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#21 24 Nov 2012 04:01

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Sombre zĂ©ro

House of the rising dead II : Dead of night – en ludothèque à Saint-Denis – novembre 2012



Il fait froid, il pleut, et voilà t'y pas que je débarque à Saint-Denis pour poser du jeu à la ludothèque où bosse Crapaud-à-plumes. Ct'un projet qui remonte à loin, on a calé ça il y a plusieurs mois. Ma mission : faire jouer quatre gamins de 7 à 10 ans à Sombre zéro (la variante que j'ai publiée dans Sombre 2) pendant un peu plus d'une heure. C'est dans mes cordes. Crapaud les ayant initiés, ils connaissent déjà le jeu de rôle. Cool.

Après un rapide tour du propriétaire, on s'intéresse à l'espace de jeu. Y'a moyen de jouer par terre, sur des coussins, dans une petite pièce un peu à part, comme le fait habituellement Crapaud. Mais je dis non. Moi, il me faut une table et des chaises. Je suis un garçon old school qui, même avec des gamins, fait du jdr à l'ancienne : plan, crayon, gomme, feuilles de perso, dé. By the book, je vous dis.

Hop, hop, micro-déménagement et voilà que j'ai ma chtite table et mes cinq chaises. J'ai en effet annoncé que je prendrai quatre joueurs, plus serait déraisonnable étant donné qu'on va jouer dans le bruit, que les gamins ne me connaissent pas et que je n'ai qu'une heure devant moi pour boucler le brainstorming et la partie. Parce que oui, c'est un quickshot. Même pas peur, même pas mal.

Crapaud m'explique le principe de base de sa ludo : ici, c'est jeu libre. Tu joues à ce que tu veux aussi longtemps que tu veux et quand tu veux plus, juste t'arrêtes. Ça veut dire que les joueurs peuvent se barrer de la table exactement quand ils le veulent et que je ne peux rien dire. Okaaaay, y'a du challenge.

Crapaud a mis en place un système de préinscriptions qui me chagrine un peu parce que, par un malheureux concours de circonstances, il exclut Francesca, une gamine qui accroche grave au concept de Sombre. Des films d'horreur, elle en a vu et elle aime ça, mais je ne peux pas l'accueillir à ma table en tant que joueuse, les quatre places sont réservées à d'autres. Elle sera donc spectatrice. J'aurais préféré qu'elle puisse jouer, l'enthousiasme est une vertu cardinale en jdr. En tout cas, c'est un truc qu'en tant que meneur, j'adore voir chez mes joueurs, quel que soit leur âge.



Le brainstorming

Et en fait, c'est Francesca qui trouve le sous-genre de la partie : une histoire de maison hantée. Elle la ramène pas mal durant le brainstorming mais je la laisse faire car sa culture de genre m'est bien utile pour mettre mes quatre joueuses dans le bon trip. Quand il s'agit de recadrer, c'est toujours plus efficace quand un pair (en l'occurrence, un autre enfant) s'en charge. Moi, je me contente de signaler que jouer des vampires, des fantômes ou des zombies, ce n'est pas ce qu'on fait à Sombre. Ça, ce sont des rôles de méchants.

Le groupe sera donc composé de quatre sœurs, de 19, 18, 17 et 16 ans. Comme me fait remarquer l'une de mes joueuses, leur mère n'a pas chômé. Elle est morte, malheureusement. D'un accident de voiture, avec son mari. Les PJ sont donc orphelines. Il y a Tiffany, Océane (le prénom d'une animatrice), Sabrina et... la quatrième joueuse sèche grave. À vue de pif, je propose Jennifer. Ça plait. Jennifer donc. Les PJ les plus âgées, Jennifer et Océane, travaillent. Les joueuses veulent de bons métiers, qui gagnent bien : vendeuse en boulangerie et coiffeuse. Je valide bien sûr. Les plus jeunes, Tiffany et Sabrina, sont lycéennes.

Avec le peu d'argent qu'elles ont hérité de leurs parents, elles viennent d'acheter une vieille baraque pour y vivre à quatre (actuellement, certaines sont hébergées chez des amis, d'autres sont en foyer. Ça craint). Y'a pas mal de travaux à faire dans la maison, donc elles ont décidé d'y passer tout un week-end pour commencer à la nettoyer. Ça c'est moi qui l'annonce, histoire de poser un peu mon amorce. Il serait temps, tout de même.

Je trace un plan. En quickshot avec des enfants, je ne leur demande pas de le faire, c'est moi qui m'en charge (avec des adultes par contre, c'est à eux de bosser). Le plus souvent, j'improvise le plan à mesure que je mène mais là, c'est inapproprié car il ne s'agit pas d'un scénar d'exploration. La maison est bien connue des PJ, on ne va pas faire un PMT. Du coup, je me colle au plan avant le jeu. Et c'est top fastoche, je dessine de mémoire celui de House of the rising dead. Un rez-de-chaussée, un étage, nickel pour une partie courte.



La partie

Je demande aux filles comment elles s'organisent pour le ménage. Qui fait quoi où et quand ? Entrée en matière standard. Et pour le repas du soir, comment ça marche ? Elles hésitent : Quick halal ou kebab ? Kebab. Arrive la nuit et là, c'est moi qui explique qu'elles ont prévu de dormir dans une chambre, chacune dans son sac de couchage. Camping dans la maison déserte, pile poil film d'horreur. Francesca sent qu'il faut que ça démarre, et je suis bien d'accord. « Y'a pas encore de suspense ? », me demande-t-elle.

Je lui réponds que ça va bientôt arriver et lance le truc : en pleine nuit, les PJ sont réveillés par des bruits de pas lourds dans l'escalier. Y aurait-il quelqu'un dans la maison ? Tiffany ouvre la porte de la chambre pour en avoir le cœur net : personne dans l'escalier. Mais est-ce que la porte d'entrée est bien fermée ? Il faudrait que quelqu'un se dévoue pour aller vérifier, on ne peut pas laisser la maison ouverte durant la nuit. L'union fait la force : Jennifer, Océane et Sabrina descendent pour voir ce qu'il en est. Tiffany reste dans la chambre, elle consulte Facebook sur son téléphone portable. Ah mon Dieu, faut pas me faire des ouvertures narratives comme ça ! bcsmile

Je gère en simultané, mais sans aparté évidemment. On n'a pas le temps et ça ne fonctionne de toute façon pas super bien avec les gamins. Exclus de la table, ils décrochent de suite. Au rez-de-chaussée, la porte d'entrée est bien fermée. Mais il commence à faire super froid dans le couloir, tellement que les filles voient leur haleine qui dessine des panaches de vapeur dans l'air nocturne. Et pour ne rien arranger, il fait aussi de plus en plus sombre. Malgré la lampe de camping, on n'y voit plus grand-chose, comme si les ténèbres étaient vivantes. À l'autre bout du couloir, un homme à la silhouette indistincte se tient debout dans le noir. Il a la respiration sifflante et ses yeux rouges luisent dans l'obscurité. Panique à bord.

À l'étage, ça ne va pas mieux. Je m'approche de la joueuse qui incarne Tiffany et lui glisse à l'oreille qu'elle vient de recevoir un message sur Facebook : « Vous allez toutes mourir ». Re-panique. Tiffany passe dans la pièce adjacente à la chambre pour s'équiper (c'est là que se trouve le matos de nettoyage) mais y'a plein de petits bruits bizarres dans l'obscurité. Des grattements. Elle rallume son portable pour éclairer et constate que la pièce est envahie de dizaines, de centaines, de milliers, que dis-je de millions, de cafards. Des gros cafards blanchâtres bien dégueu qui grouillent sur les murs et le sol. Y'en a partout.

Au passage, ce n'est pas mon idée : je l'ai piquée à la joueuse qui joue Océane, la plus jeune de groupe. Pendant qu'on parlait de nettoyer la maison, elle m'a demandé s'il y avait des cafards puis m'a expliqué qu'en Tunisie, elle en a vu des énormes, gros comme sa petite main, ce qui l'avait visiblement très impressionnée. Du nanan pour un meneur d'horreur.

Donc les cafards grimpent sur Tiffany pendant qu'au rez-de-chaussée, Jennifer se rend compte que la porte ne s'ouvre pas. La clé refuse de tourner dans la serrure. Les trois filles foncent dans la salle de bains puis dans le salon pour essayer de trouver une fenêtre ouverte. Francesca les engueule en leur disant qu'elles ne connaissent rien aux films d'horreur. Parce que dans un film d'horreur, on ne se barre pas comme ça de la maison. Elle a bien raison car y'a pas moyen. Tiffany, elle, hurle. Les cafards la mordent et lui sucent le sang.

Dans le couloir, l'homme aux yeux rouges a disparu. Jennifer, Océane et Sabrina remontent à l'étage pour voir ce qu'il advient de leur sœur. Elles la trouvent en soutien-gorge et culotte, en train de se gratter la peau jusqu'au sang (ce qui a provoqué une Blessure). Des cafards, aucune trace. Tiffany est interloquée. Comment, quoi, qu'est-ce ? Puis la joueuse percute : « C'est peut-être que c'était dans ma tête tout ça ». Peut-être bien, en effet.

Que faire maintenant ? La seule chose de raisonnable en pareille circonstance : se recoucher mais veiller, portables ouverts. J'adôôôre. Et bien sûr, j'en profite : les téléphones s'éteignent tous en même temps et soudain se rallument. Des photos s'affichent sur les écrans : ce sont les cadavres des PJ, étendus dans la maison. Elles ont été déchiquetées, y'a du sang partout. Sabrina flippe, les autres ne sont pas rassurées. Jennifer demande qui a envoyé les photos, je réponds qu'elles viennent de leurs propres comptes et boîtes mail. Elles se les sont envoyées les unes aux autres. Re-flippe.

Dans l'escalier, les pas lourds reviennent à la charge. Branle-bas de combat : tout le monde se rue sur le matos de nettoyage/bricolage pour trouver des armes. Hop, mini brainstorming : j'autorise un unique couteau (hé ouais, le plan kebab, c'était forcément pour éviter de cuisiner). Pour le reste, faut trouver des idées un minimum crédibles. Le bouclier, c'est non. Le balai, ça le fait. La bombe anti-cafards, la boîte d'allumette, le râteau et la paire de ciseaux aussi. Francesca propose un marteau, que j'aurais également validé.

Tiffany sort de la chambre en mode guerre et tombe nez à nez avec l'homme aux yeux rouges. Là normalement, on devrait enchaîner sur un climax de brutasse, mais on n'a pas le temps. Il est 18h et les parents arrivent pour récupérer leur progéniture. Ayant vu l'heure tourner, je savais qu'on n'aurait pas le temps de finir et m'étais préparé. Je plie le truc en trente secondes : Tiffany frappe l'homme à grands coups de balai, il lui déchire la gorge avec ses mains griffues, elle se réveille en hurlant. On est dimanche matin, le soleil brille déjà. Elle est dans son sac de couchage, à côté de ses trois sœurs. Tout ça n'était qu'un vilain cauchemar.

Générique



Le bilan

Une partie trèèès sympa. Conditions de jeu assez rock'n'roll bien sûr (du bruit, du mouvement, plein de gamins qui viennent et qui vont, tout ça) mais ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude. J'ai vraiment regretté pour Francesca, qui n'a pas décollé de la table. Si la partie avait été jusqu'à son terme, je lui aurais très probablement refilé l'antago à jouer. Hé, elle connaît Massacre à la tronçonneuse et Scream !


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#22 24 Nov 2012 10:24

Thomas Munier
auteur de Millevaux
Inscription : 05 Feb 2008
Site Web

Re : Sombre zĂ©ro

Sombre, le jeu de role premier age :)


Auteur de Millevaux.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
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#23 24 Nov 2012 14:45

El Medico
membre
Lieu : Montrouge
Inscription : 20 Mar 2012

Re : Sombre zĂ©ro

La crèche, prochaine étape :°

Sinon, dis-moi pour info, les joueuses avaient quel âge à peu près ? Et le truc a duré combien de temps ?

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#24 24 Nov 2012 15:18

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Sombre zĂ©ro

El Medico a Ă©crit :

La crèche, prochaine étape :°

Sérieusement, j'adorerais. Mais 5 - 6 ans, c'est quand même la limite basse. Avec des gamins plus jeunes, y'a pas trop moyen de faire du jdr, ou alors sous une forme trèèès dilluée. Or ça, ça ne m'intéresse pas trop.



Sinon, dis-moi pour info, les joueuses avaient quel âge à peu près ? Et le truc a duré combien de temps ?

+ 7 à 10 ans. Crapaud, s'il passe par ici, pourra être plus précis.

+ 70 minutes, brainstorming et explication des règles compris.


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#25 24 Nov 2012 20:49

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Sombre zĂ©ro

Odillon sur Antonio Bay a Ă©crit :

Ca a dĂ» ĂŞtre un joli challenge.

Pas tant qu'on pourrait le croire. Je veux dire, oui bien sûr, c'est du jdr extrême. On est assez loin de la partie bien préparée entre potes de 25 ans. Mais j'aime ça. Ça me sort de ma zone de confort et ça m'évite de me calcifier sur mes acquis. En même temps, c'est justement grâce à ces acquis que je limite les risques. Quand je débarque à Saint-Denis, je ne suis pas en mode playtest. Je viens faire une démo et je veux qu'elle tourne bien. Et je sais que j'ai plusieurs atouts dans ma manche :

+ Je commence quand mĂŞme Ă  avoir une certaine habitude du jeu en environnement hostile. Les convs, et surtout les festivals, sont hyper formateurs Ă  ce niveau.

+ J'aime mener pour de jeunes joueurs, vraiment je kiffe. J'ai eu un certain nombre de tables d'ados et de préados, en ludothèque et en conv, et ça m'éclate. J'aime leur enthousiasme, leur spontanéité, leur grande capacité d'immersion. Bon, leur capacité d'attention est limitée et ils manquent clairement d'autodiscipline, mais sauf exception, ce n'est pas par antijeu. C'est juste qu'ils ne contrôlent pas aussi bien leurs émotions que les adultes. Mais c'est là que la base old school de Sombre (un meneur, des joueurs, partage classique du pouvoir narratif) s'avère super utile : il me met direct en position d'autorité. Très pratique.

+ Ce n'était pas ma première partie en impro avec des gamins. J'avais déjà mené deux quickshots pour des enfants (là : http://www.terresetranges.net/forums/vi … 8353#p8353 et là : http://www.terresetranges.net/forums/vi … 133#p9133). Et bon, quand t'as mené un quickshot Sombre pour un groupe de PJ dauphins, y'a juste plus rien qui peut t'arrêter ! bcbig_smile

+ Les gamines avaient déjà joué au jeu de rôle, même si dans un genre (l'aventure) et un espace de jeu (assises sur des coussins) différents. Ça fait une différence sensible, surtout lorsque le créneau de jeu est court.

+ La culture horrifique fait partie de la culture générale contemporaine, et particulièrement de la culture jeune (même quand on n'a que sept ans). Ça produit d'emblée un imaginaire commun qui est vachement pratique.

+ J'ai plusieurs dizaines de parties de Sombre zéro au compteur, ce qui me met grave en confiance. Un peu trop d'ailleurs car là, je suis parti en mode redux (une variante de variante, plus orientée aventure horrifique qu'horreur) parce que c'est ce que je fais d'habitude avec les enfants. Mais c'était une erreur car on a fait de l'horreur pure, pas de l'aventure. Je l'aurais payé cher dans la scène finale si on l'avait jouée. En version redux, mon antago n'aurait pas été assez costaud pour me permettre de maintenir la pression horrifique sur la fin de la partie.


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#26 25 Nov 2012 02:18

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Sombre zĂ©ro

Uphir sur LĂ©gendes d'autres Mondes a Ă©crit :

Mais je pense que chaque film à son public et 7-10 ans pour voir un film d'horreur, ça me parait un peu jeune. Ou alors je n'ai pas tout compris au résumé de Johan.

Nan nan, t'as bien compris. Francesca Ă©tait dans la partie haute de la fourchette, plus vers 10 ans que 7.


Quelques éléments de réflexion :

La culture horrifique fait partie de la culture générale, et particulièrement de la culture jeune. On ne s'en rend pas forcément bien compte quand on côtoie des enfants ou des préados, parce qu'ils ont évidemment tout un tas d'autres références culturelles et que l'horreur, genre mineur, n'est pas ce qui saute aux yeux quand on les regarde. Je veux dire, on ne vire pas gothique à 7 ans, hein. bcsmile

Mais quand tu les sollicites sur la question, ce je fais lorsqu'ils s'assoient à ma table, tu te rends vite compte que même les plus jeunes savent ce qu'est un film d'horreur. Ils n'en ont pas forcément vu, ou peut-être seulement des extraits, mais ils se font une idée assez précise de ce qu'il y a dedans. Et bien sûr, ça les attire. En fait, ça les attire et ça les repousse en même temps.

Parce que les enfants connaissent vachement bien leurs limites, et ils les expriment durant la partie (contrairement aux adultes, qui t'en parlent plutôt au débriefing). J'en tiens évidemment compte. Ça me permet de calibrer mes effets pour aller un peu loin (dégoûter un peu, faire flipper un peu) mais pas trop. Il n'est bien entendu pas question de traumatiser.

De mon point de vue du démonstrateur rôliste, ce qui m'intéresse avec la culture horrifique, c'est qu'elle produit d'emblée un imaginaire commun, qui me permet de me mettre immédiatement au travail. Vendredi, je n'ai pas eu besoin d'expliquer ce qu'était un fantôme, un zombie ou un vampire, ni même une maison hantée. Toutes les gamines, y compris la plus jeune, savaient parfaitement de quoi il retournait. C'est super pratique pour brainstormer puis jouer.

À mon avis, y'a deux explications : d'abord, le fait que les enfants sont exposés à des images horrifiques. On vit dans une société où l'image est partout tout le temps. Il est impossible pour les parents, même avec la meilleure volonté du monde, de tout verrouiller. Y'aura toujours un grand frère, la copine d'une sœur plus âgée ou un voisin qui aura un portable branché sur YouTube, une console qui lit des DVD rippés, ou tout bêtement un Mad Movies sous son lit. Sans compter que les enfants savent bien où leurs parents planquent leurs DVD interdits.

D'une, le monde des adultes/jeunes adultes et celui des enfants ne sont pas étanches. L'enfance n'est pas une bulle toute rose à l'intérieur de la société. De deux, les images horrifiques ont un parfum d'interdit qui attire/révulse les enfants. De trois, ils s'intéressent très sincèrement à la mort. Au delà de la fascination créée par le tabou social, je veux dire. Ils sont curieux de savoir comment ça se passe. Or notre société l'occulte de manière systématique. Sauf dans les films d'horreur. Et c'est d'ailleurs l'une des fonctions du genre (car oui, l'horreur a plusieurs fonctions sociales) que de montrer ce qu'on ne voit pas ailleurs. De satisfaire la curiosité morbide.

Le parallèle avec le porno est évident. Il y a d'ailleurs de nombreux points communs entre ces deux genres. Et bon, des images porno circulent dans toutes les cours de récré de France. Je le sais bien, y'en avait dans la mienne quand j'étais gosse. Outre la question du contenu (sexe contre gore/mort/peur), la nuance principale à mon sens, c'est qu'il existe une déclinaison soft, produite à destination des enfants, de l'horreur. Ce n'est évidemment pas le cas du porno. Il y a du porno soft, mais ce n'est pas pour les enfants.

Car oui, le genre horrifique s'est à ce point banalisé qu'on le décline, en l'édulcorant il va de soi, à destination du jeune public. Plus précisément, on l'utilise à doses plus ou moins homéopathiques pour relever aventure et comédie. En bouquins, en films, en dessins animés, en jeux. Y'a des inserts, voire des séquences horrifiques entières, dans tout un tas de produits culturels à destination de la jeunesse. Ce qui explique que ma joueuse de 7 ans connaisse les vampires et les zombies. Et il y existe aussi des produits doucement mais entièrement horrifiques pour les enfants, des romans Chair de poule aux films tels que L'étrange pouvoir de Norman ou Frankenweenie, calibrés pour les vacances de Toussaint. Halloween est vendeur.


En résumé : l'horreur fait partie de la culture populaire et de la culture tout court. Les enfants, qui font partie de la société, sont naturellement curieux du genre. Certains cherchent (ou au moins ne refusent pas) le contact avec les produits horrifiques pour adultes, beaucoup sont en demande de produits horrifiques adaptés à leur âge. Ils aiment avoir peur, se confronter à la mort, au dégoût, repousser petit à petit leurs limites.

Les enfants étant prescripteurs, on leur fabrique ces produits (avec mes démos, je ne fais rien d'autre). Or ce sont autant de passerelles vers des produits plus adultes. Y'a du zomblard dans L'étrange pouvoir de Norman, y'en a aussi dans La nuit des morts-vivants. Ils sont moins rigolos, mais ils se ressemblent vachement.


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#27 25 Nov 2012 11:30

El Medico
membre
Lieu : Montrouge
Inscription : 20 Mar 2012

Re : Sombre zĂ©ro

Tout Ă  fait d'accord avec ce propos.
Pour ajouter de l'eau au moulin, je peux même dire que les jeux de société à base de fantômes, vilains loups ou méchantes sorcières etc... Pullulent dans la production de jeux pour enfants. Et j'imagine que ça doit être la même en littérature enfantine.

Je connais un même un jeu pour 3/4 ans style mémory qui s'appelle "la chasse aux monstres" tout plein de vilains monstres hideux tous droit venus des cauchemards de l'enfance (ils viennent de sous le lit et le but est d'ailleurs de les enfermer dans le placard :°).

C'est ça la grosse différence avec le porno (ou la sexualité) je pense. La peur, on y confronté dès son plus jeune âge, depuis tout nourrisson. A travers la peur de la perte, les cauchemards, tout ça. Ce sont des émotions que tous on a expérimenté depuis longtemps, il est donc naturel de trouver un plaisir, un écho à "jouer" avec.

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#28 25 Nov 2012 12:39

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Sombre zĂ©ro

Crapaud-Ă -plumes sur Opale a Ă©crit :

Les gamines font des cauchemars, depuis ?

ça a l'air d'aller. bcroll J'ai fait un petit débrief ce matin avec l'une d'entre elles. Bizarrement, au niveau du résumé de l'histoire c'était un peu plus décousu que ton rapport Johan. :p

Je lui ais demandé ce qu'elle préférait entre les scénars habituels et Johan. Elle a dit Johan : "parce que ça fait plus peur". Pffff... Toutes des ingrates.

Sinon, ça ne t'embête pas si je présente ton rapport de partie à ma directrice, histoire qu'elle ait une idée plus précise de ce qui s'est passé en son absence ?


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#29 25 Nov 2012 13:29

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Sombre zĂ©ro

deathambre sur A l'Ombre du DĂ© a Ă©crit :

M'est avis que Francesca va commander un exemplaire de Sombre pour noël...
C'est courageux d'animer pour des enfants (je pense aussi au sieur "Crapaud") mais indispensable "to keep the game alive". Toutes les ficelles de bases tournent du feu de dieu et en plus ils te livrent tellement de cordes pour les pendre que tu te crois au supermarché du MJ un jour de déstockage.


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#30 25 Nov 2012 13:29

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Sombre zĂ©ro

deathambre a Ă©crit :

C'est courageux d'animer pour des enfants

C'est surtout très fun. Rock'n'roll mais fun. Je ne ferais pas que ça bien sûr, mais c'est vraiment un truc que j'apprécie. J'aime leur enthousiasme, leur spontanéité, leur puissante capacité d'immersion.

Ce que je veux dire, c'est que je ne suis pas en croisade. Je ne fais pas de la démo en ludo pour sauver le jdr. Hé, Terres Etranges n'est pas la Fédé. bcwink Je le fais parce que je trouve ça intéressant et que ça m'éclate. C'est d'ailleurs le cas de tout ce que je fais autour de Sombre.

La position de Crapaud est forcĂ©ment diffĂ©rente. Il est ludothĂ©caire, lui. Mais moi, je ne suis qu'un auteur biclassĂ© dĂ©monstrateur. Mon moteur Ă  moi, c'est le fun. La vie est trop courte pour s'emmerder dans le boulot, pas vrai ?  bcbig_smile



Toutes les ficelles de bases tournent du feu de dieu et en plus ils te livrent tellement de cordes pour les pendre que tu te crois au supermarché du MJ un jour de déstockage.

Ouais et c'est juste excellent. Parce que les gamins ont une telle capacité d'immersion qu'ils réfléchissent très peu en métajeu. Ils commentent la fiction, et digressent abondamment, mais quand il s'agit de jouer leur personnage, ils sont à fond dedans. Et bien sûr, ils enchaînent les actions suboptimales, pile poil comme dans les films d'horreur.

Tu as ça aussi chez certains adultes débutants, mais ça ne dure jamais très longtemps : dès la deux ou troisième partie, ils commencent à chopper des réflexes rôlistes. Les gosses, non.

Ils ont une capacité hallucinante à sortir et rentrer dans la fiction en un clin d'œil. Avec les adultes, l'immersion est lente, progressive. Les gamins sont dedans tout de suite, mais clignotent en permanence fiction-réalité-fiction. Ils ne sont pas capables de rester attentionnés très longtemps et ils ne contrôlent pas bien leurs émotions. Elles les débordent de partout. Ils ont besoin de sortir souvent du jeu pour gérer ça.

Au début, c'est hyper déconcertant, mais je commence à m'habituer. Le truc, c'est de jouer avec les enfants qui, à l'instant T, sont dans la fiction. Les autres raccrocheront les wagons plus tard. Du coup, la table est à géométrie variable permanente, ce qui demande une bonne capacité d'adaptation de la part du meneur. Et bien sûr, ça m'intéresse parce que ça me sort de ma zone de confort rôliste. Le phénomène existe aussi avec les adultes, mais je le gère différemment. Quand un joueur adulte décroche du jeu et que j'estime que ce décrochage met la partie en danger, je le rappelle à l'ordre. Je ne laisse pas une blague de blonde me pourrir l'ambiance.

Avec les enfants, c'est juste pas possible. Parce qu'ils ne décrochent pas pour les mêmes raisons : chez eux, le décrochage permanent n'est pas de l'antijeu, c'est simplement leur manière de fonctionner. Faut s'en accommoder. Ce qui ne m'empêche pas de faire le gendarme si je sens que y'a besoin, hein. Faire preuve d'autorité à ma table ne me pose aucun problème. À Suresnes il y a quelques mois, avec une table de préados, j'ai menacé d'en virer un qui foutait le dawa. Et je l'aurais fait s'il ne s'était pas calmé un peu.


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