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#1 15 Jan 2019 21:27

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

[S9] L'appel du bayou

Pour parler de L'appel du bayou, actioner horrifique et lovecraftien publié dans Sombre 9.



Parties sans Johan

+ Ric Pogan

+ Aellle

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#2 27 Feb 2019 08:24

Ric Pogan
membre
Inscription : 27 Feb 2019

Re : [S9] L'appel du bayou

Sombre 9 lu et joué !

J'ai pu réunir 3 joueurs pour proposer L'Appel du Bayou, le scénario de Sombre 9. Nous voilà parti dans le bayou avec John Legrasse, Émilie Laveau et Snake, tandis que je jouais en PNJ Thomas Malone. Je fais commencer la première scène in media res, le combat contre Castro et les sectateurs commencent fort. Au T2 je commence à craindre que ces derniers se fassent décimer trop rapidement (ils n'ont plus que 3 pv chacun), mais fort heureusement la chance tourne et il faudra que les PJ s'acharne pour les trucider.

La découverte des indices de la seconde scène se fait sans difficultés, le joueur qui joue Émilie Laveau est très curieux sur le rituel pratiqué (et les cris inhumains qu’Émilie a entendu), et du coup le rituel se fait comme prévue, au détail près que le joueur d’Émilie Laveau a une vision beaucoup plus sanguinolente du vaudou que nous. Les sous entendu de Castro zombie font bondir John Legrasse, qui n'a plus qu'une hâte, aller au lac. Il ne prête pas attention à Émilie Laveau qui laisse échapper qu'elle va les accompagner pour "regarder les blancs mourir", ni Snake qui dit "je peux VOUS y emmener" (en se désolidarisant du groupe). Je garde dans un coin de ma tête que Thomas Malone, lui, a parfaitement tout entendu. Je note aussi que le joueur de Snake s'est résigné à guider le groupe vers le lac.

L'arrivée du shoggoth albinos marche parfaitement (l'image de la "forêt de tentacules" est géniale). Tandis que ce dernier commence à faire ses premières blessures, Émilie Laveau devenue malfaisante tente de pousser John Legrasse dans l'eau. Ce dernier se rattrape, mais le paye au prix fort : le shoggoth lui avale le bras gauche. Pendant ce temps, Thomas Malone est en PLS au fond de la barque et Snake se défend comme il peut. Le groupe est définitivement désagrégé et le shoggoth n'a plus qu'à se nourrir. Et là, l'impensable se produit : le shoggoth ne fera que des 1 et 2 sur les dégâts pendant quatre tours, et pendant ces quatre tours le joueur qui joue Snake m'enchaîne SUCCÈS + 6dégâts, quatre fois de suite ! Snake mords même à pleine dent dans le shoggoth ! Le shoggoth a beau s'acharner sur Snake, ni ses tentacules ni son "Blob" ne le sauveront. Il parvient toutefois à dévorer une partie de la jambe droite de Snake devenu bestial avant de disparaître dans les profondeurs du lac. Les jets pour sauver Snake sont ratés, la fine équipe disparaît dans le bayou et ne sera jamais retrouvée.

Débriefing :
Après la partie, je me rends compte de ma monstrueuse erreur : à j-1d6, j'aurais du lancer 2d6 par tour pour les dégâts du shoggoth et non 1 ! Malgré tout, il est intéressant de constater que même à 1d6, les joueurs ont trouvé le shoggoth assez effrayant pour se penser condamnés par sa seule rencontre.
Les joueurs ont beaucoup apprécié le système, les personnages haut en couleur, et l'ambiance du scénario. Sur le scénario en lui-même, le joueur de Snake a critiqué la présence du lac, argumentant que rien ne l'obligeait à y aller. En discutant avec le joueur, il a cru à un scénarium qui le forçait à aller de l'avant et n'a pas voulu rendre Snake plus réticent de peur de "casser le scénario". Dommage le joueur s'est bridé et on est sans doute passé à côté d'une belle scène de confrontation. Avec le recul, c'est un peu ma responsabilité ; ayant omis de rappeler aux joueurs en scène 2 que c'était eux qui faisaient la scène.

Me concernant, le scénario tourne très bien. Malgré l'apparente ambiance légère qui régnait à la table (pas mal de rire), j'ai bien senti l'appréhension monter à la fin de la scène 2. Même si les scores de poney de Machette ont amené une certaine jouissance à son joueur, la description des blessures ("tu mords le shoggoth ? De l'acide se déverse dans ta bouche !") et du désespoir de la situation après le retrait du shoggoth ont maintenu le scénario dans l'horreur. Le système Sombre Max est effectivement simple, mais nécessite plusieurs parties pour être bien maîtrisé.

Les critiques suivantes sont un peu de la sodomie de diptère en comparaison de la qualité générale du système et du scénario, mais tout critique est bonne à prendre, non ?

  • Sur la couleur, j'ai regretté l'apparition du pentacle (d'ailleurs interprété en premier abord comme un symbole de protection avant que je démente). J'eus préféré un symbole plus lovecraftien, mais j'imagine que tu as du en essayé d'autres avant de revenir sur celui-ci.

  • Concernant le matériel,il faut vraiment des petits dés (12mm). A court de dé de 12mm, j'ai passé des dés de 16mm à un joueur pour les points de vie de son personnage, il les a instinctivement mis au dessus de la carte de personnage, pour ne pas cacher les infos dessus.

  • La première partie du plan est bien exploité, avec le positionnement des barques et l'apparition du pentacle ; mais du coup la seconde partie fait un peu superflue : j'ai bien dessiné les barques dessus avant l'affrontement avec le shoggoth, mais je n'en ai pas vu l'utilité.

Voilà !

Edit : correction de quelques fautes d'orthographes. Écrire des CR à minuit ne me réussi pas...

Dernière modification par Ric Pogan (27 Feb 2019 13:38)

Hors ligne

#3 27 Feb 2019 17:08

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : [S9] L'appel du bayou

Hello Ric,


Bienvenue sur les Terres Etranges, ravi de compter parmi nous.

Super merci pour ton CR, il est top. yes

Hop, quelques retours et réflexions au fil de ton texte.


Ric Pogan a écrit :

Au T2 je commence à craindre que ces derniers se fassent décimer trop rapidement (ils n'ont plus que 3 pv chacun), mais fort heureusement la chance tourne et il faudra que les PJ s'acharne pour les trucider.

Je précise pour ceux qui nous lisent mais n'ont pas accès à Sombre 9, que le scénario prévoit un joker, c'est-à-dire un antago supplémentaire à mettre en jeu en cas de déveine prolongée du meneur. Cool que tu n'en aies pas eu besoin.


(l'image de la "forêt de tentacules" est géniale)

Merci.


Snake mords même à pleine dent dans le shoggoth !

Énorme ! Mais sans effet technique, je le précise bien. Pas d'armes, pas de dommages.


Après la partie, je me rends compte de ma monstrueuse erreur : à j-1d6, j'aurais du lancer 2d6 par tour pour les dégâts du shoggoth et non 1 !

Ce qui explique ton faible body count. De base, le shoggoth est chiffré pour produire une fin de partie à environ un survivant. Tu en es assez loin.


Malgré tout, il est intéressant de constater que même à 1d6, les joueurs ont trouvé le shoggoth assez effrayant pour se penser condamnés par sa seule rencontre.

Ce qui est pur cool. M'est avis que ta maîtrise y est pour beaucoup. Ravi que ma « forêt de tentacules » t'ait aidé à camper un shoggoth bien flippant !


Me concernant, le scénario tourne très bien.

Merci.


("tu mords le shoggoth ? De l'acide se déverse dans ta bouche !")

J'adôôôre.  bcwub


Le système Sombre Max est effectivement simple, mais nécessite plusieurs parties pour être bien maîtrisé.

Oui, il y a une courbe d'apprentissage, et c'est une bonne chose. Si un meneur expérimenté de Sombre tel que toi parvenait sans souci à maîtriser parfaitement Max dès la première partie, cela voudrait dire que je me suis un peu foiré dans mon game design.

L'idée de Max est de proposer un nouveau Sombre, significativement différent de Classic et Zéro car dédié à un sous-genre précis, les actioners horrifiques. C'est super pointu donc ça demande des règles qui le soient tout autant. J'ai beaucoup travaillé à les caler *très* finement. En bonne logique, ce type de système précis demande, tout simple qu'il soit, un peu d'habitude pour être parfaitement pris en main.

La deuxième bonne nouvelle est que même à la première partie, ça marche. Ce n'est pas optimal, tu as oublié ou confondu quelques procédures mineures, mais ça ne gâche pas la séance. Même si le meneur a une marge de progression, la partie n'en demeure pas moins bonne, ce qui démontre l'accessibilité et l'efficacité des règles ainsi que du scénar. L'auteur est donc super content. Il a l'impression d'avoir bien travaillé. Ça lui fait tellement sa journée qu'il se met à parler de lui à la troisième personne. bccool


tout critique est bonne à prendre, non ?

Carrément ! Tous les avis, pour peu qu'ils soient argumentés et exprimés cordialement, sont bons à lire.


j'ai regretté l'apparition du pentacle /.../. J'eus préféré un symbole plus lovecraftien, mais j'imagine que tu as du en essayé d'autres avant de revenir sur celui-ci.

Non non, ce fut mon premier choix. J'aime l'occultisme de pacotille parce que c'est celui des films de trouille. C'est cheap, mais cela correspond à ce qu'on voit à l'écran.

En l'occurrence, cela me semble assez raccord avec la démarche d'HPL, qui œuvrait dans le fantastique littéraire tout en conchiant la superstition dans le vrai monde. Contrairement à ce qu'a voulu faire croire Bergier, c'était tout sauf un occultiste. Ses sources en la matière sont des plus banales. Si je ne m'abuse, quelques bouquins grand public empruntés à la bibliothèque et des articles de la Britannica.


j'ai passé des dés de 16mm à un joueur pour les points de vie de son personnage, il les a instinctivement mis au dessus de la carte de personnage, pour ne pas cacher les infos dessus.

Routine intéressante.


La première partie du plan est bien exploité, avec le positionnement des barques et l'apparition du pentacle ; mais du coup la seconde partie fait un peu superflue : j'ai bien dessiné les barques dessus avant l'affrontement avec le shoggoth, mais je n'en ai pas vu l'utilité.

Oui, le second plan ne sert pas à grand-chose. Je m'en suis aperçu dès mon crash test. J'ai ensuite fait plusieurs parties sans et ai constaté que son absence ne provoquait effectivement pas de manque.

Si je l'ai réintégré, c'est tout bêtement parce que j'en avais la place dans le cahier central. Pour des raisons de praticité, il fallait que toutes les aides de jeu de L'appel tiennent en exactement quatre pages. Au départ, j'avais deux jokers, mais ai supprimé le second lorsque je me suis rendu compte qu'il était redondant. Du coup, je me retrouvais avec un trou, qu'il ne me coûtait pas grand-chose de remplir avec le deuxième plan plutôt que d'y mettre une carte de personnage vierge.

Au final, j'aime le poser sur la table au début de la scène 3. Ce simple geste anticipe bien le climax, il est le signal qu'on va entrer dans le dur. Il n'y a pas de quoi s'en retourner la nuit, hein, mais je trouve que c'est un petit effet sympa.


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#4 27 Feb 2019 19:40

Ric Pogan
membre
Inscription : 27 Feb 2019

Re : [S9] L'appel du bayou

Johan Scipion a écrit :

Hello Ric,

Bienvenue sur les Terres Etranges, ravi de compter parmi nous.

Super merci pour ton CR, il est top. yes

Hop, quelques retours et réflexions au fil de ton texte.

Merci :)

Johan Scipion a écrit :
Ric Pogan a écrit :

Au T2 je commence à craindre que ces derniers se fassent décimer trop rapidement (ils n'ont plus que 3 pv chacun), mais fort heureusement la chance tourne et il faudra que les PJ s'acharne pour les trucider.

Je précise pour ceux qui nous lisent, mais n'ont pas accès à Sombre 9 que le scénario prévoit un joker, c'est-à-dire un antago supplémentaire à mettre en jeu en cas de déveine prolongée du meneur. Cool que tu n'en aies pas eu besoin.

Outre ce que tu écris dans l'ouvrage au sujet de cet antago, j'avais peur que les joueurs le confondent avec la menace principale (en s'imaginant par exemple affronter une horde de cet antago) et que les dires de Castro s'en trouve décrédibilisé.

Johan Scipion a écrit :

Snake mords même à pleine dent dans le shoggoth !

Énorme ! Mais sans effet technique, je le précise bien. Pas d'armes, pas de dommages.

On est d'accord. En fait, l'imagination du joueur de Snake s'est embrasé et une fois les dés lancés il a lui-même décrit ce que faisais son personnage pour "justifier" les 6 dégâts. Du tac au tac, j'ai justifié le 1 dégât du shoggoth sur son PJ par l'acide qui coule dans sa bouche bcbig_smile


Johan Scipion a écrit :

Après la partie, je me rends compte de ma monstrueuse erreur : à j-1d6, j'aurais du lancer 2d6 par tour pour les dégâts du shoggoth et non 1 !

Ce qui explique ton faible body count. De base, le shoggoth est chiffré pour produire une fin de partie à environ un survivant. Tu en es assez loin.

Et ma malchance au dé... palm J'ai eu l'impression que c'était tout ou rien : tout reposait sur Snake. Si le shoggoth l'avait tué, le groupe était condamné (car Émilie Laveau était sur le point de jeter Thomas Malone par dessus bord... ).

Johan Scipion a écrit :

Malgré tout, il est intéressant de constater que même à 1d6, les joueurs ont trouvé le shoggoth assez effrayant pour se penser condamnés par sa seule rencontre.

Ce qui est pur cool. M'est avis que ta maîtrise y est pour beaucoup. Ravi que ma « forêt de tentacules » t'ait aidé à camper un shoggoth bien flippant !

En 10 ans de Cthulhu, je n'avais jamais mis en scène de shoggoth. Outre le fait qu'il soit très commun et source de nombreuses références et plaisanteries dans la sphère des amateurs de Cthulhu (susceptible de péter l'immersion), je ne voyais pas trop le côté horrifique dans ce monstre "pâte à modeler/multitool". Sombre 9 a réhabilité le shoggoth à mes yeux en me montrant ce qu'il pouvait être quand est il correctement mis en scène grâce à la description et la superbe illustration de la couverture. Pour cela, merci. 

Johan Scipion a écrit :

L'idée de Max est de proposer un nouveau Sombre, significativement différent de Classic et Zéro car dédié à un sous-genre précis, les actioners horrifiques. C'est super pointu donc ça demande des règles qui le soient tout autant. J'ai beaucoup travaillé à les caler *très* finement. En bonne logique, ce type de système précis demande, tout simple qu'il soit, un peu d'habitude pour être parfaitement pris en main.

En effet, j'ai clairement senti le manque d'automatisme et d'assurance... Heureusement j'ai évité de devoir chercher dans le bouquin et mettre la séance en pause (pas pour très longtemps, merci le format "fanzine").

Johan Scipion a écrit :

La deuxième bonne nouvelle est que même à la première partie, ça marche. Ce n'est pas optimal, tu as oublié ou confondu quelques procédures mineures, mais ça ne gâche pas la séance. Même si le meneur a une marge de progression, la partie n'en demeure pas moins bonne, ce qui démontre l'accessibilité et l'efficacité des règles ainsi que du scénar. L'auteur est donc super content. Il a l'impression d'avoir bien travaillé. Ça lui fait tellement sa journée qu'il se met à parler de lui à la troisième personne. bccool

Un plaisir !

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#5 28 Feb 2019 07:51

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : [S9] L'appel du bayou

Ric Pogan a écrit :

j'ai justifié le 1 dégât du shoggoth sur son PJ par l'acide qui coule dans sa bouche

Bien mené.


Sombre 9 a réhabilité le shoggoth à mes yeux en me montrant ce qu'il pouvait être quand est il correctement mis en scène grâce à la description et la superbe illustration de la couverture. Pour cela, merci.

bierre


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#6 16 Nov 2019 11:47

Aellle
membre
Lieu : PO
Inscription : 26 Aug 2019

Re : [S9] L'appel du bayou

CR L'Appel du bayou

Une joueuse et un joueur qui connaissaient Sombre, 3 autres joueurs. Salle du club de jdr, après-midi.

Deep Space Gore, L'Appel du bayou, « Home Invasion » (Zéro adapté d'un podcast d'Axel Tentacle), « La Barbe Bleue » (Max maison).

Matos : l'un des joueurs, habitué à la musique en jdr et à la technologie mobile, avec carte blanche pour la BO, à l'exception de Hound Dog de Big Mama Thorton, qui me tenait à cœur pour le générique.

Résumé :

Il a pas tord

   

Le silence, pesant et total, s'empare du bayou. On croirait que le son n'a jamais existé. Les étoiles brillent si fort. C'était un petit lac entourant un îlot au milieu des méandres, mais, en un instant, l'eau a disparue. C'est à présent une forêt en mouvement, faite d'une matière évoquant le cadavre de poulet au four, blanchâtre, ni chair, ni cartilage, ni nerf, ni os, ni tout à fait graisse. Des yeux visqueux en grappes de raisins apparaissent, disparaissent, fixent. Des mâchoires de chiens écorchées, ou presque, aux yeux épais comme des pastèques, claquent avant d'être régurgitées, invisibles, par le Dieu du lac. « Ô puissant Dieu blanc du Lac, épargne tes serviteurs, accepte leur offrande ! Fais de moi ta prêtresse ! » C'est Laveau qui gueule, à genoux dans l'eau épaisse et habitée, les yeux révulsés, tandis que Galvez lui envoie un tir de carabine dans l'omoplate en hurlant de façon incompréhensible. Legrasse crie lui aussi. Snake court de toutes ses forces vers la barque, sa barque, mais il trébuche dans le maillage d’appendices semi-rigides et tressaillants qui tapisse l'îlot. Seul Malone a gardé son sang-froid, mais, bien que le monstre soit partout, ses balles se perdent toutes dans la nuit, comme ses souvenirs de Brooklyn, insaisissables.

   

Par dessus les têtes d'enfants cramées et empilées, retirées une à une dans l'angoisse, par dessus la montagne précaire de corps nus qu'il gravit, par dessus le visage d'Annie, sérieux, absorbé, qu'elle fasse ses devoirs ou qu'elle joue au cerceau dans leur jardin d'hiver, c'est le visage de Laveau qui s'imprime dans les rétines de Legrasse. Plus précisément, la moue qu'elle eut. Quand elle a dansé. Quand elle a fait chanté les morts. Quand elle a levé Castro. Quand Galvez l'a poussée dans l'eau, et qu'elle lui a traversé la cuisse avec son pic. Quand Castro a parlé. Quand il a provoqué. Quand il s'est moqué. Quand il a parlé d'Annie. Quand il a dit que lui, Legrasse, ne récoltait que ce qu'il avait semé, avec son attitude de Blanc. Quand il est retombé, inerte, brisé, démembré. Quand elle a dit mouais, tu sais, il a pas tord. Cette moue là s'imprime en lui et lui donne une furieuse envie de se jeter sur elle à mains nues, pour la réduire en charpie. Mais il faut encore retrouver Annie, et tous les gamins, et ceux d'après. Alors il crie, il crie tout ça à Laveau. Et elle se lève, arme son pic, cherche un œil grotesque, une articulation horrible du regard, puis, d'un coup, elle disparaît dans l'eau noire, pour toujours.

   

Legrasse tire dans le tas. Des grappes éclatent et un tentacule tombe, mais il ne saurait dire qui a visé juste, ou si c'est un pur hasard. Galvez, la bave au lèvres – toute vie a quitté ses yeux, il est déjà ailleurs – a sauté tellement haut ; d'une main il se maintient difficilement à un tentacule, de l'autre il tire dans un orifice étrange. Une fontaine de sang laiteux éclate loin dans le ciel, puis une cascade rouge pleut à grosses gouttes sur l'eau : on voit sa jambe droite descendre, lentement, au travers de la peau à moitié transparente, descendre tout au fond de l’abîme, alors qu'il tire, tire et tire encore. Legrasse meurt d'un coup, sans que personne n'ait pu le voir, en même temps qu'un véritable feu d'artifice pétarade sur l'îlot, avec un goût d'alcool, de feu, et de morceaux gélatineux : c'est Snake qui s'est fait sauter, avec sa barque et son butin de dame-jeanne, dans l’œil du cyclone. Malone est seul à présent. Il est couvert de sang, il tient à peine debout. Mais, dissipant les flashs du raid de Brooklyn, une conviction s'impose à lui : la bête râle et chante et hurle, mais c'est différent. Elle est à l'agonie. Il vise. C'est lui, seul, contre l'horreur, aux portes de l'Enfer.

    Il fait un pas en avant et appuie sur la gâchette.

Il n'y eut rien dans les journaux, ni sur les disparitions, ni sur la secte, ni sur le raid, ni sur personne.
Et la ville de New-Orlean put continuer, jusqu'à ce jour encore, à se prélasser dans ses vertus et ses vices très humains.

You ain't nothing but a hound dog, c'est la morale de mon CR. 

Remarques :

En vrac

   

Pas grand chose, ça roule tout seul, vroom vroom ! Je pense néanmoins, d'après mon expérience d'une seule partie sur ce scénario, que la scène de réanimation de Castro est primordiale. J'ai cru qu'elle n'aurait pas lieu, et ai tenté d'orienter le joueur de Laveau, sans succès, mais finalement il s'est souvenu de son don. Je veux dire que je me disais : « Houla, ça va être compliqué s'il n'y pense pas » et qu'il y a vraiment eu un « avant » et un « après » scène vaudou.

   

Ce moment d'engueulade roleplay, où tout le monde se crie dessus, me parle en même temps pour me dire ce que son perso fait, c'était magique. Comme dans la vraie vie, personne n'a compris, pas même le meneur, ce qui se passait dans cette discussion. Je me souviens avoir vaguement entendu que Galvez tirait un coup en l'air pour attirer l'attention, alors j'ai crié en tapant bien fort sur la table « Coup de feu pour Galvez : qu'est-ce que tu fais ? ». Cela a ramené le calme quelques instants, comme quand un vrai coup est tiré (du moins j'imagine). Je pensais pas qu'on pouvait avoir ce genre de chose sans impro, et je compte sur  Sombre pour me réserver d'autres surprises de ce genre. J'ai beaucoup aimé le « Il a pas tord » du joueur de Laveau. Et le dernier round : Malone à deux de corps contre le shoggoth à trois, avec un trois de blessures de chaque côté, ça a été la liesse à notre tablée.

   
Mes deux centimes
   
   

Du coup je me retrouve sans trop de conseils ou de retours à donner. Se préparer à l'éventualité où le joueur de Laveau ne pense pas à son avantage : que faire pour que la mayonnaise monte et tourne ? C'est de plus le seul moment où le MJ a la parole, il est précieux. Soigner la description du shoggoth : il le mérite, et vos joueurs aussi. J'ai peut-être oublié deux-trois points de règles, mais l'essentiel se joue à mon sens au briefing et à l'ambiance, côté MJ.

   

Dernière remarque : persuadé de la célébrité de l’œuvre de Lovecraft dans le milieu rôliste, je n'ai pas pris la peine d'en parler. Résultat : le joueur de Galvez n'avait pas la moindre idée de ce qu'était un shoggoth ni de la nouvelle de Lovecraft, et c'était fun, car il a vraiment ressenti l'absurde et l'incompréhensible lors du climax. Il a fallu qu'on lui explique tout après.

On a dû tester mon scénario maison à moitié construit, parce que la table réclamait du Max bien sale !

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#7 16 Nov 2019 12:09

Peggy
video killed the radio star
Inscription : 11 Dec 2015

Re : [S9] L'appel du bayou

Hello Aelle  !
  merci  pour  ce  CR! yes
Le  joueur  qui  ne  se sert pas  de  son avantage ,  même  si tes  yeux  lui crie  , avantage  !!!  ça  arrive
du coup  c'est le  premier  ou  le  seul  CR  ,  tu as dit  un peut-être 2 ?

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#8 16 Nov 2019 12:40

Aellle
membre
Lieu : PO
Inscription : 26 Aug 2019

Re : [S9] L'appel du bayou

Oui les yeux qui crient, sans réponse... C'est arrivé à quelqu'un ce scénario sans Castro zombie?
Je ne pense pas faire un autre CR : DSG est déjà bien pourvu et si je bosse sur mon scénario, je préfère l'améliorer que de faire un CR, enfin j'imagine.

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#9 18 Nov 2019 02:51

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : [S9] L'appel du bayou

Encore un super CR, merci tout plein.


Aellle a écrit :

ça roule tout seul, vroom vroom !

Trèèès content de lire ça.


Je pensais pas qu'on pouvait avoir ce genre de chose sans impro, et je compte sur Sombre pour me réserver d'autres surprises de ce genre.

Expect the unexpected. bccool


Et le dernier round : Malone à deux de corps contre le shoggoth à trois, avec un trois de blessures de chaque côté, ça a été la liesse à notre tablée.

Énorme !


C'est arrivé à quelqu'un ce scénario sans Castro zombie?

Je l'ai vu en playtest. Une fois au moins, c'est sûr. Peut-être deux, je ne me rappelle plus exactement.

Ce dont je me souviens, c'est que c'était moins bon qu'une partie avec Castro, mais pas au point que cela justifie de designer contre.

Je ne voulais pas pousser jusqu'à la résurrection scriptée, donc à l'activation forcée de Médium, parce que je trouve bien plus intéressant que le joueur de Laveau prenne lui-même la décision. Ce d'autant que cela a deux conséquences techniques, la fatigue et l'inclinaison de sa carte.


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#10 19 Nov 2019 07:30

Aellle
membre
Lieu : PO
Inscription : 26 Aug 2019

Re : [S9] L'appel du bayou

Johan a écrit :

Je ne voulais pas pousser jusqu'à la résurrection scriptée, donc à l'activation forcée de Médium, parce que je trouve bien plus intéressant que le joueur de Laveau prenne lui-même la décision. Ce d'autant que cela a deux conséquences techniques, la fatigue et l'inclinaison de sa carte.

Oui je comprends.

De plus, j'avais oublié, mais Laveau a été forcée de se ranger du côté des autres PJ par Legrasse. Elle ne peut pas non plus s'opposer à lui s'il veut aller au lac.

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