il dit qu'il veut être son ami, qu'il veut l'aider. Il lui offre, dans un premier temps, de charger son œuf d'albâtre gratuitement. Elle accepte. Alors il plonge sa main dans la bouche de Matilda, retire l'œuf de son ventre, le lèche et le remet dans sa bouche. Maintenant, l'œuf est chaud. Et cet homme à la table de jeu va perdre toute sa fortune. Mais il l'aurait perdu de toutes façons, Méphisto avait décidé de lui prendre, alors ne valait-il mieux que ce soit une personne aussi innocente que Matilda qui en hérite ?

Lors du convent, Kelst très ému offre le Livre de fil à Matilda et elle lui offre un mouchoir brodé en gage d'amitié en échange, un mouchoir qui porte un sentiment : celui de la gentillesse.
Anselmo demande à Matilda de l'accompagner à l'hôpital après le mariage, pour apprendre à coudre les vaisseaux sanguins. Il compte sur son aide pour remettre en place la jambe de Petra. Matilda accepte malgré sa répugnance et revient à l'assaut sur l'amputation de son amour mais Anselmo la congédie.
Les alchimistes ont débattu pour savoir s'il fallait ou non empêcher l'autodafé. C'est certes un désastre du point de vue de la mémoire de l'humanité, mais Kelst l'autiste génial, connaît le contenu de ses livres par cœur, il pourrait les réécrire s'il le fallait, et personne dans le convent ne veut prendre des risques pour ces livres. On convient plutôt de récupérer la fumée de l'autodafé, qui sera très chargée en égrégore, pour charger l’œuf d'albâtre de l'un d'eux, ce sera sûrement utile plus tard pour le grand œuvre. Anselmo a besoin de cet œuf d'albâtre. Sa femme Annabella est dans un sarcophage de verre dans une pièce fermée de la crypte juive. Il a besoin de retarder sa putréfaction et pour cela il lui faut l’œuf d'albâtre. Il convainc Kelst de charger l'œuf d'albâtre à sa place. Tous deux, ils se rendent sur les toits de la Mala Strana, en haut de l'église baroque devant laquelle a lieu l'autodafé. Avec un système d'hélices et de pompes, Kelst détourne la fumée vers Anselmo. Alors qu'il aspire la fumée, Anselmo est assailli d'une vision : il voit la bibliothèque brûlée, il n'a le temps de sauver qu'un livre. Il hésite entre un livre de médecine qui pourrait permettre de remettre sa jambe à Petra, et un livre qu'il lisait avec Anabella dans leur lit conjugal, celui qu'elle préférait. Anselmo décide de sauver le livre de sa femme. Son œuf d'albâtre est maintenant chaud de la fumée de l'autodafé. Il tousse à qui mieux mieux.
Depuis les toits, il aperçoit une silhouette s'éclipser de la masse des bigots. C'est Sœur Judith. Vu la forme de sa sacoche, elle a dérobé un livre du bûcher.

Une fois Matilda rentrée à son atelier, sa tante l'informe qu'un garçon, Pavel l'apprenti veut lui offrir une rose en or. Matilda lui dit de le faire patienter jusqu'au mariage.

Mais plus tard, elle rêve de Pavel. Il est dans son atelier de couture, il lui offre la rose en or, mais il a un trou carré dans le cœur, sa chemise est sanguinolente. Il s'effondre dans ses bras. Il dit qu'il est désolé d'avoir pris sa place à l'atelier de Maître Szolt, elle le méritait plus que lui, mais ses parents ont payé très cher pour lui avoir la place.

Matilda fonce voir Pavel à l'atelier de Szolt. Elle lui explique qu'il est en danger. Ils vont voir la cartomancienne pour en savoir plus. Elle leur tire une carte : le bateleur, qui semble inviter à une partie de bonneteau truqué. Elle leur envoie une vision de l'avenir. Pavel est installé dans son établi de joaillerie, contre un mur non porteur, à côté du four et de l'athanor. Il est seul, il est très tard, il veille pour rattraper son retard. Soudain, le mur s'écroule, défoncé par un golem de bois avec Kinski aux commandes. Kinski tue Pavel avec un ciseau à bois et embarque le four et l'athanor.
Matilda convainc Pavel d'abandonner l'atelier pour sauver sa vie. Il veut emporter la rose en or pour l'offrir, mais elle refuse au titre que cet or a été volé à Szolt, alors il refond la rose en lingot et laisse le lingot à l'atelier avant de partir. Matilda le présente à Anselmo qui pourra lui offrir un métier à la morgue de l'hôpital aux côtés de Sœur Judith, mais en attendant il va se cacher quelques temps dans le manoir de Petr.

Matilda convoque Lenka, la fille de Maître Szolt dans son atelier, au prétexte de faire des essayages, mais dans l'idée de lui prendre du sang pour l'envoûtement (Isadora a fermement insisté sur ce point : le convent veut contrer l'envoûtement : Matilda va faire que Lenka soit aussi attachée au Gouverneur que lui sera attachée à elle, et le convent insiste pour que Matilda devienne l'amie de Lenka, pour contrer l'influence de Szolt, qui pourrait bien utiliser sa suprématie pour écraser la concurrence). Lenka a le même âge qu'elle, un visage rond et doux. Sa camériste, une fille de basse noblesse que ce bourgeois de Szolt doit payer au prix fort, ne quitte pas Lenka des yeux, elle entend tout, elle voit tout. Lenka confie à Matilda ses doutes sur les choses de l'amour, et son appréhension de la charge d'épouse qui va lui échoir. Matilda coud dans sa robe de mariée un fil de désir obtenu en pilonnant et calcinant la peau d'une femme, jadis...

C'était son mari qui avait fait venir Matilda, en désespoir de cause. Il l'a amenée à l'asile de Prague. Sa femme était dans une cellule. En proie à une lascivité hystérique. Une forme d'emprise sauvage qui la faisait pourchasser son mari d'ardeurs terrifiantes. Il veut lui éviter l'hystérectomie, alors il demande à Matilda de l'opérer de son "appétit". Matilda lui découd la peau au niveau des reins et coud du tissu à la place. C'est cette peau qui a donné le fil de désir, une quintessence de l'emprise lascive dont cette aliénée était la proie.

Pour achever l'envoûtement sur la toilette, il faut deux cœurs brisés : un pour le Gouverneur, un pour sa femme.

Petr s'est dévoué pour fournir le premier cœur brisé. Matilda l'a fait venir dans son atelier en compagnie d'Angelo. L'enfant de trois ans a le même visage que son père biologique, à cinquante ans d'écart. Il doit être présent pour que Petr puisse lui dire au revoir, sans quoi le charme sera inefficace. Matilda lui découd un fragment de peau sur le cœur. Petr revit les vingt ans d'une vie possible, où il aura servi de précepteur pour Angelo. Il se revoit avec cet Angelo âgé de vingt ans, lui devenu un vieillard, ensemble débattant sur les livres les plus ardus, une complicité d'érudits. Soudain les murs de leur chambre d'étude se fendent sous les ciseaux de Matilda. Le plancher est découpé entre eux deux, il s'écarte, révélant poutre et mortier. Angelo crie à son père : "Tu peux encore dire stop !". Mais Petr, qui ne se considère pas comme son vrai père, lui dit au revoir. Angelo crie : "Nooon !" alors qu'ils sont séparés définitivement.

Alors que Petr regarde l'enfant Angelo en face de lui, la seule chose qu'il ressent, c'est la douleur de sa peau qu'on découpe.


Règles utilisées :

On a ici introduit l'idée que les daemons pouvaient envoyer des rêves à leurs alchimistes. Yoann voulait aussi tester le principe de l'échauffement, avec au début de la séance, une description par chaque joueur d'une scène de la vie quotidienne de son personnage, un souvenir ou un rêve. Ensuite, je leur ai résumé la partie précédente, puis on a procédé à l'échange de daemon (ce n'était pas prévu par Yoann, mais c'est une règle d'Arbre, où on change de Goupil à chaque séance, donc ça me paraissait logique de la tester ici), et enfin on a fait les rêves de daemon.
Cela aurait pu être plus simple, et la prochaine partie, à moins que Yoann prévoit autre chose, je testerais de procéder dans cette ordre :
1- résumé de la partie précédente par le MJ
2- chaque joueur raconte une expérience alchimique passée.
3- chaque joueur raconte une scène de vie quotidienne, ou rêve, ou souvenir
4- changement des daemons
5- RĂŞves de daemon
6- Aventure (ou intercaler 5 dans 6 ?)

La joueuse de Matilda, qui était daemon d'Anselmo la partie précédente, a continué à faire le daemon dans la chat box, et je l'ai autorisé du moment que ça restait en textuel, et les autres joueurs ont imité, donc de facto, les joueurs se sont retrouvés avec deux daemons, un dominant qui parle, un dominé qui écrit.

Si en tant que MJ, je m'amuse vraiment beaucoup, j'avais des doutes pour les joueur.se.s., notamment parce que la pente naturelle du jeu (les règles + mon style) va vers une spirale kafkaïenne ; plus on se rapproche de son objectif, plus on a l'impression de s'en éloigner. J'ai donc à trois reprises fait une concertation sur nos priorités de jeu, et aussi sur le dosage de trois paramètres : aventures solo, rythme et adversité.

Une partie très dense : 6h20 consacrés à l'aventure proprement dite. Le compte-rendu ne lui rend pas forcément honneur, car j'ai escamoté les tunnels de dialogue, les interventions des daemons et les tergiversations des alchimistes en proie à des dilemmes moraux.


Retours des joueurs.se.s :

Joueur de Petr :

A.
1- Sur les intro. Personnellement, j'ai eu du mal à sortir ex nihilo des trucs comme ça au débotté, pour mon perso ou pour le re provoqué par le Daemon, je proposais de les placer à la fin plutôt ou de les préparer à l'avance mais bon ça pose problème en raison du point 2.
2- L'alternance des Daemon. Ca m'a un peu posé problème. J'ai heureusement eu du flair en incarnant Annabella comme Daemon et du coup ça m'a permis d'avoir du grain à moudre, des questions à poser et d'appuyer dur (press hard!) sur Eric. Sans lui permettre d'esquiver à chaque fois! :p
Par contre si on alterne à chaque fois, je vais avoir du mal à me souvenir des trucs liés à chaque PJ. Et du coup j'ai plein de questions en suspens par exemple, pour Anselmo, mais je n'aurais la réponse que dans un mois...
3- Les solos sont pas trop gênant en raison de la duplicité des persos. Personnellement, je serais vachement pour que les deux Daemons puissent parler dans la même scène. Il faut juste demander un équilibre de temps de parole en quelque sorte. Émuler le côté piti ange sur l'épaule droite et piti démon sur l'épaule gauche... ou deux piti démons hin hin hin hin... Je pense d'ailleurs que dans les scènes, ça pourrait peut-être se structurer un poil, du genre laisser parler le daemon si le daemon a des choses à dire, laisser parler le PNJ s'il a un enjeu à mettre en scène et laisser le PJ parler pour trancher dans un de tous ces sens possibles. Ce qui m'amène au 4...
4- Le rythme. Je pense qu'il y a eu un petit problème de rythme avec des scènes qui tiraient inutilement en longueur, parce que les enjeux n'étaient pas présentés et clarifiés. Ca n'enlève pas qu'elles étaient intéressantes, mais juste qu'elles auraient pu être jouées en beaucoup moins longtemps. Et je pense qu'il faut basculer à un moment en meta et dire ok l'enjeu c'est ça, tu décides quoi, PJ?

Désolé si je n'ai pas fourni suffisamment de matière pour les autres joueurs, j'ai quelques trucs sous la main mais pas masse non plus :(
Après je me questionnais, j'avais cru comprendre que c'est au daemon d'être curieux, de poser des questions, d'enquêter sur le PJ, sur son histoire et son passé, etc. Je n'essaie pas d'être subtil (parce qu'en effet, je ne crois pas à la subtilité en jdr ;) ) mais je me place plutôt en réaction, sur les éléments qui vous intéressent, vous, en tant que joueurs, concernant Petr. Après bah ouais Petr il a rien dans sa life, c'est un vieux tout chiant hein... :D
Bref, je suis peut-être à côté de la plaque et je serais partant pour un petit briefing avant la partie pour savoir si c'est comme ça qu'on est censé jouer et surtout si ça correspond à ce que vous, vous voulez que je joue. En clair, je suis aussi preneur de critiques et il ne faut pas hésiter, notamment à me parler en meta, pour qu'on collabore plus efficacement au sein de la fiction hein ;)

Joueur d'Anselmo :

"Et je pense qu'il faut basculer à un moment en meta et dire ok l'enjeu c'est ça, tu décides quoi, PJ?"
Là dessus je suis pas trop d'accord, je pense que c'est au MJ à nous faire ressortir les enjeux, mais cela peut se faire très bien en RP.

Joueur de Petr :

bah disons que j'ai parfois l'impression que c'est pas clair et que du coup un PJ (moi le premier hein) peut ne pas faire un choix clair

Joueur d'Anselmo :

la vie n'est pas toujours fait de choix clairs

Joueur de Petr :

oui mais lĂ  on parle de jdr :p
et la mécanique du jeu repose sur ces dilemmes et ces choix
my 2 cents après hein, on verra ce que Thomas en pense

Joueur d'Anselmo :

Au final les dilemmes et les choix existent, je n'aurais d'ailleurs pas trop de mal à les citer. sur cette dernière partie. ( toi qui choisit de laisser les livres brûler ou de sauver Kelst de la vindicte d'Isadora, moi qui choisit de rejoindre maître Szolt ou d'impliquer Kinski le plus possible. Mathilda qui va chercher Pavel qui accepte la carte de Mephisto,etc...)

Joueur de Petr :

Sauf que à part ceux qui ont été explicitement exprimé, les autres, je me pose la question de savoir si c'était vraiment des dilemmes... et je pense que certains dilemmes peuvent ne pas avoir été perçus... tant mieux si je me trompe, mais je serais favorable à plus de clarté: enjeux clairs, scènes plus rythmées...

Joueuse de Matilda :

Je dois dire que tout le dépiautage qu'on fait là, c'est de l'ordre du perfectionnisme, parce que cette partie était quand même super chouette et que j'aime décidément beaucoup ce qu'on fait là. Les daemons et les personnages fonctionnent bien ensemble, l'ambiance/le décor est hyper bien émulé, les pnj attachants, les fils commencent à se nouer et tout, c'est vraiment un plaisir. Je ne sais pas si c'est de l'art, mais pour moi c'est du plaisir. ^^

Sur le chipotage :

Le changement de daemon m'a un peu perturbée. J'ai galéré à trouver une personnalité au nouveau daemon de Petr (d'ailleurs il n'en a pas eue) et à lui trouver un "angle d'attaque" alors que j'avais des trucs dans ma besace pour Anselmo. Si on a le choix, je crois que je préférerais ne pas changer de daemon à chaque fois.
Je suis d'accord avec la proposition de jouer les deux daemon maintenant, , je pense qu'on sait à peu près de tenir et gérer nos prises de parole pour que ça ne soit pas la jungle.

Sur l'intro-échauffement : pour moi c'est une bonne idée, mais c'est mieux si c'est annoncé en amont et qu'on peut s'y être préparé. Pour le rêve, par exemple, j'ai été totalement prise de court par le fait d'improviser un rêve et en plus pour un pj qui n'était pas mon pj-cible la fois d'avant. Ça fait deux facteurs de déstabilisation. Ce n'est pas inintéressant, mais pour un échauffement c'est un peu raide.

Joueur de Petr :

A mon sens, à regrouper. Qui plus est, n’y connaissant rien en alchimie, ça va être complexe de trouver quelque chose. Surtout que quelque part l’alchimie est un prétexte mais pas le coeur du jeu.
Déjà qu’on a du mal à trouver des scènes à faire jouer à nos persos, devoir en plus trouver des scènes de vie quotidiennes, sincèrement, devrait être sorti de l’échauffement pour être placé dans la partie.
Par contre je suis pour un rêve de daemon, voire plusieurs même, mais pareil au final, pas comme un échauffement, durant la partie, à n’importe quel moment.

A mon sens, le changement de daemon n’est pas une bonne idée. Ca signifie devoir reprendre un personnage après une pause d’un mois, ne pas pouvoir questionner un alchimiste quand on a une bonne question si on n’est pas son démon du moment, etc.

Joueuse de Matilda :

Je ne pense pas que les éventuelles implications du rêve dans la réalité devraient être formalisées comme une demande du daemon à Da'at. Pour moi, Da'at prend tout ce qui dépasse, y compris les rêves, et tout est susceptible de nous revenir dans la figure ou de partir en conséquences inattendues. Pour moi, c'est déjà un but du daemon, de filer du bois à Da'at avec ces rêves. Et les répercussions des rêves dans la réalité m'intéressent beaucoup.

J'en profite pour glisser un mot sur le mindfuck : ne pas hésiter à sur-baliser le début et la fin de ces moments-là (je n'ai pas vu la balise de sortie de rêve pour Matilda & Pavel, par exemple, j'ai dû avoir un moment d'inattention) ; et ne pas hésiter à en faire des tonnes quand on est dedans. Moi j'aime bien ça ^^.

Je crois que nous sommes tombés d'accord sur le fait de resserrer un peu le rythme. Mais quand j'y repense, cette session a surtout servi à prendre le temps de s'attacher aux choses pour pouvoir les sacrifier ensuite. Ca prend du temps, c'est normal que ce soit plus posé.

Il y a effectivement le fait de poser plus clairement les enjeux (le but de la sène, parfois on se cherchait un peu). Mais je suis aussi d'accord avec mass, pour moi cette amélioration peut se faire en incarnation sans forcément repasser par la case meta.

Peut-être deux autres pistes pour avoir un rythme un peu plus efficace : ne pas tergiverser devant un prix (on paye ou on renonce) ; être moins poli (ou plus brutal) dans le bouclage des sujets/la fin des scènes : un personnage sort de la pièce, un personnage a clairement l'ascendant ou a clairement clos un sujet et signifie qu'il passe à autre chose, etc. Je sais que pour ma part je l'ai assez peu fait, laissant à Thomas la responsabilité de gérer ça. Je me dis qu'on peut tous avoir ça en tête pour que ça pulse.

Pour le fait de donner de la matière aux autres sur son pj, je n'ai pas grand-chose d'intéressant sur mon testament, probablement encore moins que Petr. Matilda n'a pas de noirs secrets. Mais je compte un peu sur vous pour me filer du matos en cours de route.

Pour info, en général quand je joue, je ne sais pas pourquoi mon personnage agit. Me le demander n'apporte pas grand-chose d'intéressant. Par contre, vous pouvez complètement me l'expliquer vous, via les daemons. La plupart du temps, je vous donne raison, même en jouant le déni de Matilda. Le pj est toujours un peu en construction, ce que vous me filez je le prends.

Et de mon côté je me rends compte que je n'ai pas du tout échangé avec mon daemon sur cette séance, et très peu la fois d'avant. Alors que mass se prend la tête tout le temps avec ses daemons, et du coup il y a des choses qui sortent. Je sais que pour ma part la prochaine fois j'essaierai de répondre plus à mes daemons, d'avoir des échanges plus ouverts, et voir ce qui se construit à partir de ça.

Et par rapport à ta conclusion, Kelren : moi ça me va comme tu joues actuellement. Est-ce que toi ça te convient ?
Mine de rien on a joué 6heures de façon fluide, sans recours meta pour hacher la fiction, pour moi c'est bonheur.
Quand je te disais que je ne savais pas trop me dépatouiller en tant que daemon sur celle-ci, je pense que c'est lié au fait que je ne sais pas si je fais mouche ou pas quand je te parle. Si tu peux juste m'indiquer ça dans les scènes, ça devrait m'aider pour m'orienter.

Et oualah ! ^^

RĂ©ponse du joueur de Petr :

pour les indications, je ne m'en souviens plus trop :S
Mais en gros Petr ne ment pas à ses démons, donc quand il te disait quelque chose, du genre, tu as raison ou tu es dans le faux, c'était une indication joueur+perso ;)


Ma réponse :

A. Concernant l'alternance des daemons, c'est une règle d'Arbre et donc je voulais la tester dans les Sels de Millevaux. Maintenant il faut que je discute avec Yoann pour voir comment il veut valider la gestion des daemons

B. Concernant l'échauffement, je réalise que j'ai zappé un truc qui était peut-être plus simple à faire au départ, c'était de demander à chaque personnage de raconter une de ses précédentes opérations alchimiques. mais j'ignore si ça aurait échauffé davantage ou compliqué davantage.

C. Sur le rythme, pourquoi ne pas me l'avoir souligné quand je l'ai demandé, ou plus tard en méta ?

D. Mais j'ai enregistré. Je devrais pouvoir speeder davantage la prochaine séance, d'autant plus que j'ai en effet pris le temps nécessaire dans cette séance pour installer de nouveaux alliés et antagonistes. Maintenant le décor est bien rempli et tout ce joli monde va se clasher.

E. Concernant les scènes où l'enjeu n'était pas cernable, j'aurais bien besoin d'un exemple pour savoir à quoi m'en tenir.

F. je voudrais dissiper un malentendu si jamais il a lieu : le méta est tout à fait autorisé. Si un joueur a du mal à cerner un enjeu, a des problèmes avec le rythme, ou d'autres problèmes, qu'il se sente libre de le signaler le plus tôt possible.

Joueuse de Matilda :

C. Parce que ce n'était pas désagréable. Personnellement les scènes m'ont plu (même en tant que spectatrice) et je n'ai pas ressenti le besoin de prendre du recul pendant le jeu pour évoquer le sujet. Sur le coup, je préférais jouer (ce qui est bon signe ! ^^). La remarque sur le rythme n'est qu'un sentiment global à la fin de la partie, et une suggestion pour orienter la prochaine. Mais pour moi il n'y a pas eu non plus un "réel problème" sur celle-ci.

Ma réponse :

OK ! Mais en effet, on peut orienter la prochaine, moi en résumant davantage le roleplay de mes PNJ et en posant plus vite les enjeux, et les daemons en étant moins bavards, ou leurs amis en leur répondant moins.

on en discutera lors du prochain briefing, c'est-Ă -dire de s'interroger comment on Ă©quilibre aventure / roleplay / introspection.

Sur le principe, le système de prix à payer, c'est des choix informés, mais aussi l'idée c'est d'habiller ça dans la narration, et parfois l'équilibre est difficile. Je me rappelle par exemple, quand Isadora dit que si Petr refuse de soudoyer Kelst à sa place, elle va lui faire du mal, c'est pas précisé davantage alors que j'aurais pu dire : les corbeaux vont torturer Kelst jusqu'à ce qu'il ferme les yeux sur la sortie du Kitab de l'inventaire. Je pensais que c'était évident mais peut-être ça l'était pas ? De plus, on peut toujours sortir du prix à payer quand on propose une alternative que le MJ juge valable, ici l'intégration de Kelst dans le convent. mais j'ignore si cette scène qui pose problème au joueur de Petr ou si c'est une autre.

Joueuse de Matilda :

Personnellement, cette scène-là me paraissait assez claire sur les enjeux.

Pour ma part, je pense plutôt à la question de l'autodafé comme exemple. On a eu un temps d'échanges assez long (entre Petr et son daemon, puis entre Anselmo et Petr) sur le fait de sauver les livres, pour aucune mise en œuvre au final.

J'ai l'impression, mais je peux me tromper, que le joueur de Petr a voulu se montrer poli en allant dans la direction où le joueur d'Anselmo et moi avions l'air de le pousser alors que ça ne l'intéressait pas plus que ça. Et réciproquement, le joueur d'Anselmo et moi pensions aider le joueur de Petr à impliquer son personnage en lui filant de la matière, alors que ça ne concernait pas spécialement nos pj. Bref, chacun se penche sur cette histoire d'autodafé pour faire plaisir aux autres, mais au fond personne ne s'en empare.

Je précise que je prends cet exemple seulement par rapport au rythme, parce qu'il y a des choses qui sont exprimées dans ces scènes qui sont chouettes et qui valaient le coup d'être jouées. Notamment le fait que ça soit un événement important pour Prague, même si au final les pj ne l'empêcheront pas.

Bref, je pense qu'on peut se permettre d'être moins polis entre joueurs, maintenant qu'on a brisé la glace et qu'on se fait à peu près confiance. ^^

(et à ce propos, j'ai oublié de le mentionner, mais c'était chouette de commencer les trois souvenirs par la même référence à l'orage, j'ai trouvé cette harmonie-là très sympa)

"Cela aurait pu être plus simple, et la prochaine partie, à moins que Yoann prévoit autre chose, je testerais de procéder dans cette ordre :
1- résumé de la partie précédente par le MJ
2- chaque joueur raconte une expérience alchimique passée.
3- chaque joueur raconte une scène de vie quotidienne, ou rêve, ou souvenir
4- changement des daemons
5- RĂŞves de daemon"

-> c'est toi le MJ, Thomas, mais je pense que c'est too much, et que ça vaudrait probablement le coup de choisir entre 2, 3 et 4, et de changer à chaque début de session.

-> je me permets d'ajouter une proposition à placer en 2 si elle vous intéresse : que chaque joueur fasse un bref point pour les autres de où en est son pj (je dis bien le pj) sur :
- les autres membres du convent (confiance, inimitié, rivalité, fonctionnement collectif...)
- sa ou ses motivations pour l'alchimie/le Grand Oeuvre (espoirs, obsessions, doutes, etc.)
- les prix qu'il a déjà payés (comment ça affecte le pj, s'il tient bon ou s'il commence à faiblir, etc.)
Ça n'a pas besoin d'être exhaustif ni rès long, juste qu'on recerne les pj brièvement tous ensemble avant de se lancer.

Thomas :

Concernant l'autodafé, ça dit aussi beaucoup de choses d'apprendre que vos personnages ont choisi de ne pas l'empêcher : on commence à rentrer dans la physique du jeu, vous réalisez le coût de chaque entreprise et vous commencez à vous économiser. Et le fait d'ailleurs que vous préféreriez charger un œuf d'albâtre que d'empêcher l'autodafé en dit long aussi. On rentre en plein dans le jeu moral, chacun est en train de définir ses priorités (le fait qu'Anselmo récupère l'œuf d'albâtre à des fins personnelles). Mais c'est aussi une facette du jeu moral qui peut paraître poussive, dans le sens où chaque décision entraîne des discussions compliquées, parce que tout le monde soupèse les risques et les conséquences sur leurs ressources et leurs valeurs.
j'aime bien les aménagements que tu propose pour l'échauffement. Je me demande ce qu'en pense Yoann

Yoann :
 je pense pas que l'échange (ou la multiplication des daemons) soit une bonne chose. Ca rajoute bcp de complexité, pas forcément nécessaire.

Thomas :

c'est bien possible en effet, surtout que quand les joueurs auront aussi les golems en plus, ça va compliquer. Lors de la prochaine séance, je vais revoir avec les joueur.se.s comment ils vont fixer leurs daemons (mais je me demande s'ils ne vont pas vouloir garder le principe du deuxième daemon en mode texte, afin d'être toujours impliqué.e.s dans les scènes)

Joueur de Petr :

Au passage, vu que c’est un terme grec (pardon latin, le terme grec est daim?n), je suppose que le pluriel est daemon?s ;) Hey faut assumer si vous voulez vous la péter érudit les mecs !

Joueur de Petr :

Mais plus généralement, c'est un CR très factuel, ce que je regrette. Je veux dire le coeur du jeu ce sont les débats internes, notamment avec les daemons, et pas de chance, c'est justement ça qui saute dans le CR :(

Réponse de Thomas :

Nous sommes d'accord pour dire que, comme il s'agit d'un jeu moral, les débats internes sont le coeur du jeu et le coeur du plaisir de jeu. Pour autant, c'est très difficile à retranscrire dans un CR, en tout ça m'est difficile. Une nouvelle preuve que le récit n'est pas le jeu.


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#4 23 Jul 2016 08:50

Thomas Munier
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Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

LA PROMESSE

L'Ă©tau se resserre sur les alchimistes.

Jeu : Les Sels de Millevaux par Yoann Calamai, alchimistes rongés par l'achèvement du Grand-Oeuvre dans l'enfer forestier de Millevaux

Suite de la campagne de Prague.
Partie précédente : L'Autodafé

Joué le 29/02/2016 sur google hangout
Personnages : Matilda, Anselmo, Petr

Partie enregistrée en deux morceaux :
ici et ici

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illustration : Balthazar Schwann, domaine public


L'histoire :

Dans le futur.
Isadora presse les alchimistes pour qu'ils évacuent la crypte, avec les rats blancs et le sérum de mémoire cellulaire. Isadora a perdu un bras et un œil. Au-dessus de leur tête résonne la rumeur des pogroms et des rafles. Anselmo veut rester avec Anabella : elle a été ressuscitée, son corps est un assemblage de membres multiples, un bras d'Isadora, une jambe de Petra... Seul le visage est d'origine. Anabella est encore trop fragile pour pouvoir courir, alors Anselmo s'enferme dans son local avec elle. Isadora fait à Matilda et Petr : "Dépêchons-nous de fuir, on peut encore se réfugier au Manoir et faire la dernière étape du grand-œuvre ! Il ne faut pas que Kelst soit mort pour rien !" Et ils s'enfuient par un souterrain secret, Isadora souhaite prendre la main de Petr mais celui-ci la rejette, affichant une grimace de dégoût.

Retour au présent.
Le laboratoire de Matilda. Elle convoque sa tante. Cette dernière lui supplie de prendre du repos, et aussi de prendre ses distances par rapport à la pratique dangereuse de l'alchimie. Matilda lui annonce qu'elle va devoir faire quelque chose qui va lui déplaire, elle le fait pour une grande cause. Elle enlève son corsage et dégrafe de son cœur l'amour qu'elle a pour sa tante. Quand sa tante, juive pratiquante, voit ceci, elle l'accuse de désacraliser le corps que Yahvé lui a donné. Elle met Matilda à la porte. Mais Matilda a eu ce qu'elle voulait : un deuxième cœur brisé pour achever l'envoûtement de la toilette.


Petr demande une audience à Soleymane pour lui livrer l'inventaire des livres avant le mariage. Il en profite pour lui entailler la main avec le bord d'une feuille de papier et récupérer un parchemin qui a absorbé son sang, qui sera nécessaire à l'envoûtement des robes. Soleymane lui demande ce qu'il prévoit pour son avenir, Petr pense se mettre à la retraite. Il lui demande ce qu'il a pensé de l'autodafé, Petr avoue ses inquiétudes. Le portrait de l'Impératrice semble le fixer.

Jacinthe Tannhauser, l'ambassadrice de l'Impératrice, prend rendez-vous avec Petr, elle veut qu'il lui montre comment entrer dans le labyrinthe, avec la bénédiction de Soleymane. Elle est très jolie, elle a un parfum très subtil, et lui demande de lui faire un baise-main, sur sa chevalière aux armoiries de l'Impératrice. Une fois dans le labyrinthe, Jacinthe explique qu'elle veut y installer un service de renseignement d'une trentaine de personnes qui va ficher les "personnes d'intérêt". Elle demande à Petr d'en prendre la direction, ce qu'il accepte.

Anselmo se rend chez Szolt, son nouvel associé. Il le trouve en train de casser du matériel et de vomir des grossièretés. On lui a volé un de ses fours et un de ses alambics. Les apprentis évacuent un brancard : une femme qui avait pris la place de Pavel pour un temps, et est morte durant le cambriolage. Anselmo détourne ce corps à ses propres fins. Szolt promet les pires supplices au voleur. Il confie à Anselmo le soin de le débusquer, pour cela il le nomme son intermédiaire avec le détective qui va mener l'enquête.

Anselmo va récupérer l'athanor et l'alambic chez Kinski, à la Maison Dansante. Au passage, il voit une danseuse très maigre répéter pour le mortel concours de danse, elle le regarde avec désespoir. Kinski est dans son atelier. Marionnettes, golem de bois sous une bâche, Kinski de rage détruisant son bateau en cours. Il accuse Anselmo de l'avoir poussé à voler ce matériel à Szolt, alors qu'ils auraient pu partager son propre alambic. Anselmo se défausse des décisions qu'a pu prendre Kinski, il dit qu'il s'agit juste d'un contrat. Kinski réclame le Livre des Métamorphoses comme promis, et l'agonit d'injures.

Le mariage, dans la magnifique et immense Cathédrale Saint-Guy, ombre à l'entrée, bain de lumière sous la nef. L'ambassadrice salue Petr et lui offre une place de choix, derrière les officiels. Il fait la connaissance de l'un d'eux, l'ambigu.e Adelk, chef.fe du culte d'Harvranghdini-Zal, Déité Horla des Villes, vêtu d'une robe noire, le crâne modelé de tatouages sarcomantiques. Adelk l'invite à lui rendre visite à l'occasion.

Anselmo est installé avec les officiels, en tant qu'associé de Szolt. L'inquisiteur échange avec lui, Anselmo essaye de le convaincre que brûler les livres était une erreur.

Dans le presbytère, Matilda achève les retouches de la robe de Lenka. Grâce à l'envoûtement, Lenka semble plus sûre pour affronter son futur devoir de mariée. Elle insiste pour que Matilda revienne la voir toutes les semaines, sous couvert d'être sa tailleuse personnelle, en réalité pour profiter de son amitié.

Réunion de convent. Les alchimistes découvrent qu'Anselmo a récupéré l’œuf d'albâtre de Kelst pour des raisons personnelles. Isadora annonce que l’œuvre au rouge consistera à ressusciter Anabella et que l’œuvre au noir consistera à la tuer ensuite. Anselmo refuse de l'envisager. Il propose de faire l’œuvre au rouge deux fois quel qu'en soit le coût.

Matilda demande à Isadora d'où proviennent les sels de ses daïmons. Isadora avoue qu'elle a récupéré les cendres de la mère de Matilda pour le premier, et pour le deuxième, il s'agit de sa propre fille. Elle en semble sincèrement peinée.

Isadora trace un cercle d'incantation au centre de la crypte pour créer le labyrinthe d'Anselmo. Il faut le charger en énergie, Anselmo insiste pour que Matilda décharge son œuf d'albâtre à cette fin. Les alchimistes se couchent dans le cercle, leurs têtes les unes contre les autres, et Anselmo doit raconter son pire souvenir. Il raconte comment il revient d'Orient où son maître l'avait envoyé faire des recherches, et que porteur sain de la peste, il contamine son épouse. Il raconte sa maladie et son agonie, et les alchimistes peuvent l'accompagner dans chaque étape. Sa femme Anabella est maintenant sur son lit de mort, très maigre, des bubons sur le cou, Anselmo lui tient la main et pleure. Elle veut qu'il promette de ne pas tenter de la ressusciter, que ce serait un blasphème et qu'elle est contente de cette vie-là, passée auprès de lui, mais Anselmo est incapable de lui faire cette promesse, et elle meurt dans ses bras.
Tout à coup, une dizaine de nouvelles portes apparaissent dans la crypte. Le labyrinthe mental d'Anselmo est créé.

Au manoir, Matilda retrouve Petra. Elle lui raconte une partie des vingt ans perdus par Petra et qui ont coulé dans son sang, elle le raconte sous la forme d'une fable. Dans cette fable, pour vivre heureuse avec le médecin qu'elle aime, une femme à qui il manque une jambe vole au médecin la clef qu'il porte à son cou dans son sommeil, elle ouvre un local secret dans une crypte, ouvre le sarcophage qui contient une femme morte, l'ancienne femme du médecin, et détruit le cadavre. Alors le médecin, résigné, épouse la femme à qui il manque une jambe, elle mène une vie heureuse, mais le médecin reste triste. Petra sourit à l'évocation de cette fable.
Elles rejoignent Soeur Judith qui fait la leçon à Anselmo. Petra montre la sacoche de Soeur Judith qui semble contenir un gros livre qu'elle n'utilise jamais dans ses leçons. Petra avoue se méfier de Sœur Judith.
Matilda rejoint Pavel, qui est maintenant hébergé au manoir quand il ne travaille pas à la morgue pour le compte d'Anselmo. Pavel lui raconte un souvenir d'enfance, quand il observait son père, fourrier, prendre des peaux de loups noir et y coudre le pelage d'une hermine blanche : il pense qu'on peut inverser la corruption en pureté. Matilda lui raconte qu'une fois un prêtre qui avait des saletés en lui est allé voir sa mère et lui a demandé de les lui enlever, mais ça n'a pas fonctionné, la saleté a émergé sur son apparence, sur son visage. Elle lui raconte aussi un souvenir heureux, quand elle était petite, elle était rentré dans le laboratoire secret de sa mère, et avait joué avec les instruments, sa mère l'avait surprise mais elle avait souri. Pavel lui prend la main : "Tu es aussi belle dehors que dedans." Ils s'embrassent. Maintenant Matilda et Pavel sont liés.

Kelst est souvent au Manoir pour échanger avec Petr. Il lui présente le Livre de Plumes Noires, qui raconte sous la forme d'un conte ésotérique l'histoire des Corax, changeformes corbeaux infiltrés dans la société humaine. Il soupçonne Isadora d'être une Corax. Petr s'en ouvre à Anselmo et ils se promettent de la garder à l’œil.

Anselmo s'enferme dans sa pièce secrète pour décharger son œuf d'albâtre. Il ouvre le sarcophage, à l'intérieur le corps d'Annabella baigne dans un liquide orange. Il se déshabille, s'immerge avec elle dans le liquide et s'unit à la morte, pour lui transférer la chaleur de son œuf d'albâtre et ainsi stopper son processus de décomposition.

RĂŞves de daemons.

Anselmo active une machine infernale qui est construite autour du sarcophage de verre où gît le corps de sa femme. Le liquide orange bouillonne dans le sarcophage, Anselmo triomphe. Mais le corps vivant qui s'extrait du sarcophage est celui de Szolt, qui s'esclaffe et le remercie. Des rats noirs s'en échappent également. Des pièces tombent de la machine et révèlent qu'elle est construite avec les corps des femmes qu'il connait : Petra, Isadora, Matilda, Anabella...

Matilda est toute petite et découvre le laboratoire de sa mère pour la première fois. Elle touche à tout et reprend l'ouvrage que sa mère avait laissé en suspens, en chantonnant les incantations comme des comptines. Dans son dos, sa mère la regarde, attendrie.

Petr rêve. La bibliothèque est la proie des flammes. Il voit des hérétiques pendus à des poteaux, qui brûlent. Au centre, il retrouve celui qui lui manque le plus, le chef de file des hérétiques, au pilori. Celui-ci lui dit de ne pas s'inquiéter : il ne souffre pas car ce monde est illusoire. C'est un gnostique qui pense que lorsque l'humanité aura accès à la connaissance, la mascarade qu'est Millevaux, cet enfer fabriqué par l'esprit de l'homme, s'effondrera et l'humanité connaîtra le paradis.

Retour au présent.
Comme Isadora a pressé Anselmo de lui montrer une dissection, il se rend à la morgue avec Matilda, toute aussi désireuse d'y participer, pour chercher le cadavre de la jeune apprentie. Ils y retrouvent Sœur Judith. En cachette de Matilda, Sœur Judith insiste pour assister à la dissection, mais Anselmo s'étonne qu'elle veuille participer à une activité si contraire à sa foi. Sœur Judith veut lui prouver son ouverture d'esprit en lui dévoilant le livre qu'elle a arraché de l'autodafé : un volume à la reliure poilue, les pages s'ouvrent avec peine, dans un bruit de succion, collées les unes aux autres par du mucus, et chaque lettre semble être une petite bouche, un œil, un pénis ou une vulve. Elle dit que ce livre peut permettre d'invoquer Shub-Niggurath, et annone des phrases rituelles en son honneur. Elle dit que le livre peut leur être utile dans leurs travaux alchimiques. Anselmo essaye de temporiser. Il réunit Petr et Matilda pour statuer sur le sort de Sœur Judith. Il fait aussi promettre à Matilda de cesser de dire la vérité à tout le monde. Certaines choses doivent rester confinées à leur propre cercle, pour leur sécurité à tous, et la sécurité du grand-œuvre.


Commentaires sur le jeu :

Beaucoup, beaucoup de scènes d'exposition dans cette partie. J'avais besoin de mettre en place un certain nombre d'éléments. Le rythme a pu en pâtir (déjà, il nous a été impossible de démarrer l'œuvre au rouge malgré une séance copieuse, alors que c'était prévu, mais l'émergence en a décidé autrement) et on s'est promis d'aller tous un peu plus à l'essentiel lors de la prochaine séance.

On a moins chargé sur l'échauffement, les rêves de daemon ont été déplacés à l'intérieur de la session, et je crois que ce fut pour le mieux. Par contre, j'ai conservé le fait de faire un résumé de la séance précédente et je crois que c'est salutaire.

Je suis assez satisfait de mettre en place des choses bien lovecraftiennes, notamment avec SĹ“ur Judith. J'ai fait de L'Appel de Cthulhu pendant dix ans et j'ai lu et relu tout Lovecraft, ce sont toujours des choses que j'aborde avec plaisir.


Commentaires de la joueuse de Matilda :

Ouvrir un labyrinthe sans avoir la possibilité d'y entrer peut faire l'effet d'une occasion manquée : on s'est dit que pour la suite ce serait mieux de s'assurer qu'on a tout ce qu'il faut (golem, énergie, objectif) avant de l'aborder, afin de tout faire en une seule session.

Une réflexion sur la table plutôt que sur le jeu : j'ai l'impression qu'on a arrive à un équilibre plus instinctif qu'avant sur les responsabilités de chacun, quitte à déborder spontanément de notre cadre d'action. Sur les rêves de daemons, les deux daemons se mettent à participer, Da'at s'introduit dans des ajouts de détails ou des questions... et de mon point de vue, ça passe très bien.


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#5 23 Jul 2016 10:37

Badury
bring me sun
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Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

Merci Thomas pour ces textes envoutants !

Je n'utiliserai sans doute pas ce matériau tel quel (j'adore jeter des dés bcwink ) mais c'est passionnant à lire et très inspirant pour mes propres parties ! yes


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#6 23 Jul 2016 10:42

Thomas Munier
auteur de Millevaux
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Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

Merci ! Cela fait un sacré bail que je voulais faire un truc sur l'alchimie et le jeu de Yoann m'a fourni les clefs pour le faire :
+ en me digérant le travail de biblio que j'avais la flemme de faire
+ en me proposant une structure d'aventure
+ en faisant le lien avec Millevaux

C'était aussi pour moi l'occasion de faire jouer dans la ville de Prague que j'avais décrite pour l'Atlas. Je l'ai étoffée pour les besoins de la campagne mais je suis bien parti de l'ambiance de base.

Pour info, jouer sans dés est loin d'exclure la tension ludique, qui je pense, était palpable sur cette campagne ! Mais oui, c'est aisément recyclable pour un autre système.


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#7 01 Sep 2016 08:31

Thomas Munier
auteur de Millevaux
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Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

SELON LAZARE

Premier test des labyrinthes et des golems, et mise à bas complète du statu-quo !

Jeu : Les Sels de Millevaux par Yoann Calamai, alchimistes dans l'enfer forestier de Millevaux

Suite de la campagne de Prague.
Épisode précédent : La Promesse

Joué le 14/03/2016 sur google hangout
Personnages : Matilda, Petr, Anselmo

Partie enregistrée en deux morceaux : ici et ici


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illustration : Balthazar Schwann, domaine public


L'histoire :

Réunion de Convent. Isadora explique les daemons peuvent aussi envoyer des visions de personnes qui n'existent pas. Elle insiste pour qu'on accomplisse rapidement l'œuvre au rouge, celle d'Anselmo : qu'elle voit comme la résurrection d'Anabella selon l'évangile lazaréenne, qui renaîtra pure et innocente (et sans mémoire), et qu'Isadora pourra retuer lors de l'œuvre au noir pour en extraire l'innocence, l'emprise blanche, emprise blanche que Matilda utilisera dans l'œuvre au blanc pour transformer en emprise blanche l'emprise noire que véhiculent les rats pestiférés...

Flash-back. Anselmo et Sœur Judith sont appelés au chevet d'un jeune batelier qui est tombé malade. Il est alité dans la maison de pierre de ses parents, il est intransportable. Il était marinier sur une nef des fous qui descendait sur la Vlatva depuis les montagnes de Bohême. Anselmo découvre qu'il porte les stigmates de la peste. Le gamin a été payé avec des sacs de grains, qui contenaient des rats pestiférés. Avec Sœur Judith, ils capturent quelques rats et ordonnent à toute la famille de rester cloîtrée. Anselmo prévient le prévot, qui sur ses conseils fait brûler toute la maison avec les gens à l'intérieur, et entreprend, sous couvert de prévention d'actions anarchistes, de boucler tout le quartier de la Nouvelle Ville.

Retour au convent. Des bruits de panique résonnent au-dessus de la tête. Cris et bris de verre.

Quand ils sortent, c'est pour constater qu'un pogrom a secoué le gettho juif. Toutes les vitres ont été cassées et des étoiles jaunes ont été peintes sur les murs. Mathilda passe devant l'atelier de sa tante. Elle ne ressent plus rien pour elle mais s'émeut du saccage du lieu où elle a grandi. Sa tante a le front en sang. Elle lui dit de passer son chemin et commence à balayer le verre en sanglotant.

Petr est convoqué par Soleymane. Cette fois, il est reçu aussitôt. Sa promotion au titre de chef du renseignement, sans doute. Soleymane lui confie quelques parcelles de son passé, les quelques qui lui restent, qui ont marqué sa vie et dictent sa conduite aujourd'hui.
Petr se retrouve dans une maison de pierre aux fenêtres cloîtrées, avec un Soleymane de cinq ans entravé par une corde autour de son cou nouée à un mur. En tant que fils du Sultan, il a été kidnappé par les miséreux qui hantent cet endroit. Ils sont affamés et leur seul espoir de sauver leur quartier était de toucher une rançon. Soleymane montre une femme de trente ans prématurément vieillie, ses traits sont tirés, ses yeux exorbités. Son dernier enfant est mort-né. Elle nourrit Soleymane avec son sein décharné.
Petr est maintenant sur une tribune aux côtés de Soleymane et de son père le Sultan. Les miséreux ont été arrêtés par les gardes du sultan. Ils sont alignés sur les murs de l'arène en face, et devant un public fasciné, les gardes les jettent un par un au fond de l'arène, où une centaine de cochons les dévorent. Il fait cinquante degrés, l'air est lourd d'emprise et d'égrégore.
Petr fend maintenant une foule compacte avec Soleymane, maintenant adolescent. Les rues d'Istambul sont en proie à une végétation galopante, l'air est rempli de moustiques et d'autres insectes affreux. Les gardes du Sultan aident Soleymane et Petr à passer en jouant du sabre. Ils arrivent en face d'Amin Abd-Al Jafad, le messie sheitanite, celui que tous ces gens suivent. Soleymane le touche, il lui demande le secret de la vie. Jafad lui répond : "Nous ne sommes rien. Que les poussières du Sheitan." Petr a aussi l'occasion de toucher le Messie, peut-être d'en apprendre le secret du sérum de mémoire, au risque de montrer à Jafad sa vulnérabilité. Mais il préfère s'abstenir et trouver sa propre voie.
De retour dans le bureau de Soleymane. L'air reste chauffé à blanc. Soleymane explique que ces expériences de vie lui ont appris que les humains ne valaient rien, mais qu'à ce titre, toute domination de l'homme par l'homme était vaine, et qu'il oeuvrait pour les abolir les unes après les autres, le Décret n'étant qu'une étape dans cette entreprise.

Anselmo doit fabriquer un golem pour explorer le labyrinthe : extraire un corps et un esprit et les combiner, ou prendre une seule personne et lui retirer l'âme. Il va voir Sœur Judith à la morgue, et lui promet sa plus grande reconnaissance si elle se prête à l'expérience. Il l'entraîne dans la crypte. Elle accepte avec joie à condition qu'elle lui implante un symbiote avant de disparaître dans le labyrinthe. Elle le déshabille et lui demande de lui enlever sa tunique de nonne. Anselmo découvre alors que son visage n'est qu'une assiette de cire et son corps un amas de racines, de terre et d'asticots. Ils font l'amour et à la suite un foetus noir commence à pousser sous l'aisselle d'Anselmo. Anselmo coupe la tête de Sœur Judith, il lui ouvre le crâne et découvre son cerveau, grosse motte de terre débordant de vers. Il vomit une deuxième fois puis procède à l'extraction de l'âme.

C'est donc Golem-Sœur Judith qui part dans le labyrinthe, téléguidée par Anselmo. Depuis l'entrée du labyrinthe, qui correspond à la crypte, elle traîne le sarcophage vers une des sorties. Le labyrinthe ressemble à Prague, mais une Prague où les fantasmes et les peurs d'Anselmo seraient plaqués. Elle se rend dans une cathédrale devant laquelle stationnent deux statues de lion qui pleurent des larmes de sang : les Lions de Gênes. Sur le chemin, elle se perd dans une ruelle dont les façades semblent se courber vers elle jusqu'à se toucher. Elle constate qu'elle est dans la ruelle d'or. Maître Szolt et ses apprentis lui dérobent le sarcophage. Szolt prend le visage d'Anselmo. Sœur Judith comprend que les daemons d'Anselmo prennent le contrôle du labyrinthe. Szolt-Anselmo dit qu'il faut faire l’œuvre au rouge dans son atelier. Sœur Judith l'étouffe avec ses racines et s'empare de l'Evangile Selon Lazare.

Dans la réalité, Anselmo a en effet quitté l'atelier de Szolt en emportant l’Évangile Selon Lazare. Quand il arrive à la crypte, il trouve les autres alchimistes. Isadora pense que de la minute où Anselmo a emporté l’Évangile, Szolt va comprendre qu'il l'a trahi.

Flashback. Pavel et Matilda dans le manoir, peu après qu'ils se soient embrassés. Pavel demande ce qu'il faudra faire le jour où les hommes de Szolt auront pris l'un d'entre eux : se laisser briser les genoux et donner les noms des autres et les lieux où ils se cachent, ou mourir sans rien dire. Matilda lui dit de tout faire pour vivre.

Matilda crie, elle veut courir jusqu'à l'hôpital, où les hommes de Szolt vont sans doute se rendre en premier lieu. Les autres la retiennent. Elle décoche à Anselmo son premier regard de haine.

Ils envoient un billet pour rapatrier Petra et Angelo du Manoir en urgence : le lieu est sûrement compromis s'ils ont pris Pavel.

Anselmo se replonge dans le coma. Sœur Judith est de retour dans le labyrinthe, cette fois elle a l'Evangile Selon Lazare, et aussi le générateur électrique qu'Anselmo a envoyé dans le labyrinthe. L'orage éclate, les éclairs frappent les clochers de Prague. Sœur Judith est dans la cathédrale, elle a branché le corps d'Anabella et s'apprête à abaisser le levier. Une autre Anabella apparaît, c'est le daemon. Il propose que Sœur Judith l'implante dans le corps ressuscité d'Anabella, sinon ce corps ressuscité finira par implorer Isadora de le retuer, il sera incapable de comprendre, d'aimer Anselmo. Mais Anselmo-Sœur Judith n'écoute pas et abaisse le levier. Le générateur capte l'énergie de la foudre et envoit des arcs électriques dans toute la nef. Il grille sous l'afflux d'énergie. Anabella se redresse de son sarcophage en poussant un cri de nouveau-né.

Anabella apparaît sur le cercle d'incantation. Elle est nue, sans pudeur, étonnée et confiante comme un nouveau-né.

L'ancien maître d'Anselmo se présente à Sœur Judith. Il dit que « la réalité se dissout », qu'il faut renforcer la structure du labyrinthe si on veut qu'il tienne assez longtemps pour faire une deuxième œuvre au rouge. Il se propose de s'en occuper, mais ça lui coûtera la vie, ou plutôt Anselmo va l'oublier. Sœur Judith accepte. Anselmo revit tous les souvenirs qu'il a de son maître, et dans chacun de ces souvenirs, le maître lui dit adieu, jusqu'au souvenir où Anselmo le voit sur son lit de mort, lui tendant sa main parcheminée et maculée de tâches de vieillesse, il lui dit adieu, et c'est fini, Anselmo a oublié son maître.

Petra et Angelo sont arrivés à la crypte. Anselmo demande à Petra de prêter son corps à une deuxième œuvre au rouge. Petra accepte pour qu'il soit heureux. En échange, il promet de garder une part d'elle au sein de lui. Petr extrait l'âme de Petra pour en faire des sels. En faisant l'opération, il a une vision du futur, où il s'apprête à faire la même opération sur Kelst, pour extraire sa mémoire et la mettre dans son sérum. Il met les sels de l'âme de Petra dans une seringue et Anselmo se les injecte, puis il entrepose le corps de Petra dans le sarcophage : elle est en coma végétatif.

Il leur faut réparer le générateur ou trouver une nouvelle source d'énergie pour recommencer l'œuvre au rouge. Mais traiter le problème Szolt semble plus urgent. Matilda, Petr et Kelst partent dans un carosse discret pour le château. Matilda est murée dans le silence, Petr jette des regards nerveux par derrière les rideaux noirs du carrosse. Arrivé au château, Petr demande audience à l'ambassadrice, qui le reçoit aussitôt dans la bibliothèque : elle et l'inquisiteur souhaitaient justement le consulter. Les employés du service du renseignement désertent les lieux comme un seul homme pour les laisser tranquilles. L'ambassadrice annonce à Petr que Szolt leur a proposé un accord : il manipulerait Soleymane pour relancer la Purge et renforcer la mainmise de l'Autriche, à condition que lui-même redevienne l'alchimiste secret du gouvernement. Petr leur conseille plutôt de se passer des services de Szolt et de le faire éliminer. Ils devaient envoyer un papier à Szolt pour lui dire quoi faire, Petr conseille de ne pas l'envoyer.

Matilda arrive dans les appartements de Lenka. Mais elle y trouve aussi Szolt. N'ayant pas reçu de papier de l'ambassadrice, il pense qu'il a été doublé. Il négocie avec Matilda : elle le laisse conseiller à Soleymane, par l'intermédiaire de Lenka, de faire expulser l'ambassadrice et l'inquisiteur, et en échange elle pourra revoir Pavel et accomplir l'œuvre au blanc... à condition de le faire aux cotés de Szolt. Szolt lui avoue aussi que Lenka est le fruit de ses amours... avec la mère de Matilda. Il prétend être devenu l'homme mauvais qu'il est depuis la mort de sa mère. Il prétend aussi agir pour le bien commun.

Lenka va voir Soleymane et dans la demi-heure qui suit, l'ambassadrice et tous ses employés sont expulsés, l'inquisiteur est ligoté à une chaise et défenestré du premier étage : il en est quitte pour une jambe cassée et une grosse humiliation.

Matilda suit Szolt dans son atelier. Elle y retrouve Pavel et coud des points de suture sur ses genoux broyés. Elle commence à comprendre que Szolt ment tout le temps, mais elle veut tenir sa promesse qu'elle lui a faite de faire l’œuvre au blanc pour lui.

Petr a suivi Matilda et Szolt en filature. Kelst est reparti, avec ses précieuses archives, informer Isadora et Anselmo de ce qui se trame. Anselmo insiste pour fuir Prague à laquelle l'Autriche va sûrement déclarer la guerre. Isadora part avec ses corbeaux retrouver Petr et laisse Anselmo sous la garde de Kelst. Anselmo est tenté de l'assommer et de s'enfuir avec Anabella mais s'abstient : peut-être croit-il Isadora quand elle lui promet que l’œuvre au jaune permettra à Isadora de recouvrer sa mémoire : il reste alors lié au convent.

Isadora retrouve Petr dans une hospoda près de l'atelier de Szolt. Elle avoue à demi-mots être une Corax mais réitère son attachement au grand-œuvre : elle est prête se mutiler pour charger un oeuf d'albâtre et poursuivre l'œuvre au rouge. Mais il faut exfiltrer Matilda en premier lieu. Petr va trouver Kinski, il lui demande son aide en échange de son intégration au convent.

Kinski défonce à nouveau l'atelier de Szolt avec son golem de bois. Il embarque Matilda et Pavel, et aussi des produits explosifs qui serviront de source d'énergie pour la deuxième œuvre au rouge. Matilda laisse un mot qui promet qu'elle reviendra pour accomplir l'œuvre au blanc.

Kinski les amène d'abord dans son atelier, il récupère ses marionnettes et ces outils préférés, il sait qu'il va devoir se cacher avec eux dans la crypte maintenant. Il propose à Matilda de l'opérer de sa loyauté à coup de ciseau à bois ; il peut bien lui enlever une seule qualité sans que cela ne réduise à néant toute son innocence, et cette qualité là est vraiment un défaut à ses yeux. Mais Matilda décline. Elle va devoir respecter la promesse qu'elle a faite à Szolt, qui connaît maintenant l'identité de tous les membres du convent et n'aura de cesse de les traquer.


Commentaires sur le jeu :

Déjà, en terme de rythme, ça a changé ! De la minute où Anselmo s'est emparé de l'Évangile, ça a complètement pété le statu quo, ce qui fut fertile, car ça a mis en mouvement plein de factions qui avaient été lentement mises en place.

La joueuse de Matilda a trouvé qu'on lui amenait des propositions d'action trop vite, sans lui laisser le temps de maturer ses propres initiatives (par exemple, elle aurait volontiers fait appel aux services de Mephisto si je ne lui avais coupé l'herbe sur le pied en lui proposant de le faire avant qu'elle ait le temps d'en concevoir et d'en formuler l'envie, et cela devenait moins tentant maintenant que la proposition venait d'un autre). Si j'ai bien compris ses attentes, alors je pense que le problème s'est surtout présenté sur cette séance parce que j'ai accéléré le rythme : d'une parce que c'était une demande, de deux parce que le vol de l'Evangile a précipité les choses. Il est possible que les choses redeviennent plus calmes la prochaine séance, avec davantage de possibilité pour les joueurs de prendre des initiatives, de se créer ses propres dilemmes plutôt que d'être en permanence pressé par les dilemmes du MJ.

On a testé la création du golem et du labyrinthe. J'ai trouvé la création du golem intéressante car apportant un nouveau dilemme moral (Petra fut un temps envisagée pour devenir le golem), mais la mise en jeu du labyrinthe nous a un peu laissé sur notre faim :
Déjà, erreur de ma part : j'ai omis de présenter les règles de création du labyrinthe, si bien qu'on est parti sur un lieu très peu typé.
J'ai également omis les règles de création du golem, et on s'est retrouvé avec le joueur d'Anselmo jouant le golem-Sœur Judith comme une "combinaison d'exploration" qu'aurait revêti Anselmo. Le joueur d'Anselmo a avoué préférer le golem de Kinski, mais finalement le golem-Sœur Judith et le golem de bois de Kinski sont assez ressemblants ; ce sont tous les deux des armures-mecha. Je crois que Yoann, et nous-même également aurions préféré des golems avec une pensée plus autonome. Est-ce seulement possible si c'est la même personne qui joue l'alchimiste et le golem ? Faut-il que le golem soit joué par une autre personne ? Quel objectif doit-on définir au golem ?
Le joueur d'Anselmo a trouvé que le labyrinthe n'était pas si labyrinthique. La faute au partage des responsabilités ?
D'après Yoann, quand les joueurs contrôlent le décor et les figurants dans le labyrinthe, ils le font en tant que MJ de réserve, non en tant que daemon. J'avoue avoir été le mauvais élève : comme Anselmo avait deux daemons, ça me paraissait plus logique que ce soient les daemons qui contrôlent le décor et les figurants : ça a d'ailleurs permis la scène avec le daemon-Anabella auprès du sarcophage. Je laisse Yoann juger de la pertinence de ce choix dans le cadre du livre de base. On voit aussi les limites d'un seul test : je suis forcément obliger de compenser pour accompagner des situations émergentes en jeu, et chaque compensation en induit des suivantes. C'est à l'auteur d'arbitrer si ces compensations doivent rester des émergences possibles où méritent d'être transformées en règles.

Prochain défi : jouer le labyrinthe d'Isadora !


Retour de la joueuse de Matilda :

On a apprécié le fait de commencer un labyrinthe assez tard dans le jeu, ce qui nous a permis de jouer proche d'Anselmo et de faire écho à ce qu'on avait déjà posé dans le jeu à Prague. Sans ça, ça aurait été difficile de jouer son paysage mental.

C'est compliqué de changer de partage de narration en cours de jeu. Sur cette partie précisément, Thomas a tenu à pousser le rythme (selon nos souhaits) en multipliant les flashbacks et flashforwards, mais ça a renforcé son emprise sur la maîtrise. C'en est d'autant plus difficile de passer brutalement en narration largement partagée en cours de partie.

Le  dĂ©but de la campagne a Ă©tĂ© tellement riche que le jeu dans le jeu fait presque « trop ». On a des thèmes allĂ©chants qu'on ne peut pas traiter (la peste se dĂ©clarant en ville par exemple), le jeu avec les daemons, des luttes de pouvoirs, de la politique, des souvenirs erratiques, etc. Pour l'instant l'expĂ©rience de labyrinthe n'a pas Ă©tĂ© suffisamment Ă©bouriffante pour me faire oublier temporairement ça. Peut-ĂŞtre qu'en tant que joueurs/daemons on aurait pu prendre plus de temps pour ramener ces aspects-lĂ  dans le labyrinthe… ? Ou au contraire faire ça propre, efficace et plus court… ? Je n'ai pas de rĂ©ponses.

Plus on avance dans la campagne, moins j'ai l'impulsion d'intervenir en tant que daemon, que ce soit pour Anselmo ou pour Petr. Peut-être parce que les grandes lignes des personnages ont été dévoilées ? En tout cas, j'ai l'impression qu'il faut trouver rapidement une vraie personnalité au daemon (en reprenant un pnj ou en en créant un de toutes pièces, mais complet) et le jouer comme un personnage à part entière, car sinon il s'efface. Au contraire, les daemons joués par le joueur de Petr sont de plus en plus consistants par exemple.


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
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#8 05 Oct 2016 08:35

Thomas Munier
auteur de Millevaux
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Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE PLACARD AUX CAFARDS

Les horlas sont-ils des êtres sensibles ? Les monstres humains sont-ils capables de rémission ? Les âmes les plus pures n'ont-elle aucune souillure ?

Jeu : Les Sels de Millevaux par Yoann Calamai, alchimistes dans l'enfer forestier de Millevaux

Suite de la campagne de Prague.
Épisode précédent : Selon Lazare
Joué le 05/04/2016 sur google hangout
Personnages : Matilda, Petr, Anselmo

Partie enregistrée sur ma chaîne youtube

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illustration : Balthazar Schwan, domaine public


L'histoire :

RĂ©union de convent.
Un débat éclate pour savoir s'il faut fuir Prague, avec toutes les complications inhérentes à l'alchimie en nomade, ou rester, au risque de se retrouver à demeure dans la crypte, sous une ville en proie à la guerre, à la peste et aux foudres de Szolt. Le débat s'oriente sur le fait que Prague serait plus respirable sans la menace de Szolt. On émet l'idée de le tuer. Matilda propose plutôt de le transformer. Elle pense pouvoir le convaincre de procéder à l'œuvre au blanc sur le corps même de Szolt. Si ce dernier peut croire que cela lui pavera le chemin vers la suprématie, en réalité il deviendrait doux comme un agneau.

Dans un futur possible.
Anselmo est dans une pièce de la crypte aménagée de façon domestique, quelques meubles, des napperons, des jouets. Il donne le bain à Anabella. Elle est toujours dans son état de nouvelle-née, elle ne sait dire que le son A. Il ne s'est pas encore résolu à lui donner une éducation, car alors elle réaccedéra à sa conscience passée, réalisera sa condition de morte-vivante et voudra mourir. Kelst s'est proposé de lui donner une éducation dépassionnée, mais alors elle serait tout juste bonne à servir de matériau pour l'œuvre au noir d'Isadora, car même en restant pure, elle serait toujours suicidaire. Angelo joue dans un coin. Suspendu à un crochet dans un pilier, maintenu dans ses langes, il y a Asmodée, le fils d'Anselmo et de Sœur Judith. C'est un bébé à la peau noire et translucide, il parle à Anselmo d'une voix aigrelette, avec des mots d'adulte. Anselmo l'accuse d'être contre-nature, Asmodée prétend au contraire incarner la nature. Il lui intime de prendre en considération l'aide qu'il peut lui apporter.

Dans un souvenir.
Matilda, encore enfant, est entrée dans l'atelier de sa mère. Elle revisite ce souvenir où elle découvre l'atelier. Mais cette fois-ci, son attention se porte sur une étagère où se trouvent des étuis en métal contenant des bobines de fils. L'un des étuis porte le prénom de Maître Szolt. Elle l'ouvre et découvre une bobine d'un fil englué d'un fluide noir, dégueulasse, vivant, attiré par la chaleur corporelle de Matilda. Elle referme l'étui, mais sa mère vient d'entrer, elle la sermonne pour son indiscrétion. Matilda lui demande des explications, sa mère lui répond qu'elle voulait que Matilda naisse complètement innocente, alors pour la concevoir, elle s'est assurée que son père soit entièrement purgé de son emprise noire. Elle voulait que Matilda soit pure pour qu'elle puisse accomplir une grande œuvre. L'atelier commence à brûler, la mère hurle à Matilda de fuir tant qu'il est encore temps. Matilda a emporté l'étui, qu'elle a encore sur elle aujourd'hui.

Au présent.
Anselmo envoie le sarcophage de Petra dans le labyrinthe. Avec les explosifs volés par Kinski, ils créent une réaction en chaîne qui vient en alimenter en énergie le générateur resté dans la cathédrale, et Sœur Judith peut alors ressusciter Petra selon les rites lazaréens. La réalité du labyrinthe ne tient pas le choc, des pans entiers de la cathédrale s'écroulent autour d'elles.

Le sarcophage de Petra réapparaît dans le cercle d'incantation. Ils en sortent une Petra à l'état de nouvelle-née, qui elle aussi ne peut plus s'exprimer que par le cri A. Sœur Judith apparaît dans le cercle d'incantation, mais comme un hologramme clignotant : en l'état, elle ne peut quitter le labyrinthe. On voit des gravas tomber à ses côtés.

Pour sortir Sœur Judith du labyrinthe, il faudrait une grande source d'énergie. Kelst s'apprête à jeter dans le creuset les lingots de métaux que Matilda a durement acquis, pour créer une surchauffe qui permettrait à Sœur Judith de s'échapper. Anselmo lui dit de ne rien en faire : Sœur Judith n'est qu'un horla, un monstre, ces métaux sont plus précieux qu'elle. Sœur Judith se défend d'être un monstre, elle prétend être capable d'amour. Matilda et Petr balancent les lingots dans le creuset, sauvant Sœur Judith au détriment du précieux métal.

L'intégration de Kinski au sein du convent ne se fait pas sans heurts. Il reproche sa naïveté à Matilda et sa félonie à Anselmo. Isadora s'emporte et rappelle à tous la nécessité d'être soudés face à l'adversité qui s'annonce.

Petr et Matilda partent en fiacre vers la ruelle d'or. Matilda fait un arrêt en chemin devant l'échoppe de Méphisto, revendeur de dettes et réparateur de réputations. Elle entre, faisant tinter les clochettes à la porte. A l'intérieur, quantité de bibelots chargés d'égrégore, montres, journeaux intimes, un cœur dans un bocal de formol. Méphisto a l'air très heureux de la revoir. Elle lui demande d'établir un contrat entre elle et Szolt. Il accepte en échange d'une parcelle de son innocence, la seule qu'il puisse lui prendre avant qu'elle soit trop impure pour réaliser l'œuvre au blanc, elle accepte "au nom de leur amitié". Méphisto enfile sa langue dans l'oreille de Matilda et aspire une petite parcelle de son innocence, il se délecte de son goût, sucré mais pas trop. Puis il monte avec elle dans le fiacre.

Matilda et Mephisto entrent dans l'atelier de Szolt. Petr reste en faction à l'extérieur, Isadora le rejoint en volant. Un enfant des rues vient voir Petr, il s'agit d'Adler Noeud-Pap et Petr le connaît bien car Adler fait dans le trafic des livres occultes (Petr s'est intéressé à la faible fraction d'entre eux qui soient vrais). Adler lui dit qu'une dame de sa connaissance veut le rencontrer dans la hospoda en face.
Petr s'y rend. Il y trouve Jacinthe, l'ambassadrice d'Autriche, revĂŞtue d'une capuche.

Elle entraîne Petr sur les toits pour discuter en toute tranquillité. Au-dessus de la Nouvelle Ville, les nuages sont noirs et de mauvais augure. Jacinthe est revenue à Prague incognito et demande la collaboration de Petr pour préparer la guerre. Elle pense que tuer Szolt est la priorité, puis révéler l'envoûtement de Soleymane pour le disgrâcier. Petr gagne du temps en lui demandant 24 h pour régler le problème Szolt lui-même.

Petr laisse là Jacinthe et retrouve Isadora dans la ruelle d'or. Isadora pense qu'il faut tuer Jacinthe, sinon elle va le prendre en filature et localiser la crypte. Petr préfère éviter de retourner à la crypte jusqu'à ce qu'il ait résolu le problème Szolt et puisse alors compter sur la loyauté de Jacinthe.

Matilda rencontre Szolt dans son atelier. Il commence par lui reprocher son départ cavalier, et dit manquer de confiance en elle désormais, malgré la promesse qu'elle a laissée sur un billet. Il arrive à lui faire avouer que c'est Kinski qui les a fait évader de son atelier. Méphisto coupe court aux questions de Szolt et le place sous son emprise hypnotique. Il dit qu'il faut procéder à l'œuvre au blanc sans plus attendre, et Szolt obéit.

Matilda retrouve Petr et Isadora dans la ruelle. Faut-il créer le labyrinthe et le golem dans l'atelier de Szolt ou dans la crypte ? On opte pour l'atelier de Szolt. Elle y retourne, cette fois accompagnée de Petr. Szolt découvre alors que Petr fait partie du convent, ce qu'il semblait jusqu'alors ignorer. Tous ces alchimistes s'allongent dans le cercle d'incantation doré à l'or fin sis dans les ateliers de Szolt. Méphisto se délecte du spectacle. Pour créer son labyrinthe, Matilda évoque son pire souvenir.

Le décor prend l'aspect du souvenir de Matilda.
Elle est toute petite. Elle trouve une plaque photographiques représentant deux petites filles, des sœurs, et la fait choir par maladresse. La plaque se brise au sol en dizaines de morceaux. Entre sa mère, qui s'emporte devant la catastrophe, visiblement cette photo était la dernière trace d'une réunion qui ne se reproduira jamais, et elle s'abat sur Matilda. Entre sa tante qui s'interpose et l'enferme dans le buffet pour la soustraire à la colère de sa mère. Elles crient toutes les deux, des mots que Matilda ne comprend pas, sans doute du vieux yiddish. Szolt, Petr et Mephisto, qui assistent au souvenir, sont avec elle, très serrés dans le placard. Des cafards montent sur la peau de Matilda et elle n'ose pas sortir du placard. Mephisto découvre un passage dans le fond du placard, qui communique avec un tunnel de bois très étroit, grouillant de cafards, dans lequel on ne peut s'avancer qu'en rampant. Il y a trois autres passages comme celui-là. Le labyrinthe de Matilda vient d'être créé.

Au présent.
A la demande de Matilda, Szolt a fait venir sa fille Lenka. Matilda explique qu'elle en a besoin comme golem. Szolt trouve ça horrible mais logique : Lenka est (presque) aussi pure que Matilda, et pour cause, elle fut conçue de la même façon. Elle est le golem parfait pour l'œuvre au blanc. Catastrophé, il convainc Lenka de se sacrifier pour lui permettre d'accéder à la suprématie, ce qu'elle accepte car elle été élevée dans la dévotion pour son père. Il demande un temps pour lui dire adieu, et la prend dans ses bras.
Matilda procède sur Lenka, qui sourit bravement quand la brodeuse sort ses aiguilles. Elle lui découd les paupières. Lenka ne sourit plus. Et Matilda remplace ses paupières par des boutons de bottine. Désormais, Lenka n'est plus qu'un corps et une âme, Lenka lui a enlevé l'esprit. Elle souffre du syndrome d'enfermement ; elle est prisonnière de son propre corps. Tous les muscles de Lenka se détendent d'un seul coup, comme si elle était une poupée de chiffon. Matilda la rattrape à temps et l'allonge sur le cercle d'incantation, puis l'envoie dans le labyrinthe.

Anselmo est dans un rĂŞve de daemon.
Il est dans la campagne praguoise, près du village de Petra. Il pique-nique sur le haut d'une falaise, avec Anabella, Petra (mĂ©lange de la Petra de 15 ans et de la Petra de 35 ans), et Angelo. Il donne la becquĂ©e Ă  Anabella. Petra a l'air heureuse de vivre aux cĂ´tĂ©s d'Anselmo, pour toujours, dans sa tĂŞte. Mais comme il est trop occupĂ© Ă  prendre soin d'Anabella, Anselmo relâche sa surveillance sur Angelo. Quand il reprend Ă  nouveau conscience de lui, Angelo a disparu. Il court au bord de la falaise, il y voit une crĂ©ature noire et tentaculaire, AsmodĂ©e devenu grand ou Angelo corrompu ?  Elle le met en garde : s'il se consacre Ă  Anabella, il perdra l'affection d'Angelo. Et justement, dans son dos, Angelo, adulte, l’apostrophe. C’est devenu un homme bien bâti qui ressemble Ă  Petr, mais avec dans le regard une Ă©nergie que Petr n'a jamais eu. Il dĂ©teste Anselmo et le pousse de la falaise. Anselmo chute.

Au présent, ailleurs.
La synagogue du quartier juif de Prague. Le rabbin est fiévreux quand il fait ses ablutions, pourtant il doit assurer ses offices. Il récite la Torah à ses fidèles. Sa barbe scintille de sueur. Au lieu de voir les lettres, il voit les chiffres à laquelle chaque lettre de l'alphabet hébreu correspond. Au lieu de lire les mots, il lit les lettres à haute voix, il ne peut plus qu'épeler. De plus en plus fiévreux, il s'écrie : "Le Cypher !", puis s'écroule, déchirant le rouleau sacré. Les fidèles se pressent sur lui et écartent sa tunique pour lui donner de l'air. À son cou, on voit des bubons noirs. La peste est arrivée dans le quartier juif.


Commentaires :

Durée :
2h1/2

Règles utilisées :
Comme la partie précédente : c'est-à-dire règles de base des Sels de Millevaux, à l'exception du labyrinthe et du golem de Matilda, où nous avons omis de répondre au questionnaire sur la création de labyrinthe et de golem.

DĂ©fis :
+ Je voulais jouer l’œuvre au noir, et quelques autres scènes. Mais j'ai disposé d'un créneau réduit et les agendas des joueur.se.s et mes autres idées de scène ont pris le pas.
+ Je voulais aussi appliquer les questionnaires sur la création de labyrinthe et de golem, c'est un point de règle important pour Yoann.
+ J'avais enfin prévu de mettre en jeu davantage d'éléments de l'encyclopédie sur l'alchimie incluse dans le livre de base.

Mise en jeu :
+ J'ai fait une erreur d'appréciation en donnant à Sœur Judith une volonté de sortir du labyrinthe. Anselmo lui a pris son cerveau avant de l'envoyer dans le labyrinthe. Avait-elle encore une capacité de raisonnement ? Je suis en train de cogiter sur une idée qui restaurerait la cohérence : Sœur Judith n'est en effet plus entière, elle n'est plus qu'un corps et une âme. Elle va demander à Anselmo de lui rendre son cerveau / esprit. (J'ai oublié ce qu'il en a fait).
+ Quand on a créé le labyrinthe de Matilda, j'ai voulu proposer le questionnaire du labyrinthe à la joueuse, mais il nous restait peu de temps de jeu et elle préférait éviter de bâcler, alors elle m'a proposé de faire ça à tête reposée en interpartie.


Debriefing :
+ Avec les joueur.se.s, nous avons convenu que notre plaisir de jeu venait essentiellement de jouer drama, de jouer les intrigues des alchimistes. L'alchimie et la magie ne sont qu'un prétexte, un outil pour nous amener là, pour créer ou magnifier des dilemmes moraux. Aussi j'ai fait le deuil de vouloir à tout prix caser mes éléments de l'encyclopédie alchimique : mieux vaut quelques éléments amenés avec parcimonie (le sacrifice des métaux pour alimenter le creuset) qui créent vraiment du jeu qu'un excès d'informations esthétiques qui nuirait à notre objectif principal, qui est de jouer moral. Cela correspond aussi à mon style de jeu qui consiste à exploiter l'univers sur un ensemble très large de séances, et donc à l'intérieur d'une seule séance je me concentre seulement sur quelques aspects, je suis loin de ressentir le besoin de caser un maximum d'éléments de l'encyclopédie d'univers comme pourrait le ressentir une personne qui joue moins souvent que moi.
+ Avec les joueur.se.s, nous avons aussi convenu que notre plaisir de jeu venait essentiellement du fait de joueur la vie quotidienne des alchimistes, et les labyrinthes / golems ne sont qu'une des fins pour y parvenir, pour l'enrichir. Je pense qu'on a divergé d'une des priorités du jeu tel que Yoann l'a conçu en amenant les informations au fur et mesure, entrelardées de drama, plutôt que de faire une session zéro avec création des alchimistes, des labyrinthes et des golems. Ce biais qu'on a pris nous a rendu l'utilisation des questionnaires de labyrinthes et de golem contre-intuitive : en fait nous avons déjà une bonne idée de ce que à quoi vont ressembler les labyrinthes et les golems, et pour ce qui est de l'objectif du golem, il est joué au moment de l'entrée (les sacrifices volontaires de Sœur Judith et de Lenka) et de la sortie (Sœur Judith implorant pour qu'on la sauve), sinon pendant l'exploration du labyrinthe, le golem est joué comme une seconde peau, une armure mecha. Cela nous empêche de tester pleinement les mécaniques imaginées par Yoann mais cette pratique émergente nous permet de jouer de façon organique et d'avoir une meilleure expérience. On a essayé de jouer by the book sur ce point, mais on a dû renoncer. Je crois que toute table est obligée de trahir l'auteur de jeu pour fonctionner, et c'est ce que nous avons fait à notre façon. J'espère que Yoann pourra tirer quelques apprentissages de cette trahison et qu'il aura l'occasion de re-tester dans un autre contexte (avec une session zéro exhaustive, par exemple, chose qui quelque part eut été impossible avec notre groupe).

A expérimenter lors du prochain playtest :
On a planifié quatre séances max pour finir, sachant qu'elles peuvent être annulées. Il va s'agir de jouer rapide si l'on souhaite connaître l'aboutissement de cette campagne. Suspense !


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
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Hors ligne

#9 09 Nov 2016 11:50

Thomas Munier
auteur de Millevaux
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Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE GRAND-Ĺ’UVRE

Quand tous les fils se dénouent, un climax de campagne riche en daemons, en révélations, en rebondissements et en vertige logique.

Jeu : Les Sels de Millevaux par Yoann Calamai, alchimistes dans l'enfer forestier de Millevaux

Suite et fin de la campagne de Prague.
Partie précédente : Le placard aux cafards
Joué le 25/04/2016 sur google hangout
Personnages : Matilda, Petr, Anselmo

Partie enregistrée sur ma chaîne YouTube :
partie 1 
partie 2 
partie 3 

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illustration : Balthazar Schwann pour le Philosophia Reformata de Daniel Mylius, domaine public


L'histoire :

Isadora presse Petr et Matilda de rentrer à la crypte pour faire une réunion de convent et pour que Matilda récupère le Livre de Fil, nécessaire à l'œuvre au blanc. Mais Petr sait que s'il se rend à la crypte, Jacinthe va le prendre en filature. Il retourne voir Jacinthe dans l'hospoda où elle est en faction. Cette diversion permet à Isadora et Matilda de s'éclipser discrètement. Méphisto insiste pour les suivre, Isadora accepte à condition qu'il lui charge son œuf d'albâtre.

Jacinthe s'impatiente mais Petr lui promet que le problème Szolt sera bien réglé dans les 24 H. Il repart, et comme il se doute que Jacinthe va le prendre en filature, il prend un chemin détourné, se perd dans les places les plus populeuses, passe par des portes cochères et des cours intérieures, serpente dans les ruelles du labyrinthe qu'est Prague. Il sème bien Jacinthe, mais dans une ruelle glauque où une femme jette ses eaux sales depuis son étage à encorbellements, il fait une mauvaise rencontre : Adelk, Grande Prêtre du culte d'Harvranghdini-Zal, la Déité Horla des Cités. L'être androgyne, manteau noir, sourcils absents, crâne couvert de tatouages sarcomantiques, dit qu'il a eu du mal à lui mettre la main dessus. Il prétend que son culte a fabriqué un sérum contre la Peste mais qu'il cherche un alchimiste pour le dupliquer. Petr lui demande un peu de temps pour lui donner sa décision ou leur envoyer une autre personne.

Isadora et Matilda passent devant l'atelier de la tante de Matilda. Sa porte est marquĂ© d'une croix blanche. Isadora explique Ă  Matilda que cette croix dĂ©signe que la peste est dans cette maison.  Comme Matilda s'afflige de la maladie, Isadora lui confie qu'elle pourrait sauver Prague de la peste en lâchant les rats blancs de son Ĺ“uvre au blancs dans les rues, au lieu de les donner Ă  Petr pour achever le Grand-Ĺ’uvre. Cette information laisse Matilda songeuse.

Flash-Back. Matilda retourne au moment où petite, sa mère Rebecca lui avoue que la bobine de fil est de l'emprise noire, extraite de Maître Szolt, son père. Alors, un incendie s'était déclaré dans ce souvenir corrompu, et le souvenir s'était arrêté là. Le souvenir reprend, en temps arrêté. Les flammes sont immobiles. Rebecca lui avoue que la bobine de fil ne provient pas de son père. C'est à Matilda que Rebecca a extrait l'emprise noire, à sa naissance. Elle voulait une enfant pure et innocente, et c'était la seule solution. Matilda refuse que cette horreur vienne d'elle-même. Elle veut protester, mais le feu reprend et elle doit à nouveau prendre la fuite et abandonner sa mère.

Le convent est enfin réuni. On y décide que l'œuvre au blanc de Matilda destinée à transformer Szolt en agneau est prioritaire sur l'œuvre au noir d'Isadora. Kinski propose de placer une de ses marionnettes-espions dans chaque labyrinthe, afin que l'ensemble du convent puisse observer ce qui se passe. Cette idée est rejetée. Matilda avoue avoir révélé à Szolt que Kinski avait volé son atanor et l'avait enlevée la dernière fois. Kinski lui colle une gifle. Il informe aussi les alchimistes que la Vlatva est en crue, et les égoûts inondent les souterrains sous la crypte. Des rats pestiférés ont remonté avec. Il les chasse avec son golem, mais ce n'est qu'une question de temps avant que les eaux montent encore et que les rats envahissent la crypte. Petr informe les alchimistes de la proposition d'Adelk. Kinski pense que le sérum d'Adelk va transformer les gens en horlas, résistants à la peste, mais horlas. Les alchimistes réfléchissent à une solution pour arnaquer Adelk et rendre le sérum inoffensif. Kinski met en garde Petr contre l'intelligence et la cruauté d'Adelk. Anselmo dit que l'air est mauvais à Prague, la ville est condamnée en dépit de leurs efforts : il faut partir.

Isadora rappelle à Anselmo que s'il veut se faire avorter d'Asmodée, c'est la dernière occasion. Anselmo refuse car le réseau sanguin du foetus est mêlé au sien, et cette opération le tuerait.

Flash-Forward. Anselmo est dans les rues de Prague, un couteau à la main, il se fraye un chemin parmi une foule très compacte. L'air est lourd d'égrégore, les maisons sont couvertes de végétation. Il arrive jusqu'à sa cible : Asmodée devenu adulte. Sa peau est noire et veinée de vaisseaux violets et rouges, ses yeux sont tous blancs. Il est le nouveau messie de Prague. Anselmo le poignarde, mais la lame pénètre la chair d'Asmodée sans lui faire le moindre mal. La foule enragée se précipite sur Anselmo pour le tuer.

Retour au présent. Kinski sent l'emprise qui émane d'Asmodée et confirme son potentiel à devenir un nouvel Amin-Abd-Al Jafad, un messie horla. Anselmo demande à Isadora de décharger son œuf d'albâtre pour permettre un avortement qui épargnerait sa vie. Isadora proteste, elle dit que chacun des alchimistes du convent est condamné à mourir pour le grand-œuvre. Le tour d'Anselmo est venu, Isadora a besoin de son œuf d'albâtre pour aller plus loin vers l'œuvre au noir.

Monde parallèle. Dans un monde où Anselmo a pris le temps d'offrir à Isadora la dissection qu'elle demandait. La pièce est exiguë, éclairée à la bougie. Ils sont penchés sur le corps de l'apprentie tuée par Kinski et lui ont ouvert le ventre. Isadora avoue à Anselmo les sentiments qu'elle éprouve pour lui. Elle lui promet de lui donner son œuf d'albâtre en échange d'un baiser. Anselmo refuse, il pense avoir déjà trop cédé aux femmes.

Retour au présent. Anselmo refuse l'avortement.

Kinski prend Petr à part. Il lui dit que les autres le traitent de couille molle, mais Kinski pense autrement. Son livre sur l'emprise à l'appui, un manuscrit entièrement composé d'illustrations de plantes et d'animaloïdes, il lui explique que Matilda ne pourra pas réaliser deux œuvres au blanc comme elle l'a prévu. La première œuvre au blanc la privera de son innocence, de son emprise blanche, ce qui la rendra incapable de faire la deuxième. Il faut annuler l’œuvre au blanc consacrée à Szolt, et pour ça, il faut tuer Szolt. Kinski sait que Matilda en serait incapable. Il demande à Petr de s'en charger, et pour cela il lui offre un couteau qui présente une gouttière à poison : elle contient des arbres-animalcules, invisibles à l'oeil nu. Il suffit d'une simple blessure pour que les arbres-animalcules pénètrent dans le sang de la victime, et que des arbres poussent dans son corps à toute vitesse, le tuant à coup sûr. Petr refuse d'envisager cette extrémité, mais il accepte tout de même le couteau que Kinski lui offre.

Pavel se présente à Matilda. Il a un fauteuil roulant en bois très ouvragé, que Kinski a fabriqué. Il lui demande le pousser jusqu'au cercle d'incantation, il a une surprise à lui faire. Arrivés là, il lui demande de s'allonger dans le cercle, la tête au milieu du cercle, comme lors d'un rituel de labyrinthe. Il se laisse tomber du fauteuil et rampe tant bien que mal pour s'allonger sur le rayon opposé du cercle, sa tête contre celle de Matilda. Il lui demande de tendre sa paume et y dépose une bague. Il a désobéi à Matilda et n'a pas rendu la rose en or à Szolt, il l'a refondue pour faire cette bague. Il dit à Matilda qu'elle est sa dernière raison de vivre et la demande en mariage. Elle trouve que c'est prématuré, mais Pavel veut l'épouser avant qu'elle accomplisse l’œuvre au blanc, qui pourrait la changer de façon dramatique.

Flash-forward. Un futur où Matilda a refusé la demande en mariage. Elle est dans la crypte. Elle entend une sonnette, système que Kinski a installé pour que Pavel puisse appeler des gens, Matilda en particulier. Matilda va jusqu'à l'alcôve de Pavel, elle ouvre la porte et ce faisant, déclenche un mécanisme installé par Pavel. Pavel est dans son fauteuil roulant, le mécanisme déclenche le serrage d'un fil de fer tendu autour de son cou. Pavel veut dire quelque chose à Matilda, mais le fil est déjà trop tendu, son visage est contorsionné par la douleur, puis s'affaisse. Matilda, revenue changée de son œuvre au blanc, crie à la cantonade : "L'infirme est mort !" Elle ne ressent rien.

Retour au présent. Matilda veut dissuader Pavel du mariage, elle refuse qu'il s'engage à vie auprès d'une personne qui va peut-être changer du tout au tout. Pavel avoue que côtoyer la nouvelle Matilda pourrait lui faire perdre la raison et lui demande de renoncer à l'œuvre au blanc, ce à quoi Matilda se refuse, au nom du bien commun. Pavel accepte ça, et réitère sa demande en mariage, même s'il sait qu'il deviendra fou. Matilda finit par accepter, mais elle veut rendre la bague à Szolt, elle leur fera des alliances de fil.

Pavel insiste pour faire un mariage religieux, il veut que leur union soit scellée dans l'égrégore par un sacrement. Méphisto se propose de célébrer l'union (en tant que prêtre de lui-même), mais en échange il demande l'âme de Pavel à sa mort. Ils refusent, préférant s'aventurer à la synagogue.

Matilda n'a pas le temps de coudre une robe de mariée. Avec Isadora et Méphisto, elle se rend à l'atelier de sa tante. Matilda se rappelle que sa mère Rébecca avait cousu une robe en prévision de son mariage. Méphisto veut crocheter la serrure mais Matilda a la clé. A l'intérieur, ça sent très mauvais et il fait très sombre comme toutes les fenêtres sont barricadées. Ils trouvent la tante dans un fauteuil, pestiférée, à l'agonie. Elle échange quelques paroles avec Matilda, qui l'appelle "Madame". A l'heure de mourir, sa tante regrette les paroles de colère qu'elle a eue envers elle, elle est heureuse d'apprendre qu'elle a besoin de la robe de mariée et lui dit qu'elle en a pris soin. En effet, ils la trouvent dans le grenier, dans un coffre, bien à l'abri des poux vecteurs de la peste.

Pendant ce temps, Isadora et Petr sont allés trouver une solution pour permettre des allées et venues entre la crypte et la ruelle d'or, maintenant que le quartier juif est bouclé par les autorités. Un silence de mort règne. Des croix blanches sur beaucoup de portes. Des graffitis sur les tombes du cimetière juif. Des hommes qui poussent des tombereaux de morts couverts de draps. Ils se rendent dans un corps de garde de la milice, et rencontrent Otylie, un lieutenant qu'Isadora connaît pour être corruptible. Otylie est une femme solide, la mâchoire carrée, l'air revêche, une lueur mélancolique dans le regard. Petr lui abandonne ses lettres de change qui constituent toutes ses économies. En échange, Otylie lui rédige un sauf-conduit pour lui et ses amis. Elle demande leurs noms et descriptions. Petr mentionne chaque hôte de la crypte, à l'exception d'Asmodée. Il n'a toujours pas mentionné Anselmo, qu'il sait avoir des velléités de départ. Il hésite, mais finalement mentionne bien son nom. Isadora le fixe avec perplexité.

SĹ“ur Judith et Matilda procèdent Ă  l'accouchement d'Anselmo. Anselmo mord dans un lacet de cuir pour ne pas hurler. La tĂŞte noire d'AsmodĂ©e sort de son aisselle, le corps est enchâssĂ© dans la cage thoracique. SĹ“ur Judith sort l'enfant aux forceps, le sang coule beaucoup. Son visage est toujours inexpressif, mais elle ne tarit pas de paroles de joie quand elle tient enfin dans ses bras son fils, bĂ©bĂ© noir couvert de placenta et de sang violet, avec ses pupilles blanc et son cri rauque. Elle veut le donner Ă  Anselmo, mais celui-ci hurle de tenir ce monstre hors de sa vue. Matilda demande Ă  tenir l'enfant quelques temps. Matilda sent son emprise, elle croit ĂŞtre dans l'asile d'aliĂ©nĂ©s, face Ă  la folle qu'elle avait guĂ©rie.  SĹ“ur Judith lui dit de couper le cordon, Matilda s'applique Ă  faire le nĹ“ud, puis SĹ“ur Judith lui dit garder le cordon, il est gorgĂ© d'emprise noire, cela peut ĂŞtre utile. Matilda le fourre dans sa poche, Ă  cĂ´tĂ© de la bobine de fil.

Matilda et Pavel se rendent à la synagogue pour célébrer leur mariage. Petr sera la témoin de Matilda, Kelst sera le témoin de Pavel. L'édifice est vide à l'exception du rabbin, qui exécute son sacerdoce au mépris de sa santé. Lors de l'échange des alliances, le rabbin récite la Torah. Kelst confie à Petr qu'il entend des chiffres. Il pourrait déchiffre le Cypher Blanc, qui est à l'intérieur de la Torah, ceci permettrait à Matilda de faire deux œuvres au blanc. Mais il lui faudrait du temps pour cela. Petr envisage qu'on prenne du temps à quelqu'un d'autre, comme ce fut le cas avec Petra.

Flash-Forward. Petr et Kelst étudient ensemble, Petr lui transmet des notions d'alchimie de la mémoire. Kelst lui demande d'où lui vient sa passion et ses convictions, Petr évoque le maître gnostique, le chef des hérétiques. Il évoque la vie de débauche qu'il menait au jour le jour avant de le connaître, comment il a voulu l'entraîner dedans, et comment c'est finalement le maître gnostique qui lui a changé l'esprit. Kelst dit qu'il est prêt à sacrifier sa mémoire pour que Petr accomplisse l'œuvre au jaune. Il lui dit qu'il a été ravi de l'avoir connu. Ils se serrent la main. Kelst soutient le regard de Petr, chose qui lui est difficile en temps normal.

Les daemons se réunissent dans un convent mental. Le décor est semblable à la salle de l'Etoile de David, où se réunit le convent des alchimistes dans la réalité. Sont présent le maître gnostique, Petra, Rebecca, Anabella, la fille d'Isadora qu'on appelle la pleurnicheuse, et enfin Mladka, la mère d'Isadora, et également son daemon. C'est une femme en manteau violet, les cheveux très noirs et très longs, aux tresses retenues par des torques d'or. Un regard noir, un regard d'aigle. Les daemons demandent au maître gnostique s'il est le vrai maître gnostique puisque Petr prétend détenir ses sels. Le maître gnostique dit qu'il a été recueilli dans les déjections des corbeaux qui ont mangé son coeur, et prétend être bien l'âme du maître gnostique, bien que Petr pense qu'il s'agisse d'une âme fausse ou corrompue. La pleurnicheuse traite sa mère Isadora de méchante, Mladka lui dit d'arrêter de pleurnicher, elle a fait cela parce qu'elle avait besoin d'un golem, et elle a pris soin que ses sels soient confiés à la meilleure personne qu'elle pouvait trouver : Matilda. Dans un élan de sincérité, Mladka confie aux autres daemons qu'Isadora est une Corax de la Voie de l'Extase : elle recherche le savoir suprême avant de définir sa position vis-à-vis de l'humanité, des Corax, des horlas, de Shub-Niggurath. Elle se sert des autres pour atteindre le grand-œuvre, mais cherche seulement à savoir si c'est réalisable. Quand il sera réalisé, elle hésite entre laisser la mémoire se répandre, ou détruire le grand-œuvre et tuer tous les autres alchimistes. Mladka prévient donc les daemons que leurs amis sont en danger. De tous les alchimistes, seul Anselmo sera informé de la chose par un de ses daemons.

Petr, Isadora, Méphisto et Matilda retournent à la ruelle d'or, grâce au sauf-conduit. Isadora reste en faction dans la ruelle, toujours attachée à son anonymat, et Petr et Matilda rejoignent Szolt dans le cercle d'incantation. Petr reste en faction, Matilda envoie Szolt dans le labyrinthe, et elle se plonge dans le coma.

Elle se réveille aux côtés de Szolt dans le placard aux cafards. Ici, elle a le corps de Lenka, qui est comme son scaphandre. Ils passent dans un des tunnels de bois infestés de cafards. Ils arrivent dans les rues du quartier juif, les fenêtres sont remplacées par des plaques photographiques où l'on voit des visages. Ils se rendent au laboratoire. Ils voient la pleurnicheuse exposée dans une vitrine, mais quand ils entrent, ils ne la trouvent pas. De l'eau goutte du grenier, et le sol commencent à inonder, on entend la pleurnicheuse geindre et traiter Matilda de méchante. Szolt commence à interroger Matilda sur l'œuvre au blanc et comprend qu'elle va le transformer en agneau. Il réalise qu'elle cherche à le duper et entre en grande colère. Il menace de lui faire très mal si elle ne tient pas ses promesses de lui permettre non pas d'absorber l'emprise blanche, mais de contrôler l'emprise blanche.

L'assistant de Szolt vient prévenir Petr que Soleymane est arrivé en fureur à l'atelier. Il cherchait Szolt, on lui a répondu qu'il était absent, il a demandé à voir le n°2, l'assistant lui a parlé de Petr. Cet assistant, c'est Oleg. Le grand-frère de l'apprentie qui a été tué par Kinski.
Petr ferme la salle d'incantation à double tour et reçoit Soleymane. Ce dernier recherche sa femme Lenka, sa bien-aimée qui a disparu. Il trouve l'absence de Szolt suspecte. Petr arrive à temporiser, mais si Szolt n'a pas reparu bientôt, la colère du Gouverneur s'abattra.

Matilda et Szolt descendent au sous-sol avant que l'inondation ne gâte tout. Elle conduit Szolt jusqu'à la salle où elle avait prévu d'opérer, une salle avec une table d'opération et des miroirs. Ils y trouvent Rebecca, la mère de Matilda. Rebecca et Szolt se disputent, elle pense qu'il l'a dénoncé, il dit juste qu'il a omis de la sauver du bûcher pour éviter de compromettre son nom et sa carrière d'alchimiste. Le ton monte.

Méphisto dit à Petr que dans la labyrinthe, Szolt est hors de son emprise. Il s'apprête à descendre dans le cercle d'incantation comme on s'immergerait dans l'eau. Petr hésite beaucoup, mais finalement, il laisse Méphisto descendre.

Méphisto rejoint Matilda et la soustrait à la fureur de Szolt. Il la sort de la pièce et bloque la porte magiquement. Ils sont dans l'escalier, on entend Szolt et Rebecca se disputer. Méphisto sort des baguettes de marionnettiste, et dit qu'il peut forcer Szolt à accepter l'œuvre au blanc. Mais Matilda renonce. Elle préfère les laisser derrière cette porte quelque temps : elle va plutôt faire la deuxième œuvre au blanc. Elle reste dans le labyrinthe et renvoie Méphisto pour qu'il demande à ce qu'on amène les rats. Méphisto se retrouve avec Petr et lui dit d'aller chercher les rats, il va rester monter la garde. Il lui dit aussi qu'il peut lui charger son œuf d'albâtre s'il le laisse raconter à Oleg l'implication des alchimistes dans la mort de sa sœur. Petr évite la catastrophe en convoquant Oleg : il lui demande d'aller voir Isadora dans la ruelle et lui demander de ramener les rats.

Pendant ce temps, Anselmo a préparé sa fuite. Il a rassemblé Anabella et Anselmo. Il a toujours à la surface le chariot avec lequel il était venu pour transporter ses machines électriques. Il récupère tout ce qu'il y a de valeur et qui est facilement transportable. Il démonte l'alambic et le charge dans le chariot. Sœur Judith voit bien son manège, et lui demande de la laisser aller avec lui. Il lui propose plutôt de rester ici prendre soin d'Asmodée, qui a un grand destin dans cette ville. Sœur Judith acquiesce. Elle lui dit : "Au moins, sois heureux."
Il emporte le sarcophage de Petra. Il a pour projet de soustraire ses sels de son sang et de les réimplanter à Petra. Dans sa tête, Petra proteste. Elle ne veut pas être réintégrée. Elle est bien dans la tête d'Anselmo, et si Anselmo emporte son corps, le grand-œuvre est compromis. Mais Anselmo ne l'écoute pas. Il charge l'alambic et le sarcophage dans le chariot, puis il redescend.
Dans sa tête, le daemon-Anabella continue à s'opposer à ses projets. Anselmo, persuadé qu'il est d'avoir affaire à une fausse Anabella, retire les sels du daemon de son sang et les brûle. Etait-ce la vraie âme d'Anabella ou une caricature ? On ne le saura jamais.
Il récupère Anabella et Angelo. Ils remontent l'escalier qui conduit à la sortie, et Angelo demande pourquoi Anselmo a pris le sarcophage, Anselmo répond qu'il peut rendre son âme à sa mère. Angelo, du haut de ces cinq ans, lui dit avec conviction : "Si jamais tu ne tiens pas cette promesse, je te tuerai."

Petra propose à Anselmo de prendre possession de lui quelques minutes pour raisonner Angelo. Comme Anselmo hésite, il a une réminiscence de son dernier rêve de daemon : sur la nappe de pique-nique, alors qu'il donnait la becquée à Anabella, et face à Angelo qui l'accusait de tous les maux, il a laissé Petra prendre possession de lui pour l'apaiser. Au lieu de parler à son fils, elle a enfoncé la cuiller dans la gorge d'Anabella.

Ils arrivent en haut de l'escalier. Ils ont échappé à la vigilance de Kinski, qui est dans les souterrains avec son golem pour chasser les rats. Mais entre eux et la porte de sortie se tient Kelst, armé d'un couteau. Il leur interdit d'emporter l'alambic et le sarcophage. Anselmo sort un scalpel et le poignarde. Alors que Kelst rend s'écroule sur les marches avec un regard d'incompréhension, toute sa mémoire s'éteint. Des livres tombent du plafond, et des murs, par centaines. Puis Anselmo prend la fuite avec Anabella, Angelo et le chariot. "Nous allons connaître une nouvelle vie !" Alors qu'il tient les rênes du cheval, Angelo lui serre le bras. Il dit : "Derrière, les livres débordent de la crypte !" Anabella s'exclame :
"A... A... A...."

Isadora revient à la ruelle d'or avec les cages en verre remplies de rats. A la crypte, elle a découvert la fuite d'Anselmo et le carnage. Elle est si déboussolée qu'elle traverse l'atelier de Szolt sans se soucier de son anonymat. Elle annonce à Kelst les faits dans le désordre. C'est comme si elle lui faisait visiter la crypte. D'abord, elle lui montre qu'Anselmo, Anabella et Angelo ont disparu, ensuite, elle le conduit à la salle où a disparu l'alambic, ensuite, elle lui montre que le sarcophage n'est plus, enfin ils remontent ensemble l'escalier, elle lui dit : "Sois fort". Et elle lui montre le corps de Kelst.

Petr soupire. Isadora précise : "Au départ, je me suis dit : on peut encore repartir de zéro. Je peux refaire l'œuvre au rouge. Mais en fait, il a aussi emporté l’Évangile selon Lazare. Le grand-œuvre, c'est terminé. J'aurais voulu savoir si c'était possible, vous étiez les seules personnes capables de le réaliser, mais maintenant c'est fichu." Petr pense qu'il y a des solutions, sans les mentionner. Il détient des sels de nombreux alchimistes qui pourraient se suppléer à la mémoire de Kelst, il pense aussi qu'on peut extraire les sels de Kelst de son corps, mais il omet de mentionner ces options. Petr réalise que la difficulté fait partie du chemin de l'alchimiste, il ne renonce pas pour autant. Pour lui, Anselmo n'était pas un vrai alchimiste.

Puisqu'elle considère le grand-œuvre définitivement compromis, elle descend le labyrinthe apporter les rats à Matilda pour qu'elle en fasse des vecteurs de guérison de la peste. Méphisto veut descendre également mais Petr le lui interdit.

Isadora retrouve Matilda au pied de l'escalier.

Elles ressortent dans le quartier juif et se rendent dans une autre version du laboratoire. Elles sont dans le souvenir où la jeune Matilda découvre la bobine de fil étiquetée au nom de son père. On est en temps arrêté, la jeune Matilda est suspendue sur l'escabeau en train d’attraper l'étui. Elles s'enferment dans une des pièces. Isadora demande si Matilda a besoin de son aide, car elle craint de contracter la peste une fois qu'on aura libérer les rats pour accomplir l'œuvre au blanc. Matilda la congédie. Elle libère les rats, elle découd le Livre de Fil et s'en sert pour coudre tous les rats entre eux, et en même temps, elle met son emprise blanche dans le fil. Elle met son innocence dans le fil. Et sur son cou apparait un premier bubon : avant d'être blanchis, les rats l'ont contaminé, et ce corps est le seul que les rats blanchis ne peuvent guérir.

Méphisto reparaît dans le cercle d'incantation. Il dit à Petr qu'il va raconter à Oleg la vérité sur l'assassinat de sa sœur, à moins que Petr lui confie les sels de Kelst. Petr refuse. Il traite Méphiso de petit joueur. Méphisto pense qu'il a joué son rôle auprès de Matilda, et maintenant il veut corser le jeu. Il sort parler à Oleg tandis que Petr reste pour monter la garde et barricade la porte avec une armoire.

Un monde parallèle où Matilda a accompli l'œuvre au blanc sans perdre son innocence. Elle retourne devant la pièce où sont enfermés son père et sa mère, elle réouvre la porte, elle trouve son père prêt à la frapper avec son tisonnier, et sa mère prête à frapper son père avec des ciseaux. Elle parvient à les calmer. Elle leur dit qu'elle a accompli l'œuvre au blanc sur les rats. Elle ramène à Szolt trois rats blancs, comme elle l'avait promis. Mais Szolt ne voit plus qu'une chose. Matilda a le corps de Lenka. Szolt voit les bubons sur son cou, sur sa peau. Il est dévasté. Le Szolt qui sort du labyrinthe est dévasté. Il n'est plus le même que celui qui y est rentré. Rebecca demande à Matilda ce qu'elle va faire à présent. Maintenant qu'elle a sauvé le peuple de Prague, Matilda pense qu'elle a joué son rôle. Elle veut mener une vie normale à présent. Retourner auprès de son mari. Rebecca lui donne sa bénédiction.

Retour à la réalité. Matilda vient d'achever de coudre les rats. Elle regarde son doigt. Une goutte de sang en perle.

Oleg tente de forcer la porte à coups de hache et de maillet, il crie "Assassin !" Méphisto a volontairement exagéré le rôle de Petr dans la mort de sa sœur. Petr soupire. Ce n'est qu'un nouvel obstacle de moindre importance sur le chemin du grand-œuvre. Il soupire à nouveau et sort de son fourreau le couteau confié par Kinski, avec la gouttière chargé d'arbres-animalcules. La terre tremble et des centaines de livres tombent du plafond.


Rideau.


Commentaires :

Durée :
4h1/2

DĂ©fis :

+ Organiser une réunion de daemons

+ Vider ma cartouchière d'épreuves et de révélations qui était bien remplie

+ Faire au moins l'œuvre au blanc et/ou l'œuvre au noir. Nous n'avions pas forcément en tête de finir la campagne car il nous restait deux créneaux de jeu.

Mise en jeu :

+ On a fait une première pause / debriefing (juste avant la réunion de daemons). La joueuse de Matilda trouvait que c'était trop speed dans les révélations alors que le joueur d'Anselmo trouvait que ça manquait d'action. J'ai gardé ça en tête pour trouver un compromis entre les deux. A ce moment-là, j'ai déjà vidé ma cartouchière, donc je sais qu'on va surtout jouer les conséquences, et je pense que le rythme du reste de la séance a convenu.

+ Lors de cette première pause, j'ai proposé de tenter une réunion de daemons. On était moins que sûr du résultat, mais on a essayé, et je pense que ça a été fertile. Cela m'a permis de caser une révélation sur Isadora en avance (je l'avais prévu pour l'œuvre au noir, mais ça m'a paru intéressant de la révéler à ce moment) et le roleplay des autres daemons a eu, à mon avis, une grande influence sur la suite.

+ Quand Anselmo fuit la crypte avec tout le matériel nécessaire au grand-œuvre et en tuant Kelst, je sens que la campagne est finie. Je coupe l'enregistrement de la partie à ce moment. On redébriefe, le joueur d'Anselmo est prêt à continuer sur deux séances, le joueur de Petr et moi trouvons que la fin est bien comme ça, la joueuse de Matilda regrette que son arc narratif soit ainsi laissé en suspens. On décide alors de repartir pour 3/4 h de jeu pour clôturer l'arc narratif de Matilda.

Debriefing séance :

Je suis satisfait qu'elle ait insisté, parce que d'une j'ai cédé à mon instinct en coupant l'enregistrement sans demander l'avis des autres au contraire de mon habitude, et de deux parce que cet épilogue rend les choses plus propres, tout en restant sur une fin qui tait une partie des conséquences.

Debriefing sur la campagne :

+ Thomas : C'était une des plus chouettes campagnes qu'il m'ait été donné de jouer. Un grand merci aux joueurs, à la joueuse et à Yoann pour ce jeu.

+ Joueur d'Anselmo : Sur l'exposition des personnages, je pense qu'il faut pas de secret, du moins pas à trop long terme. J'ai eu le sentiment que le joueur de Petr gardait trop d'informations sous le coude, on a encore eu des révélations sur cette dernière séance (les sels de daemons détenus par Petr, sa relation avec le maître gnostique). C'est moins une question de règles que de "bien-jouer" [s'ensuit un débat entre nous parce que justement l'étendue des révélations dans le temps est sujet à débat.]

+ Lors de nos discussions entre nous et avec Yoann, on a eu plusieurs fois le sentiment de trahir le jeu, en omettant les règles de description du labyrinthe et du golem, en impliquant les daemons dans la mise en scène du labyrinthe (alors que c'était les joueur.se.s et non les daemon qui devaient mettre en scène), en passant plus de temps sur la vie quotidienne des alchimistes que sur les labyrinthes, en passant sous silence une bonne partie des recettes alchimiques mentionnées dans le livre de base.

+ On peut trahir un jeu Ă  condition de lui faire un enfant.

+ A mon sens, on a moins trahi le jeu que fait travailler l'émergence. Les Sels de Millevaux est un jeu riche : cela signifie qu'il est impossible de tout utiliser dans une campagne, surtout une campagne courte (6 séances).

+ Et j'ai le sentiment qu'on a exploité à fond une bonne partie du jeu : les feuilles de personnages et ma feuille de contextes ont été essorés, hormis certains qui ont fait juste des caméos (le cuisinier Vitello, le camelot Adler Noeud-Pap, le miasme ou souillure religieuse), et quelques-uns qui ont été nécessairement omis (une panthère noire évadée d'un cirque ambulant, un mentor des alchimistes transformé en singe mandrill, un golem échappé, un grand incendie, la Viande Noire, le Tissage d'Ombre, le rachat d'indulgences, le pape fou et itinérant, la prison féminine de la ruelle d'or, un prêteur sur gage de souvenirs, les forêts limbiques, des bohémiens, des astrologues). Idem on a exploité le concept des daemons à fond, et dans l'ensemble la philosophie, les thèmes et la méthode de l'alchimie ont été traités, quand bien même on a souvent ignoré une partie des éléments de l'encyclopédie (dont le fascinant mercure, sperme de tous les métaux, mentionné une seule fois dans la campagne) pour y substituer une vision de l'alchimie spécifique à chaque personnage (et ça, c'est du "à la lettre" puisque la création de personnage mentionne de s'inventer une spécialité en alchimie, d'où ces alchimies du corps, de la couture et de la mémoire). Quand au labyrinthe, on en a respecté le cycle d'autorité sur la narration. Et plus que tout, j'ai respecté et même amplifié le souhait de Yoann de limiter le jeu méta à sa portion congrue : quasiment aucun point de règle qui n'ait été expliqué par le biais de la narration. A mon sens, toute partie de jeu de rôle est une trahison du livre de base, pour autant j'estime ici que ce fut une trahison de la lettre pour la sauvegarde de l'esprit.

+ Cette campagne fut aussi pour moi l'occasion de m'exercer encore davantage au vertige logique. J'ai le sentiment qu'on a produit ensemble de splendides scènes mindfuck, et jamais gratuites. J'aimerais être capable de détailler ma méthode pour faire du mindfuck dans un texte futur. En attendant, vous avez déjà ce podcast : Littérature, jeu de rôle, musique et onirisme.

+ Cela peut paraĂ®tre frustrant d'arrĂŞter la campagne Ă  ce stade, mais en fait la suite du grand-Ĺ“uvre, on l'a jouĂ©e, grâce aux scènes de vertiges logiques, Ă  tous les flash-forwards et mondes parallèles qu'on a jouĂ©s. C'est ça qui est plaisant, c'est que ça comble une frustration, tu attends vraiment une scène mais l'aventure part dans une autre direction ou tarde Ă  se rapprocher de ta scène, et bien tu peux encore jouer cette scène en flash-forward ou en monde parallèle. L'exemple typique, ça a Ă©tĂ© la scène de flash-forward oĂą il ne reste que l’œuvre au jaune Ă  accomplir. Autre exemple : Ă  la fin de la campagne, quand la joueuse de Matilda m'annonce qu'elle va rapporter les rats Ă  Szolt comme elle l'a promis, je  rĂ©alise qu'elle omet de tenir compte que Matilda a perdu son emprise blanche, et donc peut-ĂŞtre sa loyautĂ©. Alors je lui permets de jouer un monde parallèle oĂą elle l'a conservĂ©, qui lui permet d'exploiter son Ă©lan. Avant de retourner Ă  la dure rĂ©alitĂ©, qu'elle a d'ailleurs prĂ©fĂ©rer laisser en suspens (mais que quelque part on avait aussi dĂ©jĂ  jouĂ© avec le flash-forward/monde parallèle du suicide de Pavel).

+ Entre le vertige logique, le jeu moral en campagne au long cours, et la disparition du jeu méta, cette campagne m'a offert de faire un bond dans mon expérience ludique. Il y a un avant et un après.


Debriefing sur le jeu :

+ Joueur d'Anselmo : Les daemon, c'est génial parce que tu joues tout le temps.

+ Joueur de Thomas : A la longue, c'est vraiment important que le daemon ait une identité, surtout quelqu'un que l'alchimiste a connu, c'est beaucoup plus fertile en jeu, et c'est raccord avec la proposition du jeu, qui rappelle que les daemons sont l'âme d'une vraie personne.

+ Joueur de Petr : le convent de daemons, j'ai pas eu l'impression le sentiment qu'il a eu une influence narrative.

+ Thomas : Je pense que si. Il a apporté un certain nombre d'informations et d'avis qui ont influé l'attitude des alchimistes. Je le voyais comme une forme de "réunion de scénaristes" mais en roleplay, et dans ce sens-là je trouve que ça a bien fonctionné, même si des lors qu'on joue un truc au lieu de négocier en méta, il est impossible d'obtenir des effets identiques : l'aventure envahit la réflexion d'auteur et la manipule.

+ A mon sens, le jeu est abouti. Dans sa rédaction, si je devais faire des propositions à Yoann, je dirais :
- reprends le texte d'Inflorenza minima (avec des exemples personnalisés) pour étendre l'explication des règles.
- Propose que les daemons soient des vraies personnes et connaissances de l'alchimistes.
- Rajoute les rêves de daemon dans le texte, propose aussi que les daemons puissent incruster des figurants imaginaires dans la réalité (ce dernier point, les joueur.se.s ont omis de le tester mais je pense qu'il a de l'avenir).
- Permets aux joueur.se.s de contrôler les labyrinthe par l'entremise de leurs daemons. C'est beaucoup plus facile à gérer, surtout si on a déjà expérimenté des rêves de daemons, parce qu'alors c'est juste un rêve de daemon où on peut se contenter d'une scène d'introspection ou faire une scène d'adversité et demander un prix à payer (et encore, vu que le daemon peut demander des prix à payer tout le temps, avec accord de Da'at, la différence est mince).
- Conserve tes règles de description de labyrinthe et de golem si tu le souhaites. Sache que si la table crée labyrinthe et golems en même temps que les alchimistes, ça peut fonctionner, mais si les labyrinthes viennent à être créés plus tard, on appréciera quelque chose de plus corrélé à l'intime de l'alchimiste.
- Réfléchis sur le lien entre le golem et son alchimiste. Est-il seulement possible de leur faire jouer des motivations divergentes alors qu'ils sont contrôlés par le même joueur ? Pour ma part, je suis satisfait d'avoir joué le golem comme un scaphandre de chair pour l'alchimiste. Déjà, ça me permet d'expliquer le changement de narration en restant dans le jeu. Et ça a été fertile pour le jeu. Pour Sœur Judith, c'était cosmétique pendant le labyrinthe, mais le dilemme à la sortie de Sœur Judith du labyrinthe, où elle a des motivations divergentes d'Anselmo fut intéressant. Pour moi, le golem peut diverger de l'alchimiste quand il est joué par Da'at et non par l'alchimiste : c'est-à-dire avant qu'il devienne golem et après, quand il veut sortir du labyrinthe, c'est là où le jeu des divergences se crée. Le jeu des convergences, on l'a vu pendant le labyrinthe de Matilda. Le fait qu'elle utilise Lenka comme golem-scaphandre et la condamne ainsi à la peste sous les yeux de son père, ça a été très fort.
- Conserve ton encyclopédie sur l'alchimie. Mine de rien, j'ai pioché dedans, et une personne moins rompue à l'univers de Millevaux en aura plus besoin que moi.
- Rajoute les tables que je t'ai envoyées.
- Si ça t'intéresse, je peux te confier le setting de Prague pour que tu le rajoutes comme proposition de cadre de jeu.


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#10 09 Nov 2016 16:26

Thomas Munier
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Re : [Les Sels de Millevaux] Comptes-rendus de partie

Retour Ă  froid du joueur de Petr / du daemon-Anabella :

"Dans sa tête, le daemon-Anabella continue à s'opposer à ses projets. Anselmo, persuadé qu'il est d'avoir affaire à une fausse Anabella, retire les sels du daemon de son sang et les brûle. Etait-ce la vraie âme d'Anabella ou une caricature ? On ne le saura jamais."

En fait, Anabella, dégoûtée, ayant pris conscience qu'Anselmo ne l'aime pas véritablement mais n'aime que lui-même et n'écoute quel ui-même, lui demande de ne plus faire partie de lui. La décision vient d'elle, c'est une précision importante, je trouve (pour son arc narratif). Et comme elle le connaît bien, on peut se demander si elle n'a pas soupçonné qu'il allait détruire ses sels.


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