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#121 16 May 2012 09:23

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Quickshots Classic

Badury a Ă©crit :

Les joueurs, une femme et trois hommes, sont jeunes, fun et sympas...les vannes geek fusent de toutes parts.

bcbig_smile Mince c'est comme Ă  ma table de jeu !

Ah bin ouala, tout s'explique ! bcbig_smile bcbig_smile bcbig_smile



Angel Heart ! Le Meilleur film de tous les temps !

Carrément. yes


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#122 16 May 2012 16:32

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Quickshots Classic

Tlön Uqbar sur Antonio Bay a Ă©crit :
Johan Scipion a Ă©crit :

...En se basant sur sa Personnalité excentrique, Matthieu me parle d'un enlèvement par des extraterrestres. Un trip à la Mulder, que je trouve fun mais, comme pour Bloody Mary, décalé. On est en plein mélo, il me faut quelque chose de plus personnel. Pour moi, cette histoire d'abduction est une construction mentale, un mécanisme de défense par lequel Vanessa a occulté une partie douloureuse de son passé. Je lâche ma bombe : des abus sexuels durant l'enfance, dont Louis aurait été le témoin et qui expliqueraient sa Personnalité mélancolique...

Le coup de l'abus sexuel au cours de l'enfance occulté et remplacé par un enlèvement extra-terrestre, ça m'a tout de suite fait penser au film (très dérangeant mais superbement réalisé) Mysterious Skin.

Johan Scipion a Ă©crit :

Parce que je sais que c'est un sujet over sensible, il est hyper rare, même en configuration mélo dark, que je tape dans l'abus sexuel. C'est vraiment l'attitude de Matthieu qui m'y a incité. Et je ne le regrette pas car il a super bien géré l'affaire. Ce fut un grand moment de flippe et de roleplay.

C'est quand même super couillu de ta part d'être parti sur ce terrain là. Je comprends parfaitement qu'il fallait un gros coup de tonnerre pour "recadrer" les joueurs avec une douche écossaise glaciale, mais - personnellement - je ne sais pas si j'aurais osé...
C'est surtout le fait que tu l'as fait sur le feeling d'un des joueurs (et tu as eu du flair d'après le compte-rendu de partie), mais comment as-tu (ou pouvais-tu) deviner que les trois autres joueurs n'allaient pas être réellement déstabilisés ou bien rejeter le scénario sur le coup ?
Ça m’intéresse bigrement.


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#123 16 May 2012 17:28

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Quickshots Classic

Tlön Uqbar a Ă©crit :

Ah, c'est un Araki que je n'ai pas vu.

Quand j'ai improvisé le truc, j'ai eu l'impression de le piocher quelque part, mais je n'arrive pas trop à savoir où. J'ai lu des témoignages d'abductés américains, ça vient peut-être de là. Et je crois bien avoir vu un film de Yuzna sur le sujet (abduction + rapport sexuel, quoique pas sur le mode de l'abus). Mais bon, c'est flou.



C'est quand mĂŞme super couillu de ta part d'ĂŞtre parti sur ce terrain lĂ .

Je ne m'en fais pas une gloire. Je veux dire que je ne suis pas un jusqu'au-boutiste horrifique. Harder n'est pas forcément better. L'important, c'est de trouver le bon dosage. Pas évident en impro avec des inconnus.

C'est juste que, sur le moment, ça m'a semblé le truc à faire et que si je ne l'avais pas fait, j'en aurais conservé un sentiment d'occasion manquée. Parce que je sais d'expérience que l'articulation mélo/survival est super efficace. Le mélo, ça potentialise grave l'horreur.



C'est surtout le fait que tu l'as fait sur le feeling d'un des joueurs (et tu as eu du flair d'après le compte-rendu de partie), mais comment as-tu (ou pouvais-tu) deviner que les trois autres joueurs n'allaient pas être réellement déstabilisés ou bien rejeter le scénario sur le coup ?

Je n'avais aucun moyen de le savoir. Comme je le disais, l'impro avec des inconnus, c'est casse-gueule.


Mais :

+ Quand j'ai décrit le film, la table n'était pas complète. Il n'y avait que Matthieu et Unt, Erwan et l'autre Mathieu avaient quitté l'amphi. Comme je sentais que j'allais faire un truc autour de Vanessa, que ça impliquerait sans doute Louis (son frère jumeau) mais que ça avait toutes chances de relever de l'intime, j'avais demandé aux autres joueurs de quitter la pièce. Note bien que je n'ai pas forcé le départ de leurs PJ, ce sont eux qui ont voulu sortir de l'amphi. J'en ai juste profité pour éjecter temporairement deux joueurs et me retrouver en petit comité. Ça s'est bien goupillé.

+ Unt a nettement moins bien réagi que Matthieu. Je me souviens d'une remarque hors jeu du genre « Ça pousse loin quand même ».

+ Vraiment, j'ai tenté le coup parce que j'avais le feeling avec Matthieu. Si Unt avait joué Vanessa, je ne l'aurais sans doute pas fait. D'une, parce que je la sentais plus en retrait de la partie et donc moins à même de rebondir de façon appropriée. De deux, parce que c'est une femme et que Vanessa aussi. Dans mon CR, je parlais de la distance induite par des personnages de sexe opposé. Pour le coup, j'en ai profité. Et ça par contre, j'en suis assez fier parce que ça revient à tourner une contrainte en opportunité.


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#124 18 May 2012 11:41

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Quickshots Classic

Untitled sur Opale a Ă©crit :

Je suis globalement d'accord avec tout ce qui est dit ci-dessus [à part que non, au fait, on n'avait jamais croisé Erwan avant], et je pense qu'on a tous eu conscience que la partie ne s'est pas déroulée comme tu l'attendais et comme tu l'aurais souhaité.
Affirmons déjà qu'on a tous bien apprécié la partie dans son ensemble. Mais Mathieu et moi sortons de là avec la conviction que ce jeu n'est absolument pas pour nous (sans que ni les qualités du jeu ni ta façon de le jouer ne soient remises en cause). Donc je vais me permettre une ou deux remarques pour t'expliquer au moins mon ressenti (vu qu'il m'a expliqué le sien à 5h du matin et que je ne peux pas promettre avoir tout retenu).

De mon point de vue, le brainstorming est totalement parti en quenouille. Tu estimes que je l'ai guidé : j'ai l'impression d'avoir tenté de le manager, de recentrer mes camarades lorsque les blagues fusaient trop (en m'empêchant d'en sortir une ou deux qui me restent encore en travers de la gorge d'ailleurs), en leur rappelant qu'on avait quelque chose à construire, avec un succès extrêmement mitigé. Les idées ne sont pas particulièrement les miennes : ce sont nos marottes habituelles, aux deux Mat(t)hieu et moi-même, et j'ai estimé que j'avais plus de chances de les recentrer avec ce type de suggestions dont j'étais sure qu'elles leur parleraient (sachant qu'on était plus en mode Merci Mireille Matthieu que partis sur une possession démoniaque).

Ta mise en retrait pendant le brainstorm a de mon point de vue beaucoup trop contrasté avec le speech de début de jeu ensuite. En recadrant plus tôt, le setting aurait été orienté plus vers ton idée de ce qui fait un film d'horreur : je pense que ce n'est pas la nôtre et que nous ne prenons pas ce genre de films au sérieux de façon générale. En recadrant à ce moment là, nous étions coincés avec une idée de ce qui allait se passer qui ne correspondait pas du tout à la tienne et plus moyen de revenir en arrière.

Et ce fait a accentué le côté un peu couloir de la suite. Sur ce point je pense que je me suis trompée sur ce qu'il était possible de faire dans le jeu : avec ce que je joue en ce moment, je prend des habitudes de jeu qui laissent une énorme part de décision aux joueurs, sur la façon dont se déroule l'histoire. En convention, je fais souvent du jeu beaucoup plus "traditionnel" et ça ne me pose aucun problème : mais le fait d'avoir du pouvoir sur le setting m'a renvoyée à mes réflexes habituels. Du coup, le speech "Ici c'est moi le boss" était totalement inattendu. Tant pis, je me secoue et me dis que j'ai toujours un perso à jouer. En fait, je n'en ai pas eu l'impression : le scénar nous est tombé dessus, laissant aux personnages relativement peu de possibilités autres que courir ou attraper la première arme improvisée à portée. J'admet que j'étais complètement en retrait, j'ai un peu passé la partie à me chercher une ligne de conduite. Avec le setting et l'idée de prendre le mélo au sérieux, je m'attendais un truc beaucoup plus "thriller psychologique" avec des moments de calme permettant aux PJ d'interagir et de régler leurs conflits que sur le fait de me faire tomber dessus par Matthieu armé d'une hache. Donc de quoi creuser leurs véritables motivations en jeu plutôt qu'en création (en gros je m'attendais à ce que la créa soit la description des persos tels qu'ils apparaissent et qu'on puisse ensuite aller chercher un peu plus loin dans leur psychologie. Ah et juste au passage, pourquoi "évidemment, il est gay" ? si tu as suivi le brainstorm, ce n'était pas du tout mon idée mais une demande d'Erwan...)

Dans l'ensemble, la partie a été agréable, et comme tu le dis Matthieu ne va pas s'en remettre tout de suite. Cependant, j'aurais tendance à conseiller :
1) De mieux positionner le style de jeu, le sérieux, plus tôt dans le briefing histoire que ça ne tombe pas sur des joueurs déjà partis sur leurs idées. Et pourquoi pas de définir un style de jeu dans le cadre des différents genres horrifiques, à moins que le survival ne soit la seule option que tu envisages pour Sombre, auquel cas je pense que ce n'est pas ressorti dans la présentation (et que par ailleurs je ne l'avais pas vraiment senti à la lecture du kit d'initiation). En particulier, si tu ne saisis pas les délires effectivement un peu persos dans lesquels partent les joueurs (par exemple pourquoi il était évident pour nous que les rolistes faisaient des antagonistes logiques) tu pouvais nous le dire, soit pour qu'on tente une explication soit pour qu'on en change.
2) De positionner les limites et les voiles du jeu dans le brainstorm si le but est ensuite de te lancer dans des descriptions crues d'abus sexuels sur mineurs ou autres joyeusetés de ce type, en particulier quand tu ne connais pas les joueurs en face, et surtout si tu veux casser les limites entre jeu et hors jeu en impliquant les joueurs comme antagonistes.

Voilà, c'était tout simplement mon ressenti et je suis dispo pour en débattre. Et merci pour la partie ^^

Unt'


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#125 18 May 2012 14:02

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Quickshots Classic

Hello Unt.


Ah, super merci de ton excellent feedback !  yes

Hop, mon retour sur ton retour.



Untitled a Ă©crit :

je pense qu'on a tous eu conscience que la partie ne s'est pas déroulée comme tu l'attendais et comme tu l'aurais souhaité.

Pas du tout. Je suis plutôt très satisfait de la partie. À mon sens, c'est pas loin d'être le meilleur de ce qu'on était capable de produire ce soir là en terme de jeu d'horreur.



De mon point de vue, le brainstorming est totalement parti en quenouille.

On est bien d'accord.



j'ai l'impression d'avoir tenté de le manager, de recentrer mes camarades lorsque les blagues fusaient trop

Oui, clairement. Je me souviens d'ailleurs que tu t'en es excusée à plusieurs reprises.



Ta mise en retrait pendant le brainstorm a de mon point de vue beaucoup trop contrasté avec le speech de début de jeu ensuite.

En toute honnêteté, je pense que si c'était à refaire dans les mêmes conditions, mon attitude ne serait pas très différente. Sur le moment, mon ressenti perso est que vous fonctionniez en groupe fermé. Vous n'étiez pas super aware de ma présence à table, si tu vois ce que je veux dire.

Partant de là, j'avais le choix entre surenchérir pour m'intégrer ou me mettre en retrait. J'ai choisi le retrait pour deux raisons. D'abord parce que, dans le cadre d'une partie de Sombre, je ne peux pas me permettre de jouer l'over déconne. Un bon mot de temps en temps, oui. Me vautrer dans la blague Carambar, non. À un moment du jeu, je vais incarner l'adversité et en mettre plein la gueule à vos persos. En mode Bozo le clown, ça ne le fait pas.

L'autre aspect, c'était la fatigue : je voulais me ménager pour tenir durant le jeu. Je commence à avoir une bonne expérience des quickshots et je sais que c'est assez exigeant en terme de maîtrise. L'impro, ça crève. Vu comme ça partait, il aurait fallu que je fasse un très gros effort pour recadrer (massivement) le brainstorming et ça aurait trop puisé dans mes ressources. J'ai préféré laisser pisser et me réserver pour le jeu.



nous ne prenons pas ce genre de films au sérieux de façon générale.

Ouais, j'ai vu ça. bcbig_smile

Perso, je pense que vous faites un contresens sur le genre, dont le spectre couvre tout, du premier au énième degré.

Je veux dire par là que ce n'est pas parce que vous prenez l'ensemble des films d'horreur à la rigolade (ce qui est bien évidemment votre droit le plus strict) que leur fonction à tous est de faire rigoler. Mon avis est qu'un bon paquet d'entre eux cherche très sincèrement à dégoûter et/ou à faire peur. Pour être clair, je pense qu'il y a loin de Hellraiser à Piranah 3D, et donc de Sombre à Brain Soda.

Mais je vous ai expliqué le positionnement de mon jeu dès le début de la séance. J'ai attaqué mon briefing en vous disant que chaque partie était un film d'horreur et que les joueurs y incarnaient les victimes. C'est on ne peut plus clair. Ce d'autant que mes explications techniques subséquentes ne laissaient pas vraiment de place au doute quant à la létalité du système. Un jeu dans lequel on peut (assez facilement) tuer son adversaire d'un coup a de bonnes chances d'être assez dur.



le scénar nous est tombé dessus, laissant aux personnages relativement peu de possibilités autres que courir ou attraper la première arme improvisée à portée.

Hey, bienvenue dans un film d'horreur !



Avec le setting et l'idée de prendre le mélo au sérieux, je m'attendais un truc beaucoup plus "thriller psychologique" avec des moments de calme permettant aux PJ d'interagir et de régler leurs conflits que sur le fait de me faire tomber dessus par Matthieu armé d'une hache.

Moi ça m'aurait bien plu (je l'ai fait dans d'autres parties et j'adore) mais vos persos n'étaient pas assez fouillés pour ça. J'ai une assez grande habitude du mélo (surtout dark) en jdr, c'est un genre que j'overkiffe. Le fait est que pour que ça marche, ça demande pas mal de ressources narratives.

Il faut que le groupe de PJ soit construit sur des enjeux forts et des objectifs personnels croisés/opposés, des trucs que les joueurs pourront facilement valoriser par leur roleplay. Or il n'y avait rien de tel dans vos persos. Tu parles de conflits entre les personnages mais en fait, y'en avait pas. Rien de suffisamment fort en tout cas pour être aisément roleplayable. Il n'y a que Vanessa qui avait un vrai gros objectif mélo, brancher Fanny qui ne voulait pas d'elle. Mais ça ne suffit pas à produire une bonne dynamique de groupe.

Vos persos n'étaient pas assez imbriqués (pun intended) les uns dans les autres. Du coup, l'exposition dans la cafète ne fonctionnait pas. C'était mou, c'était lent et y'a rien qui démarrait parce qu'en fait, vous n'aviez rien de vraiment fort à vous dire ou à faire entre vous. Le jeu commençait à se déployer sur des éléments extérieurs à vos persos (Bloody Mary), ce qui est exactement le contraire de ce qu'il faut faire si on veut jouer mélo.



creuser leurs véritables motivations en jeu plutôt qu'en création

Ça ne marche pas, ou en tout cas pas assez bien. Il y a une limite, même avec des joueurs qui se connaissent bien comme les deux Mat(t)hieu et toi, à ce qu'on peut bricoler en jeu. Le mélo, ça demande vraiment une imbrication forte des persos, qui ne peut se réaliser qu'en créa (ou avec des prétirés).

Là, même si j'ai poussé un peu avec ma séance de questions, c'était déjà trop tard. Il aurait fallu le faire avant, durant le brainstorming. Sauf que celui-ci, doux euphémisme, ne s'y prêtait pas trop bien. Le jeu permet d'enrichir, parfois de manière spectaculaire, la base mélo, mais elle doit être posée avant la partie pour être vraiment fonctionnelle.

Du coup, je suis passé assez vite (quoique pas trop quand même, la scène du film était encore pur mélo) en mode survival, avé la hache d'incendie qui va bien. C'est ma position de repli quand j'ai le sentiment que la mayonnaise ne monte pas trop bien côté joueurs.

Pour être tout à fait complet, l'heure tardive du créneau de jeu y est aussi un peu beaucoup pour quelque chose. Très honnêtement, je ne me voyais pas pousser au delà de 4 heures du mat. Ça aurait été déraisonnable. Dans ces conditions, avec à peine 2h10 de jeu devant nous, il fallait vraiment que la partie parte vite et fort. De mon point de vue, ce n'était pas le cas. Du coup, j'ai pris des mesures.



Ah et juste au passage, pourquoi "évidemment, il est gay" ? si tu as suivi le brainstorm, ce n'était pas du tout mon idée mais une demande d'Erwan...

Parce que ton Louis m'est immédiatement apparu comme une déclinaison teen/emo du perso de Rice, qui est gay de chez homo. Super logique qu'Erwan ait renchérit dans cette direction. La référence était ultra évidente.



De mieux positionner le style de jeu, le sérieux

Sur ce point, j'ai vraiment fait mon possible, mais vous n'étiez pas réceptifs. Je ne sais pas si tu te rends bien compte, mais l'explication des règles, avant même le brainstorming, fut déjà plutôt sportive. Ça va bien parce que j'ai de la bouteille et que c'était mon troisième briefing technique de la journée, mais quand même. Vous étiez déjà hyper dissipés.

Mais bon, je sais d'expérience que quand on est en mode gros délire, on ne se rend pas bien compte de l'impact que ça peut avoir autour. Exactement comme lorsque tu bois ou que tu fumes du chichon en petit comité. Ça produit une dynamique qui isole le groupe du reste du monde. Sauf que là, le reste du monde, c'était le meujeu.

Par ailleurs, le sérieux n'est pas exactement le point. En général, on se marre pas mal dans mes parties. Il y a bien sûr un prérequis minimum de sérieux parce que, tout de même, c'est de l'horreur, mais on ne peut pas jouer au jdr comme dans un monastère zen. Ce d'autant que la distanciation par le rire est un mécanisme de base de la réception de la fiction horrifique.

Ce qui est important surtout, c'est la sincérité, particulièrement si on part sur du mélo dark. On ne peut pas faire monter la mayonnaise horrifique sur une base mélo si on n'est pas en totale empathie avec les personnages.



En particulier, si tu ne saisis pas les délires effectivement un peu persos dans lesquels partent les joueurs (par exemple pourquoi il était évident pour nous que les rolistes faisaient des antagonistes logiques) tu pouvais nous le dire, soit pour qu'on tente une explication soit pour qu'on en change.

Mais je vous l'ai dit ! Et vous m'avez trouvé une explication : ils étaient possédés. Pour le coup, j'ai trouvé que c'était très fonctionnel.

Ce qu'il faut que tu comprennes, c'est que pour maintenir la pression horrifique jusqu'à la fin de la partie, j'ai besoin d'antagonistes à grosse motivation. Une fois que tout le monde est armé (et vous aviez créé le bar de la cafète dans le but express d'y trouver des armes improvisées, la réserve de matos est un classique des quickshots), les antagos s'en mangent souvent quasi autant dans la tronche que les protagos.

Or un rôliste lambda, au premier coup de couteau à viande, il court à l'hosto se faire soigner. Pour qu'il reste dans la partie, pour qu'il puisse assumer jusqu'à la fin et avec un minimum de crédibilité son rôle d'antago, il faut qu'il ait une vraie bonne grosse raison de continuer à vouloir démonter la tronche des PJ. Même quand il a pris six Blessures et qu'il pisse le sang de partout. La possession, c'est une bonne raison. De ce côté, c'était nickel.



De positionner les limites et les voiles du jeu dans le brainstorm si le but est ensuite de te lancer dans des descriptions crues d'abus sexuels sur mineurs ou autres joyeusetés de ce type

Comprends pas « les voiles ».

Et bien sûr que non, le but n'était pas de me lancer dans des descriptions crues d'abus sexuels sur mineurs. Je sais qu'il va forcément y avoir des scènes plus ou moins hardcore dans la partie (c'est du jeu d'horreur, hein) mais je n'avais absolument aucune idée de ce dont il allait s'agir. C'était de l'impro pure.



surtout si tu veux casser les limites entre jeu et hors jeu en impliquant les joueurs comme antagonistes.

Ça par contre, ça vient directement de toi. Tu as dit que tu aimais la mise en abyme, je t'en ai donnĂ©. I aim to please.  bccool


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#126 14 Aug 2012 13:40

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Quickshots Classic

Les mille et une morts – chez Marianne – août 2012



C'est l'été, il fait beau, il fait chaud et entre deux articles pour Sombre 2, je pose du jeu chez l'habitant. Autour de la table, Marianne, abonnée aux parties de Sombre (c'est son troisième quickshot à ma table, et elle en a mené un de son côté), Sylvain, qui avait déjà joué House of the rising dead (mon premier playtest avec survivants, grand moment), Virginie, trois parties d'Achéron au compteur, et Jean-Baptiste, noob de chez noob.

Moi, j'ai de l'envie de jouer (ça fait longtemps que je n'ai pas mené long, depuis les ELFIC en fait, et ça me manque) mais je suis un peu beaucoup à la ramasse. Je bosse tard en ce moment pour boucler le zine et on a décidé d'un créneau de jeu en aprème. Du coup, je me suis quasi levé à l'heure où je me couche d'habitude. Hop hop hop, dopage au thé ultra sucré.

Il n'est pas encore 15h et on est prêts à s'y mettre. Comme j'ai du temps devant moi, qu'il y a un total novice et une débutante à table, je décide de tenter le double feature. Pas avec un White trash (trop long) mais avec un Overlord, mon scénar pour Sombre zéro. L'idée est de donner un aperçu des fondamentaux techniques et de l'ambiance de Sombre pour me faciliter l'explication des règles et le cadrage du brainstorming. La technique de l'échantillon gratuit, quoi. Et ça marche plutôt très bien.



Le brainstorming

À 16h, l'explication des règles est derrière nous et on attaque la tempête de cerveau. J'explique qu'en fonction du setting choisi, on peut orienter la partie plutôt vers le roleplay (mélo) ou plutôt vers l'action (exploration). La table veut du roleplay. JB et Marianne ont des tonnes d'idées, Sylvain commente et relance, Virginie écoute.

On évoque la possibilité d'un setting SF puis historique puis seventies hippie puis oriental. C'est cette dernière idée qui est retenue, mais plutôt qu'un harem, comme le proposait initialement JB, on s'oriente vers une villa cossue, dans une petite ville de province. Elle est hantée par le fantôme d'une femme, un ancêtre des PJ. L'antago, ce sera elle.

L'époque est médiévale et il y aura, spectre oblige, du surnaturel dans le setting. Un truc façon Mille et une nuits mais sur une base horrifique plutôt que merveilleuse. Évidemment, aucun d'entre nous ne connaît quoi que ce soit à la culture ou à l'histoire arabe. Mais c'est pas grave du tout, quelques clichés cinématographiques feront bien l'affaire.


Pour ce qui est des personnages, on part sur une idée très mélo (une famille) tendant vers le politique (la famille est régnante) et au final la diplomatie (il y a une crise nationale et internationale à gérer). Le groupe est particulièrement cool :

+ JB joue cheik Saadi, hériter Désinvolte et néanmoins Médium du trône d'Al Watan. Pour arriver là où il est, il a tué son frère aîné, cheik Ali. Le régicide est très récent, un ou deux jours à peine, et il a mis la capitale sens dessus dessous. Le peuple, une bonne partie de la noblesse et de l'armée, n'acceptent pas le nouveau souverain.

+ Marianne joue Yasmine, la veuve d'Ali. Son mariage avait scellé l'alliance du royaume d'Al Watan et de celui d'El Modakir, mais le meurtre de son mari remet tout en question. Charmeuse et Irrésistible (combo classique), elle est aussi Amnésique. Et là, bam!, idée : je prends JB en aparté pour lui proposer que ce soit Yasmine qui ait tué Ali. Sa Personnalité charmeuse lui a fait une réputation sulfureuse à la cour. Ali, ivre de jalousie, l'a violée. Elle s'est défendue et l'a tué. Saadi est arrivé juste après et, découvrant le crime, en a assumé la responsabilité. Il n'a pas trop bien réfléchi aux implications de son geste. Lui qui n'aurait jamais eu le courage d'attenter à la vie de son frère, il a simplement saisi l'occasion de s'imposer en tant qu'homme fort. JB est d'accord. Cool.

+ Virginie joue Nabila, la sœur d'Ali et Saadi. Comboté à sa Personnalité conformiste, son Avantage Exorciste l'oriente vers la religion et la rectitude morale. Pas gagné quand on voit les affaires dans lesquelles trempent sa famille.

+ Sylvain joue Toufik Al Azaran, grand vizir Irritable. Précepteur d'Ali et Saadi, il fait également fonction de premier ministre et d'éminence grise. Une sorte de Richelieu à la mode orientale, qui intrigue depuis des années dans les couloirs du palais. Il était déjà en place du temps du vieux sultan. Sylvain est tenté par le Désavantage Pacte, qui impliquerait qu'il doive une faveur à un PNJ. Et là, bam!, autre idée. Au fil du briefing, j'ai décidé que le fantôme de la villa n'était pas une lointaine ancêtre des Al Watan mais Samira, la propre mère de Nabila, Ali et Saadi, dont JB nous avait déjà appris qu'elle était morte en couches. Vu que la partie va tourner autour de leur famille, il me semblait utile de concentrer les PNJ dans le entourage immédiat. Mais du coup, je prends Sylvain en aparté pour lui proposer de devoir une faveur à Samira. Il a eu une liaison avec elle et de leur amour interdit est né Ali. C'est donc le fils de Toufik, son seul et unique enfant, qui a été assassiné. Cela met le vizir dans une position très délicate puisqu'il est contraint de soutenir son meurtrier (Saadi). Il sait qu'il est tellement lié aux Al Watan que si la dynastie s'effondrait, il coulerait avec elle. Sans compter les dégâts, colossaux forcément, que cela produirait dans le royaume. La guerre civile, c'est jamais bon.

Les joueurs avaient initialement prévu un cinquième personnage, un général. J'avais dit banco car un PNJ allié peut s'avérer utile, ne serait-ce qu'en remplacement d'un PJ prématurément décédé. Mais une fois le groupe constitué, je ne vois plus trop bien de quelle manière on pourrait l'intégrer à l'ensemble. Le maillage inter-PJ étant très serré, l'adjonction de ce PNJ me semblerait très artificielle. Aucun des backgrounds créés par les joueurs ne fait référence à un quelconque militaire. Donc exit le général. Je le remplace par Ahmen ibn Rachid, envoyé des El Modakir pour négocier avec les Al Watan.


JB nous dessine le plan de la villa et le résultat est très cool : un jardin oriental, une cour centrale avec des chambres de part et d'autre, un grand salon, une bibliothèque, le quartier des domestiques et une écurie, le tout clos de hauts murs. Dans la chambre la plus luxueuse, celle réservée au sultan, un passage secret mène à un souterrain, qui émerge une vingtaine de mètres plus loin dans la cave d'une petite maison. Il n'est connu que de Toufik et, peut-être, de Rafik, le gardien/jardinier de la villa (un autre PNJ, dont je sais déjà qu'il n'apparaîtra pas dans le scénar. Ahmed suffit à mes besoins).


Tout ça a bien de la gueule. Le seul petit défaut, c'est que ça nous a pris 4h15 ! Oui oui, vous lisez bien : lorsqu'on se met à penser aux pizzas, il est 20h15. Pour tout dire, ce n'est pas loin d'être l'heure à laquelle j'avais prévu de terminer. « Bien avant le dernier métro », avais-je annoncé en début de briefing. Grave erreur ! Parce que là, on est partis pour jusqu'à tard dans la soirée. Pas cool car tous les joueurs ont des trucs à faire le lendemain tôt. On est dimanche et même en été, y'a des lundis.

En même temps, ce brainstorming fut trèèès sympa. Dynamique est fun, avec plein de bonne volonté, d'apartés de conspirateurs et d'idées qui fusaient. Je n'ai eu à aucun moment la sensation qu'on patinait ou qu'on s'emmerdait. Et puis le résultat est à la hauteur du temps investi. Reste maintenant à valoriser tout ça par le jeu car si on ne trouve pas à exploiter tout ce matos durant la partie, cela n'aura été que du temps de perdu. C'est pas le tout de s'éclater à monter un setting et un groupe, faut les faire tourner à la table.



La partie

20h55, on s'y met. On est en début de soirée, les personnages viennent d'arriver à la villa. Ils sont partis seuls, sans serviteurs, car ils ne savent plus trop à qui faire confiance à la cour. Une bonne partie des nobles a de franches idées de rébellion, pas mal d'autres sont incertains, et le peuple grogne. Il suffirait d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres.

Sans domestiques, c'est le grand vizir qui s'y colle. Il prépare un repas frugal et met un peu d'ordre dans la chambre du sultan, que Saadi s'est réservée. La villa est en bon état général mais manque cruellement d'entretien. À l'époque où la famille royale venait y passer ses vacances, du temps de l'enfance de Saadi et Nabila, le bâtiment était remis régulièrement à neuf. Mais cela fait bien longtemps que plus personne, hormis Rafik, n'y a mis les pieds. La demeure a mauvaise réputation, il s'y est passé trop de choses bizarres et dramatiques. Des accidents, des morts suspectes, des trucs plus étranges aussi. On la dit hantée et du coup, c'est une cachette idéale.

Le jeu se met en place. Chacun veut très visiblement bien faire et tenir l'engagement de roleplay pris durant le brainstorming. Mais ça ne marche pas trop bien. Tous les personnages ont un objectif personnel, il y a des lignes de failles et des antagonismes dans le groupe, mais rien de suffisamment puissant pour faire décoller la partie. Je sens que ça ne va pas le faire : c'est un scénario diplo et il nous manque une faction adverse avec laquelle les PJ pourraient négocier, en groupe et/ou à titre individuel. En clair, il me faut un catalyseur.

Je gardais Ahmed en réserve car je ne savais pas trop bien quand le mettre en jeu. J'imaginais qu'il se pointerait en milieu de partie, pour remettre un peu d'huile sur le feu, raison pour laquelle je ne l'ai pas fait arriver à la villa en même temps que les personnages. À JB qui me demande quand il va venir, je réponds que c'est imminent. Les PJ ont envoyé un messager aux El Modakir avant de quitter la capitale et la villa n'est pas loin de la frontière. De fait, Ahmed débarque avant la fin du repas. Histoire de rester dans la dynamique familiale du scénario, je déclare que c'est l'un des (nombreux) frères de Yasmine.

Et là du coup, ça démarre. En aparté, Saadi déballe toute l'affaire à Ahmed, y compris la culpabilité de Yasmine. J'avais bien recommandé aux joueurs de ne pas s'asseoir sur leurs sombres secrets, mais JB y va fort d'emblée. Je joue Ahmed décontenancé, ce d'autant que JB enchaîne bien : il produit la dague, couverte de sang séché, avec laquelle Yasmine a poignardé Ali. Je trouve l'idée super et renchéris : outre que le monogramme de Yasmine est gravé sur la poignée, Ahmed reconnaît l'arme car il l'a lui-même offerte à sa sœur avant qu'elle ne parte vivre chez les Al Watan. Il est troublé, mais ses exigences n'en sont pas moins claires pour autant : les El Modakir consentent à aider les Al Watan à rester sur le trône en envoyant des soldats rétablir l'ordre à la capitale, mater le peuple et museler les nobles, mais à la condition que les Al Watan deviennent leurs vassaux.

Pour Saadi, c'est inacceptable. JB propose des accords commerciaux particulièrement avantageux, mais Ahmed considère que c'est très insuffisant. Pourquoi se contenter de la main quand on peut prendre le bras ? De son point de vue, les Al Watan ne sont pas en position de négocier. La question de l'implication de sa sœur dans le meurtre d'Ali le laisse perplexe mais n'est à son avis pas un argument pertinent. JB menace de rendre publique la culpabilité de Yasmine, ce qui le déconsidère encore un peu plus aux yeux d'Ahmed. Car sur le coup, Saadi lui paraît bien jeune et bien inexpérimenté. Même si c'est bien Yasmine la meurtrière, comment espère-t-il pouvoir l'accuser après avoir reconnu publiquement qu'il avait tué Ali ? Personne ne le croirait et ce revirement lui ferait perdre le peu de crédibilité qui lui reste.

Et c'est là le principal problème de Saadi : la crédibilité. Quelqu'un qui ouvre des négociations en mettant sur le dos de sa belle-sœur le meurtre de son frère n'est pas le genre de personne à qui Ahmed est enclin à faire confiance. Il veut bien négocier avec un meurtrier, régicide et fratricide, pas avec un lâche doublé d'un imbécile. Si Saadi a vraiment tué Ali, accuser Yasmine, la propre sœur d'Ahmed, est à la fois faible et diffamatoire. Insultant en fait. Si Saadi ne l'a pas tué, s'accuser du meurtre n'était sans doute pas à la base la meilleure chose à faire. Se défiler maintenant, après avoir fui la capitale, est certainement la pire.

Mais JB a de la ressource : il explique qu'il l'a fait pour protéger l'honneur de Yasmine et l'alliance avec les El Modakir. De meneur à joueur, je lui confirme qui si la fuite n'était pas forcément une bonne solution (Toufik y était opposé), c'était sans doute la moins mauvaise. À l'heure qu'il est, vu la façon dont évoluent les choses à la capitale, les Al Watan seraient peut-être déjà tous morts s'ils étaient restés au palais. Il n'empêche que cette fuite a été comprise par tout le monde, Ahmed inclus, comme un aveu de faiblesse.

C'est fun, hein ?

Et ce n'est que le début. L'entretien avec JB enclenche une série de scènes du même bois, certaines en aparté, d'autres en collectif. La dynamique est franchement excellente et Marianne se tape un vrai bon trip. Ce qu'on lui raconte sur le meurtre d'Ali ne correspond pas du tout à son background et du coup, elle ne sait plus trop où elle en est. Exactement comme son perso en fait, ce qui est fort. Ah bon sang, ce fut bien sympa de la voir se dépatouiller avec sa mémoire défaillante, les accusations de Saadi et les soupçons d'Ahmed. Ce n'est pas la première fois que j'exploite Amnésique dans une partie, mais ça n'avait jamais fonctionné aussi bien.

Dans tout ça, pas un brin d'horreur. Rafik reste certes introuvable mais, en dehors du fait qu'il ne s'agit que d'un larbin, les joueurs ont bien d'autres chats à fouetter. Depuis le début de la partie, on navigue entre la diplo et le mélo. J'ai prévu d'injecter des événements horrifiques de manière graduelle, puis, lorsque le point de non retour serait franchi, de bloquer les joueurs dans la villa en faisant débouler une faction noble (et hostile) venue de la capitale. Les soldats encercleraient la propriété, empêchant les PJ d'en sortir.

Sauf qu'on n'a pas le temps. Il est 23h30 et Virginie doit nous quitter. C'est dommage parce qu'elle avait l'air plutôt intéressée, mais en termes purement ludiques, elle ne manquera pas à la partie. Elle est en retrait, s'exprime peu, regarde jouer plutôt qu'elle ne joue. Je sais que son départ ne cassera pas la dynamique de jeu, mais il produit du flottement. JB voudrait reporter la fin à une autre séance mais j'argumente contre. Pas que je sois opposé à l'idée du two-shot mais je sais qu'on a bien peu de chances de se retrouver tous disponibles en même temps dans les semaines qui viennent. Organiser cette partie a déjà été rock'n'roll, on ne rééditera pas l'exploit deux fois de suite. Pas dans un futur proche en tout cas. Et puis couper la partie nous ferait perdre tout l'acquis de ces 2h30 de jeu : là, tout le monde est bien immergé dans son perso, c'est le moment de passer en phase horreur. Si on reprend dans six semaines, il faudra repartir de quasi zéro.

JB se rend à mes arguments et m'accorde une heure. J'ai jusqu'à 0h30 pour boucler la partie (mais en fait, je vais pousser un petit poil plus tard). Je récupère Nabila en PNJ et passe en mode guerre. J'aurais voulu la sacrifier avant le départ de Virginie, de façon à ce qu'elle reparte avec une fin bien à elle, mais je n'en ai pas eu le temps. Après son départ, vu que tout le monde sait qu'on joue désormais en temps limité, ça enchaîne : Yasmine branche Saadi et finit, comme elle le voulait, dans son lit. Maintenant qu'Ali est mort, il s'agit de se recaser. Toufik, lui, monte un plan de chez plan. Il sait qu'il est crucial que les Al Watan réussissent à mettre Ahmed de leur côté. Ce dernier est parti se coucher en leur posant un ultimatum : soit ils acceptent ses conditions et les El Modakir prêtent main forte aux Al Watan, soit ils les refusent et il s'en retourne chez son père avec sa sœur. Ils attendront que la situation pourrisse et que la guerre civile ravage le pays pour l'envahir et l'annexer par la force.

Je précise à Toufik que la position d'Ahmed est sans doute moins solide qu'il ne l'affirme. Une guerre en Al Watan coûterait beaucoup plus aux El Modakir qu'une opération de police. Le problème fondamental, et on en revient toujours là, c'est qu'Ahmed ne veut pas négocier avec Saadi parce qu'il le juge inconséquent. Il est crucial de le faire remonter dans son estime. JB a parlé d'invoquer l'esprit d'Ali pour prouver que c'est bien Yasmine qui l'a tuée. J'ai trouvé l'idée excellente et lui ai fait une ouverture narrative en déclarant que puisqu'ils disposent de l'arme du meurtre, ce ne devrait pas être trop compliqué (l'objet servirait de focus). JB n'a pas mordu dessus, sans doute parce qu'il hésite à claquer son Avantage (Médium n'est utilisable qu'une fois par scénario) alors que la partie n'est pas encore entrée dans sa phase horrifique. Une ressource pareille, ça pourrait bien faire la différence entre la vie et la mort lorsque le fantôme se sera manifesté.

Donc Toufik cherche un plan de secours. Il voudrait engager un homme de main pour monter une fausse tentative d'assassinat contre Ahmed. Les Al Watan le sauveraient et en feraient ainsi leur allié. Capilotracté mais why not ? Au minimum du minimum, il faudrait retrouver Rafik, qui est du coin et qui pourrait sans doute recruter facilement quelques soudards. L'initiative de Sylvain tombe pile au bon moment car c'est exactement ce dont j'ai besoin pour passer à la vitesse supérieure. Impossible pour lui de sortir par la grande porte. Elle est bruyante au possible et Ahmed ne dort pas loin. Pour s'éclipser discrètement, il n'y a que le passage secret dont, ça tombe bien, il est le seul à connaître l'existence. Voilà donc le grand vizir qui, déguisé avec de vieux vêtements sales trouvés dans la chambre de Rafik, se glisse subrepticement dans la chambre du sultan pour accéder au passage secret. Quelle n'est pas sa surprise de découvrir Saadi et Yasmine enlacés sous les draps du grand lit à baldaquin ! Ils dorment.

Toufik ouvre silencieusement la porte secrète, dont il avait vérifié dès en arrivant qu'elle fonctionnait toujours (c'était la raison pour laquelle il avait insisté pour remettre lui-même en ordre la chambre du sultan). Il descend quelques marches et, à la lumière de sa lampe à huile, progresse, courbé (le plafond est très bas), dans l'étroit boyau. Moi, je sais depuis le début de la partie ce qu'il y a dans ce couloir : le cadavre de Rafik, tué par le fantôme qui hante la villa. C'était, avec mon idée de siège par les soldats, mon atout secret pour empêcher les PJ de casser le huis clos. Ce que je ne sais pas, c'est dans quel état se trouve le cadavre. Mais je me souviens que, durant le brainstorming, les joueurs m'ont dit que le fantôme contrôlait les animaux, en particulier ceux du désert.

Pof, idée : Toufik tombe sur le cadavre en décomposition de Rafik, si abîmé qu'il le reconnaît à peine. Son ventre est gonflé comme celui d'une femme enceinte et des choses remuent à l'intérieur. Elles sortent bientôt de sa bouche en un flot continu, ce sont de petits scorpions blancs. Il y en a des centaines, des milliers peut-être. Toufik recule aussi vite qu'il le peut, remonte l'escalier et referme précipitamment la porte dérobée, réveillant les amants endormis. Il arrache les draps du lit, dénudant Yasmine (séquence érotique) et les utilise pour colmater la porte. Yasmine et Saadi se rhabillent, tout le monde va réveiller les dormeurs pour les prévenir du danger.

Ahmed, épuisé par sa journée passée à chevaucher bride abattue vers la villa, n'est pas content qu'on le dérange pour des histoires à dormir debout. Il claque la porte au nez de sa sœur et se recouche. Dans la chambre de Nabila, c'est l'apocalypse : partout sur les murs, des versets du Coran ont été peints avec du sang, celui de Nabila elle-même. Elle s'est tranchée les veines avec la dague qui a servi à tuer Ali et gît, morte, sur le sol. Après lecture, les versets ont tous trait aux démons, aux djinns et aux moyens de s'en protéger. Sous le choc, Yasmine a un flash : elle se voit en train de poignarder Ali. En panique, elle file réveiller Ahmed. Saadi, sur une impulsion, décide d'invoquer l'esprit de sa sœur. Super timing de la part de JB !

La morte ouvre les yeux et, d'une voix venue d'outre-tombe, répond aux questions de son frère. Elle a vu Samira et cette dernière a un message pour Toufik : « Venge ton fils ». À la question du vizir qui demande qui l'a tué, elle répond « Yasmine ». Je viens d'activer le Désavantage Pacte de Sylvain. Yasmine tambourine à la porte de la chambre d'Ahmed, qui ne répond pas. Elle entre et le trouve sur son lit, momifié. Il n'y a plus une goûte d'eau dans son corps, ce n'est qu'un squelette desséché. Il y a moins de cinq minutes pourtant, il se portait parfaitement bien ! Toufik prend la jeune femme en charge et l'accompagne jusqu'au salon, soit disant pour la réconforter, mais en fait pour la poignarder à la gorge. Il utilise la dague qu'il a ramassée dans la chambre de Nabila.

Saadi pénètre à son tour dans la chambre d'Ahmed. Le cadavre ouvre des yeux rouges et, vomissant des poignées de minuscules serpents blancs, se relève. Il attrape son yatagan et part à la poursuite de Saadi, qui court au salon rejoindre Toufik et Yasmine. Cette dernière s'est saisie de l'un des sabres pendus au mur mais l'arme, décorative, n'est pas très efficace (dommages fixes). De son côté, Toufik s'acharne mais rate presque tout ce qu'il tente. Sylvain enchaîne les échecs, quelque chose de bien. Moi par contre, je claque un 10/6 dans la tête à Saadi : le coup de sabre d'Ahmed le laisse à deux cercles de la mort.

Le combat se déplace dans la bibliothèque puis dans la chambre du sultan et se termine dans celle de la favorite. Toufik, à force de persévérance, tue Yasmine, mais devient fou. Saadi abandonne la jeune femme pour fuir vers l'écurie. Ahmed, qui n'aura pas été réanimé bien longtemps, gît dans la fontaine, au centre de la cour. Des centaines de serpents grouillent dans l'eau sale. Rattrapé par l'attrition, Saadi se vide de son sang et s'effondre avant d'arriver à l'écurie. Au moment de mourir, il aperçoit Samira, en pleurs. Ne reste plus que Toufik, fou de rage et de douleur. Son fils est mort, il a tué Yasmine, les Al Watan ne sont plus, l'envoyé des El Modakir est mort, le royaume sera bientôt livré à la guerre civile et à la guerre tout court. Accablé, il s'ouvre le ventre avec la dague. Dehors, le jour se lève.

Générique.



Le bilan

Une super partie, à laquelle il n'aura manqué que deux petites heures. On termine à 0h50 mais pour faire bien, il aurait fallu pouvoir pousser jusqu'à 2h30 - 3h. Au lieu d'être obligé de basculer brutalement de la diplo au survival, cela m'aurait permis de ménager une véritable transition d'un genre à l'autre, soigner plus les manifestations de Samira (même si le fait qu'elle ne soit pas apparue en personne durant la partie s'est avéré très sympa) et donner plus d'ampleur à la révélation du sombre secret de Toufik.

D'un autre côté, même si nous avions pu jouer deux heures de plus, je ne sais pas si j'aurais fait tant d'étincelles que ça. À la fin, j'étais rincé. Le combat final ne fut pas, et de loin, le plus inspiré que j'aie arbitré. Mais bon, même s'il a fallu que je plie l'affaire en 90 minutes, j'ai tout lieu d'être satisfait. La partie avait de la gueule, le genre était inédit à ma table (la diplo horrifique, j'avais jamais fait) et malgré les contraintes de temps, nous avons réussi à injecter la totalité du produit de notre brainstorming dans le jeu. On a cogité quatre heures mais on a tout utilisé, et de façon plutôt efficace, me semble-t-il. Ça fait grave plaisir.


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#127 15 Aug 2012 23:09

Gauvain
membre
Inscription : 02 Apr 2012

Re : Quickshots Classic

Le cadre de jeu est génial. bcshock
C'est sur que 4 heures de brainstorming c'est long, mais au moins le résultat est à la hauteur. Et puis ce n'est pas perdu pour tout le monde ! Je vais surement tenter un remake.

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#128 16 Aug 2012 00:12

Johan Scipion
auteur de Sombre
Lieu : IdF
Inscription : 15 May 2006

Re : Quickshots Classic

Gauvain a Ă©crit :

Le cadre de jeu est génial. bcshock

Meurchi. bccool

C'est clairement l'un de mes brainstormings les plus réussis. La table était super créative. En particulier, j'adore la manière dont Marianne construit (et joue) ses personnages. Je ne sais pas trop bien comment l'expliquer mais elle me donne l'impression de les considérer plus comme de vraies personnes que comme de simples productions fictionnelles. Elle a une capacité d'immersion assez remarquable. Ça fait trois fois que je l'ai à ma table et c'est vraiment du nanan.


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#129 16 Aug 2012 18:38

Badury
bring me sun
Inscription : 14 Jul 2011

Re : Quickshots Classic

Gauvain a Ă©crit :

Le cadre de jeu est génial.

Avis partagé. C'est Dkarl qui va être content. En voilà un de mélo horrifique. bcbig_smile

En tout cas, c'est toujours un réel plaisir à lire et ça me permet à chaque fois d'enrichir mes propres idées de partie. yes


"Il n'y a pas de lumière sans ombre" (Aragon)

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#130 17 Aug 2012 10:10

sangohan357
membre
Inscription : 01 May 2012

Re : Quickshots Classic

Effectivement, le cadre de jeu est tip top !

Il y a vraiment de très très bonnes idées de mélo et le fait que le basculement vers l'horreur soit aussi soudain le rend d'autant plus fort à la lecture en tout cas ! Ça fait un peu l'effet du mec qui tombe de la cage d'escalier dans Rec si quelqu'un l'a vu ... Tout se passe "bien", et ça part d'un coup sec.

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