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#1 08 Dec 2020 10:03

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

[Nervure] Comptes-rendus de partie

Avec Nervure, explorer la fascinante et dangereuse forêt de Millevaux n’a jamais été aussi simple.

Inspiré par Muses & Oracles, For the Queen et Archipelago, Nervure est un jeu de rôle (ou une aide de jeu) dans l’univers forestier de Millevaux. Vous pouvez jouer en solo, ou à plusieurs, avec ou sans meneuse, en improvisant ou en préparant.


(DLMV) Ă©pisode du roman-feuilleton Dans le mufle des Vosges
* : partie enregistrée, avec compte-rendu
* : partie enregistrée, sans compte-rendu

Comptes-rendus par l'auteur :

1. Nourrir les faibles (DLMV)
Enfin, le retour aux Voivres et un épisode pour se poser. Avec un changement de jeu de rôle pour guider l'écriture, cette fois-ci on passe à Nervure ! (bon, juste deux tirages…) (temps de lecture : 5 mn)

2. La semaine des morts (DLMV)
Quand le système de résolution nous réserve une méchante surprise... Il faut accepter son sort. (temps de lecture : 7 mn)

3. L’amour vache (DLMV)
Un dernier train d'anecdotes pastorales avant une chute brutale. (temps de lecture : 8 minutes)

4. Ce qui grouille au fond de nous
Une partie solo réalisée avec le jeu de cartes de rôle fumé au bois de hêtre, histoire de vous montrer ce qu’il a dans le ventre ! Ambiance de moiteur et d'horreur organique garantie ! (temps de lecture : 6 minutes)

5. Étrange Vôge (DLMV)
Quand tout ce qu’il y a de plus bizarre au village se déchaîne. (temps de lecture : 8 minutes)

6. Cinq minutes pour survivre
Quatre mini-aventures solo de 5 mn chacune jouées avec Nervure pour un micro-shoot de Millevaux qui fait du bien ! (temps de lecture : 6 minutes)



Comptes-rendus sans l'auteur :


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Jon Sullivan, domaine public


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#2 22 Jan 2021 14:09

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Nervure] Comptes-rendus de partie

CE QUI GROUILLE AU FOND DE NOUS

Une partie solo réalisée avec le jeu de cartes de rôle fumé au bois de hêtre, histoire de vous montrer ce qu’il a dans le ventre ! Ambiance de moiteur et d'horreur organique garantie !

(temps de lecture : 6 minutes)

Le jeu : Nervure, un jeu de cartes et de rôle pour explorer la forêt de Millevaux, par Thomas Munier

Joué le 22/01/21

Avertissement : contenu sensible (voir après l'image)

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AirmanMagazine, michel de graaf, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : mutilation sur adulte, torture sur enfant, référence à la Guerre du Vietnam, racisme, évocation du suicide

L'histoire :

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Ultima Thulee, par Blut aus Nord, du pagan metal riche en choeurs hallucinés et en claviers spectraux, odyssée fantômatique, guerriers égarés de plus en plus loin vers l'inconnu.

Je suis Roncelouve. Je patauge dans la mangrove depuis un temps impossible à estimer. J'ai mal, mais on m'a appris à serrer les dents et je le fais bien, alors j'arrive à ignorer pendant des heures entières l'immensité de la douleur qui explose dans ma poitrine.

Reste-t-il des membres de mon régiment encore en état de raisonner ? En tout cas, j'entends des glapissements et des cris au-delà de mon champ de vision, derrière le mur végétal. Est-ce qu'ils me cherchent ? S'ils pensent que je suis une proie de choix, ils se trompent. J'ai été entraînée à tuer, et ils ne savent plus se servir de leurs armes.

J'essaye de me rappeler pourquoi notre corps expéditionnaire a été envoyé dans cette vacherie, au milieu des nappes d'eaux croupies, où les sangsues s'en donnent à cœur joie, comme des tétines plantées sur ma peau noire, où les moustiques me harcèlent en nuées qui obstruent mon champ de vision. Mes pieds s'enfoncent dans des couches immémoriales de vase et je préfère ne pas songer à ce qui est exactement en train de grouiller entre mes orteils.

J'ai encore ma mitraillette, c'est une AK 47, capable de fonctionner encore après des heures d'immersion. Je m'y accroche comme à un enfant chéri.

Purée, fais des efforts, Roncelouve, concentre-toi, c'est pas si difficile de te rappeler pourquoi t'es dans ce merdier et pourquoi t'as dû te faire amputer des deux seins.

Est-ce que je suis encore une femme ? En tout cas, je reste plus que jamais une bĂŞte de guerre. Si je veux survivre. Et paradoxalement, si je veux pas finir comme les autres.

Et ça me revient enfin en pleine face comme si on me lançait un baquet d'acide à la gueule. Et je comprends aussitôt que j'aurais préféré ne pas m'en rappeler.

On devait déloger les nids de résistance en plein cœur de la jungle.

C'était un foutu sale boulot réservé aux commandos d'élite, ceux qui partent des mois en freestyle sans plus rendre compte à leur hiérarchie.

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Robert Sullivan, domaine public & brian hefele, cc-by-nc

On a trouvé ce vieux barbichu dans sa maison sur pilotis. Il était entouré de dizaines d'enfants en pagne, crasseux et avec une lueur fauve dans le regard. Lui-même n'était que vieux de la tête, si je puis m'exprimer ainsi. Son corps avait l'air robuste et ses mains étaient lisses comme celles d'un adolescent.

Crevrogne a commencé à vouloir lui tirer les vers du nez. Je l'ai jamais trop aimé celui-là, c'était un franc-tireur parmi les francs-tireurs et il ne se départissait jamais des rats qu'il avait trouvés un jour dans nos cales et apprivoisé depuis. Il lui a dit que s'il vivait ici dans la jungle, c'était soit que c'était un terroriste, soit qu'il connaissait des terroristes et qu'il allait donc devoir parler.

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wmacphail, dentarg, cc-by-nc

Le vieux-jeune est resté hiératique. Et ça a eu l'air de faire marrer cet enfoiré de Crevrogne. Il a chopé un des gamins et il l'a enfermé dans une des cages à poule trouvée dans le secteur.

"Vous n'ĂŞtes tous que des rats... Mais les rats se bouffent entre eux, tu sais ?"

Et il lâché ses bestioles dans la cage. Qu'il n'avait pas nourri depuis des jours.

Les autres membres de la compagnie ont tenu le vieux-jeune par les forces, ils ont dĂ» s'y mettre Ă  plusieurs pour l'empĂŞcher de sauver son fils adoptif.

"Dis-nous oĂą sont les terroristes, sale merde que tu es, si tu veux pas que tous tes mioches y passent !"

Tout ça s'est passé hyper vite, et je crois que je m'y attendais pas, même venant de Crevogne. La mangrove avait dû lui siphoner la caboche. Pendant un temps, mes réflexes martiaux étaient comme anesthésiés. Des taches organiques s'agglutiner dans mon champ de vision. Puis, les cris du moutard ont monté si fort que ça m'a sorti de ma torpeur. J'ai flanqué une grosse patate à Crevogne, en plein dans sa gueule bouffie.

Mais c'Ă©tait trop tard.

Le vieux-jeune nous avait déjà maudits.


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Aokigahara, par Flowers for Bodysnatchers, dark ambient forestier Ă  pianos fragiles

Je suis arrivée au milieu des ruines de ce qui devait être une petite ville. Ça me fait trop bizarre de voir des boutiques avec leurs enseignes et leurs affiches en langue étrangère, bouffées par la mousse et l'humidité. L'eau turbide est montée jusqu'au niveau du comptoir. Je crois apercevoir un globe de verre et sous sa surface noire de champignons, des boules de bubble-gum. La vache, je suis presque tentée de m'aventurer à l'intérieur. Mais je me ravise parce que les maisons inondées peuvent être le repaire d'une mandragoule, ou pire encore. Des lucioles volent en essaims autour de moi, j'ai l'impression d'être hors du monde et hors du temps, je sens que je me laisse happer par la contemplation.

Mais bon sang, il faut résister ! Je me file des claques. Je ne dois céder à aucune langueur. Il y a trop de prédateurs qui attendent que je leur fasse ce plaisir.

En premier lieu mes anciens coéquipiers.

Mais j'y tiens plus. Je me pose sur un rocher, en dessous des milles bras d'un palétuvier chargé de cheveux d'ange. Je m'allume la dernière cigarette de mon foutu dernier paquet.

Je me rends compte alors que tous les clopes que j'ai pu fumer dans ma vie sont connectés entre eux et mon aspiration m'uy projette. C'est pas le moment de se laisser aller, pourtant.

Je suis allongée sur un brancard de fortune. Au dessus de ma tête, les palmes d'un abri de forestier. Crevogne m'a tendu une cigarette. "T'en auras besoin. Je t'aurais bien donné de la gnôle, mais j'en ai plus. T'as du courage de vouloir faire ça, ma belle. Moi j'ose pas."

C'est plus fort que moi, en tirant du plus possible sur ma taffe, je plie le cou pour voir ma poitrine. J'ai deux tentacules qui se tortillent, animés d'une volonté propre. Crevogne approche le couteau Bowie de la base du premier.

"Alors, si notre transformation a un sens, ça veut dire que je suis une foutue preuve."

Crevogne rit jaune.

Nom de Dieu, j'ai hyper mal, et en même temps j'ai l'impression que ce souvenir sonne faux. Est-ce que la douleur qui déstructure tout ? Comment l'épisode le plus traumatique de ma vie peut avoir un tel aspect fabriqué, une sorte de brouillon artisanal ? Quel est le bâtard qui a bricolé ma mémoire ?


J'entends que ça patauge dans les environs ! Ça me tire illico de cette prison du passé.

J'avance en direction du bruit, les nerfs tendus, crispée sur mon AK-47, je fais super gaffe à tout, et notamment où je mets mes pieds. Je me rappelle des pieux aiguisés à morts qu'ils enfouissent sous le niveau de l'eau.

Il y a un cri strident qui me déchire les oreilles.

Je balance une rafale, en pur réflexe. Les troncs des palétuviers explosent dans tous les sens. Quelle crétine je fais ! J'ai pas les moyens de gaspiller des balles.

Mais j'entends plus rien.

Je me rapproche avec une infinité de précautions. Je pense à ma grand-mère sénile, je vais si lentement qu'elle pourrait marché à mes côtés, dans son déambulateurs, avec de la vase jusqu'aux genoux.

C'est lĂ , au milieu des palmes en pleine corruption.

Il est là, étalé de tout son long, et tout son barda éparpillé autour de lui. Ce qui me fout le plus la gerbe, c'est le paquet de lettres qui est tombé de son sac à dos. Des lettres de sa famille.

Et c'est moi qui l'ai tué.

Je saurai mĂŞme jamais s'il me voulait du mal ou s'il cherchait de l'aide.

Ă€ son cul, je vois un gros tube de chair en plaques que je prends d'abord pour un serpent. Mais en fait...

C'est sa queue.

Une queue de rat.

Je sens alors quelque chose grouiller en moi. C'est peut-être juste le dégoût, ou c'est peut-être quelque chose qui vit.

Et si j'avais pas tout coupé ?

Et si ça ne suffisait pas ?

Je mets le canon de la mitraillette dans ma bouche.




Le Making-Of :

Je me suis affecté une heure pour faire cette partie. Mais j'ai consacré une partie de ce temps à la mise en forme. Si vous jouez sans mise en forme, voire sans écrire, vous devriez dérouler plus de fiction.

Mes tirages :
Musiques tirées sur la playlist aléatoire des Sels de Millevaux
Le portrait de Roncelouve
Nom : Ronceloup (féminisé en Roncelouve)
Climat : Épidémie d’animalisme.
Souvenir : Un souvenir qu’on aurait préféré ne pas revoir.
Saynète : Une personne à la fois très jeune et très vieille
Le vieux barbichu vient de la banque de portraits de Nervure mais je l'ai choisi plutĂ´t que de le tirer au hasard.
Le portrait de Crevogne
Nom : Crevogne
Lieux : une boutique en ruine
Souvenir : une imitation de souvenir
Une table au hasard : questions
Question : pourquoi représentes-tu un danger contre toi-même ?
Lieu : la forĂŞt aux lettres mortes.

Avec un écriture de 1500 mots en une heure, je constate à nouveau la puissance de cet oracle ! J'espère que Nervure vous permettra de vivre le même genre d'expérience immersive qu'il me permet d'atteindre de mon côté ! Bon vent et bon jeu !


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Hors ligne

#3 18 Mar 2021 16:40

Thomas Munier
un jeu par mois, tranquille
Inscription : 05 Feb 2008

Re : [Nervure] Comptes-rendus de partie

CINQ MINUTES POUR SURVIVRE

Quatre mini-aventures solo de 5 mn chacune jouées avec Nervure pour un micro-shoot de Millevaux qui fait du bien !

(temps de lecture : 6 minutes)

Joué le 18/03/2021

Le jeu principal utilisé : Nervure, un jeu de cartes et de rôle pour explorer la forêt de Millevaux, par Thomas Munier

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philatz, cc-by-nc, sur flickr


Le concept :

Je m'inspire ici du jeu solo 5-min-e d'Emily O'heir, qui propose de rédiger en 5 minutes le journal d'un personnage à partir de quelques tirages aléatoires préalable, le journal s'arrêtant parce que le personnage est interrompu.

Je me suis dit que la formule des 5 minutes était extrapolable pour tout jeu solo dont les règles seraient assez légères. Bois-Saule n'était donc pas un bon candidat, mais Nervure tout à fait.

J'ai donc enchaîné quatre parties de 5 minutes, en changeant chaque fois de personnage.

L'idée, c'est que je vais sur les tables aléatoires de Nervure, je tire au préalable une musique, un portrait, un nom, et 5 éléments tirés sur des tables au hasard (grâce à cette table). Ensuite, je lance un chrono de 5 minutes pour écrire mon solo. Je me garde la possibilité au cours de ces 5 minutes de trancher une indécision par un tirage de résolution.

L'expérience a été assez concluante, c'est très sympa pour avoir son petit shoot de Millevaux, et je me dis aussi que ces personnages pourraient être d'excellents figurants pour des parties à venir !


Partie I : Amnesia

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Below, par Monachus, un post-hardcore bien lourd et psychédélique, pour des cultes aux dieux-lianes et à leurs potions révélatrices des forêts inférieures.

Mon personnage :
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Nom : Amnesia

Tirages :
1 Vagues de pourrissement.
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3 Le Cypher est une formule magique suprême, une sorte de synthèse même du concept d’égrégore, qui accorderait une grande compréhension et un grand pouvoir. Il y aurait un
Cypher Blanc (bénéfique) et un Cypher Noir (maléfique).
4 Quel est le type de foi le plus étrange que vous ayez rencontré ?
5 Vague de silence.


VoilĂ  des mois que je combats les vagues de pourrissement. J'Ă©touffe dans ma combinaison de cuir Ă  bec de corbin. Je n'arrive pas Ă  m'y habituer.
Et voilà que je rencontre ce type au milieu des branches qui s'effritent et des nuages de spores. Il a un costard impeccable, un sourire Colgate garni d'un appareil dentaire qui fait tâche. Les cheveux bien gominés et tout.

Il me fait : "Bonjour, je voudrais vous parler de JĂ©sus-Cuit.
- Vous êtes taré de rester dans cette zone sans combinaison. Vous allez vous décomposer sur place et aucun Jésus ne vous viendra en aide.
- Mais Jésus peut tout. Il me parle. La décomposition nous appelle tous. Et c'est dans ce grand délitement que nous allons rencontrer notre sauveur. J'accueille sa manne putride comme une bénédiction.
- Vous approchez pas de moi."

C'est bizarre, d'ordinaire c'est moi qui fait flipper les gens, mais là ce type m'a vraiment mis les glandes. Il s'approchait de moi, comme s'il voulait me serrer la main, ou tout autre geste pas du tout barrière.

Franchement là, j'avais mon lance-flamme et j'ai hésité à lui en mettre un petit coup.

Bon, en vrai, j'ai essayé.

Son corps s'est retrouvé environné d'un brasier et ce crétin a continuer à avancer vers moi :
"Les flammes de l'enfer ne peuvent rien pour les justes."

J'ai pris mes jambes Ă  mon cou. Je crois que j'ai jamais couru assez vite.

Après, ça a été le silence.


Partie II : Ragondingue

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Ragondingue

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Flykt, par Forndom, du dark folk éthéré et paganiste au cœur des forêts glaciales du Grand Nord.

1 C’est un échec : vous ratez ce que vous visiez, ni plus ni moins.
2 Malmarais
3 Écouter le concert des bêtes nocturnes.
4 Visibilité réduite.
5 Que peut-on entendre quand on écoute les réseaux de racines des arbres ?


Je suis Ragondingue, le sauvageon. J'avance dans la purée de pois. Entre les mains des fougères et les fils de brume, on n'y voit presque rien. Le soleil s'est fait presser comme une agrume, il n'y a presque plus de jus dans l'air. J'avance dans les limons de Malmarais. J'écoute le concert des bêtes nocturnes qui s'éveillent : hiboux, renards, et autres créatures. Je frissonne à la fois de peur et de fascination.

Je m'allonge sur le sol. Je suis couvert d'humus et de saletés diverses. Je m'y sens en sécurité. Je suis aussi couvert de sang, je ne ne me rappelle pas de qui. Je crois que je vais trouver ici ce que je cherche. Une révélation, quelque chose qui me conduira encore plus loin sur la voie du sauvage, qui me fera éclore tel que je suis vraiment.

Je fouaille le sol grenu de mes ongles, je le hume et je le goutte. Des vermines glissent sur mes doigts. Je les accueille comme frères et sœurs. Enfin, j'en trouve une. Une racine. Je l'extrais doucement de la litière de matière morte qui l'arbitre, je la caresse, je la nettoie.

Et je la mets dans mon oreille pour entendre la voix des arbres.

C'était une très mauvaise idée.



Partie 3 : Huldegarde

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Dommedagsnatt, par Thorr’s Hammer, l’apocalypse doom metal avec le chant féminin le plus guttural de tous les temps.

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Huldegarde

1 Feuilles mortes, branches mortes, arbres morts
2 On raconte que JĂ©sus arpente Millevaux, marchant sur les marais et multipliant les pains de moisissure.
3 Comment ça elles sont moches mes fringues ?
4 Gui
5 Un homme avec une peau de hérisson, il sait comment rompre l'enchantement (toutes les nuits il pose sa peau de hérisson au sol, et il faut la brûler dans le feu) mais ne le révélera qu’aux justes. Les fourbes, il les meurtrira de ses piquants.


Je m'appelle Huldegarde. Dans le village, tout le monde me trouve grosse et moche, et comme j'ai pas peur de me salir, on m'envoie dans la forêt ramasser les déchets.

Je suis donc lĂ  Ă  patauger dans les ordures. La forĂŞt est en train de crever Ă  cause de la pollution. Feuilles mortes, branches mortes, arbres morts.

Voilà-t-y pas que je rencontre un homme-hérisson qui sort des buissons sous les sacs plastiques pourris. Il me dit : "Je suis un prince, je suis victime d'un mauvais enchantement, si tu m'aides à redevenir humain, tu pourras m'épouser !"
"Dis donc, mon canard, tu penses que je te juge sur ton physique ?"
Je lui ai sauté dessus et on a fait l'amour dans les buissons. Cela me dérange pas qu'il pique un peu.

Après j'ai rencontré un drôle de type qui marchait pied nus sur la surface du marais. Comme j'en avais assez d'être dérangée, je l'ai chassé à coups de balai.

[résolution : vous agissez de façon vraiment bestiale]


Partie 4 : La Malbossue

(Traumavertissement : possible mort d'enfant, ou meurtre d'enfant)

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Migration, par Buried At Sea, un mare de goudron drone sludgecore qui se traîne lourdement à l'infini vers la mort.

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La Malbossue

1 Un lieu sacré.
2 Contre quelle invasion faut-il lutter ?
3 Un souvenir où plane une présence.
4 Qu’est-ce qui vous met les larmes aux yeux ?
5 Chimère

Je suis la Malbossue, je suis vieille et plus personne ne se préoccupe de moi. Mais moi, j'ai encore quelqu'un à qui je tiens. Enfin j'avais.

Chimère, ma petite fille...

Je te cherche partout. Je suis là, agenouillée, le front au sol, dans ce lieu sacré envahi par la végétation, et je prie pour te retrouver.

J'explore sans cesse et Ă  cent sous de l'heure le dernier souvenir qu'il me reste de la petite. Je la vois sourire et j'observe ses grands yeux.

Et autour nous, je sens comme une présence.

J'arrive pas à bien m'en rappeler, de la petite, et ça me met les larmes aux yeux.

Je pleure comme la vieille bique que je suis, mes mains fripées dans mes yeux.

Et autour de moi les racines progressent et envahissent le sanctuaire, comme elles ont envahi le reste du monde.

Chimère, je pense à toi, ma petite.

Comme tu riais.

Et comme tu les attirées.

Je comprends que tant que quelqu'un se souviendra de toi, le mal sera dans cette forĂŞt.

Alors je me dis qu'il me faut crever ce souvenir comme on le fait d'un chaton qui aurait la rage.

Mes mains tremblent... C'est dur avec toute mon arthrite d'Ă©trangler un souvenir.

C'est comme si je la tuais Ă  nouveau.

Et je reste seule, effondrée.


[résolution : la personne la moins douée l'emporte]


Auteur de Millevaux.
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