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#31 21 Nov 2018 10:31

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
Site Web

Re : [Systèmes Millevaux] Comptes-rendus de partie

LE NARCODÉDALE

Suite de la campagne Millevaux multisystèmes en solo par Damien Lagauzère. Échappé du monde onirique de Blue City, l’agent Singer tombe dans un piège cauchemardesque sans début ni sens ni fin.


Le jeu principal de cette séance : Sphynx de Fabien Hildwein, exploration et errances métaphysiques au cœur des ruines de civilisations disparues.

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bass_nroll, cc-by-nc-nd, sur flickr.com


Épisodes précédents de la campagne :

1. La forĂŞt du dessous (CSMS)
Quand les souterrains deviennent cavernes et les fantĂ´mes deviennent horlas. Un crossover Poltergeists / Millevaux

2. Traqué par les capuches blanches
Une course-poursuite mortelle qui débouche vers l’enfer souterrain du jeu de rôle Cœlacanthes !.

3. Je suis d’un autre monde
L’agent Haze confronté à un serial killer originaire de Millevaux dans un imbroglio onirique des plus déroutants. Troisième épisode de la campagne Millevaux solo multi-systèmes de Damien Lagauzère.

5. Sous la coupe des horlacanthes
Damien Lagauzère poursuit sa campagne Millevaux solo multi-système avec l’un des scénarios les plus éprouvants de Coelacanthes !

6. La folie de ma sœur.
Une incursion funèbre et enfiévrée dans la mémoire d'une défunte.

7 Celle qui ne pouvait pas ĂŞtre lĂ 
Retour dans le monde contemporain, avec une prise d'otages orchestré par un forcené étrangement connecté à la forêt de Millevaux !

8. Le Naufrage du Golem.
Quand une ancienne civilisation ayant fui Millevaux par la voie des airs envoie une expédition de reconnaissance des générations plus tard.


L’histoire :

    Ă€ l'intĂ©rieur, tout n'est plus que ruines abandonnĂ©es Ă  la vĂ©gĂ©tation. Les racines des arbres percent le sol. Les branches crèvent les plafonds. Le lierre court le long des murs. Certains se sont d'ailleurs Ă©croulĂ©s. La plupart des fenĂŞtre sont brisĂ©es. Pourtant, la lumière n'entre pas. On y voit Ă  peine dans ces couloirs. Le silence règne. Singer se retourne et prend la main de Johanna.
    Ils n'ont pas eu le temps de beaucoup discuter. Tout c'est passĂ© très vite. Blue City, le Thanatrauma, les Antigens... Singer sait qu'elle a Ă©tĂ© kidnappĂ© par un tueur en sĂ©rie. Il sait aussi qu'elle est la seule Ă  avoir Ă©tĂ© retrouvĂ©e vivante. Il sait donc qu'en thĂ©orie, elle n'avait rien Ă  faire Ă  Blue City. Et pourtant... Il voudrait lui poser la question, savoir si elle sait pourquoi elle est ici, avec lui, pourquoi Coleman ne l'a pas tuĂ©e. Mais il sent bien que ce serait indĂ©licat. Et puis, dans l'immĂ©diat, il faut trouver un moyen de sortir de Millevaux. Visiblement, c'est comme ça que cet endroit s'appelle. Pour s'Ă©jecter, il lui suffit de faire appel Ă  ContrĂ´le. Mais elle ? Comment s'est-elle retrouvĂ©e Ă  Blue City sans y avoir Ă©tĂ© envoyĂ© par la Compagnie. Il semblerait qu'il y ait une porte ici. Il faut la trouver. Et un certain Patient 13 aussi. Et tout ça avant que ce Thanatrauma ne leur mette la main dessus.
    Ils entrent dans ce qui a dĂ» ĂŞtre un bureau. Le meuble donnant son nom Ă  cette pièce git d'ailleurs, renversĂ© dans un coin. Singer tourne la tĂŞte vers une vitrine Ă©clatĂ©e. Ă€ l'intĂ©rieur, une collection de cranes difformes recouvert de mousse et de moisissures. Johanna, quant Ă  elle, s'est approchĂ©e du bureau et tente d'ouvrir un tiroir coincĂ© par l'humiditĂ©. Singer le dĂ©bloque d'un coup de pied. Vide ! Rien de très Ă©tonnant finalement. Mais Singer se dit qu'il reste peut-ĂŞtre des dossiers quelque part. S'ils sont bien dans un hĂ´pital, il doit bien rester quelques traces des dossiers des patients, dont ce fameux Patient 13. Autant commencer par ce bureau...
    Johanna et Singer entreprennent donc de fouiller cette pièce, surtout ce qui reste des Ă©tagères et de la bibliothèque. Mais rien concernant les patients. Rien d'utilisable en fait. Singer rĂ©flĂ©chit. Qui dit dossiers, dit archives. Qui dit archives dit lieu de stockage. Et les archives, on les stocke au sous-sol ou au grenier, non ? Johanna acquiesce. « OK ! On commence par le sous-sol. »

    « C'est pas vrai ! »
    Singer est dĂ©goĂ»tĂ©. De toutes les portes qu'il aurait pu ouvrir au hasard, il a fallu que ce soit celle de la morgue. Enfin, de l'ancienne morgue. Le sol est recouvert de terre. Il en Ă©mane une forte odeur de putrĂ©faction que ne couvre pas, ou plus, une lĂ©gère odeur d'alcool. Certaines des pierres constituant les murs se sont vues dĂ©chaussĂ©es sous l'action de racines. Derrière lui, Singer entend un bruit sourd. Johanna Ackermann vient de s'Ă©crouler au sol. Ă€ moitiĂ© assise par terre, elle rampe jusque contre un mur. Elle semble effrayĂ©e. Il se retourne et voit...
    Dans un coin de la pièce, vide jusqu'Ă  prĂ©sent, une ombre est apparue. Elle est plus grande qu'un ĂŞtre humain. Singer a l'impression de voir flou. Il plisse les yeux. L'ombre se prĂ©cise, prend forme. Elle mesure environ 2m50. Elle est revĂŞtue d'une cape sombre. La capuche rĂ©vèle malgrĂ© tout le bas d'un visage composĂ© de plaques osseuses. Pur rĂ©flexe, il cherche une arme dans sa poche. Mais ici, Ă  Millevaux, il n'y a aucun moyen de demander de l'aide Ă  ContrĂ´le. Sa seule porte de sortie, c'est ce mystĂ©rieux Patient 13. Et il doute que cette chose soit le patient en question.
    La chose, Singer ne lui trouve d'autre nom, fait claquer ses mâchoires dans sa direction. Pour autant, elle ne bouge pas. Il se surprend Ă  penser qu'elle ne peut peut-ĂŞtre pas bouger. Est-ce vraiment le cas ? Comment s'en assurer ?
    Singer retient son souffle. Il s'approche de la chose et tend la main dans sa direction, la retirant aussitĂ´t. La chose Ă©met une sorte de feulement mais reste immobile. Elle est bel et bien coincĂ©e lĂ . Comment ? Et pourquoi ?
    « Est-ce que tu me comprends ? » tente Singer.
    « GavĂ© de Jus de Singe, j'annonce la vĂ©racitĂ©. Je cite le Verrat. Je collabore. Je suis brave. Le gain au bout du protocole. Depuis mon exil, je vous Ă©pies. »
Singer a déjà entendu ces mots quelque part. Non ! Il les a lu quelque part. Il ne sait plus vraiment en fait. Ce dont il est sûr, par contre, c'est que ces mots sont ceux laissés par Coleman sur une de ses scènes de crimes. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cette chose est-elle liée à Coleman ? Coment ? Pourquoi ?
    « ĂŠtes-vous Paul Coleman ? » hasarde-t-il en jetant un Ĺ“il vers Johanna, pĂ©trifiĂ©e, terrifiĂ©e.
    « Non, mais... je parle par sa bouche... »
    « Vous ĂŞtes... prisonnier, ici ? »
    « Oui, mais... je suis le Patient 13 ! »
    « Quoi ??! Mais qu'est-ce que ça veut dire ? »
    « NoAnde est le verrat de la vĂ©racitĂ©. Il sait le protocole. Je suis exilĂ©. Je vous Ă©pie. GavĂ© de jus de singe... »
    « Je... Euh... Si je comprends bien. Vous ĂŞtes ce fameux Patient 13 qui est sensĂ© pouvoir nous faire sortir d'ici. Sauf que vous ĂŞtes coincĂ© ici. Vous nous avez adressĂ© des messages. Enfin, pas Ă  moi personnellement, je veux dire... Vous nous avez adressĂ© des messages par l'intermĂ©diaire de Paul Coleman, le tueur qui s'en est pris Ă  Johanna. Vous avez besoin d'aide pour sortir, fuir cet exil forcĂ©, c'est ça ? Et ce NoAnde sait ce qu'il faut faire ? Il connaĂ®t la procĂ©dure pour vous libĂ©rer. Et vous connaissez la procĂ©dure pour nous libĂ©rer, Johanna et moi ? Vous voulez... qu'on trouve ce NoAnde pour vous, qu'on vous le ramène ? Il est ici ? Dans ces ruines ? »
    « Non ! »
    « Mais que voulez-vous alors ? »
    « Je veux libĂ©rer... quelqu'un... »
    « Mais c'est nous, bordel !! C'est nous qu'il faut libĂ©rer ! »
    « Il faut libĂ©rer Demian Hesse, mais... »
    « Mais quoi ? Merde ! Parlez bordel !! »
    « Aaron Powl, du clan Powl. Il suit la voie des Lwas. Il n'est pas horla loi. Dis-le Ă  Haze. Tu le raconteras Ă  Haze ? »
    « Oui, oui ! Mais comment sortir d'ici ? »
    « Trouves le verrat... et reviens. »

    Johanna s'Ă©tait reprise dès lors qu'ils avaient quittĂ© la morgue. Elle se montrait mĂŞme particulièrement active dans la recherche de ce fameux verrat. Mais, oĂą trouvait-on un homme-porc dans un hĂ´pital en ruine ? Au moins Singer Ă©tait sĂ»r que la chose qui s'Ă©tait prĂ©sentĂ©e comme Ă©tant le Patient 13 ne bougerait pas, elle.
    Ils Ă©taient remontĂ©s au rez-de-chaussĂ©e. Singer rĂ©flĂ©chit. Il a dĂ©jĂ  visitĂ© ces ruines d'une certaine façon. Quand il Ă©tait Ă  Blue City. Avant de plonger encore plus en avant et de se retrouver ici. Il se rappelle un message, une inscription Ă  propos de la Bouche et de Pierre. Les chambres ! Il faut fouiller les anciennes chambres. Ce Pierre est certainement un ancien patient et il a peut-ĂŞtre laissĂ© quelque chose. Et c'est Ă  ce moment lĂ  que Johanna Ă©merge de derrière le comptoir de l'accueil avec un vieux plan des lieux Ă  moitiĂ© dĂ©chirĂ©. Ă€ l'endroit d'une pièce du 1er Ă©tage, une croix. Pas très loin, dans la marge, on a Ă©crit : « La Bouche ne parlera plus. Pierre s'en est allĂ©. » Sans attendre Johanna, Singer fonce Ă  l'Ă©tage.
    Il trouve facilement la chambre en question. Elle est en ruine, comme toutes les autres. Le lit est encore lĂ . Le matelas est rongĂ© par l'humiditĂ©, crevĂ© par les ressorts. Un petit bureau gĂ®t, renversĂ©, un pied cassĂ©. Il y a aussi une petite armoire. Singer la fouille. Il trouve une petite boite en fer blanc. Contrairement Ă  tout le reste du mobilier, elle ne porte pas la marque du temps et de la ruine. Ă€ l'intĂ©rieur, une clĂ©. Singer la prend du bout des doigts, elle est recouverte d'une substance poisseuse.     Une voix retentit de la porte d'entrĂ©e. C'est Johanna.
    « Ma clĂ© ! Je l'avais perdue. »
    « Vous connaissez un certain Pierre ? »
    « Oui, j'ai un cousin qui s'appelle Pierre. »
    Singer secoue la tĂŞte et lui tend la clĂ©. Mais Johanna refuse de les prendre.
    « Gardez-la. Elle est dĂ©goulinante de je-ne-sais-quoi. »
    Singer la fourre dans sa poche. Son contact est gluant et dĂ©sagrĂ©able. Mais il ne s'attache pas Ă  cette sensation. Il cherche autre chose. Il cherche la Bouche. Il finit par trouver un dessin au Âľ effacĂ© Ă  environ un mètre du sol. La Bouche fait environ 30 cm de long. Singer croit percevoir un vague murmure. Pourtant, le dessin est immobile. Il approche son oreille du mur.
    « Pierre n'est plus. Il me faut un nouvel assistant. »
    Singer fixe Johanna droit dans les yeux et, sans lâcher son regard rĂ©pond Ă  la Bouche.
    « Je ne suis pas Pierre. Je suis Paul. Je peux ĂŞtre votre assistant. »
    « C'est... bien. Tu es Dionysos, mon assistant. »
    « Je le suis. Je dois trouver le verrat pour libĂ©rer le Patient 13. »
    « Le porc fantĂ´me est certainement perdu dans l'Abyme. Et s'il n'y est pas, alors... Vas Dionysos. Fais ce que tu as Ă  faire et reviens me voir. »

    Singer et Johanna sortent de la chambre. MĂ» par un rĂ©flexe inconnu, Singer referme la porte. Il sort la clĂ© de Johanna de sa poche et l'enfonce dans la serrure. Il ferme la porte Ă  clĂ© mais... Impossible de la retirer. Johanna le regarde, incrĂ©dule. Ils fixent tous les deux la serrure. Ce n'est plus la mĂŞme clĂ©. Singer porte la main Ă  sa poche. Vide, bien sĂ»r. Que croyait-il ? Qu'espĂ©rait-il ? Il fait de nouveau tourner la clĂ©. La porte s'ouvre mais il doit la forcer un peu. Il rĂ©cupère la clĂ©. Elle a toujours la forme d'une clĂ© de chambre mais ne dĂ©gouline plus de ce liquide visqueux. Ă€ l'intĂ©rieur, on entend un murmure incomprĂ©hensible. L'Abyme ! Johanna consulte son plan. Une nouvelle croix est apparu au centre d'une grande pièce du sous-sol...

    Demian Hesse rĂŞve... Il erre sur le plan du RĂŞve. Et comme par hasard, il ressemble Ă  l'Antique Plateau de Leng. Ce n'est pas un hasard. Demian Hesse adore l'univers de Lovecraft. Aussi, ce n'est pas Ă©tonnant que le plan du RĂŞve prenne pour lui ce dĂ©cor finalement plutĂ´t familier. Cela aurait pu ĂŞtre Kadath, mais Leng c'est bien. Ça change de cette forĂŞt sans fin.
    Dans ce rĂŞve, il y a de l'amour et du danger. Plus de danger que d'amour.
    Dans ce rĂŞve, il n'est pas seul. Qui est l'autre ? Ami ? Ennemi ? Dans le doute, Demian lui envoie une vague d'amour. L'autre va-t-il la recevoir ?
    Demian a l'horrible vision d'un rat Ă  tĂŞte humaine. La chose ricane avant de s'Ă©vaporer. Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce la rĂ©ponse de l'autre rĂŞveur? Un vent de folie souffle alors sur l'Antique Plateau de Leng !
    Mais cette folie s'accompagne d'une brise bienveillante. Face Ă  l'adversitĂ©, Demian a le sentiment qu'il n'est pas seul. L'espoir est permis.
    Mais l'espoir est de courte durĂ©e. Demian doit se mettre Ă  l'abri car une horde crĂ©atures famĂ©lique toute en griffes et en dents dĂ©ferle sur Leng et y sème le chaos.
    Quand Demian sort de sa cachette, il se trouve nez Ă  nez avec un chat saturnien. Il a les yeux grands comme des soucoupes. Son pelage est chatoyant. Il ouvre la bouche. On dirait que sa mâchoire va se dĂ©boĂ®ter.
    « SodekNoFinkestĂ l'hĂ´pital ! »
Puis, le chat repart comme il est venu.
    Sans trop savoir pourquoi, Demian voit lĂ  un bon prĂ©sage. Il est plein d'espoir et espère que cette vague d'espoir va toucher l'autre rĂŞveur, de l'autre cĂ´tĂ© du Plateau. Mais ce ne sont que des hurlements. Des cris de dĂ©sespoir et de folie qui traverse Leng en rĂ©ponse.
    Demian repense alors Ă  ce rat Ă  tĂŞte humaine. Un rat, un chat... Et si tout cela n'Ă©tait qu'un jeu. Le jeu du chat et de la souris. De l'autre ou de lui, qui est le chat, qui est la souris ?
    Demian est alors clouĂ© au sol par une migraine d'une violence inouĂŻe. Son crane et son cerveau sont littĂ©ralement rĂ©duits en miettes sous l'impact des hurlements colorĂ©s d'une multitude de chats saturniens. Est-ce une attaque de... l'autre ? Demian hĂ©site. Doit-il rĂ©pondre par la folie ou l'amour ? La folie est tentante, mais il choisit l'amour.
    Et Ă  cet amour, l'autre rĂ©pond par une vague de rats ricanant Ă  visage humain. Une fois de plus, Demian doit se cacher. Il a l'impression que son attente dure des jours. Mais il sait qu'il rĂŞve. Il sait que sa perception du temps est fausse. Il attend... des jours. Il a maintenant la certitude que l'autre rĂŞveur n'est pas son alliĂ©. Non, il lui veut du mal. Il doit se mĂ©fier, se protĂ©ger. L'air est chargĂ© de folie. Quand il ressort...

    Demian se retrouve dans une pièce sombre. Elle semble Ă©clairĂ©e par des torches mĂ©diĂ©vales mais il n'y en a pourtant aucune de visible. Cet endroit, c'est une morgue. Il y a des cadavres partout. Les brancards s'agitent tout seul. Certains sont projetĂ©s contre les murs par des mains invisibles. Le bruit est insoutenable. Dans un coin, une silhouette s'anime. Elle est grande et recouverte d'une cape et d'une capuche. Demian ne discerne que la bas du visage mais reconnaĂ®t ces plaques osseuses. Il les a dĂ©jĂ  vu. Dans ces cauchemars. La silhouette s'avance vers lui Ă  grands pas, ses mains griffues tendues en avant.
    Demian se saisit d'un brancard mĂ©tallique qu'il attrape au vol. il hurle : « NoAnde ! Aides moi ! »
    Il abat alors le brancard sur la tĂŞte du Coelacanthe. En mĂŞme temps, NoAnde, l'ĂŞtre mi-homme-mi sanglier apparaĂ®t dans un coin de la pièce. Il s'accroupit et enfonce ses mains dans la boue sanguinolente qu'est devenu le sol de la morgue. La terre tremble, gronde. Des racines apparaissent sous les pieds du Coelacanthe Ă  moitiĂ© Ă©tourdi. Les racines grandissent et s'enroulent autour des jambes du monstre. Demian abat de nouveau le brancard sur son crane. Le Coelacanthe est rapidement totalement immobilisĂ©.
    NoAnde a toujours les bras solidement enfoncĂ© dans le sol. Il semble fĂ©brile, très concentrĂ©.
    Demian s'approche du monstre et soulève la capuche. Les plaques osseuses ne sont qu'un masque. Sous le masque, il reconnaĂ®t... C'est lui, en femme. La Magicienne. Il lui saisit le visage entre les mains, s'approche et lui force la bouche.

    Paul Singer est haletant. Il est debout, face Ă  la porte menant Ă  l'Abyme. Johanna Ackermann le regarde, affichant un masque d'incomprĂ©hension. Paul vient d'avoir une vision. Une rĂ©vĂ©lation. Alors que Johanna s'apprĂŞte Ă  entrer, il la retient.
    « Je... j'ai vu. Demian Hesse. Il est ici. Il est venu. Il s'est battu contre la Magicienne au masque de Coelacanthe. Il aurait dĂ» gagner avec l'aide du verrat. Mais il s'est passĂ© quelque chose. Demian est restĂ© prisonnier ici, dans le corps de la Magicienne. C'est lui le Patient 13. Et elle, elle est en libertĂ©, quelque part. L'homme-sanglier va nous aider, mais pourquoi s'est-il rĂ©fugiĂ© ici au lieu d'aider Demian. De quoi a-t-il peur ? »
    « Je comprends » lui rĂ©pond Johanna alors mĂŞme qu'elle ouvre la porte menant Ă  l'Abyme.

L'Abyme ! Une salle hors de toute proportion. Le sol y est de boue. Les murs sont en terre et percés ça et là de racines et de lierres grimpant. Le plafond... Il n'y en a pas. Une multitude de cage de formes et de tailles diverses pendent à plusieurs mètres du sol. On distingue entre elles des passerelles métalliques, des ponts de singes en cordes... On entend des gémissements, des hurlements. Les pensionnaires de cet hôpital seraient donc là ?
Singer se tourne vers Johanna. Elle paraît très curieuse quant à ce lieu. Pas du tout effrayée. Lui, par contre, n'est pas du tout à l'aise. Il se demande si tous ces gens enfermés là sont les anciens patients ou au contraire de nouvelles personnes qu'on a enfermé. Et dans ce cas, dans tous les cas, qui est ce « on » ? Qui a les clés de cette hôpital ? Les clés ou... La Clé ? Inconsciemment, il sert la clé d'appartement de Johanna et observe cette dernière déambuler dans l'Abyme. Elle cherche ce fameux NoAnde sensé les aider. Il trouve qu'elle a l'air anormalement à l'aise en cet endroit. Et il se demande alors si... elle n'est pas déjà venue ici.
« Non, lui répond-elle. Mais je connais quelqu'un qui est venu ici.
Coleman ?
Coleman.
Ce n'est pas vraiment la clé de ton appartement.
Non. Mais elle fait très bien l'affaire. »

    Et Singer commence Ă  raccrocher les wagons. Et si... Et si Coleman, par ses meurtres, avait tentĂ© de rejoindre cet endroit. Pas forcĂ©ment l'hĂ´pital, mais cette forĂŞt hantĂ©e. Les meurtres seraient alors comme des rituels ouvrant des portes vers le monde des esprits qu'il voulait rejoindre. Cet hĂ´pital, et mĂŞme Blue City, ne seraient que des dimensions intermĂ©diaires, des sas entre notre monde et celui-lĂ . Si Blue City est bien, comme on le dit Ă  la Compagnie, une projection ou une sorte de matĂ©rialisation de l’inconscient collectif, est-ce que ça signifie que l'inconscient collectif est une porte vers Millevaux. Ce serait donc le pyschisme humain qui serait la porte... et peut-ĂŞtre mĂŞme la clĂ©. La solution pour traverser les voiles entre les mondes serait donc en nous et accessible par divers moyens. L'insertion dans Blue City pour la Compagnie, la drogue pour les toxicos, la transe pour les chamans, le meurtre pour Coleman... et les cauchemars pour... Demian Hesse. Pourquoi penser Ă  lui maintenant ? Parce que lui aussi est piĂ©gĂ© ici.
    Singer secoue la tĂŞte. Un peu comme si ses idĂ©es allaient se remettre en place. Mais il a une nouvelle rĂ©vĂ©lation. Si des gens comme lui peuvent arriver dans cet endroit, ça veut dire que les choses qui peuplent cet endroit peuvent aussi arriver chez nous... Il regarde de nouveau la clĂ© de Johanna. Celle-ci n'est dĂ©finitivement pas une clĂ© ordinaire. Avec l'aide de NoAnde et Demian Hesse, ils pourront rentrer chez eux et lĂ ... il faudra tout faire pour prĂ©venir le monde ! Mais pour l'instant, trouver NoAnde.

    « NoAnde ? Vous ĂŞtes là ? »
    C'est Johanna qui criait. Singer Ă©tait atterrĂ© par ce manque de prudence. Cet endroit Ă©tait potentiellement dangereux, peuplĂ© d'ennemis, truffĂ©s de pièges et elle... et elle... Et Singer trouva alors qu'elle avait l'air de trouver cette situation somme toute très naturelle. Elle se conduisait comme si tout Ă©tait normal. Et il se dit qu'après tout, d'une certaine manière, elle connaissait Ă©galement les lieux. Alors, il se mit lui aussi Ă  crier.
    Puis, alors qu'ils avançaient des les tĂ©nèbres, le silence fut brisĂ© par des sanglots.
    « NoAnde ? demanda Johanna.
    Non, je suis le Fou rĂ©pondit le jeune homme enfermĂ© dans la cage juste au-dessus d'eux.
    Peux-tu nous aider Ă  trouver NoAnde s'il-te-plait ? Poursuivit JoHanna.
    Pourquoi le ferais-je ?
    Parce que je suis Dionysos, l'assistant de la Bouche, enchaĂ®na Singer qui ne comprenait pas vraiment pourquoi ces mots sortaient de sa... bouche.
    Faux ! affirma le Fou. Pierre est l'assistant de la Bouche.
    Pierre n'est plus, reprit doucement Johanna. Dionysos est le nouvel assistant de la Bouche. Nous devons libĂ©rer Demian Hesse et quitter cet endroit. Nous avons besoin de NoAnde pour cela. Peux-tu nous aider Ă  le trouver ?
    Il faut la ClĂ© pour quitter cet endroit.
    Je l'ai, affirma Singer-Dionysos en brandissant la clĂ© d'appartement de Johanna sous la cage.
    Oh ! Alors oui, NoAnde est plus loin, vers l'Est, Ă  2h19. Quand tu verras la Bouche, parles-lui de moi. Tu promets ?
    Je promets, dit Singer-Dionysos.

    Johanna et Singer-Dionysos marchèrent vers l'Est pendant 2 heures et 19 minutes. Puis, ils levèrent la tĂŞte. Il y avait toujours des cages au dessus d'eux. Certaines Ă©taient vides, d'autres non. Mais ils n'y prĂŞtèrent pas attention avant 2h19. Et là :
    « NoAnde ? Je suis Dionysos, l'assistant de la Bouche. Nous avons besoin de vous pour libĂ©rer Demian Hesse. Nous possĂ©dons la ClĂ©. »
    La cage s'agita au bout de ses chaĂ®nes puis, soudain, Johanna et Singer-Dionysos se retrouvèrent face Ă  un ĂŞtre Ă©trange, mi homme-mi sanglier recouvert de plaques d'Ă©corce, de feuillages et de brindilles. L'homme (?) s'incline.
    « Je me prĂ©sente, NoAnde, chaman du Clan des Arbres et serviteur de Shub'Niggurath. Je m'incline devant toi, Dionysos, assistant de la Bouche. »
    Puis, il se tourne vers Johanna.
    « Et je m'incline devant toi, Sodek NoFink. »

    Singer a une sensation bizarre alors qu'il voit NoAnde s'incliner devant eux. De mĂŞme, il ne comprend pas pourquoi il appelle Johanna « Sodek NoFink ». Elle a l'air surprise, mais Singer trouve qu'il y a un cĂ´tĂ© surjouĂ© dans sa rĂ©action. Il commence Ă  prendre peur. Quelque chose lui Ă©chappe. Il le sait. Et alors que la petite troupe se met en marche, il trouve plus prudent de rester quelques pas en arrière. Johanna et NoAnde Ă©changent quelques mots. Singer tend l'oreille et capte des bribes de leur dialogue. Ils parlent de lui, ou plutĂ´t de Dionysos. Il parle de Coleman Ă©galement. Et de la CitĂ© Bleue. Singer a l'impression d'ĂŞtre tombĂ© dans un piège. Il pense Ă  s'enfuir, mais pour aller où ? Rester ici, dans l'Abyme. Non ! Il doit sortir de cet hĂ´pital. Et pour ça, il doit les suivre jusqu'Ă  Demian Hesse.
    Ils sont maintenant tous trois devant la porte donnant sur la morgue. Derrière, se trouve Demian Hesse et, Singer l'espère, des rĂ©ponses. Pourtant, il Ă©prouve une rĂ©elle peur Ă  l'idĂ©e d'entrĂ©e. Et il se rappelle :
    « Je dois d'abord parler Ă  la Bouche. J'ai un message de la part du fou.
    Bien, si tu veux. Mais dans ce cas, donnes moi la ClĂ© que nous puissions libĂ©rer Demian. »
    Singer jette un regard Ă  NoAnde. Ce dernier semble douter.
    « Non, lâche Singer. Il aurait voulu ne pas trahir son angoisse mais il sent lui-mĂŞme les tremblements dans sa voix. Non, tente-t-il de se reprendre. Je vais voir la Bouche. Attendez-moi ici. »
    NoAnde a l'air soudain mĂ©fiant. Johanna, ou Sodek NoFink, fronce les sourcils. Sa voix se fait plus forte.
    « Mais pourquoi ? Tu as peur qu'on parte sans toi ? Ça n'a pas de sens. Vas voir la Bouche si tu veux mais laisses-nous au moins gagner du temps. Plus vite on accomplit ce petit rituel dĂ©bile, plus vite on rentre chez nous ! »
    « Elle n'a pas tort, lâche NoAnde. »
    Singer se demande Ă  quoi ils jouent ces deux-lĂ . Il a conscience d'ĂŞtre en infĂ©rioritĂ© numĂ©rique. En admettant qu'il puisse se dĂ©fendre contre Johanna, que pourrait-il bien faire contre l'homme-sanglier ? Et alors, il se demande si tout cela n'est pas un rĂŞve et s'il ne devrait tout simplement pas se rĂ©veiller pour en finir. Et si la Bouche savait...
    « Je reviens, lâche Singer d'une petite voix. »
    Il s'enfuit littĂ©ralement en courant, serrant fort la ClĂ© dans son poing. Il n'entend pas de bruit derrière lui. Les autres ne semblent pas le poursuivre. Il n'ose pas se retourner. Il fonce vers la chambre de la Bouche.
    Le dessin est toujours lĂ , Ă  demi effacĂ©. Singer est essoufflĂ© par sa course, surtout la montĂ©e des escaliers. Il s'Ă©croule devant le mur et se rend compte qu'il est Ă  genoux, prosternĂ©, devant la Bouche.
    « Relève-toi Dionysos. As-tu la Clé ?
    Oui, lâche-t-il dans un souffle.
    Qu'as-tu d'autre pour moi ?
    Un message... du Fou. Il voulait, il veut que je vous parle de lui...
    Et c'est fait. Je t'en remercie Dionysos. Tu as la ClĂ©. L’Éveil est la ClĂ©.
    C'est un cauchemar, c'est ça ? Je dois me rĂ©veiller pour quitter cet endroit.
    Non. C'est un cauchemar. Demian Hesse doit se rĂ©veiller. Cela est l'ultime RĂ©vĂ©lation.
    Mais comment ?
    Le Thana... »

    « Le Thanatrauma ! Il approche ! Éjection ! Éjection ! »

    Singer ouvre les yeux. Il est dans une salle d'interrogatoire. En face de lui, l'agent spĂ©cial Damon Haze le fixe d'un air mĂ©fiant.
    « Je ne comprends pas, confesse Haze. Qu'est-ce que ça veut dire ?
    Je ne comprends pas non plus. J'Ă©tais avec Johanna quand le Thanatrauma a dĂ©barquĂ© Ă  l'hĂ´pital. Nous devions libĂ©rer Demian, avec l'aide de NoAnde. Mais comme le Fou m'a dit d'aller voir la Bouche et que la Bouche m'avait demandĂ© de revenir la voir... Et bien, j'Ă©tais dans la chambre de la Bouche quand le Thanatrauma est arrivĂ©. Et Sodek NoFink Ă©tait avec NoAnde. Mais comme ils n'avaient pas la ClĂ©... Je ne sais pas. J'ai toujours la ClĂ©. Je ne sais comment je suis rentrĂ©. Peut-ĂŞtre que Demian Hesse a fini par se rĂ©veiller. Peut-ĂŞtre est-il toujours coincĂ© dans cette morgue. Je ne sais pas si Johanna est restĂ©e coincĂ©e elle aussi, ni ce qui a pu arriver Ă  ce NoAnde. Je ne suis pas certains de vouloir le savoir. Je ne veux plus entendre parler de cet hĂ´pital, ni de cette forĂŞt, ni de Blue City, ni de la Compagnie.
    Mais pourquoi cette prise d'otages ? , demande Haze. Si vous vouliez me parler, il n'y avait qu'Ă  me demander un rendez-vous. J'aurais acceptĂ©.
    Quelle prise d'otages ? »


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
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