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#51 11 Dec 2018 23:59

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Making-of Sombre

Interview tipeurs 3 : Jicey demande



Après avoir lu ma contrepartie de septembre, dans laquelle j'expliquais que je ne pourrai sans doute pas à l'avenir publier des textes via Tipeee avec la même régularité qu'avant, Jicey est sorti de chez lui en trombe pour s'engouffrer dans la première cabine téléphonique venue (12,5 km de course effrénée parce que bon, des cabines à notre époque de portables, y'en a plus trop), a passé sa cape rouge, son caleçon bleu et son slip par dessus. N'écoutant que son courage, SuperJiceyMan a volé à mon secours. Il m'a bombardé de questions. Pour être tout à fait exact, ce n'était pas la première fois qu'il me demandait des trucs. Nous avions déjà eu une conversation assez longue sur Casus NO, célèbre forum rôliste généraliste sur lequel j'anime un sujet Sombre. D'ailleurs, une bonne partie de cet échange initial se trouve incorporé à la présente interview.



Jicey : je suis un grand fan de Sombre, ZĂ©ro surtout.

Johan : le bon goût, clairement. bcsmile



Et je me pose plein de questions sur le matériel fan made. J'ai pondu deux trois trucs sombres pour jouer avec mes potes et mes enfants, alors autant en faire profiter la communauté des rôlistes. Je ne dois pas être le seul dans ce cas d'ailleurs. Mais je ne voudrais pas commettre d'impair qui nuirait à ton dur labeur.

J'apprécie doublement ta démarche. Primo, c'est super cool que tu produises ton propre matériel ludique en t'appuyant sur mon jeu. De mon point de vue, c'est même l'objectif ultime du game designer rôliste : accrocher suffisamment le lecteur/joueur/meneur/client (rayez les mentions inutiles, ou plutôt non, ne rayez rien. Le multiclassage fait tout le charme et l'intérêt de notre hobby) pour qu'il devienne à son tour créateur. Extrêmement gratifiant. Secundo, c'est bien urbain de ta part de te (et me) poser la question des conditions de la diffusion de ce matériel.

Merci et merci.



Par exemple, j'ai un scénario Sombre zéro que j'ai fait jouer plusieurs fois et qui a pas mal de succès. Est-ce que je peux le balancer sur un site genre La Scénariothèque ?

Oui, tu peux. Tant que c'est entièrement gratuit, c'est-à-dire que cela ne rapporte d'argent à personne, même indirectement, tu as mon aval. La question mérite cependant que je détaille un chouïa ma position.

De base, Sombre n'est pas libre de droits. Littéraire old school que je suis, je fonctionne et ai toujours fonctionné sur la base du droit d'auteur à la française. C'est dans ce cadre juridique que je crée et commerce. D'autres auteurs préfèrent les licences Creavite Commons, le copyleft, voire le domaine public. Pas moi.

Du coup, en théorie, toute publication relative à Sombre suppose mon accord. En pratique, je m'aligne sur l'usage rôliste général. À de très rares exceptions près, tous les auteurs et éditeurs du milieu tolèrent et même encouragent les publications amateures autour de leurs jeux. Quand c'est bien fait, c'est de la publicité gratuite, qui incite les joueurs à s'informer sur le matériel officiel. Quand c'est moins bien fait, cela a au moins le mérite de montrer que le jeu a su fédérer une communauté proactive.

Mais cela demeure une tolérance, ce qui signifie que si demain, quelqu'un uploade sur la Scénariothèque un scénario Sombre qui me déplaît, je pourrai de plein droit exiger son retrait. Ce que je ferai. Pour que j'en vienne à une telle extrémité, il faudrait que le matériel soit *très* problématique. A priori, je vois deux cas de figure : un plagiat manifeste d'un texte officiel (pas juste une inspi plus ou moins vague, un méga gros pompage) ou un contenu que je jugerais inapproprié.

Je ne considère pas que le genre horrifique soit une licence pour faire tout et n'importe quoi. Il y a des limites à ce que j'estime publiable dans le cadre de Sombre. Je précise que ce dernier point n'est pas tout à fait théorique. Je ne souhaite pas m'étendre sur la question, mais il m'est déjà arrivé de mettre mon veto. C'était avant publication heureusement, ce qui a beaucoup simplifié les choses.

Du coup, ma recommandation serait de me faire lire ton texte avant de l'envoyer à la Scénariothèque. Je ne suis pas du genre censeur, il faudrait vraiment que tu passes les bornes des limites des frontières pour que je t'interdise quoi que ce soit. Par contre, il se pourrait bien que cette relecture bonifie ton scénario. Je n'ai malheureusement plus le temps de faire des retours détaillés sur les prods by fan for fan, mais je m'astreins en général à une relecture au moins technique. Quand y'a besoin, je mets les stat blocks et les procédures au carré. Toujours ça de pris. Par contre, il ne faut pas être pressé. Je suis chroniquement débordé de boulot.

Pour en revenir à ton scénario, il y a, hors ces questions de plagiat et de contenu inapproprié, d'autres limites à ce qui est publiable par les fans, même en pur gratuit. J'ai rédigé à ce propos un post détaillé sur le forum de Terres Etranges, auquel je te renvoie. Grosso merdo, l'idée est que le matos fan made ne doit pas spoiler le fanzine. Tout ce qui est officiel et gratuit peut être utilisé, le reste n'appartient qu'à la revue (qui est mon gagne pain). Des exemples précis :

+ Un fan peut mettre dans son scénar des prétirés utilisant la feuille de PJ de Classic car elle est librement téléchargeable sur la page officielle de Sombre (et même éditable).

+ Un fan ne peut pas intégrer à son scénar des cartes de PNJ car elles ne sont disponibles que dans le fanzine. Il peut bien sûr publier les stat blocks de ses antagos, mais ne peut pas les proposer sous forme de cartes préremplies. C'est un privilège des scénarios officiels.

+ Un fan peu reproduire les intitulés des Traits et des Personnalités Classic, notamment dans les stat blocks de ses PJ prétirés, car ils sont listés sur la feuille de création, disponible elle aussi sur la page officielle.

+ Un fan ne peut pas copier-coller les descriptions desdits Traits et Personnalités. Elles sont une exclusivité du fanzine.

Dans mon post, je ne me contente pas d'égrener des contraintes. Je donne également des conseils sur la manière de structurer un scénario Sombre. Je considère que chaque auteur est maître de sa production, même si elle s'inscrit dans le cadre de mon jeu, mais je pense néanmoins qu'un format plus ou moins standardisé est utile parce que nous produisons du matériel ludique que nous destinons à l'usage d'autrui. Je ne parle pas de maquette, hein. Il ne s'agit pas d'une question de mise en page, mais de structure du texte. Les scénarios officiels Sombre sont organisés d'une manière particulière, que les fans ont à mon avis intérêt à reprendre pour aider les meneurs à exploiter au mieux leurs créations.

Un dernier point, j'apprécierais également que tu postes ton scénario sur le forum de Terres Etranges. Pas juste un lien vers la Scénariothèque, le texte intégral. Un copié-collé avec les aides de jeu en pièces jointes. Ceci à but d'archivage et de centralisation. L'idée est de rassembler sur TE.net toutes les ressources Sombre, et d'assurer leur disponibilité future. L'Internet rôliste est volatile. Les sites et blogs vont, viennent et se perdent dans les cyberlimbes. Pas que je le souhaite à la Scénariothèque, bien au contraire, mais on n'est jamais à l'abri d'un fumble.



Et si, gloire des gloires, un magazine était intéressé à le publier ? On peut toujours rêver que Casus me l'achète à prix d'or !

Je n'y compterais pas si j'étais toi. Ce n'est carrément pas avec le jeu de rôle que tu vas éponger ton budget putes et coke. Plaisanterie mise à part, je réponds sérieusement à ta boutade car certains de nos lecteurs ne sont peut-être pas bien au fait de ces questions.

Primo, aucun magazine rôliste, pas même Casus, n'est en mesure de faire des ponts d'or à quiconque. J'ai longtemps bossé pour cette presse, y compris un petit peu pour Casus dans l'une de ses précédentes incarnations, et peux t'assurer que les piges y sont misérables. Secundo, les gens de l'actuel Casus m'ont déjà fait l'amitié de publier un scénario pour Sombre. C'était dans leur numéro 17, celui de décembre 2015 (merci à Laurent Devernay, sans qui). Je vois mal qu'ils remettent le couvert aussi tôt.

Les grosses locomotives rôlistes, les produits des annonceurs, ceux de l'éditeur propriétaire, ont tous vocation à recevoir régulièrement ce genre de traitement, soit que ça fait vendre le canard, soit que c'est une manière de publirédactionnel sympa. Plutôt que la promo bête et méchante, du vrai matos à jouer. Le lecteur y gagne, selon moi. Mais Sombre n'est qu'un petit jeu qui ne fait pas de pub et n'appartient à personne si ce n'est à son auteur. Casus lui a consacré pas mal de pages il y a peu (scénar + interview, ce luxe), cela ne se reproduira pas de sitôt.

Mais disons que les astres sombres sont propices et que tu réussis à caser ton scénar dans Casus. GG monsieur Jicey. Comment réagirais-je ? Exactement comme je l'ai fait avec Laurent. Je te demanderai de pouvoir lire ton texte avant publication, assurerai la correction non créditée de son versant technique, insisterai auprès du rédac chef pour qu'il ne soit *pas* estampillé officiel, et c'est tout. Je ne sais pas si Laurent a été payé pour son scénario Sombre. J'espère que oui. Pour ma part, je n'ai rien réclamé. De mon point de vue, c'était de la publicité gratuite. Au prix de la page de pub dans Casus, j'étais largement gagnant. Ce d'autant que le deal s'accompagnait d'une interview de ma pomme, que j'ai moi-même rédigée. Ce n'était pas une captation live ni un phoner, j'ai directement répondu par écrit aux questions de Laurent. J'ai d'ailleurs envoyé mon texte original (avant les petites corrections de la rédac de Casus) à mes Tipeurs. Il a fait l'objet d'une précédente contrepartie.



Je voudrais bien donner à ce scénar un look Sombre pour le rendre plus classe, qu'est-ce que tu utilises comme police de caractère pour les titres et les sous-titres ?

Je comprends ton souci de coller au plus près des productions officielles, il est largement partagé par les fans. Mais je décourage systématiquement ce type d'initiative. Même si je trouve la démarche sympa dans l'esprit (cela montre l'amour du jeu et de la revue), je n'apprécie pas qu'une maquette de fan entretienne la confusion avec le matériel officiel.

D'abord, il y a la question des droits. Une maquette, même aussi basique et dépouillée que celle de Sombre, est une production de l'esprit. On l'oublie souvent, mais les maquettistes aussi sont des auteurs à part entière. On ne peut donc pas copier la maquette de Sombre comme on le veut. J'ai mon mot à dire dessus. En l'occurrence, ce qui me gêne ce n'est pas tant la copie que la confusion qu'elle entretient. Pour peu que le texte ne soit pas clairement crédité (fréquent) et/ou que le lecteur lise de traviole (fréquent aussi) et/ou qu'il zappe tout bonnement les crédits (ultraaa fréquent), on a vite fait de m'attribuer des textes qui ne sont pas de ma main. Et cela me gêne *beaucoup*.

Du coup, bricole-toi s'il te plait ta propre mise en page. De toute façon, si Casus ou un autre mag accepte ton scénar, la question ne se posera même pas. Ils couleront ton texte dans leur gabarit.



Batronoban et Thomas Munier ont publié du matos payant pour Sombre (Vertical, Étrange Empire, Millevaux Sombre). Comme j'ai potentiellement plusieurs scénars et aides de jeu, de quoi faire un petit recueil, je me dis qu'en le mettant sur Lulu ou RapideJdR je pourrais peut-être gagner quelques sous et me payer des vacances aux Seychelles. De mon point de vue de joueur, plus y'a de matos pour un jeu, plus je suis heureux, mais faudrait pas que ça fasse de l'ombre à Sombre (ça produirait une nuit noire !). Dis, c'est cher une license to kill (du PJ) ?

Nan, c'est pas cher (quoique encore trop pour certains ^^) car Sombre est un petit jeu. Pas besoin de vendre un rein pour contracter une licence. Nous discuterons gros sous par mail, si tu es vraiment intéressé. Ce que je peux te dire, c'est que je fonctionne sur la base d'un fixe + royalties. Une petite somme forfaitaire annuelle, à laquelle s'ajoute un pourcentage sur chacune des ventes Sombre du licencié. En général, elles sont faibles (faut pas espérer écouler des palettes de produits, hein) donc mes royalties microscopiques. Sans le fixe, je ne m'y retrouverais pas. Mais du coup, pour un seul produit, ce serait sans doute surdimensionné. Si tu veux ne serait-ce que rentrer dans tes frais, il te faut, sauf volume de ventes miraculeux, plus qu'un petit recueil Sombre. Attends donc plutôt d'en avoir finalisé plusieurs.



Il y a pas mal de rôlistes qui publient des comptes-rendus de partie sur Internet, voire des vidéos de parties entières. Ça fait de la pub aux JdR utilisés, mais ça spoile grave aussi. Même si ce sont tes conseils de jeu qui font leur grosse plus-value, l'essence d'un scénar Sombre est souvent assez simple, un pitch et 2-3 surprises. Donc le spoil est très dommageable. T'en penses quoi ?

Que je suis tout à fait d'accord avec toi. C'est la raison pour laquelle j'interdis les actual plays de scénarios officiels. Ils divulgâchent trop. Je suis bien conscient qu'il s'agit d'un non sens commercial car ils m'aideraient à vendre des fanzines. Mais je pense d'abord à mes clients, les meneurs qui ont acheté mon jeu et veulent légitimement pouvoir tirer le meilleur parti de mes twists. Du temps où je menais Kult, il m'est arrivé d'avoir à ma table des joueurs qui connaissaient déjà le scénario que j'avais prévu de mener car c'était une production du commerce. J'ai constaté à quel point cela pouvait affecter en mal une partie. On y perd beaucoup en spontanéité, ce qui est dommage.

Les comptes rendus écrits sont par contre les bienvenus, et sont d'ailleurs nombreux sur le forum de Terres Etranges. Pas qu'ils spoilent moins, mais il faut les chercher pour les trouver. N'importe qui peut tomber sur une vidéo YouTube et la mater quasi à l'insu de son plein gré, tandis qu'un CR sur TE.net, faut vraiment le vouloir pour le dégoter.



Il parait que les Ténèbres ont des légions de cultistes. Qu'est-ce que tu aimerais bien qu'un fan (ou une communauté de fans) fasse(nt) pour Sombre ?

La manière dont tu poses ta question me met dans l'embarras car présentée ainsi, je ne vois pas comment y répondre. De base, je ne pense pas qu'un auteur soit en droit d'attendre quoi que ce soit de ses lecteurs, fussent-ils des fans. Hors le basique, je veux dire : qu'ils acquièrent légalement le matériel qu'ils utilisent, et restent courtois quand ils le critiquent, même et surtout s'ils n'aiment pas. La base du savoir-vivre, quoi.

Au-delà de cela, la communauté Sombre ne me doit rien. C'est en fait moi qui lui doit tout. Ce sont les lecteurs, meneurs et fans de Sombre, dont certains poussent la générosité jusqu'à me soutenir sur Tipeee, qui mettent des coquillettes dans mon assiette. Si maintenant, tu me demandes quelles sont les initiatives spontanées qui me paraissent les plus utiles, je pense que ma réponse sera celle de n'importe quel auteur indépendant :

+ Acheter et/ou offrir la revue. La thune est clairement le nerf de la guerre. Je ne fais pas Sombre pour l'argent (sinon, je ferais autre chose), mais ne peux pas non plus le faire sans argent. Et ça tombe bien, c'est bientôt Noël. bcwink

+ Mener Sombre en privé (cercle d'amis) et en public (clubs, conventions). Le bouche à oreille est la promo qui marche le mieux pour un petit produit comme le mien.

+ Le recommander dans la vraie vie et sur le Net, de manière informelle ou plus structurée. Un comm', un post, un article de blog, une critique sur le Grog peuvent m'amener un client, parfois plusieurs. Bon, faut éviter de saouler les gens en éructant du « Sombre c'est bon, mangez-en ! » à tout bout de champ, mais les recommandations faites à bon escient sont souvent efficaces.

+ Raconter ses parties de Sombre. Les rĂ´listes sont friands de CR, qui donc constituent une bonne vitrine.

+ Créer du matériel pour Sombre et le mettre gratuitement à disposition sur le Net (en n'oubliant pas de le copier-coller sur le forum de Terres Etranges ^^).

+ Soutenir le jeu sur Tipeee.



Sombre zéro m'épate par sa capacité à amener au JdR des néophytes de tous les âges (est-ce que je t'ai déjà dit que je suis fan de Sombre ?). Mais je trouve que mes petits carrés de papier aux coins écornés font un peu piteux. Je rêve de solides tuiles cartonnées avec une belle finition glossy et liquide-proof. Un peu comme Les Loups Garous de Thiercelieux. Tu n'as pas essayé d'approcher un gros éditeur avec ton jeu génial ? Une boite Sombre zéro éditée par Asmodée aurait de la gueule, non ? Et pour toi, la somme de travail serait réduite. Juste développer un peu l'intro à Sombre zéro.

Arf, c'est souvent ce qu'on se dit pour se donner du courage quand on sort un recueil de quoi que ce soit. J'ai assez d'expérience de l'écriture et de l'édition pour savoir que quand on commence à penser « C'est fingers in ze nose, il suffira de faire ça puis ça et ce sera plié », le boulot s'avère en vérité plus long que ce à quoi on s'attendait. Enfin, si on veut le faire bien. Or il se trouve que moi, j'aime faire les choses bien.

Ceci mis à part, je te remercie pour le vote de confiance. Comparer Sombre à Thiercelieux est hyper flatteur. Mafia est malin tout plein, et l'habillage de Marly et des Pallières fort sympathique. Ton compliment me touche, on sent effectivement le fan qui parle. Mais la réalité est, j'en ai bien peur, un cran en dessous. Zéro a du potentiel commercial, je ne le nie pas. Pour tout dire, je le constate à chaque conv que je fais. Mais il n'est pas le prochain Thiercelieux.

Même si certains rôlistes refusent de le voir, il demeure un pur jeu de rôle tradi, avec tout ce que cela comporte de contraintes d'animation (qui existent aussi dans Thiercelieux, tu noteras bien, mais à un niveau moindre) et de volume de texte (problème qui par contre n'existe pas dans Thiercelieux). Avant de jouer à Sombre, faut se farcir la tartine de règles et de scénarios. Je travaille dur à ce que mes textes soient clairs, faciles à lire et fun (je fais des blâââgues), mais même ainsi, leur longueur reste un frein puissant à pénétration du marché grand public.

Financièrement, ce ne serait sans doute pas une super opération. D'abord parce qu'aucun éditeur ne me fera de pont d'or. On me proposerait le contrat standard, ou dans le meilleur des cas, la version standard plus, celle où tu grattes quelques pourcents de droits. Peanuts, en vérité. Pas sûr du tout qu'au final, ce soit beaucoup plus que ce que je gagne actuellement avec la revue. Ou alors, il faudrait que cette boite Zéro soit un best-seller. Mais comme je le disais, je ne pense pas qu'un tel produit ait le potentiel commercial de Thiercelieux. Il ferait un succès, mais pas colossal.

Or pour qu'un auteur fasse son beurre chez un éditeur, il faut des ventes de ouf. À moins, il n'y a que l'éditeur, l'imprimeur, le distributeur/diffuseur et le détaillant qui gagnent leur vie. Publié chez un éditeur, l'auteur gagne des petites miettes. S'il vend beaucoup très plein de jeux, ça fait un gros tas de petites miettes. Il peut manger. Le souci est qu'en jeu de rôle en France, tu ne peux pas, sauf quelques rares grosses marques, vendre beaucoup très plein de jeux. Le marché n'est juste pas assez grand. Donc l'auteur gagne plutôt un petit tas de miettes. Pas moyen de bouffer avec ça.

J'ajoute que dans mon cas particulier (auteur pro qui consacre tout son temps à sa création et se bouge grave le cul en conventions), la différence entre mes ventes actuelles et celles que je pourrais espérer chez un éditeur tiers ne serait probablement pas si énorme. À l'échelle du jeu de rôle francophone, je dépote déjà pas mal avec mes petits bras musclés.

Il y a un autre aspect à prendre en compte. Dans la manœuvre, je perdrais le contrôle. L'éditeur ferait une boite Zéro à sa pogne, ce qui est bien normal vu qu'il s'agirait de son produit. Boite qui aurait tôt fait de couler mon zine. Je vois mal un éditeur me proposer un contrat qui ne soit pas exclusif, ce qui m'obligerait à retirer certains numéros de la vente. Or la revue tient pour une bonne part sur Zéro, dont le potentiel commercial est supérieur à celui de Classic. Tu n'es pas le seul à kiffer cette variante, monsieur Jicey. Vous êtes Légion. Enfin, pas tant que ça quand même ^^, mais disons que Zéro est techniquement plus accessible que Classic, qui en dépit de son épure reste plus spécifiquement rôliste.

Donc je résume. 1/ Sauf méga hit improbable, je gagne des cacahuètes. 2/ Je perds le contrôle de ma production. 3/ Je coule ma revue. Cela ne me vend pas massivement du rêve. Pour autant, je ne dis pas que je n'y viendrai pas dans un futur plus ou moins lointain. Éditorialement, l'avenir est grand ouvert. En dehors de la production « de qualitay », les avantages d'une édition Zéro chez un tiers, surtout si le tiers est un peu gros, seraient la diffusion, forcément plus large, et le prestige qu'elle induit. Sombre sortirait de la catégorie amateur/artisanal/indé/whatever pour devenir incontestablement pro. Par ricochet, cela me donnerait un peu de lustre, ce qui sans doute m'ouvrirait certaines portes, professionnellement parlant. Ce serait agréable et utile, mais très honnêtement, je ne pense pas qu'à ce stade, le jeu en vaille la chandelle.

En termes de conditions de travail, de rémunération et de création, je préfère pour le moment être mon propre boss à Terres Etranges plutôt qu'un employé ailleurs. Je veux dire, j'ai travaillé comme un taré pour en arriver là, je ne vais pas tout laisser tomber maintenant que ça décolle un peu ! Et tant pis si dans la manœuvre, je reste un auteur obscur. Après tout, mon jeu s'appelle Sombre, pas vrai ?



À défaut d'une boite d'initiation Sombre zéro produite par un gros éditeur, une compilation de tous les articles Sombre zéro en impression à la demande sur Lulu serait cool. Quand je renvoie les joueurs de convention vers la boutique du coin, je vois bien que la plupart ne feront pas l'effort, c'est un achat impulsif qu'il faut pouvoir satisfaire au plus vite. Actuellement la commande par email est plutôt un frein je pense.

Éditorialement, les risques seraient très similaires, pour un gain encore plus incertain. Quel que soit le support, je suis très réticent à créer moi-même des concurrents à ma propre revue. J'aime ce putain de fanzine d'un amour vrai. Je m'éclate à le produire, c'est un rêve d'ado et de jeune adulte devenu réalité à force de travail acharné. J'aime l'objet fanzine, j'aime la mentalité fanzine, j'aime l'esthétique fanzine, j'aime la périodicité fanzine. Je kiffe ma race, comme on dit par chez moi. Cette revue est mon dream job, je n'ai pas du tout envie de lui tirer une balle dans le pied, le genou et la hanche.

Au-delà des aspects économiques et affectifs, il y a, en profondeur, certaines considérations de game design qui me rendent très réticent au charcutage de Sombre. Je n'ai pas envie d'exciser Zéro du corpus général parce que je ne considère pas qu'il soit un jeu à part entière. Classic, Zéro et Max ne sont pas trois jeux différents, même si chacun d'eux possède son système dédié et disposera bientôt de son propre livre de base (celui de Max paraîtra en 2019). Il n'y a en vérité qu'un Sombre, que je développe dans diverses directions.

Tu parlais des articles. La plupart d'entre eux, même ceux que j'écris avec un système particulier en tête, sont en fait (plus ou moins) valorisables avec les trois. C'est naturel et logique car ils procèdent tous de la même démarche ludique et créative, celle qui ambitionne de susciter « la peur comme au cinéma ».



Tu ne peux pas être à toutes les conventions (on sait ce qui arrive quand on tente l'Ubiquité !), mais les fans peuvent propager la bonne parole. Qu'est-ce que tu conseilles aux « évangélistes » ?

D'y aller mollo sur le complexe messianique parce que c'est un coup à finir crucifié entre deux larrons ! Blague à part, cela fait un certain temps que je me dis que j'écrirais bien un article sur les conventions. Dans un hors-série peut-être. Quelques indications en vrac :

+ Potasser. Si on joue un scénario officiel, il faut le lire et le relire avec attention, l'annoter pour se l'approprier. Je livre du matériel super carré, ce qui signifie que chaque petite procédure, chaque description compte. Tout est optimisé.

+ S'entraîner. On ne peut pas espérer faire des étincelles dans les conditions d'une conv, face à des inconnus qui souvent ne se connaissent même pas non plus tous entre eux, si on n'a pas rodé son scénario (officiel ou home made) avant, chez soi avec ses potes ou à son club avec ses habitués.

+ S'amuser. La rigueur dans la maîtrise n'exclut pas le fun. Au contraire, elle le favorise. Quand on a bien potassé et qu'on s'est entraîné, on est beaucoup plus disponible pour les joueurs. À partir du moment où la technique est rodée, on peut se concentrer sur l'animation, ce qui est à mon avis une condition essentielle pour produire de bonnes parties. Pareil que pour n'importe quelle autre activité performative (au sens de performance artistique) : avant d'en arriver à pouvoir être expressif en danse, faut d'abord se manger du pas de base.



Souvent, les personnes que j'ai fait jouer en convention brûlent de vider leur compte en banque pour se procurer le Précieux. Mais Sombre n'a pas un livre de base bien identifié. Qu'est-ce qu'il faut leur recommander pour démarrer avec Sombre zéro ?

Alors en fait si, Sombre dispose d'un livre de base bien identifié, son numéro 1. Il paraît logique à tout le monde de commencer par le premier numéro. Manque de bol, ce n'est pas la base de Zéro, mais celle de Classic. Et en plus, il y a des scénars Zéro avant Sombre 6, le livre de règles de la variante. C'est le grôôôs bordeeel ! Il s'explique très facilement.

Quand je me suis lancé dans la revue, je ne savais pas que je publierais un jour un livre de base pour Zéro. L'idée ne m'est venue que parce que j'utilisais intensivement cette variante. C'est ce que *j'adore* dans la publication périodique : le contenu de la revue reflète ce que je joue à ma table. À mesure que je bidouille des trucs, je les publie. C'est aussi comme cela qu'est arrivé Max. Je ne l'avais pas prévu non plus. Il est un pur produit de mes démos et playtests. C'est kiffant.

Pour en revenir à ta question, je recommande pour commencer en Zéro, la combo S6 + S3. Règles + article de conseils + 3 scénarios de difficulté de maîtrise croissante. Idéal pour l'(auto)initiation. En deux zines, une belle courbe d'apprentissage : Camlann super fastoche, Les Grimmies un poil plus difficile, Deep space gore le plus exigeant (mais qui est aussi mon meilleur scénario flash pour Zéro). Et quand le meneur a exploité tout cela, il lui reste les règles pour écrire ses propres scénarios ou les improviser.

Depuis la parution du dernier numéro régulier, la combo S6 + S8 a aussi son intérêt. Elle permet de commencer à mener long avec Zéro après s'être rodé sur les scénarios flash du livre de base. Le slasher plait. Il est extrêmement fun et ses codes sont bien connus du grand public, ce qui facilite le jeu et la maîtrise. La power combo S6 + S3 + S8 est bien sûr tout à fait envisageable. Actuellement, c'est l'idéal pour se lancer dans Zéro. J'explique tout cela en détail ici.



*



Remerciements

Ce post vous est offert par les mécènes qui soutiennent la production de contenus gratuits pour Sombre. Merci de tout cœur à Glayroc, Benoît Chérel, Alias, Qui Revient de Loin, Steve J, Batro, leiatortoise, Corrigans, Tholgren, furst77, Dorothée, Maazileov, pseudo, kF, Vincent, Peggy, Etienne Bar, Barth Barth, Eliador, Nefal, Sevoth, Olivier, Sandra, Esteren, Orlov, Passelune, Tolkraft, Hunter_Chameleon, Harmelin Nicolas, antoahn, eugenie, boucher allan, Das, Grégory, Clément, Juan et Jicey.

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Hors ligne

#52 02 Mar 2020 17:16

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 1 / 11


Il m'arrive de poster sur le Net rôliste des bilans de mon activité. En général, ce sont de bonnes grosses tartines indigestes. Pour tenter de conjurer la malédiction du TL;DR, j'ai cette fois-ci décidé de découper mon texte en petits bouts. Nous voici donc partis pour quinze jours de posts quotidiens (hors week-ends, c'est syndical). Comment ça, vous n'en demandiez pas tant ? Hé mais bienvenue dans le feuilleton Sombre ! C'est cadeau, c'est plaisir.


*


« Do you want to live forever ? », demandait Valeria, en pleine phase disco glitter. Par Crom, je vous avoue que cela m'aurait plu. Je me serais bien vu faire du Sombre toute mâââ vie, jusqu'à la fin de ma mort. Sauf qu'à la fin justement, il ne peut en rester qu'un, et on sait tous que le Highlander de l'horreur ludique a des tentacules au menton. Gros Toulou, tu peux pas test.

Sombre boxe dans une toute autre catégorie, celle des jeux à la durée de vie plus courte. Ce modèle économique est quasi la norme chez les éditeurs et auteurs indépendants. Nous ne sommes pas nombreux à creuser encore et toujours le même sillon. Moi perso, je suis dans ma neuvième année Sombre. « Mon Dieu, tout ce temps déjà », disait doc Brown. Parce que ouais, mon premier numéro est paru en 2011.

Presque partout ailleurs dans mon micro milieu éditorial, on publie des standalones, livres de base autosuffisants, possiblement prolongés d'un supplément en cas de succès. Dans le meilleur des cas, les gammes sont fermées. Pas plus de cinq ou six produits, parfois réduits à deux ou trois parce que les ventes se sont cassées la figure en cours de route.

Je m'apprête pour ma part à publier mon quatorzième numéro. Alors oui, ce n'est que du fanzine, pas du « vrai » jeu de rôle. Comme vous le savez si d'aventure vous y avez jeté un œil curieux, la revue Sombre est constituée de fascicules A5 de 72 pages, des publications modestes et néanmoins très denses. Que du texte, pas d'illustrations intérieures, ou si peu. Mais si on met tous ces fanzines bout à bout, ils commencent à peser presque aussi lourd qu'un « vrai » livre de base.

Quel que soit son avenir, Sombre est d'ores et déjà un colossal succès. Je me jette des fleurs par quintaux, mais c'est qu'après tout ce temps, je suis encore surpris d'en être arrivé si loin. C'est aux joueurs, meneurs, lecteurs, tipeurs et clients de Sombre que je le dois. Big up à vous, les gars et les filles. Votre soutien me fait chaud au cœur.


La suite demain.


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Hors ligne

#53 03 Mar 2020 16:39

Johan Scipion
auteur de Sombre
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Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 2 / 11


Previously : dix ans que je trime sur la revue Sombre. Bientôt quatorze numéros, soit tout mis bout à bout, presque un « vrai » jeu de rôle.


*


Dès le départ, je connaissais l'évolution probable des ventes de Sombre, qui est celle de tous les jeux de sa catégorie : la courbe en cloche. Gauss mon amour, n'est-ce pas. Avec un peu de bol, ça commence par monter assez fort, mais dès que ça en vient à stagner, c'est que la redescente est proche. C'est à ce moment que les gammes prévues en cinq ou six volumes finissent précipitamment en deux ou trois. Et de fait, la prédiction s'est réalisée. Après avoir connu de beaux jours, Sombre se casse la gueule. Les ventes s'effritent.

Quid des facteurs conjoncturels, demandez-vous ? La reprise économique qui peine à passer la seconde ? La généralisation des crowd fundings dans le milieu rôliste, qui drainerait tout le budget loisir des joueurs ? Jupiter en opposition avec Saturne dans la maison du Bélier ? Aucun moyen de savoir si cela a une quelconque incidence sur les ventes de Sombre. Du coup, je vais faire comme si cela n'en avait pas. Parce que même si cela en avait, il n'y aurait rien que je puisse faire.

Je me concentre plutôt sur ce qui est à ma portée, ce sur quoi je peux agir. En premier lieu, sur la qualité de mes produits. La question qui me taraude est de savoir si Sombre est devenu moins bon. Moins de qualité, donc moins de ventes, ce serait logique. Étant entendu qu'on n'est jamais le meilleur juge de son propre travail, je ne suis pas le mieux placé pour y répondre. N'empêche que j'ai un avis.

Perso, je pense que la qualité se maintient. Et même, parce que jouer les faux modestes ne me permettra pas d'y voir plus clair, j'irais jusqu'à prétendre que sur plusieurs points, cela s'améliore. Je parle du fond bien sûr. Parce que sur la forme, c'est tout comme pareil depuis le premier numéro : un petit zine agrafé, maquetté sous Word. Ah si quand même, maintenant le dos est carré. Luxe.

Pour ce qui est du contenu, je tiens le cap. Je playteste toujours avec sérieux, rédige avec rigueur, relis et fais relire sans épargner ma peine ni celle de mes collaborateurs. Pour maintenir le niveau de qualité de mes textes tout en assurant en parallèle le millier d'autres tâches que nécessite la bonne marche de la revue, je me discipline et m'organise sur l'année entière. Ce faisant, je prends du métier, en écriture comme en direction éditoriale. À mon avis, les derniers numéros sont mieux branlés que les premiers. Le style est meilleur et les sommaires plus cohérents. Je pense avoir gratté du pEx.


La suite demain.


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#54 04 Mar 2020 13:50

Johan Scipion
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Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 3 / 11


Previously : presque dix ans que je trime sur la revue Sombre et m'efforce de maintenir la barre aussi haut que possible. Du gros taf, que je pense faire de mieux en mieux.


*


Si la revue s'améliore, pourquoi donc les ventes se cassent-elles la margoulette ? Ce n'est pas faute d'avoir fait de gros efforts de variété : des zombies, du conte de fées noir, du slasher, de la science-fiction, des rednecks, de l'horreur gothique, du drama dark, des actioners horrifiques, du jeu de cartes pas à collectionner. You name it. J'ai également bossé l'accessibilité. Un système simplifié pour les débutants, et un numéro spécial jeu en famille. Rendez-vous compte, j'ai publié un scénario pour les enfants de 7 ans ! J'ai aussi pensé aux hardcore rôlistes. Deux numéros dédiés aux actioners horrifiques, sous-genre plus proche de la pratique dominante du hobby, et un consacré aux campagnes. Même deux fois du Cthulhu, dans Sombre 2 et 9. Plus commercial, tu meurs.

Et cela ne m'a pas coûté. Je veux dire que je n'ai pas eu l'impression de vendre mon âme au grand capital en publiant tous ces trucs. En vrai, j'ai kiffé ma race. Sombre m'a entraîné sur des territoires ludiques dans lesquels je n'imaginais pas m'aventurer un jour, et ce ne fut que du bonheur. Mon avis est qu'avec tout cela, la revue est aujourd'hui aussi appétante qu'elle le sera jamais.

Pourtant, les ventes diminuent quand même. Tropinjuste ? Je ne crois pas. C'est dans l'ordre des choses. Comme je l'écrivais hier, je m'attendais dès le départ à ce que leur courbe soit en cloche. L'explication ? De mon point de vue, il y en a plusieurs. En premier lieu, la saturation. J'ai écoulé un bon petit paquet de zines depuis 2011, et mon marché n'est pas extensible à l'infini. Il me reste sans doute des rôlistes à conquérir, mais j'en ai aussi rassasié pas mal.

En francophonie, le jeu de rôle d'horreur est un petit segment du marché ludique, largement dominé par Gros Toulou. Sombre existe depuis toujours en marge du Grand Ancien. Ça pour le coup, c'est structurel. Si on considère que Cthulhu est le Coca Cola du jdr horrifique, le produit que tout le monde aime et consomme, je n'ai pas inventé Pepsi, un produit tellement similaire que tout le monde pourrait également l'aimer et le consommer. J'ai mis sur le marché un petit soda acide qui t'arrache la gueule. Il y a des gens pour kiffer, mais ce ne sera jamais un produit de grande consommation.

Alors oui, j'ai mis un peu de sucre dedans et sorti tout un tas de variétés, mais je n'ai pas l'intention d'aller plus loin. En dépit de mes incursions sur les terres lovecraftiennes, il n'y aura pas de Sombre goût Pepsi. Comme je le disais, ouvrir le jeu ne m'a pas coûté. J'avais envie de le faire et suis content d'y être parvenu. Mais si l'expérience des conventions nous a enrichis, Sombre et moi, il n'en demeure pas moins que nous campons fermement sur nos fondamentaux. Nous, on aime la trve horror cinématographique.


La suite demain.


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#55 05 Mar 2020 14:23

Johan Scipion
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Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 4 / 11


Previously : près de dix ans que je trime sur la revue Sombre. Mais aussi varié et riche soit-il désormais, mon jeu reste pointu, ce qui limite de facto son public.


*


Je n'ai aucun moyen de savoir combien de rôlistes francophones s'intéressent ou pourraient s'intéresser à Sombre, mais en près de dix ans, je pense avoir touché une fraction non négligeable de mon public potentiel. Sur le tas, une bonne partie est rassasiée de mon jeu.

+ Il y a ceux qui ont acheté en croyant qu'ils aimeraient, mais en fait non.

+ Il y a ceux qui aiment et sont parfaitement satisfaits de posséder un ou plusieurs zines dans leur ludothèque, soit qu'ils n'aient acheté que pour lire un peu, soit qu'ils jouent avec, mais ne ressentent pas le besoin de plus parce qu'ils ne sortent le jeu que pour une partie de temps à autre.

+ Et il y a enfin ces meneurs qui se contentent de peu parce qu'ils ont vite trouvé le Sombre qui est en eux, et ne voient donc pas d'intérêt à ce que je continue à leur expliquer le mien.

Tous ces profils existent dans la vraie vie. Je ne théorise rien, je ne parle que de gens avec qui je discute à chaque convention. Sauf la première catégorie (ceux qui n'ont pas aimé), ils constituent une fraction importante des fans de Sombre, mais ne font plus partie de ses clients. Mes nouveautés leur en touchent une sans déranger l'autre.

Ce n'est pas tout. Plus que tout autre, un phénomène freine les ventes de Sombre : l'usure de la routine. À l'automne dernier, lorsque Steve J a annoncé la sortie de Sombre HS4 à l'antenne de Radio Rôliste, l'un de ses coanimateurs lui a demandé « Il y a combien de Sombre maintenant ? J'avoue que j'ai perdu le fil ».

Je me souviens des premiers temps de la revue, chaque sortie était un petit événement. Toutes proportions gardées, hein. Je ne sabrais pas le champagne ni ne chantais « Tout nu, tout bronzé » en string sur mon bureau, mais quand même. Il y avait une petite ébullition sur le Net et dans la vraie vie.

Aujourd'hui, après treize numéros, c'est devenu business as usual. Les hardcore fans trépignent toujours, ce qui est top cool (je vous kiffe, les gens). Le reste du monde rôliste est très largement indifférent, ce qui n'aide pas à faire le buzz et maintenir les ventes.

J'avoue que c'est un peu difficile à vivre. Pas l'indifférence en elle-même bien sûr, qui est naturelle et attendue. J'ai suffisamment d'expérience de l'écriture pour savoir qu'on ne peut carrément pas plaire à tout le monde, et que tout ce qui dure finit invariablement par lasser. Ce qui me plombe le moral, c'est qu'il s'agit du résultat d'un travail acharné. L'effet de routine est le produit de ma régularité, qui elle-même s'appuie sur une énorme quantité de taf.

Du point de vue de l'auteur, un numéro de Sombre est tout sauf business as usual. Cela me demande une organisation, une énergie et une quantité de travail colossales. Alors que côté public, au bout d'un moment, c'est juste un zine de plus. Tropinjuste ? Pour le coup, ouais. Mais c'est la vie de créatif.


La suite demain.


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#56 06 Mar 2020 15:48

Johan Scipion
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Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 5 / 11


Previously : près de dix ans que je trime sur la revue Sombre. Du gros taf. Aussi varié et riche soit-il, mon jeu reste pointu, ce qui limite son public. Quant à sa longévité, elle produit de la routine par effet d'usure.


*


2016 fut ma meilleure année. Depuis, ça s'érode. Il n'y a pas encore le feu à la maison Sombre, mais la température monte. Si les choses continuent à se détériorer, mes projets seront compromis à moyen terme. Serais-je publié par un éditeur tiers que nous aurions eu depuis longtemps une conversation téléphonique ou un échange de mails sur le thème « Sombre c'est bien, mais as-tu pensé à la suite ? Tu n'aurais pas d'autres idées que la peur comme au cinéma ? ».

Sauf que je m'édite moi-même, et que quand Johan éditeur est venu voir Johan auteur, ça s'est passé comme ça :
– T'es au courant que les ventes se barrent en sucette ?
– Ouais, j'ai maté la feuille Excel.
– On arrête alors ?
– Tu rigoles ou quoi, y'a le numéro spécial slasher à sortir, qui va être trop bien. Et puis le livre de base de Max, sur lequel je bosse depuis 2012. Et plein d'autres trucs encore. On ne peut pas lâcher maintenant que ça devient vraiment cool. Trois systèmes Sombre, t'imagines le gros délire ?
– Ouais t'as raison, on continue !

Donc je me suis accroché. Parce que je surkiffe ce putain de jeu. J'ai la passion, nom de Dieu. Un trve fan, le gars Johan. Or le trve fan, c'est pas celui qui vient à ton concert lorsqu'il fait beau. C'est celui qui y reste quand il se met à pleuvoir des cordes de chez cordes. Moi, ça fait plus de trois ans que je patauge dans la boue. Au début, j'en avais jusqu'aux chevilles, maintenant c'est jusqu'aux genoux, bientôt j'aurai les couilles au frais, ce qui n'est pas une perspective super réjouissante. Ah que glagla dans mon slip.


La suite lundi.


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#57 09 Mar 2020 14:00

Johan Scipion
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Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 6 / 11


Previously : près de dix ans que je trime sur Sombre, une revue pointue à la fanbase forcément limitée. Mais qui dure, malgré l'érosion de ces dernières années.


*


Actuellement, je gagne, net après impôts, quelques centaines d'euros par mois à produire et animer Sombre. Mais cela s'amenuise. Y'avait plus de centaines il y a trois ans. Au rythme où vont les choses, la question est de savoir jusqu'où je vais-je continuer d'accepter de travailler 60 heures par semaine (les petites semaines) ? Est-ce que 200 euros par mois, ça le fait ? Ou 100 ? Ou 50 ? Est-ce que je continuerai de bosser même si je ne gagne plus rien avec mon jeu, comme ce fut le cas durant les quinze premières années de son développement ? Jusqu'où exactement la passion me mènera-t-elle ? Très honnêtement, je n'en sais rien. À un moment, j'atteindrai mes limites. Personne ne vit d'amour et d'eau fraîche.

Je n'en suis heureusement pas encore là. En regardant ma courbe de ventes et ma boule de cristal, je me dis que j'ai peut-être cinq ou six numéros devant moi. En soi, ce n'est pas si mal, surtout si l'on considère que j'en ai treize derrière. Le micro souci est que j'ai des présommaires plus ou moins avancés pour au moins une douzaine. Rien qu'à faire le compte de ce que j'ai promis, que ce soit sur le forum de Terres Etranges, dans un quelconque édito de la revue, ou au détour de l'un de mes articles, ça fait pas mal de matos :

+ Des articles justement, dont certains que je juge essentiels. Il faut que je m'intéresse de près à la jauge d'Esprit, aux antagonistes et au combat. Je voudrais aussi faire une liste détaillée de mes trucs et astuces de meneur. J'envisage également un papier sur le jeu en convention. Ce serait une bonne manière de valoriser les pEx que j'ai accumulés sur le sujet ces quinze dernières années.

+ Dans l'édito de Sombre 2, j'annonçais du jeu sans règles, c'est-à-dire en pur roleplay théâtral. Ce scénario est toujours au programme, mais il est si particulier que je n'ai eu de cesse de le repousser au profit d'autres plus accessibles. Il faudra un jour que cela s'arrête. Je veux le publier.

+ Dans ce même édito, je promettais aussi des rednecks, ce que j'ai tenu dès Sombre 4, et des vampires. Là par contre, rien de paru encore, mais je voudrais concrétiser dans un futur proche. Je fais déjà tourner un scénario à thème vampirique en convention, et il se pourrait que j'en aie d'autres en projet. Les vampires, demain j'arrête.

+ En parlant de mes scénars de conv, il y en a tout plein qui sont bouclés et n'attendent que l'opportunité d'une publication. Il s'agit de scénarios flash en Zéro. En particulier, j'en ai un dans lequel les PJ sont des chats. Il me tarde de le mettre dans la revue tant il est fun.

+ Je veux assurer le suivi de Max. Je lui ai consacré mes deux derniers numéros (Sombre 9 et HS4) et voudrais faire plus. Cette variante m'éclate, écrire d'autres scénars pour elle serait un véritable plaisir.

+ Enfin, j'ai toujours envie de creuser Extinction, l'univers post-apo marin et lovecraftien dont j'ai publié le cadre général dans Sombre 2. J'aime ce décor de jeu, et souhaite en faire profiter le plus grand nombre. Mais pour cela, il faut que je publie du matos prêt à jouer. Un setting au moins, ou peut-être un scénario. Ou peut-être les deux.

Vous le constatez, ce ne sont pas les projets qui manquent. J'ai masse d'idées en réserve. Et je précise que rien de tout cela ne concerne les numéros de 2020. Pour eux, j'ai d'autres plans encore, que je ne tarderai pas à vous révéler. En clair, y'a du lourd dans les tuyaux.


La suite demain.


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#58 10 Mar 2020 16:05

Johan Scipion
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Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 7 / 11


Previously : près de dix ans que je trime sur Sombre, une revue qui dure, mais dont les ventes s'effritent. Pourtant, je voudrais aller au bout de ma démarche éditoriale et de mes envies créatives.


*


On n'est jamais à l'abri d'un succès, mais je ne pense pas pouvoir inverser la tendance. J'entends par là que je ne crois pas que mon activité puisse renouer avec la croissance. Même la stabiliser me paraît difficile. Par contre, je pense avoir une chance raisonnable de ralentir la descente. C'est ce à quoi je consacre mes efforts depuis 2017. J'avoue que, psychologiquement, c'était bien plus confortable avant, quand les ventes étaient en croissance. T'as plus la motivation quand tu bosses pour grimper que pour freiner la dégringolade. Mais hé, si ce boulot était facile, ça se saurait depuis le temps. Et tout le monde le ferait.

Mon souhait serait que ça se casse la gueule un peu moins vite, ce qui me ferait gagner quelques numéros. En gratter trois ou quatre serait royal. Parce que voyez-vous, je suis chaud comme la braise. Il y a près de dix ans, lorsque je me suis lancé, je tâtonnais pas mal. J'avais l'expérience du fanzinat, de la presse pro et un peu de l'édition, mais n'avais jamais dirigé de revue. Aujourd'hui, je commence à avoir de la bouteille. Je sais où je vais et je sais comment y aller. Je suis rodé, nom de Dieu. Du coup, ça me ferait bien mal au derche de lâcher maintenant. Ce d'autant que je l'ai déjà vécu.

Dans une autre vie, je fus pigiste à Backstab, un magazine de jeu de rôle pour lequel j'avais commencé à développer un setting med-fan dark, le Synode. Je le construisais article après article, un numéro après l'autre. C'était à la base une commande, mais je me suis grave investi. À force de travail, j'ai fini par dégager une vision d'ensemble. La vache, j'étais chaud de chaud. J'avais toutes les idées qui allaient bien, ordonnées comme il fallait en un plan carré. Le truc sans accroc, à la Hannibal Smith.

C'est pile-poil à ce moment que le magazine a débranché la prise. Rhâââ mais putaiiin, cette frustratiiion ! Une vraie douche froide. Me suis pris le mur de la réalité éditoriale dans les ratiches. Ouyouyouille. Je n'ai pas du tout, mais alors du tout, envie de revivre la même chose avec Sombre. Il faut que trouve un moyen de moyenner.


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#59 11 Mar 2020 15:33

Johan Scipion
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Re : Making-of Sombre

Bilan Sombre - Ă©pisode 8 / 11


Previously : près dix ans que je trime sur ma revue et qu'elle dure, mais les ventes s'effritent. Je voudrais réussir à ralentir leur érosion pour aller au bout de mon Sombre.


*


J'évacue d'emblée les solutions qui à mes yeux n'en sont pas. Pas forcément qu'elles soient mauvaises en elles-mêmes, mais parce qu'elles ne correspondent pas à ce que je souhaite faire de Sombre, ou qu'elles sont en décalage avec la manière dont je veux travailler, ou encore qu'elles me semblent inappropriées au moment où je parle (mais pourraient se révéler pertinentes à l'avenir).

Déjà, il est très clair à mes yeux que je ne suis pas encore disposé à passer à autre chose. Je ne vous prendrais pas la tête depuis dix jours avec mes petits problèmes s'il en était autrement. J'expliquais la semaine dernière que dans mon micro milieu éditorial, le standard est actuellement aux gammes fermées et aux standalones. L'idée est de sortir un nouveau produit tous les X mois, avec un nouveau nom et un (parfois pas si) nouveau concept pour relancer l'intérêt du client. De la fraîcheur éditoriale qui donne envie au consommateur de remettre une pièce dans la machine. Clairement, ce n'est pas mon truc. Je suis le genre de garçon qui préfère creuser le même sillon. Sauf improbable épiphanie rôliste, il n'y aura rien après Sombre. Je ne pense avoir qu'un jeu de rôle à l'intérieur du dedans de moi. Je continuerai très certainement à écrire après avoir tourné la page Sombre, mais ce ne sera selon toute probabilité pas des textes rôlistes.

Je n'ai pas non plus envie de m'essayer au crowd funding. Pas à ce stade, en tout cas. À ce que j'en comprends, c'est du gros boulot, et pas le genre qui me vend du rêve. Je n'ai rien contre la compta, le marketing, la promotion et la préparation de commandes. J'en fais tout au long de l'année. Mais je ne veux pas consacrer l'intégralité de mon temps à ces tâches durant six, dix, douze, quinze ou dix-huit mois. À la base, mon kif, c'est l'écriture et le playtest. Je me suis multiclassé éditeur, distributeur et communiquant par nécessité. Pour pouvoir mener la barque Sombre à ma manière. J'effectue ces tâches sans déplaisir, et y trouve même souvent un intérêt véritable, mais ce n'est pas une vocation. Un crowd funding me serait peut-être profitable, en aucun cas plaisant. Ce n'est pas le genre de truc que je me sens d'assumer dans le cadre de Terres Etranges. Pas à ce stade du développement de Sombre en tout cas.

À l'heure actuelle, je suis également réticent à la vente de PDF. Le fanzine, j'entends par là l'objet papier, me plait grave. Je l'aime d'un amour vrai, même si la logistique devient de plus en plus compliquée. Treize numéros, ça en fait du papier à trimbaler aux quatre coins de la région parisienne, de la France et même de l'Europe. En revanche, les produits numériques ne me font pas rêver. Ouaiiis, je saiiis. Que voulez-vous, je débarque d'un autre millénaire, et mon imaginaire avec. Je ne dis pas que je n'y viendrai jamais, hein. Juste, tant que je peux encore m'en tenir à l'arbre mort, je préfère. Présentement, j'ai tendance à considérer le PDF comme le mausolée de la revue. Une manière de continuer à la mettre à disposition lorsqu'elle sera morte sur papier. M'y lancer dès à présent me semblerait prématuré, ne serait-ce que parce que le numérique rognerait un peu plus encore les ventes physiques. Or leur érosion est à la base ce qui me pousse à chercher des solutions alternatives. Des volumes d'impression qui baissent, ce sont des coûts de production qui grimpent. Ce n'est pas bon. Pas si je veux maintenir mon prix de vente à 10 euros le numéro.


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#60 12 Mar 2020 00:54

Johan Scipion
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Re : Making-of Sombre

Sur Facebook, Julien Blondel a Ă©crit :

Mec, tu fais chier. Je m'Ă©tais promis d'attendre le 11/11 pour balancer des trucs, mais on sera peut-ĂŞtre tous morts d'ici lĂ , donc fuck it.

On a en déjà causé, tu sais tout le bien que je pense de ta démarche - faire son truc, faire son truc bien, faire son truc comme on veut, rien faire d'autre que son truc, et venir parler franco de son truc et de la façon dont on veut continuer de faire son truc : a-fucking-men.

Tu fais ton truc, et tu le fais bien, mais t'es un vigneron indépendant.

Tu fais du vin, et il est "pas dégueux, ton petit rouge". Genre vraiment, vraiment pas degueux. Ceux qui le goûtent le trouvent cool, ceux qui l'ont déjà goûté viennent t'en racheter des caisses - mais ceux qui le connaissent pas ?

Tu veux continuer Ă  faire du vin ? Change rien. Il est bon, ton "petit rouge". Change pas la recette. Mais fais pas l'erreur de croire que tout le monde se fout de l'Ă©tiquette, du prix ou de la bouteille.

La bouteille, mec. Le petit dessin de château qui fait genre c'est meilleur et c'est classe et c'est pile ce que tu cherches et donc ça coûte plus cher et donc WOW mais c'est BON ça, putain.

La. Putain. De. Bouteille.

On peut pas continuer à "juste faire du bon vin" sans chercher la bouteille qui fait que les gens vont le boire. Notre métier, c'est le contenu. Mais la vraie vérité de notre métier, c'est le format.

La. Putain. De. Bouteille.

(Allez, vas-y : c'est le gros twist du billet de demain, c'est ça ? T'as intérêt : )


Ton conseil est tout plein de sagesse éditoriale et commerciale, Julien, mais je vais te confier un truc. Entre nous, hein. On est sur Facebook, donc ça ne sortira pas d'Internet.

Je surkiffe mon cubi.

À la base, la forme de Sombre est une contrainte. Quand j'ai commencé, je n'avais pas les moyens de faire autre chose qu'un fanzine. Et au vrai, cela n'a pas changé. Mais en fait, j'adore. Je veux dire, esthétiquement : A5 + dos carré piqué + texte noir sur fond blanc + une seule image + des plans bricolés avec mes gros doigts = top du top. Selon moi, le JdR papier dans sa forme la plus pure et la plus authentique. Aucun apprêt, ou si peu (je soigne les couvs, tout de même).

Je comprends tout à fait le plaisir qu'ont les rôlistes à acheter et lire de très beaux et très gros bouquins de jeu de rôle, mais moi, c'est le fanzine qui me le fait le mieux. Esthétiquement, conceptuellement, pratiquement, je trouve qu'il s'agit du support idéal de la culture populaire. Or le JdR, surtout quand il te cause de films d'horreur, c'est rien qu'un concentré de culture pop.

Je ne suis pas Madame Soleil, mais il y aura sans doute un jour un produit Sombre au format du marché, avec une jolie bouteille et une étiquette ad hoc. Pourtant, à tous points de vue, le Sombre idéal est celui que je produis maintenant. J'en suis pleinement conscient, et c'est pour cela que je me démène. Je veux le faire durer car je sais que le suivant sera moins cool.


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