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Lune rouge sur la COGIP
Un scénario COGIPunk pour Sombre Classic
France, 1987. La Défense. Une immense tour corporatiste, quelque part entre le siège social d’un groupe qui se prend beaucoup trop au sérieux, la tour Nakatomi et une mégacorporation cyberpunk qui aurait découvert le Minitel.
Le scénario est prévu pour quatre joueurs et devrait tenir en 2 h à 2 h 30. Il fonctionne comme un huis clos vertical : les personnages commencent au 43e étage et doivent rejoindre l’héliport au 48e. Chaque étage est une petite enclave avec ses propres règles, ses propres fanatiques et sa propre manière de rendre la progression pénible.
Pitch
Depuis quelques années, deux factions clandestines gagnent en influence au sein de la COGIP. D’un côté, l’AOM, l’Amicale de l’Office Managérial, une bande de fascistes de bureau convaincus que la loyauté au management, le respect de la hiérarchie et une bonne tenue vestimentaire constituent les fondements d’une société saine. De l’autre, le CMC, Comité Maoïste Cogipien, composé d’employés qui se sont radicalisés à force de lire le Petit Livre rouge pendant leurs pauses.
Jusqu’ici, tout ça restait relativement folklorique.
Puis la direction interdit les pots de départ.
Ils étaient jusqu’alors financés par la COGIP, à hauteur de quarante francs. La mesure est jugée nécessaire pour des raisons de rationalisation budgétaire. Martine, employée de la maison depuis quinze ans, trouve ça profondément injuste et commence à coller un peu partout des messages disant :
ON NE PART PLUS SANS POT.
Pour elle, c’est de la résistance passive.
Pour le CMC, c’est le signal de la révolution.
Pour l’AOM, c’est une insurrection communiste.
Dans l’après-midi, ça commence à chauffer. À la fin de la journée, plusieurs étages sont en guerre ouverte. Pendant ce temps, les quatre membres du COMEX sont enfermés depuis six ou sept heures dans une salle de réunion du 43e étage à discuter de ce qu’il conviendrait de faire.
Ils n’ont toujours pris aucune décision.
Références
Severance, Piège de cristal, Brazil, les grandes tours corporatistes des années 80, le cyberpunk de bureau et bien sûr la COGIP, avec son langage managérial, ses structures absurdes et ses gens qui prennent très au sérieux des choses qui ne devraient jamais l’être.
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Prétirés
Les personnages sont surtout des personnages-fonctions. Le but n’est pas de leur écrire une biographie complète, mais de donner aux joueurs suffisamment de matière pour immédiatement jouer la mauvaise foi, le renvoi de responsabilité et les petits coups de couteau entre dirigeants.
Tous commencent à E12 – C12.
Je conseille de leur distribuer des cartes de Personnalité bien sales, qui les poussent à se tendre des pièges ou à prendre de mauvaises décisions : Cynique, Arrogant, Dévoué, Mélancolique, etc. Le groupe ne doit surtout pas ressembler à une équipe soudée. On veut des cadres dirigeants qui comprennent progressivement que l’hélicoptère n’est peut-être pas assez grand pour tout le monde.
Hélène Delmas, PDG
Une trentaine d’années. Petite-fille du fondateur de la COGIP et déjà à la tête du groupe. Elle a le désavantage Possédée : le fantôme de son grand-père, ancien patron de la boîte, peut se manifester si elle n’est pas assez ferme. Il a des idées très arrêtées sur la valeur du travail, les jeunes, les syndicats et les avantages sociaux.
Gérard Pujol, DAF
Il a soutenu l’interdiction des pots de départ pour raisons budgétaires. Il continue de penser que, techniquement, la mesure était rationnelle.
Catherine Béranger, DRH
Elle connaît les procédures, les dossiers, les sanctions et surtout la manière de faire en sorte qu’une décision soit toujours signée par quelqu’un d’autre.
Michel Kern, CTO
Personne ne sait exactement ce que veut dire CTO. Lui non plus, mais il trouve que ça sonne moderne et exige que ce soit imprimé sur ses cartes de visite.
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PNJ
Jean-Luc
Membre de l’AOM. Très poli avec le COMEX, très enthousiaste et totalement fasciste. Il est persuadé que sa loyauté envers la hiérarchie le protège de tout.
Militants du CMC
PNJ 8 - C 5. Employés révolutionnaires. Ils utilisent tout ce qu’ils trouvent : règles métalliques, agrafeuses, pieds de lampe, cutters, perforatrices. Ils aiment beaucoup les comités, les autocritiques et les slogans.
Militants de l’AOM
PNJ 8 - C 5. Même danger, autre vocabulaire. Déférents avec les cadres, obsédés par la loyauté, la discipline et la verticalité managériale.
Martine
Petite dame sans histoire, quinze ans de maison, à cheval sur les principes. Elle a déclenché toute cette catastrophe avec ses affiches sur les pots de départ. Elle dispose de l’Avantage Increvable. Ne l’expliquez jamais.
Ernest
Rottweiler du service sécurité qui a mangé le stock de cocaïne du marketing.
Antagoniste 12, Corps 5.
Il a déjà dévoré le pilote de l’hélicoptère.
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Décor
La tour COGIP compte quarante-huit étages. Elle domine La Défense, toute en béton, verre fumé, moquette beige, néons, cendriers et faux bois. Ça sent le tabac froid, la photocopieuse chaude et le café oublié dans une verseuse depuis quatre heures.
Le scénario commence au 43e étage. L’héliport est au 48e.
Cinq étages à monter.
Ça ne devrait pas être si compliqué.
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Amorce
Il est environ 19 h 30. Les personnages sont enfermés depuis presque sept heures dans une salle de réunion du 43e étage.
Sur la table : bouteilles de Badoit tièdes, cendriers pleins, chemises cartonnées, feuilles de calcul, téléphone gris et un transparent intitulé :
GESTION STRATÉGIQUE DU MOUVEMENT SOCIAL
La réunion n’a débouché sur rien.
Laissez les joueurs s’écharper un peu. C’est même important. Qui a proposé l’interdiction des pots ? Qui l’a validée ? Qui aurait dû anticiper ? Est-ce qu’on suspend la mesure ? Est-ce qu’on crée une commission ? Est-ce qu’on mandate un audit ?
Laissez-les se renvoyer la faute jusqu’au moment où quelqu’un dit un truc du genre :
« Ce n’est pas une question de responsabilité. »
À ce moment-là , tout s’éteint.
Silence.
Puis un choc contre la porte.
Un deuxième.
Un troisième.
La porte s’ouvre brutalement.
Jean-Luc apparaît, couvert de sang. Il claque les talons et fait un énorme salut nazi.
« Madame la Présidente. Messieurs-dames. Dieu merci. Nous devons rejoindre l’héliport immédiatement. Les étages inférieurs sont tombés aux mains des communistes. »
Il baisse un peu la voix.
« Il pourrait également y avoir des doubles communistes. »
Si les joueurs demandent ce qu’est un double communiste, Jean-Luc reconnaît qu’on n’est pas encore tout à fait sûr.
Mais que c’est probablement très grave.
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Cage d’escalier
Jean-Luc conduit les dirigeants vers les escaliers. Les ascenseurs sont hors service. Dans les étages inférieurs, on entend des cris, des meubles qu’on renverse et des slogans.
Jean-Luc explique que l’AOM a sécurisé certaines zones et qu’il existe encore un corridor jusqu’au toit.
Il n’a pas le temps de finir.
Un stylo Bic lui traverse la gorge.
Il reste debout une seconde, très surpris.
Puis tombe.
Au-dessus de la rambarde, les PJ aperçoivent une silhouette coiffée d’un chapeau conique fabriqué avec des feuilles A4 et des documents agrafés. Elle tient une sarbacane bricolée avec un tube en carton.
Puis elle disparaît.
Les personnages sont maintenant seuls.
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44e étage : la Grande Autocritique
Le CMC contrôle l’étage. Des bureaux ont été renversés en barricades. Sur les murs, des slogans :
SERVIR LE PEUPLE
À BAS LE MANAGEMENT FÉODAL
UNE PRIME POUR TOUS
Un portrait de Mao, reproduit à la photocopieuse, a été reconstitué avec des feuilles A4 et du Scotch.
Les militants ne tuent pas immédiatement les dirigeants. D’abord, ils veulent leur faire faire leur autocritique.
Chaque personnage est installé face à un petit comité. On lui pose sur la tête une sorte de couronne bricolée avec des agrafes, des trombones et des restes de fournitures.
« Camarade dirigeant, expose au collectif la nature de tes crimes bourgeois. »
Pour passer sans violence, demandez un jet d’Esprit, mais le jet seul ne suffit pas. Le joueur doit improviser une autocritique à peu près cohérente.
Laissez les autres l’aider.
Ou plutôt l’enfoncer.
« Tu pourrais parler du plan social de 1984. »
« Ou de la suppression du treizième mois. »
« C’est toi qui avais proposé le nouveau badgeage, non ? »
En cas d’échec, les militants réclament une autocritique plus poussée. Puis encore plus poussée.
Et si vraiment le personnage refuse, ils sortent la massicoteuse.
Le double communiste
Si les PJ essaient de contourner le comité, ils peuvent tomber sur un militant retranché dans une petite pièce, deux agrafeuses à la main.
« Pas un geste. Je suis un double communiste. »
Si on lui demande ce que ça veut dire :
« J’en sais rien. »
Un temps.
« Mais maintenant que tout le monde dit que j’en suis un, je préfère rester prudent. »
N’expliquez jamais le double communisme davantage.
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Les commandos du CHSCT
À proximité de la sortie, les PJ croisent plusieurs membres du CHSCT, brassards au bras et classeur sous le coude.
Ils sont complètement désabusés.
Les conditions de travail ont manifestement changé depuis cet après-midi et personne ne les a prévenus.
Ils considèrent ça comme extrêmement grave.
« Nous avons identifié une dégradation brutale des conditions de travail ainsi qu’un risque psychosocial majeur. »
Ils ont donc décidé de mener une action de prévention des risques.
Cette action consiste à s’immoler par le feu.
Puis à faire des câlins aux responsables.
Ils s’aspergent, craquent un briquet et avancent les bras ouverts.
« C’EST POUR LA PRÉVENTION DES RISQUES ! »
Ils servent surtout à remettre brutalement de la pression si la scène précédente a duré trop longtemps.
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45e étage : Projet Perpétuité
L’étage des archives.
Des rayonnages interminables. Factures, contrats, sanctions disciplinaires, fiches de paie, courriers internes, notes de frais et dossiers dont personne ne se souvient.
La politique interne de conservation des archives porte le nom de Projet Perpétuité.
L’étage est plongé dans une quasi-obscurité. Des salariés des services techniques sont en train d’y installer des engins incendiaires et des cocktails Molotov.
Ils ont reçu l’instruction de détruire les archives en cas de compromission majeure du siège.
Ils sont parfaitement prĂŞts Ă le faire.
Leur problème est autre.
Quand ils voient les membres du COMEX, ils ont l’air soulagés.
« Ah, très bien. On va faire un point express. »
Ils improvisent une réunion.
Ils veulent simplement savoir ce qu’ils doivent faire après avoir incendié l’étage.
Partir par le bas ?
En bas, il y a les communistes.
Partir par le haut ?
En haut, il y a les fascistes. Et le feu monte.
Il faut une décision.
Maintenant.
C’est un bon moment pour refaire exactement la scène d’ouverture : le COMEX recommence à discuter, à se renvoyer la responsabilité et à demander des éléments complémentaires.
Laissez faire un peu.
Puis faites revenir le CHSCT.
Ou faites exploser quelque chose.
Le feu
Quoi qu’il arrive, Projet Perpétuité doit finir par brûler.
Ă€ partir de lĂ , redescendre devient de moins en moins envisageable.
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46e étage : la mer des stagiaires
L’étage est immense et presque entièrement vide.
Pas de bureaux. Peu de cloisons. Juste des milliers de mètres carrés de moquette grise sous des néons blafards.
Et des stagiaires.
Ils errent.
Certains sont jeunes. D’autres ont quarante ou cinquante ans. À la COGIP, le mot stagiaire est devenu un statut extrêmement extensible. Certains le sont depuis six mois. D’autres depuis quinze ans. Il existe peut-être un stagiaire qui était déjà là à la création de l’entreprise.
Personne n’est allé vérifier.
Au centre de l’étage trône un gigantesque portrait officiel de la direction. Une photographie solennelle, beaucoup trop grande, encadrée comme une icône religieuse.
Des stagiaires sont agenouillés devant.
Certains prient.
D’autres déposent des CV, des lettres de motivation, des badges et des tickets restaurant pliés en quatre.
« Un CDD… »
« Juste un CDD… »
« J’ai déjà fait trois années de stage long… »
Quand les membres du COMEX apparaissent, la nouvelle se répand immédiatement.
La DRH est lĂ . Le DAF aussi. La PDG. Ha et le CTO aussi quoi que ce soit.
Les stagiaires convergent vers eux. Ils ne veulent pas les tuer. Ils veulent juste un autre contrat. Ils leur parlent, les supplient, leur attrapent les manches, se jettent Ă leurs pieds, leur montrent leur CV. Ils bloquent physiquement le passage.
Laissez surtout les PJ se renvoyer la balle.
« C’est RH. »
« Non, ça dépend du budget. »
« Gérard ? »
« Pas sans validation de la présidence. »
« Hélène ? »
C’est un très bon endroit pour déclencher l’Avantage Possédée.
Le fantôme du grand-père d’Hélène prend la parole à travers elle.
« DES CONTRATS ? »
Silence.
« Ils ont déjà accès au bâtiment, qu’est-ce qu’il leur faut de plus ? »
Si la PDG promet quoi que ce soit aux stagiaires pour passer, retenez-le. Ça pourra très bien revenir au générique.
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47e étage : l’Amicale de l’Office Managérial
Le 47e abrite les locaux de l’AOM, ainsi que la cafétéria de direction.
C’est leur quartier général.
Quand les dirigeants arrivent, les militants se lèvent immédiatement.
Ils sont très déférents.Très polis.Très lèche-bottes.
« Madame la Présidente. »
« Monsieur le Directeur. »
« Quel honneur. »
Ils leur servent même du café. Puis un responsable prend la parole.
« Évidemment, il nous reste juste une petite vérification à faire. »
Silence.
« Comment savons-nous que vous n’êtes pas communistes ? »
La preuve demandée est très simple :
Virez quelqu’un.
Il y a de bonnes chances que les PJ choisissent immédiatement de licencier un membre de l’AOM.
Laissez-les.
Le militant licencié regarde les dirigeants. Puis ses camarades. Puis de nouveau les dirigeants. Et toute l’idéologie de l’AOM commence à s’effondrer. Parce que leur principe fondamental était simple :
la loyauté au management protège.
Or le management vient de virer un militant modèle sans aucune raison. Certains refusent d’y croire.
« C’est une épreuve. »
D’autres paniquent.
« Mais j’ai toujours atteint mes objectifs. »
D’autres encore se radicalisent immédiatement contre la direction. Le schisme commence.
Quelqu’un se lance dans :
« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas communiste… »
Puis tout le monde commence à s’engueuler. Et certains membres de l’AOM se retournent contre les dirigeants.
C’est le moment idéal pour que les PJ baratinent, désignent un traître, lancent une purge ou profitent simplement du chaos pour passer.
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Événements
Les joueurs doivent garder l’initiative. Ces événements servent uniquement à relancer une scène ou à accélérer si la partie commence à dépasser les deux heures.
Perpétuité explose
Une détonation secoue la tour. Les lumières sautent. Une colonne de fumée remplit la cage d’escalier. Désormais, impossible de revenir en arrière.
Le CHSCT revient
Un homme en flammes déboule dans un couloir.
« NOUS DEMANDONS UNE RÉUNION EXTRAORDINAIRE ! »
Les doubles communistes
À n’importe quel moment, quelqu’un peut hurler :
« LES DOUBLES COMMUNISTES ! »
Ne donnez aucune explication.
Le fantĂ´me du fondateur
Quand les joueurs deviennent trop raisonnables, le grand-père d’Hélène peut brièvement intervenir.
Ses idées sont toujours archaïques, brutales et souvent étonnamment efficaces.
La lune rouge
À travers les baies vitrées, la lune apparaît derrière la fumée des incendies.
Elle semble rouge.
C’est probablement juste la lumière des flammes.
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48e étage : l’héliport
Enfin le toit. Le vent. Les lumières de La Défense. Paris au loin.
L’hélicoptère est là . Pendant quelques secondes, laissez les joueurs croire que c’est fini.
Puis ils voient le pilote. Ou plutôt ce qu’il en reste. Un grondement vient de l’autre côté de l’appareil.
Ernest
Le rottweiler apparaît.
Museau couvert de sang, pupilles énormes, mousse aux babines. Il a mangé le stock de cocaïne du marketing. Il vit probablement la meilleure soirée de sa vie. Le combat doit être court et brutal. Laissez les joueurs se tirer dans les pattes.
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Martine
Quand Ernest est neutralisé, contourné ou occupé à manger quelqu’un, une petite voix vient de l’hélicoptère.
« Ah ben quand même. »
Martine est assise à l’intérieur, sac à main sur les genoux et parfaitement calme.
Elle attend le COMEX parce qu’on lui a dit de rejoindre l’héliport.
Elle est vraiment désolée pour tout ce qui s’est passé.
« Moi, j’ai juste mis un petit mot. »
Puis elle explique. Les pots de départ. Ses quinze ans de maison. Le fait de dire merci aux gens et l’importance des bouteilles de mousseux et des cacahuètes.
« C’est pas pour l’argent. C’est une question de principe. »
Ne la jouez jamais comme une révolutionnaire, c’est juste une collègue très à cheval sur ses principes.
C’est pire.
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Climax
Le pilote est mort.
Quelqu’un va devoir faire décoller l’hélicoptère.
Demandez un jet d’Esprit pour comprendre comment démarrer l’appareil, puis un jet de Corps pour le piloter.
Pendant ce temps, remettez tout ce que vous voulez sur la table : le feu qui atteint le toit, un survivant de l’AOM, un membre du CHSCT encore en flammes, Ernest qui se relève, Martine qui demande si quelqu’un a fermé les fenêtres.
Et surtout, laissez les personnages se poser la question :
Qui monte dans l’hélicoptère ?
Ne dites jamais combien il peut transporter. Ils feront eux-mĂŞmes le reste.
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Décollage
En cas de réussite, l’hélicoptère s’arrache au toit pendant que les derniers étages brûlent.
En cas d’échec au démarrage, rien ne se passe. Un voyant rouge s’allume. Martine demande :
« Vous avez essayé de couper et remettre ? »
En cas d’échec au pilotage, l’hélicoptère décolle quand même.
Puis se crashe.
À vous de choisir où : un étage inférieur, une tour voisine, le parvis de La Défense ou directement le logo COGIP fixé au sommet de l’immeuble.
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Boum !
Quoi qu’il arrive, Projet Perpétuité finit par emporter une partie de la tour.
Une énorme explosion éclaire le ciel. Les fenêtres volent en éclats.
Des milliers de feuilles administratives s’échappent du bâtiment et retombent sur La Défense. Contrats, évaluations annuelles, sanctions, factures, notes de frais, fiches de paie. La lune est rouge derrière la fumée.
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Générique
Plan large sur la tour COGIP en flammes.
Sirènes au loin.
Papiers qui tombent comme de la neige.
Puis quelques plans rapides selon ce qui s’est passé.
Si Hélène a promis des contrats aux stagiaires :
COGIP SA — 12 485 REQUALIFICATIONS DE STAGES PRONONCÉES PAR LE CONSEIL DE PRUD’HOMMES.
Si Gérard survit, on le voit récupérer une feuille carbonisée et commencer à calculer quelque chose dessus.
Si Catherine survit, elle dicte déjà :
« Incident social du 17 septembre. Retour d’expérience globalement positif. »
Si Michel survit, il propose d’informatiser entièrement le groupe pour éviter qu’une telle situation se reproduise.
Personne ne comprend vraiment ce qu’il raconte.
Si Martine survit, quelques mois plus tard, on la retrouve dans une salle de pause. Un collègue part en retraite. Sur une table, trois bouteilles de mousseux, des cacahuètes et des gobelets en plastique.
Martine sourit.
« Vous voyez quand vous voulez. »
Noir.
Hors ligne
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